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Liturgie

  • Saint Vincent Ferrier

    Dans mon diocèse c’est la fête de saint Vincent Ferrier, qui passa en Bretagne les deux (et demie) dernières années de sa vie, à la demande instante et réitérée du duc Jean V qui avait dépêché des envoyés pour l’en supplier à Nancy, à Bourges, et à Tours – puisque le saint était toujours en mouvement.

    Il arriva à Vannes pour le quatrième dimanche de carême. « Il chanta la Messe & Prescha, non pas en la grande Eglise, parce qu'elle ne pouvoit pas comprendre la multitude du Peuple qui l'estoit venu oüir; mais sur un eschaffaut dressé en la place des Lices, devant le Château de l'Hermine, duquel les fenêtres, créneaux, tours & guerittes estoient remplis de Peuple, aussi-bien que les places & rues circonvoisines. Il continua à Prescher & dire Messe tous les jours en ce lieu jusqu'au Mardy de Pasques, qu'il prit congé du Duc, de l'Evesque & des Habitans de Vennes & se disposa d'aller prescher par les autres Villes & Paroisses de la Bretagne. » (Albert Le Grand). Il prêcha ainsi dans un grand nombre de villes et de bourgs. Pour Morlaix, Albert le Grand écrit : « Il demeura quinze jours en cette Ville & alloit ordinairement prescher au haut de la rue des Fontaines, lieu élevé par dessus la Ville, & le Peuple, pour l'ouïr, se rangeoit sur les douves et contre-escarpe du Château & au Parc au Duc, la Ville entre deux ; nonobstant laquelle distance, sa voix estant si miraculeusement portée aux oreilles de ses Auditeurs, lesquels l'entendoient aussi-bien que s'ils eussent esté assis au pied de sa Chaire. » En bref, Morlaix est au fond d’une vallée encaissée ; saint Vincent prêchait du haut de la vallée, et ses auditeurs étaient de l’autre côté, à une grande distance. Ce miracle, particulièrement spectaculaire à Morlaix (d’autant que le saint était alors très malade et faible), a été souvent constaté, il doublait cet autre miracle que saint Vincent ne s’exprimait que dans son dialecte valenciano et que tout le monde le comprenait, d’Italie en Allemagne et de Lorraine en Basse-Bretagne.

    De retour à Vannes, les religieux qui l’accompagnaient, voyant qu’il allait mourir, lui dirent qu’il devrait retourner dans son pays. « Mais luy, se souvenant de ce que Nostre Seigneur luy avoit dit, lors qu'il luy apparut en Avignon, qu'il devoit mourir preschant l'Evangile es contrées Occidentales, il jugea que c'estoit en ce pais où il devoit mourir. » Ses confrères lui ayant fait admettre que Valence est aussi en Occident, il se résolut à leur obéir. A minuit, pour éviter les foules, saint Vincent sur son pauvre âne et sa suite quittèrent Vannes. Au petit matin, toute la troupe, qui se croyait loin, se retrouva devant les remparts de la ville… « Lors le Glorieux Saint, se tournant vers ses Confrères, leur dist : Sus, mes Frères, retournons en ville, car cecy ne signifie autre chose, sinon que c'est la volonté de Dieu, que je meure en ce pays. »

    Il mourut peu après, et à son enterrement il y eut une foule gigantesque – « Vous eussiez dit que toute la Bretagne se fust rendue à Vennes » - et un déluge de miracles.

    Le duc Jean V demanda aux évêques de Bretagne de rassembler les témoignages sur Vincent, qui furent transmis au pape Eugène IV. Après le duc François Ier qui se montra moins fervent, le duc Pierre II relança le processus. Le pape était alors Nicolas V. Il fit mener une enquête dans les principaux lieux où était passé le prédicateur, et, en 1455, les conclusions étaient prêtes à être lues au consistoire lorsque le pape mourut. Les cardinaux élirent le cardinal Alphonse Borgia qui prit le nom de Calixte III et c’est lui qui canonisa Vincent Ferrier.

    Quelque 50 ans plus tôt, après un prêche de Vincent à Valence, un jeune et déjà célèbre avocat de la ville était allé le saluer et lui demander sa bénédiction. Vincent l’avait regardé et lui avait dit : « Sachez, mon fils, que le temps viendra que vous serez la gloire de votre famille et de votre patrie ; que vous serez élevé à la première dignité du monde ; et que, quand je ne serai plus dans cette vie mortelle, vous me ferez le plus grand honneur qu’on puisse recevoir dans l’Eglise de Dieu. Souvenez-vous de ce que je vous dis, afin que cela vous serve à vous exciter de plus en plus à la vertu. » Le jeune et brillant avocat était Alonso de Borja, qui deviendrait le cardinal Alfonso Borgia (par bulle de Martin V), et le premier pape de cette étonnante famille…

  • Sainte Monique

    Sainte Monique, n'y tenant plus, résolut d'aller rejoindre son fils. Elle arrive à Rome; mais elle ne l'y trouve plus. Il était déjà parti pour Milan. Elle repartit donc aussitôt, pleine de la même ardeur, et soutenue, à travers les fatigues de ce second voyage, par cette même foi indomptable qu'elle reverrait son fils et qu'elle le convertirait.

    A peine arrivée à Milan, elle alla trouver saint Ambroise qui la reçut avec une joie attendrie. Il ne pouvait se lasser de contempler cette mère, sur le visage de laquelle l'amour de Dieu et la tendresse pour un fils égaré avaient creusé de si vénérables sillons. Leurs rapports furent fréquents et intimes. Monique, qui avait appris de saint Ambroise à ne pas entrer en discussion avec son fils, et qui était décidée à abandonner à un homme si sage le soin de le sauver, continuait à prier, à se taire, et à verser au pied des saints autels ses larmes toutes-puissantes.

    Enfin Monique vit arriver le moment après lequel elle soupirait depuis si longtemps. Augustin, après dix-sept années de résistance, se rendit. Sainte Monique ne contenait plus sa joie; elle couvrait son fils de son regard heureux elle l'arrosait de ses larmes. Ô moment heureux, où une mère retrouve son enfant qu'elle croyait mort, ou qu'elle voyait mourir. Mais, ô moment plus heureux encore, où une mère chrétienne voit renaître dans l'âme de son fils la foi, la pureté, le courage, la vertu et où, chrétienne affligée des douleurs de l'Eglise, elle prévoit que ce fils dégénéré en va devenir la lumière, la gloire et le vengeur !

    Dès que les vacances furent ouvertes, sainte Monique amena Augustin à la campagne. C'est là que l'un et l'autre vinrent cacher leur joie et préparer leurs âmes au grand jour du saint baptême. Quelques amis s'étaient joints à eux. Sainte Monique était l'apôtre de ce petit cénacle. Tout son esprit, tout son génie, tout son cœur, toute sa foi, toutes les ardeurs de son zèle, toutes les industries de sa charité, elle les employait à seconder en eux l'action de Dieu. Sainte Monique assistait à toutes les conférences de son fils avec ses jeunes amis; elle y prenait quelquefois la parole, et comme Dieu donne à la pureté et à l'amour un singulier don de lumière, elle laissait tomber, au milieu des entretiens, des mots qu'Augustin faisait transcrire aussitôt sur ses tablettes, et que nous allons recueillir à notre tour pour achever de connaître par eux la mère du Platon chrétien.

    «L'âme n'a qu'un seul aliment, c'est de connaître et d'aimer la vérité». – «Celui qui désire le bien et le possède, est heureux. Mais s'il veut le mal, quand même il l'obtiendrait, combien il est malheureux.» – «Celui qui aime et possède des choses périssables ne peut jamais être heureux; fut-il même sûr de ne jamais les perdre, je l'estimerais encore malheureux, parce que tout ce qui est passager, est sans rapport avec l'âme de l'homme. Et plus il le recherchera, plus il sera misérable et indigent; car toutes les choses de la terre ne rendraient jamais une âme heureuse.»

    Après six mois passés dans cette intime et délicieuse vie de Cassiacum, sainte Monique et son fils retournèrent à Milan. Le moment du baptême étant arrivé, Augustin se rendit à l'église de Saint-Jean-Baptiste, accompagné de sa mère et de ses amis. Monique, vêtue de la robe blanche bordée de pourpre des veuves, enveloppée de longs voiles, s'efforçait en vain de cacher à tous les regards la joie qui inondait son âme. Un rayon de paix, de sécurité toute divine, apparaissait sur son front et achevait de donner à sa physionomie quelque chose de céleste. Ce qui avait grandi le plus en sainte Monique, c'était l'amour, car son amour pour Jésus Christ et son amour pour Augustin ne faisaient qu'un. Ils avaient crû ensemble. Elle avait déjà eu quelques extases dans la prière; mais depuis le baptême elles devinrent plus fréquentes. Quelquefois elle était si enivrée de son bonheur qu'elle demeurait un jour entier absorbée, sans parole, sans préoccupation de ce qui l'entourait, jouissant intérieurement et seule avec Dieu. D'autres fois, elle perdait jusqu'à l'usage de ses sens. Depuis la conversion de son fils, elle ne pensait plus qu'au ciel, et il était facile d'entrevoir qu'on ne la retiendrait pas longtemps ici-bas.

    Extrait de la vie de sainte Monique dans les Petits Bollandistes

  • Quatrième dimanche après Pâques

    La liturgie de ce dimanche est très proche de celle de dimanche dernier : l’évangile évoque la tristesse des apôtres, il y a une semaine parce que Jésus leur annonce son Ascension, aujourd’hui parce qu’il annonce la Pentecôte, quand il ne sera plus là. Or tout cela baigne dans les chants de la joie pascale, joie de la Résurrection qui est début et prémices des joies éternelles.

    La collecte, qui est une des plus belles de l’année par le rythme de son parallélisme final et de ses assonances, nous fait demander qu’au milieu des mundanas varietates, de tout ce qui change tout le temps en ce monde (dont parle aussi saint Jacques au début de l'épître), nos cœurs soient fixés là où sont les vraies joies :

    ibi nostra fixa sint corda
    ubi vera sunt gaudia.

    La joie s’installe dès l’introït : Cantate Domino canticum novum alleluia. Et l’on peut mettre deux points après canticum novum : ce chant nouveau que nous chantons au Seigneur, c’est « Alleluia ».

    Ce dimanche, la joie culmine dans l’offertoire. Avec un enthousiasme littéralement inouï, puisque, après avoir chanté la première phrase : Jubilate Deo universa terra, il la répète, n’ayant pas assez jubilé, et alors, sur ce mot « jubilate », se déploie une vocalise qui descend d’abord du do aigu au do grave, pour remonter ensuite par paliers, et en s'élargissant, du do grave au fa aigu, autrement dit sur une octave et demie, ce qui est unique. L’idée de joie, écrit dom Baron, « se développe en une acclamation splendide, ordonnée, mesurée et, en même temps, pénétrée d’une ardeur qui monte, s’enfle, éclate, enthousiaste comme le cri d’une foule qui chante son héros. C’est toute l’Eglise, toute la terre, qui s’excite elle-même à clamer son admiration, sa reconnaissance, son amour au Dieu si bon qui nous a donné son Fils et qui nous incorpore à lui pour être des fils nous-mêmes. »

    Cette vocalise conduit à cette curiosité, dans le Graduel d’Albi, que son sommet dépasse l’espace attribué à la notation du chant et a obligé le scribe à faire une hernie sur la ligne supérieure (cliquer sur l'image pour l'agrandir, bien sûr).

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    On remarquera aussi que ce manuscrit du XIe siècle donne un verset : Reddam tibi vota mea, qui comporte une autre vocalise, moins spectaculaire et plus contemplative, mais beaucoup plus longue, puisqu’elle occupe plus d’une ligne (ce qui fait deux lignes dans une édition moderne).

    On remerciera au passage la Bibliothèque nationale de France, non seulement de permettre de reproduire gratuitement le codex, mais de fournir en un clic la meilleure résolution de l’extrait voulu…

    Et l’on écoutera cet offertoire par les moines de Solesmes, qui ont magnifiquement architecturé la montée d’enthousiasme :
    podcast

  • Saint Athanase

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    Saint Athanase, église Saint-Athanase, Thessalonique

    Tu enduras les persécutions et supportas les périls, vénérable Athanase, divin prédicateur, jusqu'au moment où tu chassas l'erreur impie d'Arius; et tu sauvas l'Eglise de l'hérésie, bienheureux Pontife, en déclarant selon la vraie foi consubstantiels au Père le Fils et l'Esprit.

    Sous les éclairs de tes enseignements tu as illuminé ceux qui gisaient dans les ténèbres et chassé toute erreur, t'exposant aux périls pour la foi, Athanase, avec le courage d'un vrai Pasteur, tel une base inébranlable de l'Eglise du Christ; c'est pourquoi réunis en assemblée, nous te vénérons dans l'allégresse de nos chants.

    Tu pratiquas toute vertu avec persévérance, divinement inspiré; et consacré par l'onction de l'Esprit, aux yeux de tous tu devins un très-saint Pontife et un vrai Pasteur, un défenseur de la foi; aussi l'Eglise entière glorifie ta mémoire sacrée, en cette fête rendant gloire au Sauveur.

    Liturgie byzantine (lucernaire)

  • Solennité de saint Joseph

    Avant l’institution de la fête de saint Joseph artisan en 1955, dont la liturgie est d’une remarquable médiocrité, il y avait déjà, depuis 1847, une solennité de saint Joseph en cette période de l’année. Pie IX avait étendu à tout le rite latin la « fête du patronage de saint Joseph », célébrée le troisième dimanche après Pâques. Lors de la réforme de saint Pie X, elle devint « solennité de saint Joseph patron de l’Eglise universelle » et transférée au mercredi de la deuxième semaine après Pâques. Cette solennité était dotée d’une octave, et au jour octave on trouve comme lecture du troisième nocturne une homélie qui fait allusion à saint Joseph comme artisan. J’en donne ci-dessous la traduction du bréviaire latin-français de Labergerie. Cette homélie en quatre paragraphes dont la liturgie reprend les n. 2 et 3 est indiquée comme étant de saint Augustin, avec des références fantaisistes. Elle ne figure pas dans les éditions récentes de saint Augustin. La dernière phrase est vraiment superbe.

    N.B. – Selon la rubrique du bréviaire monastique, on dit aujourd’hui l’office de la solennité du mercredi de la deuxième semaine après Pâques, mais on peut dire le nouvel office de « la solennité de saint Joseph artisan, confesseur, époux de la Bienheureuse Marie Vierge », approuvé le 10 décembre… 1959. Je ne sais pas ce qu’il en est de l’office romain ni des rubriques du missel, mais il me paraîtrait fort convenable de conserver l’office et la messe de l’ancienne solennité…

    Ce jour est, en quelque sorte, un autre jour de naissance du Sauveur. Car sous les mêmes signes et avec les mêmes miracles que nous l’avons vu naître, nous le voyons maintenant baptisé, mais dans un plus grand mystère. Dieu dit en effet : Celui-ci est mon Fils bien aimé en qui je me suis complu. Plus éclatante est assurément la seconde naissance que la première. Car celle-là a mis au monde le Christ sans témoin et dans le silence ; celle-ci, dans le baptême du Seigneur, proclame sa divinité. Dans celle-là, Joseph qui passait pour le père se récuse ; dans celle-ci, celui qu’on ne croyait pas Père s’affirme comme tel. Dans celle-là, un doute pèse sur la Mère, parce que le père ne se déclarait pas ; ici la Mère est honorée, parce que la Divinité rend témoignage au Fils. Plus honorée, dis-je, est la seconde que la première naissance, puisque là le Dieu de majesté se donne comme Père, tandis qu’ici, c’est Joseph, simple artisan, qui passe pour le père. Et bien que, dans les deux cas, ce soit par l’Esprit Saint que le Seigneur est né et a été baptisé, plus honorable est celui qui se proclame du haut des cieux que celui qui travaille sur la terre.

    Joseph donc, artisan sur la terre, passait pour être le père du Seigneur et Sauveur ; mais il n’est pas tout à fait étranger au travail de l’artisan, le Dieu qui est vraiment le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ ; car lui-même aussi est artisan. Car il est artisan aussi, celui qui a fabriqué la machine de ce monde, avec une puissance non seulement admirable, mais encore ineffable ; qui, comme un sage architecte a élevé le ciel dans sa sublimité, a fondé la terre dans sa masse, et limité la mer par les cailloux de ses rivages. Il est bien artisan, celui qui, pour obtenir une certaine mesure, abaisse les exaltations de l’orgueil et élève les profondeurs de l’humilité. Il est artisan, celui qui, dans notre activité morale, retranche les œuvres superflues et ne conserve que l’utile. Il est artisan, celui dont Jean Baptiste nous montre la hache posée comme une menace à notre racine, pour que tout arbre qui dépassera la règle d’une juste direction soit coupé à la racine et livré au feu, tandis que celui qui aura gardé la mesure de la vérité sera destiné aux célestes constructions.

    Le texte latin ci après :

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  • Sainte Catherine de Sienne

    Alors cette âme, ivre d’amour, ne pouvait plus se contenir, et elle disait en présence de Dieu : O éternelle Miséricorde, qui couvrez toutes les fautes de vos créatures, je ne m’étonne plus si vous dites à ceux qui sortent du péché mortel et qui retournent à vous : Je ne me rappellerai pas vos offenses. O Miséricorde ineffable, je ne m’étonne plus si vous dites à ceux qui sortent du péché, puisque vous dites de ceux qui vous persécutent : Je veux que vous me priiez pour eux afin de pouvoir leur faire miséricorde.

    O Miséricorde, qui venez du Père, et qui gouvernez par votre puissance l’univers tout entier! O Dieu, c’est votre miséricorde qui nous a créés, qui nous a régénérés dans le sang de votre Fils ; c’est votre miséricorde qui nous conserve ; votre miséricorde a fait lutter votre Fils sur le bois de la croix. Oui, la mort a lutté contre la vie, la vie contre la mort. La vie a vaincu la mort du péché, et la mort du péché a ravi la vie corporelle de l’innocent Agneau. Qui est resté vaincu? la mort. Et quelle en fut la cause? votre miséricorde.

    Votre miséricorde donne la vie ; elle donne la lumière qui fait connaître votre clémence en toute créature, dans les justes et dans les pécheurs. Votre miséricorde brille au plus haut des cieux, dans vos saints ; et si je regarde sur la terre, votre miséricorde y abonde. Votre miséricorde luit même dans les ténèbres de l’enfer, car vous ne donnez pas aux damnés tous les tourments qu’ils méritent.

    Votre miséricorde adoucit votre justice ; par miséricorde, vous nous avez purifiés dans le sang de votre Fils ; par miséricorde, vous avez voulu habiter avec vos créatures à force d’amour. Ce n’était pas assez de vous incarner, vous avez voulu mourir ; ce n’était pas assez de mourir, vous avez voulu descendre aux enfers et délivrer les saints, pour accomplir en eux votre vérité et votre miséricorde. Votre bonté a promis de récompenser ceux qui vous servaient fidèlement, et vous êtes descendu aux limbes pour tirer de peine ceux qui vous avaient servi, et leur rendre le fruit de leurs travaux.

    Votre miséricorde vous a forcé à faire encore davantage pour l’homme : vous vous êtes donné en nourriture, afin que nous ayons un secours dans notre faiblesse, et que, malgré notre oublieuse ignorance, nous ne perdions pas le souvenir de vos bienfaits ; tous les jours vous vous offrez à l’homme dans le Sacrement de l’autel, dans le corps mystique de la sainte Église. Et qui a fait cela ? votre miséricorde. O Miséricorde, le cœur s’enflamme en pensant à vous ; de quelque côté que je me tourne, je ne trouve que miséricorde, O Père éternel, pardonnez à mon ignorance qui ose parler devant vous ; mais l’amour de votre miséricorde me servira d’excuse auprès de votre bonté.

    Dialogues, ch. 30

  • Deuxième dimanche après Pâques

    Allelúia, allelúia. Cognovérunt discípuli Dóminum Jesum in fractióne panis. Allelúia. Ego sum pastor bonus : et cognósco oves meas, et cognóscunt me meæ. Allelúia.

    Allelúia, allelúia. Les disciples reconnurent le Seigneur, Jésus à la fraction du pain. Allelúia. Je suis le bon pasteur et je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent. Alléluia.

    Les deux versets de l’Alléluia ne sont reliés que par le mot connaître (cognoverunt, cognosco : cognoscere). Le Bon Pasteur connaît ses brebis et ses brebis le connaissent — les disciples d’Emmaüs reconnaissent le Seigneur à la fraction du pain. Cette association d’idées est d’abord difficile à comprendre ; puis nous méditons sur le mot connaître. Ce mot signifie plus que son sens littéral ; il veut dire comprendre, avoir confiance, aimer, vivre l’un pour l’autre. C’est là la meilleure explication. Le Christ veut dire : Je suis avec les miens dans l’union la plus étroite, je suis un avec les miens. Le modèle de cette union est l’unité de la sainte Trinité. Mais où cette union se réalise-t-elle d’une manière plus profonde et plus intime que dans la « fraction du pain », dans la sainte Eucharistie ? Cette pensée est la lumière qui éclaire toute la messe.

    Dom Pius Parsch

    Chant des bénédictines de Notre-Dame de l’Annonciation (Le Barroux)

  • De la Sainte Vierge le samedi

    Dans son Année liturgique, dom Guéranger donne en ce jour une longue séquence figurant dans d’anciens missels allemands, sur les sept joies de Marie.

    Virgo templum Trinitatis,
    Deus summae bonitatis
    Et misericordiae,
    Qui tuae humilitatis
    Et dulcorem suavitatis
    Vidit et fragrantiae,
    De te nasci nuntiatur,
    Cum per Angelum mandatur
    Tibi salus gratiae ;
    Modum quaeris, demonstratur,
    Dum consentis, incarnatur
    Confestim Rex gloriae.

    O Vierge, temple de la Trinité, le Dieu de bonté et de miséricorde avant vu votre humilité, goûté les charmes de votre douceur et le parfum de votre pureté, vous envoie un message pour vous apprendre qu'il veut naître de vous. L'Ange vous apporte le salut de la grâce; vous demandez comment s'opérera la merveille; l'Ange vous l'explique; vous consentez, et aussitôt le Roi de gloire s'incarne en vous.

    Per hoc gaudium precamur
    Ut hunc Regem mereamur
    Habere propitium,
    Et ab eo protegamur,
    Protecti recipiamur
    In terra viventium.

    Par cette allégresse, nous vous en prions, rendez-nous propice ce grand Roi ; faites qu'il nous protège, et que sa protection nous introduise dans la terre des vivants.

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  • Ecce dies celebris

    Ecce dies celebris!
    Lux succedit tenebris,
    Morti resurrectio.
    Laetis cedant tristia,
    Cum sit major gloria
    Quam prima confusio;
    Umbram fugat veritas,
    Vetustatem novitas,
    Luctum consolatio.

    Voici le jour glorieux : la lumière succède aux ténèbres, la résurrection à la mort. Que la joie fasse place à la tristesse ; car la gloire est plus grande que ne fut l'ignominie. L'ombre fuit devant la vérité, l'antique loi devant la nouvelle; la consolation a remplacé le deuil.

    Pascha novum colite;
    Quod praeit in capite,
    Membra sperent singula.
    Pascha novum Christus est,
    Quid pro nobis passus est,
    Agnus sine macula.

    Venez fêter la Pâque nouvelle; que les membres espèrent pour eux-mêmes la gloire qui déjà brille en leur chef. Notre nouvelle Pâque, c'est le Christ, lui qui souffrit pour nous, Agneau sans tache.

    Hosti qui nos circuit
    Praedam Christus eruit:
    Quod Samson praecinuit,
    Dum leonem lacerat.
    David, fortis viribus,
    A leonis unguibus
    Et ab ursi faucibus
    Gregem patris liberat.

    L'ennemi qui rôde autour de nous avait saisi sa proie; le Christ la lui arrache. C'est la victoire que figurait Samson, lorsqu'il déchira le lion furieux; et David, jeune et robuste, lorsqu'il sauva le troupeau de son père des griffes du lion et de la dent de l'ours.

    Qui in morte plures stravit,
    Samson, Christum figuravit,
    Cujus mors victoria.
    Samson dictus Sol eorum:
    Christus lux est electorum,
    Quos illustrat gratia.

    Samson immolant par sa mort ses nombreux ennemis, présageait encore le Christ, dont la mort a été la victoire; Samson, dont le nom exprime le Soleil, rappelle le Christ, lumière des élus que sa grâce illumine.

    Jam de Crucis sacro vecte
    Botrus fluit in dilectae
    Penetral ecclesiae.
    Jam, calcato torculari,
    Musto gaudent ebriari
    Gentium primitiae.

    Sous le pressoir sacré de la croix, la grappe s'épanche dans le sein de l'Eglise bien-aimée; exprimé par la violence, le vin coule, et sa liqueur plonge dans une joyeuse ivresse les prémices de la gentilité.

    Saccus scissus et pertusus
    In regales transit usus:
    Saccus fit soccus gratiae,
    Caro victrix miseriae.

    Le sac lacéré par tant de blessures devient un ornement royal : cette chair qui a vaincu la souffrance est transformée en une parure de gloire.

    Quia regem peremerunt,
    Dei regnum perdiderunt:
    Sed non deletur penitus
    Cain, in signum positus.

    Pour avoir immolé le roi, le juif a perdu le royaume ; nouveau Caïn, il est exposé en exemple, et le signe dont il est marqué ne s’effacera pas.

    Reprobatus et abjectus
    Lapis iste, nunc electus,
    In tropaeum stat erectus,
    Et in caput anguli.
    Culpam delens, non naturam,
    Novam creat creaturam,
    Tenens in se ligaturam
    Utriusque populi.

    La pierre qu'il a rejetée et réprouvée est maintenant la pierre élue ; posée à la tête de l'angle, elle y brille comme un trophée. Par elle le péché est ôté, mais non la nature ; elle donne à l'homme un nouvel être, et réunis par elle, les deux peuples n'en forment plus qu'un seul.

    Capiti sit gloria,
    Membrisque concordia! Amen.

    Donc soit gloire au Chef, et concorde entre les membres ! Amen.

    - Séquence d'Adam de Saint-Victor, traduction dom Guéranger -

  • Un événement à Cagliari

    Le jeune prêtre sarde diocésain don Michele Piras, ordonné samedi par l’archevêque de Cagliari Mgr Miglio, a voulu célébrer sa première messe selon la « forme extraordinaire ». Et ce fut, dimanche, une grand-messe très solennelle de saint Pie V, en la cathédrale de Cagliari, pour la première fois depuis la nouvelle messe. En présence notamment du cardinal Luigi de Magistris. La célébration a été entièrement organisée par le clergé sarde.

  • De ore prudentis

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    . De ore prudéntis procédit mel, alléluia : dulcédo mellis est sub língua eius, alléluia : * Favus distíllans lábia eius, allelúia, allelúia.
    . Sapiéntia requiéscit in corde eius, et prudéntia in sermóne oris illíus.
    . Favus distíllans lábia ejus, allelúia, allelúia.

    De la bouche du sage sort du miel, alléluia ; la douceur du miel est sous sa langue, alléluia : de ses lèvres dégoutte un rayon de miel. La sagesse repose en son cœur, et la prudence dans la parole de sa bouche ; de ses lèvres dégoutte un rayon de miel.

    Ce répons du temps pascal, qui s’applique soit au Ressuscité (comme en ce jour), soit à un saint, donne l’impression, comme la plupart, d’être pris d’un livre de la Bible, sans qu’on puisse a priori déterminer lequel… On en est tellement persuadé que saint Pierre Damien cite ce texte dans une lettre en disant : « Comme il est écrit. » Mais les éditeurs ne donnent pas la référence. Car il n’y en a pas, même si le répons pourrait en effet provenir de la Sainte Ecriture. En fait il en provient, mais en faisant la synthèse de diverses expressions dispersées. Dont deux se trouvent au verset 11 du chapitre 4 du Cantique des cantiques : « favus distillans labia », mais il s’agit des lèvres de l’Epouse, et non du « Sage » ; et l’on trouve du miel et du lait « sous la langue »… de l’Epouse.

  • De la férie

    L’office monastique férial est assez différent de l’office romain en ce temps de Pâques. Les matines n’ont qu’une « lecture brève » constituée des trois premiers versets du chapitre 6 d’Osée (qui avec les trois suivants sont le deuxième « cantique » du troisième nocturne des matines du dimanche) :

    Venite, et revertamur ad Dominum, quia ipse cepit, et sanabit nos ; percutiet, et curabit nos. Vivificabit nos post duos dies ; in die tertia suscitabit nos, et vivemus in conspectu ejus. Sciemus, sequemurque ut cognoscamus Dominum.

    Venez, et retournons au Seigneur, car Il nous a fait captifs, et Il nous délivrera; Il a blessé, et Il nous guérira. Il nous rendra la vie après deux jours; le troisième jour Il nous ressuscitera, et nous vivrons en Sa présence. Nous saurons, et nous suivrons le Seigneur, afin de Le connaître.

    Le texte a été choisi bien évidemment parce qu’il est une annonce de la résurrection le troisième jour. Mais on remarquera qu’il s’agit de notre résurrection : le Christ est ressuscité pour que nous soyons nous aussi ressuscités. Sa résurrection est le signe et de notre résurrection, acquise par la sienne, et c’est ce que souligne la liturgie. Et elle le redira d’une autre façon à la fin du second nocturne, par ce capitule tiré de l’épître de saint Paul aux Romains, et qui est un « refrain » du temps pascal :

    « Consepulti enim sumus cum illo per baptismum in mortem : ut quomodo Christus surrexit a mortuis per gloriam Patris, ita et nos in novitate vitæ ambulemus. »

    Nous avons été ensevelis avec Lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité d'entre les morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous marchions dans une vie nouvelle.

    Déjà nous devons marcher en ressuscités… (Ce n’est pas le plus facile…)

  • Saint Justin

    Extrait du Dialogue de saint Justin avec le Juif Tryphon (vers 150-155), chapitre 113 :

    Voyez quelle est votre conduite. Celui qui fut envoyé avec Caleb pour reconnaître la terre de Chanaan, et qui portait auparavant le nom d'Ausès, ainsi que je l'ai déjà dit, reçut de Moïse le nom de Jésus*. Vous ne demandez pas pour quelle raison vous passez sur ce point sans élever aucune discussion; vous ne faites aucune question sérieuse ; sous ce nom, vous ne voyez pas le Christ; vous lisez sans comprendre, et maintenant que vous entendez dire que Jésus est notre Christ, vous ne raisonnez pas en vous-mêmes, vous ne tirez pas cette conséquence que ce n'est pas en vain et sans raison que ce nom a été donné au compagnon de Caleb dont nous parlons. (…)

    Seul de tous les chefs hébreux sortis d'Egypte, il conduisait dans la terre sainte les restes d'Israël. De même que ce fut lui, et non pas Moïse, qui mit le peuple de Dieu en possession de la terre promise, et la distribua d'après le sort entre tous ceux qui purent y entrer avec lui, de même Jésus convertira les restes dispersés de ce même peuple et leur distribuera la véritable terre sainte; mais avec quelle différence! Le fils de Navé ne put donner qu'un héritage passager; il n'était pas le Christ Dieu, le fils de Dieu ; mais le Christ, après la grande résurrection, nous donnera un héritage qui ne passera point.

    Si le fils de Navé arrêta le soleil, ce ne fut qu'après avoir pris le nom de Jésus en échange du sien, et reçu sa puissance de l'Esprit même de Jésus. Déjà nous avons prouvé que c'est ce même Jésus qui apparut à Moïse, à Abraham et aux autres patriarches, et conversa avec eux lorsqu'il exécutait les ordres de son père ; qui, depuis, est venu sur la terre, s'est fait homme, est né d'une vierge et subsiste toujours. Après lui et par lui le Dieu créateur doit renouveler le ciel et la terre ; c'est le Christ qui, dans la nouvelle Jérusalem, sera l'éternelle lumière ; il est le véritable roi de Salem selon l'ordre de Melchisédech, et le prêtre éternel du Très-Haut.

    Mais revenons à Jésus ; il est rapporté qu'il ordonna une seconde circoncision et qu'elle fut faite avec des couteaux de pierre : n'était-ce pas une prophétie de cette circoncision par laquelle le Christ nous retranche ou plutôt nous sépare des dieux de pierre et d'autres simulacres semblables ? Il est dit aussi qu’il réunit en un même lieu les Hébreux qui furent circoncis; n'était-ce pas encore une image de ce que fit le Christ, qui rassembla de toutes les parties du monde, en un même corps, ceux que le véritable couteau de pierre, c'est-à-dire ta parole, avait retranchés du monde idolâtre ? Car vous savez que la pierre est présentée comme la figure du Christ : similitude souvent employée par les prophètes; et sa parole est avec raison comparée à un couteau de pierre : par elle, en effet, tant d'hommes incirconcis et plongés dans l'erreur ont reçu la circoncision du cœur et non de la chair ! et c'est à cette circoncision que Dieu, par Jésus, exhortait ceux qui avaient reçu celle d'Abraham, lorsqu'il nous dit que ceux qui entrèrent dans la terre sainte reçurent de Jésus une seconde circoncision qui fut faite avec des couteaux de pierre.

    * Dans la Septante (Justin écrit en grec), Josué est appelé Jésus, car il s’agit du même nom (même si Jésus – Yeshua – est la forme abrégée de Josué : Yehoshua). Il est fascinant de lire l’Exode et le livre de Josué en lisant chaque fois Jésus à la place de Josué, comme le fait le grec. Notamment aussi quand ce Jésus est le seul qui accompagne Moïse au sommet de la montagne, et qu’il demeure seul dans la Tente du témoignage, seule présence en dehors de celle de Dieu, en un lieu où personne ne peut demeurer…

  • Saint Herménégilde

    Dans ses Dialogues (livre III, chapitre 31), saint Grégoire le Grand raconte la vie et le martyre de saint Herménégilde :

    Beaucoup de personnes venues d'Espagne m'ont appris que le roi Herménigilde, fils du roi Lévigilde, converti par les prédications du vénérable Léandre, évêque de Séville, auquel je suis uni par les liens d'une ancienne amitié (1), avait quitté l'hérésie arienne pour embrasser la foi catholique. Son père, engagé dans l'hérésie d'Arius, employa les menaces et les promesses, la persuasion et la terreur, pour le replonger dans les ténèbres de l'hérésie. Il répondit avec une constance inébranlable qu'il ne pourrait jamais quitter la vraie foi, après l'avoir une fois connue. Lévigilde, irrité, lui ôta la couronne et le dépouilla de tous ses biens. Un traitement si dur ne put faire fléchir son courage ; son père inhumain le fit jeter dans une étroite prison, et charger de fers au cou et aux mains. Alors le jeune roi Herménigilde se prit à mépriser les royaumes de la terre pour aspirer de tout l'élan de son âme au céleste royaume. Couvert d'un cilice, accablé de chaînes et gisant à terre, il conjurait avec ferveur le Dieu tout-puissant de fortifier son courage ; plus il avait reconnu dans sa prison le néant des biens qui se peuvent ravir, plus il se sentait un généreux dédain pour la gloire d'un monde qui passe.

    La solennité de Pâques étant arrivée, le perfide Lévigilde députa vers son fils, dans le silence d'une nuit profonde, un évêque arien, chargé de lui donner la sainte communion de sa main sacrilège, et de lui faire acheter à ce prix les bonnes grâces de son père. Mais, tout dévoué au Seigneur, le jeune confesseur accabla l'évêque arien de reproches justement mérités, et repoussa ses insinuations perfides ; car, s'il était couché sous le poids de ses fers, intérieurement il se tenait debout, tel qu'une colonne, dans le calme d'une sécurité profonde. Lorsque l'évêque arien fut de retour, Lévigilde se livra à de violents transports, et aussitôt il envoya ses appariteurs pour tuer dans sa prison le généreux confesseur de la foi ; ses ordres furent accomplis. A peine les satellites furent-ils entrés, qu'ils lui fendirent la tête à coups de hache et tranchèrent le fil de ses jours. Ils ne purent lui enlever, après tout, que ce que l'héroïque victime avait constamment méprisé en sa personne.

    Mais, pour manifester sa véritable gloire, le Ciel fit éclater plus d'un miracle. Auprès du corps de ce roi immolé pour sa foi, et d'autant plus véritablement roi qu'il avait obtenu la couronne du martyre, on entendit dans le silence de la nuit retentir le chant sacré des psaumes. On rapporte aussi que dans ce même moment on vit des lampes allumées. C'était pour montrer que ses mortelles dépouilles, telles que les reliques d'un martyr, devaient être à juste titre l'objet de la vénération des fidèles. Son impie et parricide père fut touché de repentir ; il déplora son crime ; mais ses remords ne suffirent pas pour lui obtenir la grâce du salut. Il reconnut la vérité de la foi catholique ; mais comme il redoutait de froisser sa nation par une profession ouverte, il ne mérita pas de l'embrasser. Les chagrins et la maladie l'ayant conduit au terme de sa carrière, il manda l’évêque Léandre, qu'il avait auparavant persécuté avec tant de rigueur, et lui recommanda instamment son fils Récarède, qu'il laissait plongé dans l'hérésie, afin que les exhortations du saint prélat opérassent en lui l'heureux changement qu'elles avaient produit dans son frère. Après cette recommandation il mourut. Alors, au lieu de suivre les égarements du roi son père, Récarède marcha sur les traces du roi martyr son frère, renonça aux coupables erreurs de l'hérésie arienne, convertit à la vraie foi toute la nation des Visigoths, et refusa de recevoir sous ses étendards, dans toute retendue de son royaume, ceux qui ne craignaient pas de se constituer les ennemis de Dieu en restant infectés du venin de l'hérésie. Il ne faut pas s'étonner que le frère d'un martyr soit devenu le prédicateur de la vraie foi : les mérites du second obtinrent au premier la grâce de ramener dans le sein de Dieu une foule de personnes. Il importe de nous convaincre qu'une si belle entreprise n'eût pu se réaliser si le roi Herménigilde n'eût versé son sang pour la vérité ; car il est écrit : Si le grain de blé tombé en terre ne vient à mourir, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Nous voyons se renouveler dans les membres ce qui a lieu dans notre chef. Parmi la nation des Visigoths, un homme est mort pour procurer la vie à une multitude. Un seul grain tombé dans une terre fidèle a fait surgir une riche moisson d'âmes qui ont obtenu la foi. (Traduction de l’abbé Henry, 1851. Texte latin ici, avec la traduction grecque réalisée par le pape Zacharie.)

    [En même temps qu’il faisait tuer son fils, le roi Lévigilde envoyait l'évêque Léandre en exil. Il se retrouva à Constantinople où il se lia d’amitié avec Grégoire, qui était alors ambassadeur du pape. De retour dans son pays, il convertit l’Espagne à la foi catholique grâce au roi Récarède. Son frère, le célèbre saint Isidore, docteur de l’Eglise, lui succéda sur le siège de Séville.]

  • Dimanche in albis

    L’épître de ce dimanche présente une particularité unique, c’est d’avoir une importante partie de texte qui n’existe pas.

    « (7) Car il y en a trois qui rendent témoignage [dans le ciel : le Père, le Verbe et le Saint-Esprit ; et ces trois sont un. (8) Et il y en a trois qui rendent témoignage sur la terre] : l’Esprit, et l’eau, et le sang ; et ces trois sont un. »

    Des tentatives désespérées ont été faites au cours de l’histoire pour voir le texte complet comme étant le texte canonique, d’autant que son parallélisme est si séduisant, et surtout que son affirmation de la Sainte Trinité est si claire… Mais il faut se rendre à l’évidence. La partie litigieuse ne se trouve dans aucun manuscrit grec ancien. Le plus ancien est du… XVe siècle. Aucun père grec n’y fait allusion, et si saint Cyprien – puis ceux qui le citent – dit « et ces trois sont un » en parlant du Père, du Verbe et de l’Esprit (mais sans référence), saint Augustin n’y fait jamais non plus allusion. Mais peu à peu, sans qu’on sache comment, le texte "complet" est cité par les auteurs latins, puis par des auteurs grecs (et arméniens, syriaques, etc.) Et la Vulgate sixto-clémentine le donne pour authentique. Mais la récente Vulgate de Stuttgart a bien fait de l’expurger, même si, bien entendu, le texte liturgique doit rester celui que nous a légué une longue tradition, admirablement explicative.

    Quant à l’évangile de ce jour, il a la particularité d’évoquer les deux premiers huitièmes jours… Celui de la Résurrection, et la première octave de la Résurrection. Comme le chante une prière de la liturgie mozarabe citée par dom Guéranger :

    Ingeniti Genitoris genite Fili, qui in eo nobis diei hujus octavi renovas cultum, in quo te discipulorum aspectibus hodie præbuisti palpandum. Nam licet hic dies sit prior pras cæteris conditus, octavus post septem efficitur revolutus. Quo ipse sicut admirabiliter e sepulcro surrexisti a mortuis, ita ad discipulos inæstimabiliter intrasti januis obseratis. Initium videlicet Paschæ ac finem exornans congruis sacramentis, cum et resurrectio tua custodibus terrorem incuteret, et manifestatio discipulorum corda dubia confortaret. Quæsumus ergo, ut nos his sacramentis imbutos fides qua te credimus post istud sæculum tibi repræsentet illæsos. Nullum nobis de te scrupulum dubitationis errorisque, aut otium pariat, aut quæsitio incauta enutriat. Serva in nomine tuo quos redemisti sanguine pretioso. Contemplandum te nostris sensibus præbe nostrumque cor dignatus ingredere. Esto semper in medio nostri, qui hodie pacem nuntians discipulorum in medio astitisti. Quique in eis insufflasti Spiritum vitæ, nobis largire ejusdem Spiritus consolationem.

    Fils engendré du Père qui n’est engendré de personne, vous renouvelez aujourd’hui le culte de ce huitième jour, dans lequel vous vous offrîtes aux regards et à l’attouchement de vos disciples. Ce jour du Dimanche, bien qu’il ait précède les autres, devient le huitième après que les sept premiers sont écoulés. En ce jour vous vous levâtes du sépulcre, vous vous séparâtes des morts ; en ce jour aussi vous entrez, les portes fermées, et vous accordez aux disciples votre chère visite. C’est ainsi que vous marquez, chacun par son mystère, le commencement et la fin de la Pâque ; votre résurrection épouvante les gardiens de votre tombeau, et votre apparition vient confirmer les cœurs chancelants des disciples. Quant à nous qui possédons la science de tous ces mystères, daignez faire que la foi par laquelle nous croyons, nous préserve du mal pour le jour où, après cette vie, nous paraîtrons devant vous. Que cette foi ne connaisse ni le doute qu’engendre la paresse de l’esprit, ni l’erreur que mène à sa suite une téméraire curiosité. Gardez en votre nom ceux que vous avez rachetés de votre précieux sang. Laissez-vous contempler à notre âme ; daignez pénétrer aussi dans notre cœur. Soyez toujours au milieu de nous, vous qui, étant au milieu de vos disciples, leur avez aujourd’hui annoncé la paix. Vous avez soufflé sur eux l’Esprit de vie, répandez aussi sur nous la consolation du même Esprit.

  • Samedi in albis

    L’image que présente la liturgie de ce jour aux baptisés de Pâques (et aussi à nous tous qui avons renouvelé les promesses de notre baptême) est audacieuse. En ce samedi « in albis deponendis », le jour où les néophytes doivent « déposer les aubes », rendre le vêtement blanc qu’ils avaient revêtu à Pâques, l’Eglise lit l’évangile où saint Jean voit les linges blancs qui ont été laissés, « déposés » dans le tombeau par Jésus ressuscité. Ce n’est évidemment pas un hasard, car il s’agit d’un récit de ce qui s’est passé aux toutes premières heures du matin de Pâques, et si l’on a attendu ce jour, c’est bien à cause du linceul qui gît sur la pierre du tombeau de telle façon que saint Jean crut immédiatement à la résurrection.

    Or si les nouveaux baptisés doivent déposer le vêtement blanc, celui-ci ne faisait que symboliser leur baptême. La nuit de Pâques, ils ont « revêtu le Christ », et ce vêtement-là ils doivent le garder toute leur vie, et pour l’éternité.

    « Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. » C’est la phrase de saint Paul qui est l’antienne de communion de ce jour : la communion au corps du Christ.

    C’est pourquoi l’épître, de saint Pierre, commence par « Deponentes » : il ne s’agit pas de la déposition du vêtement blanc, mais au contraire de la malice, de la ruse, de la dissimulation, de l’envie, de la médisance… Nous avons déposé le vieil homme pour revêtir l’homme nouveau.

  • Vendredi de Pâques

    L’évangile de la messe de ce jour est très court. Ce sont les cinq brefs derniers versets de saint Matthieu. Et ils sont d’une densité extrême, bien que nous n’en ayons plus conscience. Pour le comprendre, il faut se mettre à la place des apôtres entendant ce que dit Jésus :

    - Toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre.

    C’est la toute puissance de Dieu, qui est Dieu même : « Vous verrez le fils de l’homme siégeant à la droite de la Puissance », avait dit Jésus devant le Sanhédrin. Et cette puissance n’est plus seulement celle du Verbe, c’est celle qui a été donnée à l’humanité glorifiée du Christ (c’est Jésus « né de la chair, établi Fils de Dieu en toute puissance, selon l’Esprit de sainteté par sa résurrection des morts », dira saint Paul) – dans le ciel comme sur la terre.

    - Allez enseigner toutes les nations.

    La mission est désormais clairement universelle. Il ne s’agit plus seulement des « brebis d’Israël ». Le mot « enseigner » veut dire en fait, en grec, faire des disciples. Et de fait ces apôtres si peu nombreux ont fait des disciples de toutes les nations.

    - les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

    Claire révélation de la Sainte Trinité, appliquée au baptême, le sacrement de l’Alliance nouvelle et éternelle. Trinité dans l’Unité, puisqu’il y a deux fois « et » mais un est le Nom.

    Gouverner par la Puissance, sanctifier par les sacrements, enseigner pour faire des disciples, ce sont les trois charges confiées par le Seigneur à son Eglise. Ce que souligne de nouveau l'antienne de communion.

    - Je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles.

    Pas avec les apôtres, puisqu’ils ne vivront pas jusqu’à la fin du monde. Mais avec l’Eglise. L’Eglise constituée de sorte qu’il y soit toujours présent et qu’il en soit la tête, l’Eglise donc hiérarchique et infaillible.

  • Jeudi de Pâques

    L’évangile de ce jour raconte l’apparition de Jésus à Marie Madeleine. Laquelle eut lieu au matin de Pâques, donc avant ce que nous racontaient les évangiles de lundi et de mardi, a fortiori bien avant la pêche miraculeuse d’hier.

    Pourquoi avoir attendu ce jour ? Parce que nous sommes jeudi. Octave du Jeudi Saint. De même que le jeudi de la Passion annonçait le Jeudi Saint, ce jeudi y renvoie. Le Jeudi Saint c’était le lavement de pieds figurant l’eucharistie, le sacrement de l’amour. Or Marie Madeleine est celle qui a aimé le plus, et qui a ainsi mérité de rencontrer Jésus dès sa résurrection, et d’être l’apôtre des apôtres : la station est à la basilique des Saints Apôtres, et c’est Marie Madeleine que l’on fête. Marie Madeleine qui avait lavé les pieds du Seigneur de ses larmes, comme nous le disait l’évangile du jeudi de la Passion.

    L’antienne du Benedictus nous dit : « Marie se tenait tout en larmes près du tombeau et elle vit deux anges assis, vêtus de blanc, et le suaire qui avait été sur la tête de Jésus. Alléluia. »

    On note que selon la liturgie Marie Madeleine a vu « le suaire ». C’est aussi ce que dit le Victimae Paschali laudes qu’on chante à toutes les messes de cette semaine.

    Dans l’évangile, c’est saint Jean qui remarque les linges funéraires dans le tombeau, et leur disposition, « et il vit, et il crut ». Marie Madeleine est appelée elle aussi à la foi, mais d’une autre manière. Elle ne voit pas seulement le suaire, elle voit le Ressuscité lui-même. « Ne me touche pas », lui dit-il. Ne me touche pas avec tes mains, avec tes sens corporels, car c’est dans la foi qu’on doit toucher le Ressuscité. Et qu’on le touche très réellement, dans l’Eucharistie. Mais « avec les mains de la foi, les doigts de l’amour, l’étreinte de la piété, les yeux de l’esprit » (saint Bernard).

  • Mercredi de Pâques

    L’évangile de la messe de ce jour est celui de la seconde pêche miraculeuse, celle d’après la résurrection.

    « Simon Pierre monta dans la barque, et tira à terre le filet, plein de 153 poissons. »

    On est habitué à plusieurs nombres symboliques dans l’Ecriture : 3, 7, 10, 12… Mais l’on peut s’étonner de ce 153, qui a priori ne nous dit rien et que saint Jean n’a pourtant pas mis au hasard.

    Saint Augustin est le premier semble-t-il à avoir remarqué que 153 est la somme des nombres de 1 à 17 : 1+2+3+4+5 etc. C’est ce qu’on appelle depuis Pythagore un nombre triangulaire, et 153 est le 17e nombre triangulaire, parce qu’on l’établissait alors par un triangle équilatéral de 17 pastilles de côté. Or bien sûr le triangle est le symbole de la Trinité.

    Quant à 17, saint Augustin explique que c’est un nombre formé de 10 et de 7, à savoir la Loi (le Décalogue) à laquelle s’ajoute la grâce du Saint-Esprit aux 7 dons, les 153 poissons symbolisant donc le nombre des élus, qui par la grâce ont observé les commandements. On peut aussi remarquer que 10 et 7 sont des nombres de la totalité, de la plénitude, et que 153 est donc une absolue plénitude de totalité et totalité de plénitude.

    En outre 17 est le… septième nombre premier. Et saint Augustin fait remarquer aussi que dans cet épisode évangélique il y a sept apôtres.

    Plusieurs pères, ne voyant pas le nombre triangulaire, ont décomposé 153 en 3 fois 50 plus 3, combinaison superlative du Saint-Esprit (la Pentecôte est le 50e jour après Pâques) et de la Trinité. Or cela correspond au fait que les Actes des Apôtres énumèrent 17 nationalités (figurant l’ensemble des nations) parmi ceux qui comprennent ce que disent les Apôtres le jour de la Pentecôte.

    C’est aussi un nombre marial : le Rosaire, plénitude de la prière mariale, se compose de 153 Ave Maria, qui sont engendrés par 17 prières (1 Credo et 16 Pater). On a pu remarquer aussi que la « Dame du Rosaire », à Fatima, est apparue entre le 13 mai et le 13 octobre, ce qui fait 153 jours. (Et l’Ave Maria lui-même est composé de 153 lettres si l’on néglige le « et » avant « benedictus », qui n’est d’aucune nécessité.)

  • Mardi de Pâques

    L’évangile de ce jour est la suite de celui d’hier, qui se terminait par le retour des pèlerins d’Emmaüs à Jérusalem, quand ils disent aux apôtres qu’ils ont vu Jésus et qu’ils l’ont reconnu à la fraction du pain.

    Entre les deux, quatre mots sont omis : « dum haec autem loquuntur » : Or, pendant qu’ils parlaient ainsi… Ils n’ont pas le temps de finir leur histoire que, voici, Jésus est là. Il les salue, et ils sont effrayés, tout le monde est effrayé, alors que les apôtres viennent de dire que Jésus est vivant puisqu’il est apparu à Pierre, et que les pèlerins d’Emmaüs viennent de dire également qu’ils l’ont vu…

    Pour leur prouver qu’il n’est pas un fantôme, Jésus leur montre ses pieds et ses mains, donc les stigmates de sa Passion, et il mange devant eux. Puis il leur dit la même chose, mais de façon un peu différente, qu’il a dite aux pèlerins d’Emmaüs, l’essentiel du kérygme qui était au centre du récit, et il ajoute, puisqu’il parle aux apôtres, que cette bonne nouvelle du salut qu’il vient d’opérer doit être annoncée au monde entier : « et être prêchés en son nom la pénitence et la rémission des péchés à toutes les nations ».

    On est presque à la fin de l’évangile de saint Luc. Il reste quelques mots, mais c’est pour parler de l’Ascension. Or nous n’y sommes pas encore.

    Mais il y a ici quelque chose de très important pour la compréhension des textes sacrés. En effet, saint Luc nous dit qu’après avoir parlé ainsi, le Ressuscité conduisit ses apôtres à Béthanie et, les bénissant, il monta au ciel.

    Or c’est le même saint Luc qui, au début des Actes des apôtres (et il n’est contesté par personne que c’est le même auteur) précise que l’Ascension a lieu 40 jours après.

    On voit là que les « contradictions » que la critique découvre dans les textes sacrés ne sont souvent que des artifices littéraires.

  • Lundi de Pâques

    L’évangile du lundi de Pâques est celui des pèlerins d’Emmaüs. Un épisode clef de l’Evangile. Nous sommes dans cette déchirure du temps, comme dit sœur Jeanne d’Arc, entre la vie terrestre du Seigneur et le temps de l’Eglise. Le texte est une grande inclusion, au centre de laquelle se trouve le kérygme, proféré par Jésus, qui sera le cœur de la prédication dans les Actes des apôtres, que le même saint Luc va écrire. Et le récit fait clairement allusion à la multiplication des pains qui, vue à travers la Cène, devient l’eucharistie pour toute la durée du temps de l’Eglise, durée indiquée par l’insolite imparfait : il leur donnait, il tendait la main pour leur donner le pain.

    C’est pourquoi l’Eglise a placé cet épisode immédiatement après le dimanche de la Résurrection.

    L’antienne du Benedictus et l’antienne du Magnificat montrent aussi que cet évangile est l’axe de ce jour :

    Jesus junxit se discípulis suis in via, et ibat cum illis : óculi autem eórum tenebántur, ne eum agnóscerent : et increpávit eos, dicens : O stulti et tardi corde ad credéndum in his, quæ locúti sunt prophétæ, allelúia.

    Jésus se joignit à ses disciples le long du chemin, et il marchait avec eux : mais leurs yeux étaient retenus de peur qu’ils ne le reconnussent : Et il les reprit, disant : O insensés et lents de cœur à croire tout ce qu’ont dit les prophètes, alléluia.

    Qui sunt hi sermónes, quos confértis ad ínvicem ambulántes, et estis tristes ? allelúia.

    Quels sont ces discours que vous tenez ainsi en marchant, et pourquoi êtes-vous tristes ? Alléluia.

    Mais ce n’est pas seulement ce jour. Les pèlerins d’Emmaüs vont pèleriner avec nous pendant le temps pascal, jusqu'à l’Ascension. Chaque jour (qui ne sera pas occupé par une fête de saint), aux vêpres, l’Eglise va chanter la demande pressante des pèlerins :

    V. Mane nobíscum, Dómine, allelúia.
    R. Quóniam advesperascit, allelúia.

    Reste avec nous, Seigneur, alléluia.
    Parce que le soir tombe, alléluia.

    Et on retrouvera encore cet épisode évangélique à plusieurs reprises, aussi le matin, dans l’antienne du Benedictus. Le jeudi et le vendredi de la troisième semaine, tous les jours, du lundi au vendredi, de la quatrième semaine, et encore le lundi de la cinquième semaine. Voici ces antiennes, qui reprennent tout l’essentiel de cet épisode et forment un des fils conducteurs du temps pascal.

    Tu solus peregrinus es, et non audísti de Jesu, quomodo tradidérunt eum in damnatiónem mortis? allelúia.

    Es-tu le seul pèlerin qui n’ait pas entendu ce qui s’y est passé à propos de Jésus, comment on l’a livré pour être condamné à mort ? Alléluia.

    Nonne sic opórtuit pati Christum, et ita intráre in glóriam suam ? allelúia.

    Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses, et qu'il entrât ainsi dans sa gloire? Alléluia.

    Et incípiens a Móyse et ómnibus prophétis, interpretabátur illis Scriptúras, quæ de ipso erant, allelúia.

    Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliquait les Ecritures, qui parlaient de lui, alléluia.

    Et coëgérunt illum, dicéntes : Mane nobiscum, quóniam advesperáscit, allelúia.

    Et ils le pressèrent, disant : Reste avec nous, parce que le soir tombe, alléluia.

    Mane nobiscum, quóniam advesperáscit et inclináta est jam dies, allelúia.

    Reste avec nous, parce que le soir tombe et que le jour est déjà sur son déclin, alléluia.

    Et intrávit cum illis ; et factum est, dum recúmberet cum illis, accépit panem, et benedíxit, ac fregit, et porrigébat illis, allelúia, allelúia.

    Et il entra avec eux, et il arriva, pendant qu’il était à table avec eux, qu’il prit du pain, et le bénit, et le rompit, et il le leur tendait, alléluia, alléluia.

    Cognovérunt Dóminum Jesum, allelúia, in fractióne panis, allelúia, allelúia.

    Ils reconnurent le Seigneur Jésus, alléluia, à la fraction du pain, alléluia, alléluia.

    Nonne cor nostrum ardens erat in nobis, dum loquerétur in via, et aperíret nobis Scriptúras ? Allelúia.

    Est-ce que notre cœur n'était pas brûlant en nous, lorsqu'il nous parlait sur le chemin, et qu'Il nous expliquait les Ecritures? Alléluia.

  • Pâques

    Scuola di Andrei Rublev_ Anni 1425-1427.jpg

    Lorsque le sabbat fut passé, Marie-Madeleine, et Marie mère de Jacques, et Salomé, achetèrent des parfums pour venir embaumer Jésus. Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles vinrent au sépulcre, le soleil étant déjà levé. Et elles disaient entre elles: Qui nous retirera la pierre de l'entrée du sépulcre ? Et, en regardant, elles virent que cette pierre, qui était fort grande, avait été roulée. Et entrant dans le sépulcre, elles virent un jeune homme assis à droite, vêtu d'une robe blanche, et elles furent frappées de stupeur. Il leur dit: Ne vous effrayez pas ; vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié; Il est ressuscité, Il n'est pas ici; voici le lieu où on L'avait mis. Mais allez dire à Ses disciples, et à Pierre, qu'Il vous précède en Galilée; c'est là que vous Le verrez, comme Il vous l'a dit.

    Marc 16, 1-7

    Icône de l’école d’Andrei Roublev, 1425-27. Dans la liturgie byzantine ce n’est pas une icône du jour de Pâques mais du troisième dimanche de Pâques, qui est le dimanche où l’on honore les myrophores. L’icône de Pâques est celle du Christ aux enfers.

  • Samedi Saint

    À notre époque, on entend parler avec une insistance croissante de la mort de Dieu. Pour la première fois, chez Jean Paul, il ne s’agit que d’un cauchemar*: Jésus mort annonce aux morts, depuis le toit du monde, que pendant son voyage dans l’au-delà il n’a rien trouvé, ni ciel, ni Dieu miséricordieux, mais seulement le néant infini, le silence du vide grand ouvert. Il s’agit encore d’un horrible rêve que l’on écarte en gémissant, au réveil, comme un rêve, justement, même si l’on ne parviendra plus jamais à effacer l’angoisse, qui était depuis toujours en embuscade, sombre, au fond de l’âme.

    Un siècle plus tard, chez Nietzsche, c’est une idée d’un sérieux mortel qui s’exprime dans un cri strident de terreur: «Dieu est mort! Dieu reste mort! Et nous l’avons tué!». Cinquante ans plus tard, on en parle avec un détachement académique et l’on se prépare à une «théologie après la mort de Dieu». On regarde autour de soi pour voir comment l’on peut continuer et l’on encourage les hommes à se préparer à prendre la place de Dieu. Le mystère terrible du Samedi saint, son abîme de silence, a donc acquis, à notre époque, une réalité écrasante. Car c’est cela le Samedi saint: jour du Dieu caché, jour de ce paradoxe inouï que nous exprimons dans le Credo avec ces mots: «descendu aux enfers», descendu à l’intérieur du mystère de la mort. Le Vendredi saint, nous pouvions encore regarder le Crucifié. Le Samedi saint est vide, la lourde pierre du sépulcre neuf couvre le défunt, tout est passé, la foi semble être définitivement démasquée comme illusion. Aucun Dieu n’a sauvé ce Jésus qui prétendait être son Fils. Nous pouvons nous tranquilliser: les prudents qui, auparavant, avaient été quelque peu ébranlés au fond d’eux-mêmes à l’idée qu’ils s’étaient peut-être trompés, ont eu raison en fait. Samedi saint: jour de la sépulture de Dieu; n’est-ce pas là, de façon impressionnante, notre jour? Notre siècle ne commence-t-il pas à être un grand Samedi saint, jour de l’absence de Dieu, jour où le cœur des disciples est également envahi par un vide effrayant, un vide qui s’élargit de plus en plus, si bien qu’ils se préparent, remplis de honte et d’angoisse, à rentrer chez eux? N’est-ce pas le jour où, sombres et brisés par le désespoir, ils se dirigent vers Emmaüs, sans du tout se rendre compte que celui qu’ils croyaient mort est au milieu d’eux?

    Dieu est mort et nous l’avons tué: nous sommes-nous précisément aperçus que cette phrase est prise, presque à la lettre, à la tradition chrétienne et que souvent, dans nos Viae Crucis, nous avons répété quelque chose de semblable sans nous rendre compte de la terrible gravité de ce que nous disions? Nous l’avons tué, en l’enfermant dans l’enveloppe usée des pensées habituelles, en l’exilant dans une forme de piété sans contenu réel qui se perd toujours dans des phrases toutes faites ou dans la recherche d’objets archéologiques de valeur; nous l’avons tué à travers l’ambiguïté de notre vie qui a étendu sur lui aussi un voile d’obscurité: en effet, dans ce monde, qu’est-ce qui aurait pu désormais rendre Dieu plus problématique, sinon le caractère problématique de la foi et de l’amour de ceux qui croient en lui?
    L’obscurité divine de ce jour, de ce siècle qui devient dans une mesure grandissante un Samedi saint, parle à notre conscience. Nous aussi avons affaire à elle. Mais, malgré tout, elle a en soi quelque chose de consolant. La mort de Dieu en Jésus-Christ est en même temps l’expression de sa solidarité radicale avec nous. Le mystère le plus obscur de la foi est en même temps le signe le plus clair d’une espérance qui n’a pas de limites. Et une chose encore: ce n’est qu’à travers l’échec du Vendredi saint, à travers le silence de mort du Samedi saint, que les disciples purent être conduits à la compréhension de ce que Jésus était vraiment et de ce que son message signifiait en réalité. Dieu devait mourir pour eux afin de pouvoir vivre réellement en eux. L’image qu’ils s’étaient faite de Dieu, dans laquelle ils avaient tenté de le faire entrer, devait être détruite pour que, à travers les décombres de la maison démolie, ils pussent voir le ciel, le voir Lui, qui reste toujours l’infiniment plus grand. Nous avons besoin du silence de Dieu pour faire de nouveau l’expérience de l’abîme de sa grandeur et de l’abîme de notre néant, qui s’ouvrirait tout grand s’il n’y avait pas Dieu.

    Il y a dans l’Évangile une scène qui annonce de manière extraordinaire le silence du Samedi saint et qui apparaît comme la description de notre moment historique. Jésus-Christ dort dans une barque qui, battue par la tempête, est sur le point de couler. Une fois, le prophète Elie avait tourné en dérision les prêtres de Baal, qui invoquaient inutilement, à grands cris, leur dieu pour qu’il fît descendre le feu sur le sacrifice, les exhortant à crier plus fort, au cas où leur dieu dormirait. Mais Dieu ne dort-il pas réellement? La raillerie du prophète n’atteint-elle pas aussi, pour finir, ceux qui croient dans le Dieu d’Israël, ceux qui voyagent avec lui dans une barque sur le point de couler? Dieu dort alors que les choses sont sur le point de couler: n’est-ce pas là l’expérience de notre vie? L’Église, la foi, ne ressemblent-elles pas à une petite barque qui va couler, qui lutte inutilement contre les vagues et le vent, alors que Dieu est absent? Au comble du désespoir, les disciples crient et secouent le Seigneur pour le réveiller, mais lui se montre étonné et leur reproche leur peu de foi. En va-t-il autrement pour nous? Quand la tempête sera passée, nous verrons combien de stupidité il y avait dans notre peu de foi. Et toutefois, ô Seigneur, nous ne pouvons que te secouer, toi, Dieu qui demeures en silence et qui dors, et te crier: réveille-toi, ne vois-tu pas que nous coulons? Réveille-toi, ne laisse pas durer pour l’éternité l’obscurité du Samedi saint, laisse aussi tomber sur nos jours un rayon de Pâques, joins-toi à nous lorsque nous nous dirigeons, désespérés, vers Emmaüs, pour que notre cœur puisse s’enflammer à ta proximité. Toi qui as guidé de façon cachée les chemins d’Israël pour être finalement homme avec les hommes, ne nous laisse pas dans les ténèbres, ne permets pas que ta parole se perde dans le grand gaspillage de mots de cette époque. Seigneur, accorde-nous ton aide, car sans toi nous coulerons.
    Amen.

    Joseph Ratzinger, Méditations pour la Semaine Sainte, 1969, première méditation pour le Samedi Saint.

    * Un songe, Discours du Christ qui n'aurait pas de Père et Le chercherait, 1798.

     

  • Vendredi Saint

    Orley.jpg

    (D'un disciple de Bernard van Orley, vers 1520, Metropolitan Museum)

    Un des répons des ténèbres du Vendredi Saint, dans le rite ambrosien, chanté par la Chapelle de la cathédrale de Milan :
    podcast

    . Tenebrae factae sunt super universam terram
    dum crucifixerunt Jesum Judaei.
    Et circa horam nonam exclamavit Jesus voce magna:
    Deus, Deus quid me dereliquisti?
    Tunc unus ex militibus lancea latus ejus perforavit.
    * Et inclinato capite emisit spiritum.
    . Ecce terraemotus factus est magnus.
    Nam velum templi scissum est, et omnis terra tremuit.
    * Et inclinato capite emisit spiritum.

    Il se fit des ténèbres sur toute la terre, quand les Juifs eurent crucifié Jésus. Et vers la neuvième heure Jésus s’exclama d’une voix forte ; Ô Dieu, ô Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Alors un des soldats, de sa lance, perça son côté. Et, ayant incliné la tête, il rendit l’esprit. Voici qu’il se fit un grand tremblement de terre. Car le voile du temple se fendit, et toute la terre trembla. Et, ayant incliné la tête, il rendit l’esprit.

  • Jeudi Saint

    Qui, pridie quam pro nostra omniumque salute pateretur, hoc est hodie, accepit panem : ainsi dirons-nous aujourd’hui dans le Canon de la Messe. « Hoc est hodie » - la Liturgie du Jeudi Saint insère dans le texte de la prière le mot « aujourd’hui », soulignant ainsi la dignité particulière de cette journée. C’est aujourd’hui qu’Il l’a fait : pour toujours, il s’est donné lui-même à nous dans le Sacrement de son Corps et de son Sang. Cet « aujourd’hui » est avant toute chose le mémorial de la Pâques d’alors. Mais il est davantage encore. Avec le Canon, nous entrons dans cet « aujourd'hui ». Notre aujourd'hui rejoint son aujourd'hui. Il fait cela maintenant. Par le mot « aujourd'hui », la Liturgie de l’Église veut nous amener à porter une grande attention intérieure au mystère de ce jour, aux mots dans lesquels il est exprimé.

    Ainsi Benoît XVI commençait-il son homélie de la messe de la Cène, le Jeudi Saint 2009 (photo).

    Cet « aujourd’hui », c’est, a déjà dit l’Hanc Igitur au moment où le Canon se fait plus solennel, « ce jour où Notre Seigneur Jésus-Christ a confié à ses disciples la célébration des mystères de son corps et de son sang ».

    Ce jour d’aujourd’hui est celui de l’institution de l’Eucharistie et du Sacerdoce. Ce qui fonde l’Eglise. Toute Eglise. Donc l’Eglise diocésaine. Celle qui est réunie autour de son évêque, qui est le ministre plénipotentiaire des sacrements dans son diocèse, et le garant de la communion. L’évêque, qui représente le Christ instituant l’Eucharistie et le Sacerdoce, les sacrements de la communion de l’Eglise, ne peut donc pas célébrer cette messe ailleurs que dans sa cathédrale. Celle du pape est Saint-Jean de Latran, et la solennité de cette station a été annoncée et préparée hier, car la station du Mercredi Saint est à Sainte-Marie Majeure : le Jeudi Saint ne peut donc se célébrer qu’à Saint-Jean de Latran, seule église qui dépasse en dignité celle de la Mère de Dieu.

    L’évangile de cette messe est l’épisode du lavement des pieds, du « mandatum », le commandement de l’amour, que rapporte saint Jean à la place du récit de l’institution de l’Eucharistie. Ce qui montre qu’il y a une très étroite connexion entre l’un et l’autre, comme entre l’amour de Dieu et l’amour du prochain qui sont un seul commandement. Le Christ lave les pieds de ses apôtres au moment où il les fait prêtres pour perpétuer le Sacrifice eucharistique.

    Le rite du lavement des pieds se faisait autrefois après la messe de la Cène, et le pape le faisait non à Saint-Jean de Latran mais au Vatican. Il se fait depuis la réforme de 1955 après l’homélie de la messe, et dans toutes les églises où on le souhaite, alors qu’il ne se faisait que dans les cathédrales et les monastères.

    Tout ceci explique que ce sont seulement des hommes (catholiques), auxquels le pape, l’évêque, le prêtre, lave les pieds. Cela est précisé dans tous les textes, y compris le Missel romain de 2011. Du reste, en 2008, la Congrégation pour le culte divin avait souligné qu’il s’agissait bien d’hommes, de mâles, comme c’est très clair dans le Cérémonial des évêques de 1984.

  • Vaduz, capitale de la reconquête liturgique

    Pour la troisième année consécutive, Mgr Wolfgang Haas, archevêque de Vaduz (Liechtenstein), va célébrer demain en sa cathédrale la messe chrismale dans la « forme extraordinaire du rite romain » (qui devient donc ordinaire), avec son clergé, et en compagnie de ses amis du séminaire de la FSSP de Wigratzbad.

    Nombreuses photos de l’an dernier ici. (Via Rorate Caeli.)

  • Mercredi Saint

    La liturgie du temps de la Passion chante, comme son nom l’indique, les souffrances du Christ, que lui infligent les hommes. La plainte du Seigneur est omniprésente. Toutefois, la lumière de la Résurrection n’est jamais complètement absente, comme l’espérance ne doit jamais quitter l’âme du chrétien.

    Ainsi déjà hier l’introït de la messe, avec saint Paul, soulignait que c’est dans la Croix même que se trouve « notre salut, notre vie et notre résurrection »:

    Nos autem gloriári oportet in Cruce Dómini nostri Jesu Christi : in quo est salus, vita et resurréctio nostra : per quem salváti et liberáti sumus.

    Pour nous, il faut nous glorifier dans la croix de Notre Seigneur Jésus-Christ ; c’est en lui qu’est notre salut, notre vie et notre résurrection ; c’est par lui que nous avons été sauvés et délivrés.

    Aujourd’hui, l’introït est encore tiré de saint Paul, et souligne que c’est par son abaissement même jusqu’au supplice de la Croix que le Christ règne dans la gloire.

    In nómine Jesu omne genu flectátur, cæléstium, terréstrium et infernórum : quia Dóminus factus est obœdiens usque ad mortem, mortem autem crucis : ideo Dóminus Jesus Christus in glória est Dei Patris.

    Qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans le ciel, sur la terre et dans les enfers ; car le Seigneur s’est fait obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix : c’est pourquoi le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père.

    D’autre part, on a pu remarquer que depuis le Jeudi de la Passion les antiennes du Benedictus et du Magnificat ne sont pas reprises, comme c’est le cas habituellement lorsqu’il y a un évangile propre, de cet évangile.

    Il s’agit d’une des préparations rapprochées de la liturgie du triduum pascal. La messe du Jeudi de la Passion annonce celle du Jeudi Saint, et les antiennes du Jeudi de la Passion sont déjà reprises de l’évangile du Jeudi Saint.

    Voici ces antiennes, depuis le Jeudi de la Passion jusqu’au Mercredi Saint (au Benedictus, puis au Magnificat) :

    Jeudi

    Magíster dicit : Tempus meum prope est, apud te fácio Pascha cum discípulis meis.

    Le Maître dit : Mon temps est proche, je veux faire chez toi la Pâque avec mes disciples.

    Desidério desiderávi hoc Pascha manducáre vobíscum, ántequam pátiar.

    J’ai désiré d’un grand désir de manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir.

    Vendredi

    Appropinquábat autem dies festus Iudæórum : et quærébant príncipes sacerdótum quómodo Jesum interfícerent, sed timébant plebem.

    Cependant ils étaient proches, les jours de la fête des Juifs : et les princes des prêtres cherchaient comment ils pourraient faire mourir Jésus ; mais ils craignaient le peuple.

    Príncipes sacerdótum consílium fecérunt ut Jesum occíderent : dicébant autem : Non in die festo, ne forte tumúltus fíeret in pópulo.

    Les princes des prêtres tinrent conseil pour faire mourir Jésus : mais ils disaient : Non pas un jour de fête, de peur qu’il ne s’élevât du tumulte parmi le peuple.

    Samedi

    Clarífica me, Pater, apud temetípsum claritáte, quam hábui priúsquam mundus fíeret.

    Glorifie-moi, Père, auprès de toi, de la gloire que j’ai eue avant que le monde fût.

    Pater iuste, mundus te non cognóvit : ego autem novi te, quia tu me misísti.

    Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais, moi, je te connais parce que tu m’as envoyé.

    Dimanche

    Turba multa, quæ convénerat ad diem festum, clamábat Dómino : Benedíctus qui venit in nómine Dómini : Hosánna in excélsis.

    Une foule nombreuse, qui s’était rassemblée pour le jour de la fête, acclamait le Seigneur : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur : Hosanna au plus haut des cieux.

    (Il s’agit d’un mystère du jour, mais pas de l’évangile de la messe de ce jour.)

    Scriptum est enim : Percútiam pastórem, et dispergéntur oves gregis : postquam autem resurréxero, præcédam vos in Galilǽam : ibi me vidébitis, dicit Dóminus

    Il est écrit : Je frapperai le pasteur et les brebis du troupeau seront dispersées : mais après que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée, c’est là que vous me verrez, dit le Seigneur.

    Lundi

    L’antienne de Benedictus est la même que celle de samedi. Au Magnificat:

    Non habéres in me potestátem, nisi désuper tibi datum fuísset.

    Tu n’aurais * pas de pouvoir sur moi, s’il ne t’avait été donné d’en haut

    Mardi

    Ante diem festum Paschæ, sciens Jesus quia venit hora ejus, cum dilexísset suos, in finem diléxit eos.

    Avant le jour de la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue, comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’à la fin.

    Potestátem hábeo ponéndi ánimam meam, et íterum suméndi eam.

    J’ai le pouvoir de donner ma vie, et j’ai le pouvoir de la reprendre

    Mercredi

    Simon, dormis ? Non potuísti una hora vigiláre mecum ?

    Simon, tu dors ? Tu n’as pu veiller une heure avec moi ?

    Ancílla dixit Petro : Vere tu ex illis es : nam et loquéla tua maniféstum te facit.

    Une servante dit à Pierre : Certainement, toi aussi, tu es de ces gens-là : car ton langage le révèle.

  • Mardi Saint

    Aujourd’hui, nous lisons la Passion selon saint Marc, le compagnon de saint Pierre. Aucun autre évangile ne raconte le reniement de saint Pierre d’une manière aussi humiliante (c’est l’humble confession du prince des Apôtres).

    A notre entrée dans l’église, nous nous trouvons en face de la Passio beata, l’heureuse Passion du Christ. La gloire de la Résurrection, qui brillera à la fin de cette semaine, fait déjà luire ses premiers rayons dans l’obscurité de la Semaine Sainte. (Observons tous les introïts de cette semaine ; ils respirent, tous, la confiance et nous font apercevoir, à travers les souffrances de la Croix, la joie de la Résurrection). L’Oraison demande la rémission des péchés en considération des « sacramenta Dominicæ Passionis », des mystères de la Passion du Seigneur. Dans la leçon, nous entendons encore le Prophète Jérémie, qui est la figure du Christ souffrant : « J’étais, comme un doux agneau, conduit à l’immolation » et nous entendons aussi la voix des ennemis : « Mettons du bois dans son pain » (allusion mystérieuse à la mort sur la Croix et à l’Eucharistie). Les trois chants de procession qui suivent (Graduel, Offertoire et Communion) sont des plaintes sorties de la bouche du Christ. Nous entrons donc dans le sacrifice douloureux du Christ et nous portons, pendant la journée entière, le souvenir de sa mort. Aujourd’hui, on chante la Passion selon saint Marc. C’est la prédication de saint Pierre. Quand la communauté se rend à l’autel pour recevoir le pain et le vin changés au corps et au sang du Seigneur, le chœur chante : « Ils chantent à mon sujet des chansons moqueuses, ceux qui boivent du vin devant la porte ». Le précieux sang nous fait songer aujourd’hui aux soldats ivres qui insultaient le Christ. Il est à remarquer que, précisément dans ces jours, la liturgie se plaît, à l’Offertoire et à la Communion, à faire un rapprochement entre le pain et le vin du sacrifice et la Passion du Seigneur (cf. Le dimanche des Rameaux : Off. et Com., et le Mercredi Saint Off. et Com.).

    Dom Pius Parsch

  • Lundi Saint

    Jésus est à table, avec Lazare qu’il a ressuscité des morts, et il annonce sa propre mort – et sa propre résurrection, mais de façon mystérieuse. Car la résurrection de Jésus est un mystère, la résurrection de Lazare était un « signe », comme aime à dire saint Jean : un signe de la résurrection pascale.

    Il est émouvant de voir que c’est Marie, celle qui aimait être aux pieds du maître, celle qui avait choisi la meilleure part, qui est l’actrice de ce qui est aussi un « signe » de la mort et de la résurrection du Christ.

    Elle verse sur les pieds de Jésus un nard « pistique » de grand prix. Oui, à mon sens, on devrait traduire « pistique ». Car c’est ce qu’ont fait ceux qui ont traduit du grec en latin, et saint Jérôme l’a ratifié (ou l’a mis lui-même), et tous les manuscrits latins ont « pistici », à savoir pisticus au génitif, comme tous les manuscrits grecs ont « πιστικῆς », à savoir « pisticos » au génitif.

    Or « pisticus » n’existe pas en latin. Les traducteurs ont laissé le mot grec, de peur peut-être de se tromper. Ou pour laisser le mystère. Ou plutôt pour souligner le mystère. Pisticos vient de pistis, la foi, comme le remarquait saint Augustin. Il veut dire « de confiance », « fiable ». Mais plus que cela. C’est le parfum de la foi que verse Marie, et qui répand sa bonne odeur dans toute la maison, et dans l’évangile de saint Marc Jésus dit que partout où l’on prêchera l’Evangile on racontera ce qu’elle a fait : « in universo mundo », dans l’univers entier se répandra l’odeur de ce parfum.

    Et cette bonne odeur renvoie naturellement à tous les « parfums de bonne odeur » que répandent dans tout l’Ancien Testament les sacrifices que Dieu agrée. Or c’est LE Sacrifice qui est ici annoncé. Et Jésus le souligne : « Pour le jour de ma sépulture elle le garde. » Elle « le garde », ce parfum qu’elle vient pourtant de verser entièrement. Elle le garde pour l’embaumer. Mais elle ne pourra pas l’embaumer, car il sera ressuscité avant que les myrophores puissent accomplir leur œuvre. Il sera ressuscité, c’est pourquoi Marie a versé le parfum en ce jour, elle a embaumé celui qui reviendra des morts avant de pouvoir être embaumé. Car il aura répandu la bonne odeur de son sacrifice pour le salut de tous les hommes.

  • Dimanche des Rameaux

    Dans le rite byzantin, ce jour est tout entier un jour de fête, c’est même l’une des 13 fêtes majeures du Seigneur. On y célèbre la liturgie de saint Jean Chrysostome, et non la liturgie du carême qui est celle de saint Basile. On y chante le triomphe du Christ entrant à Jérusalem parmi les acclamations des « enfants des Hébreux », et s’y joint le souvenir très présent de la résurrection de Lazare (célébrée la veille) qui préfigure la résurrection du Christ. La bénédiction et la procession des rameaux fait normalement partie des matines, et c’est sans doute pourquoi elle a disparu de la plupart des Eglises byzantines. Chez les melkites catholiques elle a lieu à la fin de la divine liturgie, et c’est une grande fête des enfants, qui sont revêtus de leurs plus beaux habits et portent des rameaux attachés à un cierge et chargés de bonbons.

    Dans le rite latin, jusqu’au VIe ou VIIe siècle, ce dimanche était celui de la Passion. Il est toujours le « deuxième dimanche de la Passion ». Et la messe ne parle que de la Passion. Le regard de la liturgie est même fixé sur le Vendredi Saint : la Crucifixion.

    Puis est venue s’ajouter la procession des rameaux, qui était un rite de la liturgie de Jérusalem. Et l’on a créé, précédant la messe de la Passion, une messe des rameaux, où la bénédiction des rameaux remplace la consécration du pain et du vin, et où la distribution des rameaux remplace la communion. Il est très regrettable que la réforme de la Semaine Sainte, en 1955, ait gravement mutilé cet office, car le contraste était encore plus saisissant entre les deux parties de la liturgie de ce jour.

    Contraste ? Oui, sans aucun doute, entre la joyeuse procession royale et la lamentation funèbre. Et pourtant… l’Eglise a choisi, comme lecture du deuxième nocturne des matines, le début de la 11e homélie prononcée par saint Léon le Grand en ce jour. Donc bien avant qu’il y ait une procession. Or voici commence le sermon :

    Desideráta nobis, dilectíssimi, et univérso optábilis mundo adest festívitas Domínicæ passiónis, quæ nos inter exsultatiónes spirituálium gaudiórum silére non patítur…

    Objet de nos désirs, très chers, et souhaitée par le monde entier, voici venue la fête de la Passion du Seigneur, qui ne souffre pas que nous nous taisions au milieu des exultations de joies spirituelles…

    Les exultations de joies spirituelles, tout cela au pluriel, caractérisent donc, pour le saint pape, la liturgie de ce jour tout entière centrée sur la Passion. On voit là de façon toute particulière à quel point il n’y avait aucune trace de dolorisme chez les anciens. Pourquoi cette joie débordante ? Parce que la Passion est le couronnement liturgique de ce qui est l’objet privilégié de la contemplation de saint Léon, sur laquelle il revient inlassablement : l’union de Dieu et de l’homme dans le Christ, l’indicible humilité de la toute-puissance, « l’anéantissement de la majesté divine » qui permet « l’élévation sublime de la condition servile ». La Passion du Dieu incarné est la gloire de l’homme divinisé.