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Liturgie

  • De la Sainte Vierge le samedi

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    Lecture des matines :

    Christus virgo, mater virginis nostri virgo perpetua, mater et virgo. Jesus enim clausis ingressus est ostiis: et in sepulchro ejus, quod novum et in petra durissima fuerat excisum, nec antea quis, nec postea positus est. Hortus conclusus, fons signatus: de quo fonte ille fluvius manat, juxta Joel, qui irrigat torrentem vel funium, vel spinarum: funium, peccatorum, quibus ante alligabamur: spinarum, quae sufficiant sementem patrisfamilias. Haec est porta Orientalis, ut ait Ezechiel, semper clausa et lucida, operiens in se, vel ex se proferens Sancta sanctorum: per quam sol justitiae, et Pontifex noster secundum ordinem Melchisedech ingreditur, et egreditur.

    Saint Jérôme, lettre au sénateur Pammaque (l’une des deux lettres qui constituent l’Apologeticum ad Pammachium, faisant référence au traité contre Jovinien).

    Le Christ est vierge, la mère de notre vierge est vierge perpétuelle (1), mère et vierge. Jésus en effet est entré, les portes étant closes (2) ; et dans son sépulcre, qui était neuf et creusé dans une roche très dure, personne ne fut déposé, ni avant, ni après lui (3). Jardin clos, source scellée (4) ; de cette source émane un fleuve, selon Joël, qui arrose le torrent des liens, ou des épines (5) : les liens des péchés par lesquels nous étions liés auparavant, les épines, qui étouffent la semence du père de famille (6). Elle est la porte orientale dont parle Ezéchiel (7), qui est toujours fermée et lumineuse, qui cache en elle-même ou qui fait voir par elle-même le Saint des saints ; par laquelle entre et sort le Soleil de justice (8) et notre Pontife selon l’ordre de Melchisédech (9).

    (1) Cf. « Ille virgo de virgine, de incorrupta incorruptus » (Il est vierge d'une vierge, incorrompu de l'incorrompue - saint Jérôme, Contre Jovinien).
    (2) Jean 20, 19.
    (3) Luc 23, 53.
    (4) Cantique des cantiques 4, 12.
    (5) Joël 3, 18 dans la Vulgate, 4, 18 dans la Septante. Comme à son habitude quand il commente le texte sacré, saint Jérôme donne les deux traductions, de la Septante et la sienne, qui sera la Vulgate. Celle-ci, c’est le « torrent des épines ». Le mot hébreu que saint Jérôme avait était différent de celui qu’avaient les Septante, qu’ils ont traduit par σχοίνων : un mot qui veut dire « de joncs », ou tout ce qui est fait, tressé, avec des joncs. On remarque que pour saint Jérôme le mot paraît avoir perdu son sens de jonc pour désigner un « lien », une corde (tressée). Dans son commentaire du livre de Joël d’après les Septante, il traduit par le diminutif « funiculorum » : des cordelettes. Le mot qui figure dans le texte massorétique, Chittim, a été gardé tel quel, comme un nom propre, dans la Bible du rabbinat et quelques autres traductions. Chittim, ou Sittim, comme le lieu où les Israéliens couchèrent avec les femmes de Moab, et le dernier campement avant l’entrée dans la terre promise. Mais Joël ne peut pas parler ici de ce lieu, puisque précisément il ne faisait pas partie a priori de la terre promise dont parle ce verset. La majorité des traductions récentes donnent « la vallée » (ou « le ravin »)… « des acacias », parce que MM. Brown, Driver et Briggs en ont décidé ainsi…
    (6) Mat. 13, 7 ; Marc, 4, 7 ; Luc 8, 7.
    (7) Ezéchiel 44, 1.
    (8) Malachie 4, 2.
    (9) Psaume 109, 4 ; Hébreux 5, 1-9.

  • Saint Matthias

    Dans certains anciens sacramentaires, et par suite dans un certain nombre d’anciens missels, on trouvait à la place de la secrète actuelle celle-ci :

    Deus, qui proditoris apostatae ruinam, ne Apostolorum tuorum numerus sacratus perfectione careret, beati Matthiae electione supplesti ; praesentia munera sanctifica, et per ea nos gratiae tuae virtute confirma.

    Dieu, qui par l’élection du bienheureux Matthias as suppléé la ruine du traître apostat, afin que le nombre sacré de tes apôtres ne soit pas privé de sa perfection, sanctifie les dons présents, et par eux affermis-nous par la puissance de ta grâce.

  • Saint Pierre Damien

    Dans sa catéchèse du 9 septembre 2009, Benoît XVI attirait l’attention sur un texte ecclésiologique de saint Pierre Damien. Il en citait les premiers mots. Les voici avec la suite.

    L'Eglise du Christ demeure liée par une union si étroite de charité que, dans le mystère, elle est une seule dans la pluralité des sujets et tout entière en chacun. C'est pourquoi on n'a pas tort de considérer toute l'Eglise universelle comme seule unique épouse du Christ et toute âme sainte, par le mystère du sacrement, on la croit l'Eglise tout entière.

    Si nous faisons une recherche approfondie dans le domaine de l'Ecriture Sainte, nous trouvons souvent que l'Eglise est indiquée dans la personne d'un seul homme ou d'une seule femme En effet, bien que l'Eglise apparaisse multiple pour le grand nombre de gens qu'elle accueille, elle est toutefois unique et simple, étroitement unie par le mystère d'une seule foi et de la divine régénération.

    Si l'Eglise entière est indiquée dans une seule personne, elle est une en tous et tout entière en chacun (« in omnibus sit una et in singulis tota ») : ainsi parmi les nombreux elle est simple pour l'unité de la foi, et elle est multiple en chacun par le lien de la charité et par les différents charismes : puisque « le sanctificateur et les sanctifiés ont tous la même origine » (He 2,11), nous sommes tous une seule chose.

    La sainte Eglise, bien qu'elle soit diversifiée par la multiplicité des personnes, est fondue en unité par le feu de l'Esprit Saint ; c'est pourquoi, même si quant aux lieux concrets elle semble divisée en parties, le sacrement de l'unité intime ne peut toutefois être en aucune façon rompu dans son intégrité, « parce que l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous fut donné » (Rm 5,5). Ainsi, cet Esprit qui est sans doute un et multiple, un dans l'essence divine, multiple par ses divers charismes, remplit la Sainte Eglise de ses dons, de façon à ce qu'elle soit une en tous et tout entière dans ses parties.

    C'est justement ce mystère de l'indivisible unité que recommande le Christ, quand il disait au Père, en parlant de ses disciples : « Je ne prie pas pour eux seulement, mais pour ceux-là aussi qui, grâce à leur parole, croiront en moi. Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu'eux aussi soient un en nous, afin que le monde croie que tu m'as envoyé. Je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un comme nous sommes un » (Jn 17, 20-22).

    Si ceux qui croient dans le Christ sont une seule chose, partout où se trouve physiquement un membre, là, par le mystère du sacrement, il y a aussi le corps entier. Et ce qui appartient à la totalité semble aussi convenir en quelque sorte à une partie. Puisque ce qu'une assemblée ecclésiale chante tout ensemble n'est pas absurde si une seule personne le dit singulièrement; de même que ce qui est exprimé par un seul selon la coutume peut être dit de façon irrépréhensible par beaucoup.

    C'est pourquoi, quand nous nous trouvons ensemble nous disons avec pleine raison : « Tends l'oreille, Seigneur, réponds-moi, pauvre et malheureux que je suis ; garde mon âme car je suis ton ami » (Ps 85,1s.). Et quand nous sommes seuls il n'est pas inopportun de chanter : «Criez de joie pour Dieu notre force, acclamez le Dieu de Jacob » (Ps 80,2). Le fait que beaucoup disent ensemble : « Je bénirai le Seigneur en tout temps, sa louange sans cesse en ma bouche » (Ps 33,2) n'est pas non plus en dehors de la réalité, tandis que souvent, tout en étant seuls, nous parlons au pluriel en disant : « Magnifiez avec moi le Seigneur, exaltons ensemble son nom » (Ps 33,4).

    Il est clair que, dans ce cas, la solitude de l'individu n'ôte pas de vérité aux expressions au pluriel, dans l'autre cas la multitude des fidèles ne détone pas en s'exprimant au singulier : car par la grâce de l'Esprit, qui est présent en chacun et qui remplit tout, la solitude est comprise au pluriel et la multitude au singulier (« solitudo pluralis, multitudo singularis »).

    Là où il y a l'unité de la foi, il n'y a sûrement ni solitude pour l'individu, ni lacération de la diversité pour beaucoup. L'Eglise tout entière est sans doute un unique corps. Et si, tout en étant nombreux, nous sommes une seule chose dans le Christ, chacun de nous possède tout en lui comme étant à nous (cf. 1 Co 3,23) ; apartés dans notre solitude physique, il peut sembler que nous soyons loin de l'Eglise ; mais nous sommes au contraire très présents en elle grâce au mystère de l'indivisible unité.

    Nos saints Pères ont établi que la relation et la communion des fidèles du Christ devait être tellement sûre qu'ils l'ont introduite dans le Symbole de la foi catholique et ils ont établi que nous devions la répéter parmi les premiers éléments de la foi chrétienne. Or, en effet, quand nous disons : « Je crois en l'Esprit Saint, la sainte Eglise », nous ajoutons tout de suite « la communion des Saints » : et là où nous donnons à Dieu le témoignage de notre foi, nous ajoutons aussi par conséquent la communion de l'Eglise, qui est une seule chose avec lui. C'est là la communion des Saints dans l'unité de la foi : croyant en un seul Dieu, ils sont renés en un seul baptême, ils ont été confirmés en un seul Esprit Saint, et par la grâce de l'adoption, ils ont été accueillis dans l'unique vie éternelle.

  • L’arc et l’arche

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    ℟.Ponam arcum meum in nubibus caeli, dixit Dominus ad Noë:
    * Et recordabor foederis mei, quod pepigi tecum.
    ℣. Cumque obduxero nubibus caelum, apparebit arcus meus in nubibus.
    ℟.. Et recordabor foederis mei, quod pepigi tecum.

    Je mettrai mon arc dans les nuées du ciel, dit le Seigneur à Noé, et je me souviendrai de mon alliance que j’ai établie avec toi. Quand j’aurai couvert le ciel de nuages, apparaîtra mon arc dans les nuées.

    colombe_noe.jpgTel est le deuxième répons des matines. Avant la réforme de Jean XXIII c’était l’un des trois répons des matines de la sexagésime (et donc de la semaine) évoquant l’arc-en-ciel. Trois répons sur neuf, ou plutôt sur huit, puisque le neuvième évoque l’évangile du dimanche, c’est beaucoup. Cela souligne l’importance que donne, que donnait (hélas), la liturgie romaine, à cet arc, conformément à l’Ecriture où Dieu en parle trois fois en quatre versets, comme signe de son alliance.

    Cette insistance sur l’arc souligne d’autre part le parallélisme avec l’arche, qui figurait dans les trois premiers répons. En français comme en latin les deux mots sont quasiment homophones, mais ils n’ont ni étymologie ni signification commune. “Arca” a toujours été traduit par “arche” mais le mot veut dire “coffre”. Comme pour l’arche d’alliance, et ce n’est évidemment pas un hasard si Dieu offre son alliance à Noé sortant de l’arche avant de demander à Moïse de construire l’arche qui symbolisera son alliance.

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  • Impressionnant

    Les Eglises syriaques (puis coptes depuis qu’elles eurent un patriarche syrien) ont dans leur « pré-carême » ce que l’on appelle les « Rogations des Ninivites » : trois jours de jeûne au début de la semaine qui est dans le rite latin celle de la Septuagésime. C’était donc cette année les 6, 7 et 8 février.

    Ces trois jours sont l’occasion d’un rassemblement au sanctuaire marial syro-malabar de Kuravilangad, dans le Kerala, l’Etat le plus chrétien de l’Inde. Ici la Sainte Vierge est apparue trois fois, aux XVIe et XVIIe siècles, et il y a eu tellement de miracles qu’elle y est honorée sous le titre de « Notre Dame de la Santé ». Un pèlerinage est organisé tous les vendredis. Mais pour les Rogations des Ninivites, c’est une foule énorme qui se presse pour participer notamment à la procession des images et des reliques qui a lieu le deuxième jour, et qui est marquée par deux particularités : le bateau de Jonas (porté par les paroissiens du village de Kadappoor selon un privilège aussi immémorial que mystérieux), et les images portées par des éléphants.

    Voici quelques images, tirées d’un site où l’on en trouvera à profusion (premier jour, deuxième jour, troisième jour). Je ne peux m’empêcher de commencer par l’illumination complètement kitch de la gigantesque basilique, dont les Indiens ont le secret… (La grande croix est en granit et date de 1597).

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  • Dixit Dominus ad Noe

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    Antiphonaire de Marseille, XIIIe siècle

    ℟. Dixit Dominus ad Noë: Finis universae carnis venit coram me: repleta est terra iniquitate eorum,
    * Et ego disperdam eos cum terra.
    ℣. Fac tibi arcam de lignis laevigatis, mansiunculas in ea facies.
    ℟. Et ego disperdam eos cum terra.

    Le Seigneur dit à Noé : La fin de toute chair est venue devant moi : la terre est remplie de leur iniquité, et je vais les anéantir avec la terre. Fais-toi une arche de bois poncé, tu feras en elle des petites chambres. Et je les exterminerai avec la terre.

    Tel est le premier répons des matines de la Sexagésime, qui ouvre la semaine de Noé et du Déluge. (« La fin de toute chair est venue devant moi » veut dire : la fin de tout être vivant est arrivée à mes yeux, j’ai décidé de détruire tous les êtres vivants.) Ce sont les versets 13 et 14 du chapitre 6 de la Genèse. En fait il n'y a pas "Dominus" dans le texte, et la phrase commence au verset précédent:

    12 Dieu voyant que la terre était corrompue (car toute chair avait corrompu sa voie sur la terre), 13 il dit à Noé...

  • Sexagésime

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    Lève-toi, pourquoi dors-tu, Seigneur ?
    Lève-toi et ne me repousse pas jusqu'à la fin.
    Pourquoi détournes-tu ton visage ?
    Oublies-tu notre tribulation ?
    Il est courbé jusqu'à terre,  notre corps.
    Lève-toi, Seigneur, aide-nous et délivre-nous.

    Ps. - O Dieu, de nos oreilles nous avons entendu ;
    Nos pères nous ont raconté ce que tu as fait pour eux.

    Par les moines de Santo Domingo de Silos:
    podcast

  • La messe à Waterford

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    Une messe de saint Pie V a été célébrée pour la première fois depuis la réforme liturgique à la cathédrale de Waterford, « le plus ancien évêché de la plus ancienne ville d’Irlande ». (La cathédrale date quant à elle de la fin du XVIIIe siècle. L’ancienne cathédrale du XIIe siècle avait été évidemment volée par les anglicans, qui l’ont détruite au XVIIIe siècle pour en construire une nouvelle.)

    C’était le dimanche 22 janvier à 10h. Le célébrant était l’abbé Andrzej Komorowski, le Polonais de la Fraternité Saint-Pierre en Irlande. Il y avait environ 250 personnes.

    La prochaine messe traditionnelle en la cathédrale de Waterford aura lieu le dimanche de la Quinquagésime à 10h.

    On aura une pensée de gratitude pour l’évêque, Mgr Alphonsus Cullinan (ordonné il y a moins de deux ans) et pour l’ « administrateur » de la cathédrale, le chanoine Edmund Cullinan.

  • Sainte Bernadette

    Devant la première statue de Notre-Dame de Lourdes arrivée à la maison-mère [des sœurs de la charité à Nevers] : «Ma chère sœur, est-ce qu’elle lui ressemble?». Bernadette n’a pas répondu, mais deux grosses larmes ont coulé de ses yeux. Elle a joint les mains et elle a dit en regardant la statue: «Oh! Bonne Mère, comme on vous défigure!».

    Témoignage de Sœur Marie-Joséphine Durin

    *

    La bonne Bernadette s’y connaissant, sans doute, fort peu en art, mais elle ne put s’empêcher de sourire de pitié quand ce Fabisch lui présenta ses esquisses et ses maquettes. Il n’en continua pas moins de modeler et de durcir ses pains de margarine et ses bols de cérat et, quand la statue fut terminée, Bernadette, que l’on consulta pour savoir si elle ressemblait à la Vierge, répondit : «Pas du tout» ; puis quelque temps après, alors qu’elle la vit, en place, dans la grotte, elle dut s’éloigner aussitôt, ne pouvant, nous raconte un témoin oculaire, le Dr Dozous, supporter la vue d’une telle image ! 

    Ajoutons, pour attester le manque absolu de talent de ce très pieux homme, qu’il avait vu Bernadette en extase, qu’il avait par conséquent aussi vu un reflet divin éclairer une figure humaine et tout cela pour aboutir à cette effigie de première communiante, à cette tiède, à cette molle fadeur ! Ah ! ce qu’à notre époque la piété ne donne pas de talent ! Est-ce, dans toutes les branches de l’art, assez prouvé ?

    Huysmans, Les foules de Lourdes

    *

    Vous n’ignorez pas que Bernadette, la voyante de Lourdes, n’a jamais voulu reconnaître la physionomie du visage de Marie dans l’expression que les fabricants ont donnée aux statues de Notre Dame de Lourdes. Un jour, elle s’en plaignait à un éminent religieux qui l’avait discrètement interrogée à ce sujet. Le religieux possédait un album des Madones les plus connues du monde catholique. Il le fit voir à Bernadette : “De toutes ces images de Marie, voyez celle qui donne le mieux la ressemblance de la divine Mère”. Bernadette ou plutôt sœur Marie Bernard feuilleta l’album avec attention, examina à plusieurs reprises quelques types qui la frappaient davantage, et enfin s’arrêta émue devant une image byzantine aux traits réguliers, au regard empreint d’une douceur profonde comme son amour : “Voilà, dit-elle, ce que je trouve de plus ressemblant”. C'était l’image de Notre-Dame de Grâce de Cambrai. Je tiens, dit en terminant Mgr Delannoy, l’anecdote du religieux lui-même qui, en me la racontant, ne pensait pas s’adresser à un serviteur fidèle de votre Madone.

    Mgr Victor Delannoy, ancien séminariste à Cambrai, évêque d’Aire, s’adressant, en 1905, à Mgr Marie-Alphonse Sonnois, archevêque de Cambrai.

    *

    La même anecdote revue par André Malraux, s’adressant à Picasso :

    – On vous a parlé de l'image de la Vierge apparue à Bernadette ?

    – Quelle Bernadette ?

    – Celle de Lourdes. Elle a vu la Vierge de la grotte. Elle entre au couvent. Des âmes pieuses lui envoient toutes sortes de statuettes de Saint-Sulpice. Elle les flanque dans un placard. Stupéfaction de la supérieure : “Ma fille, comment pouvez-vous mettre la Sainte Vierge dans un placard ? – Parce que ce n'est pas elle, ma Mère !” Restupéfaction. “Ah ?… et comment est-elle ? – Je ne peux pas vous expliquer…” La supérieure écrit à l'évêque, qui apporte les grands albums des principales images de la Vierge, ceux du Vatican. Il lui montre Raphaël, Murillo, etc. N'oubliez pas que ça se passe sous le second Empire, qu'elle est une jeune paysanne, bergère je crois, qui n'a certainement vu, dans son bled, que des Vierges sulpiciennes, baroques à la rigueur. Elle fait non de la tête, toujours non. Au hasard des feuillets, passe la Vierge de Cambrai, une icône. Bernadette se lève, exorbitée, s'agenouille : “C'est elle, Monseigneur !”

    Je vous ai dit, la Vierge de Cambrai est une icône. Repeinte, ornée de vagues angelots; mais ni mouvement ni profondeur, aucun illusionnisme. Le sacré. Et Bernadette n'avait jamais vu d'icône…

    Il réfléchit :

    «Vous êtes sûr ?

    – Les lettres de l'évêque ont été publiées. Et à qui aurait servi le mensonge ?

    – Une intrigue des cubistes !… Tout de même, je voudrais bien la voir, sa Vierge…

    – Elle est toujours à Cambrai. Je vous enverrai la photo.

    – Quand ?

    Cambrai,_Cathédrale_Notre-Dame_de_Grâce,_icône_F_581.jpg

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  • D’Adam à Noé

    Depuis le début de cette semaine j’ai donné chaque jour un répons qui correspond à la lecture biblique du jour. Le dimanche de la Septuagésime recommence toute l’histoire du monde. Ce jour on lit donc le début de la Genèse : la création du ciel et de la terre. Le lundi c’est la création de l’homme. Le mardi c’est l’homme au « paradis de volupté ». Le mercredi c’est le péché de l’homme contre Dieu (le mercredi saint sera le jour de la trahison de Judas). Le jeudi c’est le meurtre d’Abel par Caïn. Ces deux moments de révolte contre Dieu et de haine de l’homme pour son frère auront pour antithèse l’amour de Dieu et du prochain.

    La lecture de la Genèse se poursuit mais il n’y a ce vendredi aucun répons qui y corresponde. Il s’agit en fait de terminer le cycle d’Adam pour commencer à la Sexagésime celui de Noé.

    Aujourd’hui on lit les versets qui vont jusqu’à la mort d’Adam, et demain les versets qui donnent la généalogie jusqu’à la naissance de Noé.

    Cela commence par la descendance de Caïn. On remarque que c’est de cet homme meurtrier et maudit que naît la civilisation des hommes… Son fils construit une ville, ses descendants sont le père des bergers, le père des musiciens, le père des forgerons… Mais voici qu’Adam engendre un autre fils, Seth, qui a un fils, Enos : « C’est lui qui commença à invoquer le nom du Seigneur. » C’est Enos qui sera l’ancêtre de Noé, tandis qu’il ne sera plus question des descendants de Caïn : il seront engloutis par le déluge.

  • Ubi est Abel ?

    ℟. Ubi est Abel frater tuus? dixit Dominus ad Cain. Nescio, Domine, numquid custos fratris mei sum ego? Et dixit ad eum: Quid fecisti?
    * Ecce vox sanguinis fratris tui Abel clamat ad me de terra.
    ℣. Maledictus eris super terram, quae aperuit os suum, et suscepit sanguinem fratris tui de manu tua.
    ℟. Ecce vox sanguinis fratris tui Abel clamat ad me de terra.

    Où est ton frère Abel ? dit le Seigneur à Caïn. - Je ne sais pas, Seigneur : est-ce que je suis le gardien de mon frère ? Et il lui dit : Qu’as-tu fait ? Voici que la voix du sang de ton frère Abel crie de la terre jusqu’à moi. Tu seras maudit sur la terre, qui a ouvert la bouche et a reçu de ta main le sang de ton frère.

  • Ecce Adam

    ℟. Ecce Adam quasi unus ex nobis factus est sciens bonum et malum:
    * Videte, ne forte sumat de ligno vitae, et vivat in aeternum.
    ℣. Fecit quoque Dominus Deus Adae tunicam pelliceam, et induit eum, et dixit.
    ℟. Videte, ne forte sumat de ligno vitae, et vivat in aeternum.

    Voici que Adam est devenu comme l’un de nous, connaissant le bien et le mal. Prenons garde qu’il prenne de l’arbre de vie et qu’il vive éternellement. Le Seigneur fit aussi à Adam une tunique de peau et il l’en revêtit et il dit : Prenons garde qu’il prenne de l’arbre de vie et qu’il vive éternellement.

  • Tulit Dominus hominem

    ℟. Tulit Dominus hominem, et posuit eum in paradiso voluptatis:
    * Ut operaretur et custodiret illum.
    ℣. Plantaverat autem Dominus Deus paradisum voluptatis a principio in quo posuit hominem quem formaverat.
    ℟. Ut operaretur et custodiret illum.

    Dieu prit l’homme et le mit dans le paradis de volupté, afin qu’il le cultive et le garde. En effet Dieu avait planté un paradis de volupté, dans le principe, dans lequel il mit l’homme qu’il avait formé, afin qu’il le cultive et le garde.

  • Formavit Dominus hominem

    ℟. Formavit Dominus hominem de limo terrae, et inspiravit in faciem eius spiraculum vitae, et factus est homo in animam viventem.
    ℣. In principio fecit Deus caelum et terram, et plasmavit in ea hominem.
    Et inspiravit in faciem eius spiraculum vitae, et factus est homo in animam viventem.

    Le Seigneur forma l’homme du limon de la terre. Et il souffla dans son visage un souffle de vie, et l’homme devint âme vivante. Au principe Dieu fit le ciel et la terre, et il y façonna l’homme.

  • Septuagésime

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    Saint-Gall, codex 376

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    Graduel de Notker (Bamberg)

    Circumdedérunt me gémitus mortis, dolóres inférni circumdedérunt me : et in tribulatióne mea invocávi Dóminum, et exaudívit de templo sancto suo vocem meam.

    Díligam te, Dómine, fortitúdo mea : Dóminus firmaméntum meum, et refúgium meum, et liberátor meus. Glória Patri.

    Ils m’ont entouré, les gémissements de mort. Des douleurs d’enfer m’ont entouré. Et dans ma tribulation, j’ai invoqué le Seigneur, et il a écouté, de son saint Temple, ma voix.

    Je t’aimerai, Seigneur, ma force ! Le Seigneur est mon abri et mon refuge et mon libérateur.

    Dom Baron :

    Le Psaume XVII est un cantique d’action de grâces dans lequel David chante sa reconnaissance au Seigneur pour l’avoir délivré de ses ennemis. Il y décrit tour à tour ses épreuves, sa prière et la façon merveilleuse dont Dieu l’a sauvé. Mais c’est plus que sa propre histoire qu’il chante ; c’est l’histoire du monde, ou mieux l’histoire du Christ, du Christ total, du Corps mystique, telle qu’elle s’est déroulée pour le Corps entier au cours des siècles, pour le Christ, tout au long de sa vie ; telle qu’elle se déroule pour chacun de ses membres, selon le même rythme toujours : épreuve, prière, secours divin, reconnaissance.

    Les versets choisis pour cet Introït en sont le prélude. On y trouve les quatre idées du Psaume : les épreuves ; circumdedérunt, la prière, et invocávi, l’aide divine, et exaudívit me et, dans le Verset, l’action de grâce, Diligam te...

    Au début de cette période, où elle va avoir à porter les rudes épreuves de la pénitence, l’Eglise le chante pour y entendre la voix pleine d’expérience de ceux qui les ont déjà traversées : Adam, David, le Christ, les élus, tous ceux du Purgatoire, tous ceux de la terre aussi qui ont su en profiter et qui vont en profiter à nouveau. Ce sont bien eux qui chantent. Ils disent à ceux qui ont encore à subir les dures purifications nécessaires – aux catéchumènes entre autres – qu’ils n’ont qu’à prier avec confiance ; le Seigneur les entendra et, avec la grâce du Baptême renouvelée à Pâques, leur apportera la délivrance.

    La symbolique de la septuagésime.

    Le premier répons des matines.

    Sur l’ensemble de la messe de ce jour.

    Sur la parabole des ouvriers dans la vigne.

  • La déposition de l’Alléluia

    Une particularité de la liturgie romaine est qu’à partir de la Septuagésime et jusqu’à Pâques elle proscrit le chant de l’Alléluia, alors que la liturgie byzantine le chante tout au long de l’année.

    « Dominica Septuagesimæ, in qua deponitur Canticum Domini Alleluja », dit le martyrologe : le dimanche de la Septuagésime, où l’on dépose le chant du Seigneur Alléluia.

    La déposition de l’Alléluia se fait de façon solennelle, la veille de la Septuagésime, à la fin des vêpres : les chantres ajoutent deux Alleluia au Benedicamus Domino qui conclut l’office, et le chœur répond en ajoutant deux Alleluia au Deo gratias.

    A Chartres, au moyen âge, Alleluia était l’unique antienne pour tous les psaumes des premières vêpres, des matines et des laudes de la Septuagésime. Les hymnes étaient des louanges à l’Alléluia. Ainsi l’hymne des vêpres :

    Alleluia, dulce carmen,
    Vox perennis gaudii,
    Alleluia, laus suavis,
    Est chorus cœlestibus,
    Quam canunt Dei manentes
    In domo per sæcula.

    (Alléluia, doux chant, voix de la joie éternelle, Alléluia, douce louange - c’est un chœur pour les habitants du ciel - que chantent ceux qui demeurent dans la maison de Dieu pour les siècles.)

    Les oraisons parlaient aussi de l’Alléluia. Et c’est à la fin des laudes qu’avait lieu l’adieu à l’alléluia tel qu’il se fait aux vêpres dans la liturgie romaine. Après les laudes avait lieu la scène de « l’Alléluia fouetté ». Douze enfants de chœur faisaient tourner des toupies avec des lanières et les fouettaient en les chassant le long de la nef jusque sur le parvis. En 1532 le chapitre de la cathédrale voulut interdire cette coutume mais n’y parvint pas…

    Une variante, à la cathédrale d’Angers : après l’office de none, le samedi, les enfants de chœur, revêtus d’habits particuliers et tenant des torches, brandissaient une image voilée appelée Alléluia, et couraient à travers le chœur vers la salle de théologie où ils chantaient le Subvenite.

    En d’autres endroits, on allait jusqu’à l’enterrer. On fabriquait un mannequin figurant l’Alléluia, on le couchait sur une civière et on le portait en cortège à son tombeau. Tout au long du trajet, et devant la sépulture, on chantait des hymnes, des antiennes, des répons, qui exprimaient la douleur des fidèles devant une telle perte, et les souhaits de « bon voyage », mais aussi d’« heureux retour ». Car on savait qu’il allait… ressusciter.

    Ailleurs, comme à Toul et en Allemagne, l'Alléluia était figuré par une motte de terre que l’on portait en procession, derrière la croix et les chandeliers, en chantant et en gémissant, jusqu'à un endroit du cloître où on l'enfouissait.

    (Daoudal Hebdo N°115)

  • Apparition de la bienheureuse Vierge Marie Immaculée

    Le titre ci-dessus est l’intitulé officiel de la fête qui commémore l’apparition de Lourdes. Voici les antiennes des laudes et des heures. Elles célèbrent d’abord l’Immaculée Conception par des paroles de l’Ecriture, puis chantent la louange de Marie avec des expressions toutes tirées du livre de Judith.

    Candor est lucis aeternae, et speculum sine macula.

    Eclat de la lumière éternelle, et miroir sans tache (Sagesse 7,26).

    Mulier amicta sole, et luna sub pedibus eius, et in capite eius corona stellarum duodecim.

    Femme revêtue du soleil, et la lune sous ses pieds, et sur sa tête une couronne de douze étoiles (Apocalypse 12,1).

    Tu gloria Jerusalem, tu laetitia Israël, tu honorificentia populi nostri.

    Tu es la gloire de Jérusalem, tu es la joie d’Israël, tu es l’honneur de notre peuple (Judith 15,10).

    Benedicta es tu, Virgo Maria, a Domino Deo excelso prae omnibus mulieribus super terram.

    Tu es bénie, Vierge Marie, par le Seigneur Dieu très-haut, plus que toutes les femmes sur la terre (Judith 13,23).

    Hodie nomen tuum ita magnificavit Dominus, ut non recedit laus tua de ore hominum.

    Aujourd’hui le Seigneur a donné à ton nom tant de grandeur que ta louange ne cessera plus dans la bouche des hommes (13,25).

    Le capitule des laudes et des vêpres est une citation du Cantique des cantiques, choisie pour illustrer le fait que Marie, la colombe immaculée, est apparue dans une grotte.

    Surge, amica mea, speciosa mea, et veni: columba mea, in foraminibus petræ, in caverna maceriæ, ostende mihi faciem tuam, sonet vox tua in auribus meis.

    Lève-toi, mon amie, ma toute belle, et viens, ma colombe dans les trous de la pierre, dans le creux de la muraille, montre-moi ta face, que ta voix retentisse à mes oreilles.

  • Sainte Scholastique

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    Céramique de sœur Mercédès, de l’abbaye Sainte-Scholastique de Dourgne. Disponible en carte postale parmi plusieurs autres sur la vie de saint Benoît.

    Saint Grégoire le Grand, Dialogues, 33-34 :

    Grégoire : Qui donc, Pierre, sera plus sublime en cette vie que Paul, lequel, par trois fois, pourtant, a prié le Seigneur pour être délivré de l'aiguillon dans sa chair, et cependant il ne put obtenir ce qu'il voulait ? A ce propos, il faut que je te raconte ce qui est arrivé au vénérable Père Benoît, car il y a une chose qu'il voulut faire mais qu'il ne put accomplir.

    En effet sa sœur, qui s'appelait Scholastique, consacrée au Dieu tout-puissant depuis sa plus tendre enfance, avait pris l'habitude de venir vers lui une fois par an et l'homme de Dieu descendait vers elle, au-delà de la porte, mais pas loin, dans la propriété du monastère. Or, un certain jour, elle vint comme à l'accoutumée et son vénérable frère, accompagné de ses disciples, vint vers elle. Ils passèrent tout le jour dans les louanges de Dieu et dans de saints entretiens et, tandis que les ténèbres de la nuit commençaient à s'étendre sur la terre, ils prirent ensemble leur nourriture. Comme ils étaient encore à table et que leurs saints entretiens se prolongeaient, l'heure se faisant plus tardive, la sainte moniale, sa sœur, lui fit cette demande : "Je t'en prie, ne me laisse pas cette nuit, mais reste jusqu'au matin pour que nous puissions parler encore des délices de la vie céleste. Il lui répondit : "Que dis-tu là, ma sœur ? Passer la nuit hors de la cellule ! Je ne le puis nullement."

    Or la sérénité du ciel était telle qu'aucun nuage n'apparaissait dans les airs, mais la sainte femme de moniale, après avoir entendu les paroles négatives de son frère, joignit ses doigts, posa les mains sur la table et elle s'inclina, la tête dans les mains, pour prier le Seigneur Tout-puissant. Comme elle relevait la tête de dessus la table, éclairs et tonnerre éclatèrent avec une telle force et l'inondation fut telle que ni le vénérable Benoît, ni les frères qui l'accompagnaient ne purent mettre le pied dehors et franchir le seuil du lieu où ils siégeaient. C'est que voilà ! La sainte moniale, en inclinant la tête dans ses mains, avait répandu sur la table des fleuves de larmes qui, dans un ciel serein, avaient attiré la pluie. Et ce n'est pas un peu plus tard, après la prière, que l'inondation s'ensuivit mais il y eut une telle concomitance entre prière et inondation qu'elle leva la tête de la table alors que le tonnerre éclatait déjà, à tel point que lever la tête et faire tomber la pluie, cela se produisit en un seul moment.

    Alors, au milieu des éclairs, du tonnerre et de cette formidable inondation de pluie, voyant qu'il ne pouvait retourner au monastère, contrarié, il commença à se plaindre en disant : "Que le Dieu Tout-puissant te pardonne, ma sœur, qu'as-tu fait là ?" Elle lui répondit : " Eh bien, voilà ! Je t'ai prié et tu n'as pas voulu m'écouter. J'ai prié mon Seigneur et lui m'a entendu. Maintenant, si tu le peux, sors donc, abandonne-moi et retourne à ton monastère." ... Mais ne pouvant quitter l'abri du toit, lui qui n'avait pas voulu rester spontanément, demeura sur place malgré lui et ainsi se fit-il qu'il passèrent toute la nuit à veiller et que dans un échange mutuel, ils se rassasièrent de saints entretiens sur la vie spirituelle.

    Je t'avais bien dit qu'il avait voulu une chose mais n'avait pu l'accomplir, car si nous considérons l'état d'esprit de cet homme vénérable, il est hors de doute qu'il aurait désiré ce temps serein qu'il avait eu pour descendre, mais à l'encontre de ce qu'il voulait, il se trouva confronté à un miracle sorti d'un cœur de femme avec la force du Dieu tout-puissant. Pas étonnant qu'en cette circonstance, une femme qui désirait voir longuement son frère ait prévalu sur lui. En effet, selon la parole de saint Jean : "Dieu est amour", c'est par un juste jugement que celle-là fut plus puissante qui aima davantage.

    Pierre : Je l'avoue, ce que tu dis là me plaît beaucoup.

    *

    Or, comme le lendemain, la vénérable femme retournait à sa propre cellule, l'homme de Dieu revint au monastère. Et voici que, trois jours après, étant en cellule, levant les yeux au ciel, il vit l'âme de sa sœur, sortie de son corps, pénétrer sous la forme d'une colombe dans les secrets du ciel. Et lui, se réjouissant pour elle d'une si grande gloire, rendit grâces au Dieu Tout-puissant avec hymnes et louanges et il fit part de sa mort aux frères.

    Puis il les dépêcha pour faire venir son corps au monastère et le placer dans la sépulture qu'il s'était préparée pour lui-même. De la sorte, il arriva que ceux dont l'esprit avait toujours été uni en Dieu sur la terre, ne furent pas séparés corporellement même dans la tombe.

  • Saint Cyrille d’Alexandrie

    Père théophore, te voyant vainqueur des passions funestes et dominant les raisonnements de la chair, le Christ, Cyrille, te donna de présider l'Eglise de Dieu.

    Ayant hérité comme enfant bien-aimé la vertu paternelle de Marc, tu en devins le successeur sur son trône, suivant pas à pas l'Evangéliste divin.

    Comme brebis tu fus mené par le Christ et comme pasteur tu menas ton troupeau, le nourrissant de tes paroles en abondance, cet aliment spirituel, comme sur le pré fleuri de la grâce.

    De toutes tes forces tu as renversé, Cyrille, tout le savoir orgueilleux élevé contre le Christ et sa divine Mère, cette impiété de Nestorius distinguant le fils de la Vierge du Fils de Dieu, et la confusion des natures que les Acéphales proposaient.

    Sous la lumière de la grâce et par la force de l'esprit, bienheureux Père, ayant confessé la Trinité comme consubstantielle et le Fils comme Dieu incarné, toi le défenseur de la Mère de Dieu, tu es glorifié maintenant dans les cieux.

    Père digne de nos chants, abaisse ton regard bienveillant sur tes chantres, accorde la victoire à ceux qui sont marqués du signe de la Croix; relève par tes prières le front des croyants, éclaire ceux qui magnifient ton souvenir.

    Liturgie byzantine, matines, odes 4 et 9.

  • Le plus bref bréviaire

    Le site New Liturgical Movement fait part d’une amusante découverte. Il s’agit d’un texte publié dans The Monthly Magazine, publié à Londres, vol. XI, premier semestre 1801, qui est une méchante blague anticatholique :

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    Abrégé du bréviaire par les jésuites

    Il est bien connu que l’église Papiste enjoint à ses prêtres de réciter quotidiennement le bréviaire, qui consiste en une longue collection de prières et de psaumes, et légendes, etc., etc., appelés matines, laudes, vêpres, etc. Mais pour les soulager de ce fardeau, on a découvert qu’on pouvait lui substituer ce qui suit, qui fait honneur au génie de son inventeur. C’est copié d’une feuille imprimée trouvée dans un vieux bréviaire qui avait appartenu aux jésuites.

    Comme je crains que nombre de mes lecteurs connaissent moins le latin que les protestants de 1801, je traduis aussi le texte du « bréviaire jésuite » :

    Rite très bref de récitation du bréviaire.

    D’abord on dit le Pater et l’Ave, puis : a.b.c.d.e.f.g.h.i.k.l.m.n.o.p.q.r.s.t.u.w.x.y.z.

    ℣. Avec tout cet alphabet – alléluia
    ℟. est composé tout le bréviaire – alléluia.

    Prions. Ô Dieu, qui as voulu qu’avec vingt-quatre lettres soient composés toute la Sainte Ecriture et ce bréviaire, joins, disjoins, fais, dispose, reçois de ces vingt-quatre lettres matines avec les laudes, prime, sexte, none, les vêpres et les complies. Par le Christ notre Seigneur.