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Liturgie

  • Jeudi après les Cendres

    Le carême est un temps privilégié pour la prière. Saint Augustin dit que le jeûne et l’aumône sont «les deux ailes de la prière» qui lui permettent de prendre plus facilement son élan et de parvenir jusqu’à Dieu. Il affirme: «De cette manière, notre prière, faite en humilité et en charité, dans le jeûne et dans l’aumône, dans la tempérance et dans le pardon des offenses, en donnant de bonnes choses et en ne rendant pas les mauvaises, en s’éloignant du mal et en faisant le bien, recherche la paix et l’obtient. Avec les ailes de ces vertus, notre prière vole de manière assurée et est conduite plus facilement jusqu’au ciel, où le Christ notre paix nous a précédés» (Sermon 206, 3 sur le carême: pl 38, 1042). L’Eglise sait qu’en raison de notre faiblesse, il est difficile d’être en silence pour se présenter devant Dieu et prendre conscience de notre condition de créatures qui dépendent de Lui et de pécheurs ayant besoin de son amour: c’est pourquoi, en ce carême, elle nous invite à une prière plus fidèle et intense et à une méditation prolongée sur la Parole de Dieu. Saint Jean Chrysostome nous exhorte: «Embellis ta maison de modestie et d’humilité avec la pratique de la prière. Rends ton habitation splendide avec la lumière de la justice: orne tes murs avec les bonnes œuvres comme une patine d’or pur et, à la place des murs et des pierre précieuses, place la foi et la magnanimité surnaturelle, en mettant au dessus de tout, sur le faîte, la prière pour parfaire la décoration de tout l’ensemble. Ainsi, tu prépares une demeure digne pour le Seigneur, ainsi, tu l’accueilles dans un palais splendide. Il t’accordera de transformer ton âme en temple de sa présence» (Homélie 6 sur la prière: pg 64, 446).

    Benoît XVI, 9 mars 2011

  • Mercredi des Cendres

    Miseréris ómnium, Dómine, et nihil odísti eórum quæ fecísti, dissímulans peccáta hóminum propter pæniténtiam et parcens illis : quia tu es Dóminus, Deus noster.

    Vous avez pitié de tous, Seigneur, et vous ne haïssez rien de tout ce que vous avez fait, et vous dissimulez les péchés des hommes à cause du repentir et vous leur pardonnez, car vous êtes le Seigneur notre Dieu.

    Antienne d’introït de la messe.

    Chantée en la basilique romaine (stationale) Sainte-Sabine le mercredi des Cendres 2012:

    Au cours de cette messe, Benoît XVI devait prononcer une belle homélie sur le symbolisme de la cendre, citant saint Jean Chrysostome, le pseudo-Macaire et Origène. Nostalgie...

  • Saint Cyrille d’Alexandrie

    Au moment où la fête divine et immaculée nous invite à monter maintenant jusqu’à la Jérusalem spirituelle, et nous incite à entrer en courant dans une vie de piété, nous écoutons la voix du prophète : « Vous qui êtes sauvés, éloignez-vous de la terre, vous qui êtes loin, souvenez-vous du Seigneur, et que Jérusalem monte en votre cœur (Jérémie 28,50). » Alors, quand Paul s’écrie : « Courez, de manière à remporter le prix » (I Corinthiens 9,24), et que la sainte fête se lève sur nous à la façon d’un soleil, rejetons au loin les débiles atermoiements de la paresse, triomphons des ténèbres obscures de l’inertie, d’un cœur courageux et limpide, dirigeons-nous vers toutes les formes de vertu, nous répétant les uns aux autres ce mot de l’Ecriture : « Venez, montons à la montagne du Seigneur, à la maison du Dieu de Jacob : il nous annoncera sa voie, et nous y marcherons » (Isaïe 2,3). Les juifs, comme ils ne savent pas sortir du culte formel et charnel, entendent ces mots : « Que m’importent vos innombrables sacrifices ? dit le Seigneur. Je suis rassasié des holocaustes de béliers ; la graisse des agneaux, le sang des taureaux et des boucs, je n’en veux pas ; pas même si vous vous présentez devant moi (Isaïe 1,11-12). » Mais à ceux qui sont éloignés de telles pratiques, et qui ont cherché à montrer à Dieu la vraie circoncision, celle du cœur, par le culte spirituel, le prophète crie : « Recherchez Dieu, et, au moment où vous le trouverez, invoquez-le. Et quand il approche de vous, que l’impie abandonne sa voie, l’homme sans loi son dessein, et qu’il se convertisse au Seigneur : il obtiendra miséricorde, parce que [Dieu] remettra largement vos fautes (Isaïe 55,6-7). » Or, comme notre Sauveur le Christ, en se faisant semblable à nous, s’est approché de nous, « dépouillons, comme dit l’Ecriture, le vieil homme et revêtons l’homme nouveau qui est renouvelé à l’image de son créateur (Ephésiens 4,22-24) » ; oublions ce qui est en arrière, tendons vers ce qui est en avant, montons, purs, à la divine fête. Le prophète Jérémie s’écrie : « Voici ce qu’il dit aux hommes de Juda et aux habitants de Jérusalem : défrichez vos jachères, et ne semez pas dans les épines ; soyez circoncis pour Dieu, et circoncisez votre cœur dur, gens de Juda, habitant Jérusalem (Jérémie 4,3-4). » Alors, notre esprit que l’impiété a couvert de broussailles et rendu stérile, purifions-le par la crainte de Dieu, comme par le feu, et recevons la bonne semence du Sauveur ; il ne nous apprend pas à le servir par des rites purement formels, mais, par ses beaux enseignements, il nous renouvelle pour nous sauver. Montrons donc à Dieu le juif dans le secret (cf. Matthieu 6,4) et la circoncision dans le secret ; par la circoncision, enlevons tout mal de notre cœur ; nous mériterons d’entendre : « Célèbre tes fêtes, Juda, rends au Seigneur Dieu tes prières (Nahum 2,1). »

    Première Lettre festale, 1 (Sources chrétiennes)

  • Saint Jean de Matha

    Deus, qui per sanctum Ioánnem órdinem sanctíssimæ Trinitatis, ad rediméndum de potestáte Saracenórum captívos, cǽlitus institúere dignátus es : præsta, quǽsumus ; ut, eius suffragántibus méritis, a captivitáte córporis et ánimæ, te adiuvánte, liberémur. Per Dóminum….

    O Dieu, qui, par le moyen de saint Jean, avez daigné établir miraculeusement l’Ordre de la très sainte Trinité pour racheter les captifs du pouvoir des Sarrasins, faites, nous vous en supplions, que par les suffrages de ses mérites et le secours de votre grâce, nous soyons délivrés de la captivité du corps et de l’âme.

  • Quinquagésime

    C’est avec raison que cet aveugle nous est représenté à la fois assis au bord du chemin et en train de mendier, car la Vérité en personne a dit : «Je suis le Chemin.» (Jn 14, 6). Celui qui ne connaît pas la clarté de la lumière éternelle est donc un aveugle. Si toutefois il a commencé à croire au Rédempteur, il est assis au bord du chemin. Cependant, s’il néglige de prier et s’abstient de supplier Dieu pour recouvrer la lumière éternelle, l’aveugle est bien assis au bord du chemin, mais il ne mendie pas. En revanche, si en même temps qu’il croit, il reconnaît que son cœur est aveugle et demande à recouvrer la lumière de vérité, alors l’aveugle est assis au bord du chemin et il mendie. Celui donc qui reconnaît les ténèbres de son aveuglement et qui comprend que lui manque la lumière de l’éternité, qu’il crie du fond du cœur, qu’il crie de toute son âme et dise : «Jésus, fils de David, aie pitié de moi!»

    Mais écoutons ce qui advint tandis que l’aveugle criait : «Ceux qui marchaient devant le réprimandaient pour le faire taire.»

    Que représentent ceux qui précèdent l’arrivée de Jésus, sinon la foule des désirs de la chair et la tempête des vices, qui, avant la venue de Jésus en notre cœur, dissipent nos pensées par leurs assauts et gênent les appels de notre cœur dans la prière? Souvent, en effet, lorsque nous voulons revenir vers le Seigneur après avoir péché, et que nous nous efforçons de vaincre par la prière les vices dont nous avons été coupables, les images de nos fautes passées se pressent en notre cœur; elles émoussent la pointe de notre esprit, troublent notre âme et étouffent la voix de notre prière. Oui, «ceux qui marchaient devant le réprimandaient pour le faire taire», puisqu’avant la venue de Jésus en notre cœur, nos fautes passées, dont le souvenir vient heurter notre pensée, nous jettent dans le trouble au beau milieu de notre prière.

    Ecoutons ce que fit alors cet aveugle, avant de retrouver la lumière. Le texte poursuit : «Mais lui criait de plus belle : ‹Fils de David, aie pitié de moi!›» Voyez : celui que la foule réprimande pour le faire taire crie de plus belle; c’est ainsi que plus l’orage des pensées charnelles3 nous tourmente, plus nous devons intensifier notre effort de prière. La foule veut nous empêcher de crier, puisque nous subissons souvent jusque dans la prière le harcèlement des images de nos péchés. Mais il faut que la voix de notre cœur persiste avec d’autant plus de force que la résistance qu’elle rencontre est plus dure, afin de maîtriser l’orage de nos pensées coupables, et de toucher, par l’excès même de son importunité, les oreilles miséricordieuses du Seigneur. Chacun, je le suppose, a expérimenté en lui-même ce que je vais vous dire : lorsque nous détournons notre esprit de ce monde pour le tourner vers Dieu, et que nous nous appliquons à la prière, voilà que nous devons supporter dans notre prière, comme une chose importune et pénible, cela même que nous avions accompli avec délice. C’est à peine si la main d’un saint désir peut en chasser le souvenir des yeux de notre cœur, à peine si les gémissements de la pénitence peuvent triompher des images qui en résultent.

    Mais si nous persévérons avec insistance dans notre prière, nous arrêtons en notre âme Jésus qui passe. Aussi est-il ajouté : «Jésus, s’arrêtant, demanda qu’on le lui amène.» Voici qu’il s’arrête, lui qui passait : en effet, tant que les foules des images nous oppressent dans la prière, nous avons comme l’impression que Jésus passe; mais quand nous persévérons avec insistance dans notre prière, Jésus s’arrête pour nous rendre la lumière, puisque Dieu se fixe en notre cœur, et que la lumière perdue nous est rendue.

    Cependant, le Seigneur veut encore nous faire comprendre par là quelque chose d’utile au sujet de son humanité et de sa divinité. C’est lorsqu’il passait que Jésus entendit l’aveugle qui criait, mais c’est une fois arrêté qu’il accomplit le miracle de lui rendre la lumière. Car passer est le fait de la nature humaine, et se tenir arrêté, celui de la nature divine. C’est par son humanité que Jésus est né et a grandi, qu’il est mort et ressuscité, qu’il est allé d’un lieu à un autre. En effet, si la nature divine n’admet aucun changement, et si le fait de changer équivaut à passer, il est évident que le passage du Seigneur ressortit à la chair, non à la divinité. En vertu de sa divinité, il demeure toujours comme arrêté, parce qu’étant partout présent, il n’a besoin ni de venir, ni de repartir par un déplacement. C’est donc bien en passant que le Seigneur entend l’aveugle qui crie, et une fois arrêté qu’il lui rend la lumière, puisque c’est en son humanité qu’il s’apitoie avec compassion sur nos cris d’aveugles, mais par la puissance de sa divinité qu’il nous remplit de la lumière de sa grâce.

    Saint Grégoire le Grand, homélie 2 sur les évangiles.

    Sur la quinquagésime, voir mes notes de l’an dernier (les trois axes de la liturgie de ce jour) et de 2014 (la progression de la septuagésime à la quinquagésime comme préparation au carême).

  • Saint Tite

    Dans sa deuxième épître aux Corinthiens, saint Paul dit qu’il était allé à Troas pour y prêcher l’Evangile, mais que, malgré des conditions favorables, il n’avait pas l’esprit en repos parce qu’il n’y avait pas trouvé « Tite, mon frère ».

    Sans doute était-il très inquiet de ce qui se passait à Corinthe, où il avait envoyé Tite pour rétablir les relations entre lui-même et cette communauté avec laquelle il était en froid.

    Paul quitte donc Troas pour aller en Macédoine, sans trouver l’apaisement :

    En effet, à notre arrivée en Macédoine, notre chair n'au eu aucun repos, mais nous avons souffert toute sorte de tribulations: au dehors des combats, au dedans des craintes. Mais Celui qui console les humbles, Dieu nous a consolé par l'arrivée de Tite ; et non seulement par son arrivée, mais encore par la consolation qu'il a reçue de vous ; car il m'a raconté votre désir, vos pleurs, votre zèle pour moi, de sorte que ma joie a été plus grande. (…) C'est pourquoi nous avons été consolés. Mais, dans notre consolation, nous avons été encore plus réjouis par la joie de Tite, parce que son esprit a été soulagé par vous tous.

    Bref, Tite, « mon compagnon et mon coopérateur », a réussi dans sa mission, et même au-delà des espérances.

    Dans la deuxième épître à Timothée, saint Paul, prisonnier à Rome, dit que Tite est parti pour la Dalmatie. Il était donc près de Paul depuis un certain temps.

    Saint Paul avait déjà fait Tite évêque de Crète. La dédicace de l’épître qu’il lui avait envoyée en Crète est une autre expression émouvante des liens très étroits entre les deux hommes. Il est dommage que la Vulgate ait traduit de façon banale : « A Tite, (mon) fils bien aimé selon (notre) foi commune ».

    Le mot grec traduit en latin par « dilecto », quand il qualifie un enfant, veut dire : « légitime ». Il en est de même s’il qualifie une femme. C’est aussi le mot qu’on emploie pour parler d’un « vrai Grec », de « véritables vertus », d’une « huile pure ». Tite est son fils « légitime », plus véritablement fils que le serait un fils selon la chair.

    Selon une tradition, Tite serait allé prêcher jusqu’en Espagne (une tradition dit cela aussi de Paul), puis il serait retourné en Crète où il serait mort à l’âge de 94 ans.

  • Sainte Agathe

    C’est pour la messe de sainte Agathe que fut composé l’introït Gaudeamus omnes, qu’on a ensuite adapté à diverses fêtes, notamment la Toussaint, et des fêtes de la Sainte Vierge.

    Gaudeámus omnes in Dómino, diem festum celebrántes sub honóre beátæ Agathæ, de cuius solemnitáte gaudent Angeli et colláudant Fílium Dei.

    Eructávit cor meum verbum bonum ; dico ego opéra mea Regi. Gloria Patri...

    Réjouissons-nous ensemble dans le Seigneur, car la fête que nous célébrons aujourd’hui est celle de la bienheureuse Agathe. Cette solennité réjouit les Anges et tous en chœur louent le Fils de Dieu.

    De mon cœur a jailli une parole excellente, c’est que je consacre mes œuvres à mon Roi. Gloire...

    Le voici dans une étonnante version, par un Japonais en solo – c’est le Gaudeamus de l’Assomption (avec le même psaume que pour sainte Agathe). Dommage qu’il oublie la doxologie (mais j'ai l'impression qu'on fait comme ça dans la néo-liturgie).

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     Il y a aussi une Coréenne (c'est le Gaudeamus de la Toussaint):

  • Saint André Corsini

    André Corsini était né en 1302 dans l’une des grandes familles de Florence. Il se fit carme, alla étudier à Paris, puis à Avignon chez son oncle cardinal, puis il devint prieur de son couvent de Florence et, en 1348, provincial de Toscane. Dès l’année suivante il était nommé évêque de Fiesole, à 10 km du centre de Florence.

    Cela faisait un siècle, dit-on, que l’évêque de Fiesole n’avait pas résidé dans cette banlieue, trop loin des fastes florentins. Il restaura le palais épiscopal qui tombait en ruine et y vécut pauvrement, gardant l’habit carme et l’austérité de sa vie de religieux. Il visita son diocèse de façon assidue, s’occupant de l’instruction et des mœurs des prêtres, et donnant le bon exemple. Et il était selon ses propres termes « père et administrateur des pauvres ». En bref, il fut un évêque selon les demandes du concile de Trente, avec deux siècles d’avance.

    Il était célèbre par sa faculté de résoudre les conflits, soit entre les particuliers, soit entre les cités : notamment entre Bologne et Milan, à la demande du pape.

    On lui voua ensuite un culte à Florence parce qu’on lui imputait la victoire des armées de la ville sur celles de Milan, le 29 juin 1440. C’est lui qui de son tombeau aurait fixé la date de la fête des apôtres pour combattre les Milanais, et il serait ensuite apparu au-dessus de la mêlée pour conduire les Florentins à la victoire. Du coup on fit une grande fête en son honneur, et le pape Eugène IV accepta qu’elle devînt annuelle. Alors qu’André Corsini ne devait être canonisé que bien plus tard, à force de réclamations de Florence : en 1629.

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    Saint André Corsini guidant les Florentins à la bataille d’Anghiari, dans la chapelle Corsini du couvent des carmes de Florence.

  • Saint Blaise

    Synaxaire byzantin (je ne sais pas qui en a fait des quatrains...):

    Le 11 février, mémoire du saint hiéromartyr Blaise, archevêque de Sébaste.

    Le martyr égorgé par le glaive, saint Blaise,
    visitant les malades, guérit ceux que lèse,
    en leur dolente gorge, le mal des humeurs.
    Le fer tranchant ton col, Blaise, l'onze tu meurs.

    Ce même jour, deux saints enfants et sept femmes, compagnons de martyre de saint Blaise, périssent par le glaive.

    Quel courage au combat montrent ces deux enfants;
    ils se hâtent, pour voir qui le premier arrive!
    Sept femmes croient en Christ: glaive, tu les pourfends,
    mais de virilité leur sexe ne les prive.

    Par leurs saintes prières, ô notre Dieu, aie pitié de nous et sauve-nous. Amen.

    *

    Saint Blaise, ayant poussé
    dans la pratique des vertus divines, tu fleuris,
    selon l'expression de David,
    comme un palmier dans les parvis du Seigneur
    et, par tes justes actions,
    comme un cèdre tu as grandi;
    tel une vigne florissante dans la maison de Dieu,
    taillé au moment du martyre dans les tourments,
    du fruit de tes combats tu fis couler pour nous
    ce vin mystique dont nous souhaitons boire pour combler
    nos cœurs d'allégresse divine;
    et tous ensemble d'une même voix nous t'acclamons,
    te disant bienheureux en l'auguste mémoire de ta fin
    et demandant de recevoir,
    par ton intermédiaire, la paix et la grâce du salut.

    *

    Sur saint Blaise, voir ma note de l'an dernier.

  • La Purification de la Sainte Vierge Marie

    La Vulgate, et avant elle les anciennes versions latines, ont modifié le texte grec de saint Luc, pour gommer une apparente incongruité. Le texte grec dit en effet : « Et quand furent accomplis les jours de leur purification, selon la loi de Moïse, ils le portèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur. »

    Saint Jérôme, lorsqu’il écrit son livre contre Helvidius sur la virginité de Marie, retraduisant pour l’occasion le texte original sans s’occuper des textes latins existants, écrit donc aussi : « les jours de leur purification » (cum expleti essent dies purgationis eorum), mais il ne commente pas cette anomalie, car c’est un passage où il évoque uniquement la question du « premier-né ».

    Or ce n’est pas la seule anomalie. Saint Luc les multiplie. A dessein. Dans la phrase citée il y en a une autre : « pour le présenter au Seigneur », selon la loi de Moïse. Or la Loi (à laquelle saint Luc renvoie pas moins de quatre fois dans ce bref passage), qui prévoit la purification de la mère seule et non de la famille, ne prévoit pas cette présentation au temple de Jérusalem. Elle prévoit une consécration du premier-né, qui n’a a pas à être solennisée au Temple. En revanche la loi exige le rachat du premier-né, dont saint Luc ne dit pas un mot…

    Alors que le texte paraît insister sur la purification de Marie (avec le sacrifice des deux pigeons ou tourterelles), Luc veut montrer que ce qui est important est la « présentation ». A savoir, en fait, la « consécration » à Dieu du premier-né. Qui a lieu exceptionnellement au Temple. Mais il ne veut pas utiliser le mot « consécration ». Parce qu’il sait que Jésus est saint, consacré, depuis sa conception. Et Marie et Joseph le savaient avant lui et l’ont transmis. Jean Daniélou : « La présentation de l’enfant au Temple est la reconnaissance par eux de cette consécration. Il n’a pas à être consacré. Il l’est en lui-même. Il appartient au même ordre que le Temple, puisque l’ombre, qui témoignait de la présence de Dieu dans le Temple, l’a couvert dès sa conception. »

    Le propos de saint Luc, montre le cardinal Daniélou, est de souligner le caractère sacerdotal de Jésus. (Le personnage qui importe d’abord est cet enfant, c’est pourquoi saint Luc a fait un raccourci est disant « leur purification » en parlant de Marie mais en pensant aussi à Jésus - du reste ni l’un ni l’autre n’avait à être purifié).

    Saint Luc, montre Daniélou, a choisi le mot « présenter » (paristhénai) parce que c’est celui qui est utilisé dans la Loi à propos des prêtres et des lévites qui se tiennent dans le sanctuaire. « La présentation a donc une signification proprement sacerdotale. Elle tend à montrer déjà en Jésus-enfant le grand prêtre de la Nouvelle Alliance. C’est le thème qui sera développé dans l’Epître aux Hébreux (9, 11-14). Par ailleurs, toujours dans le même contexte cultuel, le mot paristhénai désigne la présentation d’une offrande. Il prend alors un sens sacrificiel. Ainsi dans Rom. 12,1 : “Présentez vos corps à Dieu comme une hostie vivante.” Jésus est ainsi présenté à la fois comme le prêtre qui offre et comme le sacrifice qui est offert. » (Les évangiles de l’enfance, pp. 108-111.)

  • Saint Ignace

    Ne vous laissez pas séduire par les doctrines étrangères ni par ces vieilles fables qui sont sans utilité. Car si maintenant encore nous vivons selon la loi, nous avouons que nous n'avons pas reçu la grâce. Car les très divins prophètes ont vécu selon Jésus-Christ ; c'est pourquoi ils ont été persécutés. Ils étaient inspirés par sa grâce, pour que les incrédules fussent pleinement convaincus qu'il n'y a qu'un seul Dieu, manifesté par Jésus-Christ son Fils qui est son Verbe sorti du silence, qui en toutes choses s'est rendu agréable à celui qui l'avait envoyé.

    Si donc ceux qui vivaient dans l'ancien ordre de choses sont venus à la nouvelle espérance, n'observant plus le sabbat, mais le jour du Seigneur, jour où notre vie s'est levée par lui et par sa mort, -quelques-uns le nient; mais c'est par ce mystère que nous avons reçu la foi, et c'est pour cela que nous tenons ferme, afin d'être trouvés de véritables disciples de Jésus-Christ, notre seul maître - comment pourrions-nous vivre sans lui, puisque les prophètes aussi, étant ses disciples par l'esprit, l'attendaient comme leur maître ? et c'est pourquoi celui qu'ils attendaient justement les a, par sa présence, ressuscités des morts.

    Ne soyons donc pas insensibles à sa bonté. Car s'il nous imite selon ce que nous faisons, nous n'existons plus. C'est pourquoi faisons-nous ses disciples et apprenons à vivre selon le christianisme. Car celui qui s'appelle d'un autre nom en dehors de celui-ci, n'est pas à Dieu. Rejetez donc le mauvais levain, vieilli et aigri, et transformez-vous en un levain nouveau, qui est Jésus-Christ. Qu'il soit le sel de votre vie, pour que personne parmi vous ne se corrompe, car c’est à l'odeur que vous serez jugés. Il est absurde de parler de Jésus-Christ et de judaïser. Car ce n'est pas le christianisme qui a cru au judaïsme, mais le judaïsme au christianisme, en qui s'est réunie toute langue qui croit en Dieu.

    Tout ceci, mes bien-aimés, ce n'est pas que j'aie appris que quelques-uns parmi vous soient mal disposés ; mais, bien qu'étant plus petit que vous, je veux que vous soyez en garde pour ne pas vous laisser prendre aux hameçons de la vanité. Au contraire, soyez pleinement convaincus de la naissance, et de la passion, et de la résurrection arrivée sous le gouvernement de Ponce Pilate. Toutes ces choses ont été véritablement et certainement accomplies par Jésus-Christ notre espérance ; puisse aucun de vous ne jamais se détourner d'elles.

    Puissé-je jouir de vous en toutes choses, si j'en suis digne. Car, bien qu'étant enchaîné, je ne suis comparable à aucun de vous qui êtes libres. Je sais que vous ne vous gonflez pas d'orgueil ; car vous avez Jésus-Christ en vous. Et davantage, quand je vous loue, je sais que vous en êtes confus, comme il est écrit.

    Ayez donc soin de vous affermir dans les enseignements du Seigneur et des Apôtres, afin qu'en tout ce que vous ferez vous réussissiez, de chair et d'esprit, dans la foi et la charité, dans le Fils et le Père et l'Esprit, dans le principe et dans la fin, avec votre si digne évêque, et la précieuse couronne spirituelle de votre presbytérium, et avec vos saints diacres. Soyez soumis à l'évêque et les uns aux autres, comme le Christ selon la chair fut soumis au Père, et les Apôtres au Christ et au Père et à l'Esprit, afin que l'union soit à la fois charnelle et spirituelle.

    Sachant que vous êtes pleins de Dieu, je vous ai exhortés brièvement. Souvenez-vous de moi dans vos prières afin que je trouve Dieu, et aussi de l'Église de Syrie - je ne suis pas digne d'en être appelé un membre, car j'ai besoin de votre prière et de votre charité tout unies en Dieu - pour que Dieu daigne, par votre Église, faire tomber sa rosée sur l'Église de Syrie.

    De Smyrne d'où je vous écris, les Éphésiens vous saluent. Ils y sont venus pour la gloire de Dieu ; comme vous, ils m'ont réconforté en toutes choses avec Polycarpe, l'évêque de Smyrne. Et les autres Églises vous saluent aussi en l'honneur de Jésus-Christ. Portez-vous bien dans la concorde de Dieu, possédant cet esprit inséparable qu'est Jésus-Christ.

    Fin de la lettre de saint Ignace évêque d’Antioche « dit aussi Théophore » aux Magnésiens

  • Sexagésime

    Dans l’office, la grande figure de ce jour et de toute la semaine est celle de Noé, qui va sauver l’humanité en faisant passer toutes les semences du vivant par le baptême du Déluge.

    La messe quant à elle, qui parle aussi de semence, est dominée par la figure de saint Paul. La station romaine est à la basilique Saint-Paul, parce que celle de dimanche prochain sera à Saint-Pierre, et celle du premier dimanche de carême à la basilique du Saint-Sauveur (saint Jean de Latran, la cathédrale du pape). Peut-être aussi, dit le cardinal Schuster, voit-on en ce dimanche l’écho d’une énigmatique « Translation de saint Paul » signalée dans le martyrologe hiéronymien au 25 janvier. Toujours est-il que la collecte, de façon insolite pour un dimanche, invoque l’apôtre des nations. La longueur de l’épître insiste sur la présence de saint Paul en ce jour. Non seulement sa longueur, mais son importance, puisqu’elle « supplée en partie aux lacunes des Actes et nous décrit au vif les peines incroyables soutenues par Paul dans son apostolat parmi les gentils » (card. Schuster) comme l’avait dit Jésus à Ananie : « Je lui montrerai combien il devra souffrir pour mon nom. » C’est aussi le passage où saint Paul fait des confidences sur ses révélations célestes.

    On peut également voir dans l’évangile du semeur une allusion à saint Paul, semeur de la Parole dans toutes les contrées du nord de la Méditerranée sur toutes sortes de chemins.

    La station étant à la basilique Saint-Paul, on ne s’étonne pas d’avoir un sermon de saint Grégoire le Grand prononcé en cette basilique un dimanche de la Sexagésime. Car il y avait au VIe siècle un dimanche de la Sexagésime et l’on y invoquait saint Paul et l’évangile était celui du Semeur qui sortit pour semer sa semence.

    Aux matines l’Eglise nous fait lire le début de ce sermon. En voici la fin, qui commente les derniers mots de la parabole, sur ceux qui « portent du fruit dans la patience ».

    Sous le portique qui mène à l’église du bienheureux Clément, se tenait un certain Servulus — que beaucoup d’entre vous ont connu comme moi — pauvre en biens, riche en mérites, et exténué par une longue maladie. Depuis son plus jeune âge jusqu’à la fin de sa vie, il resta couché, paralysé. Ce n’est rien de dire qu’il ne pouvait se tenir debout, puisqu’il était même incapable de se redresser sur son lit, ne fût-ce que pour s’asseoir. Jamais il ne put porter la main à sa bouche, jamais non plus se retourner sur l’autre côté. Il avait sa mère et son frère pour le servir, et par leurs mains, il distribuait aux pauvres tout ce qu’il pouvait recevoir comme aumônes. Il ne savait pas l’alphabet, mais il s’était acheté des manuscrits de l’Ecriture Sainte, et il se la faisait lire sans cesse par tous les gens pieux qu’il recevait chez lui. C’est ainsi qu’il apprit à connaître l’Ecriture Sainte aussi à fond qu’il le pouvait, alors que, comme je l’ai dit, il ignorait complètement l’alphabet. Dans ses souffrances, il s’efforçait de toujours rendre grâces et de vaquer nuit et jour aux hymnes et aux louanges de Dieu.

    Quand le temps fut venu où une si grande patience devait être récompensée, les souffrances des membres remontèrent aux organes vitaux. Se sentant sur le point de mourir, Servulus demanda aux étrangers à qui il donnait l’hospitalité de se lever et de chanter des psaumes avec lui dans l’attente de son départ. Comme le moribond lui-même psalmodiait avec eux, il fit soudain cesser la psalmodie par un grand cri de stupeur : «Silence! N’entendez-vous donc pas les louanges dont le Ciel retentit?» Et pendant qu’il tendait l’oreille de son cœur à ces louanges qu’il entendait au-dedans de lui, sa sainte âme se sépara de son corps. Mais à son départ, un parfum si exquis se répandit que toute l’assistance fut remplie d’une douceur inexprimable; et tous en conclurent sans hésitation possible que par ces louanges, c’est le Ciel qui venait d’accueillir cette âme. Il se trouvait là un de nos moines, qui est encore en vie. Il a coutume d’attester, en pleurant beaucoup, que jusqu’à la mise au tombeau, on ne cessa de sentir l’odeur du parfum. Voilà comment quitta cette vie celui qui, en cette vie, avait supporté les tourments avec sérénité. Ainsi, selon la parole du Seigneur, la bonne terre a rendu son fruit par la patience, et labourée par le soc de l’effort, elle est parvenue à la moisson de la récompense.

  • Sainte Martine

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    A la sainte vierge et martyre Martine, Urbain VIII souverain pontife.

    Lu sur Artetrome :

    Comme presque toutes les églises du centre historique de Rome, l’église de saint Luc et Martine a été édifiée sur les ruines de structures antiques, en effet l’église a été bâtie sur le Secretarium Senatus, un édifice destiné aux réunions secrètes du Sénat romain. C’est au XVIe siècle que l’église prend le nom de saint Luc et Martine, quand le pape Sixte V la cède à la fameuse Académie de saint Luc (l’académie de peinture fondée à la fin du XVIe siècle et dont saint Luc est le saint patron) car le siège se trouvait dans une rue avoisinante. L’Académie de saint Luc décide de bâtir une nouvelle  église car la précédente avait un aspect vétuste. Après quelques péripéties, on confie les travaux au peintre et architecte Pierre de Cortone, « prince de l’Académie de saint Luc », et c’est alors que l’on découvre dans l’église souterraine le corps de sainte Martine et d’autres martyrs chrétiens… La façade de l’église de saint Luc et Martine, avec sa forme légèrement convexe, est un des chefs d’œuvre les mieux réussis de l’architecte et peintre Pierre de Cortone. Par l’escalier à gauche du maître autel on descend au niveau de l’église souterraine, elle est richement décorée, et outre le tombeau de la sainte on y trouve aussi le tombeau de Pierre de Cortone.

    Lequel Pierre de Cortone voyait ainsi sainte Martine. O tempora, o mores...

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  • Une messe de BD

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    Ce stand à l’allure quelque peu bricolée, au Festival de la Bande dessinée d’Angoulême, montre qu’on peut se moquer de l’Eglise catholique sans pour autant sombrer dans le blasphème.

    Addendum

    On me dit que c’est un vrai évêque et des vrais prêtres. Et une vraie messe.

    Zut alors. Pour le coup on n’est pas loin du blasphème…

  • Le point sur la date de Pâques

    A l’issue d’une réunion des primats anglicans (celle où l’on s’est gravement écharpé sur l’ordination des homosexuels), Justin Welby a déclaré qu’il était en pourparlers avec les catholiques et les autres confessions chrétiennes pour l’établissement d’une date unique de la fête de Pâques, et que cela devrait se faire d’ici dix ans.

    Le propos n’a guère été répercuté, hors d’Angleterre, que par les coptes, qui sont des militants acharnés de la date unique de Pâques depuis qu’ils ont un nouveau patriarche. Celui-ci avait écrit au pape sur le sujet en mai 2014, puis il en avait reparlé en mai 2015, et le pape avait alors publiquement manifesté son accord de principe (mais pas sur la date proposée…).

    En fait il y a deux questions distinctes. Il y a celle d’une date fixe pour la fête de Pâques, qui est celle dont parlent les anglicans, les coptes et le pape. Et il y a la question de la date mobile de Pâques selon les calendriers julien et grégorien, qui fait que la date mobile de Pâques a lieu à deux dates différentes.

    Cette dernière question devait être débattue lors du concile panorthodoxe qui va se réunir, en Crète, en juin prochain. Mais, à l’issue de la réunion des patriarches orthodoxes qui s’est tenue à Chambésy du 21 au 28 janvier (et qui a décidé de la date et du lieu du concile), le patriarche de Moscou a annoncé que la question du calendrier avait été retirée de l’ordre du jour. Parce que l’Eglise orthodoxe russe tient au calendrier julien, mais ne veut pas entrer en conflit avec les Eglises orthodoxes qui suivent le calendrier grégorien (le pire schisme orthodoxe ayant eu lieu pour une affaire de calendrier).

    Ainsi, on sait désormais que le concile panorthodoxe en restera au statu quo.

    A plus forte raison il ne sera pas question d’une date fixe pour la date de Pâques.

    En juin 2015, après les déclarations du patriarche copte et du pape, le vice-président du département des relations extérieures du Patriarcat de Moscou, Nikolaï Balashov, avait déclaré que si Rome décidait de célébrer Pâques selon le calendrier julien, cette intention serait bienvenue (sic), mais que s’il s’agit d’avoir une date fixe c’est « totalement inacceptable pour l’Eglise orthodoxe », puisque ce serait contraire aux prescriptions du concile de Nicée.

    Cela devrait être tout aussi inacceptable pour l’Eglise catholique, nonobstant la note irresponsable de Vatican II sur le sujet.

    Quoi qu’il en soit des fantasmes de Justin Welby et des désirs des coptes, il ne se passera donc rien. Et heureusement. En l’occurrence ce sont les orthodoxes russes qui sont les garants de la tradition, même si, par… traditionalisme, ils se trompent quant au calendrier…

  • Saint François de Sales

    Ceux qui ont traité de la dévotion ont presque tous regardé l’instruction des personnes fort retirées du commerce du monde, ou au moins ont enseigné une sorte de dévotion qui conduit à cette entière retraite. Mon intention est d’instruire ceux qui vivent ès villes, ès ménages, en la cour, et qui par leur condition sont obligés de faire une vie commune quant à l’extérieur, lesquels bien souvent, sous le prétexte d’une prétendue impossibilité, ne veulent seulement pas penser à l’entreprise de la vie dévote, leur étant avis que, comme aucun animal n’ose goûter de la graine de l’herbe nommée Palma Christi, aussi nul homme ne doit prétendre à la palme de la piété chrétienne, tandis qu’il vit emmy la presse des affaires temporelles. Et je leur montre que comme les mères perles vivent emmy la mer sans prendre aucune goutte d’eau marine, et que vers les îles Chélidoines il y a des fontaines d’eau bien douce au milieu de la mer, et que les pyraustes volent dedans les flammes sans brûler leurs ailes, ainsi peut une âme vigoureuse et constante vivre au monde sans recevoir aucune humeur mondaine, trouver des sources d’une douce piété au milieu des ondes amères de ce siècle, et voler entre les flammes des convoitises terrestres sans brûler les ailes des sacrés désirs de la vie dévote. Il est vrai que cela est malaisé, et c’est pourquoi je désirerais que plusieurs y employassent leur soin avec plus d’ardeur qu’on n’a pas fait jusques à présent; comme, tout faible que je suis, je m’essaie par cet écrit de contribuer quelque secours à ceux qui d’un cœur généreux feront cette digne entreprise.

    Extrait de la préface à l’Introduction à la vie dévote

  • Saint Pierre Nolasque

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    Lire la suite

  • Saint Jean Chrysostome

    Ce qui suit est un extrait de ce qui est sans doute la dernière lettre de saint Jean Chrysostome à son amie Olympias. Le livre qu’il évoque est celui qui a été édité par les Sources chrétiennes sous le titre Lettre d’exil.

    Sans parler en effet de tout ce que j'ai souffert à Constantinople, vous pouvez vous faire une idée de tout ce que j'ai enduré, depuis mon départ, pendant ce long et pénible voyage ou j'étais sans cesse menacé de mourir, vous pouvez vous imaginer tout ce que j'ai souffert depuis mon arrivée dans ce pays, depuis mon départ de Cucuse, après mon séjour a Arabisse. Eh bien ! nous avons échappé à tant de périls ; nous jouissons à l'heure qu'il est d'une santé parfaite, et nous sommes complètement rassuré. Les Arméniens s'étonnent qu'avec un corps si faible et si maigre je puisse supporter la violence du froid, respirer encore, quand ceux même qui sont habitués à ces rigueurs s'en trouvent si fort incommodés. Or jusqu'à ce jour nous n'avons éprouvé aucun accident : nous avons échappé aux mains des brigands, qui souvent se sont jetés sur nous, nous manquons des choses les plus nécessaires, nous ne pouvons pas même prendre de bains. A Constantinople, nous ne pouvions nous en passer : maintenant nous nous trouvons si fort que nous n'en sentons pas même le besoin; notre santé ne semble plus réclamer cet auxiliaire. Rien n'a pu nous abattre, ni l'intempérie de l’air, ni la solitude des lieux, ni le manque de provisions et de serviteurs, ni l'ignorance des médecins. Nous ne prenons pas de bains, nous sommes sans cesse enfermé dans une chambre, comme si nous étions en prison; nous ne sortons jamais, et la promenade nous était si nécessaire autrefois. Nous sommes sans cesse à côté du feu, inondé de fumée, nous avons a craindre les voleurs qui toujours nous assiègent, et malgré tout cela, malgré bien d'autres inconvénients, nous nous portons mieux qu'à Constantinople ou nous étions si bien soigné. Songez a ce que je viens de vous dire; bannissez toute tristesse a mon sujet, et ne vous infligez pas de peines si fâcheuses et si superflues. Je vous envoie un livre que je viens d'écrire, et dont voici le titre : Personne n'est blessé que par lui-même. C'est là ce que prétend démontrer l'ouvrage que je vous adresse. Parcourez-le souvent, et même si votre santé vous le permet, lisez-le à haute voix. Ce remède vous suffit, si vous le voulez bien. Mais si vous vous obstinez, si vous ne voulez pas vous traiter vous-même, si malgré tant de divertissements et d'exhortations, vous ne voulez pas sortir de ce nuage de tristesse, à notre tour nous ne vous écouterons plus, et nous cesserons de vous écrire si souvent ces longues lettres, dont vous ne savez point profiter pour retrouver le calme. Comment verrons-nous donc que vous êtes consolée ? Sera-ce par votre témoignage ? Non, mais par les effets; car vous venez de nous le dire, c'est la tristesse qui vous a rendue malade. Grâce à cet aveu, nous croirons que votre tristesse a cessé, si vous recouvrez la santé. Puisqu'en effet, d'après vous, la tristesse est la cause de votre maladie, une fois la tristesse bannie, la maladie certainement disparaîtra, et la racine une fois arrachée, les branches périront. Tant que celles-ci fleuriront, se porteront bien, se couvriront de ces malheureux fruits, nous ne pourrons nous persuader que vous aurez enlevé la racine. Donc plus de paroles, mais des effets : si vous recouvrez la santé, vous recevrez encore des lettres plus longues que ne le seraient des discours. N'est-ce pas un grand motif de consolation pour vous que nous vivions, que nous nous portions bien, qu'au milieu de tant d’ennuis, nous ne soyons ni malade ni infirme ? Ah ! nos ennemis s'en attristent et en ressentent une vive douleur. Vous devrez donc de votre côté y puiser une abondante consolation, votre principale consolation. Non, ne dites point que vos amis sont abandonnés : les souffrances qu'ils endurent inscrivent leurs noms dans les cieux.

  • Merci au cardinal Zen

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    Le cardinal Zen (Joseph Zen Ze-kiun), évêque émérite de Hong Kong, a entre autres éminents mérites (dont son opposition virulente au communisme chinois), celui de célébrer régulièrement la messe de saint Pie V. Ce n’est donc pas à proprement parler un événement qu’il la célèbre lors du congrès eucharistique de Cebu, aux Philippines, où il a été invité à parler.

    C’est pourtant un événement dans la mesure où c’est la première fois qu’un cardinal célèbre la messe de saint Pie V aux Philippines depuis la révolution liturgique, et que le fait pour un cardinal de la célébrer au cours d’un congrès eucharistique ne passe évidemment pas inaperçu.

    Or voici que le site de la conférence des évêques des Philippines a publié un texte pour expliquer de quoi il s’agit, et c’est un texte, relativement long, d’une grande bienveillance, entièrement favorable à la messe latine traditionnelle, notamment par les propos rapportés d’un blogueur et d’un diacre. On y apprend qu’en 2007 il y avait trois messes dominicales de saint Pie V aux Philippines, et qu’il y en a 14 aujourd’hui, et d’autres mensuelles ou en semaine.

    Et, grosse surprise, ce texte a été repris quasi intégralement par Asianews, l’agence de l’Institut pontifical des missions étrangères, ce qui lui donne une diffusion mondiale en quatre langues.

  • Saint Polycarpe

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    Le 23 Février, mémoire du saint hiéromartyr Polycarpe, évêque de Smyrne.
    Grâce au feu de l'amour donnant beaucoup de fruit,
    Polycarpe est offert au Verbe en holocauste.
    A la rive céleste où son feu le conduit,
    le 23 février, le saint martyr accoste.
    Par ses saintes prières, ô notre Dieu, aie pitié de nous et sauve-nous. Amen.

    Synaxaire byzantin

    Ayant fait pousser en ton âme le raisin de la grâce, en vérité,
    comme vin tu fis couler la parole de la foi,
    qui réjouit le cœur de tous les croyants,
    et tu devins un océan de miracles, Père saint:
    c'est pourquoi tu t'es montré le joyau des Martyrs,
    éprouvé par le feu et digne de l'éternelle clarté.
    Polycarpe, intercède auprès du Christ notre Dieu
    pour qu'il accorde la rémission de leurs péchés
    à ceux qui fêtent avec amour ta mémoire sacrée.

    Cathisme après la 3e ode des matines

    Sur saint Polycarpe :

  • Conversion de saint Paul

    On nous a lu aujourd’hui le passage des Actes des Apôtres où l’on rapporte que l’Apôtre Paul devint, de persécuteur des chrétiens, prédicateur du Christ. Le Christ, en effet, a renversé un persécuteur pour en faire un docteur de l’Église ; le frappant et le guérissant, lui donnant à la fois la mort et la vie. Agneau immolé par des loups, il change les loups en agneaux.

    Dans la célèbre prophétie où nous voyons le patriarche Jacob bénir ses enfants (la main étendue sur ceux qui étaient présents et les yeux fixés sur l’avenir), se trouve prédit ce qui s’est accompli dans Paul. Paul était, comme il l’atteste lui-même, de la tribu de Benjamin. Or, lorsqu’en bénissant ses fils, Jacob fut arrivé à bénir Benjamin, il dit de lui : « Benjamin, loup ravisseur. » Quoi ? Sera-t-il toujours loup ravisseur ? Nullement ; mais « celui qui, le matin, ravit la proie, partage le soir les aliments. » Voilà ce qui s’est accompli dans l’Apôtre saint Paul, que cette prédiction concernait.

    Considérons-le maintenant, si vous le voulez bien, ravisseur le matin, et partageant le soir les dépouilles. Matin et soir sont mis ici pour d’abord et ensuite. Nous entendrons donc ainsi cette proposition : il ravira d’abord, et ensuite il partagera les aliments.

    Voyez le ravisseur : Saul, disent les Actes, ayant reçu les lettres des princes des prêtres, allait (à Damas) afin que partout où il trouverait des chrétiens, il les entraînât et les amenât aux prêtres pour être châtiés. Il allait, respirant et exhalant le meurtre ; c’est-à-dire, ravisseur le matin. Aussi quand Etienne, le premier martyr, fut lapidé pour le nom du Christ, Paul était-il très manifestement présent, et il assistait même au supplice d’Etienne avec des sentiments si hostiles que, pour lui, ce n’était pas assez de le lapider de ses propres mains : afin de se trouver en quelque sorte dans toutes les mains qui lançaient des pierres, il gardait les vêtements de tous les bourreaux, exerçant mieux sa fureur en les secondant tous, que s’il l’eût lapidé de ses propres mains.

    Nous comprenons la première partie de la prophétie : « Il ravira le matin. » Voyons de quelle manière il partage les aliments le soir. Du ciel la voix du Christ le terrasse, il reçoit d’en haut l’ordre de ne plus sévir, et il tombe la face contre terre : il devait être abattu d’abord, puis relevé ; d’abord frappé, puis guéri : car le Christ n'aurait jamais vécu en lui, s'il n'était mort à son ancienne vie de péchés. Or, ainsi renversé, que lui est-il dit: « Saul, Saul, pourquoi me persécuter? Il t'est dur de regimber contre l'aiguillon. — Qui êtes-vous, Seigneur? » reprend-il. Et la voix lui crie du ciel : « Je suis Jésus de Nazareth, que tu persécutes ». C'est la tête dont les membres étaient encore sur la terre, qui criait du haut du ciel. Aussi bien ne disait-elle pas : Pourquoi persécuter mes serviteurs? mais: « Pourquoi me persécuter? » —  Ah ! « que voulez-vous que je fasse? » Déjà il se dispose à obéir, cet ardent persécuteur; déjà ce persécuteur devient prédicateur, ce loup se change en brebis, cet ennemi en défenseur. Il vient d'apprendre ce qu'il doit faire. S'il est devenu aveugle, si la lumière extérieure lui est soustraite pour quelque temps, c'est pour faire briller dans son cœur la lumière intérieure; la lumière est ravie au persécuteur, pour être rendue au prédicateur. Mais quand il ne voyait plus rien, il voyait Jésus. C'est ainsi que sa cécité était le symbole mystérieux des croyants. Celui en effet qui croit au Christ doit le contempler, sans tenir même compte de la créature; dans son cœur la créature doit déchoir toujours et le Créateur être goûté de plus en plus.

    Saint Augustin, début du sermon 278

  • Septuagésime

    Revoici le temps du labeur qui va nous conduire à la Croix et à la Résurrection. Ce n’est pas encore le carême mais l’Eglise nous y prépare sans ménagement. Nous allons porter toute l’histoire du monde, qui est l’histoire de la chute, et gravir le chemin du calvaire où sera déchirée la reconnaissance de dette qui ne s’annule que par la mort.

    Autrefois, aux matines de la Septuagésime, on lisait le récit du péché originel dans la Genèse. Depuis saint Pie V (ou même avant ?) on commence par le commencement : la création, et le récit de la chute n’intervient que mercredi. Et l’étonnant rétrécissement des matines depuis 1960 dans le bréviaire romain a supprimé le texte de saint Augustin sur la chute*, ainsi que les répons qui l’évoquent. Il reste cependant l'antienne du Magnificat des premières vêpres, qui l'annoncent avant même l'adieu à l'alléluia.

    La messe gémit du coup de massue que l’homme s’est infligé lui-même. « L'Introït de la Messe exprime les terreurs de la mort auxquelles Adam et sa race tout entière sont en proie, depuis le péché », dit dom Guéranger :

    Circumdedérut me gémitus mortis, dolóres inférni circumdedérunt me 

    Les gémissements de la mort m'ont environné, les douleurs de l'enfer m'ont assiégé

    « Cependant un cri d'espérance se fait entendre, au milieu de cette suprême désolation. Adam et sa race peuvent encore implorer la miséricorde céleste. Le Seigneur a fait une promesse, au jour même de la malédiction; qu'ils confessent leur misère, et le Dieu même qu'ils ont offensé deviendra leur libérateur. »

    et in tribulatióne mea invocávi Dóminum, et exaudívit de templo sancto suo vocem meam.

    j'ai invoqué le Seigneur dans ma tribulation, et, de son saint temple, il a écouté ma voix.

    Alors le psaume peut chanter son premier verset :

    Díligam te, Dómine, fortitúdo mea : Dóminus firmaméntum meum, et refúgium meum, et liberátor meus.

    Je vous aimerai, Seigneur, qui êtes ma force ; le Seigneur est mon appui, mon refuge et mon libérateur.

    La collecte constate que nous sommes « justement affligés pour nos péchés », et demande que nous soyons miséricordieusement délivrés pour la gloire du Nom du Seigneur.

    Dans l’épître saint Paul montre le chemin qui s’esquisse, la route du carême, comme une course de fond. Il faut courir de façon à remporter la palme. Ce n’est pas aisé : les Hébreux furent tous baptisés dans la mer Rouge, ont tous mangé du pain spirituel et bu au rocher spirituel, et ils sont quasiment tous morts avant d’arriver dans la terre promise…

    Le graduel implore Dieu au temps de la tribulation… avec espérance, car Dieu n’oublie pas le pauvre qui le cherche.

    Le trait, remplaçant désormais l’alléluia, est le De profundis…

    L’évangile est celui des ouvriers conviés à travailler à la vigne au long des heures de la journée. Quelle que soit l’heure à laquelle on a été appelé, on reçoit son salaire : le denier de la vie éternelle, si l’on a persévéré (sans s’occuper de comparer son labeur avec celui du voisin).

    C’est pourquoi l’offertoire rend grâce avec joie :

    Bonum est confitéri Dómino, et psállere nómini tuo, Altíssime.

    Il est bon de louer le Seigneur et de chanter votre nom, ô Très-Haut.

    Et l’antienne de communion s’installe dans l’espérance :

    Illúmina fáciem tuam super servum tuum, et salvum me fac in tua misericórdia : Dómine, non confúndar, quóniam invocávi te.

    Faites luire votre visage sur votre serviteur, et sauvez-moi par votre miséricorde ; Seigneur, que je ne sois pas confondu, car je vous ai invoqué.

    _______

    * Texte qui se termine par la phrase magnifique: "Melius enim judicavit de malis bene facere quam mala nulla esse permittere". Dieu a jugé meilleur de tirer le bien du mal que de permettre qu'il n'y ait aucun mal."

  • Sainte Emérentienne

    La fête de saint Raymond de Pegnafort a supplanté au XVIIe siècle celle de sainte Emérentienne (ou Emérance), qui demeure néanmoins une mémoire. Voici ce qu’en dit dom Guéranger, dans un texte très joli et émouvant, mais peu conforme aux canons du dialogue interreligieux…

    emerentienne_copy1.jpgLe troisième jour n’est pas écoulé depuis le martyre de sainte Agnès ; et la Liturgie, fidèle à recueillir toutes les traditions, nous rappelle à son tombeau. Voici que la Vierge Émérentienne, amie et sœur de lait de notre héroïne de treize ans, s’en est allée prier et pleurer sur le lieu où repose celle qui lui a été si tôt et si cruellement ravie. Émérentienne n’a pas encore été régénérée dans les eaux du Baptême ; elle suit encore les exercices du catéchuménat ; mais son cœur est déjà au Christ par la foi et par le désir.

    Tandis que la jeune fille épanche ses regrets et son admiration sur la tombe d’Agnès, des païens surviennent ; insultant à sa douleur, ils veulent troubler ces hommages rendus à leur victime. C’est alors que Émérentienne, enflammée du désir de se réunir au Christ, et d’être bientôt dans les bras de sa douce compagne, puisant un mâle courage sur ce sépulcre glorieux, se tourne vers les barbares, et, confessant Jésus-Christ, maudissant les idoles, leur reproche l’atroce cruauté dont l’innocente Agnès est tombée victime.

    La férocité païenne s’indigne dans les cœurs de ces hommes asservis au culte de Satan, et à peine la jeune fille a cessé de parler, qu’elle tombe sur le sépulcre de son amie, accablée sous les pierres meurtrières que lui lancent ceux qu’elle a osé défier. Baptisée dans son propre sang, Émérentienne laisse sur la terre sa dépouille sanglante ; et son âme s’envole sur le sein de l’Emmanuel, pour jouir éternellement de ses embrassements divins, et de la chère présence d’Agnès.

    Unissons-nous à l’Église, qui recueille avec tant d’amour de si touchants souvenirs ; demandons à Émérentienne la grâce d’être réunis à Jésus et à Agnès, et saluons son triomphe par les prières de la sainte Liturgie.

  • Ça continue

    Sur ordre de François, le cardinal Sarah, préfet de la congrégation pour le culte divin, a promulgué un décret par lequel les prêtres peuvent laver les pieds de n’importe qui le Jeudi Saint (de préférence des musulmanes lesbiennes et des transsexuels bouddhistes, cela va de soi).

    Ainsi le pape régularise-t-il (avec effet rétroactif, donc) ses facéties du Jeudi Saint contraires aux rubriques du Missel, mais surtout contraires au symbolisme liturgique du rite (dont il se moque éperdument), mais finalement contraires aussi à la sainte Ecriture. Il appelle cela « corriger le rite ». Sic.

    Si j’étais le cardinal Sarah, j’aurais démissionné. Mais je ne suis pas le cardinal Sarah, et sans doute que « ça ne se fait pas ». Le temps est venu pourtant de faire quelque chose, avant que ce pape détruise complètement l’Eglise.

    N.B. Cette innovation ne concerne évidemment pas la « forme extraordinaire du rite romain ». Tant que François n’en aura pas décidé autrement…

    Nota bene
    Cité du Vatican, 22 janvier 2016 (VIS). Une erreur s'est glissée dans le premier article du bulletin d'hier: La lettre du Saint-Père au Cardinal Sarah remontait au 20 décembre 2014 et non 2015.

  • Saint Vincent

    Comme son corps avait été jeté et laissé sans sépulture, un corbeau le défendit miraculeusement avec ses griffes, son bec et ses ailes contre un loup et contre les oiseaux. A cette nouvelle, Dacien commanda de jeter le corps en pleine mer ; mais Dieu voulut que les flots le ramenassent sur le rivage, et les chrétiens l’ensevelirent.

    Bréviaire

    *

    Mais voici un témoignage magnifique rendu par Dieu même à ses témoins. Après qu'il a soutenu leurs cœurs dans le combat, après leur mort il n'abandonne point leurs corps; c'est ainsi que sur le corps de notre bienheureux Vincent il a opéré un des plus éclatants miracles, en découvrant d'une manière si manifestement divine ce corps que l'ennemi avait tout fait dans sa fureur pour dérober aux regards des hommes, et en montrant qu'il fallait l'inhumer avec un profond respect et l'entourer d'un culte religieux. Le Seigneur voulait qu'il fût ainsi un illustre et immortel témoignage du triomphe remporté par la piété victorieuse sur l'impiété vaincue. Ah ! il est bien vrai que « la mort des saints du Seigneur est précieuse à ses yeux (Psaume 115) » ; puisqu'il ne dédaigne pas cette poussière du corps que la vie a quitté; puisqu'après même que l'âme invisible est sortie de sa visible demeure, Dieu veilla avec soin sur cette habitation qu'a occupée son serviteur, et puisque pour sa gloire il la fait honorer par ses autres serviteurs fidèles.

    Quand en effet le Seigneur fait des miracles sur les corps de ses amis défunts, ne témoigne-t-il pas que pour lui ils ne sont pas morts; et ne veut-il pas, quand il déploie tant de puissance pour honorer une chair inanimée, faire entendre combien sont glorifiées près de lui ces âmes généreuses qui se sont pour lui dévouées à la mort? En parlant des membres de l'Eglise, l'Apôtre a emprunté une similitude aux membres de notre corps : « Nous entourons de plus de respect, dit-il, nos membres honteux (I Cor. 12,23) ». C'est ainsi qu'en faisant de si éclatants miracles en faveur des cadavres des martyrs, la Providence du Créateur honore davantage ces restes sans vie ; c'est ainsi que dans ces cendres humaines que la mort a dépouillées de toute beauté, se manifeste avec plus d'éclat l'Auteur même de la vie.

    Saint Augustin, fin du sermon 275, deuxième de ses quatre sermons sur saint Vincent

  • Sainte Agnès

    Le bienheureux cardinal Schuster :

    La messe en l’honneur de sainte Agnès a été le prototype de celle qui est devenue par la suite commune à toutes les vierges. Elle a un caractère d’antiquité, solennel et fort sobre, à la différence de l’office qui est d’une époque plus tardive, et se fonde sur des textes apocryphes. A cet éloge liturgique fait un magnifique écho l’épigraphe du pape Damase en l’honneur d’Agnès. Aujourd’hui encore, dans son marbre originel, elle orne l’escalier monumental qui, de la voie Nomentane, descend à la basilique de la martyre.

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    FAMA • REFERT • SANCTOS • DVDVM • RETVLISSE • PARENTES
    AGNEN • CVM • LVGVBRES • CANTVS • TVBA • CONCREPVISSET
    NVTRICIS • GREMIVM • SVBITO • LIQVISSE • PVELLAM
    SPONTE • TRVCIS • CALCASSE • MINAS • RABIEM • QVE • TYRAMNI
    VRERE • CVM • FLAMMIS • VOLVISSET • NOBILE • CORPVS
    VIRIBVS • IMMENSVM • PARVIS • SVPERASSE • TIMOREM
    NVDA • QVE • PROFVSVM • CRINEM • PER • MEMBRA • DEDISSE
    NE • DOMINI • TEMPLVM • FACIES • PERITVRA • VIDERET
    O • VENERANDA • MIHI • SANCTVM • DECVS • ALMA • PVDORIS
    VT • DAMASI • PRECIBVS • FAVEAS - PRECOR • INCLITA • MARTYR

    La renommée rapporte ce que les pieux parents d’Agnès ont narré, c’est-à-dire comment celle-ci, encore enfant, dès que la trompette du héraut eut annoncé le funeste édit de persécution, tout de suite s’arrache aux bras de sa nourrice pour affronter, intrépide, la fureur du féroce tyran et en mépriser les menaces. Alors que celui-ci tenta de livrer aux flammes son corps délicat, Agnès, avec ses forces débiles d’enfant, réussit à vaincre l’horrible crainte qu’inspirait ce supplice. Découverte, pour qu’un œil humain ne se posât pas sur le temple consacré au Seigneur, elle couvrit son corps de sa chevelure. O magnanime, ô digne de toute ma vénération, ô splendeur de la pudeur chrétienne, je te supplie, illustre martyre, d’accueillir avec bienveillance les prières de Damase.

  • Saint Sébastien

    Aujourd’hui sont célébrés deux martyrs, le pape Fabien, tué lors de la persécution de Dèce en 250, et Sébastien, officier de Dioclétien, tué environ un demi-siècle plus tard.

    Le plus ancien calendrier liturgique romain que l’on ait disait :

    XIII kal. Febr. Fabiani in Callisti et Sebastiani in Catacumbas.

    C’est-à-dire : le 13e jour avant les calendes de février (le 20 janvier), Fabien à Calliste, et Sébastien aux Catacombes. Le pape célébrait deux messes : une en l’honneur de saint Fabien près de son tombeau au cimetière de Callixte, l’autre en l’honneur de saint Sébastien près de son tombeau dans les catacombes voisines.

    La messe la plus solennelle était celle de saint Sébastien, qui était un très populaire thaumaturge et qui eut jusqu’à neuf église de Rome portant son nom. Ainsi, comme pour toutes les grandes fêtes sa messe comportait une préface particulière :

    Vere dignum et justum est, æquum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere, Domine sancte, Pater omnipotens, æterne Deus ; quoniam martyris beati Sebastiani pro confessione nominis tui venerabilis sanguis effusus, simul et tua mirabilia manifestat, quo perficis in infirmitate virtutem, et nostris studiis dat profectum, et infirmis apud te præstat auxilium ; per Christum…

    Il est vraiment digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâce en tout temps et en tout lieu, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel ; car le vénérable sang du bienheureux martyr Sébastien répandu pour avoir confessé votre nom manifeste en même temps vos merveilles, en sorte que vous accomplissez la force dans la faiblesse, et il permet à nos efforts de nous faire progresser, et il procure une aide aux faibles auprès de vous.

    Voici les collectes et la préface de la messe de saint Sébastien dans le sacramentaire saint Grégoire le Grand, édition parisienne de 1675.

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  • Saints Marius, Marthe, Audifax et Abachus

    Cette famille persane (le père, ma mère et leurs deux fils) martyrisée à Rome sous Claude a une messe propre, qui n’est plus guère célébrée puisque leur fête n’est plus qu’une mémoire. Or voici des extraits de ce qu’en dit le bienheureux cardinal Schuster :

    La messe a une saveur d’antiquité et révèle une période d’excellent goût liturgique.

    L’antienne d’introït est tirée du psaume 67 et annonce le refrigerium ou banquet céleste que Dieu prépare à ses martyrs, c’est-à-dire à ceux qui, pour son amour, ont supporté en ce monde la faim et la soif de justice, et ont été opprimés en haine du nom du Christ : « Les justes s’assoient au banquet et jubilent en présence de Dieu, et gaiement ils se réjouiront. » PS. 67 : « Que Dieu se lève, et que soient dispersés ses ennemis ; et que fuient devant lui ceux qui le haïssent, y. Gloire, etc. »

    Dans les collectes suivantes, comme en beaucoup d’autres antiques oraisons, à la différence du goût plus moderne qui préfère résumer en quelques mots, dans la collecte, toute la biographie d’un saint, les martyrs de ce jour ne sont pas même nommés ; la raison en est que les anciens, sans s’arrêter par trop aux détails, aimaient les grandes synthèses théologiques, ne séparant jamais l’individu de la société entière des saints et de Jésus-Christ, source première et centre de toute sainteté. Prière. « Écoutez, Seigneur, les prières de votre peuple, qui y ajoute le patronage de vos saints, afin que vous nous accordiez de goûter la paix de la vie présente et d’obtenir aussi la grâce de la vie éternelle. Par notre Seigneur, etc. »

    (…)

    L’offertoire suivant, tiré du psaume 123, est, avec sa mélodie grégorienne, l’un des chefs-d’œuvre les plus inspirés de l’antiphonaire de saint Grégoire. Dans l’usage de l’Église, il convient particulièrement aux Martyrs qui versèrent leur sang dans la fleur de la jeunesse, comme c’est le cas pour Audifax et Abachum. [C’est aussi celui de la fête des saints Innocents.]

    Offertoire : « Notre âme est comme un passereau échappé au filet du chasseur. Le filet s’est brisé et nous nous sommes trouvés libres. »

    Le piège qui nous est tendu par le diable se cache, comme dans l’herbe fleurie, au milieu des joies de la vie et dans les aises des biens de ce monde. La vanité revêt la gamme multicolore de la réalité et nous trompe. Dieu toutefois tranche ce piège pour ses martyrs, et le petit oiseau s’envole, libre, vers le ciel.

    (…)

    Après la communion, on récite cette belle prière : « Apaisé par l’intercession de vos saints, accordez-nous, Seigneur, que ce que maintenant, à l’ombre du mystère, nous célébrons dans le temps, nous puissions l’obtenir pleinement dans l’éternité bienheureuse. »

    Le vœu exprimé aujourd’hui dans la prière après la communion est vraiment sublime. Que signifie en effet l’Eucharistie célébrée sous les voiles du sacrement, avec les azymes de la fuite, au milieu des douleurs et des luttes de la vie présente, sinon notre participation au Sacrifice et à la Passion de Jésus ? Mais la grâce du sacrement scelle notre intime union avec le Rédempteur ; aussi ce même Esprit qui aujourd’hui nous consacre victimes avec Jésus ranimera un jour par sa vie divine nos membres mortifiés et leur donnera part à la gloire de la résurrection.

  • Quam magna multitudo

    ℟. Quam magna multitudo dulcedinis tuae, Domine, * Quam abscondisti timentibus te !
    ℣. Et perfecisti eis qui sperant in te, Domine, in conspectu filiorum hominum.
    ℟. Quam abscondisti timentibus te !

    Qu’elle est grande l’abondance de ta douceur, Seigneur, que tu réserves pour ceux qui te craignent. Et tu la donnes en plénitude à ceux qui espèrent en toi, Seigneur, devant les enfants des hommes.

    Répons des matines, psaume 30, 20. Le « Et » qui commence le verset est absent de la majorité des manuscrits, comme on le voit sur le bréviaire de Paris ci-dessous. Il figure néanmoins sur l’antiphonaire des cordeliers de Fribourg. Il se trouve sur le psautier romain, qui à l’origine a servi à composer le répons.

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  • Deuxième dimanche après l’Epiphanie

    Evangile de saint Jean, 2,1 :

    « Et le troisième jour il y eut des noces à Cana de Galilée. »

    Exode 19,16 :

    « Et le troisième jour était arrivé, et l’aube pointait : et voici qu’on commença à entendre du tonnerre, et les éclairs briller, et des nuages très denses couvrir la montagne, et le son de la trompette se faisait de plus en plus véhément ; et le peuple, qui était dans le camp, eut peur. »

    Ce texte est le début du récit de la manifestation de la loi au sommet du Sinaï. A la fin du récit des noces de Cana on nous dira qu’avec le signe de l’eau changée en vin, qui est « le début des signes de Jésus », il « manifesta sa gloire ». L’épiphanie de sa gloire est ici dans son principe (« le début », en grec, c’est tèn arkhèn, premier mot de l’évangile de saint Jean, premier mot de la Genèse). Elle sera complète après le Sacrifice de la Croix, le… troisième jour.

    *

    Evangile de saint Jean, 2,4 :

    « Et Jésus lui dit : “Qu’y a-t-il entre toi et moi, femme ? Mon heure n’est pas encore venue.” »

    Evangile de saint Jean, 19,26, quand l'heure fut venue :

    « Quand Jésus vit sa mère, et, debout, le disciple qu’il aimait, il dit à sa mère : “Femme, voici ton fils.” »

    Jésus n'a appelé personne "Femme" entre ces deux épisodes, le principe des signes, et le signe de la Croix.

    *

    Evangile de saint Jean, 2,5 :

    « Sa mère dit aux serviteurs [diakonois : diacres] : “Ce qu’il vous dira, faites-le.” »

    Genèse 41,55 :

    « Pressé par la faim, le peuple cria vers le Pharaon et lui demanda à manger. Il leur répondit : “Allez à Joseph, et tout ce qu'il vous dira, faites-le”. »

    *

    Evangile de saint Jean, 2,7 :

    « Jésus leur dit : “Emplissez d’eau les urnes.” Et ils les remplirent jusqu’en haut. »

    Ce qui fit au moins 600 litres de vin, annonce de la réalisation des prophéties messianiques.

    Joël 2,24 :

    « Et les aires se rempliront de blé, et les pressoirs déborderont de de vin et d’huile. »

    *

    Deutéronome 11,13 :

    « Si vous obéissez à mes commandements, qu’aujourd’hui je vous prescris, d’aimer le Seigneur votre Dieu, et de le servir de tout votre cœur et de toute votre âme, il donnera la pluie de printemps et la pluie tardive à votre terre, afin que vous récoltiez le froment et le vin et l’huile. »

    *

    Matthieu 26,27-29 :

    « Et, ayant pris le calice, il rendit grâce et le leur donna en disant : Buvez-en tous, car ceci est mon sang de la nouvelle Alliance, qui sera répandu pour beaucoup en rémission des péchés. Or je vous le dis : je ne boirai plus de ce fruit de la vigne jusqu’à ce jour où je le boirai avec vous, vin nouveau, dans le royaume de mon Père. »