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Liturgie

  • Saint Bède

    Le Christ Epoux veut une Eglise industrieuse, "le teint hâlé par les efforts de l'évangélisation" - il y a ici une claire évocation de la parole du Cantique des Cantiques (1, 5) où l'épouse dit: "Nigra sum sed formosa" (je suis noire, et pourtant belle) -, occupée à défricher d'autres champs ou vignes et à établir parmi les nouvelles populations "non pas une cabane provisoire, mais une demeure stable", c'est-à-dire à insérer l'Evangile dans le tissu social et dans les institutions culturelles. Dans cette perspective, le saint docteur exhorte les fidèles laïcs à être assidus à l'instruction religieuse, en imitant les "insatiables foules évangéliques, qui ne laissaient pas même le temps aux apôtres de manger un morceau de nourriture". Il leur enseigne comment prier continuellement, "en reproduisant dans la vie ce qu'ils célèbrent dans la liturgie", en offrant toutes les actions comme sacrifice spirituel en union avec le Christ. Aux parents, il explique que même dans leur petit milieu familial, ils peuvent exercer "la charge sacerdotale de pasteurs et de guides", en formant de façon chrétienne leurs enfants et affirme connaître de nombreux fidèles (hommes et femmes, mariés ou célibataires), "capables d'une conduite irrépréhensible, qui, s'ils sont suivis de façon adéquate, pourraient s'approcher chaque jour de la communion eucharistique" (Epist. ad Ecgberctum, ed. Plummer, p. 419).

    La renommée de sainteté et de sagesse dont, déjà au cours de sa vie, Bède jouit, lui valut le titre de "vénérable". C'est ainsi également que l'appelle le Pape Serge i, lorsqu'en 701, il écrit à son abbé en lui demandant qu'il le fasse venir pour un certain temps à Rome afin de le consulter sur des questions d'intérêt universel. Après sa mort, ses écrits furent diffusés largement dans sa patrie et sur le continent européen. Le grand missionnaire d'Allemagne, l'évêque saint Boniface (+ 754), demanda plusieurs fois à l'archevêque d’York et à l'abbé de Wearmouth de faire transcrire certaines de ses œuvres et de les lui envoyer de sorte que lui-même et ses compagnons puissent aussi bénéficier de la lumière spirituelle qui en émanait. Un siècle plus tard, Notker le Bègue, abbé de Saint-Gall (+ 912), prenant acte de l'extraordinaire influence de Bède, le compara à un nouveau soleil que Dieu avait fait lever non de l'orient, mais de l'occident pour illuminer le monde*. Hormis l'emphase rhétorique, il est de fait que, à travers ses œuvres, Bède contribua de façon efficace à la construction d'une Europe chrétienne, dans laquelle les diverses populations et cultures se sont amalgamées, lui conférant une physionomie unitaire, inspirée par la foi chrétienne. Prions afin qu'aujourd'hui également, se trouvent des personnalités de la stature de Bède pour maintenir uni tout le continent; prions afin que nous soyons tous prêts à redécouvrir nos racines communes, pour être les bâtisseurs d'une Europe profondément humaine et authentiquement chrétienne.

    Benoît XVI, fin de sa catéchèse sur saint Bède, le 18 février 2009.

    * « Dieu, l'Ordonnateur des natures, qui a fait se lever le soleil de l'Orient au 4ème jour de la Création, lors du 6ème jour du monde a fait se lever Bède à l'Occident, tel un nouveau soleil pour illuminer la terre entière. »

  • Fête Dieu

    Préface de la messe « en certains diocèses » :

    Vere dignum et iustum est, æquum et salutáre,
    nos tibi semper et ubíque grátias ágere :
    Dómine, sancte Pater, omnípotens ætérne Deus :
    per Christum Dóminum nostrum.

    Il est vraiment juste et nécessaire,
    c’est notre devoir et c’est notre salut,
    de vous rendre grâces toujours et partout,
    Seigneur, Père saint, Dieu éternel et tout-puissant :
    par le Christ notre Seigneur.

    Qui, remótis carnálium victimárum (inánibus) umbris,
    corpus et sánguinem suum nobis in sacrifícium commendávit,
    ut in omni loco offerátur nómini tuo,
    quæ tibi sola complácuit, oblátio munda.

    Qui, écartant les (vains) symboles des bêtes immolées,
    nous a confié le sacrifice de sa chair et de son sang
    pour qu’en tout lieu soit faite à votre gloire
    l’offrande pure qui seule vous agrée.

    In hoc ígitur inscrutábilis sapiéntiæ et imménsæ caritátis mysterio,
    idípsum quod semel in Cruce perfécit, non cessat mirabíliter operári,
    ipse ófferens, ipse et oblátio.
    Et nos, unam secum hóstiam efféctos,
    ad sacrum invítat convívium,
    in quo ipse cibus noster súmitur,
    recólitur memória Passiónis eius,
    mens implétur grátia,
    et futúræ glóriæ nobis pignus datur.

    C’est ainsi qu’en ce mystère d’insondable sagesse et d’immense charité,
    ce qu’une fois il accomplit sur la croix, il ne cesse pas de l’opérer d’un manière admirable,
    étant lui-même celui qui offre et celui qui est offert.
    Et nous, qui lui sommes associés dans l’unité d’une même offrande,
    il nous convie à ce festin sacré où il se fait lui-même notre aliment,
    où se renouvelle le mémorial de sa passion,
    où l’âme se remplit de grâce
    et où nous est donné le gage de la gloire future.

    Et ídeo cum Angelis et Archángelis,
    cum Thronis et Dominatiónibus,
    cumque omni milítia cæléstis exércitus,
    hymnum glóriæ tuæ cánimus,
    sine fine dicéntes : Sanctus, Sanctus, Sanctus…

    C’est pourquoi, avec les Anges et les Archanges,
    avec les Trônes et les Dominations,
    avec la troupe entière de l’armée céleste,
    nous chantons une hymne à votre gloire,
    redisant sans fin…

  • Saint Grégoire VII

    Voici trois répons d’un office propre, cité par dom Guéranger. (On reconnaît notamment dans le deuxième les psaumes 79 et 44, et dans le troisième un autre verset du psaume 44.)

    ℟. Cernens juvenis sæculum peccatis inveteratum, nec inveniens ubi cor suum requiesceret, patrium solum reliquit: * Et ad partes Gallorum transiens, soli Deo sub Cluniacensi disciplina militare decrevit. ℣. Fide egressus est de terra sua, quærens civitatem cujus artifex et conditor Deus. * Et ad partes Gallorum transiens, soli Deo sub Cluniacensi disciplina militare decrevit.

    Dès sa jeunesse il vit que le monde était envieilli ans le péché ; ne trouvant pas où reposer son cœur, quitta le sol de sa patrie : Et ayant passé en France, il résolut d’embrasser le service de Dieu seul sous discipline de Cluny. Sous la conduite de la foi, il sortit de son pays, se mettant à la recherche de la cité dont Dieu est l’auteur et l’architecte. Et ayant passé en France, il résolut d’embrasser le service de Dieu seul sous discipline de Cluny.

    ℟. Vineam Domini exercituum, quam plantavit dextera ejus, exterminavit aper de silva, et singularis ferus depastus est eam: * Accingere gladio tuo super femur tuum, fidelissime. ℣. Si Angelos judicaturus ea, quanto magis sæcularia? * Accingere gladio tuo super femur tuum, fidelissime.

    Le sanglier de la forêt s’est rué sur la vigne qu’avait plantée la main du Seigneur des armées ; cette bête féroce l’a ravagée tout entière : Ceins ton glaive sur ta cuisse, ô gardien fidèle ! S’il t’appartient de juger jusqu’aux Anges même, combien plus les puissances du siècle ? Ceins ton glaive sur ta cuisse, ô gardien fidèle !

    ℟. Cum ultimi doloris luctam inchoasset beatus Gregorius, astantibus dixit: Nullos labores meos alicujus momenti facio: * In hoc solummodo confidens, quod semper dilexi justitiam et odivi iniquitatem. ℣. Et elevatis in cœlum oculis, ait: Illuc ascendam, et obnixis precibus Deo propitio vos committam. * In hoc solummodo confidens, quod semper dilexi justitiam, et odivi iniquitatem.

    Le bienheureux Grégoire étant arrivé à ses derniers moments, luttait avec la souffrance ; alors il dit aux assistants : Je ne fais aucun compte des labeurs que j’ai soufferts : Mon unique motif de confiance est d’avoir toujours aimé la justice et haï l’iniquité. Il éleva ensuite les yeux au ciel, et dit : C’est là que je veux monter, et par mes instantes prières je vous recommanderai au Dieu de bonté. Mon unique motif de confiance est d’avoir toujours aimé la justice et haï l’iniquité.

  • La miséricorde de Dieu

    On peut célébrer aujourd’hui encore la messe du 1er dimanche après la Pentecôte. Dans le missel du Barroux, il y a ce très beau commentaire de saint Maxime le Confesseur sur l’évangile (et l’épître) :

    Aimons-nous les uns les autres et nous serons aimés de Dieu ; soyons patients les uns avec les autres et il se montrera patient avec nos péchés. Ne rendons pas le mal pour le mal et nous ne recevrons pas ce que nous méritons pour nos péchés. Car nous obtenons le pardon de nos péchés en pardonnant à nos frères, et la miséricorde de Dieu est cachée dans la miséricorde envers le prochain.

  • Mendiants de Dieu

    Aujourd’hui on célèbre normalement la messe du 1er dimanche après la Pentecôte, empêché par la fête de la Saint Trinité. Ci après le commentaire de deux phrases de l’évangile de ce jour, par saint Augustin. C’était la lecture des matines d’hier commémorant le 1er dimanche, avant que ces commémorations soient supprimées (en 1960).

    Il y a deux œuvres de miséricorde qui délivrent les âmes et que le Seigneur nous propose brièvement dans l’Évangile : « Remettez et il vous sera remis, donnez et il vous sera donné. » Cette parole, « remettez et il vous sera remis » regarde le pardon des offenses ; cette autre, « donnez et il vous sera donné » regarde l’obligation de faire du bien au prochain.

    Pour ce qui concerne le pardon, d’une part, tu désires que ton péché te soit pardonné, et d’une autre part, tu as à pardonner à ton prochain. Et pour ce qui regarde le devoir de la bienfaisance, un mendiant te demande l’aumône, et tu es toi-même le mendiant de Dieu. Tous en effet, nous sommes, lorsque nous prions, les mendiants de Dieu ; nous nous tenons à la porte de ce père de famille grand et puissant, nous nous y prosternons, nous gémissons dans nos supplications, nous voulons recevoir un don : et ce don, c’est Dieu lui-même. Que te demande le mendiant ? Du pain. Et toi, que demandes-tu à Dieu, sinon le Christ qui a dit : « Je suis le pain vivant, qui suis descendu du ciel » ?

    Voulez-vous qu’il vous soit pardonné ? Pardonnez : « Remettez et il vous sera remis ». Voulez-vous recevoir ? « Donnez et l’on vous donnera. »

  • Fête de la Très Sainte Trinité

    L’idée d’une solennité spéciale en l’honneur de ce mystère, fondement de notre foi chrétienne, est belle, et le moment de sa célébration, à l’expiration du temps pascal, est heureusement choisi. On sentait comme le besoin de manifester toute notre reconnaissance à l’Auguste Triade, qui a daigné accomplir avec tant de miséricorde et tant d’honneur pour nous, l’œuvre de notre Rédemption. Pour l’amour de nous, le Père éternel a daigné nous donner comme hostie et victime d’expiation son Fils unique lui-même ; Jésus nous a aimés in finem, c’est-à-dire jusqu’à s’immoler lui-même pour nous ; l’Esprit Saint s’est donné à nous si intimement qu’il est appelé donum, le don, précisément parce qu’il nous atteste l’amour du Père et du Fils à notre égard.

    De plus, la révélation du dogme de la Très Sainte Trinité est un de ces secrets que les Hébreux avaient seulement entrevus mystérieusement, mais qui ne fut expressément révélé que dans la Nouvelle Loi. Il regarde la vie intime de Dieu ; or, les choses intimes ne se disent pas à tous, mais seulement aux amis. La connaissance de Dieu trine dans les Personnes et un dans son essence, marque le plus haut sommet de la science théologique et confère au peuple chrétien une perfection et une dignité si grandes qu’on peut bien dire qu’en ce dogme réside l’honneur, la gloire et le salut de l’Église. C’est donc fort à propos, après que l’Esprit Saint est venu instruire le troupeau des fidèles, les initiant à la possession intégrale de la vérité divine, que la famille chrétienne s’élève à la contemplation et à l’adoration in Spiritu et veritate de l’auguste Triade, qui constitue la fin première et essentielle de l’Incarnation du Sauveur et de la rédemption du monde.

    De même que, très opportunément, la fête de la sainte Trinité termine le cycle de la liturgie sotériologique, ainsi sommes-nous baptisés nous-mêmes avec l’invocation trinitaire, et dans la même invocation, répétée par le prêtre à notre lit de mort et près de notre cercueil, nous clôturons le cours de notre vie mortelle : « Proficiscere... de hoc mundo in nomine Dei Patris etc. » ; « insignitus est signaculo Sanctæ Trinitatis ».

    L’Église s’est inspirée de ces nobles motifs quand elle a institué la présente fête. Il est vrai que la liturgie catholique n’est qu’une hymne ininterrompue à la louange de l’auguste Trinité ; en sorte qu’une fête établie pour célébrer exclusivement et spécialement ce mystère semblerait presque l’abaisser au niveau d’une simple dévotion. Mais tel n’est pas le concept de la solennité de ce jour, laquelle n’est pas tant la fête de la Très Sainte Trinité que la confession annuelle et solennelle, humble et reconnaissante, du plus grand de tous les dogmes, du mystère principal de la foi catholique.

    Bienheureux cardinal Schuster

  • Une nouvelle paroisse en Nouvelle-Angleterre

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    La première paroisse dédiée à la messe traditionnelle en Nouvelle-Angleterre (les six Etats du nord-est des Etats-Unis) est fondée à Nashua, dans le sud du New Hampshire. C’est une paroisse personnelle confiée à la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre par l’évêque de Manchester, Mgr Peter A. Libasci. La première messe devrait être célébrée début août.

    « Depuis mon arrivée en 2011, dit Mgr Libaci, j’ai entendu parler de nombreux catholiques qui ont une profonde affection pour les formes liturgiques traditionnelles de l’ère d’avant Vatican II. Conformément à ce désir, je suis heureux d’annoncer l’ouverture de cette paroisse, dédiée à la forme extraordinaire de la messe, comme suggéré par le pape Benoît XVI dans sa lettre apostolique Summorum Pontificum, publiée Motu Proprio en 2007. La paroisse Saint-Stanislas, établie en 1908 pour la communauté polonaise de Nashua, a fusionné en 2002 avec la paroisse Saint-Louis de Gonzague. L’église est restée en service depuis lors comme chapelle de l’adoration eucharistique. Depuis 1999 elle est également le siège de la Banque alimentaire Corpus Christi. La Banque alimentaire, avec ses nombreux bénévoles, continuera d’offrir ses précieux services à ceux qui sont dans le besoin dans la région de Nashua. »

  • Samedi des quatre temps de Pentecôte

    Cáritas Dei diffúsa est in córdibus nostris, allelúia : per inhabitántem Spíritum ejus in nobis, allelúia, allelúia.

    Cette célèbre phrase de saint Paul, qui constitue l’introït de la messe de ce jour, est aussi la fin de l’épître, et aux laudes l’antienne du Benedictus, ici par les moines de Ligugé :


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    Dom Pius Parsch :

    « L’amour de Dieu a été versé dans nos cœurs, Alléluia, par le Saint-Esprit qui demeure en nous, Alléluia, Alléluia ». Cette belle parole de saint Paul est, pour ainsi dire, l’ite missa est de l’octave de la Pentecôte (Introït, Épître, Ant. Bened.). La liturgie résume ainsi tout ce qu’elle a à dire sur le Saint-Esprit. L’amour de Dieu est la filiation divine, la grâce sanctifiante, la gloire ; c’est la participation à la vie glorifiée du Christ. C’est l’essence de notre religion. Croître de plus en plus dans cet « amour de Dieu » est la tâche de notre vie, et le but de la sainte liturgie est de produire cet accroissement. « Répandu » est un mot de prédilection de la liturgie quand elle parle du Saint-Esprit (dans notre messe : diffusa, infunde, effundam). C’est donc le Saint-Esprit qui nous confère la grâce de la filiation divine ; mais, en même temps que la grâce, il vient lui-même et demeure en nous. Et c’est aussi, pour le temps qui vient, notre grande consolation et notre force : nous sommes les temples de l’Esprit du Christ. Ce sera la tâche et ce sera notre tâche, pendant le temps qui suit la Pentecôte, de parer ce temple.

  • Vendredi des quatre temps de Pentecôte

    La lecture de Joël (II, 23-27) est en relation avec le caractère de fête champêtre qu’avaient primitivement, selon la tradition romaine, les jeûnes des Quatre-Temps. Ceux d’été étaient comme une solennité d’action de grâces après la moisson, et c’est pourquoi, aujourd’hui et demain, sont assignés comme lectures les plus réconfortants passages bibliques, où le Seigneur, en récompense de la fidélité à observer la loi, promet la fertilité de la terre et l’abondance des moissons.

    Le saint Évangile nous montre aujourd’hui Jésus tout occupé à guérir les infirmités corporelles et spirituelles des Hébreux. Même dans ces miracles l’opération spéciale du Saint-Esprit est requise, puisque ce fut son feu divin qui enflamma d’amour pour nous le Cœur très saint de Jésus. En outre, les péchés du paralytique ne furent remis qu’au moyen de l’infusion de la grâce, ce qui exige l’œuvre de l’Esprit Saint.

    Le paralytique symbolise notre pauvre nature corrompue par le péché et par les passions. Elle a volontairement abdiqué sa liberté, liant ses facultés spirituelles par les attaches des vices et les rendant rigides, faute de s’en servir pour faire le bien. Les cœurs compatissants, c’est-à-dire les ministres de la divine miséricorde, sont représentés par ceux qui, d’une manière ou d’une autre, vont jusqu’à descendre du toit le malheureux paralytique avec tout son grabat d’habitudes mauvaises, et le présentent au bon Jésus puisqu’il est impuissant à se mouvoir de lui-même. Le Seigneur voit leur foi, et par égard pour eux, convertit et guérit le paralytique.

    Nous tous, donc, qui avons reçu du Saint-Esprit le ministère pastoral, nous ne devons jamais perdre courage, quelque désespérée que puisse sembler la position. Même si le paralytique n’a pas la foi, il suffit que le pasteur l’ait ; ayant épuisé tout autre moyen, il présente dans sa prière l’infirme à Jésus.

    Bienheureux cardinal Schuster (où l’on voit qu’il n’imaginait pas que des laïcs puissent lire son Année liturgique, plusieurs décennies pourtant après celle de dom Guéranger écrite explicitement pour les laïcs…)

  • Jeudi de Pentecôte

    La messe de ce jour est la même que celle du jour de la Pentecôte, en dehors des lectures. L’épître souligne que le diacre Philippe, en Samarie, guérit beaucoup d’infirmes, et délivre beaucoup de possédés d’esprits impurs qui sortent en poussant de grands cris.

    Déjà hier on lisait le passage des Actes des apôtres où l’on voit que de partout on amène des malades et des possédés aux endroits où saint Pierre doit passer à Jérusalem, « et ils étaient tous guéris » par l’ombre de saint Pierre.

    L’évangile de ce jour est également centré sur ce phénomène : « Jésus ayant assemblé les douze apôtres, leur donna puissance et autorité sur tous les démons, et le pouvoir de guérir les maladies. Puis il les envoya prêcher le royaume de Dieu et guérir les malades. (…) Étant donc partis, ils parcouraient les villages, annonçant l’Évangile et guérissant partout. »

    L’insistance est sur la guérison des possédés. Jésus donne pouvoir aux apôtres sur les démons, sur les mauvais esprits. Le choix de ces textes est évident : nous sommes dans la semaine de la Pentecôte, célébration du Saint Esprit. Le Saint Esprit est donné aux apôtres pour combattre les mauvais esprits. Il est d’une souveraine efficacité puisqu’il n’est pas seulement un esprit, il est Dieu. « Le Saint-Esprit est directement opposé à ces mauvais Esprits et peut les chasser par l’intermédiaire de ses instruments, les diacres et les prêtres consacrés que leur ordination a faits des “porteurs d’Esprit” » (Dom Pius Parsch).

    Ne pensons pas qu’il s’agit d’historie ancienne qui ne nous concerne plus, ou qui ne nous concerne pas parce que nous ne sommes pas possédés. Nous sommes tous en vérité sous la pression constante des mauvais esprits, et nous leur cédons tous les jours plus ou moins, et nous avons besoin du prêtre pour les chasser et avoir la force du Saint-Esprit pour continuer le combat contre eux : dans le sacrement de pénitence. Rapport direct avec les quatre temps d’une part, avec le fait, d’autre part, que ces quatre temps sont une préparation aux ordinations sacerdotales.

  • Mercredi des quatre temps de Pentecôte

    Commentaire de cette phrase de l’évangile du jour : « Personne ne peut venir à moi, à moins que le Père qui m’a envoyé ne le tire », par saint Augustin, traité 26 sur saint Jean (dans le bréviaire).

    Ne t’imagine pas que tu sois tiré malgré toi ; l’âme est tirée par l’amour aussi. Et nous ne devons pas craindre d’être repris peut-être, au sujet de cette parole évangélique des saintes Écritures, par des hommes qui pèsent à l’excès les paroles et qui sont loin de comprendre les choses, surtout celles de Dieu ; nous ne devons pas craindre que l’on nous dise : Comment puis-je croire par ma libre volonté si je suis tiré ? Moi je réponds : C’est peu dire : par la volonté, vous êtes même tiré par le plaisir. Qu’est-ce qu’être tiré par le plaisir ? « Mets tes délices dans le Seigneur, et il t’accordera ce que ton cœur demande » (Delectare in Domino, et dabit tibi petitiones cordis tui, psaume 36). Il existe une certaine volupté pour le cœur auquel est doux ce pain céleste. Or si un poète a pu dire : « Chacun est tiré par son plaisir » (Trahit sua quemque voluptas, Virgile, Bucoliques, 2, 65) ; remarquez, non par la nécessité, mais par la volupté ; non par le devoir, mais par la jouissance : à combien plus forte raison, devons-nous dire que celui-là est tiré vers le Christ, qui fait ses délices de la vérité, de la béatitude, de la justice, de la vie éternelle ; car le Christ est tout cela. Quoi ! Les sens du corps auraient leurs voluptés, et l’âme n’aurait point les siennes ? Si l’âme n’a point ses jouissances, comment expliquer ces paroles : « Les enfants des hommes espéreront à l’abri de vos ailes, ils seront enivrés de l’abondance de votre maison, et vous les abreuverez du torrent de ta volupté ; parce qu’en vous est une source de vie, et que dans votre lumière nous verrons la lumière ? » (Filii autem hominum in tegmine alarum tuarum sperabunt. Inebriabuntur ab ubertate domus tuæ, et torrente voluptatis tuæ potabis eos, quoniam apud te est fons vitæ, et in lumine tuo videbimus lumen, psaume 35).

    Donne-moi un cœur qui aime, il sent ce que je dis ; donne-moi un cœur qui désire, donne-moi un cœur qui ait faim, donne-moi un cœur qui se regarde comme exilé et voyageur dans ce désert, un cœur qui ait soif du ciel et qui soupire après la source de l’éternelle patrie ; donne-moi un tel cœur, il sait ce que je dis. Mais si je parle à un cœur froid, il ne comprend pas mon langage. Tels étaient les juifs qui murmuraient entre eux. « Celui, dit le Sauveur, que mon Père tire, vient à moi. » Mais que signifient ces paroles : « Celui que mon Père tire, » puisque le Christ lui-même tire ? Dans quelle intention le Sauveur s’est-il exprimé ainsi : « Celui que mon Père tire ? » Si nous devons être tirés, soyons-le par celui à qui une âme aimante disait : « Après toi nous courrons à l’odeur de tes parfums » (Trahe me, post te curremus in odorem unguentorum tuorum, Cantique des cantiques 1, 3). Considérons attentivement, mes frères, ce que le Sauveur veut nous faire entendre, et comprenons le dans la mesure de nos forces. Le Père tire vers le Fils ceux qui croient au Fils, par ce qu’ils sont persuadés qu’il a Dieu pour Père. Dieu le Père, en effet, a engendré un Fils égal à lui ; et l’homme qui reconnaît dans sa pensée que celui en qui il croit est égal au Père, qui possède dans sa foi le sentiment de cette vérité et qui la médite, le Père le tire vers son Fils.

  • Mardi de Pentecôte

    Accípite jucunditátem glóriæ vestræ, allelúia : grátias agéntes Deo, allelúia : qui vos ad cæléstia regna vocávit, allelúia, allelúia, allelúia.

    Recevez la joie de votre gloire, alléluia, rendant gloire à Dieu, alléluia, qui vous a appelés au royaume céleste, alléluia, alléluia.

    Cet introït a la particularité d’être le seul de l’année liturgique a provenir d’un texte apocryphe (mais qui a toujours été imprimé en appendice de la Vulgate) : le quatrième livre d’Esdras. Plus précisément du chapitre 2, verset 37 qui dit : « Commendatum donum accipite et jucundabimini gratias agentes ei qui vos ad cælestia regna vocavit. » On sait que l’antienne d’introït de la messe de Requiem vient aussi de IV Esdras (juste avant : 2,35) mais seulement pour l’expression « lux perpetua luceat eis » (le texte dit « lucebit vobis » : brillera pour vous), et que celle du premier dimanche après l’Epiphanie est inspirée en partie de IV Esdras, mais celle du mardi de la Pentecôte est la seule à être une citation quasi littérale d'un verset de ce livre (ou plus exactement des deux premiers chapitres, qui n’existent que dans la version latine).

    En voici une jolie paraphrase, par le Père Jean Croiset, dans ses "Exercices de piété pour tous les dimanches et les fêtes mobiles de l’année, contenant ce qu’il y a de plus instructif, et de plus intéressant dans ces jours-là", livre en plusieurs volumes publié "à Lyon, chez la veuve d’Antoine Boudet, rue Mercière, à la Croix d’ot", en 1721. (Le Père Croiset eut une importante correspondance avec sainte Marguerite-Marie – le « manuscrit d’Avignon » - et fut un ardent propagateur de la dévotion au Sacré Cœur, et il fut durement persécuté pour cela par ses supérieurs.) On notera que le P. Croiset appelle "les trois fêtes de la Pentecôte" les trois premiers jours de l'octave, qui étaient tous trois des fêtes de première classe.

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    Cet introït dans le Graduel prémontré de Bellelay (XIIe siècle):

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  • Lundi de Pentecôte

    ℟. Spíritus Sanctus, procédens a throno, Apostolórum péctora invisibíliter penetrávit novo sanctificatiónis signo : * Ut in ore eórum ómnium génera nasceréntur linguárum, allelúia.
    ℣. Advénit ignis divínus, non combúrens, sed illúminans, et tríbuit eis charísmatum dona. * Ut in ore eórum ómnium génera nasceréntur linguárum, allelúia.

    L’Esprit Saint procédant du Trône est entré invisiblement dans le cœur des apôtres en un signe de nouvelle sanctification, afin que naissent en leur bouche tous les genres de langues, alléluia. Est venu le feu divin, qui ne consume pas mais illumine, et il leur a conféré les dons des charismes, afin que naissent en leur bouche tous les genres de langues, alléluia.

    Ce répons des matines se trouve dans le bréviaire monastique dès le dimanche de Pentecôte, comme dernier répons du premier nocturne. On le retrouve ce lundi, et demain mardi (du moins avant 1955 - ou 1960 ? - si l’on suit les variations contemporaines), et encore jeudi. Ce répons est ancré dans la Sainte Ecriture, mais sa composition est entièrement originale. On ne trouve ses expressions nulle part ailleurs, à ma connaissance, sinon comme citations implicites dans des sermons postérieurs.

    On en retrouve les expressions dans un autre répons, qui est affecté au jeudi de Pentecôte dans le bréviaire romain, mais qui dans le bréviaire monastique est le premier répons du troisième nocturne le jour de la Pentecôte et les deux jours suivants.

    ℟. Advenit ignis divinus, non comburens, sed illuminans; non consumens, sed lucens: et invenit corda discipulorum receptacula munda: * Et tribuit eis charismatum dona, alleluia, alleluia.
    ℣.Invenit eos concordes caritate, et collustravit eos inundans gratia Deitatis. * Et tribuit eis charismatum dona, alleluia, alleluia.

    Est venu le feu divin, qui ne consume pas mais illumine, et il a trouvé dans les cœurs des disciples des réceptacles purs. Et il leur a conféré les dons des charismes, alléluia, alléluia. Il les a trouvés unis dans la charité, et il les a éclairés en les inondant de la grâce de la Divinité. Et il leur a conféré les dons des charismes, alléluia, alléluia.

  • Pentecôte

    Le verset du magnifique second alléluia de la messe, appel au Saint-Esprit, se chante à genoux, comme la première strophe de l'hymne Veni Creator (et comme les prières de la liturgie byzantine qu’on appelle précisément les « vêpres de la génuflexion » ou l’« office de l’agenouillement », le soir de ce dimanche – ou après la messe).

    Cet alléluia est suivi d’une séquence qui est une véritable séquence et en est donc indissociable : elle commence par les mêmes mots et le même motif mélodique.

    Les voici par les moines de Solesmes, sous la direction de dom Gajard, en 1958.


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    Allelúia. (Hic genuflectitur) ℣. Veni, Sancte Spíritus, reple tuórum corda fidélium : et tui amóris in eis ignem accénde.

    Allelúia. (On se met à genoux) ℣. Venez, Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles ; et allumez en eux le feu de votre amour.

    Veni, Sancte Spíritus,
    et emítte cǽlitus
    lucis tuæ rádium.

    Venez, ô Saint-Esprit,
    Et envoyez du ciel
    Un rayon de votre lumière.

    Veni, pater páuperum ;
    veni, dator múnerum ;
    veni, lumen córdium.

    Venez, père des pauvres,
    Venez, distributeur de tous dons,
    Venez, lumière des cœurs.

    Consolátor óptime,
    dulcis hospes ánimæ,
    dulce refrigérium.

    Consolateur suprême,
    Doux hôte de l’âme,
    Douceur rafraîchissante.

    In labóre réquies,
    in æstu tempéries,
    in fletu solácium.

    Repos dans le labeur,
    Calme, dans l’ardeur,
    Soulagement, dans les larmes.

    O lux beatíssima,
    reple cordis íntima
    tuórum fidélium.

    O lumière bienheureuse,
    Inondez jusqu’au plus intime,
    Le cœur de vos fidèles.

    Sine tuo númine
    nihil est in hómine,
    nihil est innóxium.

    Sans votre secours,
    Il n’est en l’homme, rien,
    Rien qui soit innocent.

    Lava quod est sórdidum,
    riga quod est áridum,
    sana quod est sáucium.

    Lavez ce qui est souillé,
    Arrosez ce qui est aride,
    Guérissez ce qui est blessé.

    Flecte quod est rígidum,
    fove quod est frígidum,
    rege quod est dévium.

    Pliez ce qui est raide,
    Échauffez ce qui est froid.
    Redressez ce qui dévie.

    Da tuis fidélibus,
    in te confidéntibus,
    sacrum septenárium.

    Donnez à vos fidèles,
    qui en vous se confient
    Les sept dons sacrés.

    Da virtútis méritum,
    da salútis éxitum,
    da perénne gáudium. Amen. Allelúia.

    Donnez-leur le mérite de la vertu,
    Donnez une fin heureuse,
    Donnez l’éternelle joie. Ainsi soit-il. Alléluia.

  • Le chant mozarabe

    Le blog New Liturgical Movement avait annoncé la célébration d'une messe dans le rite mozarabe à Rome le 6 mai (en la basilique Sainte-Croix de Jérusalem), puis en a rendu compte en images, puis vient d’en donner quatre chants.

    La liturgie mozarabe, ou visigothique, qui était celle des chrétiens qui survivaient dans l’Espagne musulmane, a failli disparaître complètement dans l’Espagne libérée en raison de l’hégémonie de la liturgie romaine de saint Pie V, puis de la dictature universelle montinienne. Elle a réussi néanmoins à subsister à la cathédrale de Tolède, où une chapelle lui est dédiée.

    C’est une liturgie latine, mais très spécifique, comme le savent bien les lecteurs de l’Année liturgique de dom Guéranger [petit exemple], avec un chant lui aussi très spécifique.

    L’écoute des chants publiés par New Liturgical Movement m’a donné l’idée de voir s’il y avait des enregistrements disponibles dans le commerce, et ce qu’il y avait sur Youtube. A ma grande surprise, alors qu’on trouve « tout » sur internet, il n’y a quasiment rien, en dehors des enregistrements des habituels (ou occasionnels) faussaires.

  • Vigile de la Pentecôte

    Le Sauveur déclare que le monde ne peut recevoir l’Esprit Saint, dans le même sens où il a été dit : « La prudence de la chair est ennemie de Dieu ; car elle n’est pas soumise à la loi et ne peut l’être » (Rom. 8,7). C’est comme si nous disions : L’injustice ne peut être la justice. Par ces mots « le monde », il désigne ici ceux qui sont pleins de l’amour du monde, amour qui ne vient pas du Père. C’est pourquoi, à l’amour de ce monde, que nous avons tant de peine à diminuer et à détruire en nous, est opposé « l’amour de Dieu, que répand dans nos cœurs l’Esprit Saint, qui nous a été donné » (Rom. 5,5). « Le monde ne peut donc recevoir cet Esprit, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît point » (Jn 14,17). L’amour mondain est dépourvu de ces yeux invisibles au moyen desquels on peut voir l’Esprit Saint, qui ne peut être vu que d’une manière invisible. « Mais vous, dit notre Seigneur, vous le connaîtrez, parce qu’il demeurera au milieu de vous et qu’il sera en vous » (Jn 14,17). Il sera en eux pour y demeurer ; il ne demeurera pas au milieu d’eux pour y être ; car le fait d’être en un lieu est antérieur à celui d’y demeurer. Mais afin que les disciples n’entendissent pas ces paroles : « Il demeurera au milieu de vous », d’un séjour visible, comme celui que fait d’ordinaire un hôte chez celui qui lui donne l’hospitalité, il a expliqué ces paroles : « Il demeurera au milieu de vous », en ajoutant : « Il sera en vous ».

    L’Esprit Saint se voit donc d’une manière invisible ; et s’il n’est pas en nous, nous ne pouvons en avoir la connaissance. C’est ainsi que nous voyons aussi en nous-mêmes notre propre conscience. Nous voyons bien le visage d’un autre, et nous ne pouvons voir le nôtre ; au contraire, nous voyons notre propre conscience, et nous ne voyons pas celle d’autrui. Mais notre conscience ne peut jamais exister qu’en nous-mêmes, tandis que l’Esprit Saint peut être sans nous. Il nous est donné afin qu’il soit aussi en nous ; et, s’il n’est point en nous, il nous est impossible de le voir, de le connaître, comme il doit être vu et connu.

    Saint Augustin, traité 74 sur saint Jean

  • Saint Robert Bellarmin

    La sainte Écriture nous avertit fréquemment de chercher Dieu avec soin. Car quoique Dieu ne soit pas loin de nous, puisque c'est en lui que nous avons l'être, le mouvement et la vie (Act. 17), nous sommes cependant nous-mêmes loin de Dieu : et à moins de préparer dans notre cœur des degrés pour former en quelque sorte une échelle qui nous élève au ciel; à moins de chercher Dieu avec une grande sollicitude, nous ne pouvons; comme l'enfant prodigue, que paître les pourceaux dans une région lointaine, loin de notre patrie et de notre Père céleste.

    Mais pour expliquer en peu de mots comment il se fait que Dieu ne soit pas loin de nous, tandis que nous sommes très loin de lui, nous disons que Dieu n'est pas loin de nous, parce qu'il nous voit sans cesse, que tout est présent à ses yeux; parce qu'il pense continuellement à nous, et qu'il en prend soin (I. Petr. 5); parce qu'il nous touche continuellement, étant celui qui soutient tout par la puissance de sa parole (Hebr. 1. 3). Mais nous sommes très éloignés de Dieu, parce que nous ne le voyons pas et qu'il nous est impossible de le voir, puisqu'il habite une lumière inaccessible ( I. Tim. 6) ; parce que nous ne sommes pas capables de former de nous-mêmes aucune bonne pensée de Dieu (II Cor. 3). Encore moins pouvons-nous l'approcher par de pieuses affections, et nous attacher à lui, s'il ne nous admet, et si sa droite ne nous attire. Ainsi David, après avoir dit à Dieu : Mon âme s'est attachée à vous, ajoute aussitôt: Votre droite m'a soutenu (Ps. 62. 8). Nous sommes très éloignés de Dieu, non seulement en ce que nous ne pouvons ni le voir, ni penser facilement à !lui, ni nous y attacher par affection, mais encore parce qu'occupés des biens temporels, qui nous environnent et nous obsèdent de toutes parts, nous oublions facilement Dieu; et à peine notre langue prononce-t-elle son saint nom dans les Psaumes et les autres prières, tandis que le cœur ne ressent rien. C'est pour éviter ce malheur que l'Esprit Saint dans l'Écriture, comme nous l'avons dit, nous exhorte si souvent à chercher Dieu : Quaerite Deum, et vivet anima vestra (Ps. 68). Cherchez la face sans cesse, ajoute le Prophète royal. Le Seigneur est bon à ceux qui espèrent en lui, il est bon à l’âme qui le cherche dit Jérémie (Lam.3.25). Cherchez le Seigneur pendant qu'on peut le trouver, ajoute un autre prophète (Is. 55. 6); mais cherchez-le dans la simplicité de votre cœur, vous dit le Sage (Sap. 1). Lorsque vous chercherez le Seigneur votre Dieu, vous le trouverez , disait Moise , pourvu toutefois que vous le cherchiez de tout votre cœur (Deut. 4. 29).

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  • Saints Nérée, Achille, Domitille et Pancrace

    Nérée et Achillée sont deux martyrs du cimetière de Domitille, sur la voie Ardéatine ; à l’occasion de leur natale saint Grégoire le Grand prononça, près de leur tombeau, une de ses belles homélies sur l’Évangile, qu’on récite aujourd’hui encore dans le Bréviaire. Quant à Domitille, elle serait la fondatrice du cimetière des Flavii, bien que De Rossi ait démontré qu’on doit distinguer deux personnes du nom de Flavia Domitilla. L’une est la femme du consul Flavius démens, cousin de Domitien, reléguée pour la foi dans l’île Pandataria, en face des Marais-Pontins ; l’autre est la petite-fille de la première Domitille ; elle fut exilée dans l’île de Ponza, et, au IVe siècle, sainte Paule alla vénérer le lieu où, au dire de saint Jérôme, longum duxit martyrium. (…) Voici l’inscription damasienne [du pape saint Damase] qui existait jadis sur le tombeau des saints Nérée et Achillée :

    NEREVS ET ACHILLEVS MARTYRES
    MILITIAE • NOMEN • DEDERANT • SAEVVMQVE • GEREBANT
    OFFICIVM • PARITER • SPECTANTES • IVSSA • TYRAMNI
    PRAECEPTIS • PVLSANTE • METV • SERVIRE • PARATI
    MIRA • FIDES • RERVM • SVBITO • POSVERE • FVROREM
    CONVERSI • FVGIVNT • DVCIS • IMPIA • CASTRA • RELINQVVNT
    PROIICIVNT • CLYPEOS • PHALERAS • TELAQVE • CRVENTA
    CONFESSI • GAVDENT • CHRISTI • PORTARE • TRIVMPHOS
    CREDITE • PER • DAMASVM • POSSIT • QVID • GLORIA • CHRISTI

    Achille.jpgNérée et Achillée martyrs s’étaient inscrits à la milice, et exerçaient cette fonction cruelle d’exécuter les ordres du tyran, parce que la terreur les y contraignait. Miracle de la foi ! Ils déposent à l’instant leur fureur, se convertissent, abandonnent le camp de leur chef criminel, jettent dehors les boucliers, les colliers, les flèches ensanglantées et, confessant la foi du Christ, ils se réjouissent de rendre témoignage à son triomphe. Apprenez maintenant de Damase ce que peut faire la gloire du Christ.

    Dans leur basilique sépulcrale sur l’Ardéatine, se trouvent encore les fragments des petites colonnes de marbre qui soutenaient jadis le tegurium ou baldaquin érigé sur l’autel. Sur l’une d’elles est sculpté le martyre d’Achillée : ACILLEVS, et l’on voit un personnage, les mains liées derrière les épaules, qui reçoit du bourreau le coup fatal.

    Bienheureux cardinal Schuster

  • Saint Philippe et saint Jacques

    Dom Pius Parsch :

    Cette messe a été composée pour la dédicace de l’Église des Apôtres. Elle tient compte en partie des circonstances extérieures du moment. La ville de Rome avait été arrachée par Narsès au pouvoir du roi des Goths, Totila. Les malheurs de l’invasion et la joie qui suivit la délivrance trouvent leur écho dans l’Introït.

    Cet introït par le chœur de la cathédrale Saint-Rombaut de Malines, sous la direction de Flor Peeters (1958).


    podcast

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    Et la touchante antienne de communion:


    podcast

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  • Saint Antonin

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    Ces lignes sont du P. Amable Bonnefons, de la Compagnie de Jésus, dans « Les fleurs des vies des saints en abrégé, et leur doctrine en maximes : avec des réflexions Spirituelles et Morales sur leurs plus belles Actions », 1721. Tout à ses considérations morales, le bon père oublie de signaler que saint Antonin est un personnage clef du couvent San Marco de Florence. Quand le couvent fut confié aux dominicains, c’est lui qui en fut le prieur et qui, sous l’impulsion de Cosme de Médicis, le reconstruisit, et dirigea la décoration des cellules confiée à son ami et disciple Fra Angelico.

    Le cardinal Schuster expose quant à lui sobrement :

    Le plus bel éloge de cet évêque de Florence (+ 1453) gloire éclatante de l’Ordre des Prêcheurs, fut prononcé par les ambassadeurs de sa ville le jour où, reçus en audience par Eugène IV, ils lui demandèrent diverses faveurs pour quelques personnes auxquelles ils s’intéressaient. Le Pontife ajouta alors : « Et n’avez-vous pas quelque recommandation à faire pour votre archevêque ? » — « Très Saint-Père, répondirent les messagers, l’archevêque se recommande de lui-même. » Tant s’imposait la sainteté de cet homme qui, dans la ville joyeuse et insouciante de Florence, à l’époque où la fausse renaissance ouvrait déjà la voie au paganisme classique, offrait l’exemple d’un zèle pastoral ardent, joint à l’amour de l’étude et des vertus claustrales les plus austères.

  • Saint Grégoire de Nazianze

    Monarque immuable des cieux, inspire-moi pour célébrer ta gloire.

    Dieu puissant, maître souverain, à toi seul les hymnes et les cantiques ;
    à toi qu'environnent les chœurs des anges, à toi qui vis dans l'éternité.

    Ta main puissante a semé dans l'espace et ce soleil qui nous éclaire,
    et le pâle flambeau des nuits, et ces astres scintillants qui parent la voûte céleste.

    Si l'homme, auguste créature, a pu reconnaître son Dieu,
    s'il a la raison en partage, c'est à ta bonté qu'il le doit.

    Créateur de tous les êtres,
    tu assignas à chacun d'eux la place qu'il occupe,
    ta providence veille encore sur eux.
    Tu dis une parole et le monde fut.

    Ton Verbe est digne des mêmes hommages.
    C'est lui qui disposa tout cet univers, il en est le maître suprême.

    Mais cependant, embrassant tout de sa puissance,
    l'Esprit Saint conserve et gouverne l'œuvre de la pensée divine.

    O Trinité vivante, c'est toi que je chanterai,
    seul monarque de tous les êtres,
    nature immuable, éternelle, nature dont la substance
    ne saurait être exprimée par le langage des mortels.

    Ta sagesse échappe à tout entendement humain,
    ta force incessante règne dans les cieux,
    tu n'a pas eu de commencement, et tu n'auras jamais de fin.

    Quel œil fixerait ta splendeur ineffable,
    toi dont les yeux sont ouverts sur tout,
    toi dont on ne saurait éviter les regards tant sur la terre
    qu'au sein des abîmes de la mer ?

    O mon père, ô mon Dieu ! Sois-moi propice.
    Fais que toujours, je t'en conjure, j’adore la Trinité Sainte.
    Délivre-moi de mes péchés,
    purifie mon âme,
    éclaire mon intelligence,
    préserve-moi des pensées mauvaises,
    afin que ta divinité soit le seul objet de mes louanges,
    et que j'élève vers toi mes mains pures
    afin qu'à deux genoux je glorifie le Christ,
    le suppliant de recevoir son serviteur
    lorsqu'il viendra brillant de gloire juger en maître les humains.

    O mon père ! Sois-moi propice ! Miséricorde !
    Qu'un malheureux obtienne grâce devant toi,
    parce qu'à toi seul bénédiction et gloire dans l'immuable éternité.

    Hymne à Dieu, extrait de Choix de poésies religieuses de saint Grégoire de Nazianze, Synesius, saint Clément, etc., publié par G.-B. Darolles, 1839

  • Dimanche après l’Ascension

    Notre Sauveur, mes très chers frères, est monté au ciel, ne nous troublons donc pas sur la terre. Que nos pensées soient là où il est, et ici-bas ce sera le repos. Montons maintenant avec le Christ par le cœur ; lorsque son jour promis sera venu, nous le suivrons aussi de corps.

    Cependant, mes frères, nous devons savoir que ni l’orgueil, ni l’avarice, ni la luxure ne s’élèvent avec le Christ ; aucun de nos vices ne s’élève avec notre médecin. Et c’est pourquoi si nous voulons suivre le médecin dans son ascension, nous devons déposer le fardeau de nos vices et de nos péchés. Ils nous chargent, pour ainsi dire, tous de chaînes, ils s’efforcent de nous retenir captifs dans les filets de nos fautes : c’est pourquoi avec le secours de Dieu, et comme le dit le Psalmiste : « Rompons leurs liens », afin qu’en toute sécurité nous puissions dire au Seigneur : « Vous avez rompu mes liens, c’est à vous que je sacrifierai une hostie de louange. »

    La résurrection du Seigneur est notre espérance ; l’ascension du Seigneur, notre glorification. Si donc nous célébrons l’ascension du Seigneur avec droiture, avec fidélité, avec dévotion, avec sainteté et avec piété, montons avec lui et tenons en haut nos cœurs.

    Mais, en montant, gardons-nous de nous enorgueillir et de présumer de nos mérites, comme s’ils nous étaient propres. Nous devons tenir nos cœurs en haut attachés au Seigneur ; car le cœur en haut, mais non auprès du Seigneur, c’est l’orgueil ; le cœur en haut près du Seigneur, c’est le refuge. Voici, mes frères, un fait surprenant : Dieu est élevé, tu t’élèves et il fuit loin de toi ; tu t’humilies et il descend vers toi. Pourquoi cela ? C’est que « le Seigneur est élevé, et il regarde ce qui est bas, et ce qui est haut, c’est de loin qu’il le connaît ». Il regarde de près ce qui est humble, pour l’attirer à lui, et il regarde de loin ce qui s’élève, c’est-à-dire les superbes, pour les abaisser.

    Le Christ est ressuscité pour nous donner l’espérance, car tout homme qui meurt ressuscite ; et il nous a donné cette assurance, afin qu’en mourant nous ne désespérions pas et que nous ne pensions pas que notre vie finit dans la mort. Nous étions dans l’anxiété au sujet de notre âme elle-même, et le Sauveur, en ressuscitant, nous a donné la foi en la résurrection de la chair.

    Crois donc, afin d’être purifié. Il te faut d’abord croire, afin de mériter par ta foi de voir Dieu un jour. Veux-tu voir Dieu ? Écoute-le lui-même : « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu ». Pense donc avant tout à purifier ton cœur ; enlève tout ce que tu y vois qui puisse déplaire à Dieu.

    Saint Augustin

  • Saint Stanislas

    Stanislas était polonais, il naquit à Cracovie de parents nobles et pieux qui l’obtinrent de Dieu par leurs prières après une stérilité de trente années. Il donna dès son enfance des indices de sa sainteté future. Dans son adolescence, il s’appliqua avec ardeur aux études libérales et fit de grands progrès dans la science des saints Canons et de la théologie. Ses parents étant morts, il distribua aux pauvres son patrimoine, qui était considérable ; il désirait embrasser la vie monastique, mais la providence de Dieu voulut que Lampert, Évêque de Cracovie, le fît chanoine et prédicateur de son Église ; et plus tard, il succéda, quoique malgré lui, à ce Prélat. Dans l’accomplissement des devoirs de sa charge, il se distingua par l’éclat de toutes les vertus pastorales, et particulièrement par sa grande charité envers les pauvres.

    Boleslas était alors roi de Pologne, Stanislas tomba dans la disgrâce de ce prince pour l’avoir repris publiquement de son libertinage, qui était connu de tous. C’est pourquoi le roi suscita des calomniateurs qui, dans une assemblée solennelle du royaume, appelèrent Stanislas en justice devant lui, comme possesseur illégitime d’une terre qu’il avait achetée au nom de son Église. Comme l’Évêque ne pouvait prouver son innocence par les pièces nécessaires, et que les témoins craignaient de dire la vérité, il s’engagea à faire comparaître, trois jours après, devant les juges, celui qui lui avait vendu la propriété : cet homme, appelé Pierre, était mort depuis trois ans. On accepte avec risée la proposition : l’homme de Dieu passe ces trois jours entiers dans le jeûne et la prière ; et au jour marqué, après avoir offert le sacrifice de la Messe, il ordonne à Pierre de sortir du tombeau. Le mort est aussitôt rendu à la vie, il suit l’Évêque au tribunal royal, et là, en présence du roi et de l’assemblée frappés de stupeur, il dépose avoir vendu la terre dont il s’agissait, et en avoir reçu le prix convenu des mains de l’Évêque. Après avoir rendu ce témoignage, il s’endormit de nouveau dans le Seigneur.

    Mais Boleslas ne profitant pas des fréquents avertissements de Stanislas, ce prélat le sépara enfin de la communion des fidèles. Dans la fureur de son ressentiment, le prince envoya dans l'église des soldats avec l'ordre d'égorger le saint évêque; trois fois ils tentèrent de consommer le crime, trois fois une force divine et invisible les repoussa. Le roi impie s'y rendit lui-même, et massacra de sa propre main le pontife de Dieu, au moment où il offrait à l'autel la victime sans tache. Son corps, haché en morceaux et jeté dans la campagne, fut défendu miraculeusement par des aigles contre les bêtes sauvages. Quand la nuit fut arrivée, les chanoines de Cracovie vinrent recueillir, à la faveur d'une lumière céleste, ces membres dispersés, et ils les rétablirent dans leur place naturelle. Chose admirable ! ces membres disjoints se réunirent tout à coup les uns aux autres, et il ne resta même aucune cicatrice de blessures. Dieu manifesta encore la sainteté de son serviteur après sa mort par beaucoup d'autres miracles, qui décidèrent le pape Innocent IV à le mettre au nombre des Saints.

    Bréviaire

  • Vendredi après l’Ascension

    On retrouve aux matines de ce jour les deux premiers répons des matines de l’Ascension. On peut remarquer qu’ils sont très différents. Le premier est constitué de trois versets de l’épître, un peu élagués mais reprenant très exactement les expressions du texte sacré – l’histoire même de l’Ascension, selon la Vulgate. Alors que le deuxième est une composition inspirée de Ecclésiastique 43,1 et psaume 67,35 et de Ecclésiastique 46,15 et psaume 9,8 – soigneusement mixés et à grand peine repérables (le verset venant quant à lui clairement du psaume 18). Celui-ci est donc vraisemblablement plus ancien que celui-là.

    En voici les textes, et notés tels qu’ils figurent dans le codex 388 de Saint-Gall (antiphonaire monastique du XIIe siècle), et dans l’antiphonaire de Saint-Lambrecht (autour de 1400), avec les lettrines indiquant le premier répons.

    ℟. Post passionem suam per dies quadraginta apparens eis, et loquens de regno Dei, alleluia: * Et videntibus illis elevatus est, alleluia: et nubes suscepit eum ab oculis eorum, alleluia.
    ℣. Et convescens praecepit eis, ab Ierosolymis ne discederent, sed exspectarent promissionem Patris.
    ℟. Et videntibus illis elevatus est, alleluia: et nubes suscepit eum ab oculis eorum, alleluia.

    Après sa passion il leur apparut pendant quarante jours, leur parlant du royaume de Dieu, alléluia : Puis, eux le voyant, il s’éleva, alléluia, et une nuée le déroba à leurs yeux, alléluia. Mangeant avec eux, il leur commanda de ne pas s’éloigner de Jérusalem, mais d’attendre la promesse du Père. Puis, eux le voyant, il s’éleva, alléluia, et une nuée le déroba à leurs yeux, alléluia.

    ℟. Omnis pulchritudo Domini exaltata est super sidera : species ejus in nubibus caeli, et nomen ejus in æternum permanet, alleluia.
    ℣. A summo caelo egressio ejus, et occursus ejus usque ad summum ejus.
    ℟. Species ejus in nubibus caeli, et nomen ejus in æternum permanet, alleluia.

    Toute la beauté du Seigneur a été exaltée au-dessus des astres: Son éclat est dans les nuées du ciel, et son nom demeure éternellement, alléluia. A l’extrémité du ciel est sa sortie, et le terme de sa course à son extrémité. Son éclat est dans les nuées du ciel, et son nom demeure éternellement, alléluia.

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  • Ascension du Seigneur

    La magnifique antienne d’offertoire de la messe, par les moines de Solesmes en 1955 (on peut entendre tous les chants propres de cette messe ici). Description parfaite de la jubilation intérieure, de la joie contemplative éternelle.

    Ascéndit Deus in jubilatióne, et Dóminus in voce tubæ, allelúia.

    Il monte, Dieu, au milieu des cris de joie, et le Seigneur au son de la trompette, alléluia.


    podcast

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  • Vigile de l’Ascension

    L’antique liturgie romaine considérait, à juste titre, qu’elle ne pouvait pas avoir d’aspect pénitentiel entre Pâques et la Pentecôte. C’est pourquoi il fallut plus de trois siècles pour que l’étrange innovation gauloise des Rogations soit acceptée dans la capitale de la chrétienté, et à la condition expresse qu’elle soit dépouillée de son jeûne (qui lui était pourtant consubstantiel et sur lequel insistait davantage encore la liturgie mozarabe).

    De même, l’antique liturgie romaine n’avait pas de vigile de l’Ascension, puisque la vigile est la préparation à une fête, et a donc fatalement un aspect pénitentiel. Toutefois une messe de la vigile de l’Ascension s’imposa à Rome avant les Rogations, et le troisième jour des Rogations ne put jamais primer la vigile de l’Ascension – dépourvue de tout caractère pénitentiel, célébrée en blanc.

    Cette messe de la vigile reprend les chants du dimanche précédent. Seules les lectures sont originales, et elles ont été remarquablement choisies, comme le souligne dom Pius Parsch :

    Elles ont été très heureusement choisies et nous offrent deux belles images de l’Ascension. La première image est une entrée triomphale au ciel ; le divin vainqueur de la mort et de l’enfer s’avance vers le ciel, chargé d’un riche butin, et là il partage son butin ; ce sont les dons spirituels qu’il communique à son Église. Ces dons sont les charismes, les grâces d’état pour la construction du corps mystique du Christ, c’est-à-dire l’Église (épitre).

    La seconde image est, si possible, plus belle encore : le Fils rentre dans la maison paternelle ; maintenant, il frappe à la porte et demande l’entrée (le rétablissement dans sa gloire) pour lui et pour l’humanité rachetée. C’est une pensée délicate de la liturgie de mettre dans la bouche du Sauveur, à la porte du ciel, la prière sacerdotale (évangile).

  • Mardi des Rogations

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    Nous voici rassemblés une fois encore pour célébrer les Rogations et je remercie les CPCR de nous offrir le cadre de cette célébration.

    Depuis le V° siècle, l’Eglise a pris l’habitude de consacrer tous les ans trois jours consécutifs au jeûne et à la prière pour les fruits de la terre. C’est une manière pour nous de reconnaître la Seigneurie de Dieu sur la Création et de dire qu’elle est dans cette création la juste place de l’homme. La liturgie est une catéchèse, la liturgie est une école de vie. Aujourd’hui, elle nous rappelle que Dieu est le Maître de la création parce qu’il en est l’auteur et parce que par sa Providence il en assure l’ordre et le maintien.

    Comme les lectures de cette messe viennent de nous le rappeler, l’homme n’est que le gérant de la création et il n’y trouve sa place de façon harmonieuse que dans le respect des lois de la nature. La liberté de l’homme trouve sa juste place dans l’espace aménagé par le respect de ces lois. L’homme n’est pas au-dessus de la nature, il ne peut en modifier les règles. Il est un des éléments d’un ordonnancement qui le dépasse et si Dieu lui a confié la gérance de la création c’est pour qu’il la gouverne dans le respect des règles établies par le Créateur. Son intelligence lui permet de découvrir ces règles. La raison éclairée par la foi lui permet de connaître ces règles pour en tirer le meilleur parti. Ainsi, le grain qui tombe dans la bonne terre donne du fruit à raison de cent ou soixante ou trente pour un, tandis que celui qui tombe dans les ronces est étouffé. C’est la loi de la nature dont on ne peut pas s’abstraire mais qu’il faut connaître et aimer. Le cantique de l’offertoire nous le rappellera. Ceux qui vivent au contact de la terre le savent. La terre nous enseigne…la terre ne ment pas.

    Ce qui est vrai pour la nature extérieure à l’homme est vrai aussi pour l’homme lui-même, pour la nature humaine. Lorsque les lois humaines prétendent s’affranchir de la loi naturelle, alors c’est le règne de l’arbitraire qui commence, avec tout ce que cela comporte d’injustice, d’iniquité, de chaos !

    L’homme est créé à l’image de Dieu et il trouve son bonheur quand il cultive la ressemblance avec son divin modèle. Quand il prétend se faire l’égal de Dieu et dicter ses propres lois, c’est une tragédie qui commence. La Bible nous rappelle quelques-unes de ces tragédies : le péché originel, Sodome et Gomorrhe, la Tour de Babel. Et le démon est toujours prêt à nous suggérer de nouvelles aventures qui nous conduiront vers de nouvelles tragédies.

    Pendant cette messe, nous demanderons au Seigneur de faire de nous de bons gérants de la création, de bons intendants de la nature humaine, toujours soucieux de bien connaître la loi naturelle pour qu’elle soit le véritable espace de liberté dans lequel nos vies pourront se développer dans l’harmonie.

    Mais l’homme n’est pas seulement le gérant de la création ; il en est aussi le Prêtre. C’est à lui qu’il appartient de présenter à Dieu les fruits de la terre et de son travail pour que Dieu les transforme en source de grâce. C’est à lui qu’il appartient d’assumer la louange silencieuse qui monte de la terre pour la présenter au Seigneur d’une manière rationnelle. C’est à lui qu’il appartient d’intercéder pour le monde animé et inanimé. C’est à lui qu’il appartient de rendre gloire à Dieu pour la beauté de l’ordre créé qui se découvre à son intelligence émerveillée pour l’heureuse alternance des saisons qui donne sa fécondité à la terre, pour le don de la vie qui ouvre un avenir. Et c’est tout le sens de la procession de ce jour.

    Ce rôle de prêtre, l’homme ne l’assume pas tout seul : Il l’assume dans la communion des saints. Et c’est la raison pour laquelle nous avons demandé leur intercession en chantant leurs litanies. Il l’assume en Eglise et c’est la raison pour laquelle nous sommes tous là aujourd’hui : évêque, prêtres, religieux, religieuses, Peuple fidèle. Il l’assume dans le Christ Jésus vrai Dieu et vrai homme et c’est la raison pour laquelle les prières des Rogations trouvent leur place dans les trois jours qui précèdent la fête de l’Ascension où Jésus introduit notre humanité auprès du Père. Alors que Jésus s’apprête à s’élever au-dessus de la terre pour retourner au Père dont il est venu, nous voulons le charger de toutes nos intentions de prière pour qu’il les lui présente.

    Nous voulons lui demander de ne pas oublier la terre sur laquelle il a vécu, l’humanité qu’il a voulu partager. Nous voulons lui dire avec le Bon Larron : « Seigneur, souviens-toi de nous quand tu viendras dans ton Royaume ! »

    Voilà, Frères et Sœurs, les quelques réflexions que nous inspire aujourd’hui la célébration des Rogations. Intériorisons-les dans le silence, faisons-les nôtres afin que notre existence soit conforme à notre prière et que notre façon de vivre soit en harmonie avec notre façon de célébrer. Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

    Mgr Raymond Centène, évêque de Vannes, Rogations 2013 (à Notre-Dame de Fatima, Bieuzy-Lanvaux).

  • La messe à la réserve indienne

    « Quand l’Eglise est venue dans notre réserve en 1884, dit un ancien, il était vraiment facile pour les Indiens d’être catholiques. Il y avait tellement de choses qui étaient naturelles pour nous. Comme le prêtre priant vers l’est : nous priions vers l’est bien avant l’arrivée des Robes Noires. Dans les années 60, l’Eglise a changé, et beaucoup de gens ont quitté l’Eglise parce qu’ils ressentaient que l’Eglise leur avait menti. On leur avait dit que c’était important, que cela faisait partie du divin, et tout à coup ça n’avait plus d’importance du tout. Notre peuple a ressenti qu’on lui avait menti, comme l’homme blanc l’avait fait si souvent auparavant. »

    En 2015, un couple de « coordinateurs de la vie paroissiale » s’est installé dans cette réserve où il n’y avait plus de prêtre à plein temps mais qui est toujours la Mission Saint-Paul. Le prêtre avec qui ces coordinateurs étaient en relation est un jeune prêtre ordonné il y a un an et demi, le P. Garrett Nelson. Avec quatre autres jeunes prêtres du diocèse, il a constitué une sorte de fraternité informelle dont le ciment est l’amour de la liturgie traditionnelle. C’est le P. Nelson qui a demandé aux coordinateurs s’il pourrait célébrer la messe de saint Pie V à la réserve. Ce fut une messe de Requiem. Qui fit forte impression sur les Indiens.

    L’objectif est désormais d’avoir la messe tous les dimanches dans la réserve. La messe de 1884, célébrée vers l’est.

    Mais le P. Nelson, outre sa « responsabilité pastorale spéciale » à la Mission Saint-Paul, est vicaire de trois paroisses et a d’autres responsabilités dans trois autres églises de ce très vaste diocèse du Montana…

    (Rorate Caeli)

  • Lundi des Rogations

    Il est commandé en un autre endroit de prier sans cesse, non seulement durant le jour, mais même la nuit. Vous voyez, en effet, que cet homme qui alla trouver son ami au milieu de la nuit, lui demandant trois pains, et persistant à les demander, ne fut pas privé de l’objet de sa prière. Que signifient ces trois pains, si ce n’est l’aliment des célestes mystères ? Si vous aimez le Seigneur votre Dieu, vous pourrez mériter ses dons non seulement pour vous, mais encore pour les autres. Qui est plus notre ami que celui qui a livré son corps pour nous ? C’est à cet ami que David, au milieu de la nuit, a demandé ces pains, et il les a reçus. Car il les demandait, quand il disait : « Au milieu de la nuit je me levais pour vous louer ; » c’est pourquoi il a mérité ces pains qu’il nous a présentés pour nous en nourrir. Il les demanda encore, lorsqu’il dit : « Je laverai chaque nuit mon lit de mes pleurs. » Il ne craignait pas d’interrompre le sommeil de celui qu’il sait veiller toujours. Aussi, nous souvenant de ces paroles des Écritures, implorons le pardon de nos péchés en persévérant jour et nuit dans la prière. Car si un homme aussi saint que David, occupé du gouvernement de tout un royaume, louait Dieu sept fois le jour, et était appliqué sans cesse à lui offrir les sacrifices du matin et du soir, que nous faut-il faire, nous qui devons prier d’autant plus que nous défaillons plus souvent, à cause de la fragilité de la chair et de l’esprit ; nous qui, las de la route et fatigués cruellement par notre course en ce monde et par les détours de cette vie, devons prier afin que le pain qui refait ne puisse nous manquer, lui qui fortifie le cœur de l’homme. Ce n’est pas seulement au milieu de la nuit que le Seigneur nous apprend qu’il faut veiller, mais à tous les instants pour ainsi dire. En effet il vient et le soir, et à la seconde et à la troisième veille, et il a coutume de frapper à la porte. « Heureux les serviteurs que le Seigneur, quand il viendra, trouvera veillant ! »

    Saint Ambroise, commentaire de l’évangile selon saint Luc, lecture des matines avant 1960.

  • Ad cenam Agni providi

    L’hymne des vêpres au temps pascal, chanté par des maîtres de chœur, à Fontevraud, le 23 juillet 1989, sous la direction de Dom Le Feuvre.
    podcast

     Ad cenam Agni próvidi,
    Et stolis albis cándidi,
    Post tránsitum maris Rubri
    Christo canámus Príncipi.

    Invités au repas de l’Agneau,
    revêtus de nos robes blanches,
    après avoir passé la mer rouge,
    chantons au Christ notre Chef.

    Cujus corpus sanctíssimum
    In ara crucis tórridum,
    Cruóre ejus róseo
    Gustándo vívimus Deo.

    En goûtant sa chair toute sainte
    brulée sur l’autel de la Croix,
    en goûtant le vin de son sang,
    nous vivons de la vie de Dieu.

    Protécti Paschæ véspere
    A devastánte Angelo,
    Erépti de duríssimo
    Pharaónis império.

    Protégés au soir de la Pâque
    contre l’Ange exterminateur,
    nous avons été arrachés
    au dur pouvoir de Pharaon.

    Jam pascha nostrum Christus est,
    Qui immolátus agnus est :
    Sinceritátis ázyma
    Caro eius obláta est.

    C’est le Christ qui est notre Pâque,
    qui est l’agneau immolé ;
    azyme de sincérité,
    c’est sa chair qui est livrée.

    O vere digna hóstia,
    Per quam fracta sunt tártara,
    Redémpta plebs captiváta,
    Réddita vitæ prǽmia.

    O victime vraiment digne
    brisant la porte des enfers :
    le peuple captif est racheté,
    les biens de la vie sont rendus.

    Consúrgit Christus túmulo,
    Victor redit de bárathro,
    Tyránnum trudens vínculo
    Et Paradísum réserans.

    Le Christ se lève de la tombe ;
    il revient de l’abîme en vainqueur,
    poussant le tyran enchaîné,
    rouvrant l’entrée du Paradis.

    Quǽsumus, Auctor ómnium,
    In hoc pascháli gáudio,
    Ab omni mortis ímpetu
    Tuum defénde pópulum.

    Nous vous prions, Auteur de toute chose,
    en cette joie pascale
    de tout assaut de la mort
    défendez votre peuple.

    Glória tibi Dómine,
    Qui surrexísti a mórtuis,
    Cum Patre et almo Spíritu,
    In sempitérna sǽcula. Amen.

    Gloire à Vous, Seigneur,
    ressuscité d’entre les morts ;
    avec le Père et l’Esprit bienfaisant,
    dans les siècles éternels.
    Ainsi soit-il.