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Liturgie

  • La décollation de saint Jean Baptiste

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    Les Croisés s'emparent de la capitale de l'Empire Byzantin le 14 avril 1204 lors de la quatrième Croisade. La cité fut pillée et mise à sac.

    Le chanoine Vallon de Sardon trouva dans les ruines d'un palais un étrange étui, il l'ouvrit et vit un plat en argent au centre duquel, abrités par une cloche en verre, se trouvaient des restes de visage humain. Seule la mâchoire inférieure manquait. Une inscription en grec fit comprendre au chanoine qu'il s'agissait de la tête de St Jean. Vallon de Sardon décida d'emmener la relique au Nord de la France, sa région natale. Ce n'est qu'en 1206, après un voyage de deux ans, que l'évêque d'Amiens accueillit en grande pompe les reliques de saint Jean Baptiste; en 1220 fut posée la première pierre de l'admirable cathédrale appelée à devenir le plus bel édifice gothique d'Europe et c'est là que repose la tête de saint Jean.

    A la suite de la Révolution, des inventaires des biens de l'Eglise sont établis partout dans le pays, les reliques sont confisquées. Le reliquaire contenant la tête de Jean Baptiste est blasphémé par la Convention. Les parures précieuses en sont arrachées et il est ordonné d'enfouir la tête dans un cimetière. Mais cet ordre fut ignoré! Dans le secret le maire de la ville cacha le reliquaire dans sa maison. Ce n'est que vingt ans plus tard que la tête réintégra la cathédrale.

    Cependant la Révolution réussit à instiller dans les esprits le doute à l'égard des reliques. Le XIXe siècle alla encore plus loin et, non sans la complicité de l'Eglise, la science s'attela à démontrer la non authenticité de toutes les reliques. La vénération de la relique d'Amiens vint à disparaître et ce n'est qu'en 1958 que l'évêque d'Amiens réunit une commission scientifique.

    Les experts conclurent en fonction de nombreux paramètres et à la suite d'études approfondies, que la tête était vraiment celle de saint Jean.

    Xenia Krivocheine, Parlons d’orthodoxie

    (Le reliquaire actuel date du XIXe siècle, il est l'œuvre de Placide Poussielgue-Rusand.)

  • Saint Augustin

    « Le culte du grand docteur d’Occident ne dépasse pas les frontières du romanum eloquium, il est inconnu de toutes les liturgies orientales », écrit l’hyperspécialiste du culte des saints, Pierre Jounel… qui a puissamment contribué à les affaiblir et démolir lors de la « réforme » liturgique.

    Saint Augustin se trouve pourtant très officiellement, au 15 juin, dans le synaxaire de l’Eglise de Grèce, comme on peut le voir sur ce site de « Présence orthodoxe », ou sur le site du synaxaire, qui donnent une brève biographie de l’évêque d’Hippone et les pièces liturgiques propres (même s'ils agit de ce qu'on appelle dans la liturgie latine une messe "dans certains lieux", puisque le saint du jour dans le calendrier byzantin est le prophète Amos). Ce dernier site donne même un enregistrement du tropaire, dont voici une traduction, prise sur un autre site orthodoxe, francophone, indiquant également la fête de saint Augustin le 15 juin :

    Célébrons le grand Augustin,
    Divin hiérarque de l'Église du Christ,
    Sage docteur et illustre théologien de la Cité Céleste,
    Amoureux de la prière et pilier du repentir,
    Car il intercède auprès du Seigneur afin que nos âmes en obtiennent abondante miséricorde.

    Αὐγουστῖνον τὸν μέγαν ἀνευφημήσωμεν, τὸν Ἱεράρχην τὸν θεῖον τῆς Ἐκκλησίας Χριστοῦ καὶ σοφὸν ὑφηγητήν· τῆς ἄνω πόλεως, τὸν θεολόγον τὸν κλεινὸν, προσευχῆς τὸν ἔραστὴν, καὶ στήλην τῆς μετανοίας· πρεσβεύει γὰρ τῷ Κυρίῳ, ἐλεηθῆναι τὰς ψυχὰς ἡμῶν.


    podcast

    Cathisme

    Ayant ardemment désiré la sagesse divine,
    et voulant t'en emplir,
    tu as affermi ton esprit dans les Parole de l'Esprit,
    Ô bienheureux sage, sondant les mystères cachés,
    arrosant divinement les sillons de l'âme,
    tel un arbre planté à la source des eaux, florissant par tes oeuvres,
    et portant le fruit de la contemplation, tu te révélas bienheureux,
    intercède auprès du Christ notre Dieu afin qu'Il accorde rémission des péchés à ceux qui célèbrent avec amour ta mémoire sacrée.

    Mégalinaire

    Chantons tous le hiérarque du Christ, fierté des théologiens, radieux réceptacle de l'Esprit, médiateur de ceux qui avec amour célèbrent sa mémoire.

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  • Saint Joseph Calasanz

    Joseph Calasanz, né au château de Calasanz en Aragon, fit des études de droit puis de théologie et devint prêtre. Il eut divers ministères en Espagne puis, en 1592 – il avait 35 ans – il décida d’aller à Rome. Il se mit au service de la confraternité de la doctrine chrétienne, et il allait chercher les enfants des rues pour les mener à l’école. Mais les instituteurs, qui étaient déjà très mal payés, refusèrent ces nouveaux élèves. Le curé de Sainte-Dorothée du Transtévère lui prêta deux pièces et lui fournit de l’assistance, et Joseph put ainsi créer sa première école gratuite pour les pauvres.

    Le jour de Noël 1598 il y eut une terrible inondation du Tibre. Il y eut 2000 morts. Joseph était partout pour aider les pauvres qui n’avaient plus rien. C’est ainsi qu’il se fit connaître, et en 1600 il ouvrait sa première « école pieuse » au centre de Rome. Le pape Clément VIII lui apporta son aide, ce qui incita d’autres à faire de même, et bientôt il eut un millier d’élèves. Alors il fonda l’ordre des écoles pieuses : les piaristes. En 1617 la congrégation était approuvée par Paul V et commençait à essaimer en Italie et en Europe. En 1621 elle était érigée par Grégoire XV comme Ordo Clericorum Regularium Pauperum Matris Dei Scholarum Piarum (ordre des pauvres clercs réguliers de la Mère de Dieu des écoles pieuses), avec vœu solennel de se vouer exclusivement à l’éducation des jeunes.

    Joseph Calasanz était un ami de Galilée et de Campanella. Il envoyait même des professeurs piaristes étudier chez Galilée. Il soutint toujours l’un et l’autre, et Campanella, qui soutint également Galilée, vola au secours de Joseph lorsque celui-ci eut des ennuis.

    Et de graves ennuis. D’abord à cause de son soutien à Galilée. A l’âge de 80 ans, il fut emprisonné par l’Inquisition et interrogé. Mais le pire fut l’affaire Cherubini. Directeur de l’école piariste de Naples, le P. Stefano Cherubini abusait sexuellement des enfants. Lorsqu’il l’apprit, Joseph Calasanz voulut sévir, mais c’était impossible, car Cherubini était le fils et le frère de juristes du pape, et personne n’aurait osé s’en prendre à cette famille. Et Cherubini prévint Joseph que s’il rendait public le scandale il détruirait l’ordre. Alors Joseph promut le P. Cherubini, afin qu’il n’ait plus de contact avec les enfants. Il devint visiteur général des piaristes, et, à la faveur de l’affaire Galilée (qui divisait l’ordre des piaristes), il devint en 1643 supérieur général de l’ordre, Joseph 85 ans, étant mis complètement sur la touche. Voyant que le monstre avait désormais tout pouvoir sur l’ordre, Joseph rendit public le scandale des abus sexuels sur les enfants. Ce qui n’eut pas d’effet immédiat, mais une partie des piaristes fut scandalisée, et il y eut une nouvelle et grave division chez eux, de sorte que le pape finit, en 1646, par supprimer l’ordre. Joseph mourut deux ans plus tard, à près de 92 ans, voyant entièrement détruite l’œuvre de sa vie, sans avoir jamais perdu sa sérénité, sans avoir jamais récriminé.

    Huit ans plus tard, le pape Alexandre VII rétablissait les piaristes. Benoît XIV béatifiait Joseph en 1748, Clément XIII le canonisait en 1767. Pie XII le nomma patron universel des écoles populaires chrétiennes. Son cœur et sa langue sont restés intacts, et se trouvent dans une chapelle de la maison mère des piaristes à Rome, près de l’église Saint-Pantaléon où il fut enterré et où se trouve toujours son tombeau.

  • Domine, pater et Deus vitae meae

    ℟. Domine, pater et Deus vitae meae, ne derelinquas me in cogitatu maligno: extollentiam oculorum meorum ne dederis mihi, et desiderium malignum averte a me, Domine; aufer a me concupiscentiam, * Et animo irreverenti et infrunito ne tradas me, Domine.
    ℣. Ne derelinquas me, Domine, ne accrescant ignorantiae meae, nec multiplicentur delicta mea.
    ℟. Et animo irreverenti et infrunito ne tradas me, Domine.

    Seigneur, père et Dieu de ma vie, ne m’abandonnez pas à la pensée mauvaise : ne donnez pas prétention à mes yeux, et détournez de moi le désir mauvais, Seigneur ; enlevez de moi la concupiscence, et ne me livrez pas à l’esprit d’irrespect et de niaiserie. Ne m’abandonnez pas, Seigneur, pour que ne s’accroissent pas mes ignorances, et que ne se multiplient pas mes péchés.

    Ce qui frappe d’abord est la longueur inhabituelle de ce répons des matines d'aujourd'hui. Le répons proprement dit est l’énoncé de trois versets de l’Ecclésiastique : 23, 4-6, dans une version qui n’est pas exactement celle de la Vulgate. Dans le texte originel on demande à Dieu de ne pas nous abandonner à « l’ennemi ». Le répons interprète très normalement « l’ennemi » par les mauvaises pensées intérieures, les « mauvais désirs », désignés ensuite sous le terme de « concupiscence », dont on ne précise pas le champ, et qui s’étend donc à tous les « mauvais désirs », alors que le texte de la Vulgate parle seulement des « concupiscences du ventre ».

    Le "verset" quant à lui est pris des versets 1 et 3 qui précèdent.

    Dans les anciens manuscrits le verset n’est pas celui-là, il est pris du livre de la Sagesse, 9, 4 : Da mihi Domine, sedium tuarum assistricem sapientiam. Donnez-moi, Seigneur, la sagesse qui est assise sur votre trône. (La Sagesse qui par conséquent fait un avec le Seigneur : elle est le Verbe.)

  • Saint Louis

    Commentaires du bienheureux cardinal Ildefonso Schuster sur les trois oraisons de la messe :

    Prière. — « Seigneur, qui avez fait passer du trône terrestre au trône céleste le bienheureux roi Louis ; par ses mérites et son intercession faites que nous aussi méritions d’avoir part à l’héritage du Christ Jésus, Roi des rois ». Aujourd’hui l’Église, dans cette première collecte, rappelle les fidèles au sens de cette dignité royale que, par notre incorporation au Christ Roi et Prêtre, nous avons obtenue dans le sacrement du Baptême. Si les chrétiens appartiennent tous à cette dynastie sacrée instituée par le Christ, — regale sacerdotium — il convient qu’ils sachent se dominer et tiennent leurs passions assujetties. On attribue à saint Colomban une belle parole qui se rapporte à cette liberté royale que doit garder intacte le chrétien. A un roi tyran, ce saint abbé dit un jour : si aufers libertatem, aufers dignitatem (1).

    Sur les oblations. — « Comme le bienheureux confesseur Louis, ayant méprisé les délices du monde, s’efforça de plaire uniquement à Dieu ; ainsi nous vous demandons. Seigneur, que son intercession nous rende agréables à Vous ». Il n’est rien de plus vil que de transiger avec sa conscience pour ne pas déplaire aux hommes. Avec la meilleure bonne volonté, avec le tact et la prudence la plus circonspecte, il est impossible de contenter tout le monde. Saint Paul essaya de le faire, mais lui-même écrivit : Si adhuc hominibus placerem, Christi servus non essem (2). Le Psalmiste a un mot très fort contre ces lâches victimes du respect humain : disperdet ossa eorum qui hominibus placent, quoniam Deus sprevit eos (3).

    Après la Communion. — « Seigneur, qui avez rendu illustre sur la terre, puis glorieux dans le ciel, le bienheureux confesseur Louis, établissez-le aussi défenseur de votre Église ». Le nombre est-il assez grand, de ceux qui évoquent avec passion les noms des souverains des anciennes dynasties françaises ? Et pourtant, le nom de saint Louis IX exprime encore, pour cette nation, tout un programme et un idéal de foi, de pureté, de valeur et d’honneur qui élève les lis de la vraie France catholique d’autant plus haut qu’est descendue davantage dans la fange la faction jacobine adverse, destructrice de sa propre patrie.

    (1) Si on retire la liberté, on retire la dignité.

    (2) Gal. 1, 10. Si je plaisais encore aux hommes, je ne serais pas serviteur du Christ.

    (3) Ps. 52, 6. Dieu a brisé les os de ceux qui cherchent à plaire aux hommes, parce que Dieu les a méprisés.

  • Saint Barthélemy

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    Selon la rengaine universelle de la critique historique, on ne sait absolument rien de saint Barthélemy.

    Selon la tradition, cet apôtre évangélisa « l’Inde » et lui laissa l’évangile de saint Matthieu, puis se rendit en Arménie où il convertit le roi. Mais le frère du roi, excité par les prêtres païens, le fit écorcher vif et décapiter. Et il est depuis toujours le saint patron de l’Arménie.

    Deux autres petites choses.

    Dans La théologie mystique de saint Denys l’Aréopagite, il y a une citation de saint Barthélemy. Rien n’en garantit l’authenticité, sauf qu’il est insolite de citer cet apôtre dont on ne connaît aucun texte : « Le divin Barthélemy disait que la théologie est à la fois développée et brève, l'Évangile spacieux et grand, mais néanmoins concis. »

    Selon certains pères, Barthélemy est l’homme que saint Jean appelle Nathanaël. Il se serait appelé Nathanaël Bar-Tholmai (fils de Tholmai). Or on constate que lors de sa première rencontre avec Jésus, Nathanaël lui dit : « Rabbi, tu es le Fils de Dieu. » Or, bien plus tard, saint Pierre va dire la même chose à Jésus, dans un contexte plus solennel. Et Jésus lui répond : « Heureux es-tu, Simon Bar-Jona. » Or c’est la seule fois que Jésus appelle ainsi Simon-Pierre. Le premier à l’avoir dit était donc peut-être Bar-Tholmai…

    (Le martyre de saint Barthélemy, par Jacques Callot, 1632)

  • 13e dimanche après la Pentecôte

    Panem de cælo dedísti nobis, Dómine, habéntem omne delectaméntum et omnem sapórem suavitátis.

    Vous nous avez donné le pain du ciel, Seigneur, plein de délices et de toute saveur de suavité. (« Pour toute harmonie aux goûts », dit littéralement le texte grec, c’est-à-dire : qui peut satisfaire tous les goûts, qui a la saveur que l’on désire, comme l’explicite le verset suivant : « s’accommodant à la volonté de chacun d’eux, elle se changeait en tout ce qu’il voulait ».)

    C’est l’antienne de communion de la messe de ce jour. Un verset du livre de la Sagesse (16, 20) qui est spécialement en situation.

    Il se trouve que par une coïncidence qui doit être assez rare, la lecture biblique de la semaine qui vient de s’écouler était précisément le livre de la Sagesse, et que le chapitre 16 devait être lu vendredi. C’est ce que j’ai fait, dans la Bible Osty que je continue à lire jusqu’à la lie (jusqu’à ce que je l’ai entièrement lue, puis je la rangerai soigneusement au fond du placard…).

    Ce verset du livre de la Sagesse permet au chanoine Osty de donner un exemple particulièrement topique de ses principes d’exégèse (qui ne sont pas seulement les siens, hélas). Tout ce qu’il trouve à dire est que l’on est en présence d’une « légende juive » qui « avait pris d’extraordinaires proportions » (par rapport au récit de l’Exode où les Hébreux sont rapidement écœurés de cette nourriture insipide et toujours identique).

    Le chanoine Osty se refuse absolument à interpréter l’Ancien Testament par le Nouveau, et à tenir le moindre compte de la liturgie (c’est-à-dire de ce qui fait la richesse de la véritable exégèse chrétienne). Il en reste donc strictement à la « légende juive ».

    Ici on atteint un sommet, car il refuse même de prendre en compte les paroles essentielles de Jésus disant qu’il est le pain descendu du ciel, qu’il est, lui le Verbe de Dieu, la manne véritable (accomplissant ce que Dieu dans l’Exode, annonçant la manne, disait à Moïse : « Je vais faire pleuvoir des pains du ciel »).

    Car il ne s’agit pas d’une légende mais d’une prophétie (conformément à ce qu’est le texte inspiré). Le livre de la Sagesse annonce le vrai « pain des anges » (comme disait déjà le psaume 77 – et le « pain des anges » ne peut pas être un pain matériel, il est la Parole de Dieu), le Verbe divin qui se fait chair pour se communiquer à l’homme sous la forme du pain. Et le Verbe unique et multiforme satisfait tous les goûts intérieurs de l’homme, tous ses désirs de vie divine.

    La prophétie est d’ailleurs rendue encore plus transparente par les versets 25 et 26 :

    C'est pourquoi, se transformant alors en toutes sortes de goûts, elle obéissait à Votre grâce, qui est la nourricière de tous, selon la volonté de ceux qui Vous exprimaient leurs désirs; afin que Vos enfants, que Vous aimiez, Seigneur, connussent que ce ne sont point les fruits naturels qui nourrissent les hommes, mais que Votre Parole conserve ceux qui croient en Vous.

    Et c’était déjà dans le Deutéronome (8,3) :

    Il vous a affligé de la faim, et Il vous a donné pour nourriture la manne qui était inconnue à vous et à vos pères, pour vous faire voir que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.

    Et l’on aura reconnu ici ce que Jésus répond à Satan qui lui demande de transformer des pierres en pains: la manne était la préfiguration de la Parole de Dieu qui va se faire pain (et non les pierres).

    Je trouve stupéfiant de publier une traduction de la Bible, munie de notes surabondantes, où l’on refuse absolument au lecteur toute indication des réseaux de signification qui touchent au cœur même de la foi.

  • Le Cœur immaculé de Marie

    Le 31 octobre 1942, Pie XII consacrait le monde au Cœur immaculé de Marie. Voici le texte de cette belle prière. On constatera à quel point elle est encore plus actuelle aujourd’hui (sauf pour ce qui concerne la Russie)…

    Mère du Très saint rosaire, secours des chrétiens, refuge du genre humain, victorieuses de toutes les batailles de Dieu, nous voici prosternés suppliants aux pieds de votre trône, dans la certitude de recevoir les grâces, l'aide et la protection opportunes dans les calamités présentes, non en vertu de nos mérites, dont nous ne saurions nous prévaloir, mais uniquement par l'effet de l'immense bonté de votre Cœur maternel.

    C'est à vous, c'est à votre Cœur immaculé qu'en cette heure tragique de l'histoire humaine, nous nous confions et nous nous consacrons, non seulement en union avec la Sainte Église - corps mystique de Votre Fils Jésus - qui souffre et verse son sang, en proie aux tribulations en tant de lieux et de tant de manières, mais en union aussi avec le monde entier, déchiré par de farouches discordes, embrasé d'un incendie de haine et victime de ses propres iniquités. Laissez-vous toucher par tant de ruines matérielles et morales, par tant de douleurs, tant d'angoisses de pères et de mères, de frères, d'enfants innocents, par tant de vies fauchées dans la fleur de l'âge, tant d'âmes torturées et agonisantes, tant d'autres en péril de se perdre éternellement.

    Ô Mère de Miséricorde, obtenez-nous de Dieu la paix, et surtout les grâces qui peuvent en un instant convertir le cœur des hommes, ces grâces qui préparent, concilient, assurent la paix ! Reine de la paix, priez pour nous et donnez au monde en guerre la paix après laquelle les peuples soupirent, la paix dans la Vérité, dans la justice, dans la charité du Christ. Donnez-lui la paix des armes et la paix des âmes, afin que dans la tranquillité de l'ordre s'étende le règne de Dieu. Accordez votre protection aux infidèles et à tous ceux qui gisent encore dans les ombres de la mort; donnez-leur la paix, faites que se lève pour eux le soleil de la Vérité et qu'ils puissent avec nous, devant l'unique Sauveur du monde, répéter : Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur terre aux hommes de bonne volonté !

    Aux peuples séparés par l'erreur ou par la discorde, particulièrement à ceux qui professent pour vous une singulière dévotion et chez lesquels il n'y avait pas de maison qui n'honorât votre vénérable icône (peut-être aujourd'hui cachée et réservée pour des jours meilleurs), donnez la paix et reconduisez-les à l'unique bercail du Christ, sous l'unique vrai Pasteur. Obtenez à la Sainte Église de Dieu une paix et une liberté complètes; arrêtez les débordements du déluge néo-païen; développez dans le cœur des fidèles l'amour de la pureté, la pratique de la vie chrétienne et le zèle apostolique, afin que le peuple des serviteurs de Dieu augmente en mérite et en nombre.

    Enfin, de même qu'au Cœur de votre Fils Jésus furent consacrés l'Église et le genre humain tout entier, afin que, toutes les espérances étant placées en lui, il devînt pour eux signe et gage de victoire et de salut, ainsi et pour toujours nous nous consacrons à vous, à votre Cœur immaculé, ô notre Mère et Reine du monde, pour que votre amour et votre protection hâtent le triomphe du règne de Dieu et que toutes les nations, en paix entre elles et avec Dieu, vous proclament bienheureuse et entonnent avec vous, d'une extrémité du monde à l'autre, l'éternel Magnificat de gloire à celui en qui seul elles peuvent trouver la Vérité, la vie et la paix.

  • Sainte Jeanne de Chantal

    Comme vous étiez, ô très-sainte Mère ! le vaisseau le plus grand, le plus capable, le plus digne du monde, vous fûtes aussi plus que nul autre remplie de l'amertume et du breuvage d'angoisse, que votre Bien-aimé avalait en ce lieu de tourment : ah ! que m'apprend cela, sinon à recevoir les tribulations comme une chose partagée avec l’Époux ? O Mère très-pure ! vous nous appelez, disant : Hé ! venez, mes filles, que vos cœurs soient des vaisseaux tout vides, et mon Fils y versera la rosée dont son chef est couvert, et les gouttes de la nuit de sa Passion, dont sa tête est emperlée, se convertiront en perles de consolation. Ma très-douce Mère, hé ! faites-moi donc la grâce que désormais je reçoive toutes les petites occasions d'humiliation, de souffrance et d'abjection, comme des petites gouttelettes distillées de cette chevelure précieuse.

    On trouve ici ou là cette prière sous le nom de sainte Jeanne de Chantal. Il s’agit en fait de la « deuxième affection » de la 24e méditation « pour les solitudes annuelles ». Méditations dont il est dit dès le titre qu’elles sont « tirées de plusieurs petits mémoires trouvés écrits de la sainte main de notre bienheureux père François de Sales, dressées pour les Sœurs de ce premier monastère de la Visitation d’Annecy par sainte Jeanne-Françoise Frémyot de Chantal ». Ce que souligne sainte Jeanne de Chantal elle-même dans son introduction, et après la préface il y a un nouveau titre : « Méditations tirées des écrits de notre bienheureux père propres pour les solitudes » (à savoir la retraite annuelle des religieuses).

    Les spécialistes ont-ils démêlé ce qui est de l’un et de l’autre ? J’avoue ne pas m’intéresser assez à cette spiritualité pour avoir recherché la réponse. Ce que l’on peut constater est que juste avant cette « deuxième affection » il y a la « première affection », qui ne peut pas être, en tout cas en son début, de saint François de Sales :

    Votre sainte Abbesse, ô âmes religieuses ! n'est point sur le mont de Thabor, ains seulement sur le mont de Calvaire, où elle ne voit que des opprobres, des impuissances, des lances, des clous et des ténèbres : O Mère d'amour très-constante ! toute la multitude de ces eaux d'afflictions n'ont pu éteindre votre charité ; hélas ! et une petite gouttelette d'affliction et de contradiction me fait reculer en arrière de mon Bien-aimé souffrant.

  • Saint Bernard

    En lien avec l’article de Benedict Constable sur le symbolisme masculin-féminin dans la liturgie, voici un bref extrait du 85e sermon de saint Bernard sur le Cantique des cantiques, qui plonge au cœur du symbolisme - et de la mystique - du livre central de la Bible (traduction de l’abbé Charpentier, 1866).

    De ce degré, l'âme commence déjà à penser à son mariage avec le Verbe. Comment n'y penserait-elle pas, quand elle se voit d'autant plus nubile, pour ainsi parler, qu'elle lui est plus semblable? La majesté de cet époux ne l'épouvante point, parce que sa ressemblance l'associe avec lui, son amour l'unit à lui, sa profession la fiance avec lui. Or voici la forme de sa profession: « J'ai juré et résolu de garder les ordonnances de votre justice (Ps. CXVII, 106). » Les apôtres avaient suivi cette forme lorsqu'ils disaient: « Vous voyez que nous avons tout quitté pour vous suivre (Matth. XIX, 27). » Ce qui, sous la figure du mariage charnel, doit s'entendre du mariage spirituel de Jésus-Christ et de l'Église est encore semblable : « C'est pourquoi l'homme laissera son père et sa mère et s'attachera à sa femme, et ils seront deux en une même chair (Ephes. V, 31). » Et dans le Prophète l'Épouse se glorifie en ces termes : « Pour moi, mon plus grand bien, c'est de m'attacher à Dieu, et de mettre mon espérance dans le Seigneur (Ps. LXXII, 28). » Lors donc que vous verrez une âme qui, après avoir tout quitté, s'attache au Verbe par tous les désirs de son cœur, ne vit que pour le Verbe, se conduit par le Verbe, conçoit du Verbe pour enfanter pour le Verbe, en sorte qu'elle puisse dire : « Jésus-Christ est ma vie, et ce m'est un grand avantage de mourir pour lui (Philip. I, 21) », croyez qu'elle est l'Épouse du Verbe. Son Époux peut se reposer en elle avec confiance, en sachant que l'âme qui a méprisé tout pour l'amour de lui, et qui regarde tout comme du fumier pour le gagner et le posséder uniquement, lui est fidèle. Il savait que telle était l'âme de celui dont il disait: « Celui-là m'est un vase d'élection (Act. IX, 15). » Certes l'âme de saint Paul était une bonne mère et une épouse fidèle, lorsqu'il disait : « Mes petits enfants que je conçois de nouveau dans mou sein jusqu'à ce que Jésus-Christ soit formé en vous (Galat. IV, 19). »

    Mais remarquez que dans le mariage spirituel il y a deux sortes d'enfantements, et par conséquent deux sortes d'enfants qui sans être contraires sont différents, car les saintes mères engendrent des âmes à Dieu par la prédication, ou produisent des intelligences spirituelles par la méditation. Dans cette dernière sorte d'enfantements il arrive quelquefois que l'âme est tellement transportée hors de soi et détachée des sens, qu'elle ne se sent pas elle-même, bien qu'elle sente le Verbe. Cela arrive lorsque étant pleine de la douceur ineffable du Verbe, elle se dérobe à elle-même en quelque façon, ou plutôt est ravie et s'échappe de soi pour jouir du Verbe. L'âme n'est pas dans la même disposition lorsqu'elle fait du fruit par le Verbe, et lorsqu'elle jouit du Verbe. En l'un, elle est pressée par les soins du prochain, en l'autre elle est attirée par les douceurs du Verbe. C'est une mère qui a véritablement beaucoup de joie d'engendrer des enfants spirituels, mais qui en reçoit bien davantage des chastes embrassements de son époux. Ses enfants lui sont chers et précieux, mais les baisers de son époux lui sont infiniment plus agréables. C'est une bonne chose de sauver plusieurs âmes, mais il est bien plus doux de sortir comme hors de soi, et d'être avec le Verbe. Mais quand cela arrive-t-il, et combien cela dure-t-il ! C'est un doux commerce, mais il est bien court lorsqu'on l'éprouve, et il est bien rare de l'éprouver. Et c'est là, ce me semble, la septième raison pour laquelle j'ai dit plus haut, que l'âme cherche le Verbe, c'est afin de jouir de ces douceurs.

  • La communion sur la langue

    Dimanche dernier, l’évêque d’Oruro, en Bolivie, Mgr Krzysztof Białasik, a déclaré qu’il interdisait désormais dans son diocèse la communion dans la main, après avoir constaté que certaines personnes repartent avec l’hostie sans la consommer.

    Mgr Białasik est un Polonais qui après avoir fait ses études à la Société du Verbe divin près de Poznan a été ordonné prêtre et envoyé en Bolivie, où il a été missionnaire pendant 20 ans avant d’être nommé évêque d’Oruro par Benoît XVI en 2005. Depuis 1998 il était secrétaire de la conférence épiscopale de Bolivie pour la pastorale.

    Rorate Caeli en profite pour faire un point sur la situation. Mgr Białasik serait le troisième évêque, au cours de ces dix dernières années, à retirer la permission de donner la communion dans la main (par distinction avec ceux qui maintiennent l’interdiction existante, ou qui recommandent la communion sur la langue, ou qui interdisent la communion dans la main dans certaines églises).

    Le premier fut le cardinal Cipriani, archevêque de Lima, en 2008. Le deuxième a été le cardinal Ranjith, archevêque de Colombo, en 2011.

    Mgr Rogelio Livieres, évêque de Ciudad del Este, qui vient de mourir, avait fermement condamné la communion dans la main l’an dernier, et l’aurait sans doute interdite s’il n’avait été éjecté de son diocèse par François à ce moment-là.

    La conférence épiscopale du Nigeria avait permis temporairement la communion dans la main à cause de l’épidémie d’Ebola, mais a supprimé cette permission en décembre dernier.

    Quelques évêques ont imposé la communion sur la langue en diverses circonstances. Mgr Antonio Carlos Rossi Keller, évêque de Frederico Westphalen, au Brésil (quel nom bizarre) a annoncé fin 2011 que les fidèles qui voulaient la communion de sa main dans la cathédrale devaient la recevoir à genoux sur la langue. Mgr Eduardo Maria Taussig, évêque de San Rafael, en Argentine, a demandé la même chose la même année. Le cardinal Carlo Caffara, archevêque de Bologne, a ordonné en 2009 que la communion ne soit donnée que sur la langue dans les trois principales églises de son diocèse. Depuis la Fête Dieu de 2008, Benoît XVI donnait l’exemple.

    Rorate Caeli rappelle qu’en 1996, Juan Rodolfo Laise, évêque de San Luis en Argentine, avait été le seul évêque de son pays à refuser la communion dans la main lorsque l’indult fut promulgué pour l’Argentine. Selon les informations de Rorate Caeli, cette interdiction demeure.

    Il serait intéressant de savoir dans quels pays, en dehors du Nigeria, il n’y a pas eu d’indult pour la communion dans la main. Lors de mon dernier voyage en Irlande j’ai vu que tout le monde communiait dans la main, et de façon très désinvolte, et lors de mon dernier voyage en Pologne j’ai vu que tout le monde communiait pieusement sur la langue, alors qu’il y a eu finalement un indult en 2006. Je suppose que les militants de la communion dans la main ont dû faire des adeptes ici et là en Pologne, mais il est frappant de constater que la différence générale d’attitude envers le Saint Sacrement, dans deux pays considérés comme très catholiques, correspond à la réalité sociologique d’une Irlande qui inscrit le « mariage » homosexuel dans sa Constitution et d’une Pologne qui se révolte contre les thèses hétérodoxes défendues au synode.

    Quant à Mgr Białasik, évêque d'un pays dont, en plus, le président marxisto-panthéiste est un ami du pape, je ne lui donne pas longtemps avant d'avoir des ennuis...

  • Saint Jean Eudes

    Voici une lettre de saint Jean Eudes, au cardinal Grimaldi, archevêque d’Aix, qui lui avait demandé de lui parler de ses séminaires (février 1664). Le premier qu’il avait créé fut celui de Caen. Il était le symbole du renouveau de la formation du clergé en France, dans le mouvement de la contre-réforme. Signe des temps, il a fermé ses portes en février dernier...

    On verra d’autre part à quel point saint Jean Eudes était indifférent à la liturgie (et formait des prêtres indifférents à la liturgie, ce qui explique la suite des événements). C’était presque universel en Occident depuis la catastrophe de la Renaissance, mais même les carmélites n’allaient pas aussi loin, puisque si les heures étaient récitées sans tenir le moindre compte du symbolisme des heures (souligné notamment dans les hymnes), elles disaient quand même les complies le soir, et non au début de l’après-midi… Et il n’y a la messe que deux fois en semaine…

    Monseigneur,

    Me voici aux pieds de votre Éminence pour recevoir s'il vous plaît sa sainte bénédiction, et pour lui rendre mille grâces de la faveur qu'elle nous a faite d'avoir écrit à Rome, et la supplier très humblement de nous continuer l'honneur de sa bienveillance et de sa protection, puisqu'il est vrai que, par la grâce de Dieu, nous ne cherchons autre chose que la gloire de sa divine Majesté et le salut des âmes.

    Ensuite, entrant en matière, pour satisfaire à ce qu'il plaît à Votre Éminence de m'ordonner, je dirai:

    1. Que nos quatre maisons (de Caen, Coutances, Lisieux et Rouen) sont unies en Congrégation sous une même règle et une même conduite, sans aucun préjudice de la dépendance que chacune a de son Prélat, qui a sur elle l'autorité qu'il a sur tous les autres lieux et personnes du diocèse qui sont sous sa juridiction épiscopale.

    2. Que le Supérieur de chaque maison est choisi par le Supérieur de la Congrégation, et présenté à Mgr l'Évêque diocésain pour en être approuvé et confirmé, s'il lui agrée, ou, s'il ne lui est point agréable, on est obligé de lui en présenter un autre.

    3. Que tous ceux de la maison, tant les nôtres que les Séminaristes, sont sous la conduite du Supérieur de la dite maison.

    4. Que nous n'avons de fonds que pour la subsistance des nôtres, et qu'en attendant que Dieu donne à nos Prélats la volonté de faire ce que Votre Éminence a fait pour son Séminaire, ou qu'il y pourvoie de quelque autre manière, les Séminaristes paient leur pension, qui est, à Coutances de 200 livres; à Caen et à Lisieux, où l'on ne vit pas à si bon marché, de 250 livres; et à Rouen, où les vivres sont encore plus chers, de 300 livres.

    5. Comme nos maisons sont en Congrégation, et qu'elle est sous la conduite d'un Supérieur, les sujets passent d'une maison à une autre, comme dans les autres Congrégations, ce qui est nécessaire et très utile pour plusieurs raisons; et on en prend de toutes les maisons pour travailler aux missions, selon le besoin qu'on en a; car plusieurs s'ennuient d'être toujours en un même lieu; on se dégoûte d'entendre toujours les mêmes; quelques-uns font des attaches dangereuses, et souvent l'antipathie des humeurs oblige de faire ces changements. C'est pour toutes ces raisons qu'il est nécessaire, pour faire subsister les Séminaires et les rendre utiles à l'Église, qu'ils soient unis et sous une même conduite: à raison de quoi saint Charles [Borromée] établit la Congrégation des Oblats [de saint Ambroise] à laquelle il donna la conduite de ses Séminaires.

    Je n'ai pas ici les règles des nôtres; voici néanmoins les principales: On se lève à 4 h. l/2, et l'on commence à 5 h. l'oraison qui dure jusques à 6 h. On récite ensuite en communauté les Petites Heures, après quoi on fait, trois fois la semaine, une répétition de l'oraison, et chacun se retire en sa chambre.

    Depuis 10 h. jusques à 11 h. 3/4, on fait une leçon de théologie.

    A 11 h. 3/4, les litanies et l'examen de conscience, qui est suivi du dîner.

    Après dîner, la conversation ou récréation jusques à 1 h. l/2, ensuite les cérémonies ou le chant.

    A 2 h. Vêpres et Complies; à 3 h. la théologie pour les ordinands jusqu’à 4 h.

    Depuis 4 h. jusqu'à 5 h. conférence sur le Manuel pour Messieurs les Curés.

    A un quart avant 6 h. Matines et Laudes, les litanies de la sainte Vierge, ensuite le souper et la récréation jusques à 8 h.

    A 8 h. on propose des cas de conscience durant une demi-heure, on fait la prière, on lit le sujet de la méditation.

    On sonne la retraite à 9 h. l/2, et l'on se couche.

    On chante des grand'messes deux fois la semaine, et Vêpres toutes les fêtes et dimanches.

    On fait une conférence spirituelle une fois la semaine, et le samedi au soir on en fait une autre sur l'Évangile du dimanche, au lieu des cas de conscience...

    Nous finissons cette mission [de Meaux] à laquelle Dieu a donné de très grandes bénédictions.

    Monseigneur de Châlons en Champagne nous en demande une pour cette ville, pour le commencement du mois d'octobre prochain; mais je ne sais pas encore si nous pourrons la faire. Je m'en retourne à Caen pour en faire [une] après Pâques, dans le Cotentin.

  • Initium sapientiae timor Domini

    ℟. Initium sapientiae timor Domini: * Intellectus bonus omnibus facientibus eum: laudatio eius manet in saeculum saeculi.
    ℣. Dilectio illius custodia legum est: quia omnis sapientia timor Domini.
    ℟. Intellectus bonus omnibus facientibus eum: laudatio eius manet in saeculum saeculi.

    Le commencement de la sagesse, c’est la crainte du Seigneur. La vraie intelligence est en tous ceux qui agissent selon cette crainte. Sa louange demeure dans les siècles des siècles. L’amour, c’est garder ses lois, car toute la sagesse, c’est la crainte de Dieu.

    Comme la lecture de la semaine, aux matines, c’est le livre de la Sagesse, on pourrait penser que ce répons en est une citation. Or le répons proprement dit est le verset final du psaume 110, et le verset est constitué de Sagesse 6, 19 et de Ecclésiastique 19, 18, les deux expressions reliées par un « car » qui n’a pas d’autre signification que de relier deux expressions disparates, et donc de lier les mots amour et crainte, qui sont les deux faces d’une même attitude, l’attitude fondamentale du croyant face à Dieu.

    (Je ne me lasserai pas de répéter que le livre de la Sagesse est un livre écrit en grec par un juif pour des juifs, au moins un siècle avant le Christ, ce qui indique clairement que la langue utilisée pour traiter de la religion était non pas l'hébreu, ni même l'araméen, mais bien le grec.

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    Antiphonaire du couvent des cordeliers de Fribourg, fin du XIIIe siècle. On remarquera l’orthographe : « Inicium sapiencie ».

  • “Le symbolisme masculin-féminin dans les rôles liturgiques : ce n’est pas bizarre, c’est seulement catholique”

    Sous ce titre, Benedict Constable, sur le site 1P5, répond aux objections qui ont été faites à propos d’un article précédent, intitulé Les femmes peuvent-elles être lecteurs à la messe ? Dans cet article, l’auteur expliquait que les femmes ne doivent pas occuper une fonction de lecteur, et il le faisait à la façon de saint Thomas d’Aquin, par l’examen de 5 objections à cette affirmation, suivi de la réponse générale et de la réponse précise à chaque objection.

    Plus intéressant, pour quiconque pense déjà qu’une femme n’a pas sa place dans le chœur (comme l'a montré la tradition unanime d'Orient et d'Occident), est la réponse à une nouvelle objection, sur l’argument fondamental de l’auteur. Car il s’agit de la symbolique religieuse, surnaturelle, des sexes. Le lecteur représente le Christ semeur qui sème sa semence sur l’assemblée des fidèles qui est la femme recevant la semence. Nier cette symbolique c’est nier les différences sexuelles et donc sombrer dans l’idéologie du genre.

    Ce thème est proche de celui qu’abordait Peter Kwaniewski dans un excellent article du New Liturgical Movement, où il critiquait les nouvelles oraisons parlant des fils et des filles de Dieu pour respecter l’égalité de genre, alors que nous sommes tous, hommes et femmes, fils de Dieu dans le Fils, et épouses du Fils dans l’Eglise.

    Voici une traduction du texte de Benedict Constable.

    Lire la suite

  • Saint Roch

    Saint Roch naquit à Montpellier, entre 1346 et 1350, en pleine guerre de Cent Ans, pendant la grande peste noire, qui décima un tiers de la population occidentale. (…)

    Bien que Roch fût un prénom très courant en France et en Italie, il semble plutôt que notre saint était de la famille des Roch de La Croix, lignée devenue importante au XVIe siècle, sous le nom de Castries. Son père, Jean Roch de La Croix, dignitaire de la ville, en fut le premier consul, en 1363. Sa mère, Dame Libéria, était originaire de Lombardie. Fils désiré, et longtemps attendu, il passa une enfance dans un milieu profondément chrétien. (…)

    Il fit probablement ses études chez les pères dominicains, avant d’étudier la médecine. Il connut les terribles épidémies de peste de 1358 et 1361. A Montpellier, cette dernière fit jusqu’à 500 morts par jour, pendant trois mois.

    Orphelin à 17 ans, riche et instruit, il décida de partir pour Rome. Il distribua sa fortune aux pauvres, rejoignit le troisième ordre franciscain, revêtit l’habit de pèlerin, reçut la bénédiction de l’évêque de Maguelone et prit la route.

    (…) Il arriva à Acquapendente, à quelques jours de marche de la ville éternelle, en juillet 1367. Il y resta trois mois, car la peste y sévissait. Il mit en pratique l’enseignement médical qu’il avait reçu, en l’associant à des signes de croix et une invocation sur les souffrants, et obtint de nombreuses guérisons.

    (…) Il reprit son chemin pour Rome, lorsqu’il apprit qu’à Cesena, à l’opposé de sa direction, l’épidémie faisait rage. Il s’y rendit, faisant ce que Dieu attendait de lui au fur et à mesure de son pèlerinage, et obtint là encore des guérisons miraculeuses. Il arriva enfin à Rome, au début de l’année 1368, et s’occupa sans doute des malades à l’hôpital du Saint Esprit, ordre fondé par son compatriote, Gui de Montpellier. Un prélat, peut-être un cardinal, guéri par ses soins, ou témoin de guérisons miraculeuses (…) lui fit rencontrer le pape Urbain V, qui s’écria, en le voyant : «Il me semble que tu viens du Paradis !», et lui donna l’indulgence plénière.

    Roch avait sans doute vu, à Montpellier, ce pape d’Avignon, qui tenta de réinstaller la papauté à Rome de 1367 à 1370, lorsqu’il était venu consacrer l’autel majeur de l’église du monastère Saint-Benoît, future cathédrale Saint-Pierre.

    Roch quitta Rome, en 1370, pour s’en retourner vers sa patrie. Au mois de juillet 1371, Il était à Plaisance, à l’hôpital Notre Dame de Bethléem, près de l’église Sainte Anne, où il assista, guérit et réconforta les malades.

    Atteint par la peste, Roch se rendit péniblement jusqu’à un bois, à l’orée du bourg fortifié de Sarmato, pour y mourir. A cet endroit, une source jaillit et un chien lui apporta chaque jour un pain. (…) On rapporte également qu’un ange secourut Roch. Il recouvra la santé et retourna à Plaisance, auprès des pestiférés, faisant preuve d’un courage et d’une humanité remarquable.

    Il reprit sa route, mais les terres milanaises étaient le théâtre d’une guerre entre le Duc de Milan, Bernardo Visconti, son frère Galeazzo II, et la ligue constituée par Le pape Urbain V, conduite par Amedeo VI de Savoie. Ce conflit dura de 1371 à 1375. Pris pour un espion, Roch fut arrêté à Broni, et transféré à Voghera par Beccaria, intendant militaire des Visconti. (…)

    Son emprisonnement dura cinq ans. Selon la tradition, il ne dévoila son identité qu’à un prêtre, la veille de sa mort, survenue le 16 août d’une année comprise entre 1376 et 1379. On peut penser à présent qu’il s’agit du mardi 16 août 1379. Des témoins assurèrent que le cachot s’illumina et que le dernier souhait de Roch, à l’ange venu l’assister, fut d’intercéder pour les souffrants.

    Extraits de la vie de saint Roch sur le site de l’Association internationale Saint-Roch de Montpellier

  • 12e dimanche après la Pentecôte

    Dans cette messe du bon Samaritain, ce qui attire le plus l’attention, en dehors de l’évangile, c’est l’offertoire. Déjà par sa longueur, et par le fait qu’il ne s’agit pas d’un verset de psaume, comme c’est le plus souvent le cas. En outre la première phrase est répétée presque à l’identique. Il y a quelques autres offertoires dans ce cas, et il y en avait davantage avant que la commission de réforme du missel, après le concile de Trente, ne supprime les répétitions dont on ne comprenait pas la signification. Celle-ci est peut-être restée parce qu’on y a vu un bégaiement de Moïse…

    Ce long offertoire n’en est pas moins, comme les autres, une antienne. C’est-à-dire en théorie une introduction à un psaume. Mais ici, comme dans le fameux offertoire de Job, les deux « versets » que l’on trouve dans les anciens antiphonaires sont une adaptation d’autres versets de l’Exode. Avec une longue plainte dans l’aigu sur « peccata » (les péchés) et une nouvelle répétition, un nouveau bégaiement de Moïse. Mais sur le plan musical c’est une grande diversité : le premier verset est dans l’aigu, le second dans le grave, et tous deux multiplient les doux si bémol alors que l’antienne multiplie les durs tritons.

    Il serait bon de chanter l’ensemble, car c’est un grand chef-d’œuvre de l’art grégorien. Hélas cela dépasserait de loin le temps de l’offertoire, qui comprenait autrefois une longue procession. Mais à vrai dire l’antienne seule est déjà un morceau de choix, avec cette supplication de Moïse qui est longuement annoncée, puis qui s’affirme dans une apostrophe à Dieu, puis qui devient véhémente, et se détend dans l’apaisement apporté par Dieu.

    Voici le texte de l’offertoire complet, dans son texte latin, en traduction, avec sa partition (on trouvera la partition des versets ici) et chanté par les moines de Triors (enregistrement trouvé sur Gregorian Books).

    Precatus est Moyses in conspectu Domini Dei sui et dixit, precatus est Moyses in conspectu Domini Dei sui et dixit : Quare, Domine, irasceris in populo tuo ? Parce irae animae tuae : memento Abraham, Isaac et Jacob, quibus jurasti dare terram fluentem lac et mel.

    Et placatus factus est Dominus de malignitate quam dixit facere populo suo.

    V1. Dixit Dominus ad Moysen : invenisti gratiam in conspectu meo, et scio te prae omnibus : et festinans Moyses inclinavit se in terram et adoravit dicens : Scio quia misericors es in millibus, auferens iniquitatem et peccata.

    Et placatus factus est Dominus de malignitate quam dixit facere populo suo.

    V2. Dixit Moyses et Aaron, Dixit Moyses et Aaron ad omnem synagogam filiorum Israel : Accedite ante Deum : majestas Domini apparuit in nube : et exaudivit murmurationem vestram in tempore.

    Et placatus factus est Dominus de malignitate quam dixit facere populo suo.

    Moïse pria devant la face du Seigneur son Dieu et dit, Moïse pria devant la face du Seigneur son Dieu et dit : Pourquoi, Seigneur, t’irrites-tu contre ton peuple ? Ménage la colère de ton âme. Souviens-toi d’Abraham, d’Isaac et de Jacob auxquels tu as promis de donner la terre où coulent le lait et le miel.

    Et le Seigneur se laissa apaiser et détourner de faire le mal dont il avait menacé son peuple.

    Le Seigneur dit à Moïse : Tu as trouvé grâce devant mes yeux. Je te connais avant tous. Et Moise se baissa rapidement vers la terre et dit : Je sais que tu es miséricordieux entre mille et que tu enlèves l’injustice et les péchés.

    Et le Seigneur se laissa apaiser et détourner de faire le mal dont il avait menacé son peuple.

    Et Moïse et Aaron dirent, et Moïse et Aaron dirent à toute l’Assemblée des enfants d’Israël : Présentez-vous devant Dieu. La Majesté du Seigneur est apparue dans les nuées et a entendu vos murmures en temps voulu.

    Et le Seigneur se laissa apaiser et détourner de faire le mal dont il avait menacé son peuple.

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    *

    Sur la parabole du bon Samaritain, voir l’essentiel du commentaire de saint Ambroise, celui de Benoît XVI (ou plutôt Joseph Ratzinger), et une sorte de note préalable.

  • Assomption

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    (Solesmes, 1955)

  • Vigile de l’Assomption

    Le dernier jour de la neuvaine pour a guérison de Vincent Lambert nous rappelle que c’est aujourd’hui que saint Maximilien Kolbe est mort, empoisonné par une piqûre alors qu’il était l’un des quatre derniers condamnés à ne pas être encore morts de soif.

    La fête de saint Maximilien Kolbe a été logiquement fixée à ce jour. Mais le Père Kolbe n’aurait certainement pas apprécié qu’on le fête en ce jour, qui était celui de la grande Vigile de l’Assomption, la plus importante vigile de la plus importante fête mariale. Lui qui voulait tellement s’effacer devant l’Immaculée qu’il est mort ce jour, pour aller célébrer la fête de demain en compagnie de celle dont il a scruté le mystère toute sa vie.

    Pie XII avait supprimé la plus grande partie des vigiles. Jean XXIII a achevé le massacre. Mais il a gardé la vigile de l’Assomption, unique vigile mariale. Celle dont le code de droit canonique de 1917 soulignait qu’elle devait être marquée par le jeûne et l’abstinence. Comme toute vigile, mais celle-ci spécialement.

    Dom Pius Parsch, dont on fait un peu trop vite un prophète de la « réforme liturgique », écrivait ceci :

    Préparons-nous à la grande fête d’été, vraie fête de la moisson. Dans l’esprit de l’Église, la vigile est un jour de pénitence, un jour de préparation sérieuse à la solennité qu’elle précède et dont elle est pour ainsi dire l’aspect austère. Si nous voulons monter au ciel demain avec Marie, commençons dès aujourd’hui à rompre les liens qui nous retiennent à la terre. Si nous voulons, demain, avec Marie, faire de notre corps et de notre âme un temple digne du Fils de Dieu (virginalem aulam. Or.), dès aujourd’hui purifions la demeure de notre âme des souillures du péché. Si nous voulons nous aussi, demain, « choisir la meilleure part, l’unique nécessaire », abandonnons aujourd’hui tous nos soucis terrestres. Préparons-nous soigneusement à la grande fête de la Sainte Vierge !

    C’est pourquoi le calendrier traditionnel ne peut pas recevoir le 14 août la fête de saint Maximilien Kolbe – lui pour qui cette vigile était si importante, et c’est une des difficultés de la pourtant nécessaire introduction dans le calendrier traditionnel de quelques nouveaux saints.

  • Sainte Radegonde

    L’église Sainte-Radegonde de Poitiers :

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    Le tombeau de sainte Radegonde, dans la crypte de la même église :

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    Chapelle-Sainte-Radegonde-JEP-2012-Icone-de-Sainte-Radegonde-9-.JPGLe miracle des avoines : un jour que les envoyés du roi étaient une fois de plus à sa poursuite, Radegonde traversa un champ où des paysans étaient en train de semer de l’avoine. L’avoine poussa tout à coup, ce qui permit à Radegonde de s’enfuir. Et les paysans purent dire sans mentir aux envoyés du roi qu’ils n’avaient vu personne depuis que l’avoine avait poussé…

    (Icône de Myriam Godolle, 2012) 

    La vie de sainte Radegonde.

  • Sainte Claire

    Passage central de la troisième lettre de sainte Claire d’Assise à sainte Agnès de Bohème (fille puis sœur du roi de Bohème, devenue “clarisse” après avoir refusé tous les mariages, y compris avec l’empereur) :

    Réjouis-toi donc toujours dans le Seigneur, toi aussi, sœur bien-aimée, et ne permets à aucune amertume, à aucun nuage, de venir assombrir ta joie, toi qui es ma Dame bien-aimée dans le Christ, toi la joie des anges et la couronne de tes sœurs.

    Place ton esprit devant le miroir de l'éternité, laisse ton âme baigner dans la splendeur de la Gloire, unis-toi de cœur à Celui qui est l'incarnation de l'essence divine, et, grâce à cette contemplation, transforme-toi tout entière à l'image de sa divinité. Tu arriveras ainsi à ressentir ce que seuls perçoivent ses amis ; tu goûteras la douceur cachée que Dieu lui-même a, dès le commencement, réservée à ceux qui l'aiment.

    Sans accorder même un seul regard à toutes les séductions trompeuses par lesquelles le monde enchaîne les pauvres aveugles qui s'attachent à lui, aime donc plutôt de tout ton être Celui qui, par amour pour toi, s'est aussi donné tout entier, lui dont le soleil et la lune admirent la beauté, lui qui prodigue des récompenses dont l'ampleur et la valeur sont sans bornes. Je veux parler du Fils du Très-Haut, que la Vierge enfante sans cesser d'être vierge. Attache-toi à cette très douce Mère qui a mis au monde cet enfant que les cieux ne pouvaient contenir ; elle, pourtant, l'a contenu dans le petit cloître de son ventre et l'a porté dans son sein virginal.

    Qui ne se détournerait avec horreur de l'ennemi du genre humain et de ses ruses ; il fait miroiter à nos yeux le prestige de gloires éphémères et trompeuses, et s'efforce par là de réduire à néant ce qui est plus grand que le ciel. Car l'âme d'un fidèle, qui est la plus digne de toutes les créatures, est évidemment rendue par la grâce de Dieu plus grande que le ciel : ce créateur, que les cieux immenses et toutes les autres créatures ne peuvent contenir, l'âme fidèle à elle seule devient son séjour et sa demeure ; il suffit pour cela de posséder ce que refusent les impies : la charité. Celui qui est la vérité même en témoigne : "Celui qui m'aime, mon Père l'aimera ; moi aussi je l'aimerai, et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure ".

    De même donc que la glorieuse Vierge des vierges l'a porté matériellement, de même toi tu pourras toujours le porter spirituellement dans ton corps chaste et virginal si tu suis ses traces, et particulièrement son humilité et sa pauvreté ; tu pourras contenir en toi Celui qui te contient, toi et tout l'univers ; tu le posséderas de façon bien plus réelle et plus concrète que tu ne pourrais posséder les biens périssables de ce monde. Beaucoup de rois et de reines de ce monde, dont l'orgueil voudrait s'élever jusqu'au ciel, jusqu'à toucher de la tête le firmament, se laissent au contraire abuser et séduire ; et pourtant ... ils finiront bien par être réduits en pourriture !

  • Le 15 août à Londres

    La Latin Mass Society fait célébrer la messe de l’Assomption le 15 août à 10h30 à la cathédrale Saint-Georges de Southwark.

    On peut se demander comment il est possible que l’archevêque de Southwark (Londres sud) permette une grand-messe de saint Pie V dans sa cathédrale le 15 août.

    La réponse est que, dans la forme très ordinaire, à Londres, l’Assomption est célébrée… le 16 : elle est solennisée le dimanche.

    Ce qui n’empêche pas assurément de saluer la bienveillance de l’archevêque, Mgr Peter Smith.

    Ensuite on évitera de rester traîner dans la cathédrale, car à 12h30 il y aura une « messe nationale (sic) d’action de grâces pour la béatification du bienheureux Oscar Romero », célébrée par le cardinal Cormac Murphy-O’Connor, ancien archevêque de Westminster et primat d’Angleterre (alors grand adversaire de la liturgie traditionnelle).

  • Saint Tiburce

    Tiburce était le fils du préfet de Rome Chromatius. Il était devenu chrétien après avoir entendu saint Sébastien, en pleine persécution de Dioclétien, vers 303. Au juge qui lui demandait de sacrifier aux dieux il répondit :

    « Je ne sacrifie qu’à un seul Dieu, le Créateur du monde qui règne sur la terre et dans les cieux, et mon plus grand désir est d’être immolé et sacrifié moi-même pour cette confession. »

    Alors le juge ordonna de couvrir le dallage de charbons ardents, et lui dit : « Tiburce, il faudra, ou que tu sacrifies sans délai aux dieux de l’empire, ou que tu marches nu-pieds sur ces charbons. »

    Tiburce fit un signe de croix, et il marcha sur le brasier sans ressentir de brûlure : « Apprends par là, dit-il au juge, que le Dieu des chrétiens est le seul Dieu. Tes charbons me semblent être des fleurs. »

    C’est pourquoi sans doute sa fête a été placée au début de ce qui était autrefois l’octave de saint Laurent. Car le martyr du gril avait dit à son bourreau : « Apprends, malheureux, quelle est la puissance de mon Dieu ; car tes charbons me sont un rafraîchissement ; mais ils seront pour toi l’éternel supplice. »

    Puis on conduisit Tiburce en dehors de la ville et on le décapita.

    Les chrétiens ensevelirent son corps dans le cimetière « aux deux lauriers », et saint Damase, né peu après les faits, orna son tombeau d’une de ses célèbres inscriptions.

    Grégoire IV (828-844) transféra son corps en la basilique Saint-Pierre, et un Ordo Romanus dit que le pape, avant de commencer les vigiles solennelles, allait encenser l’autel de saint Tiburce.

    Sa messe (qu’on peut célébrer même si ce n’est plus qu’une commémoraison) est une messe du commun de plusieurs martyrs, car on lui a ajouté par la suite sainte Suzanne, qui fut décapitée chez elle sur ordre de Dioclétien. En dehors des oraisons, qui sont celles de la messe originelle de saint Tiburce, avec ajout du nom de Suzanne, l’épître également est propre : c’est la même que celle de la fête de saint Sébastien, le père spirituel (le parrain ?) de Tiburce.

  • Saint Laurent

    L’office de la fête de saint Laurent, comme d’autres offices anciens (je pense notamment à sainte Agnès), utilise dans les antiennes et les répons des phrases tirées du récit de sa passion, sans s’occuper de savoir si elles sont compréhensibles hors contexte. Les Romains de ces temps-là connaissaient le texte de Prudence, comme celui de la passion de sainte Agnès. Puis on connut la Légende dorée, avant que la chrétienté sombre dans la nuit de l’ignorance… Dom Pius Parsch a repris ces antiennes et répons, et les a insérés dans un excellent résumé de la passion de saint Laurent.

    Laurent était disciple de Sixte II, qui, gagné par ses éminentes qualités et surtout par son innocence, en fit son premier diacre. Laurent avait ainsi le privilège d’être le premier assistant du pape à l’autel, et était, même, chargé de l’administration des biens de l’Église et du soin des pauvres.

    Durant la persécution de l’empereur Valérien (253-260), Sixte II fut mis à mort avec quatre de ses diacres. Or, Laurent désirait ardemment être immolé avec le père de son âme : « Père, lui disait-il, où vas-tu sans ton fils ? Où vas-tu, prêtre, sans ton diacre ? Tu avais coutume de ne jamais offrir le sacrifice sans ton ministre ! En quoi t’ai-je déplu ? M’as-tu jamais trouvé inférieur à ma tâche ? Mets-moi de nouveau à l’épreuve et vois si je suis indigne de mes fonctions à l’église. Jusqu’à ce jour, c’est à moi que tu avais confié le soin de distribuer le sang du Seigneur ». Sixte lui répondit : « Je ne t’abandonne pas, mon fils. Un plus grand combat pour la foi t’est réservé. Je suis un faible vieillard, c’est pourquoi le Seigneur m’épargne ; mats toi, qui es jeune, un plus grand triomphe t’est destiné. Cesse de pleurer ; en trois jours tu me suivras ». L’ayant ainsi consolé, le Pontife ordonna à son diacre de distribuer les biens de l’Église aux pauvres.

    Tandis que Laurent s’acquittait de cette tâche chez un certain Narisce, un aveugle appelé Crescence vint le supplier de lui imposer les mains pour le guérir. Laurent fit sur lui le signe de la croix et lui rendit la vue. En prison, il accomplira encore d’autres miracles.

    On avait compris, par son entretien avec Sixte II, qu’il était administrateur des biens de l’Église. Il fut arrêté et confié à un gardien du nom d’Hippolyte. Lucilus et plusieurs autres aveugle furent guéris par lui ; Hippolyte se convertit et reçu lui-même le martyre. Sollicité par le préfet de Rome de livrer les trésors qui lui étaient confiés, Laurent demanda un délai de deux jours afin de pouvoir lui donner satisfaction. Il employa ce temps rassembler les pauvres et les malades dans la maison d’Hippolyte, puis il les présenta au préfet : « Voilà, dit-il, les trésors de l’Église ! » Le saint fut alors livré à la torture.

    Tandis, qu’on le déchirait de coups, qu’on lui brûlait la peau avec des lames de fer rougies au feu : « Seigneur Jésus, suppliait-il, ayez pitié de votre serviteur », et il demandait à Dieu d’éclairer ceux qui l’entouraient. C’est alors qu’un soldat, Romanus, se convertit, en déclarant : « Je vois devant toi un jeune homme d’une éclatante beauté. Hâte-toi de me baptiser ». Ce jeune homme était un ange qui essuyait les blessures du martyr avec un linge. De retour dans la maison d’Hippolyte, Laurent y baptisa Romanus qui fut pour cela exécuté.

    Vers la fin du jour, il comparut de nouveau devant le juge qui lui annonça que, cette nuit même, on allait achever son supplice : « J’honore mon Dieu et ne sers que lui seul ; c’est pourquoi je ne redoute pas vos tourments. Cette nuit sera pour moi un jour radieux et une clarté sans obscurité ». Telle fut sa réponse. Étendu sur un gril ardent, il raillait ses bourreaux : « Tu peux me tourner maintenant, dit-il au tyran ; mon corps est assez rôti de ce côté ». Il reprit bientôt après : « Me voici enfin suffisamment cuit ; tu peux manger ». On l’entendit encore rendre grâces à Dieu : « Je te remercie, Seigneur, de m’avoir, admis à ta porte ». Et Dieu l’encouragea ainsi dans ses tourments : « Mon serviteur, sois sans crainte : je suis avec toi ».

    Saint Laurent acheva son martyre sur le mont Viminal et fut enseveli auprès de la voie de Tibur.

    *

    Extrait de l'Année liturgique de dom Guéranger:

    La comparaison de la dureté du supplice du saint diacre sur ses charbons et de la tendresse de cœur qui, trois jours auparavant, lui faisait verser des larmes en quittant Sixte II, avait vivement frappé nos pères. Aussi donnèrent-ils le gracieux nom de larmes de saint Laurent à la pluie périodique d’étoiles filantes qui caractérise, pour le peuple comme pour les savants, la nuit du 10 août. La piété populaire, qui aime à trouver dans les phénomènes de la nature l’occasion d’élever plus haut sa pensée, eut rarement d’inspiration plus touchante.

  • 11e dimanche après la Pentecôte

    La Vulgate, donc la liturgie romaine, dit que l’on amène à Jésus un homme « sourd et muet ». La traduction n’est pas tout à fait exacte. Certes, le mot grec mogilalos, ici, est à prendre en son sens le plus fort, comme dans son unique autre emploi biblique, chez Isaïe. Et le dernier verset évoque bien les muets, ou plus précisément a-lalous, ceux qui ne parlent pas. Mais saint Marc utilise deux mots différents, et il eût été bon de les distinguer aussi en latin. A cause des références et des résonances.

    Mogilalos renvoie donc à Isaïe (35, 5-6), dans le texte de la Septante, qui est très explicitement une prophétie christique : « Consolez-vous l'un l'autre, cœurs défaillants ; prenez courage, n'ayez pas peur ; voici notre Dieu, il vous rend et il vous rendra justice ; il viendra lui-même, et il nous sauvera. Alors s'ouvriront les yeux des aveugles, et les oreilles des sourds ouïront. Alors le boiteux sautera comme un cerf, la langue des “mogilalon” sera facile, parce que l'onde aura jailli dans le désert, et un torrent sur une terre altérée. »

    Marc et Isaïe parlent de vrais sourds, or les vrais sourds ne peuvent pas parler naturellement, ils peuvent seulement grogner, donc ils sont muets : des sourds-muets.

    Mais le sens littéral de « mogilalos » est : qui a de la peine à parler, qui parle avec peine. Et cela nous renvoie de façon quasi évidente à Moïse. Ce n’est pas ce mot-là qui est utilisé dans l’Exode, mais le sens est bien là. Quand Dieu envoie Moïse parler au pharaon, celui-ci répond littéralement : « Je suis faible de la voix et lourd de la langue. » Et Dieu lui répond : « Qui a donné une bouche à l’homme ? Qui l’a fait muet et sourd, voyant et aveugle ? N’est-ce pas moi ? Va donc, et je t’ouvrirai la bouche. »

    C’est Dieu qui peut ouvrir les yeux de l’aveugle, les oreilles du sourd, la bouche du muet. Donc Jésus est Dieu. Et Marc attire notre attention sur le mot « ouvrir », mis en araméen. Pour signifier que cette ouverture miraculeuse des sens est une ouverture, par Dieu, de l’âme à la grâce, au monde surnaturel.

    C’est la signification obvie de ce miracle réalisé sous forme sacramentelle et dont les gestes et le mot essentiel passeront dans le sacrement de baptême.

    Rappel

    Les doctes exégètes soulignent que le parcours de Jésus, tel que Marc le narre dans le premier verset, est aberrant, puisque partant de Tyr il se rend à Sidon, à 30 km au nord, alors qu’il va au sud. Les pieux exégètes disent qu’il ne faut pas tout prendre au pied de la lettre et que Marc a mis en vrac les mots Tyr, Sidon et Décapole pour indiquer que Jésus était toujours en terre païenne. Or les Libanais savent depuis toujours pourquoi Jésus devait passer par Sidon pour retourner en Palestine.

  • Communitas Missae Latinae Taiwanensis

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    Le 19 juillet dernier a été formellement constituée la « Communitas Missae Latinae Taiwanensis » : communauté de la messe latine de Taiwan (la « Latin mass society » locale, en quelque sorte), par une messe selon la forme extraordinaire au sanctuaire marial Notre-Dame du Carmel de Hsinchu, tenu par les carmes déchaussés. En présence de l’évêque émérite du diocèse Mgr James Tan-kuei Liu. Les chants étaient assurés par le département de musique de l’université catholique Fujen et la communauté de liturgie tridentine de Hong Kong.

    En réalité c’était la première messe « publique » selon la forme extraordinaire organisée par la CMLT. Le groupe existait déjà à l’université catholique Fujen. Le samedi 28 mars, il avait réussi à obtenir une messe des Rameaux… selon la forme ordinaire, en latin, ad orientem. Le 20 juin il faisait célébrer sa première messe chantée selon la forme extraordinaire, celle du 4e dimanche après la Pentecôte. Désormais la messe sera célébrée chaque 3e samedi du mois. Reste à la CMLT de persuader les autorités de l’université… catholique que la messe du dimanche se célèbre le dimanche… (A moins qu’il n’y ait plus aucun étudiant à l’université le dimanche ?)

    Mais le 19 juillet était bien un dimanche, et je vois qu’il y aura une messe (basse) le dimanche 23 août en l’église Saint-Antoine de Taipei...

    En tout cas bravo à ce petit groupe pour sa ténacité…

  • Saint Jean-Marie Vianney

    Le Saint Curé enseignait surtout ses paroissiens par le témoignage de sa vie. A son exemple, les fidèles apprenaient à prier, s’arrêtant volontiers devant le tabernacle pour faire une visite à Jésus Eucharistie. « On n’a pas besoin de tant parler pour bien prier – leur expliquait le Curé – On sait que le bon Dieu est là, dans le saint Tabernacle ; on lui ouvre son cœur ; on se complaît en sa présence. C’est la meilleure prière, celle-là. » Et il les exhortait : « Venez à la communion, venez à Jésus, venez vivre de lui, afin de vivre pour lui. » « C’est vrai, vous n’en êtes pas dignes, mais vous en avez besoin ! » Cette éducation des fidèles à la présence eucharistique et à la communion revêtait une efficacité toute particulière, quand les fidèles le voyaient célébrer le saint sacrifice de la Messe. Ceux qui y assistaient disaient « qu’il n’était pas possible de voir un visage qui exprime à ce point l’adoration… Il contemplait l’Hostie avec tant d’amour. » « Toutes les bonnes œuvres réunies – disait-il – n’équivalent pas au sacrifice de la messe, parce qu’elles sont les œuvres des hommes, et la sainte messe est l’œuvre de Dieu. » Il était convaincu que toute la ferveur de la vie d’un prêtre dépendait de la Messe : « La cause du relâchement du prêtre, c’est qu’on ne fait pas attention à la messe ! Hélas ! Mon Dieu ! qu’un prêtre est à plaindre quand il fait cela comme une chose ordinaire ! » Et il avait pris l’habitude, quand il célébrait, d’offrir toujours le sacrifice de sa propre vie : « Oh ! qu’un prêtre fait bien de s’offrir à Dieu en sacrifice tous les matins. »

    Cette identification personnelle au sacrifice de la Croix le conduisait – d’un seul mouvement intérieur – de l’autel au confessionnal. Les prêtres ne devraient jamais se résigner à voir les confessionnaux désertés ni se contenter de constater la désaffection des fidèles pour ce sacrement. Au temps du Saint Curé, en France, la confession n’était pas plus facile ni plus fréquente que de nos jours, compte tenu du fait que la tourmente de la Révolution avait étouffé pendant longtemps la pratique religieuse. Mais il s’est efforcé, de toutes les manières : par la prédication, en cherchant à persuader par ses conseils, à faire redécouvrir à ses paroissiens le sens et la beauté de la Pénitence sacramentelle, en montrant comment elle est une exigence intime de la Présence eucharistique. Il sut ainsi donner vie à un cercle vertueux. Par ses longues permanences à l’église, devant le tabernacle, il fit en sorte que les fidèles commencent à l’imiter, s’y rendant pour rendre visite à Jésus, et qu’ils soient en même temps sûrs d’y trouver leur curé, disponible pour l’écoute et le pardon. Par la suite, la foule croissante des pénitents qui venaient de la France entière, le retint au confessionnal jusqu’à 16 heures par jour. On disait alors qu’Ars était devenu « le grand hôpital des âmes ». « La grâce qu’il obtenait [pour la conversion des pécheurs] était si puissante qu’elle allait à leur recherche sans leur laisser un moment de répit » dit le premier biographe. C’est bien ce que pensait le Saint Curé quand il disait : « Ce n’est pas le pécheur qui revient à Dieu pour lui demander pardon ; mais c’est Dieu lui-même qui court après le pécheur et qui le fait revenir à lui. » « Ce bon sauveur est si rempli d’amour pour nous qu’il nous cherche partout ! »

    (…) Le Curé d’Ars avait une manière différente de se comporter avec les divers pénitents. Celui qui s’approchait de son confessionnal attiré par un besoin intime et humble du pardon de Dieu, trouvait en lui l’encouragement à se plonger dans « le torrent de la divine miséricorde » qui emporte tout dans son élan. Et si quelqu’un s’affligeait de sa faiblesse et de son inconstance, craignant les rechutes à venir, le Curé lui révélait le secret de Dieu par une expression d’une touchante beauté : « Le bon Dieu sait toutes choses. D’avance, il sait qu’après vous être confessé, vous pécherez de nouveau et cependant il vous pardonne. Quel amour que celui de notre Dieu qui va jusqu’à oublier volontairement l’avenir pour nous pardonner ! » A celui qui, à l’inverse, s’accusait avec tiédeur et de manière presque indifférente, il offrait, par ses larmes, la preuve de la souffrance et de la gravité que causait cette attitude « abominable » : « Je pleure de ce que vous ne pleurez pas », disait-il. « Encore, si le bon Dieu n’était si bon, mais il est si bon. Faut-il que l’homme soit barbare pour un si bon Père. » Il faisait naître le repentir dans le cœur des tièdes, en les obligeant à voir, de leurs propres yeux et presque « incarnée » sur le visage du prêtre qui les confessait, la souffrance de Dieu devant les péchés. Par contre, si quelqu’un se présentait avec un désir déjà éveillé d’une vie spirituelle plus profonde et qu’il en était capable, il l’introduisait dans les profondeurs de l’amour, exposant l’indicible beauté que représente le fait de pouvoir vivre unis à Dieu et en sa présence : « Tout sous les yeux de Dieu, tout avec Dieu, tout pour plaire à Dieu… Oh ! que c’est beau ! » A ceux-là, il enseignait à prier : « Mon Dieu, faites-moi la grâce de vous aimer autant qu’il est possible que je vous aime. »

    Benoît XVI, Lettre aux prêtres pour l’indiction d’une année sacerdotale à l’occasion du 150e anniversaire du dies natalis du saint Curé d’Ars, 16 juin 2009.

  • Saint Donat

    La fête de saint Donat a été supplantée par celle de saint Gaétan de Thienne. Elle n’est plus qu’une commémoraison.

    Saint Donat fut le deuxième évêque d’Arezzo. Il fut martyrisé sous Julien l’Apostat (qui avait été, dit-on, son condisciple), le 7 août 362. Les historiens modernes soulignent que les plus anciens documents lui donnent le titre de confesseur, et non de martyr. Mais son successeur Gélase fit construire un oratoire sur sa tombe (où sera ensuite construite la cathédrale d’Arezzo), or à cette époque seuls les martyrs étaient ainsi honorés.

    Peut-être l’a-t-on qualifié de confesseur pour tenter de le distinguer de « saint Donat martyr », patron de nombreuses paroisses italiennes. Car il y a eu un (au moins un) autre saint Donat avant lui, et les deux sont néanmoins mélangés, comme on le voit par exemple dans plusieurs notices wikipedia, qui nous disent que le corps de l’évêque d’Arezzo se trouve à Castiglione Messer Raimundo et qu’il y est porté en procession tous les cinq ans. Mais la vidéo de la procession de 2011 montre clairement, bien qu’elle ait lieu le 7 août, qu’il ne s’agit pas de saint Donat d’Arezzo : ce martyr est un jeune Romain, et non un évêque (et le site de la commune dit bien qu’il s’agit du corps d’un martyr de la catacombe de la Via Tiburtina). C’est aussi ce que l’on voit sur certaines images pieuses qui représentent l’évêque comme un jeune soldat romain...

    D’autre part les historiens modernes qualifient de légende le plus fameux miracle de saint Donat : un jour qu’il célébrait la messe, les païens firent irruption, et, dans la bagarre, le calice de verre tomba et se brisa en de nombreux morceaux. Saint Donat ramassa les morceaux et le calice se reforma aussitôt. Toutefois il manquait un morceau au fond. Or saint Donat fit communier les fidèles sans qu’une goutte du vin consacré ne tombe. Devant ce spectacle, 79 païens se convertirent. Ce fut le motif de la condamnation du saint.

    Les historiens actuels jugent qu’il s’agit d’une légende parce que le récit le plus connu est celui de la « Légende dorée ». Mais il y a beaucoup de choses vraies dans la Légende dorée (le nom étant à prendre dans son sens originel : ce qui doit être lu). Et surtout saint Grégoire le Grand, dans ses Dialogues, six siècles plus tôt, fait allusion à ce miracle comme à quelque chose que tout le monde connaît.

    Ci-dessous l’impressionnant maître autel de la cathédrale d’Arezzo, ou « arche de saint Donat », qui renferme le tombeau du saint.

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  • La Transfiguration

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    La Transfiguration est un événement de prière. Ce qui devient visible, c'est ce qui se passe quand Jésus parle avec le Père, l'intime unité de son être avec Dieu, qui devient pure lumière. Dans son union avec le Père, Jésus est lui-même lumière de lumière. Ce qu'il est au plus intime de lui-même et ce que Pierre avait tenté de dire dans sa confession de foi, tout cela devient même, à cet instant, perceptible par les sens : l'être de Jésus dans la lumière de Dieu, son propre être-lumière en tant que Fils.

    C’est ici que se manifestent tout à la fois le rapport et la différence avec la figure de Moïse : « Lorsque Moïse descendit de la montagne du Sinaï, ayant en mains les deux tables de la charte de l’Alliance, il ne savait pas que son visage rayonnait de lumière depuis son entretien avec le Seigneur » (Ex 34, 29). Du fait qu’il parle avec Dieu, la lumière de Dieu rayonne sur lui et le fait rayonner lui-même. Mais il s’agit d’un rayon qui arrive sur lui de l’extérieur, et qui le fait resplendir ensuite. Jésus, lui, resplendit de l’intérieur, il ne fait pas que recevoir la lumière, il est lui-même lumière de lumière.

    Et pourtant le vêtement blanc de lumière que porte Jésus lors de la Transfiguration parle aussi de notre avenir. Dans la littérature apocalyptique, les vêtements blancs sont l'expression des êtres célestes — les vêtements des anges et des élus. Ainsi l'Apocalypse de Jean parle des vêtements blancs que porteront ceux qui seront sauvés (cf. en particulier Ap 7, 9.13 ; 19, 14). Mais nous est aussi communiqué quelque chose de nouveau : les vêtements des élus sont blancs parce qu'ils les ont lavés et blanchis dans le sang de l'agneau (cf. Ap 7, 14), ce qui signifie que, par le Baptême, ils sont liés à la Passion de Jésus, et que sa Passion est la purification qui nous rend le vêtement d'origine que nous avons perdu par le péché (cf. Le 15, 22). Par le Baptême, nous avons été revêtus de lumière avec Jésus et nous sommes devenus nous-mêmes lumière.

    C'est alors qu'apparaissent Moïse et Élie qui parlent avec Jésus. Ce que le Ressuscité déclarera plus tard aux disciples sur la route d'Emmaüs est ici de l'ordre du phénomène visible. La Loi et les Prophètes parlent avec Jésus, parlent de Jésus. Luc est le seul à raconter - au moins sous forme de brève allusion - de quoi parlent les deux grands témoins de Dieu avec Jésus : « Apparus dans la gloire : ils parlaient de son départ qui allait se réaliser à Jérusalem » (Lc 9, 31). Le sujet de leur dialogue est la croix, mais il faut la comprendre dans toute son extension en tant qu'« exode de Jésus », qui devait avoir lieu à Jérusalem. La croix de Jésus est un exode, une sortie hors de cette vie, une traversée de la « mer Rouge » de la Passion et un passage vers la gloire, qui porte néanmoins toujours les stigmates de la Passion.

    Ce qui indique clairement que le sujet principal de la Loi et des Prophètes est « l'espérance d'Israël », l'exode qui libère définitivement, et que le contenu de cette espérance est le Fils de l'homme souffrant, le serviteur de Dieu, dont la souffrance permet d'ouvrir la porte sur la liberté et la nouveauté. Moïse et Élie sont eux-mêmes des figures et des témoins de la Passion. Avec le Transfiguré, ils parlent de ce qu'ils ont dit sur terre, ils parlent de la Passion de Jésus, mais ce dialogue avec le Transfiguré fait apparaître que cette Passion apporte le salut, qu'elle est envahie par la gloire de Dieu, que la Passion devient lumière, liberté et joie.

    Benoît XVI, Jésus de Nazareth, I, pp. 338-339

    (Icône de Théophane le Grec, maître d'Andreï Roublev)

  • La messe de Tampa

    Depuis samedi dernier la Floride compte un nouveau lieu de culte pour la « forme extraordinaire », l’église de l’Epiphanie de Tampa, diocèse de St Petersburg.

    A vrai dire, cette messe ne correspond pas aux critères du motu proprio Summorum Pontificum, puisqu’elle a été demandée par… l’évêque, Mgr Robert N. Lynch, au curé, le P. Edwin Palka, lequel obéit avec enthousiasme et gratitude…

    Il y a donc désormais la messe de saint Pie V tous les jours en cette église, et deux fois le dimanche, dont la grand-messe à 10h 30 !

    J’engage ceux qui connaissent un peu l’anglais à visiter le site internet de la paroisse, d’une part pour voir que c’est un site de propagande musclée pour la messe traditionnelle, ce qui n’est pas si fréquent…, d’autre part pour voir que c’est fait avec un humour aussi franc que décapant…

  • Dédicace de Sainte-Marie aux Neiges

    Il s’agit de la basilique romaine Sainte-Marie Majeure. On ne trouve aucune allusion écrite au miracle de la neige avant le XIIIe siècle. Le Liber Pontificalis dit que le pape Libère (après son retour à Rome en 358) « construisit une basilique à son nom près du marché de Livia » (d’où le nom de « basilique libérienne » qui lui est en effet resté). Et que le pape Sixte III « construisit la basilique Sainte-Marie, qui était appelée "de Libère" par les anciens, près du marché de Livia ».

    L’initiative de Sixte III suivit immédiatement le concile d’Ephèse, qui en 431 définit la maternité divine de Marie. Le pape fit inscrire au-dessus de l’entrée les vers suivants, qui accompagnaient une mosaïque représentant la Theotokos et cinq martyrs. L’inscription et la mosaïque disparurent lorsqu’on refit la façade au XVIe siècle.

    VIRGO MARIA TIBI XYSTVS NOVA TEMPLA DICAVI
    DIGNA SALVTIFERO MVNERA VENTRE TVO
    TV GENITRIX IGNARA VIRI TE DENIQVE FETA
    VISCERIBVS SALVIS EDITA NOSTRA SALVS
    ECCE TVI TESTES VTERI SIBI PRAEMIA PORTANT
    SVB PEDIBVS IACET PASSIO CVIQVE SVA
    FERRVM FLAMMA FERAE FLVVIVS SAEVVMQVE VENENVM
    TOT TAMEN HAS MORTES VNA CORONA MANET

    Vierge Marie, à toi j’ai dédié, moi Sixte, une nouvelle demeure, digne hommage à ton sein qui a porté le salut. Toi, mère qui n’a pas connu d’homme, finalement enceinte, tu as mis au monde, tes entrailles restant sauves, notre salut. Voici les témoins de ta maternité qui apportent avec eux leurs récompenses, et sous leurs pieds gît le genre de leur passion : le fer, la flamme, les bêtes, le fleuve, et le cruel poison : tant de sortes de mort, pourtant une seule couronne demeure.