Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Liturgie

  • Annonciation

    Doxastikon des premières vêpres, par Evgenios Hardavellas (Khardabellas), protopsalte de la cathédrale orthodoxe de Rhodes, avec les peintures de cette cathédrale.

    Ἀπεστάλη ἐξ οὐρανοῦ Γαβριὴλ ὁ Ἀρχάγγελος, εὐαγγελίσασθαι τῇ Παρθένῳ τὴν σύλληψιν· καὶ ἐλθὼν εἰς Ναζαρέτ, ἑλογίζετο ἐν ἑαυτῷ, τῷ θαῦμα ἐκπληττόμενος· ὅτι, Πῶς ὁ ἐν ὑψίστοις ἀκατάληπτος ὤν, ἐκ παρθένου τίκτεται! ὁ ἔχων θρόνον οὐρανόν, καὶ ὑποπόδιον τὴν γῆν, ἐν μήτρᾳ χωρεῖται γυναικός! ᾧ τὰ Ἑξαπτέρυγα καὶ Πολυόμματα ἀτενίσαι οὐ δύνανται, λόγῳ μόνῳ ἐκ ταύτης σαρκωθῆναι ηὐδόκησε, Θεοῦ ἐστι Λόγος ὁ παρών. Τὶ οὖν ἵσταμαι, καὶ οὐ λέγω τῇ Κόρῃ; Χαῖρε Κεχαριτωμένη ὁ Κύριος μετὰ σοῦ, χαῖρε ἁγνὴ Παρθένε, χαῖρε Νύμφη ἀνύμφευτε, χαῖρε Μήτηρ τῆς ζωῆς, εὐλογημένος ὁ καρπὸς τῆς κοιλίας σου.

    Du ciel fut envoyé l'archange Gabriel / pour annoncer à la Vierge sa conception; / en route vers Nazareth, il méditait sur l'étonnante merveille: / Comment! le Très-Haut, l'Infini, va naître d'une Vierge! / Celui qui pour trône a le ciel, et la terre pour escabeau, / va trouver place dans le sein d'une femme! / Celui que les Chérubins aux six ailes et les Séraphins aux yeux innombrables n'osent regarder / accepte de prendre chair en elle par sa seule parole! / Voici qu'est présent le Verbe de Dieu. / Pourquoi hésiter au lieu de dire à la Vierge: / Réjouis-toi, Pleine de grâce, le Seigneur est avec toi, / réjouis-toi, Vierge pure, Epouse inépousée, / réjouis-toi, ô Mère de la Vie, / car le fruit de ton sein est béni.

  • Troisième dimanche de carême

    Extóllens vocem * quædam múlier de turba, dixit : Beátus venter qui te portávit, et úbera quæ suxísti. At Iesus ait illi : Quinímmo beáti, qui áudiunt verbum Dei, et custódiunt illud.

    Élevant la voix, une femme dans la foule dit : Heureuses les entrailles qui vous ont porté et le sein qui vous a nourri. Mais Jésus lui dit : Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent.

    chant_img-1.png

    Voici l’antienne du Magnificat des vêpres de ce jour, qui reprend les derniers mots de l’évangile. On pourra la comparer avec l’antienne de communion de la messe d’hier, à laquelle elle ressemble parce qu’elle dans le même mode 8. Cette antienne de l’office est paradoxalement beaucoup plus longue et plus complexe que l’antienne de la messe, avec plusieurs neumes de trois notes et même un de quatre notes, et un ambitus plus large : sol-mi au lieu de sol-do.

    Elle est plus longue parce qu’elle raconte une histoire, et un dialogue. Les épisodes sont clairement marqués par leur ponctuation musicale : deux notes pointées sur la tonique. On remarque l’accent sur Beatus par élargissement et montée de la mélodie, la révérence sur Jesus, et l’insistance sur custodiunt, le mot principal du propos : ce qui compte c’est de garder, mettre en pratique, la parole de Dieu. Mais cela n’infirme en rien le fait qu’est bienheureux le ventre qui a porté Jésus : c’est sur ce mot que se trouve le sommet de la mélodie : ce qu’a porté ce ventre était la Parole de Dieu.

    Par les moniales d’Argentan, sous la direction de dom Gajard, en 1970 :


    podcast

  • Samedi de la deuxième semaine de carême

    Opórtet te, fili, gaudére, quia frater tuus mórtuus fúerat, et revíxit : períerat, et invéntus est.

    Il faut te réjouir, mon fils, parce que ton frère était mort et qu’il est revenu à la vie ; parce qu’il était perdu, et qu’il est retrouvé.

    Screenshot_2019-03-22 GR122(1).png

    L’antienne de communion de la messe de ce jour reprend les derniers mots de l’évangile et donc en souligne la portée, tant à ce moment de la messe que dans la perspective de la Passion, en nous orientant déjà vers la Résurrection.

    C’est un très discret mais très réel chef-d’œuvre du plain chant : un maximum d’expression avec un minimum de moyens. Un plain-chant minimaliste, tellement économe qu’il est presque entièrement syllabique et se cantonne à la quarte sol-do. Mais tout a été soigneusement pensé.

    Cela commence par un saut tonique-dominante, qui attire l’attention et par lequel le Père attire l’attention de son fils aîné. La descente la-fa de fili suffit à suggérer la tendresse, puis on insiste sur la joie qui est de mise : deux notes pointées. Pourquoi ? Le Père hausse le ton à la dominante explique que c’est parce que ton frère était mort, descente do-si-sol, mais qu’il est revenu à la vie, et reviennent les deux notes pointées qui insistent sur cette résurrection en donnant le motif de la joie (en redonnant le motif musical de gaudere). Il avait péri : nouvelle descente do-si-sol, et conclusion sereine et joyeuse du huitième mode : on l’a retrouvé.

  • Vendredi de la deuxième semaine de carême

    Ego autem cum justítia apparébo in conspéctu tuo : satiábor, dum manifestábitur glória tua.
    Exáudi, Dómine, justitiam meam : inténde deprecatióni meæ.

    Pour moi c’est par la justice que je serai admis en votre présence : je serai rassasié lorsque se manifestera votre gloire.
    Exaucez, Seigneur, ma justice ; soyez attentif à ma supplication.

    (Remarquer la plénitude de contentement de la mélodie de « satiabor ».)

    Dom Pius Parsch :

    L’Introit est une magnifique prière qui nous suggère de nombreuses pensées : « Pour moi, je paraîtrai dans la justice, devant ta face ; je serai rassasié quand ta gloire se révélera. » Nous nous demandons : Qui parle ainsi ? On peut mettre ces paroles dans la bouche des catéchumènes, des pénitents, des fidèles, qui font leur entrée. Plus tard, ce sera l’espérance pascale ; maintenant, ils sont encore dans l’humiliation du Carême. Dans la nuit de Pâques, les catéchumènes paraîtront en habits blancs devant la face du Seigneur et se rassasieront du pain de vie. Les pénitents seront réconciliés le Jeudi Saint. Quant aux fidèles, ils goûtent déjà, par avance, au Saint Sacrifice et dans la communion, la gloire pascale. Pour ces trois groupes, cette parole est le but du long voyage de Carême, qui est décrit en termes très beaux dans le psaume entier (l’antienne est le dernier verset du psaume [16]) : « Écoute, Seigneur, ma juste prière, fais attention à ma supplication... Tu éprouves mon cœur et le visite pendant la nuit... à cause de tes commandements j’ai dû suivre une voie pénible... » — Cependant, nous pouvons aussi mettre cette parole dans la bouche du Christ et dans celle de saint Vital [la “station” romaine du jour est l’église du martyr saint Vital]. Eux aussi marchent vers le but du « pénible chemin » de la souffrance, dans lequel ils sont entrés. L’Introït est, en tout cas, une belle prière d’entrée, que nous pourrions réciter comme oraison jaculatoire avant la messe. Dans chaque messe, nous contemplons la face du Seigneur (Canon) et nous nous rassasions de sa gloire (Communion).

  • Miracle au Portugal

    Le patriarche de Lisbonne José Policarpo avait explicitement interdit l’application du motu proprio Summorum Pontificum au Portugal, se mettant ainsi ouvertement hors la loi. Il s’est retiré en 2013 (et il est mort en 2014 à 78 ans). Son successeur Manuel do Nascimento est moins extrémiste. Il a permis peu à peu quelques messes, et désormais il y a une (oui, une, mais c’est historique…) messe quotidienne au centre de Lisbonne.

    La messe en semaine est à 19h à l’Ancienne église de l’Immaculée Conception, et le dimanche c’est la grand-messe de 11h en l’église Saint Nicolas.

    Nossa Senhora da Conceição Velha

    3584458.jpg

    340+IGREJA+DA+CONCEIÇÃO+VELHA+-+LISBOA.JPG

    São Nicolau

    igreja-de-sao-nicolau.jpg

    171.jpg

    140.jpg

  • Jeudi de la deuxième semaine de carême

    Lecture des matines : début de l’homélie de saint Grégoire le Grand sur l’évangile du jour : le riche et le pauvre Lazare (Luc 16, 19-31).

    Que signifie, frères très chers, que signifie ce riche « qui s’habillait de pourpre et de linge fin et faisait chaque jour des festins splendides », sinon le peuple juif qui eut extérieurement un culte de la vie ; qui se servit des délices de la loi reçue pour s’en faire gloire et non pour agir ? Et Lazare, couvert d’ulcères, qu’exprime-t-il en figure, sinon le peuple des nations ? S’étant converti à Dieu, il n’a pas rougi de confesser ses péchés, ce lui fut une lésion sur la peau. Car le virus est attiré des organes internes et se déclare au-dehors par une lésion de la peau.

    Qu’est donc la confession des péchés sinon une sorte d’ouverture des lésions ? Parce que le virus du péché se déclare salutairement par la confession alors qu’il couvait pernicieusement dans l’âme. Car, les lésions de la peau attirent en surface l’humeur putride. Et, en confessant nos péchés, que faisons-nous d’autre que de déclarer le mal qui couvait en nous ? Mais Lazare, couvert de plaies, « aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; et personne ne le lui offrait. » Car ce peuple superbe dédaignait d’admettre un païen à la connaissance de la loi. Puisque la doctrine de la loi portait ce peuple à l’élévement, non à la charité, il s’enflait comme d’une richesse reçue ; et parce que les paroles débordaient de sa science, elles tombaient comme des miettes de la table.

    D’autre part, les chiens venaient lécher les plaies de ce pauvre qui gisait là. Souvent, dans le langage sacré, les chiens désignent les prédicateurs ; car la langue des chiens, en léchant une plaie, la guérit. De la même manière, les saints docteurs, quand ils nous instruisent lors de la confession de notre péché, touchent, pour ainsi dire, la plaie de notre âme avec la langue.

    *

    Chez les bénédictins c'est la fête de saint Benoît.

    Cette messe de saint Benoît, elle était, au point de vue du texte, exquise ; elle avait conservé le graduel et le trait, l’evangile et la communion de la délicieuse messe des abbés, mais elle débutait par le « Gaudeamus » des cocagnes liturgiques, était pourvue d’une epître spéciale très bien appropriée aux vertus que l’on adulait du patriarche, d’une séquence moins heureuse, en ce sens que si elle était habile à rappeler en ses courtes strophes les personnages de la Bible auxquels pouvait se comparer le saint, elle manquait trop de naïveté, et, avec son latin qui se croyait élégant, sonnait faux.

    Quant au plain-chant, il était celui du répertoire de luxe, c’est-à-dire qu’il était prétentieux et médiocre. Le Kyrie à filandres et à tirebouchons, le Gloria de toit et de cellier, le Credo pour pochette de maître de danse, tout s’y trouvait.

    Evidemment, soupirait Durtal, ma conviction s’affirme davantage, chaque jour, que les rénovateurs de la musique grégorienne sont partis d’un principe faux, alors qu’ils ont distribué les différentes parures des messes. Ils se sont imaginé que plus les pièces étaient chantournées et remorquaient à leur suite des caravelles exagérées de neumes et mieux elles convenaient au rite élevé des fêtes et étaient aptes à en rehausser l’éclat ; et pour moi, ce serait plutôt le contraire ; car plus le plain-chant est simple et naïf et plus il est éloquent et mieux il rend, en une langue d’art vraiment unique, l’allégresse ou la douleur qui sont, en somme, les deux sujets dont traitent les services de l’église, selon le Propre du Temps. (…)

    Les Vêpres étaient transférées avant le déjeuner, car logiquement elles devaient être débitées à jeun et l’on n’aurait pu se sustenter avant cinq heures du soir, si l’horaire coutumier avait été suivi ; et ces vêpres de férie étaient une surprise. On les récitait si rarement ! L’on n’entendait plus le « Dixit Dominus Domino meo » et les psaumes rebattus du dimanche. Ils changeaient, sans doubler l’antienne, chaque jour ; et, le lundi, l’on pouvait enfin écouter le magnifique « In exitu Israel de Aegypto » que l’on ne chante presque jamais dans la liturgie Bénédictine.

    Les Vêpres de saint Benoît ramenaient la monnaie courante des psaumes, mais leur inintérêt était sauvé par de splendides antiennes, celle de Sexte surtout, le « gloriosus Confessor Domini ». Elles eussent été parfaites sans une hymne aussi médiocre que celle de la messe, le « Laudibus cives resonent canoris », puant la langue païenne, le latin de la Renaissance, avec son Olympe mis tout le temps à la place du ciel, une hymne qui sentait la commande, le devoir de collège, le pion. (…)

    Cette funèbre vie liturgique que nous avons commencée avec la Septuagésime, qui est la probation du Carême, comme lui-même est le noviciat de la passion et de la Semaine Sainte, va s’assombrir encore avec les préludes de Pâques, et ce sera enfin fini, murmurait Durtal ; et je n’en serai vraiment pas fâché, car ces jeûnes et ces maigres répétés m’excèdent ; vrai, le brave saint Benoît aurait bien dû, à l’occasion de sa fête, nous permettre d’user d’aliments gras ! Va te faire fiche, l’austère morue va, une fois de plus, sévir, continua-t-il, en emboîtant le pas derrière les moines qui rejoignaient le cloître par la petite porte ouverte dans le fond de l’église. De nombreux prêtres des environs, quelques Dominicains, invités par le père prieur, se promenaient sous les galeries. Il y eut échange de présentations. Durtal cherchait un joint pour aller fumer une cigarette dans le jardin, quand il fut accaparé par le curé. Il l’emmena dans une allée et là, en attendant l’heure du repas, le prêtre lui raconta les cancans du village. (…)

    L’Angelus sonna et mit fin à l’entretien ; ils regagnèrent les arcades du cloître. Dom Prieur lava les mains de tous les invités qui se pressaient à la queue leu-leu devant la porte du réfectoire et, au son d’une lecture tombant en ondée monotone sur les tables, le dîner commença.

    Il n’y avait point la morue prédite, mais une anguille chapelurée, nageant dans une eau échalotée qui sentait le cuivre, des œufs mollets crevés sur des épinards au sucre, des pommes de terre frites, une crème liquide au caramel, du gruyère et des noix ; et, ce qui fut le comble du luxe, l’on but un doigt de vin excellent récolté dans les monastères de l’Espagne.

    J.-K. Huysmans, L'Oblat

  • Mercredi de la deuxième semaine de carême

    Vézelay_Chapiteau_110708_1.jpg

    ℟. Dixit Angelus ad Jacob:
    * Dimítte me, aurora est. Respóndit ei: Non dimíttam te, nisi benedíxeris mihi. Et benedíxit ei in eodem loco.
    . Cumque surrexísset Iacob, ecce vir luctabátur cum eo usque mane: et cum vidéret quod eum superáre non posset, dixit ad eum.
    ℟. Dimítte me, aurora est. Respóndit ei: Non dimíttam te, nisi benedíxeris mihi. Et benedíxit ei in eodem loco.

    L’ange dit à Jacob : Laisse-moi, car déjà se lève l’aurore. Il lui répondit : Je ne vous laisserai point si vous ne me bénissez. Et il le bénit en ce même lieu.
    Lorsque Jacob se fut levé, voilà qu’un homme lutta avec lui jusqu’au matin ; or, comme cet homme vit qu’il ne pouvait le vaincre, il lui dit :
    Laisse-moi, car déjà se lève l’aurore. Il lui répondit : Je ne vous laisserai point si vous ne me bénissez. Et il le bénit en ce même lieu.

    ℟. Vidi Dóminum fácie ad fáciem:
    * Et salva facta est ánima mea.
    . Et dixit mihi: Nequáquam vocáberis Iacob, sed Israël erit nomen tuum.
    ℟. Et salva facta est ánima mea.

    J’ai vu le Seigneur face à face : et mon âme a été sauvée.
    Et il m’a dit : On ne t’appellera plus du nom de Jacob, mais Israël sera ton nom.
    Et mon âme a été sauvée.

    La lecture biblique de cette semaine est l’histoire de Jacob dans la Genèse. Les deux premiers répons des matines de ce jour font référence au mystérieux combat de Jacob contre… contre qui ? Le texte biblique parle d’un « homme ». Mais cet « homme » vaincu par Jacob lui dit qu’il s’appellera désormais Israël parce que, s’il a été fort contre Dieu, combien plus prévaudra-t-il contre les hommes… Fort contre Dieu, c’est un des sens possibles d’Isra-el (paradoxalement le premier sens est « Dieu prévaut »). Et celui qui parle ainsi se désigne donc lui-même comme Dieu. On voit que la liturgie parle d’un ange dans le répons, tout en gardant « l’homme » du début dans le verset. Et dans sa traduction de la Septante, Pierre Giguet dit de même « l’ange », trois fois de suite, pour éviter un « il » dont on finit par ne plus savoir lequel des lutteurs il représente. La plupart des représentations picturales, toutes occidentales, sont celles de la "lutte de Jacob avec l'ange". C'est que, lorsque le prophète Osée évoque cet épisode, il parle bien d'un ange.

    En fait, Jacob voit d’abord un homme, et se bat contre un homme, mais cet homme est Dieu, comme il ne le dit qu’indirectement (en changeant son nom, et en le bénissant, et en refusant de dire son nom, qui est ineffable), et la liturgie - et Osée avant elle - se conforme à un usage très répandu dans la Bible qui est de dire « l’ange du Seigneur » pour parler de Dieu, plus exactement de Dieu qui a quelque chose à communiquer à l’homme (ce qui est proprement la fonction de l’ange).

    Juste après le combat (et la bénédiction), Jacob comprend que c’était Dieu, et il dit : « J’ai vu Dieu face à face et j’ai conservé la vie » (c’est le sens ici de « mon âme a été sauvée »).

    Cela paraît contredire ce que répond Dieu à Moïse qui lui demande sur le Sinaï de lui montrer sa face : « Tu ne peux pas voir ma face, car l’homme ne peut me voir et vivre. »

    Il n’y a pas de contradiction. Dans plusieurs autres passages de l’Exode, Moïse est « face à face » avec Dieu. Mais ce n’est jamais avec Dieu dans son essence de toute façon inaccessible aux yeux de chair. C’est toujours un intermédiaire, le buisson, la nuée, l’Ange. Tandis que sur le Sinaï il s’agit de la présence de Dieu lui-même, dans sa « gloire », précise le texte. Une gloire que nul mortel ne peut voir. De fait Moïse ne la verra pas, puisque Dieu étend sa main droite pour le protéger tandis qu’elle passe devant lui, et il ne pourra voir la face de Dieu que de dos.

    2405833512.jpg

  • Saint Joseph

    Screenshot_2019-03-18 GregoBase - Joseph fili David.png

    Les pièces du propre de la messe de saint Joseph ont été prises dans divers communs des saints. Sauf l’antienne de communion, dont le texte est une citation de l’évangile de la fête.

    La mélodie est reprise et habilement adaptée de l’antienne de communion du lundi saint, de façon à lui enlever son aspect de combat et de plainte pour lui donner un aspect lumineux et sereinement joyeux. On remarque que les deux mélismes de la deuxième phrase, repris de l’antienne du lundi saint, tombent tous deux sur « est ». Celui qui va naître de la Vierge est l’être même, celui qui dit : Je Suis.

    Par les moines du monastère Saint-Benoît de São Paulo (ce n’est pas l’idéal, mais les autres interprétations sur internet se terminent par l’Alléluia, ce qui est interdit en carême, et de toute façon elles ne sont pas très bonnes non plus).

    Joseph, fili David, noli timére accípere Maríam cónjugem tuam : quod enim in ea natum est, de Spíritu Sancto est.
    Joseph, fils de David, ne craint point de prendre chez toi Marie ton épouse, car ce qui est conçu en elle est du Saint-Esprit.

  • Lundi de la deuxième semaine de carême

    La première lecture de la messe de ce jour est la fin de la grande prière de Daniel au chapitre 9 du livre qui porte son nom (versets 15-19). Au verset 3 Daniel disait : « Et je tournai mon visage vers les Seigneur mon Dieu pour le prier et l’implorer, dans les jeûnes, le sac et la cendre. » Une prière qui convient donc bien au carême, et puisque Jérusalem est figure de l’Eglise, qui convient particulièrement dans la situation où elle se trouve aujourd’hui.

    Seigneur notre Dieu, qui avez tiré votre peuple du pays d’Égypte avec une main puissante, et qui vous êtes fait un nom tel qu’il est aujourd’hui, nous avons péché, nous avons commis l’iniquité. Seigneur, selon toute votre justice, je vous en conjure, que votre colère et votre fureur se détournent de votre ville de Jérusalem et de votre montagne sainte ; car, à cause de nos péchés et des iniquités de nos pères, Jérusalem et votre peuple sont en opprobre à tous ceux qui nous environnent. Maintenant donc, écoutez, notre Dieu, les prières et les supplications de votre serviteur ; montrez votre face sur votre sanctuaire, qui est désert ; faites-le pour vous-même. Abaissez, mon Dieu, votre oreille et écoutez ; ouvrez vos yeux, et voyez notre désolation et cette ville sur laquelle votre nom a été invoqué ; car ce n’est pas à cause de notre justice que nous vous présentons humblement nos prières, mais à cause de vos nombreuses miséricordes. Exaucez, Seigneur, apaisez-vous, Seigneur ; soyez attentif et agissez ; ne tardez pas, mon Dieu, pour vous-même, parce que votre nom a été invoqué sur cette ville et sur votre peuple, ô Seigneur notre Dieu.

  • Deuxième dimanche de carême

    Le somptueux graduel de ce dimanche est l’un des plus anciens, alors qu’a priori on penserait le contraire, et pour deux raisons. La première est qu’il commence de façon tonitruante par ce qui sonne à nos oreilles comme l’accord parfait de fa majeur, et non un mode de plain chant. Or cet accord fa-la-do va rythmer toute la pièce, soit en montant, soit en descendant, et même trois fois de suite en descendant (puis une fois en remontant) sur laborem (motif qu’on trouve dans cinq autres graduels). En outre, il paraît moduler en la mineur sur meum puis en ut majeur sur omnia, avant sa conclusion, bien connue par ailleurs, en réel mode de fa.

    La deuxième raison est ce qui décontenançait dom Baron : la mélodie est brillante, lumineuse, joyeuse, alors qu’elle est censée exprimer un texte très sombre et douloureux. Au point que dom Baron demandait qu’on la chante « avec un peu de lenteur et de poids et dans un sentiment de contrition », sinon « elle sonnera faux, parce qu’elle aura sur les mots mêmes de la souffrance quelque chose de satisfait qui reflète le bonheur ».

    C’est oublier l’évangile de ce jour : la Transfiguration. C’est la montée vers Jérusalem, vers la Croix. Jésus vient d’annoncer à ses apôtres sa Passion et sa Résurrection. Et il leur donne une image de sa gloire pour qu’ils s’en souviennent pendant la Passion. Nous sommes encore au début du carême, et l’Eglise nous met sous les yeux la Transfiguration pour nous donner le courage de continuer notre montée vers Jérusalem, en nous montrant le but. Le texte du graduel est un texte de carême, et même déjà de la Passion, mais la mélodie est tout en traits de lumière et de joie, elle illumine le texte de part en part comme la lumière surnaturelle qui irradie du Sauveur transfiguré (et du coup elle se met à inventer la future gamme majeure). Cela ne sonne pas faux : c’est un exemple des nombreux paradoxes du christianisme. Alors que le Christ est transfiguré, il parle avec Moïse et Elie, nous dit saint Luc, « de sa sortie qui sera accomplie à Jérusalem » - le mot grec est « exode » - autrement dit de sa Passion. De même, le texte du graduel dit la Passion, mais le chant… le transfigure.

    (N.B. Je sais bien que les chants de cette messe ont été composés pour la messe de mercredi dernier. Mais il n’y a pas de hasard, et de toute façon cette messe annonce la Transfiguration, par l’évocation de Moïse, Elie et Jonas.)

    Tribulatiónes cordis mei dilatátæ sunt : de necessitátibus meis éripe me, Dómine. ℣. Vide humilitátem meam et labórem meum : et dimítte ómnia peccáta mea.

    Les tribulations de mon cœur se sont multipliées ; tirez-moi de mes angoisses. Voyez mon humiliation et ma peine et remettez-moi tous mes péchés.