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Liturgie - Page 5

  • Annonciation

    La fête de l’Annonciation ne peut pas avoir lieu plus tard qu’un 9 avril, plus de deux semaines après sa date normale. Du coup il y a les deux alléluias des messes du temps pascal. Ce sont les deux alléluias des messes de la Sainte Vierge le samedi au temps pascal (dans l’ordre inverse). Voici l’Alléluia Virga Jesse, avec son joli refrain qui revient pas moins de cinq fois après avoir été entendu dans l’Alleluia initial.

    Par la « Manécanterie Ste Madeleine de Besançon » (disque Grégorien à Ronchamp) :


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  • Dimanche in albis

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    Mitte manum tuam, et cognósce loca clavórum, allelúia : et noli esse incrédulus, sed fidélis, allelúia, allelúia.

    Mets ta main, et connais la place des clous, alléluia ; et ne sois pas incrédule, mais fidèle, alléluia, alléluia.

    L’antienne de communion est un verset de l’évangile du jour, agrémenté d’alléluias pascals. C’est donc le Christ qui parle, avec une grande douceur, et des alléluias dune printanière légèreté.

    On remarquera que la première phrase, avant l’alléluia, est sur « loca clavorum » un récitatif sur la tonique, fa, qui se conclut un ton au-dessus, sur le sol, comme une discrète question : s’il te plaît, est-ce que tu veux bien croire que je suis celui qui a été crucifié ?

    Voici cette antienne avec des versets du psaume 117, à l’Institut Saint-Philippe Néri de Berlin.

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    Icône : tablettes de Sainte Sophie de Novgorod (XVe-XVIe siècles).

  • Samedi in albis

    Lundi, mardi et mercredi, j’ai donné les introïts des messes chantés par les moniales d’Argentan. Je découvre que le disque se termine par… l’introït de ce samedi. Le voici, avec le commentaire de dom Gajard.

    L’introït Eduxit Dominus, du samedi in albis (samedi de Pâques), 7e mode, s’établit aussitôt sur les degrés supérieurs de l’échelle modale et s’abandonne à de gracieuses ondulations, légères et festives. Chant d’allégresse et de jubilation, pour la délivrance du peuple de Dieu de la tyrannie du démon (Pâques, le baptême). Comme maintes pièces de la liturgie pascale, il emprunte volontiers des formules du 4e mode (cadences sur si de exsultatione, alleluia, electos suos) ; mais c’est pour revenir, par une belle progression descendante, à la fermeté grave du mode de sol.

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    Eduxit Dóminus pópulum suum in exsultatióne, allelúia : et eléctos suos in lætítia, allelúia, allelúia.
    Confitémini Dómino et invocáte nomen eius : annuntiáte inter gentes ópera eius.

    Le Seigneur fit sortir son peuple avec allégresse, alléluia ; et ses élus avec des transports de joie, alléluia, alléluia.
    Célébrez le Seigneur et invoquez son nom ; annoncez ses œuvres parmi les nations.

    (Dans psaume, 104, il s’agit de la sortie d’Egypte, l’un des principaux thèmes de Pâques.)


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  • Vendredi de Pâques

    Bienheureux cardinal Schuster :

    La brève lecture évangélique contient en abrégé toute l’histoire de l’Église, la somme de ses droits, sa mission dans le monde.

    Euntes docete : c’est l’affirmation de sa libre puissance d’enseigner partout la loi évangélique, indépendamment du pouvoir civil ;

    baptizantes : c’est l’autorité de paître les fidèles avec les divins Sacrements, dont le baptême est comme la porte ;

    docentes servare omnia quæcumque mandavi : c’est la puissance législative et judiciaire de l’Église, sans laquelle il n’y a pas d’autorité véritable ;

    ego vobiscum sum usque ad consummationem sæculi : c’est l’assurance de l’indéfectible assistance de la vertu divine jusqu’à la fin des siècles.

    Il convient d’ajouter la révélation explicite de la Sainte Trinité : Jésus demande aux apôtres de baptiser « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit », trois personnes en un seul « Nom ». C’est le seul endroit de la Bible où la Sainte Trinité est ouvertement nommée. On pourrait se demander si par hasard en cette fin d’évangile on ne l’a pas rajoutée par la suite, comme un élément de catéchèse. Mais il est frappant de constater qu’il y a un accord absolu entre tous les manuscrits dont nous disposons (ce qui n’est pas si fréquent) pour dire que cette formule est dans le texte originel et a été prononcée par Jésus.

    *

    • L'introït.

    • L'offertoire.

  • Jeudi de Pâques

    Dom Guéranger donne en ce jour deux séquences médiévales qui chantent Marie Madeleine. Voici la seconde, qui était « parmi les plus rares », selon le Thesaurus hymnologicus de Hermann Adalbert Daniel. Entre diverses trouvailles qui ne nécessitent pas d’être un distingué latiniste pour être goûtées, il y a ce « Facto clamat quod cor amat » : par ce qu’elle faisait elle criait ce que son cœur aimait. On remarque aussi que c’est un temps où la scolastique rationnelle puis la « piété » sentimentale n’avaient pas encore imposé cette idée que la première apparition du Christ ressuscité aurait été pour sa mère : « Bienheureux les yeux (de Marie Madeleine) auxquels il a été donné de voir en premier le roi du monde après qu’il a déposé la mort. »

    Mane prima Sabbati
    Surgens Dei Filius,
    Nostra spes et gloria.

    Au matin du Dimanche, le Fils de Dieu, notre espérance et notre gloire, s’est levé du tombeau.

    Victo rege sceleris,
    Rediit ab inferis,
    Cum summa victoria.

    Vainqueur du roi du péché, il est remonté des enfers avec les honneurs du triomphe ;

    Resurgentis itaque
    Maria Magdalena
    Facta est prænuntia.

    Et Marie-Madeleine a été la messagère de sa résurrection glorieuse.

    Ferens Christi fratribus,
    Ejus morte tristibus,
    Expectata gaudia.

    Elle est allée porter aux frères du Christ, si désolés de sa cruelle mort, la nouvelle joyeuse et désirée.

    O beati oculi,
    Quibus regem sæculi,
    Morte jam deposita,
    Primum est intuita !

    Heureux les yeux qui, les premiers, contemplèrent le maître du monde affranchi de la mort !

    Hæc est illa femina,
    Cujus cuncta crimina
    Ad Christi vestigia
    Ejus lavit gratia.

    C’est cette femme dont tous les péchés furent lavés aux pieds du Christ, par sa grâce.

    Quas dum plorat et mens orat,
    Facto clamat quod cor amat,
    Jesum super omnia.

    Elle pleurait, son âme priait ; ses actions annonçaient ce que son cœur aimait, Jésus par-dessus tout.

    Non ignorat quem adorat,
    Quod precatur jam deletur,
    Quod mens timet conscia.

    Celui qu’elle adorait, elle le reconnaissait déjà ; ce qu’elle implorait, déjà elle l’avait obtenu : le pardon des fautes qui effrayaient sa conscience.

    O Maria, mater pia,
    Stella Maris appellaris,
    Operum per menta.

    O Marie, douce mère, ton nom veut dire Etoile de la mer ; tes œuvres ont mérité un tel nom.

    Matri Christi coæquata,
    Dum fuisti sic vocata,
    Sed honore subdita.

    Tu partages l’honneur de ce nom avec la Mère du Christ ; mais tes honneurs s’effacent devant les siens.

    Illa mundi imperatrix,
    Ista beata peccatrix :
    Lætitiæ primordia
    Fuderunt in Ecclesia.

    L’une est l’impératrice du monde ; l’autre, l’heureuse pécheresse : toutes deux furent le principe de la joie dans l’Église.

    Illa enim fuit porta,
    Per quam salus est ex orta :
    Hæc resurgentis nuntia
    Mundum replet lætitia.

    La première est la Porte par laquelle le salut est venu ; la seconde a rempli le monde d’allégresse en proclamant la Résurrection.

    O Maria Magdalena,
    Audi vota laude plena,
    Apud Christum chorum istum
    Clementer concilia.

    O Marie-Madeleine, écoute nos vœux et nos louanges ; présente au Christ notre assemblée ; daigne nous obtenir sa faveur.

    Ut fons summæ pietatis
    Qui te lavit a peccatis,
    Servos suos atque tuos
    Mundet data venia.

    Il est la source de toute bonté, lui qui t’a lavée de tes fautes ; prie-le de nous purifier aussi, et de nous donner pardon, à nous ses serviteurs et tes clients.

    Amen dicant omnia.

    A cette prière, que toute créature dise Amen.

    *

    Pourquoi Marie-Madeleine en ce jour ?

    Brève histoire iconographique du Noli me tangere.

    Le deuxième répons des matines.

  • Mercredi de Pâques

    Encore un 7e mode, l’introït Venite benedicti, mais beaucoup plus équilibré, par la progression croissante et harmonieuse de sa ligne. C’est un appel à l’intimité avec Dieu adressé aux nouveaux baptisés, appel émouvant, à la fois ardent (élan de venite), et très aimant, comme en témoignent l’enveloppement de benedicti avec sa retombée solennelle au grave (Patris mei), et la douceur de percipite regnum. Dans l’enthousiasme provoqué par l’éternité de cet appel divin, la mélodie bondit alors au fa aigu où elle s’accroche et plane avec complaisance, avant que le triple alléluia la ramène à la tonique par de somptueuses courbes, dessinant magnifiquement l’architecture du 7e mode.

    Dom Joseph Gajard

    Veníte, benedícti Patris mei, percípite regnum, allelúia : quod vobis parátum est ab orígine mundi, allelúia, allelúia, allelúia.
    Cantáte Dómino cánticum novum : cantáte Dómino, omnis terra.

    Venez, les bénis de mon Père, possédez le royaume, alléluia, qui vous a été préparé dès l’origine du monde, alléluia, alléluia, alléluia.
    Chantez au Seigneur un cantique nouveau ; chantez au Seigneur, toute la terre.

    Par les moniales d’Argentan, direction dom Gajard, 1967 :
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    Graduel pour l'église Sainte-Cécile du Transtévère à Rome, 1071, Fondation Martin Bodmer, Cod. Bodmer 74, Cologny.

  • Mardi de Pâques

    L’introït Aqua sapientiae se présente d’une manière assez étrange, fait de deux parties différentes. La première se tient obstinément dans la tierce mineure aiguë, ré-fa, bâtie sur la dominante du 7e mode, avec broderie supérieure à la quarte sol, ou même une fois au la. N’était la quinte de l’intonation sol-ré, qui fait constamment sentir son influence, on se croirait dans le mode de ré, jusqu’à ce que la modulation de flectetur, avec son si bécarre exprimé, ramène la mélodie dans la quinte grave du mode de sol (7e mode), où elle va désormais évoluer jusqu’à la fin, non d’ailleurs sans une nouvelle incursion rapide dans la tierce mineure aiguë ré-fa.

    Dom Joseph Gajard

    Aqua sapiéntiæ potávit eos, allelúia : firmábitur in illis et non flectétur, allelúia : et exaltábit eos in ætérnum, allelúia, allelúia.
    Confitémini Dómino et invocáte nomen ejus : annuntiáte inter gentes ópera ejus.

    Il les a abreuvés de l’eau de la Sagesse, alléluia, elle s’établira en eux et les rendra inébranlables, alléluia, elle les élèvera en gloire à jamais, alléluia.
    Célébrez le Seigneur et invoquez son nom : annoncez ses œuvres parmi les nations.

    Par les moniales d’Argentan, direction dom Gajard, 1967.
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    Graduel pour l'église Sainte-Cécile du Transtévère à Rome, 1071, Fondation Martin Bodmer, Cod. Bodmer 74, Cologny.

  • Lundi de Pâques

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    Les Messes de la Semaine de Pâques sont, elles aussi, tout imprégnées de l'atmosphère d’allégresse et de ferveur du grand mystère pascal, avec ses deux aspects complémentaires : la résurrection du Christ, et notre propre résurrection, à nous, symbolisée et comme concrétisée par la présence, autour de l'autel, des néophytes, ou nouveaux baptisés, revêtus de leur robe blanche baptismale. C‘est toujours, dans toutes les pièces, l‘un ou l'autre aspect qui domine.

    C'est à eux, en effet, aux néophytes, que s'adresse directement l'introït Introduxit vos Dominus, à ceux que, par le baptême, le Seigneur vient d'introduire symboliquement dans la Terre Promise, où fluent le lait et le miel. Mélodie très joyeuse et légère, dans la clarté du mode de sol (8e mode), chantant le plus souvent dans la quarte sol-do, tonique-dominante, avec, au passage, la demi-cadence sur la, toute en mouvement, de vestro, et quelques fa naturels, qui, voisinant avec le si bécarre, ajoutent de la profondeur.

    Dom Joseph Gajard

    Introdúxit vos Dóminus in terram fluéntem lac et mel, allelúia : et ut lex Dómini semper sit in ore vestro, allelúia, allelúia.
    Confitémini Dómino et invocáte nomen ejus : annuntiáte inter gentes ópera ejus.

    Le Seigneur vous a introduits dans une terre où coulent le lait et le miel, alléluia : afin que la loi du Seigneur soit toujours dans votre bouche, alléluia, alléluia.
    Célébrez le Seigneur et invoquez son nom : annoncez ses œuvres parmi les nations.

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    Par les moniales d’Argentan, direction dom Gajard, 1967 :
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    Graduel pour l'église Sainte-Cécile du Transtévère à Rome, 1071, Fondation Martin Bodmer, Cod. Bodmer 74, Cologny.

  • Pâques

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    Cette icône du XVIe siècle, au monastère Saint-Denys de Korisos du mont Athos, a la particularité de combiner les deux icônes canoniques de Pâques : la descente du Christ aux enfers, et les myrophores au tombeau vide.

    Le titre en rouge dit : η αγία του Χριστού Ανάστασις : la sainte résurrection du Christ.

    La plus grande partie est consacrée à la descente aux enfers, qui est l’icône pascale proprement dite. Jésus, qui est déjà dans l’éclat de sa résurrection, est entré sous terre et a fracassé les portes du Shéol pour délivrer les âmes des justes, en commençant par Adam et Eve. On voit aussi saint Jean Baptiste, le seul qui a une auréole parce qu’il est le seul personnage de l’Ancien Testament qui a été « canonisé » par Jésus, puis des rois dont David et Salomon. En haut, de chaque côté, deux prophètes qui ont annoncé la résurrection du Christ. A gauche c’est Jonas : son nom est écrit, et il est le prophète dont Jésus lui-même a souligné l’annonce de sa résurrection le troisième jour. L’autre prophète, à droite, n’est pas nommé. Selon certains ce serait David, mais il ne paraît pas correspondre au roi (l'absence de nom peut laisser penser qu'il symbolise tous les autres prophètes). Ces deux personnages sont également une particularité de cette icône. On voit parfois à leur place deux anges.

    En bas, c’est l’icône des myrophores, qui sont particulièrement fêtées le deuxième dimanche après Pâques et toute la semaine qui suit. Du moins c’est la partie à droite qui est l’icône canonique : les femmes arrivent au tombeau qui est ouvert, et où l’on ne voit plus que le linceul et le bonnet, et l’ange leur dit : « Voici le lieu où on l’avait mis. » A gauche est illustré le dernier verset du chapitre 27 de saint Matthieu : « Or Marie-Madeleine et l'autre Marie étaient là assises vis-à-vis du sépulcre. » Le verset suivant, le premier du chapitre 28, dit : « Or comme le sabbat finissait et que le premier jour de la semaine commençait à luire, Marie-Madeleine et l'autre Marie vinrent pour voir le sépulcre. » C’est pourquoi il n’y a que deux femmes (effrayées), alors que la majorité des icônes ont trois myrophores, conformément à l’évangile de saint Marc qui est lu ce dimanche dans la liturgie byzantine.

    Selon saint Marc « l’autre Marie » était la « mère de José » (selon le nom conservé par la tradition byzantine), qui est Joset ou Joseph selon les manuscrits. Certains disent même « la mère de Jacques », sans doute pour harmoniser avec la suite, puisque les myrophores de saint Marc sont « Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques et Salomé ». Saint Jean ne parle que de Marie-Madeleine, et saint Luc parle d’un nombre indéterminé de femmes, dont il cite trois noms : « Marie-Madeleine et Jeanne et Marie, mère de Jacques ».

    Cette incertitude montre bien quel bouleversement des esprits a été la découverte et la révélation de la Résurrection. Il est notable aussi que la seule myrophore citée par les quatre évangélistes est Marie-Madeleine, l’« apôtre des apôtres ».

  • Samedi saint

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    (Cathédrale de Cefalù, Sicile)

    Si le samedi est consacré à la reine du Ciel, à Notre Dame, la Vierge Immaculée, c’est que Dieu s’est reposé en elle, comme il ne se reposera jamais en aucune créature, car il a choisi pour le lieu de son repos non seulement l’âme de l’auguste Marie, mais encore son corps virginal, ainsi qu’elle le dit : Qui creavit me requievit in tabernaculo meo (Eccl. 24, 12). Mais en même temps aucune créature n’est entrée dans le repos de Dieu comme Notre Dame Marie. Dès le premier instant de sa Conception Immaculée, cette créature vraiment à part s’est tournée vers Dieu et dédaignant à jamais toutes choses et soi-même, elle n’a pas, même un seul instant, détourné son regard de Dieu ; elle a passé à travers toutes choses, mais son repos, elle ne l’a jamais pris qu’en Dieu. Toutes les paroles qu’elle a jamais prononcées révèlent cette fixité au centre. Rien ne la trouble ni ne l’exalte. Sa très sainte vie s’est écoulée dans une sanctification constante du septième jour et dans le repos de Dieu. C’est tout le secret de sa vie et tout le mode de sa haute sainteté calme, silencieuse, ordonnée, profonde. Les joies de Bethléem, les angoisses du Calvaire sont pour son âme ce que sont les vagues soulevées par le vent dans les eaux profondes d’un de ces lacs qui se rencontrent au haut des montagnes, lacs inexplorés, autour desquels aucun être vivant ne paraît, si ce n’est l’aigle puissant. Lacs si profonds qu’on n’en saurait trouver le fond, tant leurs eaux pénètrent avant dans la croûte terrestre. La surface peut être soulevée, mais quelle force pourrait en atteindre les abîmes insondables ? Aussi, nul comme elle n’a compris le grand Samedi du repos de son divin Fils. Toutes les habitudes de son âme lui rendaient ce repos familier. Elle en connaissait depuis longtemps tous les mystères.

    Madame Cécile Bruyère, première abbesse de Sainte-Cécile de Solesmes (In Spiritu et Veritate)