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Liturgie

  • Jeudi de la Pentecôte

    Séquence de sainte Hildegarde pour la Pentecôte, par l'ensemble Sequentia

    O ignis Spiritus Paracliti,
    vita vitae omnis creaturae,
    sanctus es vivificando formas.

    O feu de l’Esprit Paraclet, vie de la vie de toute créature, saint es-tu de donner forme à la vie.

    Sanctus es ungendo
    periculose fractos,
    sanctus es tergendo
    fetida vulnera.

    Saint es-tu de répandre ton baume sur les brisés de la vie en danger. Saint es-tu d’essuyer les blessures répugnantes.

    O spiraculum sanctitatis,
    o ignis caritatis,
    o dulcis gustus
    in pectoribus
    et infusio cordium
    in bono odore virtutum.

    O haleine de sainteté, o feu de l’amour, o goût suave dans nos entrailles, o bon parfum des vertus infusé dans les cœurs.

    O fons purissimus,
    in quo consideratur
    quod Deus alienos
    colligit
    et perditos requirit.

    O fontaine très pure où voir tout à la fois Dieu qui rassemble les étrangers et va chercher ceux qui sont perdus.

    O lorica vitae
    et spes compaginis
    membrorum omnium.
    O cingulum honestatis,
    salva beatos.

    O cuirasse de la vie et espérance, lien d’assemblage de tous les membres ; o ceinture de la vertu, sauve les bienheureux !

    Custodi eos
    qui carcerati sunt
    ab inimico,
    et solve ligatos,
    quos divina vis
    salvare vult.

    Veille sur ceux qui ont été emprisonnés par l’ennemi et brise leurs chaînes : eux que la puissance divine veut sauver.

    O iter fortissimum,
    quod penetravit omnia
    in altissimis
    et in terrenis
    et in omnibus abyssis,
    tu omnes componis
    et colligis.

    O chemin de bravoure qui a tout pénétré, dans les cieux, sur terre et dans les abîmes, tu rassembles et unis tous les êtres.

    De te nubes fluunt,
    aether volat,
    lapides humorem habent,
    aquae rivulos educunt
    et terra viriditatem sudat.

    Par ton génie, les nuages filent, l’air se meut impalpable, les pierres suintent ; les eaux surgissent en ruisselets et la terre épanche sa viridité.

    Tu etiam semper
    educis doctos,
    per inspirationem sapientiae
    laetificos.

    Toi encore tu fais toujours surgir des sages, porteurs de la joie que leur inspire la sagesse.

    Unde laus tibi sit,
    qui es sonus laudis
    et gaudium vitae,
    spes et honor fortissimus,
    dans praemia lucis.

    Pour tout cela, louange à toi, qui fais retentir la louange, à toi joie de vivre, espérance, honneur et puissance, qui donnes la récompense de la lumière.

    Traduction de Philippe Lecoq, qui me paraît bonne (et plus près du texte que celle de dom Guéranger qui donne cette séquence en ce jour), et qui a raison de seulement transcrire le mot « viriditas », qui est le mot fétiche de sainte Hildegarde. J’ai trouvé aussi une traduction, mais seulement partielle, de Remy de Gourmont :

    O Feu de l'Esprit consolateur, vie de la vie de toute créature, tu es saint parce que tu vivifies les formes, — tu es saint parce que tu daignes oindre les membres périlleusement brisés, tu es saint parce que tu panses les plus fétides plaies, — ô soupirail de sainteté !... — ô forteresse de vie, ô espoir de la solidarité humaine, ô refuge de la beauté, sauve les bénis ! — Garde ceux qui sont prisonniers de l'ennemi, déchaîne ceux qui sont enchaînés, sauve ceux que veut sauver la Force divine !... — Par toi les nuages vont, l'éther plane, les pierres transpirent, les eaux se font ruisseaux, la terre exhale de verdoyantes suers (sic). — Et c'est toi aussi qui guides les doctes létifiés par l'inspiration de ta Sagesse. — Donc, louange à toi, toi le vocable de louanges, toi, la joie de la vie, l'espérance, la force et l'honneur, toi le dispensateur de la lumière !

  • Mercredi des quatre temps de Pentecôte

    Jésus dit dans l’évangile :

    Personne ne peut venir à moi si mon Père ne le tire.

    Saint Augustin commente (il s’agit en fait d’extraits du commentaire, qui deviennent une synthèse, habilement faite par dom Pius Parsch) :

    Ne va pas croire que tu es « tiré » contre ta volonté libre. Le cœur, en effet, peut aussi être tiré par l’amour... Si le poète (Virgile) a pu dire : chacun est tiré par son plaisir, il s’agit non de la nécessité, mais du plaisir, non de la contrainte, mais de la joie. Avec combien plus de force devons-nous dire : l’homme est tiré vers le Christ quand il se plaît à la vérité, quand il se plaît à la béatitude, quand il se plaît à la justice, quand il se plaît à la vie éternelle, car c’est là tout le Christ ! Car si le corps a ses plaisirs, l’âme n’a-t-elle pas les siens ? Qu’on me donne quelqu’un qui aime, et il comprendra ce que je dis. Qu’on me donne quelqu’un qui désire, qu’on me donne quelqu’un qui a faim, qu’on me donne un voyageur altéré dans ce désert et qui soupire vers la source de l’éternelle patrie, qu’on me donne un tel homme et il comprendra ce que je veux dire. Montre à la brebis une branche verte et tu la tires. Montre à un enfant des noix et tu le tires. S’il court, c’est qu’il est tiré ; il est tiré par l’amour, il est tiré sans contrainte corporelle ; c’est par les liens du cœur qu’il est tiré. Si donc des choses terrestres, qui paraissent à ceux qui les aiment des délices et des voluptés nous tirent en vertu du principe : Chacun est tiré par son plaisir, comment le Christ, qui a été révélé par le Père, ne nous tirerait-il pas ? »

  • Mardi de la Pentecôte

    L’évangile de ce jour est celui du bon pasteur. Comme au deuxième dimanche après Pâques. Mais il s’agit des versets qui précèdent. Quand Jésus dit qu’il est le bon Pasteur, mais aussi qu’il est la porte des brebis. Il faut passer par lui pour trouver les pâturages, pour être sauvé. Ceux qui se font passer pour des pasteurs mais ne passent pas par la porte sont des voleurs. « Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, et qu’elles l’aient plus abondamment. » Comme après Pâques, la parabole du bon pasteur est destinée aux nouveaux baptisés. Ici, plus précisément, pour les avertir qu’il y a de faux pasteurs qui tenteront de les entraîner dans le schisme et l’hérésie. Le bienheureux cardinal Schuster commente :

    Il nous donne les marques qui distinguent sa religion, qui est la seule vraie, toutes les fausses sectes. En premier lieu, les propagandistes de celles-ci sont des voleurs qui, sans aucun titre, se sont frauduleusement introduits dans le troupeau d’un autre et ont ravagé les brebis. Ils ne sont pas passés par la porte, mais ils se sont glissés à l’intérieur par d’autres ouvertures, c’est-à-dire grâce à des moyens illicites, fraude et hypocrisie. Entre eux et les brebis, il n’y a pas eu de véritable entente ni correspondance d’affection ; ils se sont simplement imposés par abus de pouvoir, ils n’ont pas converti les cœurs. La conduite de semblables réformateurs a été scandaleuse. Ils ont bien fait marcher le troupeau, mais ne l’ont pas précédé par l’exemple d’une vie vertueuse. Quant à la fin de semblables entreprises de réforme, c’a été un immense désastre et une hécatombe d’âmes. Dans cette description faite par le saint Évangile, ne pouvons-nous pas discerner la genèse, les caractères et l’histoire de toutes les hérésies, depuis l’ancienne Gnose jusqu’au récent modernisme ? Seul Jésus est le bon Pasteur qui établit entre son cœur et le nôtre de solides courants de sainte dilection. Il nous précède par son exemple et guide nos âmes dans les pâturages fertiles de la divine grâce et des ineffables sacrements.

  • Lundi de la Pentecôte

    Tous les jours de cette semaine de la Pentecôte, l’Eglise chante à la messe, entre le deuxième alléluia et la séquence (c'est le "verset" de l'alléluia) :

    Veni, Sancte Spíritus, reple tuórum corda fidélium, et tui amóris in eis ignem accénde.

    Commentaire de dom Pius Parsch :

    D’ordinaire, l’Église se sert des paroles de la Sainte Écriture. On dirait qu’elle redoute de s’adresser à Dieu avec ses propres paroles. Quand elle le fait cependant, elle emploie les termes les plus riches de sens. De même que le cristal de roche acquiert, par le travail séculaire de la nature, du brillant et du poli, de même ces textes de l’Église où elle a déposé ce qu’il y a de plus fervent dans son amour, ses désirs, sa prière et sa foi, ont été élaborés au cours des siècles. C’est le cas pour cette prière si simple et si profonde : « Viens, Saint-Esprit, remplis les cœurs de tes fidèles et allume en eux le feu de ton amour ! » Toutes les fois que cette prière est chantée ou récitée, l’Église nous ordonne de nous agenouiller.

    a) Veni, viens. Ce mot a une histoire. Avant la naissance du Christ, il était dans la bouche du peuple juif. Le Rédempteur s’appelait : « Celui qui doit venir ». C’est pourquoi le Baptiste demande : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Les chrétiens adoptèrent ce petit mot et en firent l’expression de leur désir de la parousie. Les anges avaient déjà dit du Seigneur monté aux cieux : « Il viendra de nouveau... » Dans la primitive Église, on terminait chaque prière par ce vœu ardent : « Maranatha », c’est-à-dire, viens, Seigneur. Il n’est pas étonnant que l’Église ait introduit ce mot dans sa liturgie. Rappelons-nous les grandes antiennes O de l’Avent. Nous comprenons que l’Église se serve du même mot pour implorer la descente du Saint-Esprit. — Ici, se pose une question : Le Saint-Esprit n’est-il donc pas parmi nous ? A quoi bon, dès lors, implorer sa venue ? Oui, il est parmi nous et, pourtant, il faut qu’il vienne à nous. Autrefois, le Baptiste pouvait dire aux sanhédrites : « Il y a au milieu de vous quelqu’un que vous ne connaissez pas ». On peut en dire autant du Saint-Esprit. Il demeure dans l’Église, dans l’âme, et, pourtant, nous ne le connaissons pas : nous empêchons son action. La force est là, mais elle est liée, elle dort. Le petit mot « Veni » veut donc dire : Déploie ta puissance, brise les entraves que la volonté humaine met à ton action.

    b) Saint-Esprit. Examinons le nom du Saint-Esprit. Le Christ l’appelle volontiers Paraclet. Ce mot se traduit de deux façons : avocat ou consolateur. Cependant, le Seigneur l’appelle deux fois Saint-Esprit. La Séquence donne une série de surnoms : père des pauvres, distributeur des dons, lumière des cœurs. On le nomme aussi, volontiers, le doigt de la main droite de Dieu. Mais son nom ministériel est : Saint-Esprit. Ce nom est pour nous une exhortation à être saints et spirituels. Nous ne pouvons porter le Saint-Esprit en nous que si nous tendons à la sainteté, que si nous sommes des hommes spirituels, et non des hommes charnels.

    c) Remplis les cœurs de tes fidèles. Nous trouvons déjà ce mot : remplir, dans le récit de la fête : « ils furent tous remplis de l’Esprit-Saint ». Nos cœurs et nos âmes doivent être comme des coupes dans lesquelles le Saint-Esprit verse le vin précieux de ses dons et qu’il remplit jusqu’au bord. Ne soyons pas des, coupes vides. Si nos cœurs sont remplis d’amour-propre, de présomption, d’égoïsme, le Saint-Esprit ne pourra verser son vin précieux.

    d) Quel est ce vin précieux ? La dernière phrase nous le dira : « Allume en eux le feu de ton amour ». C’est donc l’amour qui est le don du Saint-Esprit : le saint amour de Dieu et du prochain. Le Christ dit du Saint-Esprit : « Il prendra du mien ». La charité est le précepte du Christ ; maintenant, c’est celui du Saint-Esprit : de ton amour. Cet amour est un feu, c’est pourquoi le Saint-Esprit est apparu dans le feu ; nous serons baptisés dans l’Esprit-Saint et dans le feu ». Le feu brille, chauffe, brûle et purifie. Que le Saint-Esprit daigne aujourd’hui être ce feu, qu’il chasse les ténèbres de nos cœurs, qu’il en réchauffe la froideur, qu’il brûle tout ce qui est vain et coupable, qu’il purifie notre âme, afin qu’elle soit de l’or pur pour la couronne du Christ !

  • Pentecôte

    La Pentecôte fait partie du Temps Pascal, elle en est comme le couronnement. Le Christ ressuscité remonté à son Père envoie son Esprit pour former, avec l’humanité collective des prédestinés, son corps mystique, l’Eglise, qui va continuer sur terre l’œuvre qu’il n’a fait qu’ébaucher et qui s’achèvera par la résurrection de tous ses membres.

    Mais, tout en étant englobé dans le cycle de Pâques, le temps de la Pentecôte a son atmosphère propre.

    Au matin du cinquantième jour après la Résurrection, au moment où, sous le souffle violent qui emplissait le Cénacle, les disciples prenaient conscience de l’esprit qui venait en eux, ce n’est pas du triomphe de Pâques ou de la glorieuse Ascension qu’ils étaient occupés, mais d’une ardeur impétueuse qui, comme une force vitale s’emparait d’eux, et les poussait à la louange et à l’apostolat. Un souffle venait de Dieu sur eux, un souffle de vie, le même qui fut insufflé sur la face du premier homme ; il les animait et, mêlé à leur propre souffle, remontait vers Dieu avec toute l’activité de leur être.

    C’est cette atmosphère de vie ardente qui fut celle de l’Eglise naissante qui caractérise le temps de la Pentecôte.

    Aussi bien, le mystère continue. La vie nouvelle que l’Esprit Saint infusait à l’Eglise, en la personne des disciples et des trois mille baptisés, pénètre toujours les âmes et les anime d’une flamme de jeunesse durant cette courte période. Primitivement, le Baptême, la Confirmation et l’Eucharistie étaient conférés aux catéchumènes la nuit du samedi et, toute la semaine comme pendant la semaine de Pâques, l’Eglise entourait de sa sollicitude maternelle les nouveaux chrétiens. Il en va autrement aujourd'hui, mais les rites de cette semaine baptismale demeurent et, par eux, les grâces du Baptême, de l‘Eucharistie, de la Confirmation sont à nouveau prodiguées à ceux qui sont disposés à les recevoir, de sorte qu’à travers le jeu liturgique, le souffle même de la Pentecôte nous atteint et, de nous, remonte à Dieu.

    C’est dans cet esprit de vie communiquée, aspirée, et expirée, dans cette atmosphère d’enthousiasme ardent, que nous devons vivre et chanter la Pentecôte.

    Dom Ludovic Baron

  • Vigile de la Pentecôte

    Præsta, quǽsumus, omnípotens Deus : ut claritatis tuæ super nos splendor effúlgeat ; et lux tuæ lucis corda eórum, qui per grátiam tuam renáti sunt, Sancti Spíritus illustratióne confírmet. Per Dominum nostrum Jesum Christum Filium tuum, qui tecum vivit et regnat in unitate ejusdem Spiritus Sancti Deus, per omnia sæcula sæculorum. R. Amen.

    Faites, nous vous en supplions, Dieu tout-puissant : que la splendeur de votre gloire brille sur nous ; et que la lumière de votre lumière confirme, par l’illumination de l’Esprit Saint, les cœurs de ceux que votre grâce a fait renaître. Par Notre Seigneur votre Fils Jésus-Christ, qui vit et règne avec vous dans l’unité du même Saint-Esprit, pour les siècles des siècles, amen.

  • Vendredi après l’octave de l’Ascension

    Lorsqu’il y avait une octave de l’Ascension, ce vendredi était presque un jour surnuméraire de l’octave, dont il gardait la liturgie de l’Ascension (hors l’évangile, qui était celui de dimanche dernier), en attendant la vigile de la Pentecôte. Et parmi les lectures des matines il y avait la suite et fin du sermon de saint Augustin. Il s’agit d’un développement sur la dernière phrase d’hier : « Car s’il eût été Dieu seulement, le Christ n’aurait pu souffrir la mort ; et s’il n’eût été qu’homme, il n’aurait pu la vaincre. » Mortem enim nec solus Deus sentire, nec solus homo superare potuisset.

    Mes bien chers frères, si ce n’est pas dans notre chair que le Sauveur a triomphé du démon, il a combattu, en manière d’exercice, mais il n’a pas vaincu pour nous. Si ce n’est pas dans notre corps qu’il est ressuscité, il n’a rien changé à notre condition en ressuscitant. Celui qui parle ainsi ne comprend pas la raison pour laquelle le Sauveur s’est revêtu de notre chair et l’a élevée au ciel, il confond l’ordre de la rédemption, et en détruit l’utilité. Si ce n’est pas dans notre chair que le Christ a poursuivi l’œuvre de notre guérison, il n’a donc rien pris de la nature humaine que la bassesse de la naissance. Chassons loin de notre esprit une croyance aussi dangereuse, ce qu’il a pris est du nôtre, ce qu’il a donné est du sien. J’atteste que ce qui a succombé est mien, afin que ce qui est ressuscité m’appartienne. Je confesse que ce qui a été enseveli dans le tombeau est à moi, afin que ce qui est monté au ciel soit à moi. C’est donc dans ce corps appartenant à notre nature que la mort du Christ nous a donné la vie, que sa résurrection nous a relevés, que son ascension nous a consacrés. C’est en ce corps, d’une origine identique à la nôtre, qu’il a placé dans le royaume céleste l’arrhe de notre condition future. Travaillons donc, très chers frères, afin que, de même que le Seigneur est en ce jour monté au ciel avec notre chair, ainsi, autant que nous le pouvons, nous montions par notre espérance après lui et que nous le suivions de cœur. Montons après lui par notre affection, par notre avancement dans la vertu, et même au moyen de nos vices et de nos passions. Certes, si chacun de nous s’efforce de les soumettre à sa volonté, s’accoutume à se tenir debout au-dessus d’eux, il s’en fera comme un degré pour monter plus haut. Ils nous élèveront, s’ils restent au-dessous de nous. De nos vices nous nous faisons une échelle, si nous les foulons eux-mêmes aux pieds. Car la malice ne monte pas au ciel avec l’auteur du bien, ni la passion déréglée et la vie sensuelle avec le Fils de la Vierge. Les vices, dis-je, ne montent pas après l’auteur des vertus ; les péchés après le juste ; les infirmités et les maladies ne peuvent aller après le médecin. Si donc nous voulons entrer dans le royaume du médecin lui-même, guérissons d’abord nos blessures. Établissons et conservons en nous l’ordre qui doit exister entre les deux substances de notre être, afin que la partie inférieure ne fasse pas rouler dans l’enfer l’âme qui est, sans aucun doute, la plus noble portion de l’homme ; mais que cette substance plus glorieuse attire plutôt au ciel avec elle le corps sanctifié, par le secours de celui-là même qui vit et règne dans les siècles des siècles. Amen.

  • Ancienne octave de l’Ascension

    Mes bien-aimés, toutes les choses merveilleuses qu’a faites en ce monde le Seigneur Jésus-Christ, revêtu de notre faiblesse, nous sont salutaires. En introduisant dans les cieux la nature humaine, il a montré aux croyants que le ciel peut être ouvert ; et en l’élevant dans les cieux après l’avoir rendue victorieuse de la mort, il a fait voir aux vainqueurs où ils ont à le suivre. L’ascension du Seigneur a donc été la confirmation de la foi catholique. Par elle nous croyons fermement que nous obtiendrons plus tard pour nous-mêmes la faveur de ce miracle, dont un exemple nous fait déjà maintenant comprendre l’effet. Que chaque fidèle, après avoir déjà compris de si grandes choses, apprenne par ce qu’il sait avoir eu lieu, à espérer ce qui lui a été promis, et à considérer la bonté passée et présente de son Dieu comme le gage des biens futurs.

    Un corps formé de terre est donc placé au plus haut des cieux ; des ossements, renfermés peu auparavant dans l’étroite enceinte d’un sépulcre, sont transportés dans l’assemblée des Anges ; une nature mortelle pénètre dans le sein de l’immortalité ; c’est pourquoi le récit sacré des Actes des Apôtres l’atteste : « Quand il eut dit ces choses, eux le voyant, il s’éleva. » En entendant qu’il fut élevé, comprends l’empressement de la milice céleste ; par ce texte, la solennité de ce jour nous a découvert les mystères de l’homme et de Dieu. Sous une seule et même personne, reconnais, en celui qui élève, la divine puissance ; en celui qui est élevé, la substance humaine.

    Aussi faut-il détester en tous points le poison de cette erreur de l’Orient, qui, par une nouveauté impie, ose affirmer que le Fils de Dieu et le fils de l’homme sont d’une même nature. Il y a là un double mensonge : prétendre que le Christ n’a été qu’un homme, c’est nier la gloire du Créateur ; dire qu’il a été Dieu seulement, c’est nier la miséricorde du Rédempteur. Aussi n’est-il pas facile à un Arien de comprendre la vérité de l’Évangile, où nous lisons tantôt que le Fils de Dieu est égal à son Père, et tantôt qu’il lui est inférieur. En effet, celui qui, par suite d’une persuasion mortelle, aura cru que notre Sauveur n’a qu’une seule nature, sera forcé de dire que celui qui a été crucifié était seulement Dieu ou seulement homme. Mais il n’en est pas ainsi. Car s’il eût été Dieu seulement, le Christ n’aurait pu souffrir la mort ; et s’il n’eût été qu’homme, il n’aurait pu la vaincre.

    Saint Augustin

  • Mercredi dans l’ex-octave de l’Ascension

    Le Prophète David ajoute à la solennité de ce jour, déjà si solennel par lui-même, en unissant dans les Psaumes, sa joie à la nôtre. Ce grand Prophète, s’élevant au-dessus de lui-même, comme s’il n’était nullement accablé par le poids de son corps, se transporte auprès des puissances célestes, et nous rapporte les paroles qu’en accompagnant le Seigneur rentrant au ciel, ces puissances adressent aux Anges qui demeurent sur la terre et auxquels ceux qui entrent dans la vie humaine ont été confiés, leur donnant ce commandement : « Élevez vos portes, ô princes ; et vous, élevez-vous, portes éternelles, et le Roi de gloire entrera »

    Et parce que Dieu qui renferme toutes choses en lui-même, s’accommode, partout où il se trouve, à la capacité de celui qui le reçoit (car non seulement il se fait homme avec les hommes, mais lorsqu’il est avec les Anges, il s’abaisse jusqu’à leur manière de converser) ; les portiers du ciel font donc cette question : « Quel est ce Roi de gloire ? » ? Les autres Anges répondent et disent qu’il est fort et puissant dans le combat, lui qui devait combattre l’ennemi qui tenait la nature humaine captive dans son esclavage, et renverser celui qui avait l’empire de la mort, de façon qu’après avoir vaincu cet ennemi terrible, il pût affranchir le genre humain afin de lui donner la liberté et la paix.

    Les gardiens du ciel courent à sa rencontre et font ouvrir les portes, afin qu’il rentre en possession de sa gloire ancienne. Mais ils ne reconnaissent point ce Dieu qui a revêtu la robe abjecte de notre vie et dont les vêtements sont rouges, pour avoir passé par le pressoir des maux de l’humanité. C’est pourquoi ils interrogent de nouveau ceux qui l’accompagnent par ces paroles : « Quel est ce Roi de gloire ? » Or, on ne répond plus : « C’est le Seigneur fort et puissant dans le combat », mais : « C’est le Seigneur dès puissances » qui a obtenu la principauté du monde, qui a tout réuni en lui-même comme en un abrégé, qui a rétabli toutes choses dans leur premier état : « c’est lui, le Roi de gloire ».

    Saint Grégoire de Nysse

    (Cette variation sur le psaume 23 fait allusion à la procession qui a lieu à Pâques, dans la liturgie byzantine, après la proclamation de la Résurrection. Celle-ci se fait dehors. Puis tout le monde retourne vers l’église. Mais la porte est fermée. Alors a lieu le dialogue entre le prêtre qui frappe à la porte et les portiers qui sont à l’intérieur. La troisième fois la porte s’ouvre et l’église qui était plongée dans l’obscurité s’illumine.)

  • Mardi dans l’ex-octave de l’Ascension

    Votre sainteté se rappelle que j’ai comparé le Sauveur à cet aigle des Psaumes, duquel nous lisons que sa jeunesse est renouvelée (psaume 102). Cette similitude a un sens fort étendu. En effet, comme l’aigle quitte ce qui est bas, recherche les hauteurs et monte jusque dans les régions voisines des cieux ; de même ainsi le Sauveur a quitté les profondeurs de l’enfer, a gagné les hauteurs du paradis, et a pénétré jusqu’au faîte des cieux. Et comme l’aigle, fuyant les souillures du sol terrestre, volant haut, jouit de la salubrité d’un air très pur ; ainsi pareillement le Seigneur, abandonnant la fange des pécheurs de la terre et volant dans ses saints, s’y réjouit en la simplicité d’une vie très pure.

    La comparaison de l’aigle convient donc en tous points au Sauveur. Mais que faisons-nous de ce que l’aigle s’empare fréquemment d’une proie, et enlève souvent le bien d’autrui ? En cela encore, le Sauveur ne diffère pas de l’aigle. Car il a pour ainsi dire ravi une proie, lorsqu’il a porté au ciel l’homme, dont il a pris la nature, qu’il a arraché au gouffre de l’enfer et qu’il a emmené captif au ciel, après avoir délivré de la servitude cet esclave d’une domination étrangère, c’est-à-dire de la puissance du démon, selon qu’il a été écrit par le Prophète : « Le Christ montant au ciel, a conduit la captivité captive ; il a donné des dons aux hommes » (psaume 67 selon la Septante et la liturgie de l’Ascension… et saint Paul).

    « Il est monté au ciel, dit-il, il a conduit la captivité captive. » Que ce Prophète décrit bien le triomphe du Seigneur ! C’était, dit-on, la coutume des rois dans leur triomphe de faire marcher devant leur char un cortège pompeux de captifs. Voici que la captivité glorieuse ne précède pas le Seigneur allant au ciel, mais l’accompagne ; elle n’est pas traînée devant son char, mais elle-même sert de char au Sauveur. Par un mystère merveilleux, alors que le Fils de Dieu éleva au ciel le fils de l’homme, la captivité elle-même y est portée et y porte tout à la fois.

    Saint Maxime

    NB. Avant le déclassement de l'octave par saint Pie X, elle primait même la fête de saint Yves patron secondaire de la Bretagne... (Cantique à saint Yves, antiennes de l’office, oraison, prière à saint Yves.)

  • Lundi de l’ex-octave de l’Ascension

    Le Christ montant au ciel, offrit à son Père les prémices de notre nature ; et son Père attacha du prix à cette offrande, parce que d’une part un être si digne la lui offrait, et que d’autre part ce qui lui était offert n’était souillé par aucune tache. Il reçut cette offrande de ses propres mains, il voulut la faire participer à son trône, et qui plus est, l’y placer à sa droite. Apprenons quel est celui qui s’est entendu adresser ces paroles : « Asseyez-vous à ma droite » ; apprenons quelle est la nature à laquelle Dieu a dit : « Entrez en participation de mon trône. » Cette nature est celle qui avait entendu ces autres paroles : « Tu es terre et tu retourneras en terre. »

    N’aurait-il pas suffi, en effet, à sa gloire, de pénétrer dans les cieux, d’y prendre rang parmi les Anges ? Mais non, elle a traversé les cieux ; elle est montée au-dessus des Chérubins, elle s’est élevée plus haut que les Séraphins ; elle ne s’est pas arrêtée avant d’avoir atteint le trône du Seigneur. Considérez par quel espace immense le ciel est séparé de la terre, combien à plus forte raison la terre est éloignée des enfers, combien le ciel lui-même est séparé du ciel plus élevé, quelle distance il y a de ce ciel plus élevé jusqu’aux Anges, et aussi jusqu’aux Puissances supérieures et jusqu’au trône même du Seigneur. Notre nature a été élevée au-dessus de tout cela, de façon que l’homme, qui était tenu dans un lieu si bas qu’il ne pouvait descendre davantage, s’est vu élever à une place si haute qu’il ne pouvait monter au delà.

    Montrant ces vérités, saint Paul disait : « Celui qui est descendu, c’est celui-là même qui est monté. » Et encore : « Il est descendu dans les parties inférieures de la terre, et il est monté au-dessus de tous les cieux. » Apprenez donc qui est monté de la sorte et quelle est la nature qui a été élevée. Je m’arrête volontiers sur ce point, afin qu’en nous rappelant la bassesse de la nature humaine, nous apprenions à connaître avec la plus profonde admiration la divine clémence, qui a donné généreusement à notre nature le plus haut degré d’honneur et une si grande gloire ; car c’est la nature humaine qui a mérité d’être placée aujourd’hui au-dessus de toutes choses. Aujourd’hui, les Anges et les Archanges ont vu notre nature sur le trône du Seigneur, resplendissant d’une gloire immortelle.

    Saint Jean Chrysostome

  • Dimanche après l’Ascension

    Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus annonce la venue du Saint Esprit, à la Pentecôte, dimanche prochain :

    « Lorsque le Paraclet que je vous enverrai de la part du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, sera venu, il rendra témoignage de moi. »

    Aujourd’hui il est évident pour tout le monde (en dehors des musulmans et des tordus) que Jésus indique ici clairement la divinité du Saint-Esprit.

    Il n’en était pourtant pas ainsi au cours des premiers siècles, et ce n’est pas la crise arienne qui allait arranger les choses. Le Credo de Nicée disait seulement : « Et au Saint-Esprit », sans rien préciser. Il faudra tout le génie de saint Grégoire de Nazianze et de saint Basile pour en arriver à la formulation du dogme. Basile va écrire le traité décisif sur le Saint-Esprit, tandis que Grégoire, par l’écrit mais aussi et d’abord en tant qu’évêque, va se battre pour faire reconnaître explicitement la divinité du Saint-Esprit. Or Grégoire va présider le concile de Constantinople, puisqu’il est évêque de Constantinople. Et c’est donc sous son impulsion, et grâce au travail de son ami Basile (qui vient de mourir) que le concile de Constantinople adopte la formulation : « Nous croyons au Saint-Esprit, Seigneur et vivifiant, qui procède du Père, doit être adoré et glorifié avec le Père et le Fils, qui a parlé par les saints prophètes. »

    « Qui procède du Père », ce sont les mots mêmes de Jésus en grec : « ho para tou patros ekporeuetai ». En fait, le verbe grec dit seulement « venir (hors) de ». La plupart des traductions françaises des Evangiles disent « vient » ou « provient ». Mais le latin a « procedit », et c’est ce mot qui définira théologiquement la « procession » du Saint-Esprit. Il conviendrait donc de respecter l’histoire de cette phrase, la tradition qui y est attachée et qui est de la plus haute importance, et donc de traduire « qui procède du Père », afin de montrer qu’il s’agit bien de l’expression du Credo, de notre foi.

  • (Ex-)samedi dans l’octave de l’Ascension

    Les bienheureux Apôtres eux-mêmes, confirmés par tant de miracles, instruits par tant de discours, s’étaient laissés effrayer par l’atrocité de la passion du Seigneur. Ils n’avaient pas accepté sans hésitation la vérité de sa résurrection ; mais l’ascension du Seigneur leur fut si profitable, que tout ce qui naguère les remplissait de terreur, devint leur joie. Toute la force du regard de leur âme s’était élevée vers la divinité de celui qui est assis à la droite du Père ; la vue de son corps ne détournait plus l’attention de leur intelligence de la considération de ce mystère, qu’en descendant des cieux le Christ ne s’était pas séparé de son Père, pas plus qu’en y remontant il ne s’était séparé de ses disciples. Ainsi mes bien aimés, le Fils de l’homme s’est montré Fils de Dieu d’une manière plus haute et plus mystérieuse, alors qu’il est entré dans la gloire de la majesté paternelle ; et il a commencé, d’une façon ineffable, à être plus présent par sa divinité au moment où il s’éloignait davantage par son humanité. C’est alors que la foi mieux instruite apprit à s’élever par une ascension spirituelle jusqu’au Fils de Dieu égal au Père, et à ne plus avoir besoin de toucher dans le Christ cette substance corporelle en laquelle il est moins grand que le Père. En effet, la substance de ce corps glorifié demeurant la même, c’est là que la foi des croyants a été appelée, là où le Fils unique égal à son Père peut être atteint, non plus par une main de chair, mais par l’intelligence spirituelle. C’est pourquoi le Seigneur, après sa résurrection, lorsque Marie-Madeleine qui représentait l’Église, se hâtait de s’approcher pour le toucher, lui dit : « Ne me touche pas ; car je ne suis pas monté vers mon Père » : comme s’il eût dit : Je ne veux plus que vous cherchiez ma présence corporelle, je ne veux plus me faire reconnaître par les sens charnels. Par ces délais, je vous appelle plus haut, je vous prépare des dons plus grands. Lorsque je serai monté vers mon Père, c’est alors que vous me toucherez d’une manière plus parfaite et plus vraie, devant saisir ce que vous ne touchez pas, devant croire ce que vous ne voyez pas.

    Saint Léon le Grand

  • (Ex-)vendredi dans l’octave de l’Ascension

    Dans son Guide de l’Année liturgique, paru en 1923, dom Pius Parsch écrivait :

    La fête de l’Ascension ayant une Octave de troisième ordre (un peu comme Noël), cette Octave doit céder la place à toute fête double. On doit alors prendre la messe et l’office de cette fête. Cela est d’autant plus regrettable que l’office de l’Octave est très beau. Il est peu de fêtes qui contiennent d’aussi belles lectures des Pères. Les lecteurs qui ne sont pas tenus à l’Ordo peuvent, pendant toute l’Octave, réciter l’office de l’Ascension.

    Dom Pius Parsch est mort en 1954. L’année suivante, Pie XII supprimait l’octave de l’Ascension, et les jours qui vont de l’Ascension à la vigile de la Pentecôte devenaient « des féries du temps pascal ».

    Mais il restait encore en ces jours la messe de l’Ascension, et divers éléments de l’office de l’Ascension, quand on disait la férie, mais on célébrait le plus souvent une fête de saint (cette année dans le calendrier de 1960 il y en a une chaque jour de l’ancienne octave). Depuis la révolution liturgique, tous ces jours sont des féries, sans lien avec l’Ascension, et cette année sans la moindre fête de saint, puisque de toute façon la plupart ont disparu.

    Et certains n’hésitent pas à faire de Dom Pius Parsch un prophète de la révolution liturgique d’après Vatican II. Sur Wikipedia il est même carrément « un grand artisan de la réforme liturgique du concile Vatican II ». Lui qui n’imaginait même pas qu’on pût supprimer l’octave de l’Ascension et qui regrettait si fort que saint Pie X l’ait déclassée…

    Bref, je suis d’autant plus enclin à suivre le conseil de dom Parsch adressé à ceux qui ne sont pas tenus à l’Ordo que mon bréviaire date d’avant la suppression de l’octave et que c’est donc plus facile…

    Et puis je n’arrive pas à passer ainsi brutalement d’une des plus grandes fêtes de l’année à une « férie », et saint Jean Baptiste de la Salle, dont c’est la fête aujourd’hui, passe pour moi au second plan.

    Il y a en effet les lectures du bréviaire, dont parle dom Pius Parsch, qu’on pourra trouver chaque jour, en latin et en français, sur Introibo. Et il y a aussi (sur les mêmes pages) les abondants commentaires quotidiens du même dom Pius Parsch, et de dom Guéranger, ainsi que les aperçus que donne ce dernier sur les autres liturgies.

    Ainsi aujourd’hui cette hymne de la liturgie arménienne :

    Les Puissances du ciel ont été émues en vous voyant monter, ô Christ ! Elles se disaient l’une à l’autre dans leur tremblement : « Quel est ce Roi de gloire ? »

    — C’est le Dieu Verbe incarné, qui a anéanti le péché sur la croix, et qui, s’étant envolé avec gloire, vient au ciel, Seigneur qu’il est, dans sa force et sa vertu.

    — C’est celui qui s’est levé du sépulcre et a détruit la mort ; aujourd’hui il monte avec gloire, et vient au Père : il est le Seigneur puissant dans les combats.

    — C’est lui qui, par un pouvoir divin, est monté aujourd’hui sur le char de son Père, servi par les chœurs des Anges, qui chantaient et s’écriaient : « Princes, ouvrez vos portes, et le Roi de gloire entrera. »

    Les Puissances célestes étaient dans l’étonnement, et se demandaient d’une voix tremblante : « Quel est ce Roi de gloire qui vient dans la chair et revêtu d’un si merveilleux pouvoir ? Princes, ouvrez vos portes, et le Roi de gloire entrera. »

    Les Hiérarchies supérieures faisaient entendre un concert harmonieux ; elles chantaient un cantique nouveau, et disaient : « C’est le Roi de gloire, le sauveur du monde et le libérateur du genre humain. Princes, ouvrez vos portes, et le Roi de gloire entrera. »

    Et nous, qui avons été entés sur toi par la ressemblance de ta mort, ô Fils de Dieu, rends-nous dignes d’obtenir aussi cette autre ressemblance, ô Roi de gloire ! Toutes les Églises des saints célèbrent ton triomphe par des cantiques spirituels.

    Tu as crucifié avec toi le vieil homme, tu as brisé l’aiguillon du péché, tu nous as délivrés par ce bois vivifiant auquel tu fus attaché, et les gouttes de ton sang ont enivré le monde : toutes les Églises des saints célèbrent ton triomphe par des cantiques spirituels.

    Dans ta compassion pour nous, ta nature divine a daigné s’incarner, et tu nous as fait participer à ton corps et à ton sang dans le Sacrifice d’agréable odeur que tu as offert à ton Père, en lui immolant ton corps, emprunté à notre nature. Ensuite tu es monté sur un nuage éclatant, à la vue des Puissances et des Principautés qui, dans leur admiration, se demandaient : « Quel est celui qui arrive d’Édom d’un pas si rapide ? » Et les membres de ton Église ont appris à connaître les ressources de ton infinie sagesse. Que toutes les Églises des saints célèbrent ton triomphe par des cantiques spirituels.

  • Ascension

    Lorsque tu fus arrivé, ô Christ, sur le mont des Oliviers, afin d’accomplir la volonté du Père, les Anges célestes furent dans l’étonnement, et les esprits infernaux frémirent. Les disciples éprouvaient un sentiment de bonheur mêlé de crainte, tandis que tu leur parlais. En face, à l’Orient, un nuage apparaissait semblable à un trône prépare ; le ciel dont les portes étaient ouvertes se montrait dans toute sa beauté ; et la terre allait apprendre comment Adam, après sa chute, pourra remonter encore. Mais tout à coup tes pieds s’élèvent dans les airs, comme si une main les soutenait, ô Christ ! Ta bouche répète des bénédictions aussi longtemps que ses accents se font entendre ; le nuage te reçoit, et bientôt le ciel lui-même. Telle est l’œuvre sublime que tu as opérée, Seigneur, pour accomplir le salut de nos âmes.

    La nature d’Adam qui était tombée jusque dans les profondeurs de la terre, cette nature que tu as renouvelée, ô Dieu, tu l’élevés aujourd’hui avec toi au-dessus des Principautés et des Puissances. Dans ton amour pour elle, tu l’établis là même où tu résides ; dans ta compassion, tu te l’étais unie, tu avais souffert en elle, toi qui es impassible : et à cause de ses souffrances que tu as partagées, tu l’associes aujourd’hui à ta gloire. Les esprits célestes se sont écriés : « Quel est cet homme éclatant de beauté, et qui n’est pas seulement un homme, mais un Dieu-homme, ayant les deux natures ? » Cependant, d’autres Anges au vol rapide et vêtus de longues tuniques, descendaient vers les disciples et leur disaient : « Hommes de Galilée, Jésus, homme-Dieu, qui vient de vous quitter, reviendra Dieu-homme, pour juger les vivants et les morts, et pour faire part à ceux qui croient en lui du pardon et de sa grande miséricorde. »

    Lorsque tu fus enlevé dans la gloire aux regards de tes disciples, ô Christ Dieu, un nuage reçut ton humanité, les portes du ciel s’élevèrent, le chœur des Anges tressaillit d’allégresse et les Vertus célestes criaient avec transport : « Princes, élevez vos portes, et le Roi de gloire entrera. » Cependant, tes disciples dans la stupeur disaient : « Ne vous séparez pas de nous, ô bon Pasteur, mais envoyez-nous votre Esprit très saint, pour diriger et affermir nos âmes. »

    Liturgie byzantine, vêpres

  • Vigile de l’Ascension

    L’évangile de ce jour est le début du chapitre 17 de saint Jean que l’on appelle à juste titre la « prière sacerdotale ». On pourrait aussi l’appeler la « prière liturgique ». Car elle est intemporelle comme l’est le Saint Sacrifice qui se déroule hic et nunc et qui pourtant nous met en présence de la Cène et du Calvaire, de la Résurrection et de la glorification du Christ.

    Jésus parle à son Père avant la Passion mais il suppose la rédemption accomplie : il parle au passé de son séjour sur la terre, et souligne qu’il n’est plus dans le monde alors qu’il est en compagnie de ses apôtres.

    En cette vigile de l’Ascension, les mots de Jésus se rapportent directement à ce mystère, et c’est bien du mystère de la glorification de Jésus dont nous parle l’Ascension : quand, en Jésus, la nature humaine s’élève au-dessus de toute la création, au-dessus des anges, pour s’asseoir auprès du Père.

    Alors tout est accompli, et Jésus retrouve la gloire qu’il avait avant que le monde fût et dont il s’était dépouillé en se faisant homme, gloire dont il revêt les hommes qui seront en lui, fils dans le Fils.

    « Avant que le monde fût », c’est-à-dire au Principe : la fin de l’évangile du Christ vivant parmi les hommes renvoie au début de l’évangile du Christ dans la Trinité du Principe, et l’on trouve le même mot qu’on a tant de mal à traduire : apud, en latin, traduisant le grec pros. La gloire que j’avais « apud te » ; le Verbe était « apud Deum ». Auprès de ? Ce n’est pas suffisant. Le mot grec veut d’abord dire vers, ce qui est intéressant mais n’est pas suffisant non plus. J’aime bien prendre simplement le sens le plus courant du latin « apud », à savoir « chez » : il est chez Dieu, il est chez lui. Et nous aussi si nous sommes sauvés nous sommes chez lui, chez Dieu.

  • Saints Nérée, Achille, Domitille et Pancrace

    Fin de l’homélie de saint Grégoire le Grand, en la basilique des saints Nérée et Achille, le 12 mai 592 :

    Voyez comme il s’enfuit, ce monde qu’on aime! Ces saints auprès de la tombe desquels nous sommes assemblés ont foulé aux pieds avec mépris un monde florissant. On y jouissait d’une longue vie, d’une santé continuelle, de l’abondance matérielle, de la fécondité dans les familles, de la tranquillité dans une paix bien établie. Et ce monde qui était encore si florissant en lui-même était pourtant déjà flétri dans leur cœur. Alors que tout flétri qu’il soit maintenant en lui-même, il demeure toutefois florissant dans nos cœurs. Partout la mort, partout le deuil, partout la désolation; de tous côtés nous sommes frappés, de tous côtés nous sommes abreuvés d’amertumes; et cependant, dans l’aveuglement de notre esprit, nous aimons jusqu’aux amertumes goûtées dans la concupiscence de la chair, nous poursuivons ce qui s’enfuit, nous nous attachons à ce qui tombe. Et comme nous ne pouvons retenir ce qui tombe, nous tombons avec ce que nous tenons embrassé dans son écroulement.

    Si le monde nous a autrefois captivés par l’attrait de ses plaisirs, c’est désormais lui qui nous renvoie à Dieu, maintenant qu’il est rempli de si grands fléaux. Songez bien que ce qui court dans le temps ne compte pas. Car la fin des biens transitoires nous montre assez que ce qui peut passer n’est rien. L’écroulement des choses passagères nous fait voir qu’elles n’étaient presque rien, même quand elles nous semblaient tenir ferme. Avec quelle attention, frères très chers, nous faut-il donc considérer tout cela! Fixez votre cœur dans l’amour de l’éternité; et sans plus chercher à atteindre les grandeurs de la terre, efforcez-vous de parvenir à cette gloire dont votre foi vous donne l’assurance, par Jésus-Christ Notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec le Père dans l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.

  • Saint Philippe et saint Jacques

    Saint Jacques est présent dans la liturgie de ce jour par le début de son épître, qu’on lit de nouveau aux matines (comme au 4e dimanche). Saint Philippe est présent dans l’évangile, et par les antiennes des heures, qui en sont tirées. La première antienne est la demande de Philippe à Jésus de lui montrer le Père. Les autres sont la réponse de Jésus, sauf la quatrième qui est la réponse préalable à Thomas, entraînant la question de Philippe.

    Domine, ostende nobis Patrem, et sufficit nobis, alleluia.

    Seigneur, montre-nous le Père, et il nous suffit, alléluia.

    Philippe, qui videt me, videt et Patrem meum, alleluia.

    Philippe, qui me voit, voit aussi mon Père, alléluia.

    Tanto tempore vobiscum sum, et non cognovistis me? Philippe, qui videt me, videt et Patrem meum, alleluia.

    Il y a si longtemps que je suis avec vous, et vous ne me connaissez pas ? Philippe, qui me voit, voit, aussi mon Père, alléluia.

    Si cognovissetis me, et Patrem meum utique cognovissetis, et amodo cognoscetis eum, et vidistis eum, alleluia, alleluia, alleluia.

    Si vous m’eussiez connu, vous auriez donc connu mon Père ; mais bientôt vous le connaîtrez, et vous l’avez déjà vu, alléluia, alléluia, alléluia.

    Si diligitis me, mandata mea servate, alleluia, alleluia, alleluia.

    Si vous m’aimez, gardez mes commandements, alléluia, alléluia, alléluia.

    Ce lundi est aussi le premier jour des Rogations. On constate que la liturgie des deux apôtres, qui prime, n’est pas étrangère aux Rogations, puisque ce qui est central dans l’évangile est une demande de Philippe, et qu’à la fin de l’évangile Jésus dit à ses apôtres :

    Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai.

    En outre, l’antienne du Magnificat, prise d’un autre chapitre de saint Jean, du discours sur la vigne, est sur le même thème :

    Si manseritis in me et verba mea in vobis manserint, quodcumque petieritis, fiet vobis, alleluia, alleluia, alleluia.

    Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, tout ce que vous demanderez il vous sera fait, alléluia, alléluia, alléluia.

  • Cinquième dimanche après Pâques

    Allelúia. Exívi a Patre, et veni in mundum : íterum relínquo mundum, et vado ad Patrem. Allelúia.

    Allelúia. Je suis sorti du Père, et je suis venu dans le monde ; je quitte de nouveau le monde, et je vais auprès du Père. Alléluia.

    (…) Notre Seigneur parlait de lui-même en disant qu’il était venu du Père et qu’il retournait au Père mais il ne le disait pas sans penser à ses membres qui ne font qu’un avec lui. Eux aussi viennent de Dieu en ce sens qu’ils ont été de toute éternité portés dans la pensée divine et prédestinés à vivre la vie du Christ à telle époque, dans telle contrée ; et, leur vie achevée, ils quittent le monde et vont vers le Père pour leur éternelle béatitude. Nous pouvons donc, tout en les mettant sur les lèvres du Christ, faire nôtres ces paroles et chanter sur elles le cycle de notre vie errante.

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    podcast

    La mélodie est faite d’un seul motif qui va du ré au sol et du sol au ré, presque toujours par degrés conjoints. Ce motif revêt deux formes.

    A travers ces montées et ces descentes, légères, fluides, toujours les mêmes et sans cesse répétées (15 fois dans l’ensemble de l’Alléluia et du verset) la voix du Christ nous vient comme de très haut, planant au-dessus du temps, au-dessus des événements, au-dessus de ses disciples, au-dessus de la peine qu’ils ont de le voir partir, au-dessus de nos désirs trop humains à nous aussi, qui voudrions tant qu’il fût là avec son corps de chair. Et elle chante la seule chose qui importe : le mouvement dans lequel tout être doit avoir son mouvement s’il veut atteindre sa fin : venir du Père, aller au Père. Et pour la chanter, elle a l’expression de ce qui dure : de la joie qui a sa plénitude. C’est une voix de contemplation, la voix de quelqu’un qui est fixé sur son objet, sur son bien ; la voix du Christ ressuscité qui juge tout dans sa sagesse infinie, du Christ heureux dans la volonté du Père qui l’a envoyé et qui le rappelle.

    Dom Ludovic Baron

    (Chant par les moniales de Jouques)

  • Saint Grégoire de Nazianze

    Je crois à cette parole de nos sages, que toute âme pure et pieuse, lorsqu’elle a rompu pour s’éloigner d’ici les liens qui la retiennent au corps, mise aussitôt en possession et en présence du bien qui lui est réservé, soit qu’elle se purifie ou qu’elle se dégage des ténèbres qui l’aveuglaient, ou quelque soit enfin cette délivrance, est inondée d’une ineffable allégresse, s’avance fière et joyeuse vers son Seigneur, et, s’échappant de cette vie terrestre comme d’une prison odieuse, secouant les entraves qui enchaînaient ses ailes, goûte cette pure félicité que son imagination seule avait connue. Bientôt elle reprend cette chair sa compagne, avec laquelle elle méditait jadis sur les choses d’en haut (comment se fera cette réunion, c’est ce que sait le Dieu qui a fait et rompu leur première alliance) ; elle associe à la gloire céleste ce corps que la terre lui avait donné et dont elle avait confié le dépôt à la terre : de même que pendant leur première union elle a participé aux souffrances de la chair, elle fait participer la chair à son bonheur, elle se l’assimile tout entière, elle ne fait qu’un avec elle, esprit, intelligence, Dieu même, parce que la vie absorbe la substance mortelle et périssable. Écoutez donc ce que nous dit le divin Ézéchiel sur la réunion des os et des nerfs, ce que dit après lui le divin Paul sur cette maison de terre et sur cette habitation qui n’est point faite de main d’homme, l’une qui doit se dissoudre, l’autre qui est réservée dans les cieux ; il affirme que l’âme qui s’éloigne du corps entreprend un voyage vers le Seigneur, il déplore cette vie commune avec le corps comme un exil, et il aspire avec ardeur au moment de la séparation. Mais pourquoi m’arrêter à ces vaines espérances ? Pourquoi m’attacher au temps ? J’attends la voix de l’archange, la trompette dernière, la transformation du ciel, la métamorphose de la terre, l’affranchissement des éléments, le renouvellement du monde entier. Alors je verrai Césaire lui-même, non plus exilé de sa patrie, ni porté dans ce cercueil, au milieu des regrets et des larmes, mais rayonnant, glorieux, assis au haut des cieux, tel que tu t’es présenté souvent à moi dans mes songes, ô le plus aimé et le plus tendre des frères, soit que je te visse réellement ou qu’un vif désir de te revoir m’apportât cette illusion.

    Mais, laissant de côté les regrets, je tournerai mes regards sur moi-même ; je chercherai si, sans le savoir, je ne porte rien en moi qui mérite mes larmes. Fils des hommes, car c’est à vous que j’arrive, « jusqu’à quand aurez-vous le cœur appesanti et l’intelligence épaisse ? Pourquoi aimez-vous la vanité et recherchez-vous le mensonge ? » pourquoi vous figurez-vous que cette vie terrestre a du prix, que ces jours si courts ont de la durée, et vous détournez-vous de cette séparation si douce et si désirable comme d’un objet plein d’épouvante et d’horreur ? Ne saurons-nous pas nous connaître ? Ne rejetterons-nous pas ce qui paraît à nos sens ? ne regarderons-nous pas ce qui brille à notre intelligence ? Et, s’il faut nous affliger, ne pleurerons-nous pas sur cet exil qui se prolonge (comme le divin David, qui appelle ce monde une maison de ténèbres, un lieu de douleur, une vase épaisse et l’ombre de la mort), sur cet exil durant lequel nous restons enfermés dans ces tombeaux que nous portons avec nous, et nous mourons de la mort du péché, nous qui sommes formés d’une substance divine ? Voilà la crainte qui m’épouvante, qui m’assiège le jour et la nuit ; la pensée de la gloire future et du tribunal céleste ne me permet pas de respirer ; je désire l’une au point de pouvoir m’écrier aussi : « Mon âme est tombée en défaillance dans l’attente de ton secours salutaire ; » l’autre me fait frissonner et me remplit de terreur. Je ne crains pas que ce corps, tombant en dissolution et en poussière, soit entièrement anéanti, mais que la glorieuse créature de Dieu (glorieuse quand elle suit le droit chemin, infâme quand elle s’égare), dans laquelle résident la raison, la loi, l’espérance, soit condamnée à la même ignominie que les bêtes, au même néant après le trépas ; et puisse cette punition être celle des méchants dignes du feu de l’enfer !

    Ah ! puissé-je mortifier les membres de l’homme terrestre ! Puissé-je absorber tout en l’esprit, et marcher dans cette voie étroite où peu s’engagent, et non dans la voie large et facile ! car les récompenses sont glorieuses et grandes, et l’espérance est au-dessus de notre mérite. Qu’est-ce que l’homme, pour que tu te souviennes de lui ? Quel est ce nouveau mystère en moi ? Je suis petit et grand, humble et élevé, mortel et immortel, terrestre et céleste à la fois. De ces attributs, les uns me sont communs avec ce bas monde, les autres avec Dieu ; les uns avec la chair, les autres avec l’esprit. Il faut que je sois enseveli avec le Christ, que je ressuscite avec le Christ, que je sois héritier avec le Christ, que je devienne fils de Dieu, Dieu même. Voyez jusqu’où dans sa marche nous a élevés ce discours. Peu s’en faut que je ne rende grâce au malheur qui m’a inspiré ces réflexions et qui m’a fait désirer plus ardemment de quitter cette terre. C’est là ce que nous apprend ce grand mystère ; c’est là ce que nous enseigne un Dieu qui s’est fait homme et pauvre pour nous, afin de relever la chair ; de sauver son image, de renouveler l’homme, pour que nous ne soyons tous qu’un en Jésus-Christ, qui a été tout en nous avec la perfection qu’il possède, pour qu’il n’y ait plus parmi nous ni homme, ni femme, ni barbare, ni scythe, ni esclave, ni libre, car ce sont là les distinctions de la chair, mais que nous portions seul en nous le caractère divin par qui et pour qui nous sommes nés, et que sa forme et son empreinte suffisent pour nous faire reconnaître.

    Extrait de l’éloge funèbre de Césaire, traduction Edouard Sommer

  • In toto corde meo

    . In toto corde meo, alleluia, exquisivi te, alleluia: * Ne repellas me a mandatis tuis, alleluia, alleluia.
    . Benedictus es tu, Domine, doce me justificationes tuas.
    . Ne repellas me a mandatis tuis, alleluia, alleluia.

    Je vous ai recherché, alléluia, de tout mon cœur, alléluia. Ne me repoussez pas de vos commandements, alléluia, alléluia. Vous êtes béni, Seigneur, enseignez-moi vos justifications.

    Répons des matines, constitué des versets 10 et 12 du psaume 118, avec les alléluias de Pâques. Curieusement, tous les manuscrits qu’on trouve sur internet ont un autre verset : « Vide humilitatem meam et eripe me quia legem tuam non sum oblitus » (le verset 153 du même psaume 118).

    « Je vous ai cherché de tout mon cœur », dit-il à Dieu, « ne me repoussez point de votre loi ». Le voilà qui implore du secours pour garder les paroles de Dieu. Tel est en effet le sens de cette parole « Ne me rejetez point de vos préceptes ». Etre rejeté de Dieu, qu’est-ce à dire, sinon ne recevoir de lui aucun secours? La loi de Dieu si juste, si relevée, est trop disproportionnée à la faiblesse humaine, pour que nous l’observions, si Dieu dans sa bonté ne nous prévenait de son aide. Et ne point nous aider, c’est réellement nous repousser, c’est l’épée de flammes qui empêche l’homme devenu indigne de toucher à l’arbre de vie. Mais qui est digne d’être aidé, depuis que par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort qui a passé en tous les hommes par ce seul homme en qui tous ont péché ? Or, cette misère qui nous est due, est guérie par la miséricorde que Dieu ne nous doit point. Car notre interlocuteur qui nous dit ici : « Je vous ai cherché de tout mon « cœur » ; comment le pourrait-il, si Dieu lui-même ne l’avait appelé à lui, quand il se détournait; lui à qui le Prophète a dit: « Convertissez-nous, Seigneur, et donnez-nous la vie »; s’il ne cherchait lui-même celui qui est perdu, s’il ne rappelait celui qui s’égare, lui qui a dit: « Je rechercherai ce qui était perdu, «je rappellerai dans la voie ce qui était égaré ».

    C’est ainsi que notre interlocuteur redresse ses voies en gardant la parole de Dieu, sous la direction et sous l’action de Dieu ; ce qu’il ne pourrait faire de lui-même; aussi Jérémie nous fait-il cet aveu : « Je sais, ô mon Dieu,  que la voie de l’homme n’est point à lui, et que par lui-même il ne saurait marcher ni diriger ses pas ». C’est là ce que demandait plus haut celui qui s’écriait : « Puissent mes voies se redresser » ; et ici encore quand il dit : « J’ai caché vos paroles dans mon cœur, afin de ne point pécher contre vous »; il se hâte d’implorer le secours divin, de peur qu’il n’eût caché inutilement cette parole divine dans son cœur, si elle ne produisait des œuvres de justice. Aussi, quand il ajoute : « Béni êtes-vous, Seigneur; enseignez-moi vos ordonnances »; enseignez-les moi, dit-il, comme les savent ceux qui les pratiquent, non ceux qui s’en souviennent simplement afin de pouvoir en parler. Déjà il avait dit en effet: « J’ai caché vos paroles dans mon cœur, afin de ne point pécher contre vous »; pourquoi veut-il encore apprendre ces mêmes paroles qu’il tient déjà cachées dans son cœur ? Ce qu’il n’aurait pu faire si déjà il ne les eût apprises. Pourquoi donc ajouter : « Enseignez-moi vos voies », sinon parce qu’il veut les apprendre en les accomplissant, et non les retenir dans sa mémoire ou en parler ? Comme donc il est dit dans un autre psaume : « Celui qui a donné la loi donnera aussi la bénédiction »; le Prophète nous dit ici : « Béni êtes-vous, Seigneur, enseignez-moi vos ordonnances». Puisque j’ai caché votre parole dans mon cœur afin de ne point pécher contre vous, vous m’avez donné la loi; donnez-moi aussi la bénédiction de la grâce, afin que j’apprenne en la pratiquant ce que vous m’avez commandé en m’instruisant.

    Saint Augustin

  • Bonum est confiteri Domino

    . Bonum est confitéri Dómino, alléluia, et psállere, allelúia.
    . In decachórdo psaltério, cum cántico et cíthara.
    . Et psállere, allelúia.

    Il est bon de louer le Seigneur, alléluia, et de lui chanter des psaumes, alléluia. Sur le psaltérion à dix cordes, avec un cantique sur la cithare. Et de lui chanter des psaumes, alléluia.

    Répons des matines, formé des versets de psaumes 81,1 et 91,4.

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    Codex du couvent des cordeliers, Fribourg, fin du XIIIe siècle.

  • Saint Vincent Ferrier

    Dans mon diocèse c’est la fête de saint Vincent Ferrier, qui passa en Bretagne les deux (et demie) dernières années de sa vie, à la demande instante et réitérée du duc Jean V qui avait dépêché des envoyés pour l’en supplier à Nancy, à Bourges, et à Tours – puisque le saint était toujours en mouvement.

    Il arriva à Vannes pour le quatrième dimanche de carême. « Il chanta la Messe & Prescha, non pas en la grande Eglise, parce qu'elle ne pouvoit pas comprendre la multitude du Peuple qui l'estoit venu oüir; mais sur un eschaffaut dressé en la place des Lices, devant le Château de l'Hermine, duquel les fenêtres, créneaux, tours & guerittes estoient remplis de Peuple, aussi-bien que les places & rues circonvoisines. Il continua à Prescher & dire Messe tous les jours en ce lieu jusqu'au Mardy de Pasques, qu'il prit congé du Duc, de l'Evesque & des Habitans de Vennes & se disposa d'aller prescher par les autres Villes & Paroisses de la Bretagne. » (Albert Le Grand). Il prêcha ainsi dans un grand nombre de villes et de bourgs. Pour Morlaix, Albert le Grand écrit : « Il demeura quinze jours en cette Ville & alloit ordinairement prescher au haut de la rue des Fontaines, lieu élevé par dessus la Ville, & le Peuple, pour l'ouïr, se rangeoit sur les douves et contre-escarpe du Château & au Parc au Duc, la Ville entre deux ; nonobstant laquelle distance, sa voix estant si miraculeusement portée aux oreilles de ses Auditeurs, lesquels l'entendoient aussi-bien que s'ils eussent esté assis au pied de sa Chaire. » En bref, Morlaix est au fond d’une vallée encaissée ; saint Vincent prêchait du haut de la vallée, et ses auditeurs étaient de l’autre côté, à une grande distance. Ce miracle, particulièrement spectaculaire à Morlaix (d’autant que le saint était alors très malade et faible), a été souvent constaté, il doublait cet autre miracle que saint Vincent ne s’exprimait que dans son dialecte valenciano et que tout le monde le comprenait, d’Italie en Allemagne et de Lorraine en Basse-Bretagne.

    De retour à Vannes, les religieux qui l’accompagnaient, voyant qu’il allait mourir, lui dirent qu’il devrait retourner dans son pays. « Mais luy, se souvenant de ce que Nostre Seigneur luy avoit dit, lors qu'il luy apparut en Avignon, qu'il devoit mourir preschant l'Evangile es contrées Occidentales, il jugea que c'estoit en ce pais où il devoit mourir. » Ses confrères lui ayant fait admettre que Valence est aussi en Occident, il se résolut à leur obéir. A minuit, pour éviter les foules, saint Vincent sur son pauvre âne et sa suite quittèrent Vannes. Au petit matin, toute la troupe, qui se croyait loin, se retrouva devant les remparts de la ville… « Lors le Glorieux Saint, se tournant vers ses Confrères, leur dist : Sus, mes Frères, retournons en ville, car cecy ne signifie autre chose, sinon que c'est la volonté de Dieu, que je meure en ce pays. »

    Il mourut peu après, et à son enterrement il y eut une foule gigantesque – « Vous eussiez dit que toute la Bretagne se fust rendue à Vennes » - et un déluge de miracles.

    Le duc Jean V demanda aux évêques de Bretagne de rassembler les témoignages sur Vincent, qui furent transmis au pape Eugène IV. Après le duc François Ier qui se montra moins fervent, le duc Pierre II relança le processus. Le pape était alors Nicolas V. Il fit mener une enquête dans les principaux lieux où était passé le prédicateur, et, en 1455, les conclusions étaient prêtes à être lues au consistoire lorsque le pape mourut. Les cardinaux élirent le cardinal Alphonse Borgia qui prit le nom de Calixte III et c’est lui qui canonisa Vincent Ferrier.

    Quelque 50 ans plus tôt, après un prêche de Vincent à Valence, un jeune et déjà célèbre avocat de la ville était allé le saluer et lui demander sa bénédiction. Vincent l’avait regardé et lui avait dit : « Sachez, mon fils, que le temps viendra que vous serez la gloire de votre famille et de votre patrie ; que vous serez élevé à la première dignité du monde ; et que, quand je ne serai plus dans cette vie mortelle, vous me ferez le plus grand honneur qu’on puisse recevoir dans l’Eglise de Dieu. Souvenez-vous de ce que je vous dis, afin que cela vous serve à vous exciter de plus en plus à la vertu. » Le jeune et brillant avocat était Alonso de Borja, qui deviendrait le cardinal Alfonso Borgia (par bulle de Martin V), et le premier pape de cette étonnante famille…

  • Sainte Monique

    Sainte Monique, n'y tenant plus, résolut d'aller rejoindre son fils. Elle arrive à Rome; mais elle ne l'y trouve plus. Il était déjà parti pour Milan. Elle repartit donc aussitôt, pleine de la même ardeur, et soutenue, à travers les fatigues de ce second voyage, par cette même foi indomptable qu'elle reverrait son fils et qu'elle le convertirait.

    A peine arrivée à Milan, elle alla trouver saint Ambroise qui la reçut avec une joie attendrie. Il ne pouvait se lasser de contempler cette mère, sur le visage de laquelle l'amour de Dieu et la tendresse pour un fils égaré avaient creusé de si vénérables sillons. Leurs rapports furent fréquents et intimes. Monique, qui avait appris de saint Ambroise à ne pas entrer en discussion avec son fils, et qui était décidée à abandonner à un homme si sage le soin de le sauver, continuait à prier, à se taire, et à verser au pied des saints autels ses larmes toutes-puissantes.

    Enfin Monique vit arriver le moment après lequel elle soupirait depuis si longtemps. Augustin, après dix-sept années de résistance, se rendit. Sainte Monique ne contenait plus sa joie; elle couvrait son fils de son regard heureux elle l'arrosait de ses larmes. Ô moment heureux, où une mère retrouve son enfant qu'elle croyait mort, ou qu'elle voyait mourir. Mais, ô moment plus heureux encore, où une mère chrétienne voit renaître dans l'âme de son fils la foi, la pureté, le courage, la vertu et où, chrétienne affligée des douleurs de l'Eglise, elle prévoit que ce fils dégénéré en va devenir la lumière, la gloire et le vengeur !

    Dès que les vacances furent ouvertes, sainte Monique amena Augustin à la campagne. C'est là que l'un et l'autre vinrent cacher leur joie et préparer leurs âmes au grand jour du saint baptême. Quelques amis s'étaient joints à eux. Sainte Monique était l'apôtre de ce petit cénacle. Tout son esprit, tout son génie, tout son cœur, toute sa foi, toutes les ardeurs de son zèle, toutes les industries de sa charité, elle les employait à seconder en eux l'action de Dieu. Sainte Monique assistait à toutes les conférences de son fils avec ses jeunes amis; elle y prenait quelquefois la parole, et comme Dieu donne à la pureté et à l'amour un singulier don de lumière, elle laissait tomber, au milieu des entretiens, des mots qu'Augustin faisait transcrire aussitôt sur ses tablettes, et que nous allons recueillir à notre tour pour achever de connaître par eux la mère du Platon chrétien.

    «L'âme n'a qu'un seul aliment, c'est de connaître et d'aimer la vérité». – «Celui qui désire le bien et le possède, est heureux. Mais s'il veut le mal, quand même il l'obtiendrait, combien il est malheureux.» – «Celui qui aime et possède des choses périssables ne peut jamais être heureux; fut-il même sûr de ne jamais les perdre, je l'estimerais encore malheureux, parce que tout ce qui est passager, est sans rapport avec l'âme de l'homme. Et plus il le recherchera, plus il sera misérable et indigent; car toutes les choses de la terre ne rendraient jamais une âme heureuse.»

    Après six mois passés dans cette intime et délicieuse vie de Cassiacum, sainte Monique et son fils retournèrent à Milan. Le moment du baptême étant arrivé, Augustin se rendit à l'église de Saint-Jean-Baptiste, accompagné de sa mère et de ses amis. Monique, vêtue de la robe blanche bordée de pourpre des veuves, enveloppée de longs voiles, s'efforçait en vain de cacher à tous les regards la joie qui inondait son âme. Un rayon de paix, de sécurité toute divine, apparaissait sur son front et achevait de donner à sa physionomie quelque chose de céleste. Ce qui avait grandi le plus en sainte Monique, c'était l'amour, car son amour pour Jésus Christ et son amour pour Augustin ne faisaient qu'un. Ils avaient crû ensemble. Elle avait déjà eu quelques extases dans la prière; mais depuis le baptême elles devinrent plus fréquentes. Quelquefois elle était si enivrée de son bonheur qu'elle demeurait un jour entier absorbée, sans parole, sans préoccupation de ce qui l'entourait, jouissant intérieurement et seule avec Dieu. D'autres fois, elle perdait jusqu'à l'usage de ses sens. Depuis la conversion de son fils, elle ne pensait plus qu'au ciel, et il était facile d'entrevoir qu'on ne la retiendrait pas longtemps ici-bas.

    Extrait de la vie de sainte Monique dans les Petits Bollandistes

  • Quatrième dimanche après Pâques

    La liturgie de ce dimanche est très proche de celle de dimanche dernier : l’évangile évoque la tristesse des apôtres, il y a une semaine parce que Jésus leur annonce son Ascension, aujourd’hui parce qu’il annonce la Pentecôte, quand il ne sera plus là. Or tout cela baigne dans les chants de la joie pascale, joie de la Résurrection qui est début et prémices des joies éternelles.

    La collecte, qui est une des plus belles de l’année par le rythme de son parallélisme final et de ses assonances, nous fait demander qu’au milieu des mundanas varietates, de tout ce qui change tout le temps en ce monde (dont parle aussi saint Jacques au début de l'épître), nos cœurs soient fixés là où sont les vraies joies :

    ibi nostra fixa sint corda
    ubi vera sunt gaudia.

    La joie s’installe dès l’introït : Cantate Domino canticum novum alleluia. Et l’on peut mettre deux points après canticum novum : ce chant nouveau que nous chantons au Seigneur, c’est « Alleluia ».

    Ce dimanche, la joie culmine dans l’offertoire. Avec un enthousiasme littéralement inouï, puisque, après avoir chanté la première phrase : Jubilate Deo universa terra, il la répète, n’ayant pas assez jubilé, et alors, sur ce mot « jubilate », se déploie une vocalise qui descend d’abord du do aigu au do grave, pour remonter ensuite par paliers, et en s'élargissant, du do grave au fa aigu, autrement dit sur une octave et demie, ce qui est unique. L’idée de joie, écrit dom Baron, « se développe en une acclamation splendide, ordonnée, mesurée et, en même temps, pénétrée d’une ardeur qui monte, s’enfle, éclate, enthousiaste comme le cri d’une foule qui chante son héros. C’est toute l’Eglise, toute la terre, qui s’excite elle-même à clamer son admiration, sa reconnaissance, son amour au Dieu si bon qui nous a donné son Fils et qui nous incorpore à lui pour être des fils nous-mêmes. »

    Cette vocalise conduit à cette curiosité, dans le Graduel d’Albi, que son sommet dépasse l’espace attribué à la notation du chant et a obligé le scribe à faire une hernie sur la ligne supérieure (cliquer sur l'image pour l'agrandir, bien sûr).

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    On remarquera aussi que ce manuscrit du XIe siècle donne un verset : Reddam tibi vota mea, qui comporte une autre vocalise, moins spectaculaire et plus contemplative, mais beaucoup plus longue, puisqu’elle occupe plus d’une ligne (ce qui fait deux lignes dans une édition moderne).

    On remerciera au passage la Bibliothèque nationale de France, non seulement de permettre de reproduire gratuitement le codex, mais de fournir en un clic la meilleure résolution de l’extrait voulu…

    Et l’on écoutera cet offertoire par les moines de Solesmes, qui ont magnifiquement architecturé la montée d’enthousiasme :
    podcast

  • Saint Athanase

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    Saint Athanase, église Saint-Athanase, Thessalonique

    Tu enduras les persécutions et supportas les périls, vénérable Athanase, divin prédicateur, jusqu'au moment où tu chassas l'erreur impie d'Arius; et tu sauvas l'Eglise de l'hérésie, bienheureux Pontife, en déclarant selon la vraie foi consubstantiels au Père le Fils et l'Esprit.

    Sous les éclairs de tes enseignements tu as illuminé ceux qui gisaient dans les ténèbres et chassé toute erreur, t'exposant aux périls pour la foi, Athanase, avec le courage d'un vrai Pasteur, tel une base inébranlable de l'Eglise du Christ; c'est pourquoi réunis en assemblée, nous te vénérons dans l'allégresse de nos chants.

    Tu pratiquas toute vertu avec persévérance, divinement inspiré; et consacré par l'onction de l'Esprit, aux yeux de tous tu devins un très-saint Pontife et un vrai Pasteur, un défenseur de la foi; aussi l'Eglise entière glorifie ta mémoire sacrée, en cette fête rendant gloire au Sauveur.

    Liturgie byzantine (lucernaire)

  • Solennité de saint Joseph

    Avant l’institution de la fête de saint Joseph artisan en 1955, dont la liturgie est d’une remarquable médiocrité, il y avait déjà, depuis 1847, une solennité de saint Joseph en cette période de l’année. Pie IX avait étendu à tout le rite latin la « fête du patronage de saint Joseph », célébrée le troisième dimanche après Pâques. Lors de la réforme de saint Pie X, elle devint « solennité de saint Joseph patron de l’Eglise universelle » et transférée au mercredi de la deuxième semaine après Pâques. Cette solennité était dotée d’une octave, et au jour octave on trouve comme lecture du troisième nocturne une homélie qui fait allusion à saint Joseph comme artisan. J’en donne ci-dessous la traduction du bréviaire latin-français de Labergerie. Cette homélie en quatre paragraphes dont la liturgie reprend les n. 2 et 3 est indiquée comme étant de saint Augustin, avec des références fantaisistes. Elle ne figure pas dans les éditions récentes de saint Augustin. La dernière phrase est vraiment superbe.

    N.B. – Selon la rubrique du bréviaire monastique, on dit aujourd’hui l’office de la solennité du mercredi de la deuxième semaine après Pâques, mais on peut dire le nouvel office de « la solennité de saint Joseph artisan, confesseur, époux de la Bienheureuse Marie Vierge », approuvé le 10 décembre… 1959. Je ne sais pas ce qu’il en est de l’office romain ni des rubriques du missel, mais il me paraîtrait fort convenable de conserver l’office et la messe de l’ancienne solennité…

    Ce jour est, en quelque sorte, un autre jour de naissance du Sauveur. Car sous les mêmes signes et avec les mêmes miracles que nous l’avons vu naître, nous le voyons maintenant baptisé, mais dans un plus grand mystère. Dieu dit en effet : Celui-ci est mon Fils bien aimé en qui je me suis complu. Plus éclatante est assurément la seconde naissance que la première. Car celle-là a mis au monde le Christ sans témoin et dans le silence ; celle-ci, dans le baptême du Seigneur, proclame sa divinité. Dans celle-là, Joseph qui passait pour le père se récuse ; dans celle-ci, celui qu’on ne croyait pas Père s’affirme comme tel. Dans celle-là, un doute pèse sur la Mère, parce que le père ne se déclarait pas ; ici la Mère est honorée, parce que la Divinité rend témoignage au Fils. Plus honorée, dis-je, est la seconde que la première naissance, puisque là le Dieu de majesté se donne comme Père, tandis qu’ici, c’est Joseph, simple artisan, qui passe pour le père. Et bien que, dans les deux cas, ce soit par l’Esprit Saint que le Seigneur est né et a été baptisé, plus honorable est celui qui se proclame du haut des cieux que celui qui travaille sur la terre.

    Joseph donc, artisan sur la terre, passait pour être le père du Seigneur et Sauveur ; mais il n’est pas tout à fait étranger au travail de l’artisan, le Dieu qui est vraiment le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ ; car lui-même aussi est artisan. Car il est artisan aussi, celui qui a fabriqué la machine de ce monde, avec une puissance non seulement admirable, mais encore ineffable ; qui, comme un sage architecte a élevé le ciel dans sa sublimité, a fondé la terre dans sa masse, et limité la mer par les cailloux de ses rivages. Il est bien artisan, celui qui, pour obtenir une certaine mesure, abaisse les exaltations de l’orgueil et élève les profondeurs de l’humilité. Il est artisan, celui qui, dans notre activité morale, retranche les œuvres superflues et ne conserve que l’utile. Il est artisan, celui dont Jean Baptiste nous montre la hache posée comme une menace à notre racine, pour que tout arbre qui dépassera la règle d’une juste direction soit coupé à la racine et livré au feu, tandis que celui qui aura gardé la mesure de la vérité sera destiné aux célestes constructions.

    Le texte latin ci après :

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  • Sainte Catherine de Sienne

    Alors cette âme, ivre d’amour, ne pouvait plus se contenir, et elle disait en présence de Dieu : O éternelle Miséricorde, qui couvrez toutes les fautes de vos créatures, je ne m’étonne plus si vous dites à ceux qui sortent du péché mortel et qui retournent à vous : Je ne me rappellerai pas vos offenses. O Miséricorde ineffable, je ne m’étonne plus si vous dites à ceux qui sortent du péché, puisque vous dites de ceux qui vous persécutent : Je veux que vous me priiez pour eux afin de pouvoir leur faire miséricorde.

    O Miséricorde, qui venez du Père, et qui gouvernez par votre puissance l’univers tout entier! O Dieu, c’est votre miséricorde qui nous a créés, qui nous a régénérés dans le sang de votre Fils ; c’est votre miséricorde qui nous conserve ; votre miséricorde a fait lutter votre Fils sur le bois de la croix. Oui, la mort a lutté contre la vie, la vie contre la mort. La vie a vaincu la mort du péché, et la mort du péché a ravi la vie corporelle de l’innocent Agneau. Qui est resté vaincu? la mort. Et quelle en fut la cause? votre miséricorde.

    Votre miséricorde donne la vie ; elle donne la lumière qui fait connaître votre clémence en toute créature, dans les justes et dans les pécheurs. Votre miséricorde brille au plus haut des cieux, dans vos saints ; et si je regarde sur la terre, votre miséricorde y abonde. Votre miséricorde luit même dans les ténèbres de l’enfer, car vous ne donnez pas aux damnés tous les tourments qu’ils méritent.

    Votre miséricorde adoucit votre justice ; par miséricorde, vous nous avez purifiés dans le sang de votre Fils ; par miséricorde, vous avez voulu habiter avec vos créatures à force d’amour. Ce n’était pas assez de vous incarner, vous avez voulu mourir ; ce n’était pas assez de mourir, vous avez voulu descendre aux enfers et délivrer les saints, pour accomplir en eux votre vérité et votre miséricorde. Votre bonté a promis de récompenser ceux qui vous servaient fidèlement, et vous êtes descendu aux limbes pour tirer de peine ceux qui vous avaient servi, et leur rendre le fruit de leurs travaux.

    Votre miséricorde vous a forcé à faire encore davantage pour l’homme : vous vous êtes donné en nourriture, afin que nous ayons un secours dans notre faiblesse, et que, malgré notre oublieuse ignorance, nous ne perdions pas le souvenir de vos bienfaits ; tous les jours vous vous offrez à l’homme dans le Sacrement de l’autel, dans le corps mystique de la sainte Église. Et qui a fait cela ? votre miséricorde. O Miséricorde, le cœur s’enflamme en pensant à vous ; de quelque côté que je me tourne, je ne trouve que miséricorde, O Père éternel, pardonnez à mon ignorance qui ose parler devant vous ; mais l’amour de votre miséricorde me servira d’excuse auprès de votre bonté.

    Dialogues, ch. 30

  • Deuxième dimanche après Pâques

    Allelúia, allelúia. Cognovérunt discípuli Dóminum Jesum in fractióne panis. Allelúia. Ego sum pastor bonus : et cognósco oves meas, et cognóscunt me meæ. Allelúia.

    Allelúia, allelúia. Les disciples reconnurent le Seigneur, Jésus à la fraction du pain. Allelúia. Je suis le bon pasteur et je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent. Alléluia.

    Les deux versets de l’Alléluia ne sont reliés que par le mot connaître (cognoverunt, cognosco : cognoscere). Le Bon Pasteur connaît ses brebis et ses brebis le connaissent — les disciples d’Emmaüs reconnaissent le Seigneur à la fraction du pain. Cette association d’idées est d’abord difficile à comprendre ; puis nous méditons sur le mot connaître. Ce mot signifie plus que son sens littéral ; il veut dire comprendre, avoir confiance, aimer, vivre l’un pour l’autre. C’est là la meilleure explication. Le Christ veut dire : Je suis avec les miens dans l’union la plus étroite, je suis un avec les miens. Le modèle de cette union est l’unité de la sainte Trinité. Mais où cette union se réalise-t-elle d’une manière plus profonde et plus intime que dans la « fraction du pain », dans la sainte Eucharistie ? Cette pensée est la lumière qui éclaire toute la messe.

    Dom Pius Parsch

    Chant des bénédictines de Notre-Dame de l’Annonciation (Le Barroux)

  • De la Sainte Vierge le samedi

    Dans son Année liturgique, dom Guéranger donne en ce jour une longue séquence figurant dans d’anciens missels allemands, sur les sept joies de Marie.

    Virgo templum Trinitatis,
    Deus summae bonitatis
    Et misericordiae,
    Qui tuae humilitatis
    Et dulcorem suavitatis
    Vidit et fragrantiae,
    De te nasci nuntiatur,
    Cum per Angelum mandatur
    Tibi salus gratiae ;
    Modum quaeris, demonstratur,
    Dum consentis, incarnatur
    Confestim Rex gloriae.

    O Vierge, temple de la Trinité, le Dieu de bonté et de miséricorde avant vu votre humilité, goûté les charmes de votre douceur et le parfum de votre pureté, vous envoie un message pour vous apprendre qu'il veut naître de vous. L'Ange vous apporte le salut de la grâce; vous demandez comment s'opérera la merveille; l'Ange vous l'explique; vous consentez, et aussitôt le Roi de gloire s'incarne en vous.

    Per hoc gaudium precamur
    Ut hunc Regem mereamur
    Habere propitium,
    Et ab eo protegamur,
    Protecti recipiamur
    In terra viventium.

    Par cette allégresse, nous vous en prions, rendez-nous propice ce grand Roi ; faites qu'il nous protège, et que sa protection nous introduise dans la terre des vivants.

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