Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Liturgie

  • Saint Pierre d’Alcantara

    Le soldat, ministre de leur vengeance, arrive donc la lance à la main, et la plonge avec force dans la poitrine nue du Sauveur. La croix fut ébranlée en l'air par la violence du coup, et du côté entr'ouvert du Sauveur, il sortit de l'eau et du sang qui guérissent les péchés du monde. Ô fleuve qui sors du paradis et qui arroses de tes eaux toute la surface de la terre ! Ô plaie du précieux côté du Sauveur, faite bien plus par son amour pour les hommes que par le fer de la lance cruelle ! Ô porte du ciel, entrée du paradis, lieu de rafraîchissement, tour inexpugnable, sanctuaire des justes, sépulture des pèlerins, nid des colombes simples, et lit fleuri de l'épouse des Cantiques ! Je te salue, plaie du précieux côté, qui t'imprimes dans les cœurs dévots, blessure qui blesses les âmes des justes, rose d'ineffable beauté, rubis d'inestimable valeur, entrée du cœur de Jésus-Christ, témoignage de son amour et gage de l'éternelle vie !

    Extrait de la deuxième série de méditations, pour le samedi, du Traité de l’Oraison et de la Méditation.

  • Saint Luc

    « J’ai décidé, moi aussi, après m’être informé soigneusement de tout, depuis les origines. » Luc insiste et répète que ce qu’il va écrire, il ne le tient pas des on-dit, mais qu’il s’est personnellement informé depuis les origines. Aussi, à juste titre, l’apôtre Paul fait son éloge en ces termes : « Luc, dont la louange en ce qui concerne l’évangile est répandue dans toutes les Églises » (2 Co 8, 18). On ne le dit d’aucun autre, mais on le rapporte au sujet de Luc.

    « J’ai décidé, moi aussi, après m’être informé soigneusement de tout, depuis les origines, d’en écrire pour toi l’exposé suivi, excellent Théophile. » On pourrait penser que c’est pour un personnage nommé Théophile qu’il a écrit l’évangile. Vous tous qui écoutez mon discours, si vous êtes des hommes vraiment aimés de Dieu, vous aussi, vous êtes également des « théophiles » et c’est pour vous que l’évangile est écrit. Si quelqu’un est « théophile », lui aussi est à la fois très bon et très fort, comme l’exprime de la manière plus nette le mot grec κράτιστος (kratistos). Aucun Théophile n’est faible et, de même qu’il est écrit du peuple d’Israël, à sa sortie d’Égypte, « qu’il n’y eut pas dans ses tribus d’homme faible » (Psaume 104), de même oserai-je dire : tout homme qui est théophile est fort ; il tient sa force et sa vigueur de Dieu et de sa Parole, il peut ainsi connaître « la vérité des paroles qui l’ont instruit », comprenant la parole de l’Évangile dans le Christ « à qui appartiennent la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Amen. »

    Fin de la première homélie d’Origène sur saint Luc, traduction des Sources chrétiennes. Nous n’avons plus le texte grec d’Origène. Le texte latin est la traduction réalisée par saint Jérôme. La note sur « kratistos » est évidemment de saint Jérôme, dont le texte est plus clair que la traduction française. Parce que, dans le texte latin de l’évangile, « kratistos » est traduit par « optime », puisqu’il s’agit de vanter non la force physique mais l’excellence morale et intellectuelle de Théophile. C’est ce mot « optime » que reprend saint Jérôme ensuite, et il aurait fallu garder « excellent » au lieu de mettre « très bon » : tout théophile (aimé de Dieu) est « excellent et fort » comme Théophile.

    La doxologie finale vient de la première épître de saint Pierre, et elle conclut toutes les homélies d’Origène sur saint Luc, comme une forte affirmation de la divinité du Christ. Puisque la gloire et la puissance appartiennent à Dieu, et que « la puissance (kratos) de Dieu n’est autre que le Christ Seigneur » (Origène, première homélie sur l’Exode).

  • Sainte Marguerite-Marie

    Screenshot_2019-10-16 Recueil des écrits de la vénérable Mère Marguerite-Marie.png

    Screenshot_2019-10-16 Recueil des écrits de la vénérable Mère Marguerite-Marie(3).png

    Screenshot_2019-10-16 Recueil des écrits de la vénérable Mère Marguerite-Marie(4).png

    Screenshot_2019-10-16 Recueil des écrits de la vénérable Mère Marguerite-Marie(5).png

    Screenshot_2019-10-16 Recueil des écrits de la vénérable Mère Marguerite-Marie(6).png

  • Sainte Hedwige

    Deus, qui beatam Hedwigem a sæculi pompa ad humilem tuæ Crucis sequelam toto corde transire docuisti : concéde ; ut ejus meritis et exemplo discamus perituras mundi calcare delicias, et in amplexu tuæ Crucis omnia nobis adversantia superare : Qui vivis et regnas…

    O Dieu, de qui la bienheureuse Hedwige apprit à passer généreusement du sein des pompes du siècle en l’humble voie de votre croix ; faites que, par ses mérites et à son exemple, nous apprenions à fouler aux pieds les délices périssables du monde et à surmonter, en embrassant votre croix, tout ce qui nous est contraire.

    Le monastère cistercien de Trzebnica où vécut sainte Hedwige, devenu sanctuaire de sainte Hedwige, avec son tombeau.

    32355.jpg

    beautiful-church.jpg

    kaplica-sw-jadwigi-slaskiej-w-trzebnicy-fot-mmazurkiewicz.jpeg

    z21789154Q,Sanktuarium-sw--Jadwigi-w-Trzebnicy.jpg

    Bien que le monastère soit baroque, il reste un tympan roman, où l’on voit David, Bethsabée et Salomon.

    z21789170Q.jpg

    Portal_zachodni_Dawidowy_Trzebnica_372970.jpg

    Portal_zachodni_Dawidowy_Trzebnica_372972.jpg

    *

  • Sainte Thérèse

    Extrait de la Relation IV (au P. Rodrigue Alvarez, 1575) :

    La première oraison surnaturelle, selon moi, que j’ai éprouvée, est un recueillement intérieur qui se fait sentir à l’âme : elle semble avoir au dedans d’elle-même de nouveaux sens, à peu près semblables aux extérieurs ; elle cherche, ce semble, à se débarrasser du trouble que ceux- ci lui causent par leur agitation, et ainsi elle les entraîne quelquefois après elle. Elle se plait à fermer les yeux et les oreilles du corps, pour ne voir et n’entendre que ce dont elle est alors occupée, c’est-à-dire pour traiter avec Dieu seul à seul. Dans cet état, on ne perd l’usage d’aucun de ses sens ni d’aucune de ses puissances ; on le conserve tout entier, mais uniquement pour s’occuper de Dieu.

    Ceci ne peut manquer d’être clair pour quiconque aura, par la grâce de Dieu, passé par cet état, mais non pas pour d’autres ; il faudrait bien des paroles et des comparaisons pour leur en donner l’intelligence.

    De ce recueillement viennent quelquefois une quiétude et une paix intérieure délicieuse, en sorte que semble n’avoir plus rien à désirer : même parler, j’entends, prier vocalement et méditer, est alors pour elle une fatigue ; elle ne voudrait qu’aimer. Cette oraison peut durer un certain temps, et même parfois se prolonger.

    De cette oraison procède ordinairement un sommeil, que l’on appelle le sommeil des puissances, dans lequel elles ne sont pourtant pas absorbées, ni si suspendues que l’on puisse qualifier cet état de ravissement. Ce n’est pas non plus entièrement l’union.

    Il arrive quelquefois, souvent même, que l’âme entend très clairement, du moins cela lui paraît ainsi, que sa volonté seule est unie à Dieu, et que cette puissance est tout entière occupée de lui sans pouvoir se porter vers aucun autre objet, tandis que les deux autres puissances restent libres pour les affaires et pour les œuvres du service de Dieu. En un mot, Marthe et Marie vont ensemble. Extrêmement surprise d’éprouver cela, je demandai au père François de Borgia si ce n’était point une illusion. Il me répondit que cela arrivait souvent.

    Quand il y a union de toutes les puissances, c’est très différent : car alors elles ne sont capables de quoi que ce soit ; l’entendement est comme stupéfait de ce qu’il contemple ; la volonté aime plus que l’entendement ne conçoit, mais sans que l’âme comprenne ou puisse dire, ni si elle aime, ni ce qu’elle fait. A mon avis, la mémoire est alors comme si elle n’existait pas, l’imagination de même ; pour les sens, non seulement ils n’ont plus leur activité naturelle, mais on dirait qu’on les a perdus, et cela, je pense, afin que l’âme puisse être d’une manière plus intime au divin objet dont elle jouit. Cette perte est de courte durée.

    Par l’humilité et par les autres vertus dont elle se trouve enrichie, par les désirs qui l’enflamment, l’âme connaît les grands avantages qu’elle retire de cette faveur ; mais on ne peut dire ce que c’est. L’âme a beau vouloir le donner à entendre, elle ne sait ni comment le saisir, ni comment le dire. Selon moi, cette union, quand elle est véritable, est la plus grande grâce que Notre Seigneur accorde dans ce chemin spirituel, ou du moins l’une des plus grandes.

  • Saint Calixte

    calixtus_bnfms.jpg

    Le pape Saint Calixte instituant, selon la tradition, les quatre temps (« Ieiunium », est-il écrit), miniature d’une édition du XIVe siècle de la Légende dorée qui dit :

    Le jeûne des Quatre-Temps a été institué par le pape Calixte. Il consiste à jeûner quatre fois par an, suivant les quatre saisons. Ce jeûne se justifie par quatre arguments :

    1o Le printemps étant une saison humide, nous jeûnons au printemps pour tempérer en nous les humeurs pernicieuses, c’est-à-dire la luxure. L’été étant une saison chaude et sèche, nous jeûnons pour châtier en nous la sécheresse de l’avarice. L’automne étant une saison également sèche, mais froide, nous jeûnons pour châtier la sécheresse froide de l’orgueil. Enfin l’hiver étant une saison froide et humide, nous jeûnons pour châtier le froid de l’infidélité et de la malice.

    2o Le jeûne des Quatre-Temps a pour objet de nous rappeler le jeûne des Juifs, qui jeûnaient quatre fois par an, avant la Pâque, avant la Pentecôte, avant la fête des Tabernacles et avant la dédication de décembre.

    3o L’homme étant formé de quatre éléments, quant au corps, et de trois facultés, quant à l’âme, nous devons jeûner quatre fois par an, pendant trois jours chaque fois.

    4o Le printemps se rapporte à l’enfance, l’été à l’adolescence, l’automne à l’âge viril, l’hiver à la vieillesse. Nous devons donc jeûner au printemps pour être innocents comme des enfants ; en été, pour être forts comme des adolescents, en automne, pour être mûrs par la justice, comme le veut l’âge viril ; en hiver pour acquérir la sagesse et la probité des vieillards. Ou, plutôt encore, nous devons jeûner en hiver pour expier les fautes commises par nous pendant les saisons précédentes.

  • 18e dimanche après la Pentecôte

    « Faites, ô Seigneur, que ceux qui attendent votre secours ne soient pas déçus dans leur espérance, mais obtiennent au contraire cette récompense qu’ont promise vos Prophètes. Écoutez donc les prières de votre serviteur, et avec les siennes, recevez celles de tout votre peuple d’Israël. »

    Telle est la belle paraphrase que fait le cardinal Schuster du texte de l’introït de ce dimanche. Ou plus exactement du verset de l’Ecclésiastique (36,18) dont il est tiré. Car dans l’introït « mercedem », la récompense, est devenu « pacem », la paix. Car la paix surnaturelle, dans la Jérusalem céleste (la « ville de la paix »), est la récompense suprême.

    On peut remarquer que le texte grec dit : « Donne récompense à ceux qui t'attendent (qui comptent sur toi), et que tes prophètes soient trouvés dignes de confiance (véridiques). » Dans le texte latin, à la place de « et », il y a « afin que ». C’est une traduction qui explicite le texte grec tributaire des juxtapositions sémitiques. Nous demandons à Dieu de nous donner la « récompense » promise par les prophètes afin que ces promesses soient reconnues comme vraies, et les prophètes comme de véritables envoyés de Dieu.

    Cette très belle antienne est empreinte de paix d’un bout à l’autre, et d’une tendresse qui se manifeste par l’emploi systématique du si bémol et s’épanouit sur « tuae ».

    Voici une interprétation, par le chœur de la cathédrale de Poznań, qui rend bien justice à ce caractère, en y ajoutant une très grande douceur. C’est extrait de l’enregistrement d’une messe pour la paix, à Poznań en 1977 (le kyriale étant la Missa pro pace de Feliks Nowowiejski).

    Da pacem, Dómine, sustinéntibus te, ut prophétæ tui fidéles inveniántur : exáudi preces servi tui et plebis tuæ Israël.
    Lætátus sum in his, quæ dicta sunt mihi : in domum Dómini íbimus.

    Donnez la paix, Seigneur, à ceux qui vous attendent afin que vos prophètes soient trouvés fidèles : exaucez les prières de votre serviteur, et celles d’Israël votre peuple.
    Je me suis réjoui de ces mots qui m’ont été dits : Nous irons dans la maison du Seigneur.


    podcast

    Screenshot_2019-10-12 LU1056.png

  • Le bienheureux Charles de Blois

    On lit dans Les tombeaux des ducs de Bretagne, du vicomte Pitre de Lisle du Dréneuc (1894) :

    La mort tragique du comte de Penthièvre à la bataille d'Auray (29 septembre 1364) a été maintes fois racontée par les chroniqueurs et les poètes, mais jamais avec un aussi merveilleux talent que dans la Guerre de Blois et de Montfort de M. de la Borderie. C’est là plus qu'un récit, plus que de l'histoire, c’est la lutte même qui se déroule sous vos yeux. Sur ce champ de bataille, si mal connu jusqu'ici, on revoit les positions tour à tour enlevées et reprises, la chevalerie française se ruant follement, avec cette ardeur ambitieuse qui vint se briser contre l'habile stratégie des partisans de Montfort.

    Après cette dernière bataille, qui décida du sort de la Bretagne et sauva peut-être son indépendance, le comte de Monfort fit transporter avec respect le corps de son rival au couvent des Cordeliers de Guingamp, où le peuple vint en foule rendre hommage à sa pieuse mémoire.

    Lorsqu'au temps de la Ligue le couvent des Cordeliers fut en partie détruit par les troupes du prince de Dombes, on transféra les restes de Charles de Blois à l'église de Notre-Dame de Grâces, située à peu de distance de Guingamp, où nous les retrouvons encore aujourd'hui.

    Les ossements du bienheureux Charles sont placés près de la balustrade du chœur, du côté de l'Evangile. Le reliquaire est posé sur un socle élevé, en bois de chêne rehaussé d'or ; il se compose de trois arcatures d'un style néo-gothique assez pitoyable. On y voit un ossement long de 35 centimètres environ, enveloppé d'une étoffe de soie rose bien fanée et ornée de passementeries d'argent. Dessus est posé un papier où l'on entrevoit les mots Carol. Dux, en caractères d’une écriture peu ancienne.

    Sur un des côtés de l'édicule est une large plaque de cuivre portant un écusson en couleur à mi-partie, au premier palé d'argent et de gueules... qui est de Chastillon, au deuxième de Bretagne plein. On y lit l'inscription suivante : Cy dessous reposent les restes de très haut, très puissant et très excellent prince Charles de Chastillon, duc de Blois, duc de Bretagne, tué à la bataille d'Auray le 29 septembre MCCCLXIV, après une guerre de 23 ans et s'être trouvé à 18 batailles contre le comte de Monfort, oncle et cousin-germain de Jeanne de Bretagne son épouse.

    Comme on le voit, le monument de Charles de Blois n'est plus un tombeau, c'est un reliquaire ; aussi bien ce prince était-il un saint plutôt qu’un duc de Bretagne.

    22-graces-eglise-notre-dame-de-graces-28.jpg

    22-graces-eglise-notre-dame-de-graces-31.jpg

    Le reliquaire est de 1874. Il remplaçait un reliquaire de 1753, détruit dans un incendie en 1829, qui remplaçait le reliquaire dans lequel les franciscains avaient placé les reliques de Charles de Blois qu’ils avaient pu sauver de l’incendie de 1591… Comme on le voit, il a été restauré depuis le triste constat de de Lisle du Dréneuc, mais on ne voit plus la relique.

    D’une tout autre qualité est l’enfeu, d’époque (XIVe siècle) de Roland de Coatgoureden, dans la basilique Notre-Dame du Bon Secours de Guingamp. Le sénéchal de Charles de Blois s’est fait représenter à genoux devant son maître.

    391887e3a06906767736d0680ddb21.jpg

    3c54dd4b004f42e7bf105788b07410.jpg

    L’actualité étant celle que l’on sait, on remarque parmi les nombreux écrits de Pitre de Lisle du Dréneuc un opuscule intitulé Nouvelles découvertes d’idoles de l’Amazone. Un exemplaire fut adjugé 120 € chez Drouot en 2016. Le vicomte aurait pu être expert au synode (du moins s'il avait accepté de ne plus parler d'idoles, ce qui n'est pas respectueux de la culture de nos frères indigènes)…

    Screenshot_2019-10-11 Vente aux enchères [BRÉSIL] LISLE DU DRENEUC (Pitre de) Nouvelles….png

  • Maternité de la Vierge Marie

    Virgo regi Davidicae stirpis eligitur, quae sacro gravidanda fetu divinam humanamque prolem prius conciperet mente quam corpore. Et ne superni ignara consilii ad inusitatos paveret effectus, quod in ea operandum erat a Spiritu sancto, colloquio discit angelico. Nec damnum credit pudoris, Dei genitrix mox futura. Cur enim de conceptionis novitate desperet, cui efficientia de Altissimi virtute promittitur? Confirmatur credentis fides etiam praeuntis attestatione miraculi, donaturque Elizabeth inopinata fecunditas; ut qui conceptum dederat sterili, daturus non dubitaretur et virgini. Verbum igitur Dei Deus, Filius Dei, qui in principio erat apud Deum, per quem facta sunt omnia, et sine quo factum est nihil, propter liberandum ab aeterna morte hominem, factus est homo.

    Une vierge, issue de la race royale de David, est choisie pour porter en elle le germe saint, à la fois divin et humain, qu’elle conçut dans son esprit, avant même de le concevoir en son corps. De peur que, si elle eût ignoré le dessein divin, elle n’eût été effrayée de ses conséquences inattendues, elle apprit de la bouche d’un ange ce que l’Esprit-Saint allait opérer en elle. Celle qui allait devenir la mère de Dieu ne craignit pas que ce ne fût au détriment de sa pudeur. Comment n’eut-elle pas espéré une conception insolite, celle à qui était promise l’efficacité de la puissance du Très-Haut ? La foi de l’âme croyante est encore confirmée par un précèdent miracle : à Elisabeth est donnée une fécondité inespérée ; ainsi ne pourrait-on douter que celui qui avait donné à une femme stérile la possibilité de concevoir, ne l’octroyât aussi à une vierge. Donc, le Verbe de Dieu, Dieu lui-même, fils de Dieu "qui était au commencement auprès de Dieu, par qui tout a été fait et rien sans lui" s’est fait homme pour libérer l’homme de la mort éternelle.

    ingreditur haec mundi infima Jesus Christus Filius Dei, de coelesti sede descendens, et a paterna gloria non recedens, novo ordine, nova nativitate generatus. Novo ordine, quia invisibilis in suis, visibilis factus est in nostris; incomprehensibilis voluit comprehendi; ante tempora manens, esse cepit ex tempore. (…)Nova autem nativitate genitus est, conceptus a Virgine, natus ex Virgine, sine paternae carnis concupiscentia, sine maternae integritatis injuria: quia futurum hominum Salvatorem talis ortus decebat, qui et in se haberet humanae substantiae naturam, et humanae carnis inquinamenta nesciret. (…) Origo dissimilis, sed natura consimilis; humano usu et consuetudine caret, sed divina potestate subnixum est, quod virgo conceperit, quod virgo pepererit, et virgo permanserit.

    Jésus Christ, notre Seigneur, descend de son trône du ciel pour pénétrer notre misère, sans pourtant quitter la gloire de son Père, en des conditions tout à fait nouvelles et d’une manière inusitée. Dans des conditions nouvelles, puisque invisible en soi, il se rend visible à nous, incompréhensible, il accepte d’être appréhendé, éternel, il commence à exister dans le temps. D’une manière inusitée, puisque conçu et né d’une vierge sans la participation d’un homme et sans que soit faite injure à l’intégrité de sa mère. Une telle naissance convenait en effet au futur Sauveur des hommes qui, tout en revêtant la substance de la nature humaine, ignorerait les souillures de la chair. Il serait différent de nous par l’origine, mais semblable par la nature. Nous le croyons, cette naissance fut en dehors du cours normal de la génération humaine, mais elle s’appuya sur la puissance de Dieu, puisque la virginité de la mère demeura intacte dans la conception, l’enfantement et la suite des temps.

    Lecture des matines, extraits des sermons 1 et 2 de saint Léon le Grand sur la Nativité. (Une traduction plus littérale de la fin, notamment, me paraît plus forte, et plus conforme au style des pères : « afin que vierge elle conçût, vierge elle enfantât, vierge elle demeurât ». En traduisant dans un français censé être élégant on affaiblit souvent le propos, surtout quand il s'agit de répétitions voulues.)

  • Saint François Borgia

    Extrait de La famille Borgia, par Raphaël Carrasco, chapitre IX :

    Dès l'âge de douze ans notre jeune aristocrate entrait au service de la famille royale en tant que page de l'infante doña Catalina, fille de Jeanne la Folle, pour passer ensuite au service de l'impératrice Isabelle de Portugal dès son mariage avec Charles Quint célébré en mars 1526. La légende a brodé : le jeune François aurait conçu auprès de l'admirable Isabelle un amour intense et pur, platonique et presque mystique. La belle impératrice maria son écuyer avec une dame de sa suite, Leonor de Castro, qui lui donna huit enfants, quatre filles et quatre garçons (1529, il avait dix-neuf ans). En cadeau de noces, l'empereur éleva la baronnie de Llombay, que la famille Borja possédait déjà, au rang de marquisat pour le jeune marié. Celui-ci montra des dons certains pour la vie du palais, à la fois brillant courtisan et guerrier courageux. Lors du désastre militaire de Provence en octobre 1536, il assista dans ses derniers moments son grand ami le poète Garcilaso de la Vega.

    L'existence de François, exemplaire à tous égards, tant comme meneur d'hommes que comme ami et mari, se déroula sans heurts jusqu'au 27 mars 1546, jour où trépassa son épouse chérie et où il décida de changer de vie. L'hagiographie a bien noté des signes avant-coureurs de cette révolution intérieure, ainsi l'épisode archi-fameux survenu en 1538 dans la chapelle royale de Grenade où François, devant le cadavre défiguré de l'impératrice Isabelle, se serait écrié : « Jamais je ne servirai de seigneur qui puisse mourir » — « No más servir a señor que se me pueda morir ». D'autres voix précisent que ce fut le sermon prononcé par le bienheureux Juan de Ávila devant la dépouille de la défunte qui ouvrit les yeux du gentilhomme. La présence ici de cette grande figure de la spiritualité espagnole de la Renaissance n'est pas fortuite, pensons-nous. Juan de Ávila*, tenant de cette spiritualité si particulière qu'on appelle recueillement — recogimiento — que l'Inquisition et l'Église officielle considéraient avec une extrême défiance, s'était entouré de disciples presque tous d'origine judéo-converse qui ne trouvant pas leur compte dans l'offre spirituelle de l'Église officielle allaient rejoindre Ignace de Loyola et ses premiers compagnons dès les débuts de leur extraordinaire aventure. Il est évident que François Borgia partageait avec Juan de Ávila ce besoin de renouvellement spirituel et de réforme de l'Église dans et par l'Église qui animait le futur fondateur de la Compagnie de Jésus. Mais l'heure de la rencontre n'avait pas encore sonné. Elle n'allait pas tarder.

    Entre 1539 et 1543, François Borgia, nommé vice-roi de Catalogne, réside à Barcelone. C'est là qu'il entre en contact pour la première fois avec des membres de la Compagnie de Jésus et pas des moindres puisqu'il s'agit de deux compagnons de saint Ignace et co-fondateurs de la Compagnie, le Basque Antonio Araoz et le Savoyard Pierre Favre. C'est alors que débutent ses échanges épistolaires avec Ignace de Loyola. En janvier 1543 il hérite du duché de Gandía à la mort de son père. De retour sur ses terres, il montre un saint penchant pour la justice, se montrant très généreux envers les pauvres et les nécessiteux, fort proche de ses vassaux. Ces derniers sont dans leur majorité des morisques récemment convertis au catholicisme (1526) ce qui conduira le jeune duc à s'intéresser aux questions d'évangélisation des néophytes. C'est dans cet esprit qu'il accorda sa protection et employa comme précepteur de ses enfants Bernardo Pérez de Chinchón, traducteur d'Érasme, chanoine dans la collégiale de Gandía et auteur de deux traités de controverse antimusulmane, l'Antialcorano (Valence, 1532) et les Diálogos cristianos contre la secta mahomética (Valence, 1535). C'est aussi dans le but d'aider efficacement à la sincère conversion des morisques et à leur assimilation qu'il créa en 1545 le premier collège destiné à l'instruction religieuse des enfants morisques, collège qu'il léguera à la Compagnie en 1646 lorsqu'il prendra des engagements définitifs d'entrer dans l'ordre. Tout en œuvrant à la conversion des morisques, François Borgia développe des activités qui reposent sur le savoir-faire de ces populations : la canne à sucre et la soie, les deux piliers de la prospérité du duché au XVIe siècle.

    Son épouse, doña Leonor de Castro, décède le 27 mars 1546. C'est pour lui un coup terrible. Désormais plus rien ne le retient dans le monde. Il fait les exercices spirituels sous la direction du P. Andrés de Oviedo, le patriarche de l'Ethiopie, et dès le 2 juin, trois ans à peine après avoir hérité le duché de Gandía, François fait vœu de chasteté et d'obéissance auprès du supérieur de la Compagnie de Jésus et fait aussi le vœu d'y entrer au plus tôt. Ignace de Loyola lui fait savoir qu'il est ravi de l'accueillir tout en lui recommandant de garder son adhésion secrète — car, dit le saint, le monde n'avait pas d'oreilles pour entendre un tel fracas — le temps de mettre ses affaires en ordre et de faire un peu de théologie. À compter de cette date et jusqu'à sa mort, survenue à Rome le 30 septembre 1572, François de Borja voua tout son génie et toute son énergie à l'apostolat jésuitique.

    * Jean d’Avila, canonisé par Paul VI en 1970, et proclamé docteur de l’Eglise par Benoît XVI en 2012.