Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Liturgie

  • De la Sainte Vierge le samedi

    L’introït des messes de la Sainte Vierge n’est pas un verset de psaume, ni même un extrait d’un livre de la Bible, mais une adaptation de deux vers du poète Sedulius, du début du IVe siècle.

    C’est dans le deuxième livre de son Carmen Paschale. Il interrompt son poème, où il évoque alors la nativité du Christ, pour s’exclamer : « Salut, sainte mère ». C’est certainement l’une des toutes premières prières à la Sainte Vierge. La voici dans son intégralité :

    Salve, sancta parens, enixa puerpera regem,
    Qui caelum terramque tenet per saecula, cuius
    Numen et aeterno conplectens omnia gyro
    Imperium sine fine manet; quae ventre beato
    Gaudia matris habens cum virginitatis honore.
    Nec primam similem visa es nec habere sequentem:
    Sola sine exemplo placuisti femina Christo.

    Salut, sainte Mère, jeune accouchée qui a enfanté le roi qui soutient le ciel et la terre dans tous les siècles, dont la divinité et l’empire, qui renferme tout dans un cercle éternel, demeure sans fin. C’est toi qui as conçu dans ton sein bienheureux les joies de la mère avec l’honneur de la virginité. On n’a jamais vu et on n’en verra jamais de semblable : tu es, sans précédent, la seule femme qui ait plu au Christ.

    Cette strophe a été citée en son entier par saint Bède, dans son commentaire sur saint Luc, passage qui fut la lecture du troisième nocturne des matines de l’Assomption dans divers bréviaires notamment français.

    Le dernier vers se trouve tel quel, comme verset d’un office marial, dans un antiphonaire polonais du XIVe siècle. Légèrement modifié, on le trouve comme verset de la fête de l’Assomption dans divers anciens antiphonaires :

    Sola namque sine exemplo placuisti femina Christo.

    Le « namque », double coordination, est plutôt curieux puisqu’il ne coordonne rien et qu’il ne figure pas dans le texte originel…

    On trouve aussi ce vers, sous une autre forme, inclus dans l’antienne du Benedictus… de l’office de la Sainte Vierge le samedi :

    Sola sine exemplo placuisti Domino nostro Jesu Christo.

  • Sainte Marthe

    Il est curieux que l’Eglise ait choisi comme évangile celui où Marthe se plaint que sa sœur ne l’aide pas. On nous dit que c’est pour insister sur l’hospitalité chrétienne, dont Marthe est ici une belle figure. « Une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison. » Mais l’enseignement de ce passage est surtout que l’union à Dieu est tout et que tout le reste, représenté par Marthe, est sans intérêt à côté du bonheur de la communion avec les Personnes divines.

    Beaucoup de chrétiens, d’ailleurs, ne comprennent pas cet évangile. Je me rappelle que ma grand-mère disait : « Voilà Jésus qui arrive avec toute sa troupe, ç’est du boulot de donner à manger à tant d’hommes jeunes, et Marthe est toute seule, et elle dit à Jésus de demander à sa sœur de l’aider, et lui, il répond qu’elle a choisi la meilleure part ? Eh bien moi j’aurais dit : Démerdez-vous, si c’est comme ça ! » Et comme ma grand-mère ne disait pas habituellement de mots grossiers, celui-là exprimait le degré de sa révolte.

    Or il y a un autre évangile de sainte Marthe, qui constitue quant à lui sans conteste un magnifique éloge de la sœur de Marie, c’est son dialogue avec Jésus qui arrive après la mort de Lazare. Il est vrai que ce passage se trouve dans l’évangile du vendredi de la quatrième semaine de carême, et qu’il constitue aussi l’évangile de la messe des morts (ce qui est tout à fait remarquable). Marthe montre ici quelle est sa foi, une foi véritablement extraordinaire quand on pense que nous sommes non seulement avant la Pentecôte mais avant la Passion et la Résurrection. Et quand on la compare à diverses réactions des apôtres…

    - Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant même, je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera.

    - Ton frère ressuscitera.

    - Je sais qu’il ressuscitera à la Résurrection, au dernier jour.

    - Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, même s’il est mort, et quiconque vit et croit en moi ne mourra pas dans l’éternité. Crois-tu cela ?

    - Oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde.

    En grec, « je crois » est ici au parfait. Ce qui montre précisément la… perfection de la foi de Marthe : « j’ai mis ma foi pleine et entière, pour toujours, de façon inébranlable, dans cette vérité que tu es le Fils de Dieu », avec l’article défini : le seul et unique Fils de Dieu.

  • Saints Nazaire et Celse

    Longtemps après [le martyre de saint Nazaire et saint Celse, vers 68], le Seigneur révéla à saint Ambroise [en 395] où se trouvaient leurs restes. Celui-ci laissa Celse où il était. Le corps de Nazaire fut trouvé avec son sang frais comme s'il venait d'être enseveli, et répandant une merveilleuse odeur ; il était entier, sans corruption, avec ses cheveux et sa barbe. Il en fit la translation à l’église des apôtres et l’ensevelit avec honneur. Dans la suite il fit aussi l’élévation de saint Celse qu'il plaça dans la même église. Ils souffrirent sous Néron, qui commença, à régner vers l’an du Seigneur 57.

    Au sujet de ce martyr, voici ce que saint Ambroise dit dans la Préface : « Le saint martyr Nazaire, illustre par le sang généreux qu'il a répandu, a mérité de monter au royaume du ciel. En souffrant tout ce que les tourments ont de plus cruel, il surmontait la rage des tyrans par sa constance et il ne céda jamais devant les menaces des persécuteurs, car il avait pour le soutenir au milieu de ses combats Notre Seigneur Jésus-Christ qui combattait avec lui. Alors il est conduit au temple pour immoler aux idoles profanes; mais fort du secours divin, il est à peine entré que ces simulacres sont réduits par lui en poussière. Pour ce fait, il est conduit au milieu de la mer, et, soutenu par les anges, il marche à pied sec sur les flots. O heureux et noble combattant du Seigneur qui en attaquant le prince du monde a rendu une multitude innombrable de peuple participante de la vie éternelle ! O grand et ineffable mystère, qu'il y ait plus de joie dans l’Église de ce qu'ils ont mérité le salut, qu'il n'y a d'allégresse dans le monde pour les avoir punis ! O bienheureuse mère qui tire de la gloire des tourments de ses enfants qu'elle conduit au tombeau sans pleurs et sans gémissements, et sans cesser de célébrer leurs louanges quand ils sont passés aux royaumes célestes ! O témoin merveilleux, resplendissant d'un éclat céleste, dont les vertus répandent une odeur plus pénétrante et plus suave que les aromates de Saba ! »

    Jacques de Voragine, Légende dorée

  • Depuis cent ans...

    L’église Sainte-Brigitte de Portland (dans la banlieue nord-ouest de la ville, dans l’Oregon, et juste de l’autre côté de la rivière c’est Vancouver) a été consacrée par Mgr Alexander Christie, archevêque d’Oregon City, le 16 juillet 1916. Alors on commença à y célébrer la messe. Cent ans plus tard, on continue d’y célébrer la messe. La même messe. Celle de saint Pie V. Il n’y a eu aucune interruption, ce qui est rarissime, peut-être unique au monde, pour une église paroissiale.

    C’est seulement en 1954 qu’un prêtre fut nommé à demeure. Jusque-là c’était un prêtre qui venait d’ailleurs pour célébrer la messe. Le prêtre qui fut nommé était l’abbé Milan Mikulich, un Croate, qui était également chargé de l’apostolat auprès des Croates, Slovènes, Tchèques et Slovaques de Portland. Les paroissiens achetèrent alors une parcelle de terre pour construire une nouvelle église, celle que l’on voit aujourd’hui. Une parcelle assez grande pour que l’abbé Mikulich plante un verger que l’on allait appeler « la forêt croate ».

    sbirgit1006.jpg

    Au moment de la réforme liturgique, l’abbé Mikulich voulut garder la messe telle qu’elle était. Ses paroissiens aussi. Et il réussit à obtenir un indult de Paul VI lui permettant de le faire. Grâce à un ami cardinal, disait-il. Grâce manifestement au cardinal Seper, qui était croate, et qui était alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

    En 1995, l’abbé Mikulich retourna en Croatie. Il fut remplacé par l’abbé Joseph Browne, qui continua de célébrer la messe selon « les deux formes du rite romain ». Et depuis 2009 c’est un prêtre d’origine vietnamienne, l’abbé Luan Tran.

    Ainsi la messe traditionnelle n’a-t-elle jamais cessé d’être célébrée dans cette église, en accord avec l’archevêché. Et, cent ans après la consécration de la première chapelle, l’actuel archevêque de Portland, Mgr Alexander K. Sample, sera à la tête du pèlerinage Summorum Pontificum, en octobre prochain…

    (C’est dans l’église Sainte-Brigitte qu’eut lieu en 1990 l’« apparition américaine » de la Sainte Vierge à Mirjana, la « voyante » de Medjugorje, dont l’abbé Mikulich avait organisé le voyage.)

    Pièce jointe Mail.jpeg

    Sur la pancarte actuelle on constate que la messe traditionnelle est la messe principale (à 9h30, la messe "en anglais" étant à 8h). Une photo prise il y a quelques années montre que c’était alors le contraire. Bref, la messe traditionnelle est (re)devenue la messe principale à Sainte Brigitte, en plein accord avec l’archevêque, qui d'ailleurs la célèbre éventuellement dans sa cathédrale.

  • Saint Pantaléon

    Selon la tradition orientale, ses parents l’appelèrent Pantaléon ou Pantoléon (tout-lion) lorsqu’il naquit à Nicomédie. Il devint médecin des pauvres et faisait des merveilles, puis il se convertit et fit des miracles. Selon certains c’est à son baptême (par saint Hermolaüs) que son nom devint Panteleimon (tout compatissant, tout miséricordieux), sous lequel il est vénéré en Orient. Après avoir notamment guéri un aveugle, ce saint anargyre (qui guérit sans demander d'argent) fut condamné à mort et décapité le 27 juillet 305.

    On a longtemps parlé d’un ampoule contenant du sang de saint Pantaléon à Ravello, en Italie du sud, qui se liquéfiait tous les 27 juillet, comme celui de saint Janvier à Naples le jour de sa fête. Cette ampoule n’existe plus, mais il y en a une autre (ou la même, ou une partie du sang de la même) à Madrid, au monastère royal de l’Incarnation. Et le sang de saint Pantaléon se liquéfie tous les 27 juillet devant des foules de fidèles, pèlerins et curieux.

    Ce sang a sans doute été donné au monastère par Jean de Zuniga, comte de Miranda, vice-roi de Catalogne et de... Naples, lorsque sa fille Aldonce devint religieuse au monastère de l’Incarnation (au début du XVIIe siècle).

    L’Inquisition espagnole, qui ne plaisantait pas comme chacun le sait, fit une enquête sur le phénomène. Sept fois de suite, entre 1723 et 1730, elle envoya diverses personnes de confiance voir de près ce qui se passait le 27 juillet. Il en résulta un document intitulé Rapport sur la liquéfaction du sang du glorieux martyr saint Pantaléon (conservé au monastère), concluant qu’il n’y avait aucune supercherie et que le phénomène avait vraiment lieu.

    3652AAEA8429521FF94E29521FF945.jpg

    101471-th_max.jpg

    (Saint Pantaléon était très populaire à Venise, où il est appelé Pantalon. Ce nom devint dans la commedia dell’arte celui d’un personnage odieux et grotesque vêtu d’une longue culotte, d’où le nom de ce vêtement aujourd’hui…)

  • Sainte Anne

    1372337658944413-1.jpg

    (Sainte Anne, grand-mère des Bretons, par Anie Mouroux, vers 1930, faïencerie Henriot, Quimper)

    Intron.jpg

  • Mgr Wintzer et la messe

    Riposte catholique publie la réaction de Mgr Wintzer, le nouvel archevêque de Poitiers, à la demande du cardinal Sarah de célébrer la messe ad orientem.

    Sans surprise, il s’agit d’un refus ferme et définitif, en tout cas pour les messes dominicales, parce qu’elles sont… « festives »…

    Mais oui.

    On remarquera que Mgr Wintzer ne fait aucune allusion à la tradition liturgique de l’Eglise, aux traditions tant d’Orient que d’Occident…

    Et pour cause… Il se retrouverait tout seul dans son ghetto moderniste.

    Et quand je parle de tradition, j’y inclus Vatican II, qui n’a nullement édicté, ni demandé, que le prêtre tourne le dos à Dieu (O Oriens). (Sinon évidemment le cardinal Sarah ne parlerait pas ainsi.)

    Mais quand un évêque catholique parle de ce qui doit se faire dans la liturgie sans évoquer le moindre élément de la tradition catholique, c’est qu’il y a quelque chose qui cloche…

    Et je suis toujours sidéré de voir un évêque afficher fièrement son mépris du symbolisme sacré.

    Cette réaction montre d'autre part que l'idéologie "œcuméniste" n'a rien à voir avec l'œcuménisme. Car il se trouve que toutes les églises orthodoxes et orientales non-orthodoxes ont une liturgie orientée, et aussi les protestants les plus proches du catholicisme. Mgr Wintzer leur crache à la figure.

  • Saint Jacques

    Santiago Matamoros...

    Cordoue.jpg

    (Cordoue)

    Burgos.jpg

    (Burgos)

    Valladolid.jpg

    (Valladolid)

    Santiago_Matamoros-Pazo_de_Raxoi.JPG

    (Pazo de Raxoi)

    SANTIAGO-MATAMOROS_01_MuseoDP022.jpg

    P1020395ax.jpg

    Cuzco XVIIe.jpg

    (Cuzco XVIIe)

    Cuzco,_18th_century.jpg

    (Cuzco XVIIIe)

    José Maria Casado del Alisal 1885.jpg

    (José Maria Casado del Alisal, 1885)

    Et, comme le signale Abenaton, à Compostelle, saint Jacques cueille des fleurs... En voyant la photo sur Google je croyais que c'était pour une fête, mais apparemment c'est en permanence. Le printemps perpétuel pour masquer le jihad...

    Imágen_de_Santiago_matamoros._Catedral_de_Santiago_de_Compostela.JPG

  • 10e dimanche après la Pentecôte

    Dans la parabole du pharisien et du publicain, ce dernier dit littéralement : « Ô Dieu, sois propice à moi le pécheur. » Le latin, n’ayant pas d’articles, ne peut pas rendre la nuance. Les traductions françaises le pourraient, mais à ma connaissance il n’y a qu’une version de « Crampon » (considérée comme fautive et que je n’arrive pas à dater, mais ce n’est pas la traduction authentique du chanoine) qui le dise : « O Dieu, ayez pitié de moi le pécheur ! »

    Le publicain dit qu’il est LE pécheur.

    Car, prendre conscience du péché, c’est prendre conscience que je suis LE pécheur.

    Le pécheur primordial, celui qui brise l’harmonie de la création, celui qui est chassé du jardin de volupté. Tout homme est ha-Adam, l’homme. Le premier pécheur. Sauvé par le premier homme qui n’est pas pécheur, le Fils de l’homme, et devient par lui fils de Dieu.

    La prière du publicain doit donc être celle de chacun d’entre nous. Chacun de nous est LE pécheur. Ainsi, dans la prière de la Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome avant la communion, le fidèle invoque le Christ « venu au monde sauver les pécheurs dont je suis le premier ».

    Voici cette prière, que je dis intérieurement chaque jour avant de communier, ainsi que les deux suivantes qui lui sont liées (la troisième étant très proche d’une prière du Missel Romain).

    Je crois, Seigneur, et je confesse que vous êtes le Christ, Fils du Dieu vivant venu au monde sauver les pécheurs dont je suis le premier. Je crois aussi que ceci même est votre Corps immaculé, et cela votre Sang précieux. Je vous en prie donc, ayez pitié de moi, pardonnez-moi mes fautes, volontaires ou involontaires, commises en parole, en action, sciemment ou par ignorance. Rendez-moi digne de participer sans condamnation à vos mystères immaculés, pour la rémission de mes péchés et la vie éternelle

    A votre Cène mystique faites-moi communier aujourd’hui, ô Fils de Dieu, car je ne dirai pas le secret à vos ennemis, ni ne vous donnerai le baiser de Judas, mais, comme le larron je vous crie : Souvenez-vous de moi, Seigneur, dans votre Royaume.

    Que la réception de vos saints mystères, Seigneur, ne tourne point à mon jugement ni à ma condamnation, mais à la guérison de mon âme et de mon corps.

  • Saint Apollinaire

    Le culte dont saint Apollinaire fut l’objet au moyen âge est un reflet fidèle de l’importance que le siège de Ravenne avait prise au VIe siècle, époque où cette ville devint la résidence des empereurs et des exarques. Les tribunaux ecclésiastiques, les évêques et, d’une certaine manière, le Pape lui-même, dans leurs relations avec les représentants des autorités byzantines d’Italie, ne pouvaient pas ne pas compter avec l’archevêque de Ravenne qui était presque devenu ce que, beaucoup plus tard, fut à Naples le Chapelain Majeur, véritable ministre des cultes pour l’Italie.

    Toutefois, tant que cette autorité résida en des hommes d’une valeur morale semblable à celle d’un saint Pierre Chrysologue, elle ne put qu’accroître le prestige de leur sainteté éminente et de leur doctrine. Mais hélas ! En ce monde il n’y a pas que des forts, il y a aussi des faibles. Aussi, quand des hommes ambitieux et intrigants montèrent sur le siège de Ravenne, la lutte avec Rome éclata et l’histoire de l’Œcuménique de Constantinople eut son pendant dans la capitale de l’Émilie.

    Ravenne était, à l’origine, siège suffragant de Rome. Au temps de saint Pierre Chrysologue, on lui reconnut enfin les honneurs métropolitains. Quelques archevêques allèrent encore plus loin : ils tentèrent de se soustraire à l’obédience du pape, et de faire sentir davantage au clergé leur propre omnipotence ; ils le chargèrent d’impôts et prétendirent même que leurs évêques suffragants, ayant laissé leurs sièges, feraient fonction d’hebdomadiers dans la basilique de Saint-Apollinaire, comme les évêques suburbicaires le faisaient au Latran.

    La messe suivante a été rédigée à Rome sous l’impression de ces excès. Le « pape » de Ravenne voulait savoir qui des deux était le plus grand, lui ou le successeur de Céphas.

    Rome répond dans les lectures de la messe, rappelant d’abord aux habitants de Ravenne que leur grand évêque Apollinaire était — selon la tradition alors courante — un disciple de Pierre. Ensuite elle fera parler le Maître lui-même, qui, dans sa Ire Épître, V, 1-11, recommande aux pasteurs de l’Église d’avoir horreur de l’esprit de domination sur le clergé et de l’insolent orgueil, qui trop souvent distingue le pouvoir laïc ; Dieu, en effet, résiste aux superbes qui lui dérobent la gloire, et il donne au contraire sa grâce aux humbles qui lui rapportent tout.

    Cette leçon d’humilité, mise sur les lèvres du Maître de saint Apollinaire et adressée à son orgueilleux successeur, continue dans la péricope évangélique, déjà notée dans la liste de Würzbourg [VIIe siècle] (Luc., XXII, 24-30). Les Apôtres, à la dernière Cène, se querellent pour savoir qui, entre eux, est le plus grand ; et Jésus répond que cette soif d’ambition et de despotisme exercé sur autrui est propre seulement au pouvoir civil, car, dans la hiérarchie chrétienne, c’est tout l’opposé qui doit se produire. Celui qui est chef est tel pour le service commun : il est donc le serviteur de tous, comme le Fils de l’homme est venu pour servir et pour donner sa vie pour le salut d’un grand nombre.

    Bienheureux cardinal Schuster

  • Sainte Marie Madeleine

    Hymne des vêpres, de saint Robert Bellarmin, traduction Michel de Marolles (Le bréviaire romain suivant la réformation du saint concile de Trente, 1659) :

    Pater supérni lúminis,
    Cum Magdalénam réspicis,
    Flammas amóris éxcitas,
    Gelúque solvis péctoris.

    Père de la lumière suprême, quand vous regardez Magdelaine, vous excitez des flammes d’amour, et vous faites fondre les glaces de son cœur.

    Amóre currit sáucia
    Pedes beátos úngere,
    Laváre fletu, térgere
    Comis, et ore lámbere.

    Blessée qu’elle est d’amour, elle court pour verser des parfums sur les pieds sacrés, pour les laver de ses larmes, les essuyer de ses cheveux, et leur donner des baisers de sa bouche.

    Astáre non timet cruci,
    Sepúlcro inhǽret ánxia,
    Truces nec horret mílites :
    Pellit timórem cáritas.

    Elle ne craint point de se tenir auprès de la Croix, elle s’inquiète auprès du Sépulcre, et sans être touchée de quelque horreur pour la férocité des soldats, l’ardeur de sa charité dissipe les glaces de la peur.

    O vera, Christe, cáritas,
    Tu nostra purga crímina,
    Tu corda reple grátia,
    Tu redde cæli prǽmia.

    Jésu-Christ qui êtes la vraie Charité, nettoyez les souillures de nos crimes, remplissez nos cœurs de vos grâces, et donnez-nous les récompenses de l’autre vie.

    Patri simúlque Fílio,
    Tibíque, Sancte Spíritus,
    Sicut fuit, sit júgiter
    Sæclum per omne glória.
    Amen.

    Gloire au Père, à son Fils unique, et au Saint-Esprit Paraclet, maintenant et toujours, ainsi soit-il. (La doxologie de ce bréviaire était la doxologie commune, différente de l’actuelle : Deo Patri sit gloria, Ejusque soli Filio, Cum Spiritu Paraclito, Et nunc et in perpetuum. Amen.)

    Bellarmin.jpg

    (Dom Guéranger, les Institutions liturgiques)

  • Les cons ça ose tout

    Titre de Radio Vatican :

    Sainte-Marie-Madeleine fêtée pour la première fois ce 22 juillet

    (En plus, avec le premier trait d'union, il s’agit normalement d’un bâtiment ou d’une institution, et non de la sainte.)

    Mais à la réflexion ce n’est sans doute pas une connerie. C’est une façon de souligner que pour ces gens-là la liturgie catholique a commencé en 1970, comme l’histoire de France a commencé en 1789.

  • Saint Laurent de Brindes

    011.jpg

    Jules-César de Rossi, connu maintenant sous le nom de saint Laurent de Brindes, naquit en cette ville de l'Italie méridionale le 22 juillet 1699. A l'âge de 16 ans, il entra chez les Capucins de Vérone, et dès son ordination au sacerdoce, il fut employé au ministère de la prédication pour lequel il montait de remarquables dispositions. Véritable apôtre, il semble qu'il eut comme ceux qui les premiers incarnèrent ce nom, le don des langues. Il évangélisa l'Italie, l'Allemagne et d'autres contrées et son éloquence, sa sainteté et ses miracles opérèrent partout d'abondants fruits de salut. Informé du rare mérite du jeune prédicateur, Grégoire XIII l'appela à Rome et le chargea de la rude tâche de convertir les Juifs de la ville. Obéissant à la voix du Pontife, Laurent se prépara au travail par la prière, la réflexion, consultant les personnes expérimentées en cette matière et préparant le terrain en faisant tout pour se concilier l'affection de ce peuple.

    Puis, une bible à la main, il se rendit aux endroits où plusieurs d'entre eux étaient réunis. Ses manières affables, son ton courtois le faisait accepter ; il parlait si bien l'hébreu qu'on commença à se presser autour de lui pour jouir de sa belle diction et bientôt il put même prêcher dans leurs synagogues, trouvant dans sa foi et dans son érudition des arguments irrésistibles, les auditeurs étaient ravis sous le charme de sa parole fécondée par la grâce, et les conversions furent nombreuses. Pendant trois ans consécutifs, le saint prêcha tous les samedis aux Juifs de Rome. Plus tard, le Pape Clément VII l'envoya également pêcher aux Juifs à Ferrare, à Mantoue, à Padoue et dans les principales villes d'Italie.

    Le 11 octobre 1611, notre saint sauva la chrétienté d'une invasion musulmane en contribuant puissamment à la victoire. Le duc de Mercœur, qui commandait en second les troupes chrétiennes, déclare même que le saint Religieux avait plus fait dans cette guerre où 18,000 chrétiens mirent en déroute 80,000 Turcs que toutes les troupes ensemble et qu'après Dieu et la Sainte Vierge c'était à lui qu'il faillait attribuer les deux victoires remportées sur les troupes ennemies.

    Le Père Laurent fut appelé à remplir à peu près toutes les charges de son Ordre, et finalement, à peine âgé de 43 ans, il en devint le vicaire général. Il se mit aussitôt à parcourir tous les pays où il avait des couvents de sa dépendance : Le Milanais, la Flandre, l'Espagne, l'Allemagne et la France. Dans ses visites, il voulait, comme un bon père, voir tous ses enfants et connaître par lui-même tous leurs besoins. Il avait pour les anciens Religieux une grande considération et montrait aux plus jeunes beaucoup de douceur et d'indulgence.

    A tous, il recommandait d'une façon particulière l'obéissance et l'humilité, regardant avec raison ces deux vertus comme les deux basses de la perfection religieuse, Lui-même leur en donnait un exemple continuel ; la Règle était pour lui un supérieur auquel il se soumettait en tout sans restriction et sans réserve et il ne permettait pas qu'on le traitât avec plus de distinction que les autres religieux. Ses pieuses recommandations inspiraient à ses confrères des sentiments si humbles que tous refusaient les dignité et les charges, au point qu'on fut obligé d'insérer dans les Constitutions de l'Ordre des Capucins, ces belles lignes qui, à cause du motif qui les fit écrire, sont à l'honneur des Religieux de cette époque : « Quoique tous les Frères doivent préférer la condition de sujet à celle de prélat, et désirer obéir à l'exemple de Notre Seigneur Jésus-Christ et de notre Père saint François, plutôt que de commander ; toutefois ceux à qui l'obéissance impose les Prélatures ne les doivent pas refuser avec opiniâtreté. Ils doivent au contraire s'efforcer de remplir avec humilité et avec zèle le ministère qui leur est confié. »

    Animé du véritable esprit du saint Poverello, il ne souffrait ni ornement dans les bâtiments, ni luxe dans les chapelles. Lorsqu'on lui représentait que les embellissements nourrissaient les pauvres en faisant travailler les ouvrier et encourageaient les artistes, il répondait : « Oui, c'est vrai, mais ils entretiennent aussi l'orgueil des propriétaires. » Le Saint-Siège confia à différentes reprises des missions de confiance à saint Laurent : il gagna le roi d'Espagne à la ligue catholique et l'arma contre les Maures : nonce à Prague il réconcilia plusieurs souverains, prévenant ainsi de désastreuses guerres civiles ; à Munich, également conne nonce, il lutta avec succès contre l'hérésie et risque plusieurs fois d 'être mis à mort. Il était en Portugal quand il fut atteint de dysenterie, et après avoir annoncé prophétiquement le jour de sa mort, il expira pieusement à l'âge de 60 ans dont 45 passés dans la vie religieuse.

    Fleurs franciscaines (RR PP Franciscains Montréal 1925)

    • En 1959, Jean XXIII le proclama docteur de l’Eglise ("docteur apostolique") et inscrivit sa fête au calendrier romain au 21 juillet.

  • Saint Jérôme Emilien

    Flagrant délit :

    La messe a les mérites et les défauts des compositions liturgiques récentes. Le rédacteur s’est surtout préoccupé de la place spéciale qui revient à notre Saint dans l’histoire de la bienfaisance chrétienne ; aussi, aidé de la Concordantia, n’a-t-il guère rencontré de difficultés pour citer des textes scripturaires relatifs à la charité exercée envers les orphelins et les veuves.

    Bienheureux cardinal Schuster

    La messe (Effusum). On y reconnaît toutes les qualités et tous les défauts des messes récemment composées. L’auteur a voulu insister sur l’importance prédominante de la charité dans la sanctification. Il ne lui était pas difficile de réunir, à l’aide d’une concordance, les textes de la Sainte Écriture qui ont trait à la charité envers les veuves et les orphelins.

    Dom Pius Parsch

    (Je le dis évidemment avec le sourire et non avec indignation, et avec toute l’admiration que j’ai pour l’un et pour l’autre. M’étonnant de découvrir seulement cette année ce petit plagiat de fortes chaleurs…)

    Addendum

    Le plus érudit de mes lecteurs sur le plan liturgique me signale que dans le livre il y a une note où dom Parsch indique qu'il cite l'opinion du cardinal Schuster. Dont acte.

  • Saint Vincent de Paul

    Ce n’est point la nature, ni aucune des vaines divinités de la fausse science, mais le Dieu des chrétiens, le Dieu fait homme pour nous sauver en prenant sur lui nos misères, qui fut l’unique guide du plus grand des bienfaiteurs de l’humanité dans nos temps. Rien ne me plaît qu’en Jésus-Christ, aimait-il à dire. Non seulement, fidèle comme tous les Saints à l’ordre de la divine charité, il voulait voir régner en lui ce Maître adoré avant de songer à le faire régner dans les autres ; mais, plutôt que de rien entreprendre de lui-même par les données de la seule raison, il se fût réfugié à tout jamais dans le secret de la face du Seigneur, pour ne laisser de lui qu’un nom ignoré.

    « Honorons, écrivait-il, l’état inconnu du Fils de Dieu. C’est là notre centre, et c’est ce qu’il demande de nous pour le présent et pour l’avenir, et pour toujours, si sa divine majesté ne nous fait connaître, en sa manière qui ne peut tromper, qu’il veuille autre chose de nous. Honorons particulièrement ce divin Maître dans la modération de son agir. Il n’a pas voulu faire toujours tout ce qu’il a pu, pour nous apprendre à nous contenter, lorsqu’il n’est pas expédient de faire tout ce que nous pourrions faire, mais seulement ce qui est convenable à la charité, et conforme, aux ordres de la divine volonté... Que ceux-là honorent souverainement notre Seigneur qui suivent la sainte Providence, et qui n’enjambent pas sur elle ! N’est-il pas vrai que vous voulez, comme il est bien raisonnable, que votre serviteur n’entreprenne rien sans vous et sans votre ordre ? Et si cela est raisonnable d’un homme à un autre, à combien plus forte raison du Créateur à la créature ? »

    Vincent s’attachait donc, selon son expression, à côtoyer la Providence, n’ayant point de plus grand souci que de ne jamais la devancer. Ainsi fut-il sept années avant d’accepter pour lui les avances de la Générale de Gondi et de fonder son établissement de la Mission. Ainsi éprouva-t-il longuement sa fidèle coadjutrice, Mademoiselle Le Gras, quand elle se crut appelée à se dévouer au service spirituel des premières Filles de la Charité, sans lien entre elles jusque-là ni vie commune, simples aides suppléantes des dames de condition que l’homme de Dieu avait assemblées dans ses Confréries. « Quant à cet emploi, lui mandait-il après instances réitérées de sa part, je vous prie une fois pour toutes de n’y point penser, jusqu’à ce que notre Seigneur fasse paraître ce qu’il veut. Vous cherchez à devenir la servante de ces pauvres filles, et Dieu veut que vous soyez la sienne. Pour Dieu, Mademoiselle, que votre cœur honore la tranquillité de celui de notre Seigneur, et il sera en état de le servir. Le royaume de Dieu est la paix au Saint-Esprit ; il régnera en vous, si vous êtes en paix. Soyez-y donc, s’il vous plaît, et honorez souverainement le Dieu de paix et de dilection ».

    Grande leçon donnée au zèle fiévreux d’un siècle comme le nôtre par cet homme dont la vie fut si pleine ! Que de fois, dans ce qu’on nomme aujourd’hui les œuvres, l’humaine prétention stérilise la grâce en froissant l’Esprit-Saint ! Tandis que, « pauvre ver rampant sur la terre et ne sachant où il va, cherchant seulement à se cacher en vous, ô mon Dieu ! Qui êtes tout son désir », Vincent de Paul voit l’inertie apparente de son humilité fécondée plus que l’initiative de mille autres, sans que pour ainsi dire il en ait conscience. « C’est la sainte Providence qui a mis votre Compagnie sur le pied où elle est, disait-il vers la fin de son long pèlerinage à ses filles. Car qui a-ce été, je vous supplie ? Je ne saurais me le représenter. Nous n’en eûmes jamais le dessein. J’y pensais encore aujourd’hui, et je me disais : Est-ce toi qui as pensé à faire une Compagnie de Filles de la Charité ? Oh ! Nenni. Est-ce Mademoiselle Le Gras ? Aussi peu. Oh ! Mes filles, je n’y pensais pas, votre sœur servante n’y pensait pas, aussi peu Monsieur Portail (le premier et plus fidèle compagnon de Vincent dans les missions) : c’est donc Dieu qui y pensait pour vous ; c’est donc lui que nous pouvons dire être l’auteur de votre Compagnie, puisque véritablement nous ne saurions en reconnaître un autre ».

    L’Année liturgique

  • Le débat sur l’orientation

    image002.jpg

    Le cardinal Nichols contredit frontalement le préfet de la congrégation pour le culte divin. Le Spadaro du pape aussi évidemment.

    La conférence épiscopale américaine s’y colle itou.

  • Saint Camille de Lellis

    Voici la collecte sur les oblations : « Que l’Hostie immaculée qui renouvelle ici sur l’autel l’excès d’amour de notre Seigneur Jésus, par l’intercession de saint Camille nous protège contre tous les maux du corps et de l’esprit et soit aussi pour les agonisants réconfort et salut ».

    Le génie chrétien a donné un nom très expressif à la divine Eucharistie reçue parles malades près de mourir : elle s’appelle le viatique, c’est-à-dire la nourriture qui sert pour le voyage du temps à l’éternité. Il existe une mystérieuse relation entre l’Eucharistie et notre passage à l’autre vie. En effet, comme l’agneau pascal et les pains azymes furent mangés pour la première fois par les Hébreux à leur départ d’Égypte ; comme Jésus lui-même, la veille de sa mort, institua le divin Sacrement, et y participa lui-même le premier ; ainsi voulut-il que l’Eucharistie fût aussi pour nous le Sacrement qui consacre notre sacrifice suprême et couronne notre vie chrétienne.

    Bienheureux cardinal Schuster

  • 9e dimanche après la Pentecôte

    Il n’y a peut-être pas d’introït plus violent, ni d’alléluia plus... triste, et en tout cas pas les deux à la fois, dans une autre messe.

    Introit

    Ecce, Deus adjuvat me, et Dóminus suscéptor est ánimæ meæ : avérte mala inimícis meis, et in veritáte tua dispérde illos, protéctor meus, Dómine.

    Voici que Dieu vient à mon aide, et que le Seigneur est le soutien de ma vie. Détournez les maux sur mes ennemis et exterminez-les dans votre vérité, Seigneur, mon protecteur.

    En effet « disperde », ce n’est pas demander à Dieu de les disperser, mais de les dis-perdere, de les perdre complètement, de les anéantir, les réduire en bouillie. Et la mélodie se fait dure et tendue, comme l’arme pour les détruire.

    Cette antienne est empruntée au psaume 53. Les deux derniers mots sont pris, cependant, à d’autres psaumes. L’expression « protector meus » se trouve dans huit psaumes (8 est le nombre du Christ). Elle a été ajoutée afin de terminer le chant par une expression parallèle à celle du début, et l’on conclut par un « Domine » qui permet au chant de terminer sur la formule de la tendre révérence à Dieu.

    Alléluia

    Allelúia, alléluia. Eripe me de inimícis meis, Deus meus : et ab insurgéntibus in me líbera me. Allelúia.

    Sauvez-moi des mains de mes ennemis, ô mon Dieu, délivrez-moi de ceux qui se lèvent contre moi.

    C’est une longue plainte, de bout en bout, tenant tout entière (à une brève exception près) dans une quinte, avec un refrain permanent qui pleure, fa-mi-ré.

    Ces deux pièces sont en relation avec l’épître sur le combat contre les tentations (et les démons qui les inspirent et sont l’ennemi à abattre), et avec l’évangile qui nous montre Jésus pleurant sur Jérusalem et annonçant la destruction de la Ville qui n’a pas connu « le temps de sa visitation » (en grec épiscopès).

    Sur cet évangile voir ma note de 2014.

  • Notre Dame du Carmel

    L’office ("supprimé" en 1960) et la messe sont essentiellement du commun des fêtes de la Sainte Vierge. Mais les antiennes d’offertoire et de communion sont propres. En outre elles ne proviennent pas, comme c’est le cas habituellement, d’un psaume (ou éventuellement de l’évangile du jour pour la communion), mais ce sont des compositions ecclésiastiques.

    L’offertoire est inspiré de Jérémie 18,20 qui est une prophétie de la Passion du Christ. C’est peut-être pourquoi il a été repris dans la messe de Notre Dame des Sept Douleurs. On le trouvait aussi comme offertoire de la messe de la Conception de Marie dans un antiphonaire d’Utrecht (du XIIIe siècle, avec ajouts des XIVe et XVe).

    Recordáre, Virgo Mater, in conspéctu Dei, ut loquáris pro nobis bona, et ut avértat indignatiónem suam a nobis

    Souvenez-vous, ô Vierge Mère, d’intercéder pour nous auprès de Dieu, et de lui faire détourner de nous son indignation.

    Le voici chanté par les moines de Saint-Wandrille :
    podcast

    download.jpg

    L’antienne de communion se trouve aussi comme antienne de communion de la fête de la Nativité de la Sainte Vierge dans un graduel de Sens (fin XIIIe) conservé au Portugal, de la fête de la Visitation dans un missel morave du XIIIe, et de la Vigile de l’Assomption dans un graduel tchèque de la fin du XIVe siècle. D’autre part, avec « et Domina » au lieu de « dignissima », c’est l’antienne de communion de la messe de la Sainte Vierge des samedis après la Pentecôte dans un graduel de Nitra (Slovaquie, XVIe siècle, à l’époque en Hongrie).

    Regina mundi digníssima, María, Virgo perpétua, intercéde pro nostra pace et salúte, quæ genuísti Christum Dóminum, Salvatórem ómnium.

    O Marie, très digne Reine du monde, et toujours Vierge, obtenez-nous la paix et le salut, vous qui avez mis au monde le Christ, Seigneur et Sauveur de tous.

  • Saint Henri

    L’an dernier j’avais reproduit des photos de quelques pièces sublimes, dont une illustration du sacramentaire de l’empereur, et de son évangéliaire.

    En voici deux autres du sacramentaire.

    Le couronnement de l’empereur.

    bsb00050763_00024.jpg

    Le T de Te igitur, début du canon de la messe. Voir le texte de saint Bonaventure hier. Ici la croix est l’arbre de vie.

    Te igitur.jpg

    Et les deux saisissantes scènes doubles de l’évangéliaire, l'hommage des mages, et les saintes femmes au tombeau :

    bsb00087481_00038.jpg

    bsb00087481_00039.jpg

    bsb00087481_00236.jpg

    bsb00087481_00237.jpg

  • Saint Bonaventure

    img.jpg

    Il nous faut remarquer que, par une disposition de la providence divine, il est arrivé que la lettre T, dont la forme nous offre une image de la croix, s'est trouvée la première du canon de la messe. Dans plusieurs sacramentaires on a tracé l'image même de Jésus crucifié, afin que non seulement l'intelligence de cette lettre, mais la vue de la chose figurée rappelât à notre mémoire la Passion du Seigneur. La lettre T nous indique le mystère de la croix, et c'est pour cela que Dieu a dit par son Prophète : « Marquez un thau sur le front des hommes qui gémissent et qui sont dans la douleur de voir toutes les abominations qui se font au milieu de Jérusalem » afin qu'ils ne soient pas frappés par l'Ange. Conservons donc dévotement ce signe qui a été imprimé sur nos fronts dans la confirmation par l'onction de la Passion du Seigneur. C'est encore afin que ce souvenir nous fût toujours présent qu'il a été défendu, par les saints Pères, à tout prêtre de célébrer la messe sur un autel où il n'y aurait pas de crucifix. Que le prêtre, en le contemplant et en voyant ses bras étendus afin de supplier pour les péchés du peuple, ne rougisse donc pas d'étendre aussi ses bras vers lui en forme de croix, car l'Apôtre a dit : « Loin de moi de me glorifier ailleurs que dans la croix de Jésus-Christ Notre Seigneur, par qui le monde est crucifié pour moi, et moi crucifié pour le monde. »

    Mais, puisque nous avons parlé de la croix sainte et des figures qui la représentent, qu'il nous soit permis de dire quelque chose des sens cachés qu'elle renferme.

    La croix est l'étendard du commandement placé sur l'épaule du Sauveur. O signe inestimable et vraiment abondant en mystères ! La croix est l'arbre de vie planté au milieu du Paradis, et d'où s'échappent les quatre fleuves des Evangiles ; c'est la charité, ou autrement la mesure qui a perfectionné l'arche du salut, c'est-à-dire l'Eglise. C'est l'autel sur lequel Abraham a immolé Isaac, sur lequel le Père céleste a sacrifié Jésus-Christ Notre Seigneur. C'est le bois jeté dans Mara, le bois mêlé à l'amertume du monde et qui a rendu douces les eaux de la loi ; car nous avons appris, par la croix, à aimer nos ennemis, ce que le Testament ancien n'enseignait point, puisqu'il disait : « Vous aurez de la haine pour votre ennemi, vous exigerez œil pour œil, dent pour dent. » La croix est la verge avec laquelle la pierre fut frappée, et cette pierre, c'est Jésus-Christ. Sous ses coups, des fleuves immenses de sang et d'eau ont jailli, et nos âmes y ont trouvé la vie et l'innocence. C'est le poteau où fut attaché le serpent d'airain, où Jésus-Christ fut suspendu ; et tous ceux qui jettent dessus un regard fidèle sont guéris des morsures enflammées du serpent infernal. C'est la cithare touchée par le vrai David, par Jésus-Christ, alors qu'il s'y tenait expirant et dont les accords éloignaient du genre humain, image de Saül, les attaques de l'esprit diabolique. La croix est ces deux morceaux de bois recueillis par la veuve de Sarepta, ou autrement l'Eglise, afin de cuire du pain pour elle et son fils, car c'est sur la croix que Jésus-Christ est devenu un pain véritable. Elle est ce bois d'Elisée, qui a fait surnager le fer des profondeurs de l'eau, car nous avons été par elle arrachés aux abîmes de la mort, et c'est à Elisée devenu chauve, à Jésus-Christ dépouillé de ses vêtements sur la croix et percé de clous au Calvaire, que nous devons ce bonheur. La croix est ce bois dont les Juifs ont dit dans Jérémie : « Venez, mélangeons du bois à son pain » ; c'est-à-dire : faisons mourir le Christ sur la croix. Elle est le palmier sur lequel Jésus est monté et dont il a cueilli le fruit, la rédemption du genre humain. Elle est la clé de David, qui a ouvert la porte du ciel et nous y a introduits.

    Saint Bonaventure, extrait de l’Explication des cérémonies de la Sainte Messe

  • Te lucis ante terminum

    Te lucis.jpg

    Præsta, Pater omnípotens,
    per Jesum Christum Dóminum,
    qui tecum in perpétuum
    regnat cum Sancto Spíritu. Amen.

    Faites-nous cette grâce, ô Père tout-puissant, par Jésus-Christ notre Seigneur, qui règne éternellement avec vous et le Saint-Esprit. Amen.

    Le texte des vers 3 et 4 (et de la doxologie) a été modifié par Urbain VIII pour l'office romain. La véritable hymne ambrosienne (conservée dans l'office monastique) a :

    ut solita clementia
    sis præsul ad custodiam.

    (que par ta bonté accoutumée tu présides à notre garde).

    Voici cette hymne par les moines de Solesmes :

    1- ton férial.
    podcast

    2- ton des fêtes mineures.
    podcast

    3- ton du dimanche.
    podcast

    4- ton des fêtes majeures.
    podcast

    5- ton des solennités.
    podcast

  • Ça n’a pas traîné…

    L’anonyme « Salle de presse du Saint-Siège », faisant fonction d’organe suprême du magistère de l’Eglise catholique, décrète (en italien, anglais et espagnol, le français étant désormais banni) que les propos du cardinal Sarah, préfet de la congrégation du culte divin, tenus le 5 juillet sur la liturgie, sont nuls et non avenus. Son appel à célébrer vers l’orient n’est pas conforme à l’article 299 de je ne sais quel texte en vigueur (qui est lui-même contredit par le texte officiel de la messe de Paul VI*), il ne faut pas parler de « réforme de la réforme », et le pape François a bien dit que la « forme extraordinaire » ne doit pas prendre la place de la « forme ordinaire »…

    On mesurera toute la mesquinerie, la petitesse, l’hypocrisie, mais surtout la méchanceté méprisante de ce pape qui par un communiqué anonyme d’un service qui n’a aucune autorité donne une paire de claques à un cardinal préfet de congrégation. Le cardinal Sarah dit n’importe quoi, circulez, il n’y a rien à voir...

    A papa calamitoso libera nos Domine. Celerrime.

    __________

    * Et en outre c'est une mauvaise interprétation dudit article 299, comme l'a précisé la congrégation pour le culte divin en septembre 2000.

    ________

    N.B. - Le texte complet officiel du discours du cardinal Sarah a été publié sur le site de Sacra Liturgia en anglais et en français.

  • Saint Jean Gualbert

    Neri_di_bicci,_gloria_di_san_giovanni_gualberto,_1455,_01.JPG

    Fresque peinte par Neri di Becci, en 1455, dans le cloître de l’abbaye Saint-Pancrace de Florence, déplacée en l’église de la Sainte-Trinité de la même ville après les inondations de 1966, et récemment restaurée. Cette église fut fondée par les Vallombrosains, la congrégation bénédictine de saint Jean Gualbert.

    On y voit le saint « en gloire », avec dix saints ou bienheureux de l’ordre, et le père abbé de Saint-Pancrace à genoux. On constate qu’ils sont tous en bure monastique, y compris l’évêque et le cardinal. Allusion à l’humilité de saint Jean Gualbert, qui refusa toujours d’être ordonné, même aux ordres mineurs, et qui, père abbé, attendait que le portier ouvre la chapelle pour y entrer.

    J’ai raconté en 2007 la polémique entre saint Jean Gualbert et saint Pierre Damien, qui n’est pas à l’honneur de ce dernier. Polémique absente de toutes les notices « pieuses » des livres hagiographiques, mais à laquelle il est donné une large place dans l’Année liturgique. Ce qui est d'autant plus notable que les deux protagonistes sont des bénédictins.

  • Splendor paternae gloriae

    Splendor.jpg

    Splendor2.jpg

    Deo Patri sit gloria
    Ejusque soli Filio
    Cum Spiritu Paraclito
    Nunc et per omne sæculum. Amen.

    A Dieu le Père soit la gloire, et à son Fils unique, avec l'Esprit Paraclet, maintenant et par tous les siècles. Amen.

    Hymne des laudes du lundi, traduction du P. Gladu, qui ne répète pas la doxologie identique pour toutes les hymnes d'un temps donné. La voici chantée dans sa version... ambrosienne, par le chœur de la cathédrale de Milan:
    podcast

  • 8e dimanche après la Pentecôte

    Gustáte et vidéte quóniam suávis est Dóminus : beátus vir qui sperat in eo.

    Goûtez et voyez combien le Seigneur est suave ; bienheureux l’homme qui espère en lui.

    C’est l’antienne de communion de ce dimanche. Ce verset du psaume 33 est particulièrement adapté à la communion, et il fait partie intégrante du commun de la messe dans le rite mozarabe et quelques autres. Il s’agit vraiment d’une antienne (comme le plus souvent), et il est particulièrement regrettable que celle-là reste orpheline et ne serve pas de refrain à la psalmodie du psaume 33 pendant la communion des fidèles.

    co_gustate_et_videte.jpg

    La voici chantée par les bénédictines d’Argentan :
    podcast

    L’antienne mozarabe (dite "Cantus ad accedentes" : chant pour ceux qui accèdent à la communion) garde seulement la première partie du verset et y ajoute trois alléluia qui font refrain. Le texte est légèrement différent de celui de la Vulgate: il y a "quam" au lieu de "quoniam" (saint Jérôme lui-même l'a cité ainsi dans son commentaire d'Isaïe), et "relinquet" au lieu de "delinquet":

    Gustate et videte quam suavis est Dominus.
    ℟. Alleluia, alleluia, alleluia.

    ℣. Benedicam Dominum in omni tempore ; semper laus ejus in ore meo.
    Je bénirai le Seigneur en tout temps, sa louange sera toujours dans ma bouche. (verset 1)
    ℟. Alleluia, alleluia, alleluia.

    ℣. Redimet Dominus animas servorum suorum, et non delinquet omnes qui sperant in eo. Alleluia, alleluia, alleluia.
    Le Seigneur rachète les âmes de ses serviteurs, et il n’abandonne pas ceux qui espèrent en lui. (verset 23 et dernier)
    ℟. Alleluia, alleluia, alleluia.

    ℣. Gloria Patri et honor Filio et Spiritui Sancto in sæcula sæculorum Amen.
    ℟. Alleluia, alleluia, alleluia.

    La voici par les moines de Silos (1964) :
    podcast

    Et en voici une version pleine de... saveur par les chœurs du séminaire et du "Colegio de Infantes" de Tolède, avec un "orchestre d'instruments anciens" (1966) :
    podcast

  • De la Sainte Vierge le samedi

    Non excedit fidem, quod homo exívit de vírgine, quando petra fontem prófluum scaturívit, ferrum super aquas natávit, ambulávit homo super aquas. Ergo si hóminem unda portávit, non potuit hóminem virgo generare, atque hóminem, de quo légimus: Et mittet illis Dóminus hóminem, qui salvos fáciet eos et notus erit Dóminus Ægyptiis? In veteri itaque Testaménto virgo Hebræórum per mare duxit exercitum: in novo Testaménto Virgo, generis aula cæléstis, electa est ad salútem.

    Cela n’excède pas la foi, qu’un homme soit sorti d’une vierge, quand la pierre a fait jaillir une source abondante, quand le fer a nagé sur les eaux, quand un homme a marché sur les eaux. Donc, si l’onde a porté un homme, une vierge n’aurait-elle pas pu engendrer un homme, et l’homme au sujet duquel nous lisons : “Et le Seigneur leur enverra un homme qui les sauvera et le Seigneur sera connu des Egyptiens” (Isaïe 19, 19-20) ? Ainsi dans l’Ancien Testament une vierge conduisit l’armée des Hébreux à travers la mer ; dans le Nouveau Testament la Vierge, temple du genre céleste, est élue en vue du salut.

    Lecture des matines, extraite d'une lettre de saint Ambroise au pape Sirice.

    N.B. Sur la vierge de l’Ancien Testament qui conduit l’armée des Hébreux (Marie, sœur de Moïse), voir ma note de l’an dernier, avec les illustrations.

  • Sainte Elisabeth (Isabel) du Portugal

    8.jpg

    Du site 1 œuvre 1 histoire :

    Cette peinture représente Sainte Elisabeth du Portugal et le Miracle des Roses. L'œuvre est située au musée Machado de Castro à Coimbra au Portugal.

    Sainte Elisabeth du Portugal (parfois appelée Isabel - variante espagnole de son prénom) est née en 1271 de Pierre III d’Aragon et de Constance II de Sicile. Son prénom lui fut donné en l’honneur de sa tante Elisabeth de Hongrie qui venait d’être canonisée en 1235. Durant toute son enfance elle se fit remarquer par sa piété et sa compassion envers les pauvres.

    En 1282 elle épouse Dinis Ier du Portugal, roi réformateur et poète, mais à la vie privée assez agitée. Elisabeth mena à la cour du Portugal la même vie de piété et de charité que dans son enfance. Elle pardonnait toujours à son mari, qui cependant l’aimait profondément, son inconduite.

    Les conseillers du roi se plaignirent des dépenses que la reine faisait, dépensant sans compter pour les nécessiteux. Dinis Ier décida d’intervenir et, la rencontrant un jour, lui demanda ce qu’elle cachait dans son tablier. Elisabeth lui répondit qu’il s’agissait de roses pour la chapelle. Comme on était au mois de janvier, et que cette floraison paraissait improbable, il somma son épouse de lui montrer ce qu’elle transportait. Celle-ci ouvrit son tablier et ce furent des roses qui apparurent. Devant ce miracle le roi n’intervint plus dans les œuvres pieuses de son épouse.

    A la mort de Dinis Ier en 1325 elle se retira au monastère des Clarisses de Coimbra menant une vie de prières et de pèlerinages. Elle se rendait à Estremoz pour réconcilier son fils Alphonse et son neveu le roi de Castille, y mourut en 1336 et son corps fut ramené à Coimbra. Elle fut canonisée par Urbain VIII en 1625 et depuis, pour les portugais elle est la Rainha Santa. Sa châsse au monastère de santa Clara a Nova est toujours un lieu de pèlerinage très fréquenté.

    Ce petit retable de 29cm/36cm, huile sur bois, peut être considéré comme le premier ex voto du Portugal. Il fut commandé dans la moitié du XVIe siècle à un peintre, resté inconnu, par un professeur de droit canon pour remercier la Sainte de la guérison de sa nièce.

    La peinture représente Sainte Elisabeth, couronne sur la tête, défaisant les plis de sa robe pour laisser apparaître les roses. Elle-même ne semble pas étonnée de ce miracle. En arrière fond, devant des vues de la ville de Coimbra sainte Elisabeth est représentée accomplissant des œuvres de charité dont le lavement des pieds d’une femme atteinte d’ulcères et qu’elle embrasse malgré l’odeur atroce qui s’en dégage.

  • Saints Cyrille et Méthode

    Allocution de saint Jean-Paul II au congrès International organisé par l’Institut pontifical oriental en octobre 1985 à l’occasion du 11e centenaire de la mort de saint Méthode.

    Chers amis, votre congrès international, réalisé pour le onzième centenaire de la mort de saint Méthode, sur le thème: “Le christianisme chez les Slaves”, a trouvé comme naturellement son siège à Rome. En effet, même si Méthode a rejoint le Seigneur dans l’éternité à Velehrad en Moravie, c’est à Rome que repose Constantin-Cyrille, son frère et compagnon inséparable dans la mission que Méthode a accomplie chez les Slaves et dans l’honneur qu’on lui rend aujourd’hui: “Mon frère, nous avons partagé le même sort, conduisant la charrue dans le même sillon”, disait saint Cyrille sur son lit de mort (Vita Methodii, VII, 2). C’est ici, à Rome, que, dans la basilique Sainte-Marie-Majeure, mon prédécesseur, le Pape Hadrien II, déposa sur l’autel les Livres saints traduits par eux en langue paléoslave, approuvant par ce geste les traductions et la liturgie dans cette langue. Ici, à Rome, les premiers ecclésiastiques slaves reçurent l’ordination et chantèrent leur première messe en slave. Ici encore, Méthode fut consacré évêque, avec le titre du siège de Sirmium, et fut mis à la tête du premier diocèse pour les nations slaves de la Pannonie et de la Grande-Moravie, avec l’autorité très étendue de Délégué du Saint-Siège pour tous les Slaves.

    Votre Congrès – avec son dense réseau de rapports scientifiques, de communications et les autres activités parallèles, comme l’exposition de codex, d’incunables et de livres rares slaves – est, pour la première fois dans l’histoire, une manière d’illustrer concrètement et de faire briller les figures des deux saints apôtres des slaves avec leur richesse multiforme. Vous représentez toutes les nations slaves, et aussi les autres qui s’associent à elles dans la vénération et l’estime des deux saints et dans l’amour réciproque de leurs héritiers. Oui, votre présence est une vive image de la grandeur et de l’étendue de l’héritage spirituel de Cyrille et Méthode, qui est indissolublement religieux et culturel.

    Une telle initiative n’a pas seulement un intérêt historique et scientifique; elle permet d’éclairer la route que doivent emprunter les évangélisateurs d’aujourd’hui. Ce sens de l’apostolat des saints Cyrille et Méthode importe grandement pour nous, comme je le disais dans l’encyclique que je leur ai consacrée. Il nous est bon d’admirer le courage missionnaire de ces pionniers qui ont quitté leur patrie et la civilisation brillante de Byzance pour porter l’Evangile dans un autre univers culturel, au prix d’un grand détachement, de nombreuses fatigues et de dures incompréhensions et persécutions. Ils n’avaient en vue que le bien des peuples slaves, dont ils respectaient l’égale dignité de frères en Jésus Christ, qu’ils aimaient, sans aucun esprit de discrimination, qu’ils tenaient à aider dans la défense de leur propre identité, et qu’ils voulaient faire bénéficier du salut apporté par le Christ. L’approche évangélisatrice comportait un profond respect des personnes, de leurs traditions, de leurs valeurs humaines, de leurs aspirations, avec un esprit de dialogue qui excluait l’imposition par la force. C’est grâce à cet amour, à ce zèle, à ce réalisme, qu’ils ont assimilé la culture de leurs amis, pénétré leur mentalité, traduit dans leur langue le message chrétien, et inventé l’écriture correspondante. Ce qui est mon moins admirable, dans cette œuvre d’adaptation et d’inculturation, c’est le soin mis à respecter l’orthodoxie du message, pour que la foi et les mœurs des convertis soient cohérentes avec l’unique dépôt de la Tradition. Ils avaient un sens aigu de l’unité spirituelle commune à l’Eglise romaine, à l’Eglise de Constantinople et aux Eglises slaves. Ils savaient à quel point cette unité dans la fidélité, la paix et l’amour étaient indispensables à l’Eglise. Avec eux, nous apprécions mieux les racines chrétiennes de l’Europe. Avec eux, nous comprenons mieux comment l’Eglise doit se présenter et exercer sa mission dans le monde d’aujourd’hui, en Europe et dans les jeunes Eglises de mission.

  • Le cardinal Sarah prône la révolution...

    13612365_875861352513626_2500735492189070702_n.jpg

    Dans son discours à la troisième conférence internationale Sacra Liturgia, hier, le cardinal Sarah, préfet de la congrégation pour le culte divin, a évoqué une éventuelle « réforme de la réforme » liturgique, a déclaré que « la célébration pleine et riche de la forme ancienne du rite romain, l’usus antiquior, devrait être une part importante de la formation liturgique du clergé », et a lancé un appel pressant pour que la messe soit célébrée ad orientem. Voici l’extrait de son discours sur ce dernier sujet, qui a été salué par des applaudissements.

    Je veux lancer un appel à tous les prêtres. Peut-être avez-vous lu mon article dans L’Osservatore Romano il y a un an, ou mon entretien donné au journal Famille chrétienne au mois de mai de cette année. A chaque fois, j’ai dit qu’il est de première importance de retourner aussi vite que possible à une orientation commune des prêtres et des fidèles, tournés ensemble dans la même direction – vers l’est ou du moins vers l’abside – vers le Seigneur qui vient, dans toutes les parties du rite où l’on s’adresse au Seigneur. Cette pratique est permise par les règles liturgiques actuelles. Cela est parfaitement légitime dans le nouveau rite. En effet, je pense qu’une étape cruciale est de faire en sorte que le Seigneur soit au centre des célébrations.

    Aussi, chers frères dans le sacerdoce, je vous demande de mettre en œuvre cette pratique partout où cela sera possible, avec la prudence et la pédagogie nécessaire, mais aussi avec la confiance, en tant que prêtres, que c’est une bonne chose pour l’Eglise et pour les fidèles. Votre appréciation pastorale déterminera comment et quand cela sera possible, mais pourquoi ne pas commencer le premier dimanche de l’Avent de cette année, quand nous attendons le « Seigneur [qui] va venir sans tarder » (cf l’introït du mercredi de la première semaine de l’Avent) ? Chers frères dans le sacerdoce, prêtons l’oreille aux lamentations de Dieu proclamées par le prophète Jérémie : « Car ils m’ont tourné le dos » (Jr 2,27). Tournons-nous à nouveau vers le Seigneur !

    Je voudrais aussi lancer un appel à mes frères évêques : conduisez vos prêtres et vos fidèles vers le Seigneur de cette façon, particulièrement lors des grandes célébrations de votre diocèse et dans votre cathédrale. Formez vos séminaristes à cette réalité : nous ne sommes pas appelés à la prêtrise pour être au centre du culte nous-mêmes, mais pour conduire les fidèles au Christ comme de fidèles compagnons. Encouragez cette simple, mais profonde réforme dans vos diocèses, vos cathédrales, vos paroisses et vos séminaires. En tant qu’évêques, nous avons une grande responsabilité, et un jour nous devrons en rendre compte au Seigneur.

    13599806_10153549049256916_8281477160611242252_n.jpg

    Ce à quoi Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon, a aussitôt répondu :

    C’est avec une grande joie que nous avons appris aujourd’hui que le Saint-Père vous a demandé d’initier une étude de la « réforme » de la réforme liturgique qui suivit le Concile, et d’étudier les possibilités d’un enrichissement mutuel entre l’ancienne et la nouvelle forme du rit romain, ce que le pape Benoît XVI avait évoqué le premier.

    Eminence, votre appel à ce que nous « retournions dès que possible à une orientation commune » dans nos célébrations liturgiques « vers l’Orient ou au moins vers l’abside, là où vient le Seigneur », est une invitation à redécouvrir radicalement quelque chose qui est à la racine même de la liturgie chrétienne. Cela exige de nous de réaliser une fois encore, dans toutes nos célébrations, que la liturgie chrétienne est essentiellement orientée vers le Christ dont nous attendons la venue avec une espérance joyeuse.

    Monsieur le Cardinal, je suis seulement un évêque et ne représente qu’un diocèse du sud de la France. Mais afin de répondre à votre appel, je souhaite dire dès à présent que j’aurai l’occasion de célébrer la sainte messe ad orientem, vers le Seigneur qui vient, dans la cathédrale de Toulon lors du dernier dimanche de l’Avent, et chaque fois que l’occasion opportune se présentera. Avant l’Avent, j’adresserai un message à mes prêtres et aux fidèles à ce sujet pour expliquer ma décision. Je les encouragerai à suivre cet exemple. En tant que chef et pasteur de mon diocèse, je leur demanderai de recevoir mon témoignage personnel, dans l’idée de faire leur faire redécouvrir, par la pratique de la messe orientée, la primauté de la grâce au cours des célébrations. J’expliquerai que ce changement est utile pour se rappeler la nature essentiel du culte chrétien : tout doit être toujours tourné vers le Seigneur.

    On lira ci-après l’intégralité du discours du cardinal Sarah (du moins tel qu’on le trouve en petits morceaux sur la page Facebook de Sacra Liturgia).

    Lire la suite