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Liturgie

  • Troisième dimanche après l’Epiphanie

    La réforme de 1960 a curieusement inventé un « temps de Noël » (tempus natalicium) allant du 25 décembre au 13 janvier, et dans ce temps de Noël un « temps de Noël proprement dit » (tempus Nativitatis) et un « temps de l’Epiphanie ». Et à partir du 14, c’est  le temps « per annum ». Mais dans ce temps per annum on a laissé les dimanches « après l’Epiphanie ». Ce qui montre le caractère absurde de cette réforme qui pue le bureaucrate (sans doute pour suivre la logique du fait que l'office est en effet « per annum »). Traditionnellement, le temps de Noël s’achève le 2 février, avec la fête de la Purification ou de la Présentation, qui est en quelque sorte la dernière épiphanie. Et cela est, ou était, souligné par le fait que c’est ce jour-là qu’on démonte la crèche.

    Et dom Guéranger de souligner :

    La coutume de célébrer par quarante jours de fête ou de mémoire spéciale la solennité de la Naissance du Sauveur, est fondée sur le saint Évangile lui-même, qui nous apprend que la très pure Marie, après quarante jours passés dans la contemplation du doux fruit de sa glorieuse maternité, se rendit au Temple pour y accomplir, dans une humilité parfaite, tout ce que la loi prescrivait au commun des femmes d’Israël, quand elles étaient devenues mères. La commémoration de la Purification de Marie est donc indissolublement liée à celle de la Naissance même du Sauveur.

    Dom Pius Parsch a bien vu que la liturgie de ce dimanche continue de célébrer l’Epiphanie :

    La journée d’aujourd’hui reste complètement sous l’influence du mystère de l’Épiphanie. Dans les paroles et les chants de l’Église, nous voyons apparaître tes trois principaux personnages ou groupes qui prennent part à la visite royale. L’Introït les signale brièvement : « Adorez le Seigneur ; vous tous qui êtes ses anges, Sion a entendu sa voix et s’est réjouie ; les filles de Juda ont été dans l’allégresse, le Seigneur est Roi... » Le Christ-Roi, Sion, c’est-à-dire l’Église, les filles de Juda qui représentent les enfants de l’Eglise, voilà ce dont parle le texte liturgique.

    Le Christ-Roi occupe tout d’abord la pensée de la liturgie, aujourd’hui ; dès l’Introït, nous voyons rayonner l’éclat de la majesté du Seigneur entouré de ses anges et acclamé par les enfants de l’Église. Le psaume 96, qui est le cantique principal de la journée, nous décrit le Seigneur dans la beauté terrible d’un orage. C’est un effroi pour les pécheurs, mais une « joie » et une « lumière » pour les « justes ». Nous voyons par là que la liturgie se préoccupe de marquer la grandeur de l’hôte illustre qui vient visiter sa ville. C’est encore ce Roi divin que chante le Graduel : « Les Gentils craindront ton nom, Seigneur, et tous les rois de la terre connaîtront ta gloire, le Seigneur a rebâti Sion et il y paraîtra dans sa gloire. » Ce sont là de vraies pensées d’Épiphanie. Le Grand Roi est le constructeur de Sion, il y fait sa visite solennelle et tous les rois de la terre, ainsi que les Gentils viennent lui rendre hommage. Et que fait-il dans sa ville ? La liturgie fait ressortir qu’il y étend « le bras de sa Majesté » pour protéger les siens (Or., Ev., Off.). Il exerce dans sa ville des actes de bienfaisance. — Alors son aspect se transforme et le Grand Roi qui est descendu de la montagne (céleste) » devient le Fils de l’Homme, le Sauveur qui touche le paralytique et le guérit, qui reçoit amicalement le centurion et guérit son serviteur.

    On lira la suite sur Introïbo. Dom Pius Parsch dit aussi :

    Pécheurs et païens. C’est dans ces deux mots que nous renfermerons le contenu principal du troisième dimanche après l’Épiphanie.

    Les pécheurs sont représentés par le lépreux, qui nous a appris ce que nous devons dire en allant communier. Et les païens par le centurion. Mais ce sont aussi les juifs et les gentils : les bergers et les mages. Ces bergers qui restaient la nuit avec les troupeaux et dont on nous dit qu’ils étaient méprisés, presque comme des lépreux ; et les mages, dont l’Enfant Jésus aurait pu dire comme du centurion, s’il avait sur parler : « Amen, je vous le dis, je n’ai pas trouvé une telle foi en Israël. » En outre c'est une épiphanie en ce sens que ces deux miracles sont les premiers que raconte saint Matthieu, comme celui des Noces de Cana est le premier que raconte saint Jean.

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  • Saint Timothée

    D'avance choisi par notre Dieu et devenu disciple de saint Paul, tu fus initié aux choses divines; ayant excellé par ta vie et gardé sans fléchir la foi jusqu'au sang, tu devins un fidèle pontife de Dieu, saint apôtre Timothée; pour avoir dénoncé le culte des idoles comme folie, abattu à coups de pierres et de massues, tu as reçu la couronne des Martyrs. Bienheureux, intercède pour nous qui célébrons avec foi ta mémoire sacrée.

    *

    Ce flambeau des croyants, l'apôtre qui s'est distingué dans l'annonce de l'Evangile, Timothée, venez, tous les peuples, chantons-le en disant: Réjouis-toi, charmant rejeton de la foi qui fus comme un fils pour saint Paul; réjouis-toi, vénérable modérateur des vertus, très-sage bouche du Verbe divin; réjouis-toi, divine flûte l'ayant annoncé au monde entier, réjouis-toi, colonne de la foi où l'Eglise a trouvé son appui.

    *

    Ce brillant soleil que fut saint Paul t'envoya comme un rayon lumineux, bienheureux apôtre Timothée, pour éclairer l'univers d'abondante clarté, afin de nous conduire et de nous affermir. Ayant chéri avec ardeur le sommet de tes aspirations et ayant mené par amour une vie conforme à ton désir, tu es parti contempler sans fin l'objet de ton amour et t'emplir de sa vision.

    (Extraits de la liturgie byzantine, au 22 janvier)

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  • Saint Raymond de Pegnafort

    Grande Raymundi celebrate nomen,
    Praesules, Reges, populique terra :
    Cujus aeternae fuit universis
    Cura salutis.

    Prélats, Princes, peuples de la terre, célébrez le nom illustre de Raymond, de cet homme qui eut à cœur le salut éternel de tous.

    Quidquid est alta pietate mirum
    Exhibet purus, niveusque morum :
    Omne virtutum rutilare cernis
    Lumen in illo.

    Ce qu’offre de plus admirable une piété profonde apparaît dans la pureté sans tache [niveus : de neige] de ses mœurs ; la lumière de toutes les vertus éclate en sa personne.

    Sparsa Summorum monumenta Patrum
    Colligit mira studiosus arte :
    Quaeque sunt prisci sacra digna cedro
    Dogmata juris.

    D’une main habile et studieuse, il recueille les Décrets épars des Souverains Pontifes, et les sentences du Droit antique dignes d’être conservées [digna cedro : expression qui désignait des textes qui méritent d’être conservés, donc d’être écrits sur des parchemins frottés d’huile de cèdre qui les rend imputrescibles].

    Doctus infidum solidare pontum,
    Currit invectus stadio patenti:
    Veste componens baculoque cymbam,
    Aequora calcat.

    Sous ses pas, les flots inconstants deviennent solides; il parcourt, sans navire, un espace immense : son manteau et son bâton sont la barque sur laquelle il traverse la mer. [cymba : en grec c’est ce qui est creux : la coque d’un bateau ou un bol ; en latin c’est une barque, et chez les poètes c’est la barque de Charon qui fait traverser le Styx…]

    Da, Deus, nobis sine labe mores,
    Da vitae tutum sine clade cursum,
    Da perennalis sine fine vitae
    Tangere portum. Amen.

    Donnez-nous, ô Dieu, la pureté des mœurs [sine labe : sans tache] ; donnez-nous de passer, sans désastre, le cours de notre vie; donnez-nous de toucher le port de la vie éternelle. Amen.

    (Bréviaire dominicain.)

    N.B. La graphie française traditionnelle est Pegnafort. En espagnol c’est Peñafort. En catalan, or il était catalan, c’est Penyafort.]

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  • Saint Vincent

    Saint Vincent est le patron des vignerons. Cela vient de l’étymologie populaire (ou plutôt du jeu de mots) Vincent = vin-sang : le vin qui devient le sang du Christ.

    Dom Guéranger :

    Une ancienne tradition, dans la chrétienté, assigne à saint Vincent le patronage sur les travaux de la vigne et sur ceux qui les exercent. Cette idée est heureuse, et nous rappelle mystérieusement la part que le Diacre prend au divin Sacrifice. C’est lui qui verse dans le calice ce vin qui bientôt va devenir le sang du Christ. Il y a peu de jours, nous assistions au festin de Cana : le Christ nous y offrait son divin breuvage, le vin de son amour ; aujourd’hui, il nous le présente de nouveau, par la main de Vincent. Pour se rendre digne d’un si haut ministère, le saint Diacre a fait ses preuves, en mêlant son propre sang, comme un vin généreux, dans la coupe qui contient le prix du salut du monde. Ainsi se vérifie la parole de l’Apôtre, qui nous dit que les Saints accomplissent dans leur chair, par le mérite de leurs souffrances, quelque chose qui manquait, non à l’efficacité, mais à la plénitude du Sacrifice du Christ dont ils sont les membres.

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    Voir le site de la « Saint Vincent tournante » 2015 en Bourgogne, « sur le chemin des moines ».

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  • Sainte Agnès

    Animemur ad agonem
    Recolentes passionem
    Gloriosae virginis

    Animons-nous à la lutte, en célébrant la Passion d’une vierge glorieuse.

    Contrectantes sacrum florem
    Respiremus ad odorem
    Respersae dulcedinis

    En touchant la fleur sacrée, respirons les parfums de suavité qu’elle exhale.

    Pulchra, prudens et illustris
    Jam duobus Agnes lustris
    Addebat triennium

    Belle, prudente et d’illustre race, déjà Agnès à deux premiers lustres avait ajouté trois ans.

    Proles amat hanc praefecti
    Sed ad ejus virgo flecti
    Respuit arbitrium

    Aimée du fils du Préfet, la vierge à ses désirs résiste avec courage.

    Mira vis fidei
    Mira virginitas
    Mira virginei
    Cordis integritas

    Merveilleuse force de la foi! Merveilleuse virginité ! Merveilleuse intégrité d’un cœur virginal !

    Sic Dei Filius
    Nutu mirabili,
    Se mirabilius
    Prodit in fragili

    Ainsi le Fils de Dieu, par un conseil admirable, se montre plus admirable dans un instrument fragile.

    Languet amans cubat lecto
    Languor notus fit praefecto
    Maturat remedia

    L’amant languit sur sa couche de souffrance ; la cause de cette langueur est connue du Préfet, qui s’empresse d’y chercher remède.

    Offert multa spondet plura
    Periturus peritura
    Sed vilescunt omnia

    Il offre beaucoup, promet plus encore de choses périssables, périssable qu’il est; mais tout cela est vil aux yeux de la vierge.

    Nudam prostituit
    Praeses flagitiis
    Quam Christus induit
    Comarum fimbriis
    Stolaque coelesti

    Le Préfet la fait exposer nue dans un lieu infâme ; mais le Christ la revêt du voile de sa chevelure et d’un vêtement céleste.

    Coelestis nuntius
    Assistit propius
    Cella libidinis
    Fit locus luminis
    Turbantur incesti

    Un messager d’en haut veille à ses côtés ; l’antre du crime devient un séjour de lumière; la terreur s’empare des débauchés.

    Caecus amans indignatur
    Et irrumpens praefocatur
    A maligno spiritu

    L’aveugle amant s’irrite ; il s’élance, et tombe étouffé par l’esprit malin.

    Luget pater lugent cuncti
    Roma flevit pro defuncti
    Juvenis interitu

    Le père pleure, tout pleure : Rome a pleuré aux funérailles du jeune mort.

    Suscitatur ab Agnete
    Turba fremit indiscrete
    Rogum parant virgini

    Agnès le rend à la vie : la foule frémit confusément, et cependant on prépare pour la vierge un bûcher.

    Rogus ardens reos urit
    In furentes flamma furit
    Dans honorem numini

    Mais les flammes brûlent les impies; elles tourmentent les bourreaux furieux, et rendent hommage au grand Dieu.

    Grates agens Salvatori
    Guttur offert haec lictori
    Nec ad horam timet mori
    Puritatis conscia

    Agnès, au Seigneur rendant grâces, présente son cou au licteur; tranquille sur sa pureté, elle ne craint pas de mourir sur l’heure.

    Agnes Agni salutaris
    Stans ad dextram gloriaris
    Et parentes consolaris
    Invitans ad gaudia

    Debout à la droite de l’Agneau du salut, tu es glorieuse, Agnès ! tu viens consoler tes parents ; tu les invites aux réjouissances.

    Ne te flerent ut defunctam
    Jam coelesti Sponso junctam
    His sub agni forma suam
    Revelavit atque tuam
    Virginalem gloria

    Qu’ils cessent de pleurer ta mort, maintenant que tu es unie à l’Époux céleste. Apparaissant sous la forme d’un agneau, il leur révèle sa gloire, et les honneurs de ta virginité.

    Nos ab Agno salutari
    Non permitte separari
    Cui te totam consecrasti
    Cujus ope tu curasti
    Nobilem Constantiam

    Ne permets pas que jamais nous soyons séparés de cet Agneau salutaire, à qui tu t’es consacrée tout entière, et par la puissance duquel tu guéris la noble Constantia.

    Vas electum vas honoris
    Incorrupti flos odoris
    Angelorum grata choris
    Honestatis et pudoris
    Forman praebes saeculo

    Vase élu, vase d’honneur, fleur d’incorruptible parfum, bien-aimée des chœurs des Anges, tu donnes au monde un exemple de noblesse et de pudeur.

    Palma fruens triumphali
    Flore vernans virginali
    Nos indignos speciali
    Fac sanctorum generali
    Vel subscribi titulo. Amen.

    Toi, ornée de la palme triomphale, couronnée des fleurs de la virginité : nous, indignes d’une récompense spéciale, fais-nous du moins inscrire sur les fastes communs des saints. Amen.

    Séquence d’Adam de Saint-Victor (traduction de l’Année liturgique)

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  • Saints Fabien, pape, et Sébastien, martyrs

    Sebastiani Martyris,
    Concivis almi, supplices
    Diem sacratam vocibus
    Canamus omnes debitis.

    En ce jour dédié à l’honneur de Sébastien Martyr, notre concitoyen illustre, rendons-lui gloire dans nos chants unanimes.

    Athleta Christi nobilis,
    Ardens amore praelii,
    Linquit tepentem patriam,
    Pugnamque Romae festinat.

    Ce noble athlète du Christ, plein de l’ardeur du combat, abandonne sa patrie, qui pour lui a moins de dangers, et vient dans Rome affronter la lutte.

    Hic cultor alti dogmatis,
    Virtute plenus coelica,
    Idola damnans, inclyti
    Trophaea sperat martyris.

    C’est là que, sectateur d’une doctrine sublime, repoussant l’idolâtrie, il aspire aux trophées d’un glorieux martyre.

    Loris revinctus plurimis;
    Qua stipes ingens tollitur,
    Vibrata tela suscipit
    Umbone nudo pectoris.

    Des nœuds multipliés l’enchaînent au tronc d’un arbre; c’est là que sa poitrine, comme un bouclier suspendu, sert de but aux traits des archers.

    Fit silva corpus ferrea;
    Sed aere mens constantior
    Ut molle ferrum despicit :
    Ferrum precatur, saeviat.

    Les flèches se réunissent sur son corps comme une forêt ; mais son âme, plus ferme que l’airain, insulte à la mollesse du fer, et demande à ce fer d’être plus meurtrier.

    Manantis unda sanguinis
    Exsangue corpus nunciat;
    Sed casta nocte Femina
    Plagas tumentes recreat.

    A voir le sang qui baigne le corps du Martyr, on croirait qu’il a expiré ; mais une chaste femme est venue panser ces plaies enflammées.

    Coeleste robur militi
    Adacta praebent vulnera;
    Rursum tyrannum provocans,
    Exspirat inter vulnera.

    Ces blessures profondes inspirent un courage céleste au soldat du Christ ; il va provoquer encore le tyran, et bientôt il expire sous les coups meurtriers.

    Nunc coeli in arce considens,
    Bellator o fortissime,
    Luem fugando, civium
    Tuere clemens corpora.

    Maintenant, assis dans les hauteurs du ciel, vaillant guerrier ! éloignez la peste, et gardez même les corps de vos concitoyens.

    Patri, simulque Filio,
    Tibique, Sancte Spiritus,
    Sicut fuit, sit jugiter
    Saeclum per omne gloria. Amen.

    Au Père, au Fils, et à vous, Esprit-Saint, comme toujours, soit à jamais gloire dans tous les siècles. Amen.

    Hymne du bréviaire ambrosien (in L’année liturgique)

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  • Saints Marius, Marthe, Audifax et Abachus

    Le groupe de martyrs persans, le mari, la femme et leurs deux fils, qui reposent maintenant en partie dans la diaconie de Saint-Adrien, et en partie dans le titre de Sainte-Praxède, appartient originairement au douzième mille de la voie Cornelia, ad nymphas Catabassi. Leurs Actes semblent avoir subi de graves interpolations et leur fête, ignorée des anciens sacramentaires romains, se trouve pour la première fois dans un calendrier Vatican du XIIe siècle. Il faut probablement chercher la raison de ce silence dans le fait que, avant Paschal Ier, ces martyrs, ensevelis dans une propriété très éloignée de Rome, n’étaient pas considérés comme romains, en sorte que la Ville n’avait aucune raison de célébrer leur natale. Il est fort vraisemblable que la première insertion de cette solennité dans le calendrier romain aura eu pour cause la translation de leurs corps à Sainte-Praxède.

    La messe a une saveur d’antiquité et révèle une période d’excellent goût liturgique.

    L’antienne d’introït est tirée du psaume 67 et annonce le refrigerium ou banquet céleste que Dieu prépare à ses martyrs, c’est-à-dire à ceux qui, pour son amour, ont supporté en ce monde la faim et la soif de justice, et ont été opprimés en haine du nom du Christ : « Les justes s’assoient au banquet et jubilent en présence de Dieu, et gaiement ils se réjouiront. » PS. 67 : « Que Dieu se lève, et que soient dispersés ses ennemis ; et que fuient devant lui ceux qui le haïssent. Gloire, etc. »

    Dans les collectes suivantes, comme en beaucoup d’autres antiques oraisons, à la différence du goût plus moderne qui préfère résumer en quelques mots, dans la collecte, toute la biographie d’un saint, les martyrs de ce jour ne sont pas même nommés ; la raison en est que les anciens, sans s’arrêter par trop aux détails, aimaient les grandes synthèses théologiques, ne séparant jamais l’individu de la société entière des saints et de Jésus-Christ, source première et centre de toute sainteté. Prière. « Écoutez, Seigneur, les prières de votre peuple, qui y ajoute le patronage de vos saints, afin que vous nous accordiez de goûter la paix de la vie présente et d’obtenir aussi la grâce de la vie éternelle. Par notre Seigneur, etc. »

    Bienheureux cardinal Schuster

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  • Deuxième dimanche après l’Epiphanie

    L’évangile est celui des Noces de Cana, troisième mystère de l’Epiphanie. Voici ce que dit, précisément sur ce thème, le P. André Feuillet, dans son livre “Jésus et sa Mère”.

    Ce qui pousse avant tout Marie à formuler alors sa demande de miracle, c’est que, sachant par sa foi que Jésus est le Messie et le Fils de Dieu, elle devine que le moment est enfin venu pour lui de manifester sa présence dans le monde, et come Messie et comme Fils de Dieu : la théophanie qui avait accompagné le baptême de Jésus dans le Jourdain, le ministère même du précurseur ne faisaient-ils pas regarder cette manifestation messianique comme imminente ? Comment l’intuition maternelle de Marie ne l’eût-elle pas deviné? Une mère est liée de façon extraordinaire a son enfant, et elle se montre toujours extrêmement attentive a tout ce qui intéresse la vie et la destinée de son enfant.

    Au caractère messianique de la demande de Marie correspond la manière dont Jésus opère le prodige, car il lui donne très nettement le caractère d’une manifestation messianique. C’est la un confirmatur de notre interprétation de la requête de Marie. A juste titre on s’est étonné de l’énorme quantité du vin miraculeux : de cinq a sept hectolitres ! Ce trait serait vraiment incompréhensible si Jésus n’avait voulu que subvenir aux nécessités des gens de la noce. Comme l’observe Lagrange, « la quantité est considérable et dépasse de beaucoup l’usage présentement en vue ». Comme dans le récit parallèle de la multiplication des pains (6, 11-13), il faut voir ici dans la surabondance un symbole de « la somptuosité des temps messianiques... C’est le signe... Voici que s’accomplit le symbolisme vétérotestamentaire du vin, selon lequel, à l’époque messianique, les montagnes suintent le vin et les collines le moût (Am 9, 13-14 ; Jl 2, 23-24 ;-4, 18).

    Ce n’est certes pas pour elle-même que Marie a réclamé une manifestation messianique, sa foi n’en a nul besoin. Mais c’est pour ces premiers disciples que Jésus a emmenés avec lui à Cana et dont les convictions sont encore bien chancelantes. Quand Jésus eut opéré le prodige, l’évangéliste note que « ses disciples crurent en lui ». Il se garde bien de dire que Marie, elle aussi, crut en lui. Par contre, ce qu’il nous suggère fortement, c’est que la foi de Marie, qui selon saint Luc est au point de départ de la réalisation du mystère de l’Incarnation, se trouve ici au point de départ du ministère public de Jésus et de la foi chrétienne : Marie a cru avant tous les disciples, et sa foi a même provoqué le signe qui a conduit les disciples à la foi.

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  • Saint Antoine

    Etant retourné dans la montagne la plus reculée où il avait coutume de demeurer, Antoine tomba malade quelques mois après. Ayant appelé deux solitaires qui demeuraient avec lui depuis quinze ans et qui le servaient à cause de sa vieillesse, il leur dit : Je vois que le Seigneur m’appelle à lui et ainsi je vais, comme il est écrit, entrer dans le chemin de mes pères. Continuez votre abstinence ordinaire. Ne perdez pas malheureusement le fruit des saints exercices auxquels vous avez employé tant d’années. Mais, comme si vous ne faisiez que commencer, efforcez-vous de demeurer dans votre ferveur ordinaire. Vous savez quelles sont les embûches des démons. Vous connaissez leur cruauté et vous n’ignorez pas aussi leur faiblesse. Ne les craignez donc point, mais croyez en Jésus-Christ et ne respirez jamais autre chose que le désir de le servir. Vivez comme si vous deviez mourir chaque jour. Veillez sur vous-mêmes, et souvenez-vous de toutes les instructions que je vous ai données. N’ayez jamais de communication avec les schismatiques, ni avec les hérétiques ariens, puisque vous savez combien je les ai toujours abhorrés à cause de leur détestable hérésie, par laquelle ils combattent Jésus-Christ et sa doctrine. Travaillez de tout votre pouvoir pour vous unir premièrement à lui, puis aux saints, afin qu’après votre mort ils vous reçoivent, comme étant de leurs amis et de leurs connaissances, dans les tabernacles éternels. Gravez ces choses dans votre esprit. Gravez-les dans votre cœur. Et si vous voulez témoigner que vous m’aimez et que vous vous souvenez de moi comme de votre père, ne souffrez pas que l’on porte mon corps en Egypte, de peur qu’ils ne le gardent dans leurs maisons ; car c’est pour cela que je suis retourné dans cette montagne et vous savez comment j’ai toujours repris ceux qui font ainsi ; je les ai exhortés à abolir cette mauvaise coutume. Ensevelissez-moi donc, et couvrez-moi de terre ; et afin que vous ne puissiez manquer de suivre mon intention, faites en sorte que personne d’autre que vous ne sache le lieu où sera mon corps, que je recevrai incorruptible de la main de mon Sauveur lors de la résurrection. Quant à mes habits, distribuez-les ainsi : Donnez à l’évêque Athanase l’une de mes tuniques et le manteau que j’ai reçu de lui tout neuf, et que je lui rends usé. Donnez mon autre unique à l’évêque Sérapion et gardez pour vous mon cilice. Adieu, mes chers enfants, Antoine s’en va et n’est plus avec vous.

    Lorsqu’il eut achevé ses paroles, ses disciples le baisèrent et il étendit les pieds. Et comme s’il avait vu ses amis venir au devant de lui et le combler de joie, tant il y avait de gaieté sur son visage, il rendit l’esprit et fut mis avec ses pères. Ses disciples, selon qu’il l’avait ordonné, l’emportèrent de là, l’ensevelirent et l’enterrèrent, sans que jusqu’à présent nul autre qu’eux n’en connaisse le lieu. Ceux qui reçurent les deux tuniques et le manteau tout usé du bienheureux Antoine les conservèrent comme des choses de très grand prix, parce qu’il semble, en les voyant, qu’on le voit lui-même. On ne saurait les porter sans en avoir de la joie parce qu’en en étant revêtu, on croit l’être aussi de ses saintes pensées.

    Vie de saint Antoine (ch. 32), par saint Athanase, traduction Arnaud d’Andilly, 1733.

    *

    Dans les diocèses de l'ouest, c'est la fête de l'apparition de Notre Dame à Pontmain, dont c'est le 144e anniversaire.

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  • Pionniers

    Les diacres québécois Alexandre Marchand et Jacques Breton, de la Fraternité sacerdotale Saint Pierre, seront ordonnés prêtres le 13 juin prochain. Par Mgr Terrence Prendergast, archevêque d’Ottawa.

    Ce sera semble-t-il la première fois que des Québécois seront ordonnés selon la forme antique du rite romain depuis la révolution liturgique.

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  • Saint Marcel

    VERIDICVS • RECTOR • LAPSOS • QVIA • CRIMINA • FLERE
    PRAEDIXIT • MISERIS • FVIT - OMNIBVS • HOSTIS • AMARVS
    HINC • FVROR • HINC • ODIVM • SEQUITVR • DISCORDIA • LITES
    SEDITIO • CAEDES • SOLVVNTVR • FOEDERA • PACIS
    CRIMEN • OB • ALTERIVS • CHRISTVM • QVI • IN • PACE • NEGAVIT
    FINIBVS • EXPVLSVS • PATRIAE • EST • FERITATE • TYRAMNI
    HAEC • BREVITER • DAMASVS • VOLVIT • COMPERTA • REFERRE
    MARCELLI • VT • POPVLVS • MERITVM • COGNOSCERE • POSSIT

    Parce que, en vrai Pasteur, il avait ordonné aux pécheurs de pleurer leurs fautes,
    Il fut considéré par tous les méchants comme un adversaire
    D’où la fureur, la haine, la discorde, la querelle, plein de fiel.
    La sédition, les massacres ; le lien de la concorde fut brisé
    Par les artifices iniques de quelqu’un qui, au temps même de la paix, avait renié le Christ.
    (Le Pasteur) fut expulsé du sol paternel par la cruauté du tyran.
    Damase, à qui tout cela est parfaitement connu, a voulu le rapporter succinctement,
    Afin que le peuple connaisse le mérite de Marcel.

    Cette épigraphe du pape saint Damase sur son prédécesseur colle assez mal avec la pittoresque légende de saint Marcel telle qu’elle est dans les bréviaires (encore que ce ne soit pas totalement incompatible). Ce que l’on comprend de cette épigraphe est que saint Marcel admettait que ceux qui avaient renié leur foi pendant une persécution puissent être absous, et que cela suscitait la fureur des donatistes, qui fomentèrent des émeutes (il en sera de même avec Eusèbe, le pape suivant). L’empereur Maxence prit prétexte des émeutes pour bannir les chefs des deux factions, qui moururent en exil.

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  • Saint Paul premier ermite

    Le 15 Janvier, mémoire de notre vénérable Père Paul de Thèbes. Si les portes de Thèbes sont chose splendide, combien plus admirable est l'illustre saint Paul lorsque, le quinze, ce fils de la Thébaïde des portes de la vie jusqu'au ciel prend son vol !

    (Liturgie byzantine, synaxaire)

    *

    Lorsque, par divine inspiration, tu laissas sagement les soucis de la vie  et t'avanças vers les peines de l'ascèse, alors tu atteignis dans la joie les inaccessibles déserts, enflammé par l'amour du Seigneur; et, dévastant les passions par ta persévérance dans le bien, tu vécus comme un Ange, Père saint.

    Dès ta jeunesse, Père saint, ayant abandonné toute société humaine, tu atteignis, le premier, le désert absolu, surpassant tout solitaire, saint Paul, et tout le temps de ta vie tu demeuras inconnu; mais Antoine, sur l'ordre de Dieu, comme un trésor caché te découvrit, et te rendit célèbre dans tout l'univers.

    Menant sur terre, saint Paul, ton extraordinaire vie, tu habitas avec les fauves et fus servi par un oiseau, vénérable Père, sur l'ordre de Dieu; et lorsqu'il vit cela, lorsqu'Antoine le Grand te trouva, il fut rempli d'étonnement et ne cessa de magnifier la divine Providence, le Maître de l'univers.

    (Liturgie byzantine, lucernaire)

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  • Saint Hilaire

    Adorabilem, populi, beatissimi Hilarii antistitis festivitatem solemniter recurrentem, cujus lingua in saeculo pro sanctae Trinitatis aequalitate sic tonuit, ut hujus mundi Principem miles Christi prosterneret, et in coelestis Regis aula victor intraret, Dominum votis uberioribus deprecemur, ut qui eum inter diversas acies ita fecit esse sollicitum, ut redderet inter bella securum, nobis concedere dignetur, ut quod in ejus honore deposcimus, eo suffragante consequi mereamur.

    Supplions, ô peuples, l’adorable Seigneur, dans l’abondance de nos vœux, en ce retour solennel de la fête du très heureux pontife Hilaire, dont la bouche a tonné au milieu du monde, pour l’égalité des trois divines personnes, avec tant de force, que ce soldat du Christ a renversé le Prince de ce siècle, et est entré vainqueur au palais du Roi céleste. Demandons à Celui qui l’a rendu chef vigilant de ses armées, et calme au milieu des combats, qu’il daigne nous faire la grâce d’obtenir, par le suffrage d’Hilaire, ce que nous sollicitons en son honneur.

    « Allocution » tirée d’un sacramentaire de l’antique liturgie gallicane, dans L’Année liturgique.

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  • Commémoraison du baptême de Notre Seigneur Jésus-Christ

    En 1960, l’ancienne octave de l’Epiphanie a été nommée « Commémoraison du baptême de Notre Seigneur Jésus-Christ ». car depuis toujours l’évangile de ce jour était celui du baptême du Christ.

    C’était une excellente initiative, qui mettait ainsi en avant dans le calendrier liturgique le deuxième mystère de l’Epiphanie, qui est l’unique mystère de cette fête pour les orientaux.

    Mais il est très regrettable qu’on ait bêtement gardé l’office et la messe de… l’ancienne octave de l’Epiphanie, au lieu de donner un office et une messe qui ne soient pas seulement une « commémoraison » mais une liturgie du baptême du Christ. C’était d’autant plus facile que cette liturgie existait avant saint Pie V, comme en témoignent tous les anciens antiphonaires.

    Dom Guéranger reproduit sept de ces antiennes dans L’Année liturgique, avec cette indication : « Les vénérables Antiennes que nous donnons ci-après, restes précieux de l’antique Liturgie Gallicane, ont une origine orientale, et sont encore conservées au Bréviaire de Cîteaux. » Ce sont les 1 à 7.

    La Schola Sainte-Cécile en a publié huit, 1 à 4, 7, 8, 11, 12, avec cette indication : « Stichères de l’ancien office grec de l’Epiphanie, traduits en latin à la Cour de Charlemagne sur leur mélodie grecque d’origine pour servir à l’octave de l’Epiphanie. »

    J’en ajoute deux autres que je viens de glaner sur internet (9, 10). On les trouve notamment dans l’antiphonaire dit de saint Grégoire (antiphonaire de Hartker, Saint-Gall, vers l’an 1000), avec les antiennes 1 à 5, 8, 12.

    1. Veterem hominem renovans Salvator venit ad baptismum, ut naturam quae corrupta est, per aquam recuperaret : incorruptibili veste circumamictans nos.

    Le Sauveur, voulant renouveler l’homme ancien, vient au Baptême, afin de régénérer par l’eau la nature corrompue ; il nous revêt d’un vêtement incorruptible.

    2. Te, qui in Spiritu et igne purificas humana contagia, Deum et Redemptorem omnes glorificamus.

    Vous qui, dans l’Esprit et dans le feu, purifiez l’humaine contagion, nous vous glorifions, notre Dieu et Rédempteur !

    3. Baptista contremuit, et non audet tangere sanctum Dei verticem; sed clamat cum tremore: Sanctifica me, Salvator.

    Jean-Baptiste tremble et n’ose toucher la tête sacrée de son Dieu. Dans sa frayeur, il s’écrie : Sanctifiez-moi vous-même, ô Sauveur !

    4. Caput draconis Salvator contrivit in Jordane flumine, et ab ejus potestate omnes eripuit.

    Le Sauveur a brisé, dans le fleuve du Jourdain, la tête du dragon ; il nous a arrachés tous à sa puissance.

    5. Magnum Mysterium declaratur hodie, quia Creator omnium in Jordane expurgat nostra facinora.

    Un grand Mystère est déclaré aujourd’hui : le créateur de toutes choses lave nos crimes dans le Jourdain.

    6. Baptizat miles Regem, servus Dominum suum, Joannes Salvatorem: aqua Jordanis stupuit, columba protestabatur : paterna vox audita est: Hic est Filius meus.

    Le soldat baptise son Roi, l’esclave son maître, Jean son Sauveur ; l’eau du Jourdain s’est émue, la Colombe a rendu témoignage, la voix du Père s’est fait entendre : Celui-ci est mon Fils.

    7. Fontes aquarum sanctificati sunt, Christo apparente in gloria: orbis terrarum, haurite aquas de fonte Salvatoris : sanctificavit enim tunc omnem creaturam Christus Deus noster.

    Les sources des eaux furent sanctifiées au moment où le Christ apparaissait dans sa gloire. Toute la terre, venez puiser les eaux dans la source du Sauveur ; car le Christ notre Dieu sanctifie aujourd’hui toute créature.

    8. Praecursor Joannes exsultat cum Jordane, baptizato Domino facta est, orbis terrarum exsultatio facta est, peccatorum nostrorum remissio sanctificans aquas, ipsi omnes clamemus : miserere nobis.

    Jean le Précurseur exulte avec le Jourdain, en baptisant le Seigneur, la joie est faite sur terre, la rémission est faite de nos péchés par la sanctification des eaux, crions tous : Ayez pitié de nous.

    9. Pater de cælis Filium testificat, Spiritus Sancti præsentia advenit, unum edocens qui baptizatur Christus.

    Des cieux le Père rend témoignage au Fils, la présence de l’Esprit Saint arrive, le Christ qui est baptisé enseignant l’unité.

    10. Baptizatur Christus et sanctificatur omnis mundus, et tribuit nobis remissionem peccatorum, aqua et Spiritu omnes purificans.

    Le Christ est baptisé et le monde entier est sanctifié, et il nous a apporté la rémission des péchés, nous purifiant tous par l’eau et l’Esprit.

    11. Peccati aculeus conteritur hodie, baptizato Domino, et nobis donata est regeneratio.

    L’aiguillon du péché est écrasé aujourd’hui par le baptême du Seigneur, et la régénération nous est donnée.

    12. Aqua comburit peccatum hodie, apparet liberator, et orat omnis mundus divinitatis opem.

    L'eau brûle aujourd'hui les péchés, le Libérateur est apparu, et tous louent la belle œuvre de sa divinité.

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  • In columbæ specie

    Dans le bréviaire romain, pendant le « temps de l’Epiphanie », les deux répons des matines sont tous les jours les mêmes (contrairement au bréviaire monastique qui en a trois fois trois). Le premier est Tria sunt munera. Le second évoque le baptême du Christ, deuxième mystère de l’Epiphanie dans la liturgie latine, qui sera spécialement commémoré demain 13 janvier.

    R. In colúmbæ spécie Spíritus Sanctus visus est, Patérna vox audíta est: * Hic est Fílius meus diléctus, in quo mihi bene complácui.
    V. Cæli apérti sunt super eum, et vox Patris intónuit.
    R. Hic est Fílius meus diléctus, in quo mihi bene complácui.

    On vit le Saint-Esprit sous la forme d’une colombe, et on entendit la voix du Père : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toutes mes complaisances. Les cieux lui furent ouverts et la voix du Père se fit entendre : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toutes mes complaisances.

    Ce répons a été modifié (tant dans le bréviaire monastique que romain). Dans les manuscrits, le verset se termine par « audita est » (et non par « intonuit »). Et, le plus souvent, à la fin du répons il y a : « ipsum audite » : écoutez-le. Il en était encore ainsi au XVe siècle, comme en témoigne l’Antiphonarium benedictinum de Saint-Lambrecht (le changement a été opéré, je suppose, dans l’édition de saint Pie V) :

    in columbae.jpg

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  • Fête de la Sainte Famille

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    Ce tableau de Max Liebermann, Jésus à 12 ans au Temple, illustre le mystère (joyeux) qui fait l’objet de l’évangile de la messe de ce dimanche : l’évangile du premier dimanche après l’Epiphanie, repris par la fête dite de la Sainte Famille (1).

    Le vrai tableau de Max Liebermann n’était pas tout à fait celui-là. Il ne nous en reste que des esquisses (voir plus bas). Car lorsque le tableau fut exposé, en 1879, il provoqua un tel scandale, tant dans l’Eglise que dans le monde politique, que le peintre le refit pour atténuer le tollé. Dans le premier tableau, Jésus était brun, avec un nez prononcé, il était pieds nus et faisait un geste d’éloquente persuasion. Dans la nouvelle œuvre, il était devenu blond, le nez était rectifié, il avait des sandales, et il était « plus calme ».

    Mais c’était trop tard. Et de toute façon la nouvelle mouture ne pouvait pas être mieux acceptée que la première, en un temps où l’on ne pouvait concevoir Jésus qu’à la mode sulpicienne, et où la bonne société ne pouvait accepter qu’il fût, malgré l’évidence, de la race de David…

    Max Liebermann fut tellement choqué qu’il ne peignit plus jamais d’œuvres au sujet religieux.

    Pourtant ce tableau est un authentique chef-d’œuvre. Y compris sur le plan religieux. Le peintre (juif d’origine mais laïque) s’était imprégné de l’atmosphère des synagogues d’Amsterdam et de Venise. Et sa transposition de l’épisode évangélique me paraît très réussie. Au point que lorsque je prends une image pour ce mystère du Rosaire, c’est désormais la seule qui me « parle ».

    L’attitude des personnages qui écoutent Jésus est d’une profonde vérité psychologique. Ils sont stupéfaits de ce qu’ils entendent, et s’ils se disent « Mais qu’est-ce qu’il vient nous faire la leçon ce gamin », ils ne peuvent pas s’empêcher de reconnaître que ce qu’ils entendent dépasse infiniment ce qui se trouve dans leurs livres, des livres qui s’effacent et s’affaissent devant la Présence. Une Présence qui est lumière, cette lumière surnaturelle qui émane de Jésus (2) et qui éclaire ceux qui sont devant lui, lumière qui est le centre du tableau. Lumen gentium cum sit Christus… (3)

    Et tout en haut, on aperçoit Marie qui dévale l’escalier, vers Joseph qui lui dit : il est là !

    Mais l’important n’est pas la « sainte famille ». L’important, c’est Jésus au milieu de son temple et de son peuple, c’est cette épiphanie, cette irruption de lumière dans le vieux temple un peu poussiéreux, sombre, encombré et devenu étouffant.

    Cet enfant est en effet aux affaires de son Père, il fait descendre la lumière de la Trinité au fond de la Synagogue. Par la lumière il prend possession de son saint lieu, et il illumine ceux qui veulent bien l’écouter.

    (1) La Sainte Famille à laquelle nous appartenons par le baptême et dont nous sommes conviés à faire partie pour l’éternité est le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

    (2) Cela fait penser à une étude récente sur le Linceul de Turin, quand on s’est aperçu qu’on pouvait en faire une image 3D : ce qui n’est possible que si la lumière émane de l’intérieur de l’objet « photographié ».

    (3) Premiers mots de la constitution dogmatique de Vatican II sur l’Eglise : « Le Christ est la lumière des peuples ; réuni dans l’Esprit Saint, le saint Concile souhaite donc ardemment, en annonçant à toutes les créatures la bonne nouvelle de l’Évangile répandre sur tous les hommes la clarté du Christ qui resplendit sur le visage de l’Église. »

    liebermann300.jpg

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  • De la Sainte Vierge le samedi

    De via perversitátis prodúntur dicere: Virgo concépit, sed non virgo generávit. Potuit ergo virgo concipere, non potuit virgo generare, cum semper concéptus præcedat, partus sequátur? Sed, si doctrinis non creditur sacerdotum, credátur oraculis Christi; credátur monitis Angelórum dicéntium: Quia non est impossibile Deo omne verbum; credátur Symbolo Apostolórum, quod Ecclésia Romana intemerátum semper custódit et servant. Audívit Maria vocem Angeli, et, quæ ante dixerat: Quómodo fiet istud; non de fide generatiónis interrogans, respóndit póstea: Ecce ancílla Dómini, contingat mihi secúndum verbum tuum.

    L’esprit d’erreur fait dire aux hérétiques que Marie a conçu étant vierge, mais qu’elle n’est pas demeurée vierge dans l’enfantement. Comment donc se peut-il faire qu’une vierge puisse concevoir, et qu’une vierge ne puisse pas enfanter, puisque l’enfantement est une suite de la conception ? Mais si on n’en veut pas croire les décisions des évêques, qu’on en croie au moins les oracles de Jésus-Christ et qu’on ajoute foi aux paroles des Anges qui disent nettement « Qu’il n’y a rien d’impossible à Dieu ». Qu’on ajoute foi au symbole des Apôtres, que l’Eglise romaine suit et conserve toujours dans sa pureté. Marie écouta elle-même avec docilité la parole de l’Ange ; et elle qui avait dit : « Comment cela se fera-t-il ? » ne fait plus de question pour s’assurer de la manière dont elle enfantera, mais répond humblement : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole. »

    Lecture des matines du samedi de la Sainte Vierge pour le mois de janvier. Extrait de la lettre de saint Ambroise au pape Sirice, traduction du Breviarum benedictinum, 1725. On remarque que saint Ambroise fait dire à Marie « contingat », alors qu’il s’agit de son très célèbre « fiat ». Ce « contingat » (qu’il arrive, qu’il se produise) paraît aujourd’hui très curieux. D’autant qu’on ne le trouve dans aucun manuscrit de la Vulgate, que « fiat » est la traduction obvie du grec « genito », et que saint Ambroise lui-même dit « fiat » dans son commentaire de l’Evangile de saint Luc…

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  • Orto crucis sidere

    Orto crucis sidere,
    Quaeramus summopere
     Regem regum omnium.

    L’astre de la croix s’est levé ; à sa lumière, cherchons le Roi des rois.

    Quaeramus humiliter,
    Non panditur aliter
    Cordibus quaerentium.

    Cherchons-le avec humilité : c’est alors qu’il se manifeste aux cœurs de ceux qui le cherchent.

    Jacet in praesepio,
    Spreto regum solio,
    Degens in penuria.

    Il a quitté son trône céleste ; couché dans la crèche, il y réside dans la pauvreté.

    Formam dans quaerentibus,
    Calcatis terrestribus,
    Amare caelestia.

    Pour l’exemple de ceux qui le cherchent, il apprend à mépriser la terre, à aimer les choses célestes.

    Herode postposito,
    Magos cultu debito
    Sequamur celeriter.

    Abandonnons Hérode, suivons en hâte les Mages ; offrons nos vœux avec les leurs.

    Stella duce cursitant
    Ad Regem quem praedicant
    Regnare perenniter.

    A la suite de l’étoile, ils courent vers ce Roi dont ils annoncent le règne éternel.

    Offeramus typice
    Quod illi magnifice
    Tulerunt realiter.

    Offrons-lui mystiquement les dons que leur munificence lui présenta réellement :

    Thus superno Numini,
    Myrrham vero homini,
    Aurum Regi pariter.

    De l’encens comme au Dieu suprême, de la myrrhe comme à l’homme véritable, de l’or comme à un Roi.

    His donis, o lilium,
    Placa nobis Filium
    Repletum dulcedine.

    Lis de pureté ! par ces dons, rendez nous votre Fils propice, ce Fils rempli de douceur ;

    Ut possimus libere
    Secum semper vivere
    Paradisi culmine. Amen.

    Et qu’un jour il nous soit donné de vivre avec lui, au sein de la gloire du Paradis, dans une liberté parfaite. Amen.

    Séquence du missel de Paris 1584, pour un jour de l’octave de l’Epiphanie, traduction dom Guéranger.

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  • Quicumque Christum quæritis

    Quicumque Christum quæritis
    Oculos in altum tollite
    Illic licebit visere
    Signum perennis gloriæ

    Haec stella, quae solis rotam
    Vincit decore ac lumine
    Venisse terris nuntiat
    Cum carne terrestri Deum

    Non illa servit noctibus
    Secuta lunam menstruam
    Sed solam coelum possidens
    Cursum dierum temperat

    Arctoa quamvis sidera
    In se retortis mortibus
    Obire nolint attamen
    Plerumque sub nimbis latent

    Hoc sidus aeternum manet
    Haec stella numquam mergitur
    Nec nubis occursu abdita
    Obumbrat obductam facem

    Tristis cometa intercidat
    Et si quod astrum Sirio
    Fervet vapore, jam Dei
    Sub luce destructum cadat

    O vous qui cherchez le Christ, levez les yeux en haut ; là, vous apercevrez le signe de son éternelle gloire.

    Une étoile, qui surpasse en beauté et en lumière le disque du soleil, annonce qu’un Dieu vient de descendre sur la terre, dans une chair mortelle.

    Cet astre n’est point un de ces flambeaux de la nuit, qui rayonnent autour de la lune: seul, il semble présider au ciel et marquer le cours du temps.

    Les deux Ourses qui brillent au Nord ne se couchent jamais ; cependant elles disparaissent souvent sous les nuages :

    L’Astre divin brille éternellement ; cette Étoile ne s’efface jamais ; la nuée dans son cours ne vient jamais couvrir d’ombre son brillant flambeau.

    Qu’elle pâlisse, la comète, messagère de tristesse ; et que l’astre enflammé des vapeurs produites par le Sirius, soit vaincu par le flambeau d’un Dieu.

    (Hymne de Prudence pour l’Epiphanie, traduction dom Guéranger. Il s’agit en fait des premières strophes d’une hymne de 52 strophes dont plusieurs sont utilisées dans la liturgie du temps de Noël. Et aussi à la Transfiguration.)

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  • Tria sunt munera

    L’octave de l’Epiphanie a été supprimée en 1955, on l’a remplacée (en… 1960) par un incongru « temps de l’Epiphanie » qui s’inscrit dans le temps de Noël. Ce temps de l’Epiphanie va des premières vêpres de l’Epiphanie jusqu’au 13 janvier. En fait la liturgie est celle de… l’octave de l’Epiphanie, mais pour la messe c’est seulement jusqu’au dimanche suivant…

    Le premier répons des matines est donc toujours celui-ci :

    tria.jpg

    (Antiphonaire franciscain, vers 1300, Fribourg)

    . Tria sunt múnera pretiósa, quæ obtulérunt Magi Dómino in die ista, et habent in se divína mystéria: * In auro, ut ostendátur Regis poténtia: in thure, Sacerdótem magnum consídera: et in myrrha, Domínicam sepultúram.
    . Salútis nostræ auctórem Magi veneráti sunt in cunábulis, et de thesáuris suis mýsticas ei múnerum spécies obtulérunt.
    .  In auro, ut ostendátur Regis poténtia: in thure, Sacerdótem magnum consídera: et in myrrha, Domínicam sepultúram.

    Les dons précieux que les Mages offrirent au Seigneur en ce jour sont au nombre de trois, et ils renferment en eux des mystères divins : Par l’or est signifiée la puissance royale ; par l’encens, le souverain sacerdoce, et par la myrrhe, la sépulture du Seigneur. Les Mages ont vénéré l’Auteur de notre salut dans son berceau ; et, de leurs trésors, ils lui ont offert des présents mystiques.

    Le symbolisme de l’or, de l’encens et de la myrrhe est très riche. Le répons fait écho à l’enseignement le plus courant des pères de l’Eglise. Saint Grégoire le Grand disait :

    « C'est un roi : l'or le prouve ; c'est un Dieu : l'encens le manifeste ; c'est un mortel : la myrrhe l'affirme. » Et il ajoutait aussitôt : « Nous présentons au Dieu naissant l'or, preuve de notre foi en son royaume universel, l'encens par où nous confesserons la divinité avant tous les temps de celui qui est apparu dans le temps, et la myrrhe qui affirmera notre croyance en ce Dieu qui, impassible de par sa divinité, est devenu mortel, de par notre chair. »

    Car nous aussi nous devons offrir l’or, l’encens et la myrrhe. L’or est ce que nous avons de plus précieux : notre foi, notre amour pour Dieu. L’encens est la prière. Et la myrrhe, ce sont nos mortifications, nos pénitences, notre ascèse.

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  • Epiphanie


    podcast

    Tribus miráculis ornatum diem sanctum cólimus: hódie stella Magos duxit ad præsépium: hódie vinum ex aqua factum est ad núptias: hódie in Iordáne a Ioánne Christus baptizári vóluit, ut salváret nos, allelúia.

    Trois prodiges ont marqué ce jour que nous honorons. Aujourd’hui l’étoile a conduit les Mages à la crèche ; aujourd’hui l’eau a été changée en vin au festin nuptial ; aujourd’hui le Christ a voulu être baptisé par Jean dans le Jourdain, pour notre salut, alléluia.

    (Antienne du Magnificat aux deuxièmes vêpres, manuscrit de l'Antiphonarium benedictinum de Saint-Lambrecht, Autriche, 1400, chant des moines de Solesmes - on remarquera les variantes).

    *

    Traditionnellement, dans les cathédrales, après le chant de l’évangile de ce jour, on annonçait de façon solennelle la date de Pâques, par un texte, le Noveritis, chanté sur le ton de l’Exultet pascal.

    On trouvera un historique de cette tradition sur le site de la Schola Sainte-Cécile, qui d’autre part nous donne la partition pour le Noveritis de ce jour :

    Noveritis-Romanum-20152-640x1153.png

    Vous avez su, Frères très chers, par la miséricorde de Dieu qui nous a été annoncée, que nous avons été comblés par la Nativité de Notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi de même nous vous annonçons la joie qui nous sera procurée par la Résurrection de notre même Sauveur.

    ·  Le 1er février sera le dimanche de la Septuagésime.

    ·  Le 18 du même mois sera le jour des Cendres et le début du jeûne très sacré du Carême.

    ·  Le 5 avril sera la sainte Pâque de Notre Seigneur Jésus-Christ, que vous célèbrerez avec joie.

    ·  Le 14 mai sera l’Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ.

    ·  Le 24 du même mois sera la fête de la Pentecôte.

    ·  Le 4 juin sera la fête du Très Saint Corps du Christ.

    ·  Le 29 novembre sera le premier dimanche de l’Avent de Notre Seigneur Jésus-Christ, à qui est l’honneur et la gloire, dans les siècles des siècles. Amen.

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  • De la férie

    La vigile de l’Epiphanie, comme tant d’autres, a été supprimée par Pie XII. Cela dit, cette vigile n’en était pas vraiment une. Elle n’avait aucun caractère pénitentiel, et sa liturgie était celle du dimanche dans l’octave de la Nativité. C’était comme un dernier chant de Noël avant de passer à l’Epiphanie. Les seules différences étaient l’évangile, qui était celui du retour d’Egypte, et, aux matines, ce sermon donné par les bréviaires comme de saint Augustin mais qui n’est pas de lui (même s’il pourrait l’être…) :

    Notre Seigneur Jésus-Christ, qui est éternellement, mes très chers frères, le Créateur de tous les hommes, est devenu aujourd’hui notre Sauveur, en naissant d’une mère. Il est né pour nous aujourd’hui dans le temps, par amour, afin de nous conduire à l’éternité du Père. Dieu s’est fait homme, afin de faire l’homme Dieu ; le Seigneur des Anges s’est fait homme aujourd’hui, afin que l’homme puisse manger le pain des Anges. Aujourd’hui a été accomplie cette prophétie, qui dit : « Cieux, versez d’en haut votre rosée, et que les nuées pleuvent un juste ; que la terre s’ouvre et qu’elle germe un Sauveur. » Le Créateur est donc devenu créature, afin de retrouver ce qui était perdu. Car l’homme le reconnaît ainsi dans les Psaumes : « Avant que je fusse humilié, j’ai péché. » L’homme a péché, et est devenu coupable ; Dieu est né homme, afin de délivrer le coupable. L’homme donc est tombé ; mais Dieu est descendu. L’homme est tombé misérablement, Dieu est descendu miséricordieusement. L’homme est tombé par son orgueil, Dieu est descendu avec sa grâce. O miracle, ô prodige, mes frères ! Les lois de la nature sont changées pour l’homme ! Un Dieu naît, une vierge devient mère, la parole de Dieu la rend féconde ; elle est mère et vierge tout ensemble ; mère, elle conserve sa virginité ; vierge, elle enfante un fils ; elle reste pure, mais elle n est pas stérile. Elle met au monde celui qui seul est né sans péché, et qu’elle a conçu, non par la concupiscence de la chair, mais par l’obéissance de l’esprit.

    Le texte en latin:

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  • Le Très Saint Nom de Jésus

    Les hymnes des vêpres, des matines et des laudes sont tirées d’un long poème de 49 à 52 strophes, selon les manuscrits, et longtemps attribué à saint Bernard. Sans l’ombre d’un doute, disaient plusieurs spécialistes, auxquels s’opposait le seul dom Guéranger, pour qui il ne faisait aucun doute que le texte était de la plume d’une abbesse bénédictine du XIVe siècle. Mais on découvrit peu après, à Oxford, un manuscrit du XIIe siècle. Donc de l’époque de saint Bernard. Mais dom Pothier découvrit ensuite un manuscrit du… XIe siècle. Il s’ensuit que ce texte, dont maintes formules paraissent être de saint Bernard ou à la manière de saint Bernard, a été écrit… avant saint Bernard…

    Le poème commence par Jesu dulcis memoria, ce qui est le début de l’hymne des vêpres et qui est le plus connu.

    En dehors des textes de la Sainte Ecriture et des… sermons de saint Bernard aux matines, c’est tout ce qu’il y a d’ancien dans cet ensemble liturgique qui date du XVIIIe siècle et fait (pauvre) doublon avec la somptueuse liturgie de la Circoncision.

    Messe de clôture du synode de 2012

    Jesu, dulcis memória,
    Dans vera cordis gáudia :
    Sed super mel, et ómnia,
    Eius dulcis præséntia.

    Jésus ! Nom de douce souvenance, qui donne au cœur les joies véritables ; mais plus suave que le miel et toutes les douceurs, est la présence de Celui qui le porte.

    Nil cánitur suávius,
    Nil audítur iucúndius,
    Nil cogitátur dúlcius,
    Quam Iesus Dei Fílius.

    Nul chant plus mélodieux, nulle parole plus agréable, nulle pensée plus douce, que Jésus, le Fils de Dieu.

    Jesu, spes pœniténtibus,
    Quam pius es peténtibus !
    Quam bonus te quæréntibus !
    Sed quid inveniéntibus ?

    Jésus ! espoir des pénitents, que vous êtes bon pour ceux qui vous implorent ! bon pour ceux qui vous cherchent ! Mais que n’êtes-vous pas pour ceux qui vous ont trouvé !

    Nec lingua valet dícere,
    Nec líttera exprímere :
    Expértus potest crédere,
    Quid sit Jesum dilígere.

    Ni la langue ne saurait dire, ni l’écriture ne saurait exprimer ce que c’est qu’aimer Jésus ; celui qui l’éprouve peut seul le croire.

    Sis, Jesu, nostrum gáudium,
    Qui es futúrus præmium :
    Sit nostra in te glória,
    Per cuncta semper sǽcula. Amen.

    Soyez notre joie, ô Jésus, vous qui serez notre récompense : que notre gloire soit en vous, durant tous les siècles, à jamais. Amen.

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  • Spendor Patris et figura

    Spendor Patris et figura,
    Se conformans homini,
    Potestate, non nature,
    Partum dedit virgini.

    Celui qui est la splendeur du Père et sa forme incréée, a pris la forme de l’homme. Sa puissance, et non la nature, a rendu féconde une vierge.

    Adam vetus,
    Tandem laetus,
    Novum promat canticum;
    Fugitivus,
    Et captivus,
    Prodeat in publicum.

    Que le vieil Adam se console enfin ; qu’il chante un cantique nouveau. Longtemps fugitif et captif, qu’il paraisse au grand jour.

    Eva luctum,
    Vitae fructum
    Virgo gaudens edidit.
    Nec sigillum Propter ilium,
    Castitatis perdidit.

    Ève enfanta le deuil ; une vierge, dans l’allégresse, enfante le fruit de vie. Et ce fruit n’a point lésé le sceau de sa virginité.

    Si crystallus sit humecta,
    Atque soli sit obiecta,
    Scintillat igniculum.
    Nec crystallus rumpitur,
    Nec in partu solvitur
    Pudoris signaculum.

    Si le cristal humide est offert aux feux du soleil, le rayon scintille au travers. Et le cristal n’est point rompu : ainsi n’est point brisé le sceau de la pudeur dans l’enfantement de la Vierge.

    Super tali genitura,
    Stupet usus et natura,
    Deficitque ratio.
    Res est ineffabilis
    Tam pia, tam humilis
    Christi generatio.

    A cette naissance, la nature est dans l’étonnement, la raison est confondue. C’est chose inénarrable, cette génération du Christ, si pleine d’amour et si humble.

    Frondem, florem, nucem, sicca
    Virga profert, et pudica
    Virgo Dei Filium.
    Fert coelestem
    Vellus rorem,
    Creatura Creatorem,
    Creaturae pretium.

    D’une branche aride sont sorties la feuille, la fleur et la noix ; et de la Vierge pudique, le Fils de Dieu. La toison a porté la rosée céleste, la créature le Créateur, rédempteur de la créature.

    Frondis, floris, nucis, roris:
    Pietati Salvatoris
    Congruunt mysteria.
    Frons est Christus, protegendo ;
    Flos, dulcore; nux, pascendo ;
    Ros, coelesti gratia.

    La feuille, la fleur, la noix, la rosée : emblèmes mystérieux de l’amour du Sauveur. Le Christ est la feuille qui protège, la fleur qui embaume, la noix qui nourrit, la rosée de céleste grâce.

    Cur quod Virgo peperit
    Est Judaeis scandalum,
    Cum virga produxerit
    Sicca sic amygdalum ?

    Pourquoi l’enfantement de la Vierge est-il un scandale au Juif, quand il a vu l’amandier fleurir sur une verge desséchée ?

    Contemplemur adhuc nucem :
    Nam prolata flux in lucem
    Lucis est mysterium.
    Trinam gerens unionem,
    Tria confert, unctionem,
    Lumen et edulium.

    Contemplons encore la noix ; car la noix, mise en lumière, offre un mystère de lumière. En elle trois choses sont réunies ; elle nous présente trois bienfaits : onction, lumière, aliment.

    Nux est Christus ; cortex nucis,
    Circa carnem poena crucis
    Testa, corpus osseum.
    Carne tecta deitas,
    Et Christi suavitas,
    Signatur per nucleum.

    La noix est le Christ ; l’écorce amère de la noix est la croix dure à la chair ; l’enveloppe marque le corps. La divinité, revêtue de chair, la suavité du Christ, c’est le fruit caché dans la noix.

    Lux est caecis, et unguentum
    Christus aegris, et fomentum
    Piis animalibus.
    O quam dulce sacramentum!
    Foenum carnis in frumentum
    Convertit fidelibus.

    Le Christ, c’est la lumière des aveugles, l’onction des infirmes, le baume des cœurs pieux. Oh ! qu’il est suave, ce mystère qui change la chair, cette herbe fragile, en divin froment pour les fidèles !

    Quos sub umbra Sacramenti,
    Jesu, pascis in praesenti,
    Tuo vultu satia.
    Splendor, Patri coaeterne,
    Nos hinc transfer ad paternae
    Claritatis gaudia. Amen.

    Ceux que, dans cette vie, tu nourris, ô Jésus ! sous les voiles de ton Sacrement, rassasie-les un jour de l’éclat de ta face. Coéternelle splendeur du Père, enlève-nous de ce séjour jusqu’aux joies des clartés paternelles. Amen.

    Adam de Saint-Victor, traduction dom Guéranger

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  • Quem vidistis pastores

    Cinquième jour de l’octave de Noël. Aux matines on reprend notamment le répons Quem vidistis pastores du premier nocturne des matines de Noël.

    Le voici par les moines de Solesmes.

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    podcast

    Qui avez-vous vu, bergers ? Dites-le-nous ; apprenez-nous quel est celui qui a paru sur la terre ! Nous avons vu le Nouveau-Né, et les Chœurs des Anges qui louaient ensemble le Seigneur. Dites-nous ce que vous avez vu ? et annoncez la naissance du Christ.

    C’est aussi l’une des plus jolies pages chorales de Francis Poulenc, dans ses Quatre motets pour le temps de Noël, ici interprété par l’Ensemble vocal de Provence sous la direction d’Hélène Guy (CD Pierre Verany) :
    podcast

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  • Dimanche dans l’octave de la Nativité


    L’introït provient du livre de la Sagesse (XVIII, 14-15), et se rapporte, au sens littéral, à la venue de l’ange exterminateur, au cœur de la nuit, pour le massacre des premiers-nés des Égyptiens, oppresseurs du peuple d’Israël. « Tandis que tout était plongé dans un profond sommeil, et que la nuit était au milieu de son cours, votre Verbe tout-puissant descendit de sa demeure éthérée de gloire. » On y ajoute le psaume 92 : « Le Seigneur a inauguré son règne, il s’est revêtu de gloire, il s’est fait comme un manteau de force et s’en est orné. »

    L’ange exterminateur épargna les maisons des Hébreux sur les portes desquelles avait été répandu le sang de l’agneau pascal. Ce divin messager, ministre de la justice de Dieu pour les uns et sauveur bienfaisant pour les autres, est une figure du Verbe incarné. C’est pourquoi l’Église, suivant en cela l’interprétation authentique de l’apôtre saint Jude (1), applique ce passage de la Sagesse à Jésus. Comme la libération de l’oppression égyptienne, ainsi la délivrance de l’antique joug du péché par le Messie arriva au cœur de la nuit—l’heure de la prière plus intime et plus recueillie — tandis qu’alentour tout le créé se taisait, et que le monde civil lui-même jouissait politiquement de l’inaltérable pax romana inaugurée par Auguste. Les ténèbres sont aussi un symbole de l’ignorance et du péché où se trouvait plongée l’humanité à l’apparition de Jésus, astre splendide du matin.

    Bienheureux cardinal Schuster

    (1) Je veux vous rappeler, quoique vous sachiez fort bien toutes choses, que Jésus, ayant sauvé le peuple du pays d'Egypte, fit ensuite périr ceux qui furent incrédules (Jude 5).

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  • Saint Jean

    La lecture du premier nocturne des matines est le début de la première épître de saint Jean. Cette épître est donc par excellence le texte biblique du jour. Et cela pour une raison précise : elle commence par un véritable hymne à l’incarnation. Et saint Jean est tellement ému d’évoquer ce mystère qu’il en bafouille. D’autre part, les mots qu’il utilise sont à examiner de près, car ils sont d’une particulière richesse :

    Ce qui était (ce qui fut, dit la Vulgate)

    depuis le commencement (dès le commencement ; le deuxième mot est le même que le deuxième mot de son évangile, arkhè, et fait donc allusion au Principe, même si on ne peut pas vraiment traduire « dès le principe » - et c’est pourquoi la Vulgate, ne voulant pas confondre l’imparfait de « ce qui était » avec l’imparfait d’éternité des premiers mots de l’évangile, choisit le prétérite)

    ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux (les verbes sont au parfait, ce qui ici renforce l’affirmation : ce que nous avons réellement, parfaitement entendu de nos oreilles et parfaitement vu de nos propres yeux)

    ce que nous avons contemplé (le verbe est celui qui a donné le mot théâtre, il fut d’abord utilisé pour parler de choses qui suscitent l’étonnement ou l’admiration, d’où son sens d’être spectateur au théâtre, mais dans le Phédon Platon l’utilise pour dire : contempler le vrai et le divin)

    et que nos mains ont touché (le verbe n’est pas celui qui est utilisé habituellement pour dire toucher, il est celui qui veut dire d’abord tâter dans l’obscurité, puis palper, c’est celui qu’utilise le Christ après sa résurrection quand il demande aux apôtres de le palper pour constater qu’il n’est pas un fantôme)

    concernant le Verbe de la Vie

    La traduction fréquente de ces derniers mots : « la parole de vie » oublie qu’il y a l’article défini devant « vie ». Et elle est gravement fautive vu ce qui suit. Car saint Jean, à ces mots, rompt la phrase, et rebondit sur cette « Vie » qu’il vient d’évoquer. Il ne s’agit pas d’une parole de vie, il s’agit bien du Verbe de la Vie, sinon il ne s’interromprait pas pour s’exclamer :

    Et la Vie a été manifestée (ou : s’est manifestée, ou : est apparue – Mais oui ! la Vie s’est manifestée et nous est apparue !)

    et nous l’avons vue (au parfait : nous l’avons bel et bien vue, réellement),

    nous en témoignons (nous en rendons témoignage, nous l’attestons – c’est le mot habituel du témoignage, qui a donné « martyr »),

    et nous vous annonçons la vie éternelle, qui était auprès du Père (imparfait d’éternité) et qui a été manifestée (ou : s’est manifestée, ou : est apparue).

    Et alors saint Jean reprend le cours de sa phrase pour l’achever, en reprenant les verbes au parfait qui étaient restés en suspens :

    Ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous. Or notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus-Christ.

    La Vie, dans ce texte, la Vie qui est éternelle et qui est le Christ, c’est zoè (ἡ ζωὴ). Par opposition à l’autre vie que l’on verra quelques versets plus loin (2, 16) : bios (βίος), mot utilisé pour parler de la vie bio-logique, pour dire passer sa vie, finir sa vie, etc. C’est dans l’énumération de ce qu’on a appelé les trois concupiscences : « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux et l’orgueil de la vie ».

    Mais il y a là une anomalie : même un enfant qui apprend à lire peut constater qu’il n’y a pas trois, mais deux concupiscences. C’est le prurit très occidental de systématisation et de classification rationnelle qui a conduit à inventer trois concupiscences alors qu’il n’y en a que deux. Et du coup on en est même venu à ne pas comprendre ce que disait saint Jean, et à inventer des traductions fantaisistes. Par exemple celle de la Bible de Jérusalem : « l’orgueil de la richesse », ou la prétendue Bible de la liturgie : « l’arrogance de la richesse ». La TOB se permet de gloser et d’interpréter : « la confiance orgueilleuse dans les biens »… Quant à la soi-disant Bible des peuples, marquée par la soi-disant théologie de la libération, elle n’hésite pas à stigmatiser « l’arrogance des riches »…

    Mais le mot est bien « bios », traduit dans la Vulgate par « vita ». Il s’agit de la vie. Certes, le mot peut aussi désigner, éventuellement, selon le contexte, les moyens nécessaires à la vie, des moyens de subsistance, mais jamais les richesses.

    ἡ ἀλαζονεία τοῦ βίου (è alazoneia tou biou) est logiquement traduit dans la Vulgate par : « superbia vitae ». La superbe, ce n’est pas simplement l’orgueil. Le mot grec veut dire essentiellement vantardise, jactance. Saint Cyprien avait traduit : jactantia hujus vitae. La jactance de cette vie. L’expression utilisée par saint Jean désigne quelque chose de plus grave que les deux concupiscences qu’il vient d’évoquer, et qui dépendent de ce troisième élément. Le Père Spicq explique :

    « Si saint Jean n’a point mentionné une troisième épithumia : “la convoitise des richesses”, c’est précisément parce qu’il visait un vice plus grave que l’ostentation des riches ou leur arrogance vis-à-vis des pauvres. Il oppose à Dieu l’orgueil d’une créature, maîtresse de son existence, qui décide et dirige le cours de sa vie sans tenir compte de Dieu. Cette suffisance est la contradiction même du devoir absolu d’adorer Dieu et le servir religieusement. »

    Ce que vise ici saint Jean, ce n’est pas la cupidité, c’est l’illusion de se croire autonome, autosuffisant, ne devant sa vie et son salut qu’à soi-même.

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  • Saint Etienne

    Chaque année, le lendemain de la nativité du Seigneur, la liturgie nous fait célébrer la fête de saint Etienne, diacre et premier martyr. Le livre des Actes des apôtres nous le présente comme un homme rempli de grâce et de l’Esprit Saint (cf. Ac 6, 8-10 ; 7, 55) ; en lui se vérifie pleinement la promesse de Jésus rapportée par le texte de l’évangile de ce jour, selon laquelle les croyants appelés à rendre témoignage dans des circonstances difficiles et dangereuses ne seront pas abandonnés et laissés sans défense : l’Esprit de Dieu parlera en eux (cf. Mt 10, 20). Le diacre Etienne, en effet, a agi, a parlé, est mort, animé par l’Esprit-Saint, en témoignant de l’amour du Christ jusqu’au sacrifice extrême. Le premier martyr est décrit, dans sa souffrance, comme étant l’imitation parfaite du Christ, dont la passion se répète jusque dans les moindres détails. La vie de saint Etienne est entièrement façonnée par Dieu, conformée au Christ dont la passion se répète en lui ; au moment final de la mort, à genoux, il reprend la prière de Jésus sur la croix en se confiant au Seigneur (cf. Ac 7, 59) et en pardonnant à ses ennemis : « Seigneur, ne leur impute pas ce péché » (v. 60). Rempli de l’Esprit-Saint, au moment où ses yeux vont se fermer, il fixe son regard sur « Jésus debout à la droite de Dieu » (v. 55), le Seigneur de l’univers qui attire tous les hommes à lui.

    En la fête de saint Etienne, nous sommes nous aussi appelés à fixer notre regard sur le Fils de Dieu que, dans l’atmosphère joyeuse de Noël, nous contemplons dans le mystère de son Incarnation. Par le baptême et la Confirmation, avec le don précieux de la foi nourrie par les sacrements, en particulier l’Eucharistie, Jésus-Christ nous a liés à lui et veut continuer à opérer en nous, par l’action de l’Esprit-Saint, son œuvre de salut qui rachète, valorise, élève et conduit toute chose à son achèvement. Se laisser attirer par le Christ, comme l’a fait saint Etienne, signifie ouvrir sa vie à la lumière qui l’appelle, l’oriente et fait parcourir le chemin du bien, le chemin d’une humanité selon le dessein d’amour de Dieu.

    Enfin, saint Etienne est un modèle pour tous ceux qui veulent se mettre au service de la nouvelle évangélisation. Il montre que la nouveauté de l’annonce ne dépend pas tout d’abord de l’usage de méthodes ou de techniques originales, qui ont certes leur utilité, mais consiste à être rempli de l’Esprit-Saint et à se laisser guider par lui. La nouveauté de l’annonce se trouve dans la profondeur de l’immersion dans le mystère du Christ, de l’assimilation de sa parole et de sa présence dans l’Eucharistie, afin que Jésus vivant lui-même puisse parler et agir en celui qu’il envoie. Au fond, l’évangélisateur devient capable de porter le Christ aux autres de manière efficace quand il vit du Christ, quand la nouveauté de l’Evangile se manifeste dans sa vie. Prions la Vierge Marie afin qu’en cette Année de la foi l’Eglise voie se multiplier les hommes et les femmes qui, comme saint Etienne, savent donner un témoignage convaincu et courageux du Seigneur Jésus.

    Benoît XVI, 26 décembre 2012

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  • Nativité du Seigneur

    Dóminus dixit ad me : Fílius meus es tu, ego hódie génui te.

    Le Seigneur m’a dit : « tu es mon Fils. C’est moi qui t’ai engendré aujourd’hui »

    Dans le cadre de la liturgie, cet introït est comme le premier mot de l’Enfant-Dieu, le mot par lequel il nous dit à travers la voix de l’Eglise ce qu’il est et d’où il vient. Mais à cette attestation de son éternelle naissance s’en ajoute une autre. Au moment où il vient au monde à Bethléem, le Christ est en toute vérité engendré : il naît du Saint-Esprit et de la Vierge Marie. L’Ego hódie s’entend donc ici également de son engendrement charnel, œuvre de Dieu lui aussi, et le mot hódie, tout en gardant son sens d’éternité, indique le jour précis où il se réalise.

     D’autre part, le Christ n’a jamais été sans ses membres. En engendrant le Verbe dans sa pensée unique et éternelle, le Père, dans le même acte, le prédestine à être le Chef et le Sauveur de l’humanité et lui donne tous les hommes de bonne volonté. Ainsi, en lui, de toute éternité, nous avons tous été pensés, engendrés spirituellement par le Père. Quand il est venu sur terre, il nous portait donc tous dans sa pensée et son amour, de sorte que, spirituellement encore, mais réellement, nous sommes venus au monde, en lui, dans la nuit de Noël ; nous aussi nés de Dieu, fils de Dieu par prédestination.

    Enfin cette participation à la vie de Dieu, cette nouvelle naissance, devenue effective le jour de notre baptême, continue tout le temps de notre vie et devient plus pleine avec chaque grâce que nous recevons. Le Christ, en venant au monde, nous a apporté précisément cette grâce de vie. La liturgie de Noël nous l’offre à nouveau. Si nous la recevons, notre engendrement divin se poursuit. Nous devenons un peu plus fils du Père et le mot Hódie génui te prend, pour nous, en plus des deux autres, un sens personnel et actuel. « Moi, aujourd’hui, je t’ai engendré ».

    Lorsque l’Eglise, dans la nuit de Noël, chante cette parole mystérieuse, elle est donc d’abord la voix de l’Enfant-Dieu qui dit au monde sa génération éternelle et sa génération charnelle ; mais, en même temps, réalisant qu’elle est le Christ qui se continue, elle ne peut pas ne pas chanter sa propre génération dans l’éternelle miséricorde du Père, dans le mystère de Noël et dans la grâce qui, au moment même où elle chante, vient en ses membres et les divinise un peu plus.

    Dom Ludovic Baron (L’expression du chant grégorien)

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  • Vigile de la Nativité

    Hodie scietis, quia veniet Dominus: * Et mane videbitis gloriam ejus.

    Aujourd’hui, vous saurez que le Seigneur va venir. Et demain matin, vous verrez sa gloire.

    Cet invitatoire des matines est, comme tout invitatoire, chanté six fois en entier avec le psaume 94. Cet « Hodie scietis » se retrouvera dans le verset, puis dans le premier répons, puis dans la deuxième antienne des laudes, qui est aussi l’antienne de tierce, et dans le répons bref de tierce. Et bien sûr à la messe, dans l'introït et le graduel.

    Mais dans l’office du jour cette expression est concurrencée par « crastina die » : demain : demain le Seigneur descendra, demain sera effacée l’iniquité de la terre… 16 fois dans l’office, sans compter les vêpres où elle reparaît dans le verset après l’hymne alors que c’est déjà l’office de la fête elle-même.

    Il n’y a aucun autre exemple d’une telle insistance, indiquant l’impatience, qui montait depuis le premier dimanche de l’Avent, et qui est arrivée à son comble, de voir arriver cette nuit du grand jour du salut. Aujourd'hui et demain ne cessent de s'entrechoquer. Aujourd'hui ou demain? C'est à minuit qu'il vient.

    Rappelons aussi la belle antienne du Benedictus :

    Orietur sicut sol Salvator mundi: et descendet in uterum Virginis, sicut imber super gramen, alleluia.

    Il se lèvera comme le soleil, le Sauveur du monde, et il descendra dans le ventre de la Vierge, comme la pluie sur l’herbe.

    Et aux vêpres l’antienne du premier Magnificat de Noël lui fait écho :

    Cum ortus fuerit sol de caelo, videbitis Regem regum procedentem a Patre, tamquam sponsum de thalamo suo.

    Quand le soleil se sera levé dans le ciel, vous verrez le Roi des rois qui procède du Père, comme l’époux sortant de la chambre nuptiale.

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