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Liturgie - Page 5

  • Veniet Dominus…

    Aux féries de l’Avent, jusqu’au 16 décembre inclus, on reprend aux « petites heures » (prime, tierce, sexte, none) les antiennes du jour du dimanche précédent.

    Voici celles qui sont chantées cette semaine, en attendant les antiennes propres qui accompagneront à partir de jeudi les « grandes O » des vêpres. La première et la dernière viennent de saint Paul, les deux autres d’Isaïe. On en trouvera les mélodies ici.

    Véniet Dóminus, et non tardábit, et illuminábit abscóndita tenebrárum, et manifestábit se ad omnes gentes, allelúia.

    Le Seigneur viendra et il ne tardera pas, et il illuminera ce qui est caché dans les ténèbres, et il se manifestera à toutes les Nations, alléluia. 

    Jerúsalem, gaude gáudio magno, quia véniet tibi Salvátor, allelúia.

    Jérusalem, réjouis-toi d’une grande joie, parce qu’un Sauveur viendra à toi, alléluia.

    Dabo in Sion salútem, et in Jerúsalem glóriam meam, allelúia.

    J’établirai dans Sion le salut, et dans Jérusalem ma gloire, alléluia.

    Juste et pie vivámus, exspectántes beátam spem, et advéntum Dómini.

    Vivons justement et pieusement, attendant la bienheureuse espérance et l’avènement du Seigneur.

    L’antienne du Benedictus aux laudes :

    Egrediétur virga de radíce Jesse, et replébitur omnis terra glória Dómini: et vidébit omnis caro salutáre Dei.

    Il sortira un rejeton de la racine de Jessé, et toute la terre sera remplie de la gloire du Seigneur, et toute chair verra le salut de Dieu.

    Et l’antienne du Magnificat aux vêpres :

    Beátam me dicent omnes generatiónes, quia ancíllam húmilem respéxit Deus.

    Elles me diront bienheureuse, toutes les générations, parce que Dieu a regardé son humble servante.

  • 3e dimanche de l’Avent

    Gaudéte in Dómino semper : íterum dico, gaudéte. Modéstia vestra nota sit ómnibus homínibus : Dóminus enim prope est. Nihil sollíciti sitis : sed in omni oratióne petitiónes vestræ innotéscant apud Deum.
    Benedixísti, Dómine, terram tuam : avertísti captivitátem Iacob.

    Soyez toujours joyeux dans le Seigneur ! Je vous le répète : soyez joyeux. Que votre aménité soit connue de tous les hommes, car le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien, mais dans toutes vos prières exposez à Dieu vos besoins.
    Seigneur, vous avez béni votre terre, vous avez délivré Jacob de la captivité.

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    Un regard profane sur le célèbre introït de ce dimanche pourrait conclure qu’il y a, au moins au début, mais même après, une contradiction manifeste entre le texte et la mélodie. Le texte demande qu’on se réjouisse, qu’on soit dans la joie, et la mélodie est tout en bas du mode, se meut en degrés conjoints, comme si c’était un humble murmure et non un cri de joie. C’est qu’en ce temps de l’Avent nous attendons un bébé qui va naître, c’est lui notre joie. Or ce bébé il ne faut pas l’éveiller. Il faut chanter tout doucement notre bonheur de le voir venir.

    Puis après l’intonation la mélodie continue de monter doucement, et c'est avec douceur encore qu’elle s’épanouit sur un si bémol. Mais on est monté bien haut et il faut vite redescendre, pour répéter tout bas le verbe de la joie.

    La suite brode sur la quarte fa-si bémol, avec douceur toujours, ce qui illustre alors le mot « modestia ». Modestia, c’est la conduite qui garde la mesure, la discrétion, la docilité, la douceur, la pudeur, la dignité, la bienséance… Le mot grec est ἐπιεικὲς, (épiikès) qui a ce sens-là, ces sens-là. Le P. Spicq précisait : « L’épikie hellénistique est d’abord et avant tout une vertu du cœur, ouvert, conciliant et confiant à l’égard du prochain. Non seulement elle est opposée à la méchanceté et à la violence, mais, toute douceur et gentillesse, elle se laisse persuader et fléchir et se résigne même lorsqu’on est lésé. (…) Finalement, l’épikie néotestamentaire n’est pas seulement modération et mesure, mais bonté, courtoisie, générosité. Davantage encore elle évoque une certaine gracieuseté, de la bonne grâce. »

    Telle est la mélodie de l’introït. Avec juste un mot « qui dépasse », si l’on ose dire, qui tout à coup, sans préparation, claironne le do : « nihil ». Rien. Tel est le sommet de la mélodie : Rien. Rien ne doit nous troubler, rien ne doit nous être à souci, parce que tout doit être confié à Dieu dans la prière. Et nous serons exaucés : par l’Enfant qui vient.

  • Saint Spyridon

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    Aujourd’hui dans le calendrier byzantin c’est la fête de saint Spyridon le Thaumaturge, évêque de Trimythonte à Chypre (il se trouve au 14 décembre dans le martyrologe romain sous le nom de Spiridion).

    Spyridon était berger : il avait un troupeau de brebis. Il était marié et père de famille. Quand sa femme mourut il fut choisi comme évêque de Trimythonte, donc berger des fidèles, tout en continuant de garder ses moutons : c’est pourquoi son icône le représente en évêque mais avec un bonnet de berger.

    Le diocèse de Trimythonte fut supprimé par les latins quand ils occupèrent Chypre, et… détruisirent la ville. Aujourd’hui c’est Tremetousia, un des quatre villages qui appartiennent de jure à la République de Chypre (district de Larnaca) mais sont de facto sous contrôle turc. Le diocèse a été rétabli par l’Eglise orthodoxe de Chypre en 2007, mais l’évêché se trouve à quelques kilomètres de là à Dali.

    Le tropaire de saint Spyridon n’est pas banal. Il évoque trois des innombrables miracles de l’évêque :

    Τῆς Συνόδου τῆς πρώτης ἀνεδείχθης ὑπέρμαχος, καὶ θαυματουργὸς θεοφόρε, Σπυρίδων Πατὴρ ἡμῶν· διὸ νεκρᾷ σὺ ἐν τάφῳ προσφωνεῖς, καὶ ὄφιν εἰς χρυσοῦν μετέβαλες· καὶ ἐν τῷ μέλπειν τὰς ἁγίας σου εὐχάς, Ἀγγέλους ἔσχες συλλειτουργούντάς σοι Ἱερώτατε. Δόξα τῷ σὲ δοξάσαντι Χριστῷ· δόξα τῷ σὲ στεφανώσαντι· δόξα τῷ ἐνεργούντι διὰ σοῦ, πᾶσιν ἰάματα.

    Champion du premier concile et thaumaturge, Père théophore Spyridon, tu as parlé avec une morte ensevelie, tu as changé en or un serpent, et quand tu chantais tes saintes oraisons, les Anges célébraient avec toi, saint Pontife. Gloire à celui qui t'a glorifié, gloire à celui qui t'a couronné, gloire à celui qui opère par toi la guérison en tous !

    Le tropaire est chanté par Athanasios Daskalothanasis.

    La morte du premier miracle n’est autre que sa fille Irène. Mort subite qu’il apprend en revenant d’exil. Peu après une voisine embarrassée lui dit qu’elle avait confié à Irène un bijou qu’elle voudrait récupérer. Spyridon cherche partout et ne trouve rien. Alors il va au cimetière sur la tombe de sa fille et dit : « Irène, mon enfant, où as-tu mis ce que cette femme t'a confié ? ». Irène lui répondit, et l’on trouva le bijou.

    Le serpent d’or est une autre histoire de bijou. Un ami de Spyridon en grande difficulté financière va demander à un homme riche de lui prêter de l’argent. Mais le riche demande un gage. Or l’homme n’a rien. Il va voir Spyridon qui le réconforte et lui dit de revenir le lendemain. Alors Spyridon lui donne un serpent en or. Et le riche prête l’argent demandé. Un an après, l’homme peut rendre l’argent qu’il avait emprunté. Le riche lui remet donc le serpent d’or. L’homme le rend à Spyridon qui lui dit : « Allons maintenant ensemble remettre cet or à Dieu qui, dans sa grande miséricorde, nous l'avait prêté. » Ils marchent dans la campagne, le saint pose à terre le serpent, qui perd son éclat, se met à bouger, et disparaît dans un trou.

    Le troisième miracle est celui des chants célestes. Un soir Spyridon célèbre les vêpres dans une église où il n'y a qu’un diacre. Lequel entend une mélodie d'une multitude de voix qui répond : « Et à ton esprit » quand il chante « Paix à tous ». Et qui répond « Kyrie éléison » aux prières du diacre. Ce chœur s’entend du dehors de l’église, et une foule commence à se former, qui finit par entrer dans l’église, et voit Spyridon seul avec le diacre.

    Le tropaire ne fait pas allusion à ce que l’on raconte de Spyridon au concile de Nicée, et que l’on voit sur les icônes récentes : il tient de la main droite une tuile qui flambe et d’où tombent des gouttes d’eau. Alors qu’un Arien extrêmement brillant venait d’exposer sa pensée, Spyridon veut lui répondre. On essaie de l’en dissuader, car il est loin d’avoir les capacités intellectuelles et oratoires de l’arien. Mais Spyridon insiste, et plutôt que de tenter de prouver l’ineffable Trinité, il sort de sa poche une tuile. Il fait un signe de croix et dit : « Au nom du Père ». Aussitôt une flamme s’élève de la tuile, le feu qui l’a cuite. Il poursuit : « Et du Fils », et de l’eau tombe de la tuile. « Et du Saint Esprit ». Et dans sa main il ne reste que la terre. « Trois, dit-il, sont les éléments qui composent cette tuile et pourtant, ils ne font qu'un. Ainsi en est-il de la Sainte Trinité. »

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  • Conditor alme siderum

    L’hymne des vêpres au temps de l’Avent, traduction Lemaître de Sacy (ou plutôt adaptation en poésie française, mais c'était bien dans les Heures de Port Royal et dans divers bréviaires).

    Cónditor alme síderum,
    ætérna lux credéntium,
    Christe, redémptor ómnium,
    exáudi preces súpplicum.

    Toi qui formas au ciel ces lampes éternelles
    Qui parent la nuit de leurs feux,
    Jésus, divin sauveur, clair flambeau des fidèles,
    Entends nos humbles vœux.

    Qui cóndolens intéritu
    mortis períre sǽculum,
    salvásti mundum lánguidum,
    donans reis remédium.

    Voyant avec douleur la mortelle nature
    Esclave du roi des enfers
    Tu descends pour guérir sa profonde blessure,
    Et rompre tous ses fers.

    Vergénte mundi véspere,
    uti sponsus de thálamo,
    egréssus honestíssima
    Vírginis Matris cláusula.

    Dans le déclin des temps sur le couchant du monde
    Tu sors comme un nouvel époux
    De ce lit nuptial d'une vierge féconde
    Où tu te joins à nous.

    Cujus forti poténtiæ
    genu curvántur ómnia;
    cæléstia, terréstria
    nutu faténtur súbdita.

    Ce qu'en son vaste rond tout l'univers enserre
    Te révère comme son roi
    Et, du haut des cieux jusqu'au fond de la terre
    Tout fléchit devant toi.

    Te deprecámur, hágie,
    ventúre judex sǽculi,
    consérva nos in témpore
    hostis a telo pérfidi.

    Ô grand juge, ô soutien qui dans ton jour terrible
    Doit paraître au milieu des feux,
    Viens combattre dans nous par ton bras invincible
    Cet ange ténébreux.

    Laus, honor, virtus, glória
    Deo Patri, et Fílio,
    Sancto simul Paráclito,
    in sæculórum sǽcula. Amen.

    Gloire au Père éternel, au Fils, notre espérance,
    À l'Esprit, notre heureuse paix.
    Qu'ils règnent en ce jour qui jamais ne commence
    Et ne finit jamais.

    Par le « Chœur Alphonse le Sage » (Coro Alfonso el Sabio), 1974.


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  • Remplacer Yahvé ?

    Je lis avec étonnement, sous la plume de quelqu’un qui pratique intensivement la liturgie traditionnelle :

    Au cœur de la nuit, durant ma lectio divina, je relisais ces quelques lignes du psaume 36 : « Confie-toi en Yahvé, fais le bien, mets tes délices en Yahvé, et il te donnera ce que le cœur demande. Remets ton sort à Yahvé, confie-toi en lui : il agira. » Remplacez juste Yahvé par Jésus. Et vous comprendrez…

    Mais le psaume 36 dit ceci :

    Spera in Domino, et fac bonitatem (…) Delectare in Domino, et dabit tibi petitiones cordis tui. Revela Domino viam tuam, et spera in eo, et ipse faciet.

    Même sans connaître le latin, on voit qu’il n’est pas question d’un quelconque Yahvé (d’invention très récente et heureusement toujours interdit dans la liturgie, même nouvelle) mais de Dominus, le Seigneur. Et alors il n’y a pas besoin de « remplacer » quoi que ce soit…

  • Saint Damase

    Début d’une lettre de 384 où Damase demande à saint Jérôme des explications sur cinq points de l’Ecriture.

    Damase à son fils très aimé Jérôme.

    Tu dors, et voici longtemps que tu lis plutôt que tu n'écris. Les petits problèmes que je t'adresse vont te réveiller ; ainsi en ai-je décidé. Non pour t'interdire le devoir de la lecture - car c'est la nourriture quotidienne qui alimente et engraisse l'oraison -, mais pour que ta lecture porte ses fruits, si tu te mets à écrire.

    Donc, hier encore, tu me renvoies mon commissionnaire, en affirmant que tu n’as plus aucune lettre, hormis celles que tu avais jadis dictées au désert, et qu’aussi avidement que possible j’ai lues et copiées ; mais tu promets spontanément qu’en dérobant à tes nuits des heures de travail, tu pourras dicter quelques pages à mon intention, si je le désire. Bien volontiers j’accepte, puisque tu l’offres, ce dont je voulais te prier, si tu avais dit non.

    Il ne saurait y avoir, je crois, de sujet de conversation plus honorable pour nos entretiens que de causer entre nous des Écritures ; je veux dire : moi faisant les demandes et toi les réponses. Il n'est, à mon avis, rien de plus agréable ici-bas qu'une telle méthode de vie, car cette nourriture de l'âme surpasse en douceur toutes les gâteries. Combien douces à mon palais tes paroles, dit le prophète, plus douces que le miel à mes lèvres ! (Ps 118, 103). Si, en effet, comme le prétend le prince des orateurs [Cicéron], nous autres hommes différons des bêtes en ce que nous possédons la faculté du langage, de quelle louange n'est-il pas digne celui qui surpasse tous les autres, précisément en ce qui fonde la supériorité des hommes sur les animaux ?

    Au travail donc, et explique-moi les difficultés ci-dessous en observant en ces deux points la juste proportion : que les problèmes ne soient pas résolus à moitié, mais que tes lettres soient courtes. (…)

    Début de la réponse (pittoresque) de saint Jérôme.

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  • Saint Melchiade

    Extrait de la lettre 43 de saint Augustin, à propos de l’élection au siège de Carthage de Majorin, par 70 évêques donatistes, contre Cécilien, élu par 12 évêques catholiques et chassé de son siège, mais que le pape rétablit dans son droit.

    Si les actes proconsulaires vous déplaisent, rendez-vous aux actes ecclésiastiques : on vous les a tous lus par ordre. Direz-vous que Melchiade, évêque de l'Eglise de Rome, n'aurait pas dû , avec ses collègues d'outre-mer, s'attribuer la connaissance d'une affaire jugée par soixante-dix évêques d'Afrique sous la présidence du primat de Tigisis ? Mais se l'est-il attribuée ? Ce fut l'empereur qui, prié par vos amis eux-mêmes, envoya à Rome des évêques pour examiner la question avec Melchiade et statuer selon ce qui paraîtrait le plus juste. Nous le prouvons par les sollicitations des donatistes et les paroles même de l'empereur ; vous vous souvenez qu'on vous les a lues, et vous avez la permission de les voir et de les copier. Lisez et considérez toutes ces choses. Voyez comme rien n'a été épargné pour le maintien de la paix ou pour son établissement, comme on a traité la personne des accusés, de quelles infamies quelques-uns d'entre eux se trouvèrent chargés, avec quelle évidence il résulta de leurs propres déclarations qu'ils n'avaient rien à dire contre Cécilien, mais qu'ils avaient voulu tout rejeter sur la multitude du parti de Majorin, multitude séditieuse et ennemie de la paix de l'Eglise ; cette turbulente troupe devait accuser Cécilien, et les vôtres espéraient que les clameurs populaires suffiraient pour tourner à leur guise l'esprit des juges sans qu'il fût besoin de preuves ni d'examen : mais une bande furieuse et enivrée à la coupe de l'erreur et de la corruption pouvait-elle articuler contre Cécilien des faits véritables après que soixante-dix évêques, dans une témérité violente, avaient condamné des collègues absents et innocents, ainsi que l'atteste l'affaire de Félix d'Aptonge ? Ils s'étaient entendus avec cette multitude pour rendre une sentence contre des innocents non interrogés : ils voulaient qu'elle devînt encore l'accusatrice de Cécilien ; mais des juges ne s'étaient point rencontrés qui fussent tombés dans de tels égarements.

    Vous pouvez, dans votre sagesse, reconnaître la perversité des accusateurs et la fermeté des juges : ceux-ci refusèrent jusqu'au bout d'admettre contre Cécilien les plaintes de la populace du parti de Majorin, où n'apparaissait pas une personne proprement dite dont on pût écouter le témoignage ; et ils demandèrent soit les accusateurs, soit les témoins, soit les autres personnes nécessaires aux débats, qu'on avait vues, disait-on, et que Donat avait fait disparaître. Le même Donat promit de les représenter ; après l'avoir promis, non pas une fois, mais souvent, il ne voulait plus se montrer devant ce tribunal qui avait entendu de sa bouche des aveux tels que le but évident de sa retraite était de ne pas assister à sa condamnation : cette condamnation, toutefois, ne devait être motivée que sur ce qui avait été prouvé en sa présence et à la suite de ses réponses. Il arriva aussi qu'un écrit revêtu de quelques signatures, dénonça Cécilien, ce qui donna lieu à un nouvel examen. On sait quels étaient ces dénonciateurs ; on ne put rien prouver contre Cécilien; mais que dis-je que vous n'ayez entendu et que vous ne puissiez lire chaque fois que vous le voulez ?

    Vous vous rappelez tout ce qu'on a répété sur ce nombre de soixante-dix évêques et sur le poids de leur autorité. Mais les hommes sages aimèrent mieux s'abstenir d'entrer dans des questions infinies qui les eussent embarrassés comme les anneaux d'une chaîne ; ils ne s'occupèrent ni du nombre de ces évêques, ni du lieu d'où ils étaient partis; ils ne reconnaissaient en eux que des hommes assez aveuglés pour condamner précipitamment des collègues sans les entendre. Et quelle sentence que celle que porta en dernier lieu le bienheureux Melchiade lui-même ! Combien elle fut pure, intègre, prudente. et pacifique ! L'évêque de Rome ne voulut pas séparer de sa communion ceux de ses collègues contre lesquels rien n'était prouvé ; il ne blâma fortement que Donat, en qui il reconnut la cause de tout le mal ; il laissa aux autres la liberté de revenir au bien, tout prêt à envoyer des lettres de communion à ceux-là même qu'on savait être ordonnés par Majorin : de sorte que, partout où la division aurait amené deux évêques, il aurait voulu que le premier ordonné fût maintenu, et qu'un autre peuple fût confié à l'autre. O l'excellent homme ! ô l'enfant de la paix chrétienne et le père du peuple chrétien ! Comparez maintenant ce petit nombre à la multitude de vos évêques, non pas le nombre au nombre, mais le poids au poids : d'un côté la modération, de l'autre la témérité ; ici la vigilance, là l'aveuglement. Ici, la mansuétude n'a point affaibli l'intégrité, ni l'intégrité la mansuétude ; là, au contraire, la crainte était couverte par la fureur et la fureur s'accroissait par la crainte. Ceux-ci s'étaient réunis pour rejeter les fausses accusations en recherchant les crimes véritables ; ceux-là pour cacher les crimes véritables en condamnant des crimes supposés.

  • Vox clara ecce intonat

    L’hymne des laudes au temps de l’Avent, avec la belle traduction de Pierre Corneille, chanté par la schola de la Chapelle du palais impérial de Vienne.

    Vox clara ecce íntonat,
    obscúra quæque íncrepat:
    pellántur éminus sómnia;
    ab æthre Christus prómicat.

    Un saint éclat de voix à nos oreilles tonne,
    Il dissipe la nuit qui nous couvrait les yeux,
    Va, sommeil, et nous abandonne,
    Jésus prêt à partir brille du haut des cieux.

    Mens jam resúrgat tórpida
    quæ sorde exstat sáucia;
    sidus refúlget jam novum,
    ut tollat omne nóxium.

    Apprends, âme endormie, apprends à te soustraire
    Aux fantômes impurs dont tu te sens blesser :
    Le nouvel astre qui t'éclaire
    Ne lance aucun rayon que pour les terrasser.

    E sursum Agnus míttitur
    laxáre gratis débitum;
    omnes pro indulgéntia
    vocem demus cum lácrimis.

    L'incomparable agneau que du ciel on envoie
    Vient payer de son sang ce que chacun lui doit :
    Que les pleurs et les cris de joie
    S'efforcent de répondre aux biens qu'on en reçoit,

    Secúndo ut cum fúlserit
    mundúmque horror cínxerit,
    non pro reátu púniat,
    sed nos pius tunc prótegat.

    Afin que, quand son bras choisira ses victimes,
    Qu'on verra l'univers environné d'horreur,
    Loin de nous punir de nos crimes,
    Ce même bras nous cache à sa juste fureur.

    Summo Parénti glória
    Natóque sit victória,
    et Flámini laus débita
    per sæculórum sæcula. Amen.

    Gloire soit à jamais au Père inconcevable !
    Gloire au Verbe incarné ! gloire à l'Esprit divin !
    Gloire à leur essence ineffable,
    Qui règne dans les cieux et sans borne et sans fin !

  • Immaculée Conception

    Benedícta es tu, Virgo María, a Dómino, Deo excélso, præ ómnibus muliéribus super terram. ℣. Tu glória Jerúsalem, tu lætítia Israël, tu honorificéntia pópuli nostri.

    Bénie êtes-vous, ô Vierge Marie, par le Seigneur Dieu très-Haut, plus que toutes les femmes sur la terre. Vous, gloire de Jérusalem ; vous, joie d’Israël ; vous, honneur de notre peuple.

    Les magnifiques éloges de Judith qui a sauvé son peuple en tuant celui qui allait l’anéantir attendaient l’Immaculée pour se déployer en plénitude. Ces éloges sont repris dans le graduel de la messe, et la mélodie a été adaptée du graduel de la fête des saints Pierre et Paul. Superbe travail de dom Pothier, le moine de Solesmes ressusciteur du plain chant, à qui on avait demandé de composer la messe de l’Immaculée Conception, et qui est mort un 8 décembre (1923) à 88 ans.

    C’est comme si la mélodie avait été composée pour ce texte, sur ce texte, d’un bout à l’autre.

    Par les moines de Solesmes, sous la direction de dom Gajard (1958).

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  • Saint Ambroise

    Début de son livre sur les sacrements.

    J’aborde l’explication des sacrements que vous avez reçus. Il n’aurait pas convenu de la donner plus tôt, car chez le chrétien la foi vient en premier lieu. Aussi donne-t-on, à Rome, le nom de fidèles à ceux qui ont été baptisés, et notre père Abraham a été justifié par la foi, non par les œuvres. Vous avez reçu le baptême, vous avez la foi. Il m’est interdit d’en juger autrement, car tu n’aurais pas été appelé à la grâce, si le Christ ne t’avait jugé digne de sa grâce.

    Qu’avons-nous donc fait samedi ? L’ouverture. Ces mystères de l’ouverture, on les a célébrés quand le prêtre t’a touché les oreilles et les narines. Qu’est-ce que cela veut dire ? Notre Seigneur Jésus-Christ, dans l’évangile, quand on lui eut présenté un sourd et muet, lui toucha les oreilles et la bouche : les oreilles parce qu’il était sourd, la bouche parce qu’il était muet et il lui dit : « Effeta. » C’est un mot hébreu qui signifie « ouvre-toi ». C’est donc pour cela que le prêtre t’a touché les oreilles, pour que tes oreilles s’ouvrent à la parole et au discours du prêtre. Mais tu me demandes : « Pourquoi les narines ? » Parce que c’était un muet, il lui toucha la bouche : ainsi, parce qu’il était incapable de parler des mystères célestes, il recevrait du Christ la parole. Et là c’était un homme, ici on baptise des femmes, et la pureté du serviteur n’est pas aussi grande que celle du maître, - puisque celui-ci pardonne les péchés, tandis qu’on les remet à celui-là, comment peut-on les comparer ? - aussi, par respect pour l’acte et la fonction, l’évêque ne touche pas la bouche, mais les narines. Pourquoi les narines ? Afin que tu reçoives la bonne odeur de la bonté éternelle, afin que tu dises : « Nous sommes la bonne odeur du Christ pour Dieu », comme l’a dit le saint apôtre, et qu’il y ait en toi tous les parfums de la foi et de la dévotion.

    Nous sommes arrivés à la fontaine, tu es entré, tu as été oint. Pense à ceux que tu as vus, pense à ce que tu as dit, rappelle exactement tes souvenirs. Un lévite est venu t’accueillir, un prêtre est venu t’accueillir. Tu as été oint comme un athlète du Christ, comme si tu allais te livrer à une lutte profane, tu as fait profession de t’adonner à la lutte. Celui qui lutte sait ce qu’il peut espérer : là où il y a combat, là il y a une couronne. Tu luttes dans le monde, mais tu es couronné par le Christ, et c’est pour des combats soutenus en ce monde que tu es couronné. Car, bien que la récompense soit au ciel, ce qui mérite cette récompense se trouve pourtant ici.

    Quand on t’a demandé : « Renonces-tu au diable et à ses œuvres ? » qu’as-tu répondu ? « J’y renonce. » - « Renonces-tu au monde et à ses plaisirs ? » qu’as-tu répondu ? « J’y renonce. » Souviens-toi de ta parole et ne perds jamais de vue les conséquences de la garantie que tu as donnée. Si tu signes une reconnaissance à quelqu’un, tu es considéré comme obligé à recevoir son argent, tu es considéré comme lié strictement et le créancier te contraint. Si tu contestes, tu vas trouver le juge, et là tu es convaincu par ta garantie. Pense à l’endroit où tu as promis ou à ceux à qui tu as promis. Tu as vu un lévite, mais c’est un ministre du Christ. Tu l’as vu exercer son ministère devant les autels. Ta garantie n’est donc pas gardée sur terre, mais au ciel.