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Liturgie - Page 5

  • Lundi de la Passion

    La première lecture de la messe de ce jour est le troisième chapitre du livre de Jonas : le prophète prêche la pénitence – sinon dans 40 jours Ninive sera détruite.

    Ninive, aujourd’hui, c’est Mossoul, où l’on voit la colline de Jonas et la fontaine de Jonas. Où la guerre fait rage pour en chasser l’Etat islamique…

    L’histoire de Jonas ne pouvait qu’impressionner les chrétiens locaux, et très vite fut institué dans les Eglises syriaques un jeûne commémoratif, appelé « Rogation de Ninive » (la "Baouta" en syriaque), de trois jours, trois semaines avant le carême (cette année les 6, 7 et 8 février). Jeûne qui connaît aujourd’hui un véritable regain chez les jeunes assyro-chaldéens : non seulement le jeûne est observé mais les églises sont pleines. (La seule Eglise syriaque où la Baouta ait disparu est l’Eglise maronite.)

    Voici ce qu’on peut lire sur le site de la Mission chaldéenne en France à ce propos.

    Ninive, la ville dont il est question dans l'histoire de Jonas, est la capitale de l’ancienne Assyrie, souvent citée dans la Bible. C'était une ville exceptionnelle par sa taille - la Bible l'appelle "la grande ville". Il fallait trois jours de marche pour la parcourir, ses hauts remparts n'entouraient pas que des maisons, mais aussi des champs, des jardins, des étables, tout ce qu'il lui fallait pour vivre de manière indépendante du reste du monde. Mais Ninive était également une ville exceptionnelle par sa méchanceté. La Bible, dans le prophète Nahum, l'appelle "la ville sanguinaire, pleine de mensonge, pleine de violence". Ninive était perpétuellement en guerre avec les villes et les pays voisins dans le but de s'enrichir, d'accumuler des trésors à l'intérieur de ses murailles.

    De cette évocation de Ninive, la grande ville, ce qui doit nous frapper c'est précisément cette ressemblance avec la situation générale du monde moderne 3000 ans après. Les deux traits principaux de Ninive s'y retrouvent à une échelle mondiale. Un développement extraordinaire, une technique prodigieuse, mais en même temps une cruauté sans mesure, des guerres sans fin, une cupidité que rien ne peut satisfaire. Ninive est une image du monde, d'un monde qui vit sans se soucier de Dieu, abandonné à ses passions et ses péchés.

    Dieu laisse faire pour un temps ; le moment qu'il a choisi pour intervenir ouvertement n'est pas encore venu, main en attendant, il ne reste pas indifférent envers ce monde. Il ne l'était pas envers Ninive. Il va lui envoyer le prophète Jonas. L'histoire de Jonas n'est pas seulement intéressante à cause de l'actualité et de la comparaison entre Ninive et notre monde ; elle l'est surtout à cause de la comparaison entre Jonas et Jésus-Christ. Cette comparaison est d'autant plus précieuse qu'elle est attestée par Jésus-Christ lui-même comme nous le verrons. Ninive et Jonas, le monde et Jésus-Christ.

    Par sa méchanceté Ninive s'était accumulé un trésor de colère, elle était au bord du jugement et de la perdition. Jonas a été la solution préparée longtemps à l'avance par Dieu, le messager qu'il lui fallait absolument écouter si elle voulait éviter une fin subite. Jésus-Christ est non seulement la solution prévue par Dieu aux inextricables problèmes du monde, mais avant tout il est la seule solution à notre situation personnelle ; Il est le médecin qu'il nous faut absolument écouter si nous cherchons la guérison. La Bible est le livre que Dieu nous a laissé pour nous amener à son fils Jésus-Christ. Même à travers une histoire aussi ancienne et aussi étrange que celle de Jonas, c'est sur Jésus-Christ qu'il veut attirer nos regards.

  • Dimanche de la Passion

    Extrait de la liturgie mozarabe.

    Passionis tuæ festum, Christe Dei Filius, devotis cordium officiis, recursu temporis inchoantes, quo pro nobis et linguas fuisti persequentium passus, et tradentium te vulneribus crucifixus ; rogamus atque exposcimus ne te elonges a nobis ; ut, quia proximante tribulatione, non est qui adjuvet ; tu solus Passionis tuæ nos subleves ope : ne tradas ergo nos inimicis nostris in malum, sed excipe servos tuos in bonum : ut nos calumniantes superbi, inimici scilicet animarum nostrarum, virtutis tuæ potentia propellantur ; tu es enim divina lucerna per humanitatem super candelabrum crucis imposita : ideo te rogamus, ut nos accendas, ne veniamus in pœnam. Quos ergo perspicis initiatum Passionis tuæ festum devotis cordibus excepisse, facito eos Passioni tuæ communicare : ut tenebrarum nos errore discusso, lucis tuæ muniamur præsidio.

    Pater noster qui es in cælis. ℟. Amen.
    Sanctificetur nomen tuum. ℟. Amen.
    Adveniat regnum tuum. ℟. Amen.
    Fiat voluntas tua sicut in cælo et in terra. ℟. Amen.
    Panem nostrum quotidianum da nobis hodie. ℟. Quia Deus es.
    Et dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris. ℟. Amen.
    Et ne nos inducas in tentationem. ℟. Sed libera nos a malo.

    Humiliate vos benedictioni.

    Christus Dominus, cujus passionis vulnera gratissima devotione præcinenda suscipitis, liberos vos efficiat a passionibus vestris. ℟. Amen.
    Et qui per assumptam carnem voluit crucifigi, per Divinitatis suæ potentiam participes vos efficiat regni sui. ℟. Amen.
    Ut in cujus passione amarescitis, in ejus resurrectione plenissime gaudeatis. ℟. Amen.
    Per misericordiam ipsius Dei nostri, qui est benedictus et vivit et omnia regit in sæcula sæculorum. ℟. Amen

    La fête de ta Passion, Christ Fils de Dieu, que, le temps en étant revenu, nous commençons en pieux offices de nos cœurs, par laquelle tu as souffert pour nous les paroles des persécuteurs et as été crucifié par les coups de ceux qui te livraient, nous te demandons et te supplions de ne pas t’éloigner de nous ; de sorte que, puisqu’à l’approche de la tribulation il n’y avait personne pour t’aider, toi seul tu nous soulages par l’œuvre de ta Passion. Ne nous livre donc pas à nos ennemis pour le mal, mais reçois tes serviteurs pour le bien. Afin que les orgueilleux calomniateurs, c’est-à-dire les ennemis de nos âmes, soient repoussés par la force de ta puissance. Car tu es par ton humanité la divine lampe posée sur le candélabre de la croix. C’est pourquoi nous te demandons de nous embraser afin que nous n’allions pas au châtiment. Ceux donc que tu vois accueillir avec un cœur pieux la fête de ta Passion qui commence, fais les communier à ta Passion, afin que, l’erreur des ténèbres étant dissipée, nous soyons protégés par le secours de ta lumière.

    Notre Père…

    Baissez-vous pour la bénédiction.

    Que le Christ Seigneur, dont vous commencez à chanter avec une dévotion très reconnaissante les plaies de la Passion, vous rende libres de vos passions. Amen.
    Et que celui qui ayant pris chair a voulu être crucifié vous rende participants de son royaume par la puissance de sa divinité. Amen.
    Afin qu’ayant goûté l’amertume de sa Passion vous ayez pleinement la joie dans sa résurrection. Amen.
    Par la miséricorde de notre Dieu lui-même, qui est béni et vit et règne sur tout dans les siècles des siècles. Amen.

  • Samedi de la quatrième semaine de carême

    Belle paraphrase des antiennes de la messe de ce jour par le bienheureux cardinal Schuster :

    Sitiéntes, venite ad aquas, dicit Dóminus : et qui non habétis prétium, veníte et bíbite cum lætítia.

    Atténdite, pópule meus, legem meam : inclináte aurem vestram in verba oris mei.

    L’introït est tirée d’Isaïe (LV) : « O vous qui êtes altérés, vous en qui les biens terrestres, les plaisirs de la vie, n’ont fait qu’attiser davantage, au lieu de l’éteindre, la soif de bonheur qui brûle votre cœur, accourez aux eaux de la grâce divine, qui peut seule satisfaire vos désirs. Que votre misère ne vous arrête pas ; venez, puisez sans frais et désaltérez-vous joyeusement aux sources pures de la grâce, qui ne serait plus telle si elle était donnée en échange des œuvres de la justice humaine par le Dieu infiniment miséricordieux et généreux. » Puis vient le psaume 77 qui est un hymne d’action de grâces pour les bienfaits dont Dieu combla les anciens patriarches.

    *

    Factus est Dóminus firmaméntum meum, et refúgium meum, et liberátor meus : et sperábo in eum.

    Le verset ad offerendum est tiré du psaume 17 : « Le Seigneur est devenu ma force, mon salut et mon libérateur. C’est pourquoi en Lui je me confierai. » Il est devenu ma force, parce que sa grâce m’aguerrit contre les assauts de mes adversaires spirituels ; mon salut, parce qu’en Lui je trouve toujours un repos contre le heurt des ennemis, lesquels, à m’entendre seulement invoquer le nom de Jésus, s’enfuient épouvantés ; mon libérateur, parce que le Seigneur ne permet que je sois tenté par le démon que pour me donner le mérite et la gloire du triomphe.

    *

    Dóminus regit me, et nihil mihi déerit : in loco páscuæ ibi me collocávit : super aquam refectiónis educávit me.

    Le verset pour la communion est pris au psaume 22, qui est une suave idylle de l’âme, que le Pasteur éternel paît dans des champs fleuris, au bord des eaux : « Le Seigneur est mon guide ; que peut-il me manquer ? Il me conduit dans les pâturages fertiles, — l’Église catholique, les saints sacrements, la grâce intérieure, qui nourrit toujours la foi de l’âme croyante, — et Il me mène aux eaux rafraîchissantes, là où cesse la soif et la convoitise des joies humaines, pour ne plus goûter rien d’autre que les choses éternelles. »

    *

    • Voir aussi ma note de l’an dernier sur le thème de cette messe : l’eau, la lumière et la vie.

  • François exile la Fête-Dieu

    Pour la première fois de l’histoire, en contradiction avec la tradition et avec le symbolisme liturgique, la messe et la procession de la Fête-Dieu à Rome aura lieu cette année le dimanche 18 juin.

    François en a décidé ainsi pour avoir plus de monde…

    La Fête-Dieu a été instituée le premier jeudi après le temps pascal (après l’octave de la Pentecôte qui a été supprimée par un prédécesseur de François) puisque la fête de l’Eucharistie est un écho grandiose du Jeudi Saint, l’extériorisation festive de l’événement central du Jeudi Saint. Les deux jeudis n’en font qu’un, et la Fête-Dieu ne peut donc avoir lieu qu’un jeudi. (Ce qui n’empêche pas dans les paroisses de célébrer en outre, le dimanche, la "solennité transférée".)

    Mais François se moque du symbolisme liturgique, et de toute façon, comme depuis l’an dernier il ne participe pas à la procession (et que désormais il s'assied devant le Saint-Sacrement), peu importe quand elle a lieu…

  • Vendredi de la quatrième semaine de carême

    L’antienne de communion de ce jour est un résumé de l’évangile, empruntant des expressions à cinq versets différents.

    Videns Dóminus flentes soróres Lázari ad monuméntum, lacrimátus est coram Iudǽis, et exclamávit : Lázare, veni foras : et pródiit ligátis mánibus et pédibus, qui fúerat quatriduánus mórtuus.

    Le Seigneur voyant pleurer les sœurs de Lazare près du sépulcre pleura lui-même en présence des Juifs et s’écria : Lazare, viens dehors : et celui qui était mort depuis quatre jours parut ayant les pieds et les mains liés.

    Très belle interprétation par les moines d’En-Calcat, en 1960 :
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    On remarque que ce texte est le même que celui de l’introït (« ingressa ») de la messe du 5e dimanche de carême dans la liturgie ambrosienne. Il n’y a ici qu’une sœur de Lazare (sans doute pour respecter le verset 39 d’où l’expression est tirée) et il y a l’ajout de « stetit ante eum » : il se tint devant lui, qui ne figure pas dans l’évangile.

    Videns Dominus sororem Lazari ad monumentum, lacrimatus coram Judaeis, et exclamavit: Lazare, veni foras. Et prodiit ligatis manibus et pedibus, stetit ante eum, qui fuerat quatriduanus mortuus.

    Dans la liturgie byzantine, la résurrection de Lazare est célébrée la veille des Rameaux, en lien avec cette fête qui anticipe la résurrection du Christ, et la nôtre. Voici le tropaire, par Jack Rabah, chantre à l’église melkite catholique Notre-Dame de l’Annonciation de Ramallah :

    Confirmant la résurrection commune avant Ta Passion, Christ-Dieu, Tu as relevé Lazare des morts. Portant comme les enfants les signes de la victoire, nous Te disons, à Toi qui as vaincu la mort: Hosanna au plus haut des Cieux ! Béni est Celui qui vient au nom du Seigneur !

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  • Jeudi de la quatrième semaine de carême

    Comme pour les autres jeudis de carême, la messe de ce jour est composée d’emprunts à d’autres messes. Sauf la première lecture, qui est le récit de la résurrection du fils de la Sunamite par le prophète Elisée. Récit qui est mis en parallèle avec celui de l’évangile : le récit de la résurrection du fils de la veuve de Naïm par Jésus. La confrontation montre toute la différence entre le prophète qui doit invoquer Dieu et se livrer à des contorsions, quand Jésus n’a besoin que d’ordonner au mort de se lever. Dom Guéranger détaille le sens symbolique du premier récit :

    Toutes les merveilles du plan divin pour le salut de l’homme sont réunies dans cette mystérieuse narration ; empressons-nous de les y découvrir, afin que nous n’ayons rien à envier à nos Catéchumènes. Cet enfant mort, c’est le genre humain que le péché a privé de la vie ; mais Dieu a résolu de le ressusciter. D’abord un serviteur est envoyé près du cadavre ; ce serviteur est Moïse. Sa mission est de Dieu ; mais, par elle-même, la loi qu’il apporte ne donne pas la vie. Cette loi est figurée par le bâton que Giézi tient à la main, et dont il essaie en vain le contact sur le corps de l’enfant. La Loi n’est que rigueur : elle établit un régime de crainte, à cause de la dureté du cœur d’Israël ; mais elle triomphe à peine de cette dureté ; et les justes dans Israël, pour être vraiment justes, doivent aspirer à quelque chose de plus parfait et de plus filial que la loi du Sinaï. Le Médiateur, qui doit tout adoucir en apportant du ciel l’élément de la charité, n’est pas venu encore ; il est promis, il est figuré ; mis il ne s’est pas fait chair, il n’a pas encore habité parmi nous. Le mort n’est pas ressuscité. Il faut que le Fils de Dieu descende lui-même.

    Élisée est la figure de ce divin Rédempteur. Voyez comme il se rapetisse à la mesure du corps de l’enfant, comme il s’unit étroitement à tous ses membres dans le mystérieux silence de cette chambre fermée. C’est ainsi que le Verbe du Père, voilant sa splendeur au sein d’une vierge, s’y est uni à notre nature, et, « prenant la forme de l’esclave, s’est anéanti jusqu’à devenir semblable à l’homme », « afin de nous rendre la vie, et une vie plus abondante encore » que celle que nous avions eue au commencement. Observez aussi ce qui se passe dans l’enfant, et quelles sont les marques de la résurrection qui s’opère en lui. Sept fois sa poitrine se dilate, et il aspire, afin de marquer par ce mouvement que l’Esprit aux sept dons reprendra possession de l’âme humaine qui doit être son temple. Il ouvre les yeux, pour signifier la fin de cet aveuglement qui est le caractère de la mort : car les morts ne jouissent plus de la lumière, et les ténèbres du tombeau sont leur partage. Enfin considérez cette femme, cette mère : c’est la figure de l’Église qui implore de notre divin Élisée la résurrection de ses chers Catéchumènes, de tous les infidèles qui sont encore sous les ombres de la mort ; unissons-nous à sa prière, et efforçons-nous d’obtenir que la lumière de l’Évangile s’étende de plus en plus, et que les obstacles qu’apporte à sa propagation la perfidie de Satan, jointe à la malice des hommes, disparaissent sans retour.

  • Mercredi de la quatrième semaine de carême

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    Dum sanctificátus fúero in vobis, congregábao vos de univérsis terris : et effúndam super vos aquam mundam, et mundabímini ab ómnibus inquinaméntis vestris : et dabo vobis spíritum novum.
    Benedícam Dóminum in omni témpore : semper laus eius in ore meo.

    Lorsque j’aurai été sanctifié en vous, je vous rassemblerai de tous les pays ; et je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés de toutes vos souillures ; et je vous donnerai un esprit nouveau.
    Je bénirai le Seigneur en tout temps ; sa louange sera toujours dans ma bouche.

    L’antienne d’introït de ce jour (qui n'est pas reprise d'un psaume mais de la première lecture) concernait d’abord les catéchumènes, en ce jour de « grand scrutin ». Dom Pius Parsch :

    Le Christ lui-même s’avance devant les catéchumènes : « Quand j’aurai été sanctifié (c’est-à-dire glorifié) parmi vous, je vous rassemblerai de tous les pays (des païens) et je verserai sur vous de l’eau pure et je vous purifierai de tous les péchés et je vous donnerai un esprit nouveau » (promesse du Baptême et de la Confirmation).

    A cause de la promesse de l’Esprit, cet introït a été repris pour la messe de la vigile de la Pentecôte, qui n’avait pas d’introït parce que la messe commençait par la bénédiction des fonts baptismaux suivie de la procession où l’on chantait la litanie des saints.

    Il est intéressant de voir comment le texte d’Ezéchiel a été utilisé pour former cette antienne. Voici le texte entier, et en gras ce qui a été repris pour le chant. On constate que la première proposition est en fait la conclusion (tronquée) du verset 23 : « Et je sanctifierai mon grand nom (on voit déjà ici que sanctifier veut dire glorifier) qui a été pollué parmi les nations, que vous avez pollué au milieu d’eux ; afin que les nations sachent que je suis le Seigneur, dit le Seigneur des armées, quand j’aurai été sanctifié en vous devant eux. »

    cum sanctificatus fuero in vobis coram eis.
    24 Tollam quippe vos de gentibus,
    et congregabo vos de universis terris,
    et adducam vos in terram vestram.
    25 Et effundam super vos aquam mundam,
    et mundabimini ab omnibus inquinamentis vestris,
    et ab universis idolis vestris mundabo vos.
    26 Et dabo vobis cor novum,
    et spiritum novum ponam in medio vestri :
    et auferam cor lapideum de carne vestra,
    et dabo vobis cor carneum.
    27 Et spiritum meum ponam in medio vestri :
    et faciam ut in præceptis meis ambuletis,
    et judicia mea custodiatis et operemini.

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    • Sur l'évangile de ce jour, voir ici.

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  • Mardi de la quatrième semaine de carême

    Il y a trois fois le nom de Moïse dans la première lecture de la messe de ce jour, et trois fois aussi dans l’évangile. Dans la première lecture, Dieu parle deux fois à Moïse après lui avoir donné la Loi sur le Sinaï, et Moïse répond par une prière pour demander à Dieu de ne pas anéantir le peuple qui s’est mis à adorer le veau d’or. Dans l’évangile, Jésus parle trois fois de Moïse qui a donné la Loi : « et aucun de vous n’accomplit la Loi »…

    Le seul qui accomplit la Loi, c’est Jésus. Il va l’accomplir dans sa passion, sa mort et sa résurrection. Moïse avait sauvé le peuple de l’anéantissement pour qu’il puisse continuer vers la terre promise. Jésus sauve les hommes pour leur donner la vie éternelle.

    Moïse est le personnage central dans les répons des matines de cette semaine, puisque la lecture biblique est celle de l’Exode. Pourtant le premier répons de ce jour n’évoque pas Moïse. Il nous plonge tout à coup dans la Passion. A partir de la phrase de Jésus qui suit immédiatement celle que j’ai citée : « Pourquoi cherchez-vous à me faire mourir ? ». Le répons met cette question en relation avec les propos de Jésus lors de la fête de la Dédicace, quand les Juifs veulent le lapider, et devant Anne lors de son premier interrogatoire.

    ℟. Pourquoi cherchez-vous à me faire mourir, moi qui vous ai dit la vérité ? Si j’ai mal parlé, rends témoignage du mal, mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? ℣. J’ai fait devant vous beaucoup d’œuvres bonnes, pour laquelle de ces œuvres voulez-vous me faire mourir ? ℟. Si j’ai mal parlé, rends témoignage du mal, mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ?

  • Lundi de la quatrième semaine de carême

    « Les Juifs lui dirent : Quel signe nous montres-tu pour agir de la sorte ? » Et le Seigneur : « Détruisez ce temple, et je le relèverai en trois jours. Les Juifs lui dirent donc: On a mis quarante-six ans à le bâtir, et vous tu dis : je le relèverai en trois jours? » Ils étaient chair et comprenaient tout dans un sens charnel, et Jésus-Christ leur parlait dans un sens spirituel. Lequel d’entre eux aurait pu comprendre de quel temple il parlait ? Pour nous, nous n’avons nul besoin de chercher longtemps ce qu’il voulait dire ; il nous l’a fait connaître par son Evangéliste, il nous a dit de quel temple il voulait parler. « Détruisez ce temple, et je le relèverai en trois jours. On a mis quarante-six ans à le bâtir, et tu le relèveras en trois jours ? Mais, ajoute l’Evangéliste, il parlait du temple de son corps. C’est un fait avéré : le Sauveur a été mis à mort et est ressuscité trois jours après. Cette vérité est aujourd’hui connue de nous tous ; si elle est impénétrable pour les Juifs, c’est qu’ils se tiennent hors de 1’Eglise ; nous en avons la claire vue, parce que nous savons en qui nous croyons. Bientôt nous célébrerons la solennité anniversaire de la destruction et de la réédification de ce temple ; nous exhortons ceux d’entre vous qui seraient encore catéchumènes à s’y préparer, afin de recevoir la grâce. Voici le moment favorable pour engendrer ce qui doit naître alors. Cette vérité, nous la connaissons donc.

    Mais peut-être voulez-vous apprendre de notre bouche si les quarante-six années employées à bâtir le temple n’indiquent pas quelque mystère. Assurément il y aurait beaucoup à dire à ce sujet : quoi qu’il en soit, nous vous dirons ce qui n’exige pas de longs développements et ce que vous pouvez facilement comprendre. Si je ne me trompe, mes frères, nous vous l’avons dit hier, Adam a été un simple homme; et néanmoins il était le genre humain tout entier. Voilà, s’il vous en souvient, ce que nous avons dit. Cet homme unique s’est comme fractionné dans les autres hommes ; mais en dépit de cette dispersion de 1ui~même, il est recueilli pour ainsi dire et comme réuni de nouveau en un seul par le lien de la société et de la concorde des esprits. Ce pauvre unique, cet Adam gémit, mais il se renouvelle en Jésus-Christ ; car ce nouvel Adam est venu sans le péché, afin de détruire en sa chair le péché du vieil Adam et de refaire en sa personne un Adam qui fût l’image de Dieu ; le corps de Jésus-Christ vient donc d’Adam: c’est d’Adam qu’a été formé ce temple détruit par les Juifs et relevé par Dieu après trois jours ; car il a ressuscité sa chair. C’est la preuve qu’il était Dieu, égal à son Père. Mes frères, l’Apôtre a dit : « C’est Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts ». De qui parle-t-il ? Du Père. « Jésus-Christ s’est fait obéissant jusqu’à la mort, jusqu’à la mort de la croix; c’est pourquoi Dieu l’a tiré d’entre les morts et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom. » Le Seigneur est donc sorti vivant d’entre les morts, et il a été exalté. Par qui ? Par le Père à qui il dit dans un psaume: « Rétablis-moi, et je les punirai. ». Donc c’est le Père qui l’a ressuscité. Le Fils ne s’est donc pas ressuscité lui-même ? Mais que fait le Père sans son Verbe ? Que fait le Père indépendamment de son Fils unique ? Ecoute : voici la preuve de la divinité du Fils : « Détruisez ce temple, et je le relèverai en trois jours. » A-t-il dit: détruisez ce temple, et mon Père le rétablira en trois jours ? Non; mais comme, lorsque le Père ressuscite un mort, le Fils ressuscite avec lui ; ainsi, lorsque le Fils ressuscite un mort, le Père le ressuscite aussi, parce que le Fils a dit: « Mon Père et moi nous sommes un. »

    Cependant, que signifie ce nombre de quarante-six ? Nous avons montré hier qu’Adam se trouve dans toutes les parties du monde ; les lettres initiales de quatre mots grecs nous ont servi à le faire. Si, en effet, tu unis l’un sous l’autre les quatre noms des quatre parties dont le monde se compose, c’est-à-dire l’Orient, l’Occident, le Nord et le Midi, ce qui a fait dire au Seigneur que lorsqu’il viendra juger, il rassemblera ses élus des quatre vent ; si donc tu écris ces quatre noms, l’Orient, anatole, l’Occident, dysis, le Nord, arctos, le Midi, mesembria, les premières lettres de ces quatre mots, anatole, dysis, arctos, mesembria, te donneront le nom d’Adam. Mais comment y trouvons-nous aussi le nombre quarante-six ? En ce que le corps de Jésus-Christ venait d’Adam. Chez les Grecs, les lettres servent de chiffres. Notre lettre a, s’écrit dans leur langue, alpha, et s’appelle alpha, un. Si, pour compter un nombre, ils emploient le bêta, qui est leur b, cette lettre représente le chiffre deux ; gamma, trois ; delta, quatre, et ainsi de suite pour toutes les autres lettres. Ce que nous appelons m, ils l’appellent my, et cette lettre, dans les nombres, équivaut à quarante, en grec, tessarakonta. Voyez maintenant quel nombre forment les lettres qui composent le nom d’Adam, et vous trouverez les quarante-six années employées à la construction du temple. Le mot Adam se compose d’un alpha, un ; d’un delta, quatre, ce qui signifie déjà cinq ; puis d’un autre alpha, un ; ce qui fait six ; il y a enfin un my, quarante ; en tout quarante-six. Mes frères, nos anciens pères ont dit tout cela avant nous et ils ont trouvé dans ces quatre lettres le nombre quarante-six. Et parce que Notre Seigneur Jésus-Christ a reçu son corps d’Adam, sans en recevoir le péché, il y a pris le temple de son corps sans y prendre l’iniquité qui devait être chassée du temple. Cette chair qu’il a reçue d’Adam (Marie, en effet, descendait d’Adam, et la chair du Seigneur était de Marie), les Juifs l’ont crucifiée. Mais il devait ressusciter après trois jours, ce corps que les Juifs devaient faire mourir sur la croix. Ils ont détruit le temple bâti en quarante-six ans, et lui l’a ressuscité en trois jours.

    Saint Augustin

  • Quatrième dimanche de carême

    L’un des noms traditionnels du quatrième dimanche de carême est le « dimanche de la rose », à cause de la rose d’or que le pape bénit en ce jour avant de la donner à quelqu’un qu’il veut spécialement honorer.

    Cette tradition de la rose d’or paraît anecdotique, mais elle est « immémoriale », ce qui est le signe d’une vraie tradition. Et il est toujours réjouissant de voir la critique historique mise en échec. Le premier témoignage que nous en ayons est celui du pape Léon IX, en 1051, mais il en parle comme d’une ancienne coutume.

    Au moyen âge, le pape bénissait la rose en son palais du Latran (en l’oignant du Saint-Chrême), se rendait à cheval, accompagné des cardinaux, à la basilique de Sainte-Croix-en-Jérusalem, tenant la rose à la main, prononçait un discours sur la rose, célébrait la messe, puis revenait au Latran, et donnait la rose au préfet de Rome qui tenait l’étrier et l’aidait à descendre de cheval. Puis ce fut à un prince qui se trouvait là. Par la suite la rose fut envoyée à un roi qui avait rendu un grand service à la papauté. Puis, à partir du XVIIIe siècle, elle ne fut plus donnée qu’à une reine ou une princesse, sans doute parce qu’on n’offre des fleurs qu’à une femme… On perdait de vue le symbolisme de la rose. Et après la Seconde Guerre mondiale, comme on n’avait plus guère de reines ou de princesses catholiques à honorer, la tradition s’étiola. Paul VI ne donna que cinq roses d’or, à des sanctuaires (dont Fatima). Jean-Paul II poursuivit en ce sens, mais ne donna que quatre roses d’or au cours de son très long pontificat. En revanche, Benoît XVI les a multipliées. On passe d’un extrême à l’autre… Certes, rien ne s’oppose à ce que le pape bénisse plusieurs roses, mais on perd le symbole de l’unicité de la rose, de son caractère exceptionnel ; et c’est le dimanche de la rose, pas des roses…

    La prière de bénédiction de la rose fait allusion à la liturgie du jour : c’est le dimanche de Laetare, où la joie change la couleur des ornements du violet en… rose. Le pape porte cette rose « si agréable par son aspect et son parfum », qui est « signe de joie spirituelle », afin que le peuple de Dieu, « étant arraché au joug de la captivité de Babylone par la grâce de votre Fils unique qui est la gloire et l’allégresse d’Israël, représente d’un cœur sincère les joies de cette Jérusalem supérieure qui est notre mère ».

    La joie, c’est le Fils. La rose d’or, ointe du Saint-Chrême, c’est le Christ (la fleur issue de la tige de Jessé). Il fut un temps où la rose d’or était teinte de rouge, car il s’agit d’une rose rouge : le rouge du sang du sacrifice. Les roses représentées dans les églises sont des roses à plusieurs rangs de cinq pétales – et la fleur de l’églantine, de fait, a cinq pétales – ce qui représente les cinq plaies du Christ, la corolle étant la coupe recueillant le sang. Mais cette rose est en or, parce que le Christ est ressuscité.

    Dieu est amour, et la rose est le symbole de l’amour, l’amour qui se donne, mais qui fleurit sur les épines : la Passion.

    La rose est bénie le quatrième dimanche de carême parce que le printemps est là, qui fait refleurir la nature, et parce que s’annonce la Pâque du vrai printemps spirituel qui fait refleurir les âmes et rétablit l’entrée du paradis, le jardin primordial.

    La rose est le Christ, aussi, parce que le Christ est la rosée. En latin, comme en français, c’est presque le même mot. Or la rosée est la bénédiction venue du ciel. La Bible fait plusieurs fois écho au fait naturel qu’au Proche Orient la rosée est nécessaire à la vie des plantes dans les longues périodes où il ne pleut pas, et en souligne la charge symbolique. Jusqu’à désigner la rosée comme symbole du Verbe. « Que ma parole s’écoule comme la rosée », dit Moïse au début de son cantique. « Je serai comme la rosée, Israël germera comme le lis », dit Dieu par Osée. Faisant référence au double miracle de la toison de Gédéon (Juges, 6), une antienne de la fête de la Circoncision chante : « Comme la rosée sur la toison, tu es descendu pour nous sauver. » Y fait écho le chant de l’Avent : « Rorate cæli » : Cieux, faites descendre la rosée.

    La rose bénie est la rosée de bénédiction. Celle que chante le psaume 132 : « Ah ! comme il est bon et comme il est joyeux d’habiter en frères, ensemble ! C'est comme un parfum sur la tête, qui descend sur la barbe, la barbe d’Aaron, qui descend sur le bord de son vêtement. C'est comme la rosée de l'Hermon, qui descend sur la montagne de Sion. Car c'est là que le Seigneur a envoyé la bénédiction, et la vie à jamais. »

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    La rose d’or offerte par Jean XXII au prince Rodolphe de Nidau (de Neuchatel), en 1330, parce qu’il avait chassé l’empereur Louis IV de Rome et d’Italie. Elle fut confectionnée en Avignon par Minucchio, l’un des meilleurs orfèvres siennois de la cour du pape. C’est la seule que l’on puisse voir en France (au Musée de Cluny), et l’une des trois roses médiévales qui subsistent : les bénéficiaires les fondaient pour récupérer l’or…