01 octobre 2014

Saint Remi

Remi, docteur illustre et confesseur glorieux du Seigneur, eut sa naissance prédite comme il suit par un ermite. Les Vandales avaient ravagé toute la France, et un saint reclus aveugle adressait de fréquentes prières au Seigneur pour la paix de l’Eglise des Gaules, quand un ange du Seigneur lui apparut et lui dit : « Apprends que la femme appelée Cilinie enfantera un fils du nom de Remi; il délivrera sa nation des incursions des méchants. » A son réveil, il courut immédiatement à la maison de Cilinie et raconta sa vision. Comme elle n'en croyait rien à raison de sa vieillesse, il répondit : « Quand tu allaiteras ton enfant, tu oindras avec soin mes yeux de ton lait et aussitôt tu me rendras la vue. » Toutes ces choses étant ainsi arrivées successivement, Remi quitta le monde et s'enferma dans la retraite. Sa réputation grandit, et à l’âge de 22 ans, il fut élu par le peuple archevêque de Reims. Or, sa mansuétude était telle que les oiseaux venaient jusque sur sa table manger dans sa main les miettes du repas. Ayant reçu l’hospitalité pendant quelque temps chez une matrone possédant une modique quantité de vin, Remi entra dans le cellier, fit le signe de la croix sur le tonneau, se mit en prières, et aussitôt le vin monta, de telle sorte qu'il se répandait au milieu du cellier.

Or, en ce temps-là, Clovis, roi de France, était païen et il n'avait pu être converti par son épouse qui était très chrétienne ; mais quand il vit venir contre lui une armée innombrable d'Allemands, il fit vœu au Seigneur Dieu qu'adorait sa femme de recevoir la foi de J.-C., s'il lui  accordait la victoire sur ses ennemis. Il l’obtint à son souhait; il alla donc trouver saint Remi et lui demanda le baptême. Quand on vint aux fonts baptismaux, il ne s'y trouvait pas de saint chrême, mais voici qu'une colombe apporta, dans son bec, une ampoule avec du chrême, dont le pontife oignit le roi. Or, cette ampoule est gardée dans l’église de Reims et les rois de France en ont été sacrés jusqu'aujourd'hui.

Longtemps après, Guénebauld, homme de grande prudence, s'étant marié à la nièce de saint Remi, les deux époux se délièrent mutuellement par esprit de religion, et Guénebauld fut ordonné évêque de Laon par saint Remi. Mais comme Guénebauld laissait trop souvent venir sa femme chez lui pour l’instruire, dans ces fréquents entretiens, son esprit se laissa enflammer de concupiscence et tous les deux tombèrent dans le péché. Sa femme conçut et enfanta un fils ; elle en instruisit l’évêque, et celui-ci, tout confus, lui fit dire: « Puisque l’enfant a été acquis par larcin, je veux qu'il soit appelé Larron. » Or, afin qu'aucun soupçon ne se fît jour, Guénebault laissa venir sa femme chez soi comme auparavant; mais quand ils eurent pleuré leur péché premier, ils tombèrent encore dans une nouvelle faute. Après avoir donné le jour à une fille et l’avoir mandé à l’évêque, celui-ci répondit : « Appelez cette fille Renarde. » Enfin revenu à lui, Guénebault alla trouver saint Remi, et, se jetant à ses pieds, il voulut ôter son étole de son cou. Saint Remi l’en empêcha et ayant appris de sa bouche les malheurs dans lesquels il était tombé, il le consola avec douceur, l’enferma dans une étroite cellule l’espace de sept ans, et lui-même gouverna son église dans l’intérim. La septième année, le jour de la cène du Seigneur, Guénebault était en oraison lorsqu'un ange lui apparut, lui déclarant que son péché était pardonné et lui commandant de sortir de sa retraite. Comme il répondait : « Je ne puis, car mon seigneur Remi a fermé la porte et l’a scellée de son sceau, » l’ange lui dit : « Afin que vous sachiez que le ciel vous est ouvert, votre cellule va être ouverte sans que le sceau soit rompu. » Il parlait encore que la porte s'ouvrit. Alors Guénebault se jetant en travers de la porte, les bras en forme de croix, dit : « Quand bien même mon Seigneur J.-C. viendrait, ici pour moi, je n'en sortirai pas, à moins que mon seigneur Remi qui  m’y a enfermé n'y vienne. » Sur l’avis de l’ange, saint Remi vint à Laon et rétablit Guénebauld sur son siège. Il persévéra dans les bonnes œuvres jusqu'à sa mort, et il eut pour successeur son fils Larron, qui fut saint aussi. Enfin saint Remi, tout éclatant de vertus, reposa en paix l’an 500 du Seigneur.

Jacques de Voragine, La légende dorée. Ce texte, inspiré de Grégoire de Tours et de Hincmar, est pour une fête de saint Remi qui avait lieu le 14 janvier, jour de sa naissance au ciel. Il y a un autre texte de Jacques de Voragine sur saint Remi pour la fête d’aujourd’hui, qui était la fête de la translation de ses reliques. (Guénebauld, ou Génebaud, fut de fait le premier évêque de Laon, et son fils Larron lui succéda.)

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30 septembre 2014

Saint Jérôme

Le « Prologue de Tobie », dans la Vulgate clémentine, également reproduit dans la récente Vulgate de Stuttgart, est une lettre de saint Jérôme expliquant pourquoi et comment il a traduit ce livre. La lettre est adressée à ses amis saint Chromace, évêque d’Aquilée, et saint Héliodore, évêque d’Altino.

« En vérité, je ne saurais comprendre votre empressement ; vous voulez absolument que je traduise en latin un livre écrit en chaldéen, je veux dire le livre de Tobie, que les Hébreux retranchent du nombre des livres canoniques pour le mettre au nombre des apocryphes. Je vous ai obéi, mais ce n'a pas été sans me faire violence ; car les Hébreux nous font un procès sur cela, et nous accusent de traduire en latin des livres qui ne sont point dans leur canon. Leurs plaintes ne m'ont pourtant pas empêché de poursuivre mon travail, persuadé qu'il était plus à propos d'obéir à des évêques que de craindre les murmures des pharisiens. Comme donc le chaldéen approche beaucoup de l'hébreu, je me suis servi d'un homme qui parlait parfaitement bien l'une et l'autre langue, et après avoir fait venir un copiste, je lui ai dicté en latin tout ce que celui-là m'exprimait en hébreu. J'ai consacré un jour tout entier à cet ouvrage.

« Je n'en veux point d'autre récompense que le secours de vos prières et le plaisir de savoir que vous êtes contents de mon travail. »

La première fois que j’ai lu ce texte (en latin) je me suis dit que j’avais dû mal comprendre. Mais saint Jérôme affirme réellement qu’il a traduit le livre de Tobie d’hébreu en latin en une seule journée. C’est un élément qu’il convient de garder en mémoire quand les exégètes qui méprisent la Vulgate prétendent que saint Jérôme n’avait pas une bonne connaissance de l’hébreu, voire même n’avait qu’une connaissance rudimentaire de cette langue…

On remarquera aussi que pour saint Jérôme il n’existait qu’un texte araméen de Tobie. Texte aujourd’hui perdu. Les traductions modernes de la Bible sont celles de textes grecs d’un texte sans doute hébreu lui aussi disparu, et qui sont différents. Or le texte de saint Jérôme, donc le texte de la Vulgate, est d’un plus grand intérêt pour le chrétien, comme je l’ai récemment signalé.

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29 septembre 2014

Dédicace de Saint-Michel

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Bienheureux cardinal Schuster

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28 septembre 2014

16e dimanche après la Pentecôte

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On constate que l’offertoire de ce dimanche commence et se termine par « Domine in auxilium meum respice ». On peut se demander pourquoi cette répétition, qui ne se trouve pas dans le psaume 39 d’où le texte est issu. Cet offertoire n’est pas le seul dans ce cas. La réponse est que les « antiennes d’offertoire » ne sont pas des antiennes, c’est-à-dire des introductions au chant d’un psaume, comme le sont historiquement l’introït ou la communion. Il s’agit en réalité de répons, donc, dans les livres depuis saint Pie V, de vestiges de répons : le répons dépouillé de ses versets. Mais parfois on a laissé la reprise, comme c’est le cas pour cet offertoire.

Le voici dans son entier.

. Domine in auxilium meum respice:
confundantur et revereantur,
qui quærunt animam meam, ut auferant eam.

*Domine in auxilium meum respice.

. 1 Expectans expectavi Dominum et respexit me:
et exaudivit deprecationem meam.

* Domine in auxilium meum respice.

. 2 Avertantur retrorsum et erubescant,
qui cogitant mihi mala.

* Domine in auxilium meum respice.

Seigneur, posez sur moi le regard pour me secourir :
qu’ils soient confondus et honteux,
ceux qui en veulent à ma vie pour me l’ôter.

* Seigneur, posez sur moi le regard pour me secourir.

J’ai attendu et attendu le Seigneur,
et il s’est penché sur moi :
et il a exaucé ma supplication.

* Seigneur, posez sur moi le regard pour me secourir.

Qu’ils soient renvoyés sur leurs pas, et qu’ils soient rouges de honte, ceux qui manigancent du mal contre moi.

* Seigneur, posez sur moi le regard pour me secourir.

Tel est l’ordre des versets dans le manuscrit ci-dessus reproduit (Graduel de Sainte-Cécile du Transtévère, daté de 1071, Cod. Bodmer 74, Cologny) comme il est dans d’autres manuscrits. Il existe aussi la configuration inverse (le verset 2 avant le verset 1), ce qui a été retenu dans l’Offertoriale triplex édité en 1985 par Solesmes.

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27 septembre 2014

La Fraternité Saint-Pierre à Mexico

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Dans quelques jours, la Fraternité sacerdotale Saint Pierre va s’installer dans la « chapelle de l’Immaculée Conception de Marie », une grande église au centre de Mexico, à l’invitation du cardinal archevêque de Mexico Mgr Norberto Rivera Carrera. Le prêtre sera l’abbé Kenneth Fryar, qui desservait depuis cinq ans la paroisse tenue par la FSSP à Guadalajara.

La chapelle de l’Immaculée Conception, inaugurée en 1750, est plus connue sous le nom de chapelle du « Salto del Agua », parce qu’elle se trouve en face d’une grande fontaine où tombait autrefois l’eau d’un aqueduc (la fontaine actuelle est une reproduction de la fontaine historique, qui est très abîmée et se trouve dans un musée).

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Le jubilé d’Una Voce (rappel)

 

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L’association Una Voce France fête cette année son cinquantenaire. A cette occasion elle organise un congrès les samedi 4 et dimanche 5 octobre, en l’église Sainte-Jeanne-de-Chantal, à Paris (Porte de Saint-Cloud).

Le thème principal sera : « Le chant grégorien, chant liturgique paroissial. »

Le dimanche à 12h, Mgr Marc Aillet célébrera une messe pontificale dans la forme extraordinaire. (Une messe qui aura sans doute de plus une allure de "grand-messe de la Manif pour tous"...)

Programme, renseignements, inscriptions ICI.

Samedi des quatre temps

Omnípotens sempitérne Deus, qui per continéntiam salutárem corpóribus medéris et méntibus : maiestátem tuam súpplices exorámus ; ut, pia jejunántium deprecatióne placátus, et præséntia nobis subsídia tríbuas et futúra. Per Dóminum…

Dieu tout-puissant et éternel, qui guérissez les corps et les âmes par l’abstinence salutaire, nous supplions humblement votre majesté, afin qu’apaisé par la prière pieuse de ceux qui jeûnent, vous nous donniez des secours pour la vie présente et pour la vie future.

(Première oraison de la messe)

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26 septembre 2014

Vendredi des quatre temps

Accépta tibi sint, Dómine, quǽsumus, nostri dona jejúnii : quæ et expiándo nos tua grátia dignos effíciant, et ad sempitérna promíssa perdúcant. Per Dóminum…

Nous vous en supplions, Seigneur, que l’offrande de notre jeûne vous soit agréable ; qu’en nous faisant expier nos fautes, il nous rende dignes de votre grâce et qu’il nous conduise aux biens éternels que vous nous avez promis.

(Secrète de la messe)

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25 septembre 2014

Omni tempore benedic Deum

. Omni tempore benedic Deum, et pete ab eo ut vias tuas dirigat: * Et in omni tempore consilia tua in ipso permaneant.
. Inquire ut facias quae placita sunt illi in veritate, et in tota virtute tua.
. Et in omni tempore consilia tua in ipso permaneant.

Bénis Dieu en tout temps, et demande-lui qu’il dirige tes voies ; et que tes desseins demeurent en lui en tout temps. Cherche à faire ce qui lui plaît en vérité, et de toutes tes forces.

Ce répons des matines est tiré du livre de Tobie, qui est la lecture de la semaine. Le répons proprement dit est le verset 20 du chapitre 4. Le verset est le résumé des versets 10 et 11 du chapitre 14.

Il s’agit du livre de Tobie tel qu’on le trouve dans la Vulgate, c’est-à-dire la traduction par saint Jérôme d’un texte araméen que nous n’avons plus. Et comme nous n’avons plus l’original araméen et que nous avons le plus grand mépris pour saint Jérôme et les gens de son espèce, au moins une irrépressible suspicion, les Bibles modernes ont toutes la traduction de manuscrits grecs éventuellement plus ou moins modifiés par une version latine qui semble être la plus ancienne dont nous disposons…

Ce stupide mépris de saint Jérôme et de la Vulgate fait que les Bibles modernes passent volontairement à côté de beautés qui figuraient dans le texte araméen et qui ne se retrouvent pas dans les autres. Ainsi, dans la lecture de ce jour, qui est le chapitre 12, le bon compagnon « Azarias » explique à Tobie et à sa famille qu’il est en fait l’ange Raphaël envoyé pour les aider. Il leur dit :

« J’avais l’air de manger et de boire avec vous, mais je me nourris d'une nourriture invisible, et d'un breuvage qui ne peut être vu des hommes. » On pense évidemment à la phrase de Jésus disant aux apôtres au puits de Jacob : « J’ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas. »

Et cette allusion prophétique rend la suite plus évidemment christique : « Et quand il eut dit cela, il fut enlevé de leurs regards, et ils ne purent plus le voir. Alors, prosternés la face contre terre pendant trois heures, ils bénirent Dieu ; et, se levant, ils racontèrent toutes ses merveilles. »

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24 septembre 2014

Quelque 2.000 prêtres célèbrent la messe de saint Pie V aux Etats-Unis

Extrait d’une interview du P. Timothy Davison, qui célèbre depuis peu la messe selon la forme extraordinaire dans sa paroisse de Tulsa (Oklahoma)

Notre évêque, Mgr Edward Slattery, est très traditionnel et, pour ce que j’en sais, est l’un des rares évêques à célébrer la forme ordinaire ad orientem. Il célèbre aussi volontiers la forme extraordinaire. Il est très ouvert et bienveillant. Le 24 avril 2010, il a célébré une messe pontificale solennelle au sanctuaire national de l’Immaculée Conception, à Washington, pour le cinquième anniversaire de l’élection de Benoît XVI au Siège de Pierre. C’était la première messe pontificale solennelle à y être célébrée depuis plus de 40 ans, en présence de plus de 3500 personnes dont le cardinal Baum et une centaine de prêtres et séminaristes. En outre, c’est Mgr Slattery qui a installé la Fraternité Saint-Pierre dans le diocèse. Ils ont la charge de la paroisse du Très Précieux Sang, autrefois paroisse Saint-Pierre.

Mgr Slattery a 74 ans et s’approche donc du terme de son mandat. Il est originaire du diocèse de Chicago et ce n’est pas un hasard si cette ville a joué et continue de jouer un rôle essentiel dans la diffusion de la forme extraordinaire du rite romain. Elle est en effet le siège de la paroisse Saint Jean de Kenty, que dirige le chanoine Frank Phillips, fondateur des Chanoines réguliers de saint Jean de Kenty en 1998, une communauté religieuse masculine vouée à la restauration du sacré dans le cadre du ministère paroissial.

La mission de la communauté est bien définie par sa devise : « Instaurare Sacra ». Les chanoines de saint Jean de Kenty ont notamment pour particularité de former les prêtres désireux d’apprendre à célébrer la forme extraordinaire. Dans ma paroisse, nous avons un prêtre mexicain qui, lorsqu’il a vu que je célébrais la messe traditionnelle, m’a demandé s’il pouvait l’apprendre à son tour. Je l’ai envoyé à Chicago et il a été le millième prêtre formé par leurs soins. Si l’on considère que la Fraternité Saint-Pierre a dû en former un autre millier, cela fait sans doute 2000 prêtres qui disent la messe traditionnelle aux États-Unis.

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Les évêques « catholiques » du Canada en rébellion

La Commission épiscopale de liturgie et des sacrements du Secteur français de la CECC (conférence des évêques du Canada) et l’Office national de liturgie informent les diocèses de langue française, les paroisses, les librairies et les communautés religieuses que la version révisée de l’édition européenne du Lectionnaire en langue française maintenant en vente n’est pas approuvée pour usage au Canada.

Une version révisée du Lectionnaire va être élaborée pour le Canada, elle devra utiliser un « langage inclusif ». La nouvelle version devrait être disponible d’ici un an, une fois que le document aura été approuvé canoniquement par les évêques du Canada et aura reçu la recognitio du Saint-Siège.

Il sera fort intéressant de voir si les évêques iront au bout de leur projet, et si le Saint-Siège accepte cette version.

Car ce lectionnaire sera en contradiction flagrante avec le magistère de l’Eglise, tel qu’il est exprimé dans l’instruction Liturgiam authenticam de la congrégation pour le culte divin, « approuvée et confirmée de son autorité » par saint Jean-Paul II. Ce texte condamne en effet de façon claire et précise l’utilisation du prétendu « langage inclusif » dans la liturgie.

Mercredi des quatre temps de septembre

Je sais, frères très chers, que la plupart d’entre vous sont fidèles aux pratiques de la foi chrétienne. Point n’est besoin de vous y engager par nos exhortations. Tout ce que la tradition a établi et que l’usage a confirmé, votre érudition ne l’ignore pas, votre miséricorde ne le néglige pas. Pourtant le ministère sacerdotal doit déployer la même sollicitude à l’égard de tous les fils de l’Église. Aussi recommandons-nous à tous sans distinction une pratique qui doit être salutaire aux commençants comme aux instruits que nous embrassons d’un même amour ; avec une foi allègre, célébrons, par la mortification de l’esprit et du corps, le jeûne auquel nous oblige le retour du septième mois (1).

L’observation du jeûne, en effet, a été fixée aux quatre saisons ; ainsi, par le retour périodique du cycle de toute l’année nous réalisons que nous avons sans cesse besoin de purification ; sans cesse nous devons tâcher, au milieu des vicissitudes de cette vie, d’effacer par le jeûne et les œuvres de bienfaisance le péché contracté par la fragilité de la chair et la souillure des convoitises. Souffrons donc un petit peu de la faim, frères bien-aimés ; retranchons de notre ordinaire un petit quelque chose qui puisse soulager les pauvres.

Que la conscience généreuse goûte le fruit de ses largesses ; si tu donnes avec joie, tu recevras toi-même de quoi te combler de joie. L’amour du prochain est amour de Dieu puisque Dieu a voulu concentrer la plénitude de la Loi et des Prophètes dans cette unité d’une double charité. Personne ne peut en douter désormais : c’est à Dieu même qu’il offre ce qui est donné à un homme. Le Seigneur et Sauveur l’a dit, parlant des pauvres à nourrir et à soulager : « Ce que vous avez fait à l’un d’eux, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). Jeûnons donc mercredi et vendredi, et samedi, célébrons les vigiles auprès du bienheureux apôtre Pierre. Ses mérites et ses prières, nous le croyons, nous aideront à rendre notre jeûne et notre dévotion agréables au Dieu de miséricorde.

Saint Léon le Grand, sermon 94, neuvième sermon De jejunio septimi mensis, lecture du deuxième nocturne des matines du troisième dimanche de septembre dans le bréviaire bénédictin (et dans le bréviaire romain avant 1960)

(1) Le septième mois est SEPTEMbre, comme le huitième est OCTObre, le neuxième NOVEMbre, le dixième DECEMbre. Nous avons modifié la date du début de l’année, mais avons gardé le nom des mois…

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23 septembre 2014

Saint Lin

Saint Irénée, Contre les hérésies, livre 3, préliminaire :

Comme il serait trop long, dans un ouvrage tel que celui-ci, d'énumérer les successions de toutes les Églises, nous prendrons seulement l'une d'entre elles, l'Église très grande, très ancienne et connue de tous, que les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul fondèrent et établirent à Rome; en montrant que la Tradition qu'elle tient des apôtres et la foi qu'elle annonce aux hommes sont parvenues jusqu'à nous par des successions d'évêques, nous confondrons tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, ou par infatuation, ou par vaine gloire, ou par aveuglement et erreur doctrinale, constituent des groupements illégitimes : car avec cette Église, en raison de son origine plus excellente, doit nécessairement s'accorder toute Église, c'est-à-dire les fidèles de partout, — elle en qui toujours, au bénéfice de ces gens de partout, a été conservée la Tradition qui vient des apôtres.

Donc, après avoir fondé et édifié l'Eglise, les bienheureux apôtres remirent à Lin la charge de l'épiscopat ; c'est de ce Lin que Paul fait mention dans les épîtres à Timothée (1). Anaclet lui succède. Après lui, en troisième lieu à partir des apôtres, l'épiscopat échoit à Clément. Il avait vu les apôtres eux-mêmes et avait été en relations avec eux : leur prédication résonnait encore à ses oreilles et leur Tradition était encore devant ses yeux. Il n'était d'ailleurs pas le seul, car il restait encore à cette époque beaucoup de gens qui avaient été instruits par les apôtres. Sous ce Clément, donc, un grave dissentiment se produisit chez les frères de Corinthe ; l'Eglise de Rome adressa alors aux Corinthiens une très importante lettre pour les réconcilier dans la paix, renouveler leur foi et leur annoncer la Tradition qu'elle avait naguère reçue des apôtres, à savoir : un seul Dieu tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre, qui a modelé l'homme, fait venir le déluge, appelé Abraham, fait sortir son peuple de la terre d'Egypte, conversé avec Moïse, donné la Loi, envoyé les prophètes, préparé un feu pour le diable et ses anges. Que ce Dieu-là même soit annoncé par les Eglises comme étant le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, tous ceux qui le veulent peuvent l'apprendre par cet écrit, tout comme ils peuvent connaître par lui la Tradition apostolique de l'Église, puisque cette lettre est plus ancienne que les actuels fauteurs d'erreur qui imaginent faussement un autre Dieu au-dessus du Créateur et de l'Auteur de tout ce qui existe. A ce Clément succède Évariste ; à Évariste, Alexandre ; puis, le sixième à partir des apôtres, Xyste est établi; après lui, Télesphore, qui rendit glorieusement témoignage ; ensuite Hygin ; ensuite Pie ; après lui, Anicet ; Soter ayant succédé à Anicet, c'est maintenant Eleuthère qui, en douzième lieu à partir des apôtres, détient la fonction de l'épiscopat. Voilà par quelle suite et quelle succession la Tradition se trouvant dans l'Eglise à partir des apôtres et la prédication de la vérité sont parvenues jusqu'à nous. Et c'est là une preuve très complète qu'elle est une et identique à elle-même, cette foi vivifiante qui, dans l'Église, depuis les apôtres jusqu'à maintenant, s'est conservée et transmise dans la vérité.

(1) 2 Tim. 4, 21 : « Tâche de venir [à Rome] avant l'hiver. Eubule, Pudens, Lin, Claudia, et tous les frères te saluent. »

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22 septembre 2014

Saint Maurice et ses compagnons, martyrs

La fête de saint Maurice et de ses compagnons est devenue une mémoire en 1694, quand fut inscrite au calendrier, en ce même jour, la fête de saint Thomas de Villeneuve.

Saint Eucher de Lyon, dans la première moitié du Ve siècle, a rédigé le récit du martyre de saint Maurice et de ses compagnons, c’est-à-dire de la Légion Thébaine que l’empereur Maximien fit massacrer, vers la fin du IIIe siècle, parce que ces soldats refusaient de faire la chasse aux chrétiens. C’était à Agaune, dans le Valais, où fut fondée dès 515 l’abbaye Saint-Maurice.

La Légion Thébaine refusant d’obéir, Maximien fit tuer un soldat sur dix. Comme ils persévéraient, il fit de nouveau tuer un soldat sur dix. Alors les légionnaires lui écrivirent cette lettre :

« Nous sommes, empereur, tes soldats, mais cependant, comme nous le confessons en toute liberté, les serviteurs de Dieu. À toi nous devons l’obéissance militaire, à Lui l’innocence. De toi nous recevons le salaire de notre travail, de Lui nous avons accueilli le principe de la vie. Nous ne pouvons absolument pas te suivre, empereur, jusqu’à renier le Dieu créateur, oui, notre créateur, et, que tu le veuilles ou non, ton Dieu créateur. Si nous ne sommes pas contraints à des actes assez funestes pour L’offenser, (c’est) à toi que nous obéirons encore, comme nous l’avons toujours fait ; s’il en est autrement, nous obéirons à Lui plutôt qu’à toi.

« Nous t’offrons, pour les employer contre quelque ennemi que ce soit, nos mains que nous jugeons criminel de rougir de sang d’innocents. Ces mains droites, qui savent combattre les impies et les ennemis, ne savent pas frapper des hommes pieux et des citoyens. Nous nous souvenons que nous avons pris les armes pour les citoyens plutôt que contre eux. Nous avons toujours combattu pour la justice, pour la piété, pour le salut des innocents : ce fut là, pour nous, jusqu’à présent, la récompense de nos dangers. Nous avons combattu par fidélité, mais celle-ci, comment la conserverons-nous envers toi, si nous n’en témoignons pas envers notre Dieu ? Nous nous sommes d’abord engagés par serment envers Dieu et ensuite nous nous sommes engagés par serment envers l’empereur ; crois-le : rien ne nous obligera à tenir le deuxième (serment) si nous rompons le premier. Ce sont des chrétiens que tu nous ordonnes de rechercher pour les conduire au supplice ; nul besoin pour toi d’en rechercher d’autres : nous voici maintenant qui confessons Dieu le Père, créateur de toutes choses, et nous croyons que son Fils Jésus-Christ (est) Dieu. Nous avons vu les compagnons de nos travaux et de nos dangers être égorgés par le fer et leur sang rejaillir sur nous, et cependant la mort de nos très saints compagnons d’armes, nous ne la pleurons pas et nous ne nous lamentons pas de la mort violente de nos frères, mais bien plutôt nous les louons ; la joie accompagne ceux qui ont été trouvés dignes de souffrir pour leur Seigneur Dieu. Et maintenant, même cette ultime circonstance de notre vie ne nous a pas poussés à la révolte ; non, même le plus intense désespoir qui surgit au cœur des périls ne nous a pas fait prendre les armes contre toi, empereur. Voici que nous sommes armés et nous ne résistons pas, parce que nous aimons mieux être mis à mort que tuer, nous préférons périr innocents que vivre coupables. Si tu rends encore de nouveaux décrets contre nous, si tu donnes de nouveaux ordres, si tu apportes de nouvelles menaces, feux, tortures, glaives, nous sommes prêts à le subir. Chrétiens nous nous déclarons, nous ne pouvons persécuter des chrétiens. »

Alors Maximien résolut de massacrer toute cette légion.

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21 septembre 2014

15e dimanche après la Pentecôte

L’antienne pour la Communion, comme celle prescrite pour le IXe dimanche après la Pentecôte, est tirée de l’Évangile de saint Jean (6, 52), et se trouve ici à titre exceptionnel. Elle est commune au jeudi après le Ier dimanche de Carême et exprime avec concision le double caractère de Sacrifice et de Sacrement que revêt l’Eucharistie. « Panis, quem ego dédero, caro mea est pro sǽculi vita » : le pain que je donnerai — voilà le Sacrement pour la nourriture spirituelle de l’âme — est mon corps pour le salut du monde — voilà le Sacrifice de l’universelle expiation.

Dans la collecte d’action de grâces (1), nous demandons que l’efficacité du Sacrement modère et refrène si bien les mouvements de notre corps et de notre âme que ce ne soit plus la nature, mais la grâce qui prenne en nous le dessus. De la sorte, la divine Eucharistie obtient intégralement son effet, et nous fait participer à la vie du Christ, selon la promesse du Sauveur : Et qui manducat me, et ipse vivet propter me (2).

Cette prière après la Communion peut, elle aussi, servir de thème à tout un traité d’ascèse eucharistique. Après les purifications préalables des sens et des facultés de l’âme, quand la grâce a envahi tout l’esprit et y domine en souveraine, commence en nous le véritable règne de Dieu. La nature reçoit alors un tel coup qu’elle n’ose plus relever la tête, et l’Esprit Saint oriente l’âme et toutes ses facultés comme il lui plaît.

Bienheureux cardinal Schuster

(1) Mentes nostras et córpora possídeat, quǽsumus, Dómine, doni cæléstis operátio : ut non noster sensus in nobis, sed iúgiter eius prævéniat efféctus. Que l’action de votre don céleste s’exerce parfaitement, ô Seigneur, en nos âmes et en nos corps, en sorte que ce ne soit pas notre propre sens, mais son influence qui prédomine toujours en nous.

(2) Jean 6, 58 : celui qui me mange vivra par moi.

*

Sur l'évangile de ce dimanche, voir ici.

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20 septembre 2014

Saint Eustache

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Eustache, qui portait aussi le nom de Placide, et que sa naissance, ses richesses et sa gloire militaire distinguaient parmi les Romains, mérita, sous l’empereur Trajan, le titre de maître de la milice. Un jour que, se livrant à l’exercice de la chasse, il poursuivait un cerf d’une taille prodigieuse qui fuyait devant lui, cet animal s’arrêta tout à coup et Eustache put voir, entre ses bois, une image grandiose et resplendissante de notre Seigneur Jésus-Christ attaché en croix. Sur l’invitation que le Sauveur lui fit entendre de prendre pour but de ses poursuites la vie immortelle, il s’enrôla dans la milice chrétienne avec son épouse Théopista, et leurs deux enfants en bas âge, Agapit et Théopiste.

Étant retourné bientôt, comme le Seigneur le lui avait ordonné, au lieu même où la vision s’était produite, il l’entendit lui prédire tout ce qu’il aurait à supporter dans la suite pour sa gloire. Peu après il souffrit avec une patience admirable d’incroyables calamités, et se vit bientôt réduit à la plus profonde misère. Obligé de fuir en secret, il se vit enlever dans la suite, son épouse d’abord, puis ses enfants, malheureusement arrachés à son affection. Le cœur déchiré par tant d’épreuves.il demeura longtemps caché dans une région lointaine, cultivant la terre, jusqu’à ce que, réconforté par une voix céleste et repris par Trajan pour une nouvelle guerre, il fût de nouveau placé à la tête des troupes.

Durant l’expédition qu’il dirigea, il eut la joie inespérée de recouvrer ses enfants et son épouse. Vainqueur, il entra dans Rome au milieu des acclamations de tous. Mais peu après, ayant reçu l’ordre de sacrifier aux faux dieux pour les remercier de sa victoire, il s’y refusa énergiquement. En vain essaya-t-on par divers moyens de lui faire renier la foi du Christ. On l’exposa aux lions avec sa femme et ses enfants ; la douceur que ces animaux montrèrent à leur égard ayant irrité l’Empereur, celui-ci ordonna d’enfermer les saints Confesseurs dans un taureau d’airain, rougi par le feu qui brûlait au-dessous. Consommant ainsi leur martyre et chantant les louanges divines, ils s’envolèrent vers la félicité éternelle, le douze des calendes d’octobre. Leurs corps, retrouvés intacts, furent religieusement ensevelis par les fidèles, puis transférés avec honneur dans l’église édifiée sous leur vocable.

(Bréviaire)

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19 septembre 2014

Saint Janvier

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Fresque de saint Janvier, dans la catacombe de Naples qui porte son nom. Elle date du Ve siècle. Saint Janvier subit le martyre en 305. Son culte commence aussitôt. Curieusement, saint Pie V supprime sa fête au calendrier romain. Elle sera rétablie 18 ans plus tard, par Sixte Quint.

Sur cette fresque saint Janvier est représenté au centre. L’inscription en témoigne : « Au saint martyr Janvier ». A sa gauche une petite fille, avec l’inscription : « Ici repose la bien méritante en paix Nicatolia, enfant. » A sa droite une femme : « Ici repose la bien méritante en paix Cominia. »

Il s’agit donc du tombeau de cette femme et sans doute de sa fille, placées sous la protection de saint Janvier, représenté en orant comme les deux femmes.

Ce qui est, me semble-t-il, très insolite, est le nimbe de saint Janvier, car c’est celui du Christ : il porte le chrisme et les lettres alpha et oméga. Ou bien on a fait d’une représentation du Christ un portrait de saint Janvier (mais il ne me semble pas qu’on représente le Christ ainsi), ou bien on lui portait une telle vénération qu’on l’assimilait quasiment au Christ.

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18 septembre 2014

Saint Joseph de Cupertino

La vie de saint Joseph de Cupertino (1603-1663) est un gag divin, qui ne le fit pas vraiment rire. Tout petit déjà, on l’appelait « bouche-bée », parce que tout lui était l’occasion de tomber en extase. De ce fait il était incapable de faire quoi que ce soit, puisque lorsqu’il tombait en extase tout lui tombait des mains, et en outre il était quasiment analphabète et avait un air parfaitement ahuri.

Après plusieurs tentatives infructueuses, sa famille réussit à le faire admettre dans un couvent de capucins, comme simple oblat, avec pour tâche de s’occuper de la mule. Mais il voulait devenir frère franciscain, et prêtre. Et il y réussit. Il passa par miracle l’examen du sacerdoce. L’évêque commença par interroger les premiers candidats, qui étaient si forts en théologie qu’il décida d’admettre tout le groupe, dont Joseph. Du coup, saint Joseph de Cupertino est le patron des étudiants qui passent des examens, et il y a même une neuvaine pour cela.

A partir de ce moment-là, il se mit à léviter, et de façon très impressionnante. Avec décollage vertical et atterrissage, accompagné d’un cri rauque, au pied de l’image ou de la statue qui avait provoqué son extase. Un jour il se prit dans les branches d’un olivier et il fallut une échelle pour le faire redescendre. On voulut le présenter au pape, et il lévita aussitôt, ce qui fit peur au souverain pontife. Ses lévitations finirent par le faire soupçonner de diablerie ou d’imposture par l’Inquisition, qui le convoqua. Dès qu’il entra dans la salle d’audience, il se colla au plafond. On l’envoya vivre en reclus dans un couvent. On le dit saint patron des aviateurs. Je ne sais pas si cela est officiel dans l’Eglise, ou provient seulement de la blague de Blaise Cendrars (dans Le lotissement du ciel).

Joseph de Cupertino n’est pas saint parce qu’il lévitait mais parce qu’il fut d’une patience et d’une obéissance héroïques, d’une charité sans bornes et d’une piété exceptionnelle. Lors de son procès en béatification, un témoin dira qu’il en avait davantage appris dans ses quelques conversations avec Joseph que dans tous les livres de théologie.

Néanmoins l’Eglise n’a pas laissé passer l’occasion de se servir de ce don intempestif pour en donner, cum grano salis, la signification spirituelle, dans la collecte de sa messe : « Dieu, qui avez voulu que votre Fils unique, élevé de terre, attirât tout à lui, faites, dans votre bonté, qu’à l’exemple et par les mérites de votre séraphique confesseur Joseph, nous élevant au-dessus de tous les désirs terrestres, nous méritions de parvenir jusqu’à celui qui, étant Dieu, vit et règne dans les siècles des siècles. Amen. »

*

Il a donné son nom à une ville de Californie, Cupertino. Et dans le jardin de l’église qui lui est dédiée a été érigée une belle statue à son effigie en 2007 :

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Il est amusant de savoir qu’il a aussi donné son nom en informatique à l’« effet Cupertino », qui désigne (du moins chez les anglophones) les remplacements de mots absurdes que proposent les correcteurs d’orthographe. Parce que les premiers correcteurs américains remplaçaient systématiquement le mot « cooperation » par « Cupertino » (il fallait écrire « co-operation » pour qu’ils comprennent), ce qui faisait que toutes les organisations de coopération internationale devenaient des organisations de Cupertino…

Pourquoi “Cupertino” ? Parce que la firme Apple a son siège à Cupertino. Le correcteur d’orthographe était censé, en fait, corriger le nom de la ville quand il était mal orthographié, et Apple y veillait de façon un peu envahissante…

Le siège d’Apple, et de Hewlet Packard (etc.) est à Cupertino parce que la ville est située dans la Silicon Valley. Et ses écoles sont parmi les plus réputées de Californie et même des Etats-Unis.

Tel est l’héritage étonnant d’un saint quasiment analphabète…

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17 septembre 2014

Sainte Hildegarde

Ce ne fut pas à Adam enfant, mais à Adam homme parfait, qu'une femme parfaite fut donnée ; car, lorsque l'homme ayant atteint l'âge de son complet développement, peut engendrer, il faut l'unir à une femme ; de même, lorsque l'arbre commence à donner des fleurs, il faut le cultiver avec plus de soins. Car Eve fut formée d'une côte d'Adam et de sa chair, vivifiée de son sang ; et c'est pourquoi maintenant, la femme, après avoir reçu la semence provenant de la force et de l'ardeur virile, est destinée à multiplier la race dans le monde (…).

Mais que la première femme ait été formée de l'homme, cela indique l'union matrimoniale de l'homme avec la femme. Et il faut le comprendre ainsi : cette union ne doit pas être contractée à la légère et dans l'oubli de Dieu, parce que Celui qui forma la femme d'une côte de l'homme, institua cette union pour le bien et pour l'honneur, en formant la chair de la femme de la chair de l'homme. C'est pourquoi, de même qu'Adam et Eve ne firent qu'une seule et même chair, ainsi maintenant l'homme et la femme ne forment qu'une chair, dans l'union de charité, pour multiplier le genre humain.

Par conséquent, la parfaite charité doit exister dans ces derniers, comme elle exista dans les premiers. Adam, en effet, pouvait incriminer son épouse, de ce que, par son conseil, elle lui avait apporté la mort ; mais il ne la quitta pas, tant qu'elle vécut dans ce siècle, parce qu'il connut qu'elle lui avait été donnée par Dieu. Aussi, en vertu de la charité parfaite, que l'homme n'abandonne pas sa femme (…). Et que nulle division ne s'accomplisse, si ce n'est lorsque les deux conjoints, dans un même esprit, veulent regarder vers mon Fils, et se dire, dans l'ardeur de leur amour pour lui : Nous voulons quitter le monde, et suivre celui qui a souffert pour nous. Que si les deux ne sont pas d'accord, sur le même vœu de quitter le monde, alors qu'ils ne se séparent nullement l'un de l'autre ; parce que, de même que le sang ne peut être séparé de la chair, tant que la vie réside en elle ; ainsi, le mari et l'épouse ne se séparent pas l'un de l'autre, mais ils vont ensemble, n'ayant qu'une même volonté. (…)

Et ils ne se déchireront pas par des morsures de vipère, mais ils s'aimeront d'une affection pure, parce qu'il ne peut y avoir mari et femme, s'ils ne sont unis par ce lien ; comme mon ami Paul en rend témoignage lorsqu'il dit : Comme la femme est sortie de l'homme, ainsi l'homme (naît) par la femme, mais toutes choses viennent de Dieu. Ce qui veut dire : La femme a été créée pour l'homme, et l'homme a été fait pour la femme ; parce que ce que celle-ci est, touchant le mari, le mari doit l'être, touchant la femme ; de peur que l'un ne se sépare de l'autre, dans l'unité de leur progéniture, car ils accomplissent ensemble la même œuvre, comme l'air et le vent mêlent leurs efforts dans un but commun. Comment ? L'air est agité par le vent, et le vent tourbillonne dans l'air, de telle sorte que dans leur évolution toutes les plantes verdoyantes leur sont soumises. Que signifie cela ? La femme coopère avec le mari à la procréation des enfants, d'où résultent de grands crimes, quand la fornication, aux jours de la procréation des enfants, engendre la division ; parce que l'homme et la femme retranchent leur propre sang du lieu où il a pris sa source, pour le rejeter dans un autre.  Il leur reste les fraudes de Satan et la colère de Dieu, parce qu'ils ont rompu le pacte établi par Dieu. C'est pourquoi, malheur à eux, quand leurs péchés ne leur sont pas remis ! Mais bien que l'homme et la femme coopèrent, comme il a été dit, s'il s'agit de leur progéniture ; cependant toutes choses, l'homme, la femme et les autres créatures dépendent de la disposition et de l'ordre divin ; parce que Dieu les fait selon sa volonté.

Mais avant l'incarnation de mon Fils, quelques-uns, dans le peuple ancien, avaient, selon sa volonté, plusieurs épouses ; parce qu'ils n'avaient pas encore entendu la prohibition facile à démontrer, que mon Fils venant en ce monde, donna pour la juste réglementation de cette union entre le mari et l'épouse, union qui doit ressembler pendant toute leur vie, à celle d'Adam et d'Eve ; parce que ce lien doit être contracté, non selon la volonté de l'homme, mais selon la crainte de Dieu.

Scivias, I, vision 2

(Ce sont des propos qui préfigurent La théologie du corps de saint Jean-Paul II, qui ne cite pourtant pas sainte Hildegarde.)

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16 septembre 2014

Saint Corneille, pape, et saint Cyprien, évêque

Dieu parle à Pierre: Je te dis que tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église et les puissances des enfers n’en triompheront jamais. Je te donnerai les clefs du royaume du Ciel, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le Ciel et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans le Ciel (Matt. XVI). Après sa résurrection, il dit au même apôtre : Pais mes brebis. Sur lui seul il bâtit son Église, à lui seul il confie la conduite de ses brebis. Quoique, après sa résurrection, il donne à tous ses apôtres un pouvoir égal, en leur disant : Comme mon Père m’a envoyé, je vous envoie; recevez le Saint-Esprit les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez (Joan. XX), cependant, afin de rendre l’unité évidente, il a établi une seule chaire et, de sa propre autorité, il a placé dans un seul homme le principe de cette même unité. Sans doute les autres apôtres étaient ce que fut Pierre; ils partageaient le même honneur, la même puissance, mais tout se réduit à l’unité. La primauté est donnée à Pierre, afin qu’il n’y ait qu’une seule Église du Christ et une seule chaire. Tous sont pasteurs; mais on ne voit qu’un troupeau dirigé par les apôtres avec un accord unanime.

L’Esprit Saint avait en vue cette Eglise une, quand il disait dans le Cantique des cantiques: Elle est une ma colombe, elle est parfaite, elle est unique pour sa mère; elle est l’objet de toutes ses complaisances (Cant., VI). Et celui qui ne tient pas à l’unité de l’Église croit avoir la foi! Et celui qui résiste à l’Église, qui déserte la chaire de Pierre sur laquelle l’Église repose, se flatte d’être dans l’Église! écoutez l’apôtre saint Paul; il expose lui aussi le dogme de l’unité : Un seul corps, un seul esprit, une seule espérance de votre vocation, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu (Ephés. IV).

Nous devons tenir fortement à cette unité, nous devons la défendre, nous surtout évêques, qui occupons la première place dans l’Église, afin que le corps épiscopal soit un et indivisible. Que personne n’altère, par le mensonge, la fraternité qui nous unit; que personne, par des enseignements perfides, ne nuise à la sincérité de notre foi. L’épiscopat est un, chacun de nous possède cette dignité solidairement avec ses frères. L’Église aussi est une, quoique, par l’effet de sa fécondité, elle s’étende sur une immense superficie. Ainsi les rayons innombrables du soleil ne font qu’une seule lumière; l’arbre a des rameaux nombreux, mais un tronc unique solidement attaché au sol ; plusieurs ruisseaux coulent de la source et portent au loin leurs eaux abondantes, mais la source est unique. Cherchez à enlever au soleil un de ses rayons, l’unité de la lumière ne souffrira pas cette division; séparez un rameau de l’arbre, il se flétrira; écartez un ruisseau de la fontaine, il se desséchera. Il en est de même de l’Église de Dieu : répandue partout, elle éclaire l’univers de ses rayons; mais il n’y a qu’une seule lumière inséparable du corps qui la produit; arbre gigantesque, elle étend partout ses rameaux chargés de fruits; fontaine intarissable, elle porte au loin ses eaux abondantes et fécondes; mais il n’y a qu’un principe, un tronc, une source, une mère dont la fécondité remplit l’univers. Le sein de cette mère nous donne la naissance, son lait nous nourrit, son souffle nous anime. L’épouse du Christ ne peut souffrir l’adultère ; elle est incorruptible; elle ne connaît qu’une seule maison, qu’un seul lit conjugal. C’est elle qui nous conserve pour Dieu, et qui, après nous avoir engendrés, nous conduit au royaume céleste. Quiconque se sépare de l’Église véritable, pour se joindre à. une secte adultère, renonce aux promesses de l’Église. Les promesses du Christ ne sont pas pour celui qui abandonne son Église. Cet homme est un étranger, un profane, un ennemi. Non, on ne peut avoir Dieu pour père si on n’a pas l’Église pour mère. Au temps du déluge, pouvait-on se sauver hors de l’arche de Noé? De même aujourd’hui, hors de l’Église, le naufrage est certain. C’est l’enseignement de Jésus-Christ : Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui ne recueille pas avec moi dissipe (Matt., XII). Celui qui rompt les liens de la paix et de la concorde établis par le Christ agit contre le Christ; celui qui recueille hors de l’Église dissipe l’Église du Christ. Le Seigneur a dit encore : Moi et mon Père ne sommes qu’un (Joan., X); et Jean, en parlant du Père et du Fils et du Saint-Esprit, ajoute, et ces trois ne sont qu’un. Qui donc pourrait croire que cette unité, née de l’unité divine, cimentée par les sacrements célestes, peut être scindée selon le caprice des volontés rivales? Perdre cette unité, c’est perdre la loi divine, la foi dans le Père et le Fils, la vie, le salut.

Saint Cyprien, De l’unité de l’Eglise, 3-4

- Le martyre de saint Cyprien

- L’amitié entre Corneille et Cyprien

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15 septembre 2014

Notre Dame des douleurs

Les répons des matines se contentent de reprendre de façon primaire les passages des évangiles qui évoquent les « sept » douleurs – comme si on pouvait mettre sur le même plan la crucifixion et le recouvrement au temple… qui est un mystère joyeux du Rosaire.

Les antiennes des laudes et des heures sont en revanche bien venues :

Quo abiit dilectus tuus, o pulcherrima mulierum ? quo declinavit dilectus tuus, et quæremus eum tecum ? (Cantique des cantiques, 5, 17)
Où est allé ton bien-aimé, ô la plus belle des femmes ? de quel côté s’est dirigé ton bien-aimé, que nous le cherchions avec toi ?

Recedite a me, amare flebo, nolite incumbere, ut consolemini me. (Isaïe 22, 4)
Eloignez-vous de moi, je  pleurerai amèrement, n’insistez pas pour me consoler.

Non est ei species, neque decor, et vidimus eum, et non erat aspectus. ( Isaïe 53 2)
Il n’avait ni forme ni beauté, et nous l’avons vu, et il n’avait pas d’apparence.

A planta pedis usque ad verticem capitis, non est in eo sanitas. (Isaïe 1, 6)
De la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête, il n’y a en lui rien de sain.

Fulcite me floribus, stipate me malis, quia amore langueo. (Cantique des cantiques 2, 5)
Soutenez-moi avec des fleurs, fortifiez-moi avec des pommes, car je languis d’amour.

Antienne du Benedictus :

Venite, ascendamus ad montem Domini, et videte si est dolor, sicut dolor meus. (Michée 4, 2 puis Lamentations de Jérémie 1, 12)
Venez, montons à la montagne du Seigneur, et voyez s’il existe une douleur comme ma douleur.

Et aux vêpres, l’antienne du Magnificat :

Oppressit me dolor et facies mea intumuit a fletu, et palpebrae meae caligaverunt. (Job 16, 8 et 17)
La douleur m’accable, et mon visage est gonflé a force de pleurer, et mes paupières se sont obscurcies.

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14 septembre 2014

Exaltation de la Sainte Croix

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Christum Regem pro nobis in Cruce exaltatum, Venite adoremus.

Le Christ Roi élevé pour nous sur la Croix, venez, adorons-le.

Cet « invitatoire », l’antienne qui rythme le psaume 94, le psaume solennel d’ouverture des matines, fait référence à l’évangile, lorsque Jésus dit : « Et ego si exaltatum fuero a terra, omnia traham ad meipsum » : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tout à moi », et que l’évangéliste commente : « Il disait cela pour marquer de quelle mort il devait mourir. »

Le mot latin, pour « élevé », est « exaltatum ». A priori, le verbe latin veut seulement dire « élever ». Mais l’élévation du Fils de l’homme est une exaltation (qui sera explicitée par l’Ascension), à laquelle participeront tous les sauvés. Et comme la Croix est l’instrument du salut, elle est elle-même « exaltée » dans la liturgie, d’où la fête de l’exaltation de la Sainte Croix.

La lecture du troisième nocturne des matines est un passage d’un sermon de saint Léon le Grand expliquant la phrase de Jésus. Et ce passage commence opportunément par le mot du jour :

« Exaltato, dilectissimi, per Crucem Christo… » : le Christ étant élevé par la Croix, mes très chers…

Et le dernier répons des matines souligne ce qui sera la fin de l’évangile :

Sicut Moyses exaltavit serpentem in deserto, ita exaltari oportet Filium hominis, ut omnis qui credit in ipsum, non pereat, sed habeat vitam aeternam.

De même que Moïse a élevé le serpent dans le désert, de même il faut que le Fils de l’homme soit élevé, afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle (Jean 3, 14-15).

Le Christ est élevé sur la Croix comme le serpent qui avait été cloué sur le bois guérissait ceux qui regardaient vers lui, il est exalté dans le triomphe de la Résurrection par la Croix qui est l’instrument de ce triomphe, la croix d’infamie devenue la croix glorieuse.

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13 septembre 2014

Samedi après la Nativité de la Sainte Vierge

Dans mon bréviaire de 1955, la liturgie de ce samedi est un vestige de l’ancienne octave de la fête de la Nativité de la Sainte Vierge. Avec aux matines la lecture de cet extrait du sermon de saint Bernard pour le dimanche dans l’octave de l’Assomption :

Quid ergo sidereum micat in generatione Mariæ ? Plane quod ex regibus orta, quod ex semine Abrahæ, quod generosa ex stirpe David. Si id parum videtur, adde quod generationi illi ob singulare privilegium sanctitatis divinitus noscitur esse concessa ; quod longe ante eisdem patribus cælitus repromissa; quod mysticis praefigurata miraculis; quod oraculis praenuntiata propheticis. Hanc enim sacerdotalis virga, dum sine radice floruit ; hanc Gedeonis vellus, dum in medio siccæ areæ maduit ; hanc in Ezechielis visione orientalis porta, quæ nulli unquam patuit, præsignabat. Hanc denique præ cæteris Isaias nunc virgam de radice Jesse orituram promittebat ; nunc evidentius virginem parituram. Merito signum hoc magnum in cælo apparuisse scribitur, quod tanto ante de cælo noscitur fuisse promissum.

Pourquoi la naissance de Marie brille-t-elle comme un astre ? C’est assurément parce qu’elle est issue des rois, de la race d’Abraham, de la noble famille de David. Si cela paraît peu, ajoutez-y que cette naissance, à cause de son singulier privilège de sainteté, est reconnue don de Dieu, qu’elle était promise depuis longtemps par le ciel à ces mêmes patriarches, qu’elle était figurée par des prodiges mystiques et annoncée par des oracles prophétiques. C’était elle, en effet, que symbolisait le bâton du grand prêtre, fleurissant sans racines ; elle que désignait la toison de Gédéon, humide sur un sol desséché ; elle que préfigurait, dans la vision d’Ezéchiel, la porte orientale ne s’ouvrant à personne. C’était elle, enfin, qu’avant toute autre, Isaïe promettait, tantôt par la tige qui sortirait de la racine de Jessé, tantôt plus clairement, par la vierge qui enfanterait. C’est donc avec raison qu’il est écrit que ce grand prodige est apparu dans le ciel puisque nous savons qu’il a été longtemps d’avance promis du ciel.

(Traduction du bréviaire Labergerie)

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12 septembre 2014

Le très saint Nom de Marie

Aujourd’hui, frères bien-aimés, vous avez entendu un Ange traiter avec une femme de la réhabilitation de l’homme. Vous avez entendu qu’il s’agissait de ramener l’homme à la vie, par le même chemin qui l’avait conduit à la mort. C’est un Ange qui traite avec Marie du salut du genre humain, parce qu’un ange avait traité de sa perte avec Eve. Vous avez entendu cet Ange révéler le moyen ineffable de construire, du limon de notre chair, un temple à la divine Majesté. Vous avez entendu comment un mystère incompréhensible place Dieu sur la terre et l’homme dans le ciel. Vous avez entendu par quelle combinaison merveilleuse Dieu s’unit à l’homme dans un seul corps. Vous avez entendu comment la frêle nature de notre corps est affermie par l’exhortation d’un Ange, l’animant à porter toute la gloire de la divinité.

Enfin, de peur qu’en Marie le limon friable de notre corps ne s’affaissât sous le poids énorme du céleste édifice ; de peur que cette branche délicate qui devait porter le fruit de tout le genre humain ne se rompit, l’Ange a bientôt pris les devants et dit à la Vierge : « Ne craignez pas, Marie. » Avant d’énoncer le motif de sa mission, il lui fait entendre par ce nom, quelle est sa dignité. Car le mot hébreu de Marie, en latin Domina, signifie souveraine. L’Ange l’appelle souveraine, pour lui ôter la crainte qui appartient à la servitude, destinée qu’elle est à devenir la Mère du Dominateur, celui qu’elle doit enfanter ayant obtenu, par son autorité même, qu’elle naquît et fût appelée souveraine.

« Ne craignez pas, Marie, car vous avez trouvé grâce. » C’est vrai : celui qui a trouvé grâce ne saurait craindre. Or, vous avez trouvé grâce. Bienheureuse celle qui, seule parmi les êtres humains et de préférence à tous, mérita d’entendre ces paroles : « Vous avez trouvé grâce. » Quel degré de grâce ? Une grâce aussi entière que le donne à entendre ce terme employé auparavant par l’Ange : « pleine. » Et vraiment elle était en sa plénitude, la grâce dont les flots abondants s’étaient versés sur cette créature, l’avaient pénétrée et remplie. « Vous avez trouvé grâce devant Dieu. »

Disant ces choses, l’Ange lui-même s’étonne, ou de ce qu’une femme l’ait méritée seule, ou de ce que tous les hommes aient mérité la vie par une femme ; oui, l’Ange est comme frappé de stupeur, en voyant venir se renfermer tout entier dans les étroites bornes d’un sein virginal, le Dieu pour qui toutes les choses créées réunies ne sont que petitesse. C’est pourquoi l’Ange tarde à préciser le but de sa mission ; de là vient qu’il nomme la Vierge par ce qui exprime son mérite, et la salue en mentionnant la grâce. A celle qui l’écoute, il ne livre que peu à peu son message, sans doute afin d’en faire ressortir la signification ; c’est aussi peu à peu qu’il achève de calmer sa crainte prolongée.

Saint Pierre Chrysologue (sermon aux matines)

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11 septembre 2014

Antequam comedam, suspiro

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. Antequam comedam, suspiro, et tamquam inundantes aquæ, sic rugitus meus: quia timor quem timebam, evenit mihi; et quod verebar, accidit: Nonne dissimulavi ? nonne silui et jam quievi ? * Et venit super me indignatio tua, Domine.
. Nolo multa fortitudine contendat mecum, nec magnitudinis suæ mole me premat, æquitatem proponat contra me.
. Et venit super me indignatio tua, Domine.

Avant de manger je soupire, et comme des eaux qui inondent sont mes rugissements. Car la crainte que je craignais m'est arrivée, et ce que je redoutais s’est produit. Ne me suis-je pas tenu dans la réserve? N'ai-je pas gardé le silence et suis-je pas déjà resté en repos ? Et ton indignation est venue sur moi, Seigneur. (Job 3, 24-26)
Je ne voudrais pas qu'il me combatte de toute sa force, ni qu'il m'accable par le poids de sa grandeur : qu'il propose contre moi l'équité. (Job 23, 6-7)

Répons des matines, tel qu’il figure dans les anciens livres, ici l’antiphonaire (1400) de l’abbaye de Saint-Lambrecht en Autriche. (La fin du répons, et tout le verset, sont différents du répons qu'on trouve dans les bréviaires actuels. On remarque ausi que le verset coupe le verset biblique, qui se termine par: "et ma cause obtiendra la victoire"...)

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10 septembre 2014

Saint Nicolas de Tolentino

Comme il n’y a point d’exercice dans le cloître que le démon combatte avec plus d’opiniâtreté que l’oraison, où le religieux trouve des armes invincibles pour triompher de sa malice, il fit une continuelle guerre à notre saint, ou pour la lui faire abandonner, ou pour l’inquiéter lorsqu’il la faisait. Il jetait quelquefois des cris épouvantables, contrefaisant le mugissement des taureaux, le rugissement des lions, le hurlement des loups, le sifflement des serpents, et les voix des animaux les plus sauvages. Il feignait de découvrir les toits, de casser les tuiles, de rompre la charpente et de renverser la maison, mais Nicolas se moquant de ses ruses demeurait ferme comme un rocher sans changer de posture.

Un jour cet esprit de ténèbres, après avoir éteint le feu de tous les lieux réguliers, entra dans la chambre sous la figure d’un oiseau d’une grosseur prodigieuse, et par le battement de ses ailes éteignit la lampe qui brûlait toujours devant son oratoire, et la jeta par terre, où il la mit en pièces. Mais le saint, ayant fait sa prière, en ramassa doucement les morceaux, et les rejoignit ensemble si merveilleusement qu’il ne paraissait point qu’elle eût été cassée : il la ralluma aussi de son souffle, lequel sortant d’un cœur tout brûlant de l’amour de Dieu avait la force de produire du feu. Il fit encore le même miracle deux autres fois, comme il est marqué au couvent de Tolentin, sur une grande pierre.

On y montre aussi une massue, de laquelle le démon se servait pour le maltraiter ; car il ne se contentait pas de le persécuter par les ruses dont nous venons de faire le détail, mais il le frappait très cruellement, jusques à le laisser quelquefois demi-mort étendu sur le carreau, la chair meurtrie, le corps couvert de plaies, et le visage presque noyé dans son sang, ainsi qu’il fut trouvé un jour par les religieux dans le cloître, où ce esprit d’enfer l’avait traîné. Dans ce rude combat, où il vainquit son ennemi par l’invocation du nom de Jésus, il demeura boiteux, et le fut le reste de sa vie. On voit encore cette insigne victoire écrite au-dessus de la porte où commença ce cruel traitement.

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09 septembre 2014

Paucitas dierum meorum

. Paucitas dierum meorum finietur brevi: dimitte me, Domine, ut plangam paululum dolorem meum, * Antequam vadam ad terram tenebrosam, et opertam mortis caligine.
. Manus tuae, Domine, fecerunt me, et plasmaverunt me totum in circuitu, et sic repente praecipitas me ?
. Antequam vadam ad terram tenebrosam, et opertam mortis caligine.

Les quelques jours qui me restent finiront bientôt ; laisse-moi donc pleurer un instant ma douleur, avant que je m'en aille dans cette région ténébreuse et couverte de l'obscurité de la mort. Tes mains m'ont formé, elles ont façonné toutes les parties de mon corps, et tu voudrais me perdre en un instant ?

(Répons des matines : Job 10, 20-21 et 10, 8.)

L’expression « Finientur brevi » (mise au pluriel pour sous-entendre « mes jours ») est passée en proverbe, et en inscription de cadrans solaires...

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08 septembre 2014

Nativité de la bienheureuse Vierge Marie

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La nativité de la Sainte Vierge par Pietro Cavalliini (1291), Sainte-Marie du Transtévère (Rome).

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Bienheureux cardinal Schuster

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07 septembre 2014

13e dimanche après la Pentecôte

L’évangile est celui des dix lépreux que Jésus envoie aux prêtres. En chemin les dix sont guéris, mais un seul, un Samaritain, revient remercier Jésus.

Cet évangile n’est pas une leçon de politesse. C’est l’un des nombreux paradoxes de la Sainte Ecriture, de ces paradoxes qui forcent l’attention et la réflexion.

Jésus envoie les lépreux se montrer aux prêtres, pour qu’ils suivent les rites prescrits par la Loi. Les dix lépreux obéissent, et s’en vont donc se montrer aux prêtres. En chemin ils sont subitement guéris. Les neuf juifs continuent leur chemin, ils continuent d’obéir au Christ en allant voir les prêtres qui vont constater juridiquement leur guérison et leur faire suivre les rites prescrits par la Loi pour les lépreux purifiés. Le dixième est un Samaritain, qui ne suit pas la Loi comme les juifs, et qui n’ira certainement pas voir les prêtres des juifs. Donc il désobéit au Christ en revenant sur ses pas. Et Jésus loue son attitude, et condamne ceux qui lui ont obéi.

Une fois encore c’est un Samaritain qui montre la voie. Et, comme dans l’épisode précédent dit du « bon Samaritain », il peut le faire parce qu’il n’est pas soumis aux prescriptions de la pureté rituelle.

Dans l’épisode du « bon Samaritain », il est clair que le Samaritain est le Christ lui-même. Il montre qu’il est au-dessus de la Loi de Moïse, il montre qu’au-delà des prescriptions rituelles il y a la présence de Dieu, qui seule compte. Dieu fait homme rend vaines les prescriptions de la Loi pourtant données par Dieu.

Le Samaritain « se jeta le visage contre terre aux pieds de Jésus, et il lui rendit grâce ». En grec : eucharistein.

Telle est la prescription de la Loi nouvelle : nous devons aller au temple nous montrer aux prêtres, comme dans la Loi ancienne, mais c’est pour rendre grâce, pour célébrer l’eucharistie, pour nous jeter aux pieds du Seigneur qui est réellement présent dans le temple, sur l’autel, comme il était présent à la frontière de Samarie et de Galilée. Comme le Samaritain, nous revenons, nous retournons vers Jésus, pour « rendre gloire à Dieu », afin que Jésus nous dise à nous aussi : « Lève-toi, va, ta foi t’a sauvé. » Le grec le dit dans un seul mouvement : « te levant va », et le premier verbe est celui de la résurrection : anastas.

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06 septembre 2014

De la Sainte Vierge le samedi

Sacramentum reconciliationis nostrae ante tempora aeterna dispositum, nullae implebant figurae, quia nondum supervenerat Spiritus sanctus in virginem, nec virtus Altissimi obumbraverat ei : ut et intra intemerata viscera aedificante sibi sapientia domum, Verbum caro fieret, et forma Dei, ac forma servi in unam conveniente personam, creator temporum nasceretur in tempore, et per quem facta sunt omnia, ipse inter omnia gigneretur. Nisi enim novus homo, factus in similitudinem carnis peccati, nostram susciperet vetustatem, et consubstantialis Patri, consubstantialis esse dignaretur et matri, naturamque sibi nostram solus a peccato liber uniret : sub jugo diaboli generaliter teneretur humana caplivitas.

Saint Léon le Grand, lettre à l’impératrice Pulchérie, lecture des matines en septembre. Excellente traduction du Breviarium Benedictinum de 1725 :

Le mystère de notre réconciliation, ordonné avant tous les siècles, ne s’accomplissait par aucune figure de l’Ancien Testament ; parce que le Saint-Esprit n’était pas encore survenu en Marie, et que la vertu du Très-Haut ne l’avait pas encore environnée de son ombre, afin que la Sagesse éternelle se bâtissant elle-même une maison le Verbe se fît chair dans les chastes entrailles de cette sainte Vierge, et que par l’union de la forme de Dieu avec la forme d’esclave en une seule personne, le Créateur des temps naquît dans le temps, et celui par qui toutes choses ont été faites fût engendré lui-même parmi toutes les choses qui ont été faites par lui. Car tout le genre humain serait demeuré captif sous le joug du démon, si le nouvel homme ne se fût revêtu de la nature du vieil homme, en prenant la ressemblance de la chair du péché ; si le fils consubstantiel au Père n’avait daigné se faire aussi consubstantiel à sa mère, et si celui qui est seul exempt du péché n’avait uni notre nature à la sienne.

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