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Liturgie

  • Sainte Bibiane

    Deus, ómnium largítor bonórum, qui in fámula tua Bibiána cum virginitátis flore martýrii palmam coniunxísti : mentes nostras eius intercessióne tibi caritáte coniúnge ; ut, amótis perículis, prǽmia consequámur ætérna. Per Dóminum…

    O Dieu, dispensateur de tous les biens, qui avez uni en votre servante Bibiane, la fleur de la virginité à la palme du martyre, daignez, par son intercession, vous unir nos âmes dans la charité, afin que, délivrés de tout péril, nous puissions obtenir les récompenses éternelles.

    L’office et la messe de la fête de sainte Bibiane (Viviane, Vivienne) est du commun des vierges martyres. Mais l’oraison est propre. Elle brode de jolie façon sur un thème classique des anciens sacramentaires. Elle fut composée sous Urbain VIII, après que l’on eut découvert les reliques de sainte Bibiane, en 1624, dans… la basilique Sainte-Bibiane. (C’est l’une de ces nombreuses découvertes qui parsèment l’histoire de l’Eglise et qui confirment sans cesse l’authenticité des plus anciennes traditions.)

  • Vox clara ecce intonat

    Hymne des laudes de l’Avent, avec la traduction de Lemaitre de Sacy (dans les Heures de Port-Royal). En 2009 j’avais publié la traduction de Pierre Corneille.

    La voici chantée par les moniales d’Argentan :
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    Vox clara ecce intonat,
    obscura quaeque increpat:
    procul fugentur somnia;
    ab æthre Christus promicat.

    Mens jam resurgat torpida
    quae sorde exstat saucia;
    sidus refulget jam novum,
    ut tollat omne noxium.

    E sursum Agnus mittitur
    laxare gratis debitum;
    omnes pro indulgentia
    vocem demus cum lacrimis.

    Secundo ut cum fulserit
    mundumque horror cinxerit,
    non pro reatu puniat,
    sed nos pius tunc protegat.

    Laus, honor, virtus, gloria,
    Deo, Patri, et Filio,
    Sancto simul Paraclito,
    in sempiterna sæcula. Amen

    Une éclatante voix résonne à notre oreille,
    Un vif rayon frappe nos yeux.
    Quittons l'ombre et la nuit, que tout homme s'éveille,
    Jésus descend des cieux.

    Qu'enfin l'âme abattue en sa langueur funeste
    Espère après tant de travaux
    Un nouvel astre brille, et sa flamme céleste
    Doit guérir tous nos maux.

    L'Agneau vient faire un don pour sauver les coupables
    Que nul homme n'a mérité :
    Allons, fondant en pleurs par nos cris lamentables
    Implorer sa bonté.

    Afin qu’étant armé des traits de sa colère
    Au grand et redoutable jour,
    Oubliant qu’il est juge, il nous montre en vrai père
    Des entrailles d’amour.

    Gloire au Père éternel, au Fils notre espérance,
    A l’Esprit notre heureuse paix,
    Qu’ils règnent en ce jour qui jamais ne commence,
    Et ne finit jamais. Ainsi soit-il.

  • Saint André

    Il y a un grand contraste entre la messe et l’office. la messe est une messe d’apôtre, sans autre référence précise à saint André que l’évangile, et l’antienne de communion qui reprend des formules de cet évangile et commence par Veníte post me : « Suivez-moi », et c’est ce que le Seigneur nous dit à tous en ce début de l’Avent. Et Pierre et André, aussitôt, le suivirent.

    L’office quant à lui regorge d’antiennes et de répons qui proviennent des Actes de saint André, ou des Actes du Martyre de saint André, que l’on a en plusieurs versions et qui sont de superbes textes « apocryphes ».

    Voici les antiennes des laudes et des vêpres (et donc des petites heures) et la très belle antienne de Magnificat, dans une curieuse compilation (première antienne seule et sans accompagnement, les trois suivantes avec accompagnement et un verset de psaume et répétition de l’antienne, la cinquième comme la première, mais doublée…) Cet enregistrement vient du blog Cantuale Antonianum, qui ne donne aucune indication sur les interprètes. L’important est que c’est bien chanté (même quand l’orgue est comme toujours, de trop).

    Salve crux pretiosa, * suscipe discipulum ejus, qui pependit in te magister meus Christus.

    Salut, ô Croix précieuse ! reçois le disciple de Celui qui à toi fut attaché, le Christ mon maître.

    Beatus Andreas * orabat, dicens: Domine, Rex aeternae gloriae, suscipe me pendentem in patibulo.

    Le bienheureux André priait, et disait: Seigneur, Roi d’éternelle gloire, recevez-moi qui suis suspendu à ce gibet.

    Andreas Christi famulus, * dignus Dei Apostolus, germanus Petri, et in passione socius.

    André, le serviteur du Christ, le digne Apôtre de Dieu, le frère de Pierre et le compagnon de son supplice.

    Maximilla Christo amabilis * tulit corpus Apostoli, optimo loco cum aromatibus sepelivit.

    Maximille, femme aimée du Christ, enleva le corps de l’Apôtre, et l’ensevelit avec des parfums en un lieu honorable.

    Qui persequebantur justum, * demersisti eos, Domine, in inferno, et in ligno crucis dux justi fuisti.

    Ceux qui persécutaient le juste, vous les avez précipités, Seigneur, dans les enfers, et vous êtes l’appui du juste sur la Croix.

    Cum pervenisset beatus Andreas ad locum, ubi crux parata erat, exclamavit et dixit: O bona crux, diu desiderata, et jam concupiscenti animo praeparata: securus et gaudens venio ad te, ita et tu exsultans suscipias me discipulum eius, qui pependit in te.

    Comme le bienheureux André arrivait au lieu où était préparée la croix, il s’exclama et dit : « O bonne croix, longtemps désirée, et enfin préparée pour mon esprit qui la désire, je viens à toi, tranquille et joyeux, afin que, exultante, tu me reçoives, moi le disciple de celui qui était suspendu à toi. »

    Pour que le tableau des antiennes du jour soit complet, voici celle du Benedictus aux laudes :

    Concede nobis * hominem iustum, redde nobis hominem sanctum: ne interficias hominem Deo carum, iustum, mansuetum, et pium.

    Accorde-nous l’homme juste, rends-nous l’homme saint, afin de ne pas tuer l’homme cher à Dieu, juste, doux et pieux.

    Addendum

    Un lecteur très savant et perspicace m'informe qu'il s'agit des vêpres de la fête de saint André  à l'Oratoire de Londres. La différence entre les antiennes vient de ce que certaines sont suivies du psaume mis en musique par Victoria (sans orgue) et les autres du psaume en plain chant. Les vêpres complètes se trouvent également sur Youtube. (Superbe interprétation de Victoria.)

  • Deux répons

    On peut voir sur cet antiphonaire des cordeliers de Fribourg (autour de l’an 1300), deux des trois répons des matines de ce jour (dans une graphie qui est déjà celle des livres d’aujourd’hui).

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    ℟. Montes Israel, ramos vestros expandite, et florete, et fructus facite: * Prope est ut veniat dies Domini.
    ℣. Rorate cæli desuper, et nubes pluant justum: aperiatur terra, et germinet Salvatorem.
    ℟. Prope est ut veniat dies Domini.

    Montagnes d’Israël, étendez vos rameaux, et fleurissez, et produisez des fruits : le jour du Seigneur est près de venir. Cieux, versez votre rosée d’en haut, et que les nuées pleuvent le Juste ; que la terre s’ouvre et qu’elle germe le Sauveur. 

    Répons inspiré d’Ezéchiel 36, 8 ; le verset est d’Isaïe 45, 8.

     

    ℟. Erumpant montes jucunditatem, et colles justitiam: * Quia lux mundi Dominus cum potentia venit.
    ℣. De Sion exibit lex, et verbum Domini de Jerusalem.
    ℟. Quia lux mundi Dominus cum potentia venit.

    Que les montagnes fassent éclater la joie, et les collines la justice, parce que la lumière du monde, le Seigneur, vient avec puissance. La loi sortira de Sion, et la parole du Seigneur de Jérusalem, parce que la lumière du monde, le Seigneur, vient avec puissance.

    Le verset est d’Isaïe 2,3 ; le répons proprement dit est inspiré de diverses expressions des prophètes et des psaumes, sans qu’on puisse lui donner de références précises.

  • Lundi de la première semaine de l’Avent

    Salus aeterna indeficiens mundi vita,
    Lux sempiterna et redemptio vera nostra,
    Condolens humana perire saecula
    per tentantis numina,
    Non linquens excelsa,
    adisti ima propria clementia.

    Salut éternel, inépuisable vie du monde,
    Lumière perpétuelle et notre vraie rédemption,
    Emu de pitié devant la perte de la race humaine
    Par les idoles du tentateur,
    sans abandonner les hauteurs
    Tu t'es approché du plus bas par la clémence qui t'es propre.

    Mox tua spontanea gratia assumens humana,
    Quae fuerant perdita omnia salvasti terrea,
    Ferens mundo gaudia.

    Bientôt par l’élan de ta grâce, assumant l'humanité,
    Tu as sauvé tout ce qui était perdu sur la terre,
    En apportant la joie au monde.

    Tu animas et corpora
    Nostra Christe, expia
    Ut possideas lucida
    Nosmet habitacula.

    Toi, ô Christ ! purifie nos âmes et nos corps
    Afin de posséder en nous-mêmes
    De resplendissantes demeures.

    Adventu primo justifica,
    In secundo nosque libera,
    Ut cum, facta luce magna, judicabis omnia,
    Compti stola incorrupta,
    Nosmet tua subsequamur
    Mox vestigia quocumque visa. Amen.

    Au premier Avent, justifie-nous,
    Au second, délivre-nous,
    Afin qu’au jour de la grande lumière, où tu jugeras l’univers,
    Ornés de la robe inaltérable,
    Nous marchions sur tes traces, partout où nous les verrons. Amen.

    Cette séquence de l'Avent, du XIe siècle, se trouve dans de nombreux manuscrits, surtout français, mais aussi anglais (Sarum), espagnols, italiens. La voici dans le missel de Nidaros, imprimé en 1519 pour l’archidiocèse de Nidaros et toute la Norvège. Aujourd’hui Trondheim, c’était la ville royale de Norvège. Les rois de Norvège se font toujours couronner dans la cathédrale de Nidaros, qui a été volée par les protestants 17 ans seulement après l’impression de ce missel.

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     On entendra ci-après les deux premières strophes, avec le deux premiers vers comme refrain, indiqué comme une œuvre de Benjamin Britten, dont la seule contribution réelle est le curieux très bref solo de baryton...

  • Premier dimanche de l’Avent

    L’introït et l’offertoire sont sur le même texte : le début du psaume 24. Ad Te : vers toi, Seigneur, orientation de toute l’année liturgique. Voir ce que j’en disais l’an dernier.

    Voici ces deux pièces par les moines de Montserrat. C’est un peu emphatique, selon leur manière habituelle, mais c’est très beau. (L’offertoire chanté ajoute « Domine » après « Ad Te ».)

    Ad te levávi ánimam meam : Deus meus, in te confído, non erubéscam : neque irrídeant me inimíci mei : étenim univérsi qui te exspéctant non confundéntur.
    Vias tuas, Dómine, demónstra mihi : et sémitas tuas édoce me.
    Gloria Patri…

    Vers toi je lève mon âme. Mon Dieu, j’ai mis en toi ma confiance, je ne rougirai pas, et ils ne se moqueront pas de moi mes ennemis, car ceux qui t’attendent ne seront pas confondus.
    Montre-moi tes voies, Seigneur, et enseigne-moi tes chemins.
    Gloire au Père...


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  • Saint Silvestre

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    L’autre saint Silvestre coïncide cette année avec le dernier jour de l’année liturgique. C’est l’abbé Silvestre, bénédictin, qui fonda une nouvelle famille, les silvestrins.

    Clementíssime Deus, qui sanctum Silvéstrum Abbátem, sǽculi huius vanitátem in apérto túmulo pie meditántem, ad erémum vocáre et præcláris vitæ méritis decoráre dignátus es : te súpplices exorámus ; ut, eius exémplo terréna despiciéntes, tui consórtio perfruámur ætérno. Per Dóminum.

    O Dieu très clément, qui avez appelé à la solitude le bienheureux Abbé Sylvestre, tandis qu’il méditait devant un tombeau ouvert la vanité de ce monde, et qui avez daigné l’orner des mérites d’une vie très sainte ; nous vous supplions de faire que, méprisant à son exemple les .biens de la terre, nous jouissions du bonheur de votre éternelle compagnie.

    L’allusion historique contenue dans cette collecte se rapporte à ce qui est raconté dans la vie de saint Silvestre. Tandis qu’il assistait un jour aux funérailles d’un parent, regardant le cadavre défiguré il commença de réfléchir, et il se dit : Ego sum quod hic fuit ; quod hic est, ego ero : Je suis à présent ce que celui-ci fut naguère ; bientôt je serai moi aussi ce qu’il est maintenant. Cette bonne pensée suffit pour le décider à laisser le monde aux hommes vains et à se faire moine. Tant est grande la force d’une bonne pensée, quand elle ne demeure pas simplement à l’état de pensée, mais est exécutée avec diligence.

    Bienheureux cardinal Schuster

  • Sainte Catherine

    ℟. Virgo flagellatur, crucianda fame religatur, carcere clausa manet, lux cælica fusa refulget:
    * fragrat odor dulcis, cantant cæli agmina laudes.

    ℣. Sponsus amat sponsam, Salvator visitat illam. * Fragrat odor dulcis, cantant cæli agmina laudes.
    Gloria Patri et Filio, et Spiritui Sancto.
    * Fragrat odor dulcis, cantant cæli agmina laudes.

    La vierge est flagellée, chargée de liens elle est soumise au tourment de la faim, elle demeure emprisonnée, une lumière céleste emplit la prison de splendeur : * Un doux parfum se fait sentir, on entend les cantiques des phalanges des cieux. L’Époux aime l’Épouse, elle reçoit la visite du Sauveur. Un doux parfum... Gloire au Père... Un doux parfum...

    Répons du bréviaire dominicain, cité dans l’Année liturgique. Le voici interprété par le Hilliard Ensemble, suivi d’une improvisation du saxophoniste Jan Garbarek, un peu planante mais pas vraiment hors sujet.
    podcast

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    (Chapelle Saint-Anne, Carhaix)

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  • Saint Jean de la Croix

    Pour goûter tout, n’ayez du goût pour aucune chose.
    Pour savoir tout, désirez de ne rien savoir.
    Pour posséder tout, souhaitez de ne rien posséder.
    Pour être tout, ayez la volonté de n’être rien en toutes choses.

    Pour parvenir à ce que vous ne goûtez pas,
    vous devez passer par ce qui ne frappe point votre goût.
    Pour arriver à ce que vous ne savez pas,
    il faut passer par ce que vous ignorez.
    Pour avoir ce que vous ne possédez pas,
    il est nécessaire que vous passiez par ce que vous n’avez pas.
    Pour devenir ce que vous n’êtes pas,
    vous devez passer par ce que vous n’êtes pas.

    Lorsque vous vous arrêtez à quelque chose,
    vous cessez de vous jeter dans le tout.
    Car pour venir au tout du tout,
    vous devez vous renoncer au tout du tout.

    Et quand vous serez arrivé à la possession du tout,
    vous devez le retenir en ne voulant rien.
    Car si vous voulez avoir quelque chose dans le tout,
    vous n’avez pas votre trésor tout pur en Dieu.

    La montée du Carmel, traduction Jean Maillard 1695.

    Le poème sur le dessin originel de saint Jean de la Croix

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  • Saint Clément Ier

    La messe de saint Clément a toujours eu un introït propre, alors que les autres pièces étaient prises d’autres messes. Lorsque Pie XII inventa son « propre des papes », il fit disparaître les messes propres des saints papes, mais, par exception, pour une raison que je ne connais pas, il conserva l’introït de saint Clément.

    Le texte est librement inspiré de deux versets d’Isaïe (59,21 et 56,7). Il n’est complet que dans les Graduels et missels notés. Dans les missels qui ne comportent que les textes, il manque la proposition « adest enim nomen tuum » (car ton nom m’est présent).

    Dicit Dóminus : Sermónes mei, quos dedi in os tuum, non defícient de ore tuo, adest enim nomen tuum : et múnera tua accépta erunt super altáre meum.

    Le Seigneur dit : Mes paroles que j'ai mises dans ta bouche ne cesseront pas d'être sur tes lèvres, car ton nom m'est présent, et tes offrandes seront accueillies sur mon autel.

    Le voici sur le plus ancien graduel noté, le codex 121 d’Einsiedeln, vers 960-970.

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    Puis sur le codex 376 de Saint-Gall, qui date du milieu du XIe siècle. On voit qu’est indiqué un alléluia, qui ne figure pas dans la messe de l’autre codex.

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    Enfin, la notation moderne, et on peut l’écouter, dans une version très basique, ici.

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  • Mgr N'Koué en Vaucluse

    Ce lundi 21 novembre, les enfants et les institutrices de l'école Sainte-Anne du Barroux célébraient la fête patronale de l'établissement à l'occasion de la Présentation de la Sainte Vierge. 

    Agréable surprise en fin de journée avec la visite de Mgr Pascal N'Koué, archevêque de Parakou au Bénin. Ce dernier, étant venu en Avignon à l'occasion de la béatification du Père Marie Eugène de l'Enfant Jésus, a souhaité visiter cette école libre dont les enfants ont récemment offert leurs prières et leurs aumônes à la chrétienté du Bénin.

    Après un échange joyeux avec les élèves, le prélat africain a béni une magnifique statue représentant sainte Anne et la Sainte Vierge avant d'étendre sa bénédiction aux enfants, aux institutrices et à dom Louis Marie, abbé du Barroux, venu en voisin.

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    Mgr N'Koué est l'un de ces évêques qui ont répondu présent à l'appel du cardinal Sarah pour la célébration de la messe "vers le Seigneur". Sous le titre "Un tournant irréversible", il a écrit dans son bulletin diocésain de novembre :

    « Le grand signe qui nous accompagnera toute l’année sera "la messe orientée", vraie rupture pour un nouveau départ spirituel, et cela à partir du premier dimanche de l’Avent (...). Voilà le tournant irréversible. Voilà "l’étape cruciale". Tournons-nous vers le Christ, soleil levant, et nous serons sauvés. La Vierge Marie, Notre-Dame de Komiguéa, nous aidera. »

    (Mgr N’Koué est sans doute le seul évêque au monde, depuis le concile Vatican II, à avoir construit une église paroissiale pour la messe de saint Pie V – avant même le motu proprio de Benoît XVI.)

  • Sainte Cécile

    Voici les antiennes de Magnificat des premières et des secondes vêpres (dans les livres d’avant 1960), chantées par les moniales d’Argentan.


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    Est secrétum, Valeriáne quod tibi volo dícere : ángelum Dei hábeo amatórem, qui nímio zelo custódit corpus meum.

    C’est un secret, Valérien, que je veux te dire : j’ai pour amant un ange de Dieu, qui avec une extrême jalousie garde mon corps.


    podcast

    Virgo gloriósa semper Evangélium Christi gerébat in péctore suo, et non diébus neque nóctibus a collóquiis divínis et oratióne cessábat.

    La vierge glorieuse portait toujours l’Evangile du Christ sur sa poitrine, et elle ne cessait jamais, ni le jour ni la nuit, de prier et de s’entretenir avec Dieu.

  • Présentation de la Sainte Vierge

    J’ai reproduit l’an dernier le récit de l’institution de cette fête en Occident – en Avignon – par le pape Grégoire XI, sur les très instantes instances de Philippe de Maizières, chancelier de Chypre, qui l’avait découverte chez les « Syriens ». De l’office et de la messe propres il n’est rien resté, hélas, lorsque saint Pie V supprima cette fête (sauf les manuscrits, qui paraissent n’intéresser personne…). Sixte Quint la rétablit 17 ans plus tard, mais a minima, lui donnant comme nouvel office et comme nouvelle messe le commun des fêtes de la Sainte Vierge, en dehors de la collecte, du texte de saint Jean Damascène aux matines, et de l’antienne de Magnificat.

    Cette antienne, cependant, ne vient pas de Chypre. Elle existait déjà, dans sa forme longue, dans l’office de la vigile de l’Assomption (et de la Vigile de la Nativité de la Vierge), comme en témoigne l’antiphonaire de l’abbaye de Saint-Maur des Fossés datant du début du XIIe siècle.

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    Voici l’antienne de Magnificat, par les moniales d’Argentan :
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    Beata Dei genitrix, Maria, Virgo perpetua, templum Domini, sacrarium Spiritus Sancti : sola sine exemplo placuisti Domino Jesu Christo, alleluia.

    Bienheureuse Mère de Dieu Marie toujours vierge, temple du Seigneur, sanctuaire du Saint-Esprit, vous seule avez plu à notre Seigneur Jésus-Christ d’une manière sans exemple, alléluia.

    Voici l’antienne dans sa forme longue, antienne du Benedictus de l’office de la Sainte Vierge le samedi, par les moines de Fontgombault (à la place d’ « alleluia » il y a : « ora pro populo, interveni pro clero, intercede pro devoto femineo sexu » - prie pour le peuple, interviens pour le clergé, intercède pour les religieuses – que l’on trouve aussi dans l’antienne « Sancta Maria, succurre miseris… »), avec le Benedictus :
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  • 27e et dernier dimanche après la Pentecôte

    Antienne du Benedictus, aux laudes :

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    Cum videritis abominationem desolationis quae dicta est a Daniele propheta stantem in loco sancto, qui legit intelligat.

    Quand donc vous verrez l’abomination de la désolation, dont a parlé le prophète Daniel, établie dans le lieu saint, que celui qui lit comprenne.

    Antienne du Magnificat, aux vêpres :

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    Amen dico vobis, quia non praeteribit generatio haec, donec omnia fiant: caelum et terra transibunt, verba autem mea non transibunt, dicit Dominus.

    En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera point que toutes ces choses n’arrivent. Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point, dit le Seigneur.

    Les mélodies ci-dessus proviennent d’un antiphonaire dominicain. Voici celles de l’antiphonaire des cordeliers (franciscains) de Fribourg (autour de l’an 1300). On peut constater de menues différences, notamment sur la question récurrente du si bémol, et aussi comment les anciens passaient d’une clef à l’autre sans crier gare (le début de l’antienne de Magnificat commence comme celle du Benedictus en clef d’ut sur la quatrième ligne, mais se poursuit en clef de fa sur la troisième ligne…)…

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  • Sainte Elisabeth

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    L'Année liturgique

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    Antiphonaire de Saint-Lambrecht (1400)

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    Antiphonaire de Saint-Gall

  • Dédicace des Basiliques Saint-Pierre et Saint-Paul

    Postcommunion :

    Deus, qui de vivis et electis lapídibus ætérnum maiestáti tuæ prǽparas habitáculum : auxiliáre pópulo tuo supplicánti ; ut, quod Ecclésiæ tuæ corporálibus próficit spátiis, spirituálibus amplificétur augméntis. Per Dóminum nostrum.

    O Dieu qui préparez à votre majesté un temple éternel fait de pierres vivantes et choisies, venez en aide à votre peuple suppliant, afin que ce qui est utile à votre Église en fait d’espaces matériels soit l’occasion d’accroissements spirituels.

  • Saint Grégoire le Thaumaturge

    Réjouis-toi, qui t'illustras par ta sainte théologie, colonne de l'Eglise, son ferme docteur, admirable instrument du Paraclet, esprit céleste, cithare de l'Esprit, sublime pasteur et toi-même doux agneau, brebis chérie du suprême Pasteur, fontaine d'où jaillissent la doctrine et les flots de guérisons, pontife Grégoire, prie le Christ d'accorder à nos âmes la grâce du salut.

    Réjouis-toi, splendeur des pontifes sacrés, brillante demeure des vertus, soutien de l'Eglise et modèle de dignité sacerdotale, fleuve regorgeant des flots divins dont s'abreuve la terre entière pour donner en abondance les fruits spirituels du salut et qui nettoient le bourbier des hérésies, Ange terrestre, homme du ciel, bouche méditant la loi de Dieu, Grégoire, digne héritier de celui qui offre au monde la grâce du salut.

    Sous les pluies de tes prières sacrées tu fis sécher un étang qui entre frères était source de conflit; au moyen d'un bâton changé en arbre, tu barras par grâce divine le cours d'un fleuve débordant, Grégoire, et détruisis les autels des démons; par la chaleur de tes prières vers Dieu tu fis cesser la froidure de l'impiété; par tes miracles tu affermis les âmes, pour les mener au Bienfaiteur de l'univers, dont tu reçus le salaire mérité; prie-le d'accorder à nos âmes la grâce du salut.

    Liturgie byzantine, laudes.

    Saint Grégoire de Nysse a écrit la Vie de saint Grégoire le Thaumaturge.

  • Sainte Gertrude

    Que l'abîme de la Sagesse incréée appelle l'abîme (1) de la Toute-Puissance admirable, pour exalter cette bonté incompréhensible qui fit descendre les torrents de votre miséricorde jusque dans la profonde vallée de ma misère. J'avais atteint ma vingt-sixième année, et nous étions le lundi (jour béni pour moi) qui précédait la fête de la Purification de votre très chaste Mère. La susdite férie tombait cette année au sixième des calendes de février (2). A l'heure qui suit Complies, heure si favorable du crépuscule, vous aviez résolu, ô Dieu qui êtes la vérité plus pure que toute lumière et plus intime que tout secret (3), d'éclairer les épaisses ténèbres qui m'environnaient. Usant d'un procédé plein de douceur et de tendresse (4), vous commençâtes par apaiser le trouble qu'un mois auparavant vous aviez excité dans mon cœur. Ce trouble, je le crois, était destiné à renverser la tour de vaine gloire et de curiosité élevée par mon orgueil (5). Orgueil insensé  car je ne méritais même pas de porter le nom et l'habit de la Religion. Toutefois c'était bien le chemin que vous choisissiez, ô mon Dieu, pour me révéler votre salut (6).

    J'étais donc à cette heure au milieu du dortoir, et selon les usages de respect prescrits dans l'Ordre, je venais de m'incliner devant une ancienne, lorsque, relevant la tête, je vis devant moi un jeune homme plein de charmes et de beauté. Il paraissait âgé de seize ans, et tel enfin que mes yeux n'auraient pu souhaiter voir rien de plus attrayant. Ce fut avec un visage rempli de bonté qu'il m'adressa ces douces paroles : « Ton salut viendra bientôt. Pourquoi es-tu consumée par le chagrin ? Est-ce que tu n'as point de conseiller pour te laisser abattre ainsi par la douleur ? » (7) Tandis qu'il prononçait ces mots, quoique je fusse certaine de ma présence corporelle dans ce dortoir, il me sembla néanmoins que j'étais au chœur, en ce coin où je fais habituellement, une oraison si tiède c'est là que j'entendis la suite des paroles : « Je te sauverai, je te délivrerai, ne crains pas. » (7) Après ces mots, je vis sa main fine et délicate prendre ma main droite comme pour ratifier solennellement ces promesses. Puis il ajouta : « Tu as léché la terre avec mes ennemis et sucé du miel parmi les épines. Reviens vers moi, et je t'enivrerai au torrent de ma volupté divine » (8). Pendant qu'il parlait ainsi, je regardai, et je vis entre lui et moi, c'est-à-dire à sa droite et à ma gauche, une haie s'étendant si loin, que ni devant ni derrière je n'en découvrais la fin. Le haut de cette haie était tellement hérissé d'épines que je ne voyais aucun moyen de passer jusqu'à ce bel adolescent. Je restais donc hésitante, brûlante de désirs et sur le point de défaillir, lorsque lui-même me saisit tout à coup et, me soulevant sans aucune difficulté, me plaça à côté de lui. Je reconnus alors sur cette main qui venait de m'être donnée en gage, les joyaux précieux des plaies sacrées qui ont annulé tous les titres qui pouvaient nous être opposés. Aussi j'adore, je loue, je bénis, et je rends grâces autant que je le puis à votre sage Miséricorde et à votre miséricordieuse Sagesse. Vous vous efforciez, ô mon Créateur et mon Rédempteur, de courber ma nuque rebelle sous votre joug suave, en préparant un remède si bien accommodé à ma faiblesse. Dès cette heure, en effet, mon âme retrouva le calme et la sérénité ; je commençai à marcher à l'odeur suave de vos parfums (9), à comprendre combien votre joug et doux et votre fardeau léger (10), que peu auparavant je tenais pour insupportable.

    Le Héraut de l’Amour divin, livre II, première partie, chapitre 1.

    (1) Abyssus abyssum invocat, psaume 41.

    (2) 27 janvier 1281.

    (3) Omni luce clarior, sed omni secreto interior : saint Augustin, Confessions. Gertrude dit « serenior » (plus sereine) au lieu de « clarior » (plus éclatante).

    (4) Blande leniterque : Genèse 50,21, dont le contexte (Ne craignez pas : nolite timere) annonce la citation qui va suivre d’un répons basé non sur la Genèse mais sur Isaïe et Michée…

    (5) Turrim vanitatis, allusion à la Tour de Babel qu’on trouve déjà chez sainte Hildegarde (Visions I,4).

    (6) Iter quo ostenderes mihi salutare tuum : allusion à la fin du psaume 49 : iter quo ostendam illi salutare Dei.

    (7) Cito veniet salus tua: quare maerore consumeris? numquid consiliarius non est tibi, quia innovavit te dolor? * Salvabo te, et liberabo te, noli timere. Répons des matines de l’Avent par lequel le Seigneur applique à Gertrude ce que la liturgie applique à Jérusalem.

    (8) Le début de cette parole fait allusion au psaume 71 (inimici ejus terram lingent) et la fin au psaume 35 : « Et torrente voluptatis tuæ potabis eos. »

    (9) Allusion au Cantique des cantiques.

    (10) Matthieu 11,30.

  • Saint Albert le Grand

    Il a encore beaucoup à nous enseigner. Saint Albert montre surtout qu'entre la foi et la science il n'y a pas d'opposition, malgré certains épisodes d'incompréhension que l'on a enregistrés au cours de l'histoire. Un homme de foi et de prière comme saint Albert le Grand, peut cultiver sereinement l'étude des sciences naturelles et progresser dans la connaissance du micro et du macrocosme, découvrant les lois propres de la matière, car tout cela concourt à abreuver sa soif et à nourrir son amour de Dieu. La Bible nous parle de la création comme du premier langage à travers lequel Dieu – qui est intelligence suprême – nous révèle quelque chose de lui. Le Livre de la Sagesse, par exemple, affirme que les phénomènes de la nature, dotés de grandeur et de beauté, sont comme les œuvres d'un artiste, à travers lesquelles, par analogie, nous pouvons connaître l'Auteur de la création (cf. Sg 13, 5). Avec une comparaison classique au Moyen-âge et à la Renaissance, on peut comparer le monde naturel à un livre écrit par Dieu, que nous lisons selon les diverses approches de la science. En effet, combien de scientifiques, dans le sillage de saint Albert le Grand, ont mené leurs recherches inspirés par l'émerveillement et la gratitude face au monde qui, à leurs yeux de chercheurs et de croyants, apparaissait et apparaît comme l'œuvre bonne d'un Créateur sage et aimant! L'étude scientifique se transforme alors en un hymne de louange. C'est ce qu'avait bien compris un grand astrophysicien de notre époque, Enrico Medi, et qui écrivait: « Oh, vous mystérieuses galaxies..., je vous vois, je vous calcule, je vous entends, je vous étudie, je vous découvre, je vous pénètre et je vous recueille. De vous, je prends la lumière et j'en fais de la science, je prends le mouvement et j'en fais de la sagesse, je prends le miroitement des couleurs et j'en fais de la poésie; je vous prends vous, étoiles, entre mes mains, et tremblant dans l'unité de mon être, je vous élève au-dessus de vous-mêmes, et en prière je vous présente au Créateur, que seulement à travers moi, vous étoiles, vous pouvez adorer. »

    Saint Albert le Grand nous rappelle qu'entre science et foi une amitié existe et que les hommes de science peuvent parcourir à travers leur vocation à l'étude de la nature, un authentique et fascinant parcours de sainteté.

    Son extraordinaire ouverture d'esprit se révèle également dans une opération culturelle qu'il entreprit avec succès: l'accueil et la mise en valeur de la pensée d'Aristote. A l'époque de saint Albert, en effet, la connaissance de beaucoup d'œuvres de ce grand philosophe grec ayant vécu au quatrième siècle avant Jésus Christ, en particulier dans le domaine de l'éthique et de la métaphysique, était en effet en train de se répandre. Celles-ci démontraient la force de la raison, elles expliquaient avec lucidité et clarté le sens et la structure de la réalité, son intelligibilité, la valeur et la fin des actions humaines. Saint Albert le Grand a ouvert la porte à la réception complète de la philosophie d'Aristote dans la philosophie et la théologie médiévales, une réception élaborée ensuite de manière définitive par saint Thomas. Cette réception d'une philosophie, disons, païenne pré-chrétienne, fut une authentique révolution culturelle pour cette époque. Pourtant, beaucoup de penseurs chrétiens craignaient la philosophie d'Aristote, la philosophie non chrétienne, surtout parce que celle-ci, présentée par ses commentateurs arabes, avait été interprétée de manière à apparaître, au moins sur certains points, comme tout à fait inconciliable avec la foi chrétienne. Il se posait donc un dilemme: foi et raison sont-elles ou non en conflit l'une avec l'autre?

    C'est là que réside l'un des grands mérites de saint Albert: avec une rigueur scientifique il étudia les œuvres d'Aristote, convaincu que tout ce qui est vraiment rationnel est compatible avec la foi révélée dans les Saintes Ecritures. En d'autres termes, saint Albert le Grand a ainsi contribué à la formation d'une philosophie autonome, distincte de la théologie et unie à elle uniquement par l'unité de la vérité. Ainsi est apparue au XIIIe siècle une distinction claire entre ces deux savoirs, philosophie et théologie qui, en dialogue entre eux, coopèrent de manière harmonieuse à la découverte de la vocation authentique de l'homme, assoiffé de vérité et de béatitude: et c'est surtout la théologie, définie par saint Albert comme une « science affective », qui indique à l'homme son appel à la joie éternelle, une joie qui jaillit de la pleine adhésion à la vérité.

    Saint Albert le Grand fut capable de communiquer ces concepts de manière simple et compréhensible. Authentique fils de saint Dominique, il prêchait volontiers au peuple de Dieu, qui était conquis par sa parole et par l'exemple de sa vie.

    Benoît XVI

  • Saint Josaphat

    Extrait de la vie de saint Josaphat dans le supplément « Vies des saints » du Pèlerin, 1881.

    Josaphat était archevêque depuis trois ans quand il fut convoqué avec plusieurs autres évêques à la Diète qui s’ouvrit à Varsovie en 1620. Le diable profita de l’absence des pasteurs pour envoyer les loups dévaster le bercail. Théophane, patriarche schismatique de Jérusalem, revenant de Moscou, où le sultan l’avait envoyé pour une négociation politique, passa par l’Ukraine et arriva à Kiev. Sur les instances des Cosaques il consacra autant d’évêques schismatiques qu’il y avait de prélats catholiques du rit gréco-uni. Le siège de Polotsk fut donné à Mélèce Smotriski, esprit cultivé, mais surtout ambitieux et intrigant.

    L’intrus se hâta d’envoyer ses émissaires dans toutes les villes du diocèse, avec des lettres pleines d’invectives contre l’apostat et papiste Josaphat et contre le Saint-Siège. Josaphat s’empressa de revenir, porteur d’un décret de Sigismond roi de Pologne, enjoignant à ses sujets de respecter l’autorité de leur évêque et de cesser toute communication avec le perturbateur et intrus Mélèce.

    Mais déjà les masses, poussées par d’habiles meneurs étaient en fermentation ; quand le palatin Sokolinski eut notifié le décret royal à l’hôtel de ville, l’archevêque essaya de prendre la parole et de rappeler les rebelles à l’obéissance due à l’Eglise ; sa voix fut couverte par les vociférations des schismatiques, la foule se rua sur lui, et il aurait été infailliblement massacré, si la force armée n’était venue le dégager et le ramener sous bonne escorte au palais épiscopale.

    L’archevêque répondit à ces violences par un redoublement de douceur et de bonté pour ses ennemis ; l’un d’eux fut touché et reconnut sa faute. C’était le conseiller Terlikowski. Quand il se présenta à la cathédrale pour demander pardon à Dieu et à l’évêque, Josaphat le serra contre sa poitrine et le conduisant à l’autel : « Seigneur, dit-il en versant des larmes de joie, voici une brebis égarée que je viens de retrouver et que je vous recommande. » Bolotsk recouvra un peu de calme ; mais ce n’était qu’une trève. Au reste la propagande schismatique continuait activement dans le reste du diocèse.

    Dans le courant d’octobre 1623, Josaphat voulut aller faire sa visite pastorale à Vitebsk. Craignant pour sa vie, ses amis le supplièrent de remettre sa visite à plus tard, ou tout au moins d’accepter une escorte. L’archevêque ne voulut pas différer, ni voyager autrement qu’avec la mansuétude épiscopale. Il lui ordonna de préparer un tombeau dans la cathédrale, et partit après avoir fait cette prière au pied de l’autel : « Seigneur, je sais que les ennemis de l’Union en veulent à ma vie ; je vous l’offre de tout mon cœur, et puisse mon sang éteindre l’incendie causé par le schisme. »

    On le reçut à Vitebsk avec des démonstrations hypocrites de respect, mais on tramait des complots contre sa vie : « Vous désirez ma perte, leur dit publiquement Josaphat du haut de la chaire ; sur les fleuves, sur les ponts, dans les rues, dans les cités, partout vous me tendez des pièges. Me voici maintenant au milieu de vous ; plaise à Dieu que je puisse donner ma vie pour vous qui êtes mes brebis, pour la sainte Union, pour le siège de Pierre qu’occupent les Souverains Pontifes ses successeurs. »

    Le soir du onze novembre, il parlait au souper de sa mort prochaine, comme s’il se fût agi d’un festin. Monseigneur, dit l’archidiacre Dorothée, Vous devriez bien nous laisser un peu manger. – Ne craignez rien, reprit l’archevêque, ce n’est pas de votre mort, mais de la mienne que je parle. »

    Le lendemain matin, pendant que Josaphat priait à la chapelle de la sainte Vierge, un prêtre apostat, qui traversait en proférant des menaces et malgré la défense qui lui en avait été faite, la cour du palais épiscopal, fut arrêté par les serviteurs et enfermé à la cuisine. Aussitôt la foule s’ameute autour de l’évêché, envoie sur les serviteurs une grêle de pierres et de bâtons.

    Informé du tumulte, l’archevêque fait mettre le détenu en liberté et rentre au palais. La foule un moment satisfaite paraît se calmer, mais ce n’est pas ce que voulaient les chefs, bientôt elle revient plus nombreuse, force l’entrée du palais, envahit le vestibule, l’archidiacre Dorothée reçoit dix-huit blessures à la tête ; Cantacuzène, majordome du palais tombe noyé dans son sang et on le croit mort.

    Au cris des victimes, Josaphat accourt : « Mes enfants, dit-il aux assassins, pourquoi maltraitez-vous mes serviteurs, qui ne vous ont fait aucun mal ? Si vous en voulez à ma personne, me voici ! » Les sicaires demeurent immobiles et stupéfaits. Tout à coup deux misérables s’élancent à travers la foule en criant : « A bas le suppôt des latins ! à bas le papiste ! » L’un d’eux armé d’une perche frappe le front de l’archevêque, l’autre lui assène un coup de hallebarde qui lui fend la tête. L’archevêque tombe, trouve encore la force de faire le signe de la croix et dit : « O mon Dieu ! » Ce furent ses dernières paroles. Les bourreaux s’acharnaient sur leur victime et lui déchiraient le visage, enfin deux coups de fusil lui percèrent le crâne. Ainsi mourut Josaphat, le 12 novembre 1623 ; il n’avait que quarante-quatre ans. (…)

    Beaucoup de miracles se sont opérés par l’intercession du glorieux martyr ; l’un des plus consolants fut la conversion de l’intrus Mélèce. A partir du 12 novembre 1623, son âme n’eut plus de repos jusqu’au jour où, s’armant de courage, il fit le pas décisif ; il consacra le reste de sa vie à la pénitence, à la prière et à la défense de l’Union.

  • 26e dimanche après la Pentecôte

    Chants du 23e dimanche. Lectures du 6e dimanche après l’Epiphanie.

    L’évangile raconte deux brèves paraboles : le grain de sénevé et le levain dans la pâte, et il se conclut ainsi :

    Jésus dit tout cela aux foules en paraboles, et il ne leur disait rien sans paraboles, pour que s’accomplît ce qui avait été dit par le prophète disant : J’ouvrirai ma bouche en paraboles, j’éructerai des choses cachées depuis la création du monde.

    Le prophète, ici, c’est le Psalmiste : il s’agit d’une citation du début du psaume 77, qui dit exactement :

    J’ouvrirai ma bouche en paraboles, je dirai des « propositions » depuis le début.

    Le mot « propositions » transcrit le mot latin, qui veut dire littéralement ce qu’on me met devant moi, ce qu’on met sous les yeux, autrement dit la représentation, donc l’exposé, de ce qui s’est passé depuis le début. Le long psaume 77 va raconter ce qui s’est passé depuis le début de l’histoire de l’Exode, et qui est en même temps une « parabole » de l’infidélité du peuple élu. L’évangile reprend le propos en le transformant. Le mot du psaume disant « depuis le début » est aussi celui qui peut désigner le début de la création (en grec arkhè), et c’est ce sens que retient l’évangile. Les « propositions », les choses qui sont maintenant, par Jésus, mises devant les yeux, sont les choses qui étaient cachées depuis la création du monde. Le psalmiste disait qu’il allait dire (dire haut et fort selon le grec), dans l’évangile il « éructe ». Au sens fort. Le mot latin, comme le grec qu’il traduit, voulait d’abord dire « vomir », puis « roter ». A savoir expulser violemment ce qu’on a dans l’estomac.

    C’est un des innombrables paradoxes du christianisme. La parabole paraît camoufler un enseignement qui ne sera accessible qu’aux initiés. En fait la parabole sert à vomir, à roter, à éructer, ce qui a été caché depuis la création du monde. A déchirer le voile, d’un coup sec, pour révéler la vérité spirituelle, pour faire entrer de plain pied dans le monde surnaturel. Sans passer par la raison raisonnante. De façon en quelque sorte sacramentelle.

    C’est pourquoi les paraboles utilisent les éléments de la nature : la croissance de l’arbre, le levain qui fait fermenter la pâte. La nature est elle-même une parabole, elle cache et révèle le mystère divin pour qui sait la regarder. La nature parle de Dieu, cela aussi c’est dans les psaumes. Mais par les paraboles du Nouveau Testament, Jésus va plus loin : il nous introduit dans le Royaume. (Le psaume 77 étant celui où les Hébreux sont introduits dans la terre promise, jusqu'à l'édification du royaume messianique de David.)

  • Le cardinal Sarah interdit de parole

    L’organisateur de la Conférence internationale liturgique de Cologne annonce que le cardinal Sarah « doit malheureusement annuler sa participation » à l’édition de 2017. Il ne donnera pas de conférence le 31 mars, et il ne donnera pas l’homélie à la messe du lendemain.

    Le titre de sa conférence : « La signification du motu proprio Summorum Pontificum pour le renouveau de la liturgie dans l’Eglise latine ».

    Le cardinal Sarah avait confirmé trois fois sa participation. Dans ce genre de manifestation, quand pour une raison impérative un participant de très haut rang ne peut être présent, il fait lire son texte. Mais ici il n’y aura pas de texte.

    Car la Conférence de Cologne est ouvertement dans le droit fil de la pensée de Benoît XVI : libéralisation de l’ancienne liturgie, « réforme de la réforme ». Or François vient de dire clairement, une fois de plus, et après avoir limogé tous les membres de la congrégation que dirige (?) le cardinal Sarah, qu’il n’en était pas question.

     

    NB. Comme le remarque un commentaire, et contrairement à ce que j'avais cru sur la foi de plusieurs "spécialistes", le pape n'a pas limogé tous les membres de la congrégation, il en a remplacé 27 sur 40. Le cardinal Ranjith en fait toujours partie.

  • Saint Martin Ier

    Dom Pius Parsch :

    Saint Martin 1er fut pape de 649 à 655. Il fut appelé par la Providence à témoigner en faveur de la foi à l’existence de deux volontés dans le Christ, l’une divine et l’autre humaine, contre l’enseignement, en faveur à Constantinople, des Monothélistes (qui ne reconnaissaient qu’une seule volonté dans le Christ). Aussitôt après son avènement au souverain pontificat, il convoqua au Latran un concile qui établit et formula la doctrine de la vraie foi et condamna l’erreur opposée. Mais l’empereur Constance II soutint le patriarche monothéliste de Constantinople et donna l’ordre à l’exarque Olympius de faire mourir le pape. L’exarque chargea un licteur de tuer le pape pendant la célébration de la messe à l’église Sancta Maria ad Praesepe ; mais le licteur ne put s’acquitter de sa mission, car il fut tout à coup frappé de cécité. L’empereur Constance lui-même vit s’abattre sur lui à cette époque de nombreuses calamités qui, toutefois, ne le ramenèrent pas à de meilleures dispositions. Il envoya alors à Rome l’exarque Théodore Calliopas avec ordre d’arrêter le pape, ce qui réussit grâce à la ruse. Le pape fut emmené à Constantinople où commença pour lui une époque de long martyre. Il fut d’abord exposé sur son lit, pendant toute une journée, à la dérision de la populace. Puis il languit durant 93 jours en prison. Traduit en justice, il fut condamné à être dépouillé de ses vêtements pontificaux et chargé de chaînes. Enfin, relégué en Chersonèse [Sébastopol], il y mourut dans le dénuement.

    Lucernaire des vêpres, liturgie byzantine, au 13 avril :

    Comment t'appellerai-je, Martin? Illustre Maître des orthodoxes enseignements, coryphée sans faille de la doctrine sacrée; accusateur du mensonge, épris de vérité, défenseur du Verbe, courageux avocat, pontife sacré, thaumaturge vénéré. Pour le salut de nos âmes intercède auprès de Dieu.

    Comment t'appellerai-je, Martin? Fleuve regorgeant de flots spirituels et sans cesse abreuvant les âmes pour les faire fructifier; chandelier répandant la lumière de la foi, montagne distillant l'allégresse de Dieu, prédicateur des divines paroles, pourfendeur des hérésies. Pour le salut de nos âmes intercède auprès de Dieu.

    Comment t'appellerai-je, Martin? Illustre sacrificateur du tabernacle réel, très digne médiateur entre la créature et son Dieu; calice nous versant un breuvage divin, astre rayonnant le verbe de vie, surgi du couchant et paru au levant. Pour le salut de nos âmes intercède auprès de Dieu.

  • Saint Martin

    L’alléluia de la messe

    Allelúia, allelúia. Beátus vir, sanctus Martínus, urbis Turónis Epíscopus, requiévit : quem suscéperunt Angeli atque Archángeli, Throni, Dominatiónes et Virtútes. Allelúia.

    Allelúia, allelúia. Cet homme bienheureux, saint Martin, Évêque de Tours, est entré dans son repos : et les Anges, les Archanges, les Trônes, les Dominations et les Vertus l’ont accueilli. Alléluia.

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    Le voici par les moniales d’Argentan :
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    Le compositeur polonais Paweł Łukaszewski (né en 1968) en a fait un de ses nombreux très beaux motets. Ici par le Chœur du Trinity College de Cambridge, sous la direction de Stephen Layton, qui est un fan de Łukaszewski. On en trouve plusieurs autres versions sur Youtube, toutes différentes. Si la version anglaise paraît trop… anglaise, on a celle du Chœur de… l’Ecole d’économie de Varsovie, qui est remarquable.
    podcast

  • François et la liturgie

    Antonio Spadaro, directeur de la La Civiltà cattolica et confident de François, publie un livre réunissant des discours et des entretiens du cardinal Bergoglio, et un entretien avec le pape. Il y parle notamment de liturgie. Voici ce que La Croix a relevé (avec mes brefs commentaires) :

    « Benoît XVI a fait un geste juste et magnanime pour aller à la rencontre d’une certaine mentalité de certains groupes et personnes qui ressentaient de la nostalgie et s’éloignaient. Mais c’est une exception. C’est pour cela que l’on parle de rite “extraordinaire” ».

    Il ne sait même pas qu’on dit « forme extraordinaire du rite romain ».

    Et ce n’est pas du tout ce que disait Benoît XVI, ni le cardinal Castrillon Hoyos qui parcourait le monde en disant que la volonté du pape était qu’il y ait une messe de forme extraordinaire dans chaque paroisse.

    « Parler de ”réforme de la réforme’’ est une erreur. »

    Et vlan (une fois de plus) pour le cardinal Sarah, qui avait dit à Londres que le pape l’avait chargé d’aller dans ce sens, et qui y revient dans son dernier livre.

    Il se rend compte néanmoins que l’argument de la « nostalgie » ne tient plus, puisque la majorité, la grande majorité, de ceux qui assistent à la messe traditionnelle aujourd’hui ne l’ont pas connue avant le concile.

    « J’essaie de comprendre ce qu’il y a derrière des personnes qui sont trop jeunes pour avoir vécu la liturgie pré-conciliaire mais qui la veulent quand même. »

    Mais ce n’est pas vrai. Il ne se le demande pas. Il embraye aussitôt sur la condamnation de ces intégristes « rigides ».

    « Et je me demande : pourquoi tant de rigidité ? »

    La rigidité, poursuit-il, cache « toujours quelque chose : de l’insécurité, ou même autre chose ». Et d’ajouter : « La rigidité est défensive. Le véritable amour ne l’est pas ». Donc, le « traditionalisme rigide n’est pas bon ».

    Et si c’était celui qui dit qui l’est ? Car c’est bien sa condamnation permanente de tout ce qui est traditionnel qui est d’une inquiétante rigidité. De même qu’est d’une terrifiante rigidité son absolue absence de révérence devant Dieu présent sur l’autel.

  • Saint André Avellin

    Deus, qui in corde beáti Andréæ Confessóris tui, per árduum cotídie in virtútibus proficiéndi votum, admirábiles ad te ascensiónes disposuísti : concéde nobis, ipsíus méritis et intercessióne, ita eiúsdem grátiæ partícipes fieri ; ut, perfectióra semper exsequéntes, ad glóriæ tuæ fastígium felíciter perducámur. Per Dóminum…

    « Seigneur qui, au moyen du vœu difficile de progresser chaque jour dans la vertu, avez préparé dans le cœur du bienheureux André d’admirables élévations jusqu’à vous ; ah ! par ses mérites et son intercession, accordez-nous d’avoir part à cette grâce, en sorte que, poursuivant toujours ce qui est plus parfait, nous puissions arriver heureusement au faîte de votre gloire. »

    Dans la vie présente, la sainteté ne saurait être envisagée comme quelque chose d’extérieur, comme un vêtement tout fait, qu’il suffit de prendre sans plus avoir à y penser. La grâce baptismale dépose en nous le Christ comme un germe, — quos iterum parturio, donec formetur Christus in vobis [vous que j’enfante à nouveau jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous – Galates 4,19], — et il nous appartient de le faire mystiquement revivre. Ce Christ est le principe d’une vie intense et surabondante, qui croît et se développe jusqu’à cette mensura aetatis plenitudinis Christi [la mesure de l’âge de la plénitude du Christ – Ephésiens 4,13] établie par Dieu pour chacun de nous. Quand cette mesure ou cette conformité est atteinte, notre séjour ici-bas n’a plus de but, et au temps succède alors l’éternité. Nous sommes sur cette terre comme des statues dans l’atelier d’un sculpteur ; lorsque l’artiste a donné sa dernière retouche, le chef-d’œuvre est retiré de l’atelier et placé à l’endroit pour lequel il a été fait.

    Bienheureux cardinal Schuster

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    (Procession de saint André Avellin, le 10 novembre 2011 à Monasterace, en Calabre)

     

  • Dédicace de l’archibasilique du Très Saint Sauveur

    Fête de la dédicace de la cathédrale de Rome, qu’on a fini par appeler curieusement « basilique de saint Jean de Latran », du nom de son baptistère (et du palais), alors qu’elle fut consacrée comme basilique du Très Saint Sauveur par le pape saint Sylvestre.

    En dehors des lectures des deux premiers nocturnes des matines, l’office et la messe sont du commun de la dédicace des églises.

    Le texte de l’introït de la messe est l’exclamation de Jacob (Genèse 28) à son réveil, après avoir Dieu en songe en haut de l’échelle où montaient et descendaient des anges : « Que ce lieu est terrible! C'est véritablement la maison de Dieu et la porte du ciel. » Il prit la pierre qu’il avait mise sous sa tête pour dormir, en fit une stèle qu’il oignit d’huile : « et cette pierre que j'ai dressée comme un monument s'appellera la maison de Dieu. » La première église.

    Voici cet introït par les moines de Randol, enregistré précisément pour la Dédicace de leur abbatiale, le 5 octobre 1985.

    Terríbilis est locus iste : hic domus Dei est et porta cæli : et vocábitur aula Dei.

    Quam dilécta tabernácula tua, Dómine virtútum ! concupíscit, et déficit ánima mea in átria Dómini.

    Ce lieu est terrible : c’est la maison de Dieu et la porte du ciel, et on l’appellera le palais de Dieu.

    Que vos tabernacles sont aimables, ô Dieu des armées ! Mon âme soupire et languit après les parvis du Seigneur. (Psaume 83)

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    La même exclamation, dans une version légèrement différente, est l’antienne de Magnificat.

    O quam metuendus et venerandus est locus iste ! Vere non est hic aliud nisi domus Dei et porta caeli.

    Comme ce lieu est digne de crainte et de vénération ! Vraiment ce n’est ici rien d’autre que la maison de Dieu et la porte du ciel.
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  • Rector potens

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    (Interprété par une communauté sédévacantiste. Désolé, c'est tout ce que j'ai trouvé sur internet. Mais c'est bien chanté.)

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  • Nunc Sancte Spiritus

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    Par les chartreux:

    La seconde strophe de cet hymne est le coeur de cette prière. Nous implorons de Dieu trois dons, les dons essentiels de la Pentecôte, de l'Esprit Saint: confessio, caritas, proximos. Confessio: c'est la langue de feu qui est "raisonnable", qui donne la juste parole et fait penser à l'obstacle de Babel surmonté lors de la fête de la Pentecôte. La confusion née de l'égoïsme et de l'orgueil de l'homme, dont l'effet est celui de ne plus pouvoir se comprendre les uns les autres, doit être dépassée par la force de l'Esprit qui unit sans uniformiser, qui donne l'unité dans la pluralité: chacun peut comprendre l'autre, même dans les diversités des langues. Confessio: la parole, la langue de feu que le Seigneur nous donne, la parole commune dans laquelle nous sommes tous unis, la cité de Dieu, la sainte Église, dans laquelle est présente toute la richesse des différentes cultures. Flammescat igne caritas. Cette confession n'est pas une théorie, mais elle est la vie, elle est l'amour. Le coeur de la sainte Église c'est l'amour, Dieu est amour et se communique en communiquant l'amour. Et enfin le prochain. L'Église n'est jamais un groupe fermé en soi qui vit pour soi comme un des nombreux groupes existant au monde, mais elle se distingue par l'universalité de la charité, de la responsabilité envers le prochain.

    (Petit extrait du grand commentaire de cette hymne par Benoît XVI. L'hymne est peut-être de saint Ambroise, le commentaire est digne de saint Augustin - dont vient la double définition du mot "confessio".)

  • 25e dimanche après la Pentecôte

    La messe de ce dimanche vue par dom Pius Parsch :

    L’Église et l’âme attendent « le jour du Christ ». Déjà nous entendons l’amicale invitation du Roi clément, déjà nous voyons les exilés se rendre dans la patrie (Intr.) ; l’Oraison implore protection pour les derniers jours : « Garde ta famille ; elle n’a d’autre appui que la grâce céleste. »

    Maintenant l’Église nous met au cœur deux enseignements :

    a) La fin est proche ; c’est maintenant qu’il faut atteindre l’idéal ; vivons donc comme si le jour du Christ devait venir demain. Menons, dans la perspective du retour, une vie chrétienne idéale : « revêts-toi, pour recevoir le grand Roi, du vêtement de la miséricorde, de la bonté, de l’humilité, de la modestie, de la patience »

    b) Il y a un enfer et un ciel ; l’ivraie est brûlée, le bon grain va dans les greniers célestes. C’est une image saisissante du jugement dernier que le Sauveur esquisse ici : Là, les gerbes embrasées des malheureux damnés éclairent les profondeurs de la nuit de leurs abominables flammes rouges et les remplissent de leurs inutiles cris de désespoir ; mais, là-haut, brillant comme de magnifiques soleils à l’heure du coucher, les bienheureux franchissent la porte ouverte de l’éternel royaume.

    Les pensées de la parabole peuvent nous inspirer de réciter les versets suppliants du De profundis (Off., Allél.). Combien d’ivraie dans mon âme ! Puisse l’actuel sacrifice de « la réconciliation » écarter l’ivraie et relever nos « cœurs chancelants » (Secr.). L’Eucharistie est le « gage du salut » ; reportons-nous à l’Évangile : dès aujourd’hui, le Divin Moissonneur place nos gerbes mûres dans les greniers célestes (Postc.).