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Liturgie

  • Sainte Anne

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    O Mater Patriæ, Anna potentissima, Britonum tuorum salus esto ; serva fidem, mores corrobora, tribue pacem sancta intercessione.

    O Mère de la Patrie, très puissante sainte Anne, soyez le salut de nos Bretons ; gardez leur foi, fortifiez leurs vertus, donnez-leur la paix par votre sainte intercession.

    C’est l’antienne de Magnificat, aux vêpres de la fête de sainte Anne, patronne des Bretons, qui prime le dimanche en Bretagne. Cette antienne a été composée, comme tout l’office propre de sainte Anne, par dom Guéranger, à la demande de l’évêque de Vannes en 1870.

    Voici cette antienne, chantée comme il se doit par les moines de Kergonan, avec le Magnificat.

    Puis je m’en vais à l’université d’été du Centre Charlier et de Chrétienté Solidarité, et je vous retrouve après, si Dieu veut.

    La bannière est un chef-d’œuvre de la célèbre maison Le Minor, de Pont-l’Abbé. Elle a été confectionnée à l’occasion de la consécration solennelle de la Bretagne au Cœur immaculé de Marie, le 26 juillet 1954 à Sainte-Anne d’Auray. L’autre côté de la bannière représente la Vierge et l’Enfant. Sur les deux faces, l’inscription reproduit les derniers mots du radio-message de Pie XII, qui fut sans doute le premier pape à parler breton, et même vannetais : « Revo melet kalon glan Mari ! Revo melet santez Anna patromez vad er Vretoned ! » (Que soit béni le cœur immaculé de Marie ! Que soit bénie sainte Anne la bonne patronne des Bretons !) C’était le 40e anniversaire de la proclamation officielle de sainte Anne patronne de la Bretagne par saint Pie X.

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  • Saint Jacques

    Etant jeune, tu voulais, * enflammé de zèle comme Elie, * consumer par ta prédication, * illustre Apôtre, les incroyants; * mais celui qui veut la miséricorde t'en empêcha * et de la grâce t'enseigna la douceur.

    Sur les ailes de l'amour ayant gravi * la vertu suprême, tu désiras * recevoir du Seigneur * un des premiers sièges auprès de lui, * non par goût de la vaine gloire, * mais pour voir côte à côte celui que tu aimais.

    Ton Disciple, Sauveur, a surpassé * les frontières de l'humanité: * revêtu de ta puissance comme d'un manteau, * il fait jaillir à grands flots * les miracles, les guérisons * et répand sur la terre les clartés de la foi.

    La nuée lumineuse * couvrit de son ombre le Verbe que tu voyais * resplendir de gloire sur le mont Thabor * et tu méritas d'entendre * la voix du Père confirmant, * bienheureux Jacques, sa divine filiation.

    Ayant demandé que le Christ * en roi terrestre t'accordât * la gloire sur terre, tu as obtenu * non le royaume corruptible d'ici-bas, * bienheureux Jacques, nais l'immortel, * où ta passion t'a permis d'arriver.

    Ayant voulu se soumettre pour nous * à la mort qui devait causer pour les morts * la véritable résurrection, * le Maître t'a choisi, Bienheureux, * la nuit où il fut livré, * comme auxiliaire pour initier les croyants.

    Tu as bu, comme promis, * le calice de ton Maître le Christ, * Bienheureux, et tu fus baptisé * du baptême de celui pour lequel * de tout cœur tu chantes avec joie: * Dieu de nos Pères, béni sois-tu.

    Ta parole, saint Jacques, a parcouru * la terre entière en frappant * comme un tonnerre le cœur des incroyants, * mais illuminant comme un éclair * sous la divine clarté de la foi * ceux qui chantent: Jeunes gens, bénissez * et vous prêtres, célébrez, * peuple, exalte le Christ dans les siècles.

    Ayant mené ta course de sainte façon, * illustre apôtre Jacques, désormais * joyeusement tu contemples la splendeur au triple feu; * toi qui en jouis, Bienheureux, * comble ceux qui te chantent, * par tes prières, d'allégresse et de joie.

    Extraits du canon de saint Jacques, chanté aux matines byzantines (le 30 avril), œuvre de saint Théophane l’Hymnographe. Le texte grec comporte un acrostiche disant : « Je glorifie saint Jacques l’apôtre du tonnerre ».

  • Sainte Christine

    Puisque mon bréviaire a été imprimé juste avant le déboisement sauvage des vigiles, je continue de célébrer le 24 juillet la vigile de saint Jacques.

    Dans le calendrier de 1960, c’est un jour de férie, avec mémoire de sainte Christine aux laudes.

    Il y a deux saintes Christine, souligne le bienheureux cardinal Schuster, une martyre de Bolsène, dont on a retrouvé le tombeau en 1886, et la « sainte et grande martyre de Tyr » des calendriers byzantins. « La fête de ce jour est en l’honneur de la Mégalomartyre de Tyr, et elle est commune à tous les calendriers grecs, maronites, arméniens et coptes. » Et donc latins…

    Son tropaire grec :

    Ta brebis, ô Jésus, crie d’une voix forte : “Mon époux, c’est toi que j’aime, c’est pour te chercher que je combats, c’est avec toi que je suis crucifiée et ensevelie par ton baptême. Pour toi je souffre, afin de régner avec toi. Pour toi je meurs, afin de vivre en toi. Accueille, comme victime sans tache, celle qui par amour est immolée pour toi.” Par son intercession, ô Miséricordieux, sauve nos âmes.

  • Saint Apollinaire

    La basilique Saint Apollinaire in classe, à Ravenne, VIe siècle (tombeau de saint Apollinaire, premier évêque de Ravenne).

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    Il s'agit selon la tradition de saint Jacques et saint Jean, qui font face à un autre agneau tout seul qui est saint Pierre (que l'on voit dans la photo au-dessus). Les témoins de la Transfiguration, représentés dans un paradis de chaque côté de la croix glorieuse.

     

  • Sainte Marie Madeleine

    Æterni patris unice
    Nos pio vultu respice,
    Qui Magdalenam hodie
    Vocas ad thronum gloriæ.

    In thesauro recondita
    Regis est drachma perdita,
    Gemmaque lucet inclyta
    Ex luto luci reddita.

    Jesu dulce refugium,
    Spes una pœnitentium,
    Per peccatricis meritum
    Peccati solve debitum.

    Pia Mater et humilis,
    Naturæ memor fragilis,
    In hujus vitæ fluctibus,
    Nos rege tuis precibus.

    Uni Deo sit gloria,
    Pro multiformi gratia,
    Qui culpas et supplicia
    Remittit et dat præmia. Amen.

    Fils unique du Père éternel, jetez sur nous un regard de bonté, vous qui appelez aujourd’hui Madeleine au trône de gloire.

    Dans le trésor du Roi est replacée la drachme perdue, la belle pierre précieuse brille, rendue de la boue à la lumière.

    Jésus, doux refuge, unique espérance des pénitents, par les mérites de la pécheresse acquittez la dette du péché.

    Bonne Mère et humble, qui n’oubliez pas que la nature est fragile, dans les flots de cette vie dirigez-nous par vos prières.

    Au Dieu unique soit la gloire, pour sa grâce multiforme, qui remet les fautes et les supplices, et donne la récompense. Amen.

    C'est l’hymne des laudes, telle qu’elle est dans le bréviaire monastique. Elle est sans doute de saint Odon de Cluny. En tout cas on la trouve dans un manuscrit du XIe siècle. En 1632, Urbain VIII, qui se pensait meilleur latiniste et meilleur poète que saint Odon, modifia l’hymne et lui donna la forme qu’elle eut désormais dans le bréviaire romain.

    Dans son recueil d’Hymnes de l’Eglise, le bienheureux cardinal Newman donne la version de l’ancien bréviaire d’Evreux, avec cette strophe qu’on retrouve dans d’autres manuscrits, après celle qui commence par « Jesu dulce refugium », et à la place de celle qui commence par « Pia mater et humilis » :

    Nos vitiorum stimuli
    Jugi vexant instantia,
    Et blandimenti sæculi
    Corrumpunt lenocinia.

    Les instances du joug de l’aiguillon des vices nous accablent, et les séductions des caresses du siècle nous corrompent.

    Puis il ajoute en note deux autres strophes, dont « Pia mater et humilis », mais d’abord celle-ci :

    Libet, nec licet libere
    Tibi pro voto psallere,
    Dum mens ægra sub miseræ
    Carnis gemiscit onere.

    Il nous plaît, même si l’on ne peut le faire sans crainte, de t’offrir notre chant pour les vœux que nous formons alors que l’esprit malade gémit sous le poids de la misérable chair.

  • Saint Laurent de Brindes

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    Extrait de la vie du "bienheureux Laurent de Brindes, général des capucins", dans "Vies des pères, des martyrs et des autres principaux saints, supplément à l'ouvrage de MM. Alban Butler et Godescard, traduit en partie de l'anglais de M. Charles Butler, et considérablement augmenté", 1824.

  • Saint Jérôme Emilien

    Message de Benoît XVI à l’ordre des clercs réguliers somasques, à l’occasion du cinquième centenaire de la miraculeuse libération de prison de son fondateur saint Jérôme Emilien, le 20 juillet 2011.

    La vie du laïc Jérôme Miani, vénitien, fut comme «refondée» dans la nuit du 27 septembre 1511, lorsque, après avoir fait à la Vierge de Trévise le vœu sincère de changer de conduite, il fut libéré des liens qui le retenaient prisonnier par l’intercession de la Mère de Dieu, puis il les déposa lui-même sur l’autel de la Vierge.

    «Dirupisti vincula mea» (Ps 116, 16). Le verset du psaume exprime l’authentique révolution intérieure qui eut lieu suite à cette libération, liée aux événements politiques tourmentés de l’époque. En effet, celle-ci représenta un renouveau intégral de la personnalité de Jérôme: il fut libéré, par une intervention divine, des liens de l’égoïsme, de l’orgueil, de la recherche de l’affirmation personnelle, de sorte que son existence, d’abord entièrement tournée vers les choses temporelles, s’orienta uniquement vers Dieu, aimé et servi de façon particulière dans la jeunesse orpheline, malade et abandonnée.

    Poussé par son expérience familiale, qui l’avait fait devenir tuteur de tous ses neveux devenus orphelins, saint Jérôme développa l’idée que les jeunes, en particulier défavorisés, ne peuvent être laissés seuls, mais ont besoin, pour grandir de façon saine, d’une condition essentielle: l’amour. En lui, l’amour dépassait l’esprit d’invention, et étant donné qu’il s’agissait d’un amour qui jaillissait de la charité même de Dieu, il était plein de patience et de compréhension: attentif, tendre et prêt au sacrifice comme celui d’une mère.

    L’Eglise du XVIe siècle, divisée par le schisme protestant, à la recherche d’une réforme sérieuse en son propre sein, jouit d’une nouvelle floraison de sainteté qui fut la première réponse et la plus originale aux exigences rénovatrices. Le témoignage des saints affirme qu’il ne faut se fier qu’à Dieu: les épreuves, en effet, tant au niveau personnel qu’institutionnel, servent pour accroître la foi. Dieu a ses projets, même lorsque nous ne réussissons pas à comprendre ses dispositions.

    L’attention à la jeunesse et à son éducation humaine et chrétienne, qui caractérisa le charisme des Somasques, continue de représenter un engagement de l’Eglise, en tout temps et en tout lieu. Il est nécessaire que la croissance des nouvelles générations soit alimentée non seulement par des notions culturelles et techniques, mais surtout par l’amour, qui vainc l’individualisme et l’égoïsme et rend attentifs à la nécessité de chaque frère et sœur, également et même spécialement lorsque l’on ne reçoit rien en retour. L’exemple lumineux de saint Jérôme Emilien, défini par le bienheureux Jean-Paul II comme «laïc animateur de laïcs», aide à prendre à cœur chaque pauvreté de notre jeunesse, morale, physique, existentielle et avant tout la pauvreté d’amour, racine de tout grave problème humain.

    La Vierge Marie, modèle inégalable de foi et de charité, continuera de nous guider à travers son soutien. De même qu’elle dénoua les liens des chaînes qui retenaient prisonnier saint Jérôme, veuille-t-Elle, par sa bonté maternelle, continuer à libérer les hommes des liens du péché et de l’emprisonnement d’une vie privée de l’amour pour Dieu et ses frères, en nous offrant les clés qui ouvrent le cœur de Dieu et qui ouvrent notre cœur à Dieu.

  • 8e dimanche après la Pentecôte

    La parabole de « l’intendant de l’iniquité » est l’une des plus déstabilisante de l’Evangile. Pour la comprendre il faut d’abord respecter le texte, ce que la plupart des traductions ne font pas.

    Le texte parle de la façon dont un « intendant de l’iniquité » se sert du « mamon de l’iniquité ».

    Ces deux expressions sont des hébraïsmes, qui mettent en complément de nom, au génitif, ce qui pour nous serait un adjectif : intendant inique, mamon inique. Ces hébraïsmes évidents, dans le texte très grec de saint Luc, sont là pour attirer l’attention. Notamment l’attention sur « mamon », un mot araméen. Il devrait être évident pour tout traducteur que si l’hellénophone Luc a mis un mot araméen, c’est qu’on doit le garder dans toute traduction (comme l’a fait la Vulgate), car c’est qu’il est, d’une certaine façon, dans le cadre de la parabole, intraduisible. Même si l’on comprend qu’il s’agit d’argent ; et c’est précisément parce qu’on comprend qu’il s’agit d’argent qu’il n’est nul besoin de le traduire.

    Ce « mamon » que Luc ne traduit pas (ou que Jésus a intentionnellement dit en araméen dans un discours en grec) prend une allure de divinité païenne. Or c’est bien ce dont il s’agit. Jésus dénonce ceux qui font de l’argent un dieu.

    Dans le verset précédent il a opposé « les enfants de ce siècle » aux « enfants de lumière ».

    On pense à la seconde épître aux Corinthiens :

    Ne portez pas un même joug avec les infidèles; car quelle union y a-t-il entre la justice et l'iniquité? Ou quelle association entre la lumière et les ténèbres? Ou quel accord entre le Christ et Bélial? Ou quelle part entre le fidèle et l'infidèle? Quel rapport entre le temple de Dieu et les idoles? Car vous êtes le temple du Dieu vivant.

    Il y a donc un « mamon de l’iniquité » et un « intendant de l’iniquité ». Ils devraient bien s’entendre, et celui-ci devrait être un serviteur de celui-là. Il l’était, d’ailleurs, jusqu’ici, et c’est pourquoi le maître le renvoie. Or voici qu’il va faire exploser le mamon de l’iniquité. Comment ? En s’en servant, non plus pour accroître son bien, mais pour se faire des amis. Nous sommes toujours dans le monde de la malhonnêteté, mais la malhonnêteté est désormais au service de la création de relations. L’intendant se fait des amis qui le recevront chez eux, et c’est l’image du chrétien qui « remet les dettes » (c’est ce que dit le Pater en grec), qui se sert de l’argent comme d’un instrument de charité, de création de relations, de ces relations qui conduisent aux tentes éternelles, dans la triple relation d’amour, trois Personnes, de la divine Trinité.

    Voilà pourquoi le maître, Kyrios, loue l’intendant de l’iniquité « parce qu’il a agi avec sagesse ». On trahit le texte en traduisant « avec habileté » parce qu’on n’ose pas livrer la parole de Dieu telle qu’elle est. Mais ce faisant on ose la trahir… Le mot grec est celui qui est utilisé pour les « vierges sages » par opposition aux « vierges folles ». Les vierges sages ne sont pas de vierges « habiles ». La Vulgate a, comme d’habitude, bien traduit par « prudenter ». Non pas au sens actuel le plus courant du mot « prudent », mais au sens de sage, « avisé ». L’intendant a agi « de façon avisée ». Et si un intendant inique peut agir de cette façon, à plus forte raison un fidèle du Christ doit-il se faire des amis avec le même mamon de l’iniquité, des « relations », pour qu’elles le portent dans les tentes éternelles de la triple Relation d’amour, là où personne ne peut plus compter sur mamon.

  • Saint Camille de Lellis

    Qui connaît la vie de Saint Camille, connaît aussi la tension qui, à un moment, se créa entre lui et père Philippe, son directeur spirituel. Il sait aussi comment, par la suite, le conflit se résolut, au point que les deux «saints se retrouvèrent de manière plus intense et plus mature ».

    C’est Camille qui a l’initiative de la relation avec Philippe. Depuis quelques années, il était venu à Rome, pas encore complètement pacifié avec sa conscience à propos du vœu de se faire frère capucin. Après sa “conversion” le 2 février 1574, il avait tenté sérieusement par deux fois, et chaque fois sa fastidieuse et mystérieuse plaie à la jambe l’en avait empêché. Il s’était ainsi rendu compte finalement que Dieu ne le voulait pas frère. Que faire alors ? Il le comprit lorsqu’il se trouva hospitalisé à l’hôpital de San Giacomo de Rome : Dieu le voulait au service de ces pauvres. Et il s’y était cette fois consacré de toute son âme au point qu’il... y fit carrière. Il fut nommé “Maître de maison”, responsable des services de l’hôpital et du personnel. Il remplit son service avec tant d’application et de dévouement qu’il conçut une tendresse extraordinaire envers les malades.

    Mais il voyait comment les malades étaient mal assistés par ceux qu’on appelait les ‘servants’, ramassis de main d’œuvre, qui n’était là que pour l’argent. Après des tentatives répétées et vaines pour améliorer la situation, la nuit du 14 août 1582, il projeta d’instituer « une Compagnie d’hommes pieux et de bonne volonté qui, non pas pour un salaire mais volontairement et par amour de Dieu, serviraient les malades avec la charité et l’amour comme le font habituellement les mères pour leurs propres enfants malades ».

    Mais l’initiative n’avait pas plu aux administrateurs de l’hôpital. Au point que Camille commença à se méfier, à penser qu’il s’agissait d’une sotte présomption de sa part. Finalement, ce fut le Seigneur lui-même qui le réconforta. D’abord « en songe », puis, quelque temps après, ce fut le Crucifié qui l’encouragea, bien éveillé, non sans une pointe de reproche: « Pourquoi te mets-tu en peine, pusillanime ? Poursuis l’œuvre, je t’aiderai car cette œuvre est la mienne et non la tienne. »

    Ainsi réconforté, Camille revint avec décision à son projet.

    Entre-temps, bien que converti à Dieu, ou mieux, à la suite de ce virage, il s’était rendu compte qu’il avait besoin d’un guide spirituel. Il le trouva en saint Philippe Néri et dans son “Oratoire”, cadre vivant et riche de spiritualité. Le père Philippe, très attentif au monde des souffrants et des pauvres, fut heureux de l’accueillir en le voyant si bien engagé dans le service des malades.

    L’engagement de Camille était de venir auprès de Philippe pour la confession et la direction spirituelle chaque samedi et veille de fête. Pendant huit ans, il fut fidèle à sa promesse. Et grand fut le profit qu’il en retira. Mais, à un certain moment, ce fut la rupture entre Philippe et Camille. L’accord prit fin lorsque le projet que Camille et de ses compagnons réalisaient à l’hôpital San Giacomo fut mis en discussion par le père Philippe.

    Qu’était-il arrivé ? Comme déjà dit, l’initiative de Camille n’avait pas plu aux responsables de San Giacomo. Tout en appréciant l’engagement de Camille en faveur des malades, l’idée qu’il fonde une sorte d’association pour renouveler la manière de gérer l’hôpital leur paraissait extravagante. Ne pouvant sortir cette idée de la tête de cette “terrible cervelle” qu’était Camille, et connaissant le grand ascendant que le père Philippe avait sur lui, ils informèrent ce dernier de ce qui se passait à San Giacomo. Philippe était lui aussi d’accord que l’entreprise dans laquelle Camille s’était embarquée avec ses compagnons était une erreur.

    Il avait dit plusieurs fois clairement sa pensée à Camille : il devait abandonner toute idée de fonder une Compagnie ; il devait plutôt s’occuper de lui-même, de sa propre vie spirituelle et s’occuper des malades, et que cela était déjà beaucoup. Et même, il lui avait déclaré rudement une fois que « l’homme idiot et sans culture qu’il était ne serait jamais en mesure de gouverner un groupement de personnes ».

    Camille accusa le coup, mais il répondit qu’il ne pouvait rien y faire : l’idée de la Compagnie n’était pas la sienne ; elle avait été mise en lui par un Autre, et il ne réussissait pas à s’en défaire. Philippe resta inflexible : ou Camille abandonnait son projet, ou lui et ses compagnons se trouvaient un autre confesseur.

    Arrivés à ce point les deux... “saints” ne se comprennent plus. C’est une épreuve très douloureuse pour Camille, qui ne réussit pas à renoncer à ce projet parce qu’il est convaincu que c’est Jésus-Christ qui le veut. Tout en ayant le cœur brisé, il accepte la réalité et se sépare de son très aimé confesseur et père.

    Que peut signifier ce désaccord qui éclata entre Camille et le père Philippe ? En un certain sens, vu la diversité des personnalités, on pourrait même dire que la tension devait éclater tôt ou tard. Cependant, quelques années après, l’un et l’autre se rencontrèrent et se comprirent. Cette fois, c’est Philippe qui se rendit chez Camille. De loin, il avait continué à suivre Camille et son œuvre. Et il en était resté édifié. Devenu vieux, il était allé retrouver Camille dans sa résidence, près de l’église de la Maddalena, à Rome, pour lui dire : « Vraiment, la réussite de cette œuvre me paraît miraculeuse, parce qu’elle n’est pas le fruit de moyens et de sciences humaines… »

    P. Giuseppe Cinà

  • Montes Gelboë

    ℟. Montes Gelboë, nec ros nec pluvia veniant super vos, * ubi ceciderunt fortes Israël.
    ℣. Omnes montes, qui estis in circuitu eius, visitet Dominus: a Gelboë autem transeat.
    ℟. Ubi ceciderunt fortes Israël.

    Montagnes de Gelboé, que ni pluie ni rosée ne viennent sur vous, où les forts d’Israël sont tombés. Que le Seigneur visite toutes les montagnes qui sont alentour, mais qu’il passe loin de Gelboé, où les forts d’Israël sont tombés.

    Ce répons vient de la déchirante déploration de David après la bataille où Saül et Jonathan furent tués (II Rois 1, 21). Toutefois le verset ne s’y trouve pas.

    Voici ce répons chanté par les moines de Solesmes :
    podcast

  • Millénaire

     

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    C’est aujourd’hui le millième anniversaire de la mort de saint Vladimir le Grand, prince de Kiev, fondateur de la Sainte Russie, rappelle New Liturgical Movement, qui nous donne notamment des vidéos du tropaire et du kondakion de la fête.

    Quant à nous, rappelons que, le 19 janvier 2013, Benoît XVI a élevé l’exarchat apostolique pour les fidèles ukrainiens de rite byzantin résidant en France au rang d’éparchie (diocèse) avec le titre de Saint Vladimir le Grand. Le premier évêque est Mgr Borys Gudziak.

  • Deus omnium exauditor est

    . Deus omnium exauditor est: ipse misit Angelum suum, et tulit me de ovibus patris mei: * Et unxit me unctione misericordiae suae.
    .  Dominus, qui eripuit me de ore leonis, et de manu bestiae liberavit me.
    . Et unxit me unctione misericordiae suae.

    Dieu exauce les prières de tous : lui-même a envoyé son Ange et m’a pris du milieu des brebis de mon père. Et il m’a oint de l’onction de sa miséricorde. C’est le Seigneur qui m’a arraché de la gueule du lion, et des griffes de la bête féroce. Et il m’a oint de l’onction de sa miséricorde.

    Ce répons des matines a la particularité de venir du psaume… 151. Un psaume non canonique, qu’on ne devrait pas appeler « 151 » puisqu’il se dit lui-même « extra numerum », surnuméraire. « Authentiquement de David et sans numéro », il n’est pas de David, mais il est bien joli, et surtout il contient ce magnifique verset « il m’a oint de l’onction de sa miséricorde ». Mais, en fait, cette expression ne se trouve pas exactement dans le psaume 151… Dans le texte grec il n’y a pas la miséricorde : « Il m’a oint de l’huile de l’onction. » Et dans les manuscrits de la Vulgate qui le reproduisent (en annexe – merci à la “Vulgate de Stuttgart” de le faire aussi), il y a : « et unxit me in misericordia unctionis suae » : et il m’a oint dans la miséricorde de son onction, ce qui est peut-être encore plus beau que la version modifiée du répons.

    Le verset quant à lui est plus ou moins inspiré de I Rois 17, 37.

    Et tout cela montre qu’il s’agit d’un répons très ancien.

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    Antiphonaire de Hartker (Saint-Gall), première page des "répons tirés du livre des Rois". Notre répons est le premier, avec la grande lettrine.

  • Saint Henri

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    Reliquaire de saint Henri II (Saxe, XIIe siècle).

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    Evangéliaire de saint Henri II.

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    Sacramentaire de saint Henri II.

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    Saint Henri II, illustration du sacramentaire.

    Plus étonnant, dans l'Evangéliaire, cette icône de l'annonce aux bergers:

     

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  • Saint Bonaventure

    Salut! Lis céleste, Rose épanouie, mère de l'humilité, Reine des anges , Sanctuaire de la divinité. En cette vallée de larmes, donnez-nous le courage, venez à notre secours, vous que le ciel nous offrit pour avocate au milieu de nos crimes.

    Tendre Vierge, vous êtes incomparable, car vous avez mérité d'entendre la voix de l'Ange, et de concevoir le Fils de Dieu sous le souffle sacré de l'Esprit Saint. Vierge avant d'avoir conçu, vous l'êtes encore après. Refuge vraiment unique, hélas ! dans cette vie si inconstante, daignez consoler ceux qui vous servent.

    La terre est dans l'étonnement en vous voyant Vierge et Mère à la fois. Notre fragilité ne peut comprendre des merveilles d'une puissance aussi magnifique. Il faut que notre foi s'élève jusqu'aux célestes hauteurs ; et là elle confesse dans la vérité que vous êtes la Mère du Christ, qu'en vous la divinité s'est revêtue de notre chair.

    O Mère ! vous avez engendré un fils par excellence ; née dans le temps, vous avez mis au jour celui qui fut votre Père; simple étoile, vous avez produit le soleil; faible créature vous avez donné la vie à celui qui est incréé ; petit ruisseau, vous avez fait jaillir la fontaine qui vous alimente; vase fragile, vous avez formé le potier qui vous créa, et vous êtes demeurée toujours vierge, toujours immaculée; et par vous, Mère du Christ, la vie que nous avions perdue, nous l'avons recouvrée.

    Oh! qu'elles sont glorieuses ces entrailles qui devinrent le temple sacré du Seigneur! Qu'elles sont saintes ces mamelles qu'il daigna sucer ! Qu'il est suave ce lait dont il voulut être nourri ! Mère vraiment digne d'un salut de grâce, vous qui régnez au plus haut des cieux, délivrez-nous de la malédiction de la mort éternelle; délivrez-nous de tout malheur.

    Rose pure, rose d'innocence, rose nouvelle et sans épine, rose épanouie et féconde, rose devenue pour nous un bienfait de Dieu, vous avez été établie Reine des cieux ; il n'est personne qui puisse jamais vous être comparé; vous êtes le salut du coupable, vous êtes le soutien de toutes nos entreprises.

    La loi vous a montrée en ses figures; les pages saintes du Testament ancien vous ont annoncée par de nombreuses énigmes, et l'alliance nouvelle vous a rendue grande entre toutes les femmes; elle vous a élevée au-dessus de toute créature.

    Avant l'origine du monde le Seigneur vous a choisie, alors que dans sa sagesse il jetait les fondements du ciel. Dès ce jour il arrêta, dans le secret de ses pensées, de combler par vous, Vierge et Mère, l'abîme ouvert par le péché de notre premier père.

    Réjouissez-vous, ô Vierge ! ô Mère ! réjouissez-vous. C'est par vous que le monde voit ses ruines se réparer. Mêlez les accents de votre joie à ceux dont le ciel retentit. C'est à vous que la gloire est donnée de payer à Dieu sans réserve le prix de notre rançon; à vous qu'il a été accordé de délivrer l'homme des malheurs de la ruse infernale dont il fut la victime ; et cette gloire est au-dessus de tout éloge.

    Saint Bonaventure, prologue des "Louanges de la bienheureuse Vierge Marie"

  • Recordare, Domine

    . Recordare, Domine, testamenti tui, et dic Angelo percutienti: Cesset iam manus tua, * Ut non desoletur terra, et ne perdas omnem animam vivam.
    . Ego sum qui peccavi, ego qui inique egi: isti qui oves sunt, quid fecerunt? Avertatur, obsecro, furor tuus, Domine, a populo tuo.

    . Ut non desoletur terra, et ne perdas omnem animam vivam.

    Souvenez-vous, Seigneur, de votre alliance, et dites à l’Ange exterminateur : “Que ta main s’arrête désormais”, afin que la terre ne soit pas dévastée, et que vous ne causiez la perte de toute âme vivante. C’est moi qui ai péché, moi qui ai agi de façon inique ; ceux-là sont des brebis, qu’ont-ils fait ? Que s’éloigne votre fureur, Seigneur, de votre peuple, afin que la terre ne soit pas dévastée, et que vous ne causiez la perte de toute âme vivante.

    Ce répons des matines reprend des éléments de II Rois 24, 15-17 ou I Chroniques 21, 14-17. Les deux textes sont quasiment identiques. Mais on n’y trouve pas « Recordare Domine testamenti tui », et c’est Dieu qui demande à l’ange d’arrêter le massacre par lequel il punissait David pour avoir recensé le peuple.

    Le texte du répons à proprement parler (la première phrase) fut choisi en 1348, par Clément VI (Pierre Roger, né en Corrèze, pape d’Avignon), comme antenne d’introït pour la messe contre la peste qui ravageait l’Europe. Cette messe existe toujours dans les missels, comme messe votive en « temps d’épidémie » (n° 23 dans le nouveau missel du Barroux). Et son épître est la lecture du passage du livre des Rois dont s’inspire l’introït (ou plutôt le répons qui lui préexistait).

  • 7e dimanche après la Pentecôte

    La messe de ce dimanche a une antienne d’offertoire qui ne ressemble pas aux offertoires habituels (pris d’un psaume alors qu’ici il s’agit du livre de Daniel) et paraît n’avoir aucun rapport avec les autres textes de cette liturgie dominicale.

    Sauf avec la « secrète ». Et avec la secrète elle forme un tout. Qui a un rapport étroit avec l’ordinaire de la messe.

    Voici l’offertoire :

    Sicut in holocáustis aríetum et taurórum, et sicut in mílibus agnórum pínguium : sic fiat sacrifícium nostrum in conspéctu tuo hódie, ut pláceat tibi : quia non est confúsio confidéntibus in te, Dómine.

    Comme un holocauste de béliers et de taureaux, ou des milliers d’agneaux gras, qu’ainsi notre sacrifice paraisse aujourd’hui devant vous et qu’il vous soit agréable, car ceux qui ont confiance en vous ne seront pas confondus, Seigneur.

    C’est un extrait de la prière d’Azarias, qui avec ses deux compagnons Anania et Misaël a été jeté dans la fournaise par Nabuchodonosor. Il rappelle qu’il n’y a plus de sacrifices possibles dans le Temple, puisqu’il a été détruit et que les israélites ont été déportés, et il demande à Dieu que le sacrifice que les hommes font d’eux mêmes soit agréé par Dieu de la même façon.

    C’est bien sûr une prophétie du Sacrifice qu’instituera le Christ. Et la prière d’Azarias a été intégrée à… l’offertoire de la messe. Ainsi, pendant que le chœur chante cette antienne, le prêtre dit à voix basse :

    In spiritu humilitatis et in animo contriot suscipiamur a te, Domine, et sic fiat sacrifícium nostrum in conspéctu tuo hodie ut placeat tibi, Dominie Deus.

    L’expression « sic fiat sacrifícium nostrum in conspéctu tuo hodie » a été reprise telle quelle. Mais aussi ce qu’Azarias disait dans le verset précédent et qui n’a pas été repris dans l’antienne : « in animo contrito, et spiritu humilitatis suscipiamur ».

    La liturgie a juste supprimé la mention des boucs, des taureaux et des agneaux, puisque le sacrifice de l’autel est celui de l’Agneau divin, et que celui des fidèles est le sacrifice qu’ils font de leur propre personne en offrant également le sacrifice de l’autel.

    Et c’est ce que dit ensuite la secrète :

    Deus, qui legálium differéntiam hostiárum unius sacrifícii perfectione sanxísti : accipe sacrifícium a devótis tibi fámulis, et pari benedictióne, sicut múnera Abel, sanctífica ; ut, quod sínguli obtulérunt ad maiestátis tuæ honórem, cunctis profíciat ad salútem. Per Dóminum.

    Dieu, vous avez sanctionné les divers sacrifices offerts sous la loi par la perfection d’un sacrifice unique : recevez ce sacrifice que vous présentent vos dévots serviteurs, et sanctifiez-le au moyen d’une bénédiction pareille à celle qu’obtinrent les donc d’Abel ; afin que ce que chacun de nous a offert en l’honneur de votre majesté, profite à tous pour le salut.

    Quant au chant de cet offertoire, qui est une prière très simple et très calme, dom Baron fait remarquer qu’il est construit sur trois thèmes très liés entre eux. Le premier thème est l’intonation ; il est repris une fois dans la même phrase, avant la cadence. Cette cadence devient immédiatement le deuxième thème, au début de la deuxième phrase, et il est aussitôt répété, et la cadence de cette deuxième phrase est le troisième thème, repris au début de la dernière phrase… D’où l’impression de sereine et parfaite unité qui se dégage de cette pièce.

    Chanté ici à la messe de clôture du 19e colloque de musique sacrée de l’Association américaine de musique d’église, sous la direction du Pr William P. Mahrt de l’université de Stanford, le 28 juin 2009.

  • De la Sainte Vierge le samedi

    Non excedit fidem, quod homo exívit de vírgine, quando petra fontem prófluum scaturívit, ferrum super aquas natávit, ambulávit homo super aquas. Ergo si hóminem unda portávit, non potuit hóminem virgo generare, atque hóminem, de quo légimus: Et mittet illis Dóminus hóminem, qui salvos fáciet eos et notus erit Dóminus Ægyptiis? In veteri itaque Testaménto virgo Hebræórum per mare duxit exercitum ; in novo Testaménto Virgo, generis aula cæléstis, electa est ad salútem.

    Cela n’excède pas la foi, qu’un homme sorte d’une vierge, quand une pierre a fait jaillir une source abondante, quand le fer a nagé sur les eaux, quand un homme a marché sur les eaux. Donc, si l’onde a porté un homme, une vierge n’aurait-elle pas pu engendrer un homme, et l’homme au sujet duquel nous lisons : “Et le Seigneur leur enverra un homme qui les sauvera et le Seigneur sera connu des Egyptiens” (Isaïe 19, 19-20) ? Ainsi dans l’Ancien Testament une vierge conduisit l’armée des Hébreux à travers la mer ; dans le Nouveau Testament la Vierge, temple du genre céleste, est élue en vue du salut.

    Lecture des matines, extraite d'une lettre de saint Ambroise au pape Sirice.

    NB. – Cette vierge de l’Ancien Testament est la sœur de Moïse, qui s’appelle également Marie. Cette tradition vient de l’Exode 15, 20-21 : « Marie la prophétesse, sœur d'Aaron, prit à sa main un tambourin, et toutes les femmes marchèrent après elle avec des tambourins, formant des chœurs de danse. Et Marie chantait la première en disant: Chantons au Seigneur, car Il a fait éclater Sa gloire et Il a précipité dans la mer le cheval et le cavalier. » En fait c’est après le passage de la Mer Rouge, et Marie reprend le cantique d’action de grâce déjà entonné par Moïse. Mais la représentation de la scène peut laisser penser que c’est Marie qui conduit le peuple, comme ici sur les célèbres sarcophages d’Arles (où l’on voit Moïse fermant la marche et abaissant son bâton pour que la mer engloutisse les Egyptiens) - qui sont de l'époque de la lettre (peut-être légèrement antérieurs) :

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  • Les sept frères martyrs

    C’est l’une des plus anciennes fêtes de martyrs à Rome. Celle de sept frères martyrs sous Marc-Aurèle. Il y avait quatre messes, aux quatre lieux du martyre. On y associait toujours leur mère, elle aussi martyre (un peu plus tard), sainte Félicité. On établit aussi une fête de sainte Félicité le 23 novembre. Fête qui fut supplantée par celle de saint Clément.

    En fait, sainte Félicité, qui n’apparaît pas dans l’intitulé de la fête de ce jour, y est très présente. La liturgie de la messe parle d’elle dans l’introït et dans l’épître, et aussi dans l’évangile, repris dans l’antienne de communion, et encore aux matines (avant 1960), par le superbe sermon de saint Grégoire le Grand prononcé le… 23 novembre 590 :

    Très chers frères, la leçon que l’on vient de lire dans le saint Évangile est courte, mais elle est importante par les grands mystères qu’elle contient. En effet, Jésus, notre Créateur et notre Rédempteur, ayant feint de ne pas connaître sa mère, donne à entendre qui est sa mère, et qui sont ses proches, non par le lien du sang, mais par l’union de l’esprit. « Qui est ma mère, dit-il, et qui sont mes frères ? Quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma sœur et ma mère ». En s’exprimant ainsi que veut-il signifier, sinon qu’il trouve chez les Gentils à rassembler beaucoup de cœurs dociles, et que les Juifs, dont il est frère par le sang, il ne les connaît plus ?

    Rien d’étonnant à ce que celui qui fait la volonté du Père céleste soit appelé sœur et frère du Seigneur, eu égard aux deux sexes qui tous deux sont appelés à la foi ; mais qu’il soit aussi appelé sa mère, voilà une chose surprenante. Comme Jésus daigna donner à ses fidèles disciples le nom de frères, quand il a dit : « Allez, annoncez à mes frères » ; il nous faut examiner comment celui qui, en se convertissant à la foi, est devenu le frère du Seigneur, peut encore être sa mère.

    Apprenons-le donc : celui qui est sœur et frère du Christ par le fait de croire en lui, devient sa mère en le prêchant. C’est comme l’enfanter que de le déposer dans l’âme de celui qui vous écoute, et on est devenu sa mère par la prédication, lorsque l’amour du Seigneur a pris naissance dans un cœur à la voix de celui qui exhorte. Cette vérité, l’exemple de sainte Félicité dont nous célébrons aujourd’hui la fête vient opportunément la confirmer ; par la foi, elle a été la servante du Christ ; par la parole, elle est devenue sa mère. Les Actes de son martyre les plus autorisés nous disent qu’elle a eu autant de crainte de laisser ses sept fils lui survivre dans la chair, que les parents charnels en ont d’ordinaire de voir leurs enfants mourir avant eux.

  • Præparate corda vestra Domino

    . Præparate corda vestra Domino et servite illi soli ; * et liberabit vos de manibus inimicorum vestrorum.
    . Auferte deos alienos de medio vestri.
    . Et liberabit vos de manibus inimicorum vestrorum.

    Préparez vos cœurs pour le Seigneur, et servez-le, lui seul :
    et il vous délivrera des mains de vos ennemis. Otez du milieu de vous les dieux étrangers.

    Ce répons des matines est issu de 1 Rois 7, 3. Il s’agit d’un discours de Samuel à la veille d’une bataille contre les Philistins. Il prend un sens général qui s’applique à tout le monde à toute époque par le remplacement du mot “Philistins” par “vos ennemis” et la suppression de la mention des dieux Baal et Astaroth.

    Le premier mot, “præparate”, veut dire davantage « affermissez » que « préparez ». C’est le sens qu’a le mot grec ἑτοιμάζω dans la Septante, et seulement dans la Septante. Et c’est donc le sens qu’a le mot latin qu’il traduit, “præparo”, dans la Vulgate, comme on le voit nettement dans les psaumes. Le mot « préparer » doit se comprendre de façon militaire : préparer une armée, c’est la rendre forte. C’est précisément ce dont il est question ici. Sur le plan historique, rendre forte l’armée des Israélites contre les Philistins ; sur le plan spirituel, rendre fort notre cœur pour en extirper les idoles et lutter contre les tentations.

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    Antiphonaire des cordeliers de Fribourg, vers 1400

  • De la liturgie “orthodoxe”

    Un article d’une revue catholique de ce mois commence ainsi :

    « La Liturgie de l’Eglise orthodoxe, par sa beauté et sa variété, est quelque chose d’unique dans la chrétienté entière. »

    Je dois avouer que cela m’a fait bondir.

    Ce que l’auteur appelle « Liturgie de l’Eglise orthodoxe », c’est la Liturgie de saint Jean Chrysostome.

    Saint Jean Chrysostome est un saint catholique. La liturgie qui porte son nom l’est également.

    L’auteur de l’article est Alexandre Kedroff, qui est le chef de chœur de la cathédrale orthodoxe russe de Paris. Il sait donc pertinemment qu’il y a au moins trois églises catholiques à Paris où l’on célèbre cette même liturgie.

    La liturgie de l’Eglise orthodoxe n’est donc pas « unique dans la chrétienté entière ». Elle est la liturgie de 17 Eglises catholiques orientales.

  • Sainte Elisabeth

    Élisabeth, reine de Portugal, née en 1271, fut une souveraine sainte, une mère de famille et une, mère du peuple exemplaire ; la grâce particulière que l’on demande par son intercession est le rétablissement de la paix (Or. : « Seigneur qui avez accordé à sainte Élisabeth, avec d’autres faveurs remarquables, l’insigne prérogative d’apaiser les ardeurs belliqueuses »). La prière des Heures rapporte entre autres détails sur sa vie les faits suivants : Dès sa naissance elle fit voir comment elle réussirait plus tard à établir la paix entre les rois et entre les peuples, car sa naissance causa une si grande joie que son père et son grand-père, séparés jusque-là par la discorde, se réconcilièrent... (…)

    Dom Pius Parsch

    Une des principales fonctions de la charité, c'est de rétablir la paix entre les personnes qui sont en dissension : c'est en quoi l'on peut dire que celle de sainte Elisabeth a triomphé ; car si dès sa naissance elle a réuni son aïeul avec son père, dans le cours de sa vie elle fit des réconciliations qui, selon les apparences humaines, semblaient impossibles. Alphonse de Portalègre, son beau-frère, était en querelle avec son mari à cause de quelque domaine qu'il prétendait lui appartenir, et il était résolu de se faire lui-même justice par la forçe des armes. Mais notre Sainte étouffa cette guerre civile, en sacrifiant une partie de ses revenus et les cédant de grand cœur au roi pour le dédommager de ce qu'il relâchait au prince, son frère. Le principal devoir d'une reine est d'adoucir l'esprit du roi envers son peuple et ses sujets ; de lui remontrer dans les occasions les abus qui se glissent dans l'administration des affaires, et d'empêcher qu'il ne soit surpris ni trompé par des personnes malintentionnées, qui ne regardant l'intérêt de leur maître qu'autant que le leur propre y est lié. C'est à quoi Elisabeth travaillait incessamment. Elle donnait souvent de bons avis au roi ; elle le portait efficacement à bien gouverner ses Etats ; elle lui inspirait des sentiments de douceur et de compassion envers son peuple ; elle l'exhortait particulièrement à ne point prêter l'oreille aux vains discours des flatteurs, ni aux faux rapports des envieux ; elle le remit deux ou trois fois en bonne intelligence avec le prince Alphonse, son fils, lorsque l'Etat, se trouvant divisé pour eux en deux partis, l'on était sur le point d'en venir aux mains. Quand elle savait que des familles étaient en procès, elle faisait en sorte de les accommoder à l'amiable pour les empêcher de se consumer en frais. Si quelqu'une des parties manquait d'argent pour satisfaire à l'autre, selon les conditions proposées, elle en donnait libéralement du sien, afin de ne pas retarder trop longtemps les liens de la paix, qu'elle préférait à tout l'or du monde. Mais sa charité ne parut jamais plus héroïque que dans une émeute populaire qui arriva à Lisbonne. Les citoyens, dont les uns tenaient pour le roi, et les autres pour le prince Alphonse, son fils, étant déjà sous les armes, prêts à se battre les uns contre les autres, notre généreuse princesse monta sur une mule, et, allant de côté et d'autre au milieu des deux armées, pour les solliciter par ses larmes, aussi bien que par ses paroles, à mettre bas les armes et à traiter de paix, au lieu de penser à la guerre, elle réussit si heureusement dans sa négociation, qu'elle obligea le fils à demander pardon à son père et le père à pardonner son fils. Le Portugal ne fut pas le seul royaume où elle fit régner la paix ; elle travailla encore fortement à l'établir entre les autres rois des Espagnes, afin qu'étant unis ensemble ils pussent exterminer les Maures, qui en occupaient une partie assez considérable et ravageaient l'autre par leurs incursions continuelles. Elle réconcilia Pierre, roi d'Aragon, son père, avec Ferdinand, roi de Castille, son gendre : ce que quelques princes avaient plusieurs fois tenté de faire inutilement. Elle remit aussi en paix le roi, son mari, avec le même Ferdinand, lorsqu'ils se préparaient à se faire la guerre. Enfin, l'on peut dire qu'elle est morte des fatigues qu'elle prit pour éteindre une cruelle dissension entre Alphonse, roi de Portugal, son fils, et Alphonse, roi de Castille, son petit-fils. Cet amour d'Elisabeth pour la tranquillité publique méritait bien, ce semble, qu'elle jouît des douceurs d'une paix privée avec le roi, son mari ; mais Dieu, voulant éprouver sa vertu, permit que la discorde prît naissance de ce qui ne devait produire entre eux qu'une parfaite concorde. Le prince Alphonse, son fils, s'était soulevé contre le roi. La reine n'épargnait rien pour les remettre bien ensemble : outre ses prières et ses mortifications, pour apaiser la colère de Dieu et pour obtenir de sa miséricorde une paix solide dans la maison royale, elle faisait tout son possible pour persuader à Alphonse de quitter les armes, de se soumettre au roi, son père, et d'implorer sa clémence. Cependant quelques malintentionnés empoisonnèrent, auprès du roi, des négociations si charitables, lui faisant entendre que la reine assistait secrètement le prince d'argent et de soldats, et qu'elle lui révélait le secret du conseil : ce qui avait plusieurs fois empêché, disaient-ils, qu'on ne l'arrêtât. Ce rapport aigrit tellement le roi, que, sans s'informer de la vérité, il priva Elisabeth de tous ses revenus et la relégua à Alanquep, avec défense d'en sortir sans son ordre. Dès que cela fut su dans le royaume, plusieurs grands seigneurs, indignés d'un si mauvais traitement, la vinrent trouver pour lui offrir leurs services, afin que, par la force des armes, on obligeât le roi à révoquer cet exil, et à la rétablir dans les honneurs dus à sa qualité. Mais bien loin de profiter de cette disposition de ses sujets, elle fit ce qu'elle put pour les apaiser et étouffer leur fureur. « Abandonnons nos intérêts », leur dit-elle, « à la divine Providence, et n'ayons confiance qu'en Dieu seul, il saura bien montrer notre innocence et ôter de l'esprit du roi, mon seigneur, les méchantes impressions qu'on lui a données de notre conduite ». Elle passa donc tout le temps de son exil à verser des larmes, à macérer son corps, à jeûner des semaines entières au pain et à l'eau, et à prier presque sans relâche, jusqu'à ce qu'enfin le roi, entièrement désabusé, la rappela auprès de sa personne et conçut pour elle de nouveaux sentiments de tendresse et de vénération.

    Les petits Bollandistes

  • Saints Cyrille et Méthode

    Traduction du tropaire grec de la fête :

    Émules des apôtres dans leur conduite et docteurs des pays slaves, divins Méthode et Cyrille, priez le Maître de l’univers d’affermir tous les peuples slaves dans la foi orthodoxe et la concorde, et d’accorder au monde la paix et à nos âmes sa grande miséricorde.

    Traduction du tropaire slavon de la fête 

    Émules des apôtres et docteurs des pays slaves, Cyrille et Méthode, sages en Dieu, priez le Maître de toutes choses de confirmer tous les peuples slaves dans l'orthodoxie et la concorde, d'apaiser le monde et de sauver nos âmes.

    Autre traduction du tropaire slavon:

    Vous qui des Apôtres avez partagé le genre de vie et des pays slaves vous êtes montrés les docteurs, Cyrille et Méthode, sages-en-Dieu, priez le Maître universel d'affermir tous les peuples slaves dans la concorde et la vraie foi, de faire au monde le don de la paix et d'accorder à nos âmes le salut.

  • Audi, Domine

    . Audi, Domine, hymnum, et orationem, quam servus tuus orat coram te hodie: ut sint oculi tui aperti, et aures tuae intentae, * Super domum istam die ac nocte.
    . Respice, Domine, de sanctuario tuo, et de excelso caelorum habitaculo.
    . Super domum istam die ac nocte.

    Ecoute, Seigneur, l’hymne et la prière que ton serviteur élève devant toi aujourd’hui, afin que tes yeux soient ouverts sur cette maison et que tes oreilles y soient attentives jour et nuit. Regarde, Seigneur, depuis ton sanctuaire, et du lieu que tu habites en haut du ciel, vers cette maison jour et nuit.

    Ce répons est inspiré de la dédicace du Temple par Salomon (III Rois 8, 28-30). L’emploi du mot « maison », sans référence au Temple, lui permet de servir pour nos maisons personnelles.

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    Antiphonaire d’Einsiedeln, début du XIVe siècle

  • Saint Irénée

    Le Fils a uni l'homme à Dieu, et de cette façon l'homme a reçu la communion avec Dieu. Le Fils s'est fait homme, et le monde entier l'a vu. En effet, nous ne pouvions pas participer à la vie avec Dieu pour toujours, sauf si cette vie venait parmi nous.

    Comme la vie qui ne finit pas était invisible, elle n'était d'aucun secours pour nous. C'est pourquoi elle est devenue visible. Il le fallait pour que, à tous points de vue, nous participions à la vie avec Dieu. Dans le premier homme, Adam, nous avons tous été enchaînés à la mort à cause de la désobéissance. Il a donc fallu que, par l'obéissance de celui qui se ferait homme pour nous, nous soyons libérés de la mort pour toujours. La mort a régné sur les humains. Il fallait donc qu'elle soit détruite par un homme, et que les êtres humains soient ainsi libérés de son pouvoir.

    La Parole du Père s'est donc faite homme pour détruire, par sa vie d'homme, les mauvais désirs humains qui avaient dominé sur l'humanité. De cette façon, le péché n'a plus été en nous. Et c'est pourquoi le Seigneur a reçu un corps d'homme pour combattre pour ses ancêtres et vaincre en Adam celui qui nous avait vaincus en Adam.

    C'est quand la terre était encore vierge que Dieu a pris de la boue de la terre et qu'il a modelé l'homme. Et cet homme devait être le point de départ de l'humanité. Le Seigneur a voulu récapituler en lui-même cet homme. C'est pourquoi il a reçu un corps formé d'une manière semblable à celui d'Adam, en naissant d'une Vierge par la volonté et la sagesse de Dieu. Ainsi le Seigneur a montré qu'il avait un corps formé d'une manière semblable à celle d'Adam. Il a montré qu'il est cet homme même que les Livres saints décrivent ainsi : depuis le commencement, il est à l'image et à la ressemblance de Dieu.

    Par la désobéissance d'une vierge, Ève, l'homme a fait une faute et il est mort. Pareillement, par l'obéissance de la Vierge Marie à la parole de Dieu, l'homme a vraiment retrouvé la vie. Car le Seigneur est venu chercher le mouton qui était perdu, et ce mouton, c'est l'homme. C'est pourquoi il n'y a pas un nouvel homme modelé par Dieu. Mais parce que le Seigneur est né de Marie qui descend d'Adam, il descend du premier homme, Adam, qui a été modelé à la ressemblance de Dieu. En effet, il fallait qu'Adam soit récapitulé dans le Christ. Alors ce qui était mort pourrait être rendu vivant par ce qui ne meurt pas. Il fallait aussi qu'Ève soit récapitulée en Marie. Alors Marie, en défendant Ève, pourrait détruire la désobéissance d'une vierge par l'obéissance d'une Vierge.

    Saint Irénée, Exposé de la prédication des apôtres, 31-33

  • Le nouveau vicaire épiscopal de Coire

    L’évêque de Coire, Mgr Vitus Huonder, a désigné mardi un vicaire épiscopal pour les catholiques célébrant dans la forme extraordinaire du rite romain.

    Il s’agit de l’abbé Martin Ramm, de la Fraternité Saint-Pierre, qui est le curé de la paroisse personnelle Saint Maximilien Kolbe pour les fidèles du rite tridentin, l’une des deux paroisses personnelles créées en 2012 par Mgr Huonder dans son diocèse pour la forme extraordinaire.

    Intéressant commentaire de “Presbu” sur le Forum catholique :

    L'immense diocèse de Coire (des Grisons au Lac de Constance) est affligé pour le canton de Zurich d'un Conseil Synodal (plus crypto-calviniste que catholique) qui seul gère les finances et réclame la scission du diocèse pour se débarrasser du courageux Mgr Vitus HUONDER: celui-ci a dû chasser de sa paroisse un curé qui venait de "marier" deux lesbiennes!
    ___ À l'autre bout de la Suisse, l'évêque du non moins étendu diocèse de Fribourg (+ Neuchâtel, Vaud et Genève) Mgr Morerod, assez romain d'esprit, mais "helvétiquement" prudent, voudrait bien qu'un diocèse de plein droit soit recréé pour Genève (126.000 catholiques pour 39.000 'réformés'), pas seulement un secteur pour son évêque auxiliaire. L'opposition ne viendrait pas des pasteurs du cru, mais de la seule aristocratie bourgeoise, fière d'avoir chassé son évêque dès 1533 avec la domination savoyarde.
    ___ Pour ne pas toucher à Mgr Huonder, Rome remet à plus tard Genève.

    Eh bien gardons Mgr Huonder. Genève peut attendre…

  • La Visitation

    Cette fête est le fruit du développement de la piété occidentale. En effet, alors qu’il existe d’anciennes icônes de la Visitation, il n’y a jamais eu de fête liturgique de la Visitation dans le calendrier byzantin.

    C’est précisément aux franciscains que l’on doit cette fête, instituée par leur chapitre général, présidé par saint Bonaventure, en 1263. En même temps que les fêtes de l’Immaculée Conception, de sainte Anne et de sainte Marthe.

    La fête se répand donc dans tous les couvents franciscains.

    En 1386, l’évêque de Prague Jean Jenstein l’institue dans son diocèse, compose un office, et demande au pape de l’étendre à toute l’Eglise. Ce que fait Urbain VI trois ans plus tard (ou plutôt son successeur Boniface IX car il meurt juste avant d’avoir promulgué la bulle). Sans fixer de formules liturgiques. Et ce n’est que pour la portion de l’Eglise qui lui est fidèle, en ce temps de grand schisme. Il est remarquable qu’après le rétablissement de l’unité, le concile de Bâle, illégitime, va instituer lui aussi, dans sa 43e session, la fête de la Visitation afin qu’elle soit vraiment célébrée partout…

    Saint Pie V balaya toutes les messes et tous les offices qui avaient été composés pour cette fête, y compris les textes de Sixte IV (1475), et lui assigna le formulaire de la Nativité de la Sainte Vierge, autrement dit le commun des fêtes de la Sainte Vierge. Avec deux exceptions : les lectures de la messe et de l’office (l’évangile de la Visitation, évidemment, et le texte du Cantique des cantiques montrant le bien-aimé qui bondit sur les collines). On remerciera Clément VIII (le pape de la Vulgate) d'avoir ajouté des antiennes propres pour les heures du jour, et des répons pour les matines. Dont celui-ci qui tisse admirablement le Cantique et l'Evangile:

    . Surge, própera, amíca mea, formósa mea, et veni : iam enim hiems tránsiit, imber ábiit et recéssit : * Vox túrturis audíta est in terra nostra.
    . Intrávit María in domum Zacharíæ et salutávit Elísabeth.
    .  Vox túrturis audíta est in terra nostra.

    Lève-toi, hâte-toi, mon amie, ma toute belle, et viens ; car déjà l’hiver est passé, la pluie est partie, elle s’est retirée : la voix de la tourterelle a été entendue dans notre terre. Marie entra dans la maison de Zacharie, et elle salua Élisabeth : la voix de la tourterelle a été entendue dans notre terre.

    On notera que si saint Bonaventure avait fixé la fête au 2 juillet, elle fut ensuite célébrée à des dates très diverses au fur et à mesure de son extension, jusqu’à ce que Urbain VI (puis le concile de Bâle) officialisent pour toute l’Eglise le 2 juillet. A savoir le lendemain de l’octave de la fête de saint Jean Baptiste, quand Marie, qui est depuis trois mois chez sa cousine pour l’assister dans sa grossesse, et y a passé les huit premiers jours après la naissance du Précurseur, s’en retourne chez elle. Ainsi se conclut vraiment, par le Magnificat, la fête qui a commencé par le Benedictus.

    Parmi les représentations picturales de la Visitation, il y en a un certain nombre qui représentent les fœtus de Jésus et de Jean dans le ventre de leurs mères. Il y en a eu aussi qui montraient les deux enfants déjà nés, et ayant quelques années, et s’embrassant comme leurs mères. Je trouve cela plus touchant (même si les autres sont aujourd’hui très en situation pour la défense de l’embryon). Malheureusement le concile de Trente les a interdites…

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    Rodolphe d’Ems, 1400-1410

  • Le Précieux Sang

    Cette fête, qui ne s’imposait pas, puisqu’elle fait doublon avec l’office de la Passion, a été instituée par Pie IX en 1849, pour remercier le Ciel d’avoir retrouvé ses Etats pontificaux. Je ne vois toujours pas le rapport. Pie IX l’avait fixée au premier dimanche de juillet, et juillet est devenu « le mois du Précieux Sang ». Ce qui semble-t-il fut très populaire mais ne dura guère. Saint Pie X, qui avait décidé de rendre au dimanche sa liturgie dominicale, fixa la fête au 1er juillet. Et Pie XI en releva la solennité, à l’occasion du jubilé du 19e centenaire de la Rédemption.

    L’office de cette fête (et la messe dans une moindre mesure) est typique des productions liturgiques modernes : on accumule les citations de l’Ecriture où il y a le mot « sang », plus ou moins lié au Christ, et l'on choisit de même les psaumes, en négligeant la structure traditionnelle du deuxième nocturne des matines.

    Le début de l’office ne manque pas d’allure, avec les antiennes des vêpres qui sont tirées des trois premiers versets du chapitre 63 d’Isaïe, demandant qui est celui-là qui est si beau et dont les vêtements sont teints de rouge comme un qui a foulé le pressoir, associées à ce verset de l’Apocalypse qui donne la réponse : « Il est vêtu d’une veste aspergée de sang, et son nom est le Verbe de Dieu. » Psalmodie suivie du capitule extrait de l’épître aux Hébreux, qui est l’épître de la messe : le Christ grand prêtre qui est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire avec son propre sang.

    Mais ensuite on multiplie les antiennes, et pour les matines on a fabriqué des répons très inégaux. Le premier est presque insensé, indigne de la liturgie romaine, mélangeant deux versets de l’épître aux Hébreux qui n’ont pas d’autre rapport que de contenir le mot « sang ». Les autres sont composés d’extraits d’épîtres qui n’ont pas la qualité poétique nécessaire pour devenir des chants.

    Les antiennes des laudes sont judicieusement tirées de l’Apocalypse.

    Et l’on notera l’antienne de Benedictus, qui donne l’essentiel d’Exode 12, 13 — c’était déjà l’antienne de Benedictus de l’office de la fête du Précieux Sang qui était autrefois célébrée ici et là le 4e vendredi de carême :

    Erit sanguis Agni vobis in signum, dicit Dóminus ; et vidébo sánguinem, et transíbo vos nec erit in vobis plaga dispérdens.

    Le sang de l’Agneau sera pour vous un signe, dit le Seigneur, car je verrai le sang, et je passerai au delà de vous ; et la plaie de destruction ne nous atteindra pas.

  • Commémoraison de saint Paul

     

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    Aujourd’hui nous nous rendons en esprit dans l’église où se trouve le tombeau du grand Apôtre des Gentils, à « Saint-Paul hors les murs ». Cette église magnifique nous réunit souvent au cours de l’année pour un office de station. Plusieurs générations de chrétiens ont reçu près de ce tombeau grâce et force. — Comme toujours, nous comprendrons mieux la messe si nous nous représentons saint Paul présent devant nous et offrant avec nous le Saint-Sacrifice. En même temps nous entrons dans une union mystique avec lui. Sa parole devient notre parole. Déjà dans l’Introït c’est lui qui parle et chacun de nous avec lui. « J’ai confiance en celui qui garde mon dépôt pour ce jour-là ». Le psaume 138 me donne la joyeuse espérance que j’ai été choisi de toute éternité avec saint Paul. Dans l’Épître, Paul raconte lui-même sa vocation à l’apostolat. Après avoir été un persécuteur des chrétiens, il fut choisi pour être un disciple et le docteur des nations. Dans l’Évangile, le Seigneur prédit aux disciples les persécutions, les flagellations, la trahison de la part de leurs concitoyens, et le martyre. Et cela se réalisa dans la vie de Paul (nous nous trouvons auprès de son tombeau). A l’Offertoire, nous allons, sous la conduite de saint Paul, offrir à l’autel le sacrifice de notre vie ; et nous recevons avec lui une partie de la récompense au centuple dans la communion. Il nous est donc permis, à la messe, près du tombeau de l’Apôtre, de participer à ses souffrances et à sa glorification. Tel est, croyons-nous, le sens le plus profond d’une fête, de martyr et, en général, d’une fête de saint : nous participons aux mérites et à la récompense du martyr ou du saint.

    Dom Pius Parsch

  • Saints Pierre et Paul

    Dum duceretur Petrus Apostolus ad crucem, repletus gaudio magno, dixit : Non sum dignus ita esse in cruce, sicut Dominus meus, qui de Spiritu Sancto conceptus est, me autem de limo terræ ipse formavit : nam crux mea caput meum in terra debet ostendere. At illi verterunt crucem, et pedes ejus sursum confixerunt, manus vero deorsum. Dum esset Petrus in cruce, venit turba multa maledicens Cæsarem, et fecerunt planctum magnum ante crucem. Petrus exhortabatur eos de cruce, dicens : Nolite flere, sed gaudete mecum, quia ego hodie vado vobis parare locum. Et cum hoc dixisset, ait : Gratias tibi ago, Pastor bone quia oves quas tradidisti mihi, compatiuntur mecum : peto namque, ut participentur mecum de gratia tua in sempiternum.

    Comme l’on conduisait Pierre l’Apôtre à la croix, rempli d’une grande joie, il dit : Je ne suis pas digne d’être sur la croix comme mon Seigneur, qui lui fut conçu du Saint-Esprit, tandis que moi j’ai été formé par lui du limon de la terre ; ainsi ma croix à moi doit montrer ma tête en la terre. On tourna donc la croix ; on cloua ses pieds en haut et ses mains en bas. Pendant que Pierre était en croix, vint une grande multitude maudissant César, et ce fut une grande lamentation devant la croix. Pierre, de la croix, exhortait tout ce peuple, et il disait : Ne pleurez pas, mais réjouissez-vous avec moi, parce que je m’en vais aujourd’hui vous préparer une place. Et ayant dit cela, il ajouta : Bon Pasteur, je vous rends grâces de ce que les brebis que vous m’avez confiées s’unissent de cœur à mes souffrances ; faites donc, je vous en prie, qu’elles participent comme moi à votre grâce dans l’éternité.

    Ancienne antienne de Magnificat, sur le texte des Acta Petri, ci-dessous dans le Graduel de Saint-Vaast d’Arras, XIe siècle. Elle existait également (avec une autre mélodie) dans le rite ambrosien, et ailleurs en Italie, comme antienne de procession du dimanche dans l’octave

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  • 5e dimanche après la Pentecôte

    Souviens-toi que tu ne peux être le juge de personne. Car avant de juger un criminel, le juge doit savoir qu’il est lui-même aussi criminel que l’accusé, et peut-être plus que tous coupable de son crime. Quand il l’aura compris, il peut être juge. Si absurde que cela semble, c’est la vérité. Car si j’étais moi-même un juste, peut-être n’y aurait-il pas de criminel devant moi. Si tu peux te charger du crime de l’accusé que tu juges dans ton cœur, fais-le immédiatement et souffre à sa place ; quant à lui, laisse-le aller sans reproche. Et même si la loi t’a institué son juge, autant qu’il est possible, rends la justice aussi dans cet esprit, car une fois parti il se condamnera encore plus sévèrement que ton tribunal. S’il s’en va insensible à tes bons traitements et en se moquant de toi, n’en sois pas impressionné ; c’est que son heure n’est pas encore venue, mais elle viendra, et dans le cas contraire, un autre à sa place comprendra, souffrira, se condamnera, s’accusera lui-même, et la vérité sera accomplie. Crois fermement à cela, c’est là-dessus que reposent l’espérance et la foi des saints. Ne te lasse pas d’agir. Si tu te souviens la nuit, avant de t’endormir, que tu n’as pas accompli ce qu’il fallait, lève-toi aussitôt pour l’accomplir. Si ton entourage, par malice et indifférence, refuse de t’écouter, mets-toi à genoux et demande-lui pardon, car en vérité, c’est ta faute s’il ne veut pas t’écouter. Si tu ne peux parler à ceux qui sont aigris, sers-les en silence et dans l’humilité, sans jamais désespérer. Si tous te quittent et qu’on te chasse avec violence, demeuré seul, prosterne-toi, baise la terre, arrose-la de tes larmes, et ces larmes porteront des fruits, quand bien même personne ne te verrait, ne t’entendrait dans ta solitude. Crois jusqu’au bout, même si tous les hommes s’étaient fourvoyés et que tu fusses seul demeuré fidèle ; apporte alors ton offrande et loue Dieu, ayant seul gardé la foi. Et si deux hommes tels que toi s’assemblent, alors voilà la plénitude de l’amour vivant, embrassez-vous avec effusion et louez le Seigneur ; car sa vérité s’est accomplie, ne fût-ce qu’en vous deux.

    Si tu as péché toi-même et que tu en sois mortellement affligé, réjouis-toi pour un autre, pour un juste, réjouis-toi de ce que lui, en revanche, est juste et n’a pas péché.

    Si tu es indigné et navré de la scélératesse des hommes, jusqu’à vouloir en tirer vengeance, redoute par-dessus tout ce sentiment ; impose-toi la même peine que si tu étais toi-même coupable de leur crime. Accepte cette peine et endure-la, ton cœur s’apaisera, tu comprendras que toi aussi, tu es coupable, car tu aurais pu éclairer les scélérats même en qualité de seul juste, et tu ne l’as pas fait. En les éclairant, tu leur aurais montré une autre voie, et l’auteur du crime ne l’eût peut-être pas commis, grâce à la lumière. Si même les hommes restent insensibles à cette lumière malgré tes efforts, et qu’ils négligent leur salut, demeure ferme et ne doute pas de la puissance de la lumière céleste ; sois persuadé que s’ils n’ont pas été sauvés maintenant, ils le seront plus tard. Sinon, leurs fils seront sauvés à leur place, car ta lumière ne périra pas, même si tu étais mort. Le juste disparaît, mais sa lumière reste. C’est après la mort du sauveur que l’on se sauve. Le genre humain repousse ses prophètes, il les massacre, mais les hommes aiment leurs martyrs et vénèrent ceux qu’ils ont fait périr. C’est pour la collectivité que tu travailles, pour l’avenir que tu agis. Ne cherche jamais de récompense, car tu en as déjà une grande sur cette terre : ta joie spirituelle, que seul le juste a en partage. Ne crains ni les grands ni les puissants, mais sois sage et toujours digne. Observe la mesure, connais les termes, instruis-toi à ce sujet. Retiré dans la solitude, prie. Prosterne-toi avec amour et baise la terre. Aime inlassablement, insatiablement, tous et tout, recherche cette extase et cette exaltation. Arrose la terre de larmes d’allégresse, aime ces larmes. Ne rougis pas de cette extase, chéris-la, car c’est un grand don de Dieu, accordé seulement aux élus.

    Dostoïevski, Les frères Karamazov, Extrait des entretiens et de la doctrine du starets Zosime, Peut-on être le juge de ses semblables ? De la foi jusqu’au bout.