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Liturgie

  • Nativité de saint Jean Baptiste

    Introït de la messe

    De ventre matris meæ vocávit me Dóminus nómine meo : et pósuit os meum ut gládium acútum : sub teguménto manus suæ protéxit me, et pósuit me quasi sagíttam eléctam.

    Bonum est confitéri Dómino : et psállere nómini tuo, Altíssime.

    Dès le sein de ma mère, le Seigneur m’a appelé par mon nom : Il a rendu ma bouche semblable à un glaive acéré, il m’a protégé à l’ombre de sa main, il a fait de moi comme une flèche choisie. (Isaïe 49)
    Il est bon de louer le Seigneur : et de célébrer votre nom, ô Très-Haut. (Psaume 91)

    Le voici par les moines de Solesmes.

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    Abbaye Saint Emmeram, Ratisbonne, vers l’an 1000.

     

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    Codex Bodmer 74, Sainte Cécile du Trastevere, 1071.

  • Vigile de la nativité de saint Jean Baptiste

    Ne tímeas, Zacharía, exaudíta est orátio tua : et Elísabeth uxor tua páriet tibi fílium, et vocábis nomen eius Ioánnem : et erit magnus coram Dómino : et Spíritu Sancto replébitur adhuc ex útero matris suæ : et multi in nativitáte eius gaudébunt.
    Dómine, in virtúte tua lætábitur rex : et super salutáre tuum exsultábit veheménter.

    Introït (Luc., I, 13, 15, 14) : « Ne crains pas, ô Zacharie, car ta prière a été exaucée. Élisabeth ton épouse te donnera un fils et tu l’appelleras Jean. Il sera grand devant Dieu, et dès le sein de sa mère, il sera rempli de la grâce du Saint-Esprit. Sa naissance apportera la joie à beaucoup ». — Suit le psaume 20 : « Seigneur, le Roi se réjouira dans votre puissance et il exulte pour votre salut ». Jean commence là où d’autres pourraient à peine se promettre d’arriver. Il repose encore dans le sein maternel, et déjà la grâce le pénètre tout entier ; aussi, devant ce Dieu qui seul est grand et pour qui tout est petit, cet enfant est le plus grand des fils de la femme, comme l’atteste l’Évangile. Saint Jean-Baptiste est grand devant Dieu, parce qu’il fut toujours profondément petit à ses propres yeux, ne cherchant pas autre chose que la gloire de Dieu dans son propre abaissement. Illum oportet crescere, me autem minui. [« Lui il faut qu’il croisse, et moi que je diminue », Jn 3,30.]

    Bienheureux cardinal Schuster

  • Saint Paulin de Nole

    En 2007 j’avais résumé la vie étonnante de saint Paulin de Bordeaux, l’un des plus riches et puissants personnages de l’empire romain, se dépouillant de tout pour vivre en ermite à Nole. Voici la fin d’une lettre à Sulpice Sévère, où il raconte son ordination sacerdotale. La traduction, anonyme, serait de Claude Santeul (le frère de Jean-Baptiste Santeul qui se fait étriller par dom Guéranger dans ses Institutions liturgiques). Le livre est paru en 1703. Je garde l’orthographe, parce qu’elle correspond au style.

    Nous nous sommes arrêtez depuis quelque tems à Barcelone, comme je vous l'ai déja mandé ; mais vous sçaurez que depuis vôtre réponse à ma derniere Lettre, le jour même de Noël, je fus enlevé tout-à-coup par une foule de peuple , qui me fit ordonner Prêtre sur le champ. J'eus beau résister, il fallut céder à la violence de cette multitude , ou plutôt, comme je crois, à l’ordre secret de la Providence. J’avoüe que ç’a esté contre mon gré ; non que j’eusse de l’aversion, ou du mépris pour une dignité si sublime. Dieu m'est témoin, que je souhaitois d'entrer à son service, mais ce n'estoit que par les premiers degrez des Ordres saints, en faisant l'office de portier de l'Eglise. Les engagemens que j'avois resolu de prendre ailleurs, me faisoient regarder avec surprise cette maniere imprévûë, dont il plaisoit au Seigneur de disposer de moi. J'ai donc baissé le cou sous le joug de Jesus-Christ, & je me vois presentement engagé dans des emplois infiniment au dessus de mes forces, & de la portée de mon esprit.

    Il me semble que je suis comme élevé jusques au sein de Dieu, pour y estre éclairé des lumieres du Ciel, & pour y entrer en communication de l'esprit, du corps, & de la gloire du Fils de Dieu. Quelque effort que je fasse , je reconnois que mon esprit est encore trop foible, & trop borné pour pouvoir comprendre la pesanteur du joug que l'on a imposé sur mes épaules, & persuadé de ma foiblesse, & de mon indignité, je me sens saisi d'une sainte horreur, quand je pense aux obligations du sacré ministère qui m'a esté confié ; il n'y a qu'une seule chose qui puisse me rassurer, c'est que ce lui qui rend sages les petits, & qui tire une loüange parfaite de la bouche des enfans, & de ceux qui sont à la mammelle, a assez de puissance pour porter, s'il veut, jusqu'au comble de la perfection, l’ouvrage qu'il a lui-même commencé en moi, & relever l’éclat & la grandeur du ministere qu'il m'a confié en m'en rendant digne, de peu disposé que j'estois quand il m'y a appellé.

    Toutefois vous sçaurez que mon Ordination n'empêchera pas l'execution du dessein que Dieu nous a inspiré. Car je n'ai consenti au choix qu'a fait de moi l'Eglise de Barcelone, qu'à condition de n'estre point obligé de m'associer à son Clergé. Ainsi, j'ai reçû le sacré caractere du Sacerdoce de Jesus-Christ, sans me dévoüer au service d'aucune Eglise particuliere.

    Venez-donc nous voir, je vous en conjure, que ce soit avant Pâques, comme je le desire avec ardeur, afin que vous puissiez avec nous celebrer la Semaine Sainte, & participer au Sacrifice que j'y offrirai. Si vous croyez pourtant qu'il vous soit plus avantageux de ne partir qu'aprés avoir imploré la protection de Dieu pendant la Solemnite du Tems Pascal, ne venez qu'aprés qu'elle sera passée. J'espere néanmoins que Nôtre-Seigneur vous inspirant un violent désir de me voir, vous partirez incontinent aprés les Fêtes. Celui qui m'est venu voir de vôtre part, vous informera du chemin, & jugez-en par avance, puis qu'il n'a mis que huit jours à venir d'Alzonne icy. Il ira vous dire qu'il n'y a rien de plus court & de plus aisé que cette route ; les Pyrennées mêmes que l'on nous représente comme des montagnes affreuses, ne font que de petites collines dans l’endroit qui sépare la Gaule Narbonoise d'avec l'Espagne. Mais pourquoi m'arresterai-je à vous parler du chemin ? Si vous avez quelque empressement de nous voir, le chemin vous semblera court, & vous le trouverez toujours trop long, si vous n'en avez pas grande envie.

  • Saint Louis de Gonzague

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    Charles Péguy, Cahiers de la Quinzaine, VII-8 (Vœux pour 1906)

  • Saint Silvère

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    Histoire des papes, tome premier, 1838, par M. Henrion (Mathieu Richard Auguste Henrion, avocat à la cour royale – fait baron -, puis conseiller à la cour d’appel d’Aix. « He belonged to the generation of fiery French Ultramontanes of the middle of the nineteenth century », dit Wikipedia en anglais… mais pas en français…)

    Ci-dessous le passage du « Breviarium causae Nestorianorum et Eutychianorum » de Libérat, archidiacre de Carthage, auteur contemporain des faits, citant l'évêque - grec - de Patare expliquant à l’empereur byzantin que s’il y a plusieurs rois dans le monde il n’y a qu’un pape dans l’Eglise.

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  • 5e dimanche après la Pentecôte

    Lu sur le site d’Una Voce :

    Le texte de l’Alléluia de cinquième dimanche après la Pentecôte est formé du premier verset du psaume 20, et on peut noter qu’à partir de ce dimanche et jusqu’à la fin du temps après la Pentecôte, tous les versets d’Alléluia, sauf de rares exceptions, ont pour texte le début d’un psaume. Celui-ci est un chant d’action de grâces de David, roi d’Israël, pour une grande victoire que Dieu lui a accordée sur ses ennemis.

    Domine, in virtute tua lætabitur rex : et super salutare tuum exsultabit vehementer.

    Seigneur le roi se réjouit de votre puissance. Il exulte avec force pour le salut que vous lui avez accordé.

    C’est donc un chant de reconnaissance et de louange à la toute puissance divine pour toutes les grâces et les bienfaits dont elle nous a comblés.

    La mélodie de cet Alléluia est assez extraordinaire et même unique dans le répertoire. Notons d’abord pour les connaisseurs que c’est le seul Alléluia du sixième mode, et encore s’agit-il ici d’un sixième mode assez particulier qui ressemble beaucoup au mode majeur moderne, et pourtant cette pièce n’est pas récente ; on la trouve dans les plus anciens manuscrits. Cette mélodie ample, solennelle et enthousiaste dont les larges vocalises balayent toute l’octave et même au delà, convient parfaitement pour exprimer les sentiments de louange et de reconnaissance du texte.

    Par les moines de Silos :

  • Saint Ephrem

    En ce samedi, jour de la Sainte Vierge, cette prière de saint Ephrem.

    Vierge Souveraine, Génitrice de Dieu, salut de la famille unie des chrétiens, tu ne cesses de jeter sur nous le regard d'une tendre mère. Tu nous aimes comme si nous étions tes enfants, toujours disposée à nous chérir, tu répands sur nous d'ineffables bienfaits: tu nous protèges et tu nous sauves; veillant sur nous avec sollicitude, tu nous délivres du danger des tentations, et de la multitude des pécheurs qui nous environnent; pleins de reconnaissance, nous te remercions, nous célébrons ta munificence, nous publions tes bienfaits, nous chantons à haute voix tes merveilles, nous louons ta sollicitude, ta prévoyance, nous élevons dans nos hymnes ta puissance tutélaire, nous immortalisons ton inépuisable miséricorde. Les bienfaits que tu as répandus sur nous par le passé sont gravés dans notre mémoire, et nous nous souvenons à quels dangers imminents tu nous as arrachés; nous t'adressons ce cantique de grâces, comme une dette que nous acquittons, cantique toujours au-dessous de tes bienfaits: eh! quelle voix pourrait les célébrer dignement? Cependant, nous prenons courage, nous implorons humblement ta miséricorde, pour que tu entendes les cris de détresse de tes serviteurs. Dépose notre demande aux pieds de ce Dieu que tu as engendré, pour qu'Il nous sauve de la damnation éternelle, et que nous puissions louer le Nom trois fois saint du Père, du Fils et du Saint-Esprit; et aujourd'hui et dans l'éternité des siècles. Tu vois, ô très sainte Souveraine Enfantrice de Dieu, tu vois tous les pièges dont nous enveloppe l'esprit malin, l'esprit impur. Vois toutes les passions criminelles qu'il éveille en nous, et dont il nous enlace comme d'un réseau. Apparais et ne repousse point notre prière. Pourquoi détourner ton visage et oublier notre faiblesse? Écarte les embûches du démon qui nous tente, sois notre asile dans cette guerre, apaise par ton intercession bienfaisante la colère divine que nos égarements ont excitée; ajoute ce nouveau bienfait à tant d'autres, et nous célébrerons dans nos cantiques ton nom, celui de ton Fils et notre Dieu qui, de même que son Père, est sans commencement.

    Souveraine Mère de Dieu qui enfantas le Christ Dieu notre Sauveur, je place toute mon espérance en toi qui es au-dessus de toutes les puissances du ciel. O Vierge, emblème de la pureté, fortifie-moi de ta sainte grâce; dans cette vie, sois mon guide, conduis-moi selon la volonté de ton auguste Fils notre Dieu. Obtiens-moi la rémission de mes péchés, sois mon refuge, ma protection, ma délivrance, sois la main qui me dirige vers la vie éternelle. Souveraine, Souveraine, ne m'abandonne pas à l'heure suprême, hâte-toi de m'apporter le secours qui m'est nécessaire, arrache-moi de la cruelle tyrannie des esprits de l'enfer. Tu es la très bonne Mère du Christ notre Dieu, tout ce que tu veux, tu dois le pouvoir. Toi, seule Souveraine et Génitrice de Dieu, tu es dans une sphère élevée au-dessus de toute la terre. Quant à nous, Épouse de Dieu, nous te bénissons avec foi, nous t'honorons avec amour, nous te rendons un culte respectueux, nous chantons tes louanges et nous proclamons ta béatitude dans le langage de la vénération. Tu es en effet la gloire des gloires, la récompense des récompenses, la puissance des puissances. O Souveraine, mon bonheur après Dieu, rosée divine qui apaises l'ardeur brûlante qui me dévore, source jaillissante du sein de Dieu même, à laquelle se rafraîchit mon cœur embrasé, lumière éclatante de mon âme plongée dans les ténèbres, guide du faible, appui du pauvre, manteau de la nudité, richesse de l'indigent, remède des plaies incurables, tu taris les pleurs, tu apaises les soupirs, tu allèges les infortunes, tu guéris les douleurs, tu brises les chaînes; Espérance de mon salut, exauce mes prières; aie pitié de mes gémissements, accueille mes lamentations, aie compassion de moi, laisse-toi fléchir par mes larmes.

    Que pour moi tes entrailles soient émues; n'es-tu pas la Mère d'un Dieu bienfaisant? Jette un regard de bonté, accueille favorablement ma prière, réponds à mon désir, étanche ma soif; unis-moi à ma famille, à mes compagnons de service, dans la terre des hommes pacifiques, dans le sanctuaire des justes, dans le chœur des saints, et rends-moi digne, toi, protection et joie de tous et volupté pure, de participer à ta félicité, je te le demande, à la joie inénarrable du Dieu et Roi que tu as engendré, à ses noces inexplicables aux délices inépuisables, à son Règne éternel et sans fin. Car tu es ma Souveraine, mon refuge, ma vie, ma protection, mon armure, ma joie, mon espérance, ma force; fais-moi jouir, de concert avec toi, vers les régions célestes, des dons indicibles et inconcevables de ton Fils. Tu as, je le sais, une puissance égale à ta volonté, telle enfin que doit l'avoir la Mère du Très-Haut. Aussi me suis-je enhardi; fais que je ne sois pas trompé dans mon attente, fais que cette attente soit remplie, ô très pure Souveraine, Épouse de Dieu, toi qui, contre les lois de la nature, as enfanté le Seigneur attendu de tous, notre Seigneur et vrai Dieu Jésus Christ à qui revient toute gloire, tout honneur et toute vénération, avec son Père sans commencement et son très saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

  • Saint Grégoire Barbarigo

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    La Nouvelle Revue de Théologie, 82/7, 1960.

    Après la canonisation de Grégoire Barbarigo, on voulut construire une église paroissiale, à Rome, qui porte son nom. Elle fut inaugurée par Paul VI en 1971. Ce fut donc l'une des premières églises destinées au nouveau rite. Voici l'église (?), et le palais Barbarigo à Venise... La civilisation, et le n'importe quoi. Le palais profane du XVIe siècle est plus religieux que l'église du XXe...

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  • Praeparate corda vestra

    En ces jours-là les Philistins gagnèrent une bataille contre Israël et capturèrent « l’arche du Seigneur ». Mais comme Dieu ne voulait pas que l’arche demeure entre les mains des Philistins, une terrible maladie s’abattit sur la ville où elle était gardée. Alors les Philistins firent passer l’arche de ville en ville, mais sur chacune de ces villes tombait le terrible fléau. Au bout de sept mois, les Philistins finirent par renvoyer l’arche en Israël. On l’installa dans la maison d’Abinadab à Gabaa, puis on l’oublia… Au bout de vingt ans les Israélites en eurent assez des vexations permanentes des Philistins qui régnaient sur eux, et ils se souvinrent qu’ils avaient eu un Dieu qui les avait fait sortir d’Egypte et leur avait donné ce pays. Alors on fit venir Samuel, qui était théoriquement leur chef. Et Samuel leur dit :

    Si vous revenez au Seigneur de tout votre cœur, ôtez du milieu de vous les dieux étrangers, les Baals et les Astaroth ;
    tenez vos cœurs prêts à obéir au Seigneur, et ne servez que lui seul; et il vous délivrera de la main des Philistins.

    Ce propos de Samuel fait l’objet d’un répons des matines de ce jour et de cette semaine (la lecture étant le Premier livre de Samuel – ou des Rois, selon les appellations). Et l’on voit que l’auteur liturgique n’a eu qu’à supprimer la mention des dieux cananéens pour rendre le message universel, et lui donner son sens non plus militaire mais seulement religieux. Et pour donner plus de force au début du verset, et le rendre parallèle au début du répons, il a fait du conditionnel un impératif : « convertissez-vous », au lieu de « si vous vous convertissez » - si dans le propos de Samuel le verbe veut plutôt dire "revenir", dans le répons il prend clairement celui de "se convertir". (Conformément aux règles du répons, le texte est « à l’envers » : le début du propos de Samuel est le ℣., et la suite est le ℟., au début. Puis il se termine par la fin du ℟., qui souligne le message essentiel.)

    ℟. Praeparate corda vestra Domino, et servite illi soli : * Et liberabit vos de manibus inimicorum vestrorum.
    ℣. Convertimini ad eum in toto corde vestro, et auferte deos alienos de medio vestri.
    ℟. Et liberabit vos de manibus inimicorum vestrorum.

  • Saints Guy, Modeste et Crescence

    Cette fête n’est plus qu’une mémoire depuis 1960. Il conviendrait cependant de ne pas oublier la messe, qui est une messe propre de cette fête, et antique. Dom Pius Parsch :

    La messe contient presque uniquement des textes propres. Ces textes sont, comme c’est le cas dans les messes antiques, un éloge du martyre. Dès l’Introït, l’Église nous enseigne que les martyrs, malgré toutes leurs tribulations, sont dans la main de Dieu. Dieu les garde pour l’éternité. La communauté chante en même temps le psaume de prédilection de l’ancienne Église, le psaume 33. La leçon exprime la même pensée : le sort des justes (« justi » est l’expression habituelle de la liturgie) sur la terre et dans le ciel. Ici, ils souffrent de grands tourments, mais ils sont comme l’or qui doit être purifié dans le feu des souffrances. Dieu accepte leur mort comme un agréable holocauste. Là-haut, ils brilleront comme des étincelles et participeront à la royauté du Christ. Le Graduel se rattache, comme un écho, à l’Épître. L’Alléluia est un véritable « louez le Seigneur » dans la bouche des saints. L’Évangile ne se trouve sans doute nulle part ailleurs dans le missel. Les 72 disciples que le Seigneur a envoyés se réjouissent du succès merveilleux qu’ils ont remporté. Le Christ confirme qu’il leur a donné le pouvoir de « marcher sur les serpents et les scorpions, et la force contre toute puissance de l’ennemi ». Mais ils doivent estimer bien plus la joie d’être enfants de Dieu, le fait « que leurs noms sont écrits au ciel ». L’Évangile est très bien choisi par rapport au pouvoir des miracles qu’exerce saint Vit (il est considéré comme thaumaturge surtout pour ceux qui sont mordus par des chiens enragés et des serpents venimeux) ; mais l’Église nous enseigne aussi la véritable manière d’honorer les saints. Le rôle des saints n’est pas de nous aider dans nos besoins terrestres ; leur rôle, principal est de nous assurer le bonheur éternel. Les membres glorifiés du corps mystique doivent conduire à l’éternelle béatitude les membres qui ne sont pas encore glorifiés. Nous allons à l’Offrande en répétant ce cri qu’aimait tant l’ancienne Église : « Dieu est admirable dans ses saints ». L’antienne de communion se contente de répéter un verset de la leçon : « Les saints sont dans la paix ». Ce mot paix signifie la béatitude. Une partie de cette paix coule maintenant dans nos âmes par la sainte Eucharistie. La postcommunion nous enseigne que le pain du ciel est un remède pour le corps et pour l’âme.

    Sur saint Guy voir aussi ma note de l’an dernier.

  • Saint Basile

    Eponyme du royaume par ton nom,
    c'est le peuple saint du Christ, le sacerdoce royal
    qu'en ton amour de la sagesse et ton savoir
    comme pasteur, Père Basile, tu menas;
    aussi du diadème de son royaume t'a couronné
    le Roi des rois, le Seigneur de l'univers,
    le Fils coéternel qu'en dehors du temps le Père conçoit;
    prie-le de sauver et d'illuminer nos âmes.

    Dans la splendeur de tes ornements,
    pontife Basile, tu annonças
    l'Evangile du royaume avec joie;
    et tu fis jaillir pour l'Eglise
    l'enseignement de l'orthodoxie;
    nous confessons désormais à sa lumière
    comme un seul Dieu le Père tout-puissant,
    le Verbe, Fils unique, et l'Esprit divin
    et glorifions en trois personnes l'indivisible Divinité;
    prie-la de sauver et d'illuminer nos âmes.

    Toi qui fais partie des chœurs célestes
    et partages le séjour
    des Anges dont tu as imité la condition
    par la pure splendeur de ta vie,
    Père Basile, puisqu'en ton corps
    tu avais déjà renoncé,
    tel un incorporel, aux terrestres plaisirs,
    auprès du Christ notre Dieu veuille intercéder
    pour nous qui jouissons de ta doctrine inspirée,
    afin qu'évitant les ténèbres de l'ignorance nous obtenions
    le salut et l'illumination de nos âmes.

    Liturgie byzantine, vêpres de saint Basile (fêté le 1er janvier - qui est le jour de sa mort - en même temps que la Circoncision). Les premiers mots font référence au fait que Basileios veut dire « royal », et que le féminin basileia veut dire aussi « royaume ».

  • La messe menacée à Rennes

    Une page facebook « pour le maintien de la chapelle Saint-François de Rennes » nous apprend ceci :

    Cette page à pour objet le maintien de la communauté de saint François à Rennes desservie par l'institut du Christ-Roi depuis 14 ans.
    Aujourd'hui monseigneur l'archevêque Pierre d'Ornellas :

    - exige le départ de notre prêtre le chanoine Cristofoli,

    - demande au Christ-Roi de quitter l'archidiocèse,

    - envisage de réduire à néant cette communauté en mettant en place un service minimum le dimanche.

    La réponse définitive doit tomber d'un jour à l'autre.
    Nous sommes donc plus que jamais en danger et avons besoin de vous tous !

    Et ici l’allocution du président de l’association, qui précise les mauvaises nouvelles.

     

  • Saint Antoine de Padoue

    Nous te prions, ô Notre Dame, Mère de Dieu,
    exaltée au dessus des chœurs des anges.
    Remplis le vase de notre cœur de la grâce céleste ;
    fais-nous resplendir de l'or de la sagesse;
    soutiens-nous avec la puissance de ton intercession ;
    orne-nous des pierres précieuses de tes vertus ;
    répands sur nous l'huile de ta miséricorde,
    par laquelle tu couvres la multitude de nos péchés.
    Que nous soyons trouvés dignes d'être élevés à la hauteur de la gloire céleste
    et de vivre heureux pour l'éternité avec tous les bienheureux.
    Nous demandons cela à Jésus Christ,
    ton Fils qui en ce jour t'a exaltée au-dessus des chœurs des anges,
    t'a couronnée de la couronne du royaume et t'a placée sur le trône de la lumière éternelle.
    A lui soit honneur et gloire pour les siècles éternels.
    Et que toute l'Eglise chante : Amen. Alléluia !

    Fin d’un sermon de saint Antoine de Padoue pour l’Assomption.

  • 4e dimanche après la Pentecôte

    Introït

    Dóminus illuminátio mea et salus mea, quem timebo ? Dóminus defénsor vitæ meæ, a quo trepidábo ? qui tríbulant me inimíci mei, ipsi infirmáti sunt, et cecidérunt.
    Si consístant advérsum me castra : non timébit cor meum.

    Le Seigneur est ma lumière et mon salut, qui craindrai-je ? Le Seigneur est le défenseur de ma vie, de quoi tremblerai-je ? Mes ennemis qui me suscitent des maux, ce sont eux qui se sont affaiblis et sont tombés.
    Si des armées rangées en bataille s’élèvent contre moi : mon cœur n’aura pas de frayeur.

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    Par la schola de Saint-Vincent de Dinslaken, en Rhénanie.

     Commentaire de dom Baron :

    La mélodie donne à ce texte déjà si expressif par lui-même un ton de confiance joyeuse, enthousiaste, vibrante, avec même cette nuance de défi que l'on trouve dans les élans de foi d'une jeunesse bouillante d'ardeur. Aussi bien, c'est l'Église éternellement jeune qui chante l'infinie puissance de son chef ; le vainqueur de la mort et de Satan.

    Des notes longues, sans cesse ramenées au fa par la tierce inférieure, donnent à la première phrase une force extraordinaire. Il n'y a pas d'éclat ; c'est une volonté qui se pose, assurée, ferme comme une ligne infranchissable.

    L'enthousiasme qui a déjà monté sur quem timébo s'élève plus ardent sur Dominus qui, au début de la seconde phrase, reprend à la quarte supérieure, le motif de l'intonation. Toutes les affirmations sur fa s'en trouvent renforcées, amenant, pour finir, cet admirable cri de fierté audacieuse, quelque peu téméraire même : a quo trepidabo ?

    L'idée de la troisième phrase est autre : l'Église voit ses ennemis défaits. Elle se laisse aller à la joie, une joie qui est débordante, dès le début, sur qui tribulant ; le motif qui glorifie le Christ dans le verset du Graduel Christus factus est, le Jeudi Saint. Elle se revêt ensuite d'une autorité et d'une force qui, sur les notes longues de mei et de infirmati sunt a quelque chose de dur, comme l'épée du vainqueur sur l'ennemi prosterné.

  • Saint Barnabé

    Barnabé signifie "homme de l'exhortation" (Ac 4, 36) ou "homme du réconfort"; il s'agit du surnom d'un juif lévite originaire de Chypre. S'étant établi à Jérusalem, il fut l'un des premiers qui embrassèrent le christianisme, après la résurrection du Seigneur. Il vendit avec une grande générosité l'un des champs qui lui appartenaient, remettant le profit aux Apôtres pour les besoins de l'Eglise (cf. Ac 4, 37). Ce fut lui qui se porta garant de la conversion de saint Paul auprès de la communauté chrétienne de Jérusalem, qui se méfiait encore de son ancien persécuteur (cf. Ac 9, 27). Envoyé à Antioche de Syrie, il alla rechercher Paul à Tarse, où celui-ci s'était retiré, et il passa une année entière avec lui, se consacrant à l'évangélisation de cette ville importante, dans l'Eglise de laquelle Barnabé était connu comme prophète et docteur (cf. Ac 13, 1). Ainsi Barnabé, au moment des premières conversions des païens, a compris qu'il s'agissait de l'heure de Saul, qui s'était retiré à Tarse, sa ville. C'est là qu'il est allé le chercher. Ainsi, en ce moment important, il a comme restitué Paul à l'Eglise; il lui a donné encore une fois, en ce sens, l'Apôtre des nations. Barnabé fut envoyé en mission avec Paul par l'Eglise d'Antioche, accomplissant ce qu'on appelle le premier voyage missionnaire de l'Apôtre. En réalité, il s'agit d'un voyage missionnaire de Barnabé, qui était le véritable responsable, et auquel Paul se joignit comme collaborateur, touchant les régions de Chypre et de l'Anatolie du centre et du sud, dans l'actuelle Turquie, et se rendant dans les villes d'Attalia, Pergé, Antioche de Pisidie, Iconium, Lystre et Derbe (cf. Ac 13, 14). Il se rendit ensuite avec Paul au Concile de Jérusalem, où, après un examen approfondi de la question, les Apôtres et les Anciens décidèrent de séparer la pratique de la circoncision de l'identité chrétienne (cf. Ac 15, 1-35). Ce n'est qu'ainsi, à la fin, qu'ils ont rendu officiellement possible l'Eglise des païens, une Eglise sans circoncision:  nous sommes les fils d'Abraham simplement par notre foi dans le Christ.

    Les deux, Paul et Barnabé, eurent ensuite un litige, au début du deuxième voyage missionnaire, car Barnabé était de l'idée de prendre Jean-Marc comme compagnon, alors que Paul ne voulait pas, ce jeune homme les ayant quittés au cours du précédent voyage (cf. Ac 13, 13; 15, 36-40). Entre les saints, il existe donc aussi des contrastes, des discordes, des controverses. Et cela m'apparaît très réconfortant, car nous voyons que les saints ne sont pas "tombés du ciel". Ce sont des hommes comme nous, également avec des problèmes compliqués. La sainteté ne consiste pas à ne jamais s'être trompé, à n'avoir jamais péché. La sainteté croît dans la capacité de conversion, de repentir, de disponibilité à recommencer, et surtout dans la capacité de réconciliation et de pardon. Ainsi Paul, qui avait été plutôt sec et amer à l'égard de Marc, se retrouve ensuite avec lui. Dans les dernières Lettres de saint Paul, à Philémon et dans la deuxième à Timothée, c'est précisément Marc qui apparaît comme "mon collaborateur". Ce n'est donc pas le fait de ne jamais se tromper, mais la capacité de réconciliation et de pardon qui nous rend saint. Et nous pouvons tous apprendre ce chemin de sainteté. Quoi qu'il en soit, Barnabé, avec Jean-Marc, repartit vers Chypre (cf. Ac 15, 39) autour de l'année 49. On perd ses traces à partir de ce moment-là. Tertullien lui attribue la Lettres aux Hébreux, ce qui ne manque pas de vraisemblance car, appartenant à la tribu de Lévi, Barnabé pouvait éprouver de l'intérêt pour le thème du sacerdoce. Et la Lettre aux Hébreux interprète de manière extraordinaire le sacerdoce de Jésus.

    Benoît XVI

  • François se vante

    « Le pape érige la Sainte Marie-Madeleine en fête liturgique » (La Croix), « Marie-Madeleine fera désormais l’objet d’une fête liturgique » (Radio Vatican), « Le pape instaure la fête liturgique de sainte Marie Madeleine, au même titre que les apôtres » (i-media).

    La véritable nouvelle (qui ne concerne évidemment que ceux qui suivent la néo-« liturgie ») est que le pape fait passer Marie Madeleine du rang de « mémoire obligatoire » à celui de « fête ».

    Mais, si Paul VI a voulu rabaisser Marie-Madeleine (comme la plupart des saints), cela ne change rien au fait qu’il y a toujours eu une fête de sainte Marie-Madeleine, et on le sait bien par exemple à Mont-de-Marsan…

    Dans la liturgie traditionnelle*, c’est une fête de rite double à 9 leçons des matines dans l'office romain, à 12 leçons dans l'office monastique, donc le degré le plus haut de la liturgie latine. Ensuite, le classement a essentiellement pour but d'établir les préséances. Celui de la fête de sainte Marie-Madeleine (double dans le calendrier romain, double majeure dans le calendrier monastique) empêchait qu'elle puisse être célébrée le dimanche. Ce qui est le cas avec ce que François prétend "instaurer"... Donc il ne fait que rétablir.

    On comprend bien que cette initiative entre dans le cadre de la promotion des femmes. C'est assez dérisoire. Et si c'est pour mettre en valeur le fait que Marie-Madeleine a été « l'apôtre des apôtres », selon le beau titre que lui donne la tradition, c'est une erreur de perspective. Elle a été celle qui a annoncé la Résurrection aux apôtres. Mais elle n'a jamais été apôtre comme eux. Les 12, et Paul et Barnabé, étaient des missionnaires qui parcouraient le monde pour annoncer la Bonne Nouvelle. La vocation de Marie-Madeleine est une vocation contemplative. C'est pourquoi les premières lectures des matines sont le chapitre 3 du Cantique des cantiques.

    On remarque aussi qu’ils sont incapables de faire quoi que ce soit correctement. Ils ont inventé une préface pour la fête de sainte Marie-Madeleine. Pourquoi pas. Mais avec une grosse faute dès le début de ce qui concerne spécifiquement la fête du jour : « Qui in hortu manifestus apparuit Mariae Magdalenae ». Hortus est de la deuxième déclinaison, pas de la quatrième. Dans le jardin, c’est donc « in horto ».

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    * Avant la réforme de 1960, que j'oublie toujours. Réforme qui a mutilé les matines des fêtes devenues "de 3e classe".

  • Sainte Marguerite d’Ecosse

    Cependant Marguerite donnait à l'Ecosse le spectacle de toutes les vertus. Elle avait appris, dès ses premières années, à mépriser l'éclat trompeur des pompes mondaines, et à regarder les plaisirs comme un poison d'autant plus dangereux qu'il flatte en donnant la mort. C'était bien moins par sa rare beauté que par un heureux assemblage de toutes les qualités de l'esprit et du cœur, qu'elle s'attirait l'admiration de toute la cour. Les honneurs qu'on lui rendait ne portaient aucune atteinte à son humilité. Toute son ambition était de se rendre agréable au Roi des rois. Elle, ne trouvait de satisfaction que dans les charmes de l'amour divin, et cet amour elle l'entretenait et le nourrissait par l'exercice de la prière et de la méditation, auquel il lui arrivait souvent de consacrer des jours entiers. Considérant Jésus-Christ dans la personne des pauvres, elle saisissait toutes les occasions qui se présentaient de les servir, de les consoler et de pourvoir à leurs différents besoins. Malcolm, touché de tant de vertus, conçut pour Marguerite la plus haute estime; il crut même devoir lui proposer de s'unir à elle par les liens du mariage. Il fut au comble de ses désirs lorsque la princesse, moins par sa volonté propre que par le conseil des siens, y eut donné son consentement. Marguerite fut mariée et couronnée reine d'Ecosse en 1070. Elle était dans la 24e année de son âge. Quoique Malcolm eût des mœurs peu polies, il n'avait cependant rien dans le caractère qui sentit la fierté ou la bizarrerie, et l'on ne remarquait en lui aucune mauvaise inclination. Marguerite, par une conduite pleine de respect et de condescendance, se rendit bientôt maîtresse de son cœur. Elle se servit de l'ascendant qu'elle avait sur lui pour faire fleurir la religion et la justice, pour procurer le bonheur des peuples et pour inspirer à son mari ces sentiments qui en ont fait un des plus vertueux rois d'Ecosse. Elle adoucit son caractère, cultiva son esprit, polit ses mœurs et l'embrasa d'amour pour la pratique des maximes de l'Evangile. Le roi était si charmé de la sagesse et de la piété de son épouse, que non seulement il lui laissait l'administration de ses affaires domestiques, mais qu'il se conduisait encore par ses avis dans le gouvernement de l'Etat. Marguerite, au milieu du tumulte des affaires, savait conserver le recueillement de l'âme et se prémunir contre les dangers de la dissipation. Une extrême exactitude à faire toutes ses actions en vue de Dieu, l'exercice continuel de la prière, la pratique constante du renoncement à soi-même étaient les principaux moyens qu'elle employait pour se maintenir dans une disposition aussi parfaite. L'étendue de son génie ne le cédait point à l'éminence de ses vertus. On admirait en Ecosse, et même dans les pays étrangers, sa prudence qui pourvoyait à tout, son application aux affaires publiques et particulières, son ardeur à saisir toutes les occasions de rendre les peuples heureux, sa sagesse et sa dextérité dans l'accomplissement des devoirs attachés à l'exercice de 1'autorité royale. Dieu bénit le mariage de Marguerite et de Malcolm; il en sortit plusieurs enfants, qui ne dégénérèrent point de la vertu de ceux dont ils avaient reçu le jour. La reine devint mère de six princes, savoir Edouard, Edmond, Edgar, Ethelred, Alexandre, David, et de deux princesses, qui reçurent l'une le nom de Mathilde, et l'autre celui de Marie. La première épousa Henri Jer, roi d'Angleterre; la seconde fut mariée à Eustache, comte de Boulogne. Edgar, Alexandre et David parvinrent successivement à la Couronne d'Ecosse, et régnèrent tous avec une grande réputation de valeur, de sagesse et de piété. David se distingua encore au-dessus de ses deux frères, et l'on a dit de lui et à juste titre qu'il avait été le plus bel ornement du trône écossais.

    Rohrbacher, Histoire universelle de l’Eglise catholique

  • Saints Prime et Félicien

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    Ces deux martyrs appartiennent à l’Église de Nomentum. Mais quand celle-ci, au VIIe siècle, fut désolée par les Lombards, le pape Théodore transporta leurs corps dans la rotonde de Saint-Etienne sur le Cœlius, où il les déposa sous un autel orné de mosaïques. La calotte absidale subsiste encore intacte, et l’on y voit, à côté de la croix, Prime et Félicien nimbés, avec le rouleau de la divine Loi entre les mains.

    Le Pape confia le souvenir de ces travaux à deux inscriptions dont voici le texte :

    ASPICIS AVRATVM CÆLESTI CVLMINE TECTVM ASTRIFERVMQVE MICANS PRÆCLARE LVMINE FVLTVM
    Tu vois le toit doré qui s’élève au ciel, sur lequel se reflètent les rayons du soleil.

    EXQVIRENS PIETAS TECTVM DECORARE SACRATVM
    PASTORIS SVMMI THEODORI CORDEM EREXIT
    QVI STVDIO MAGNO SANCTORVM CORPORA CVLTV
    HOC DEDICAVIT NON PATRIS NEGLECTA RELIQVIT

    La divine bonté voulant décorer la voûte du lieu saint,
    Excita le cœur du Pasteur suprême, Théodore,

    Qui, avec grand soin, dédia cette tombe pour garder les corps des saints,
    Ne les laissant pas dans l’abandon à Nomentum, leur patrie.

    Prime et Félicien furent donc les premiers martyrs qui, des cimetières extra-muros, firent leur entrée dans la ville éternelle.

    Bienheureux cardinal Schuster

  • Rerum Creator optime

    Rerum Creator optime,
    Rectorque noster, aspice:
    Nos a quiete noxia
    Mersos sopore libera.

    Très bon créateur de toutes choses, vois : libère nous, qui étions immergés dans le sommeil, d’un nuisible repos.

    Te, sancte Christe, poscimus,
    Ignosce tu criminibus :
    Ad confiténdum surgimus,
    Morasque noctis rumpimus.

    Christ saint, nous te le demandons, pardonne, toi, les crimes : nous nous levons pour les confesser, nous rompons les pauses de la nuit.

    Mentes manusque tollimus,
    Prophéta sicut noctibus
    Nobis geréndum præcipit,
    Paulusque gestis censuit.

    Nous levons nos esprits et nos mains, comme nous a prescrit de le faire le prophète pendant la nuit, et comme Paul l’a montré en actes.

    Vides malum, quod fécimus:
    Occulta nostra pándimus:
    Preces geméntes fundimus,
    Dimitte quod peccávimus.

    Vois le mal que nous faisons : nous mettons au jour ce qui est caché en nous : nous répandons, gémissants, des prières, remets, parce que nous avons péché.

    Præsta, Pater piíssime,
    Patríque compar Unice,
    Cum Spíritu Paráclito
    Regnans per omne sæculum.
    Amen.

    Fais-le, Père très bon, et l’Unique égal au Père, avec le Saint-Esprit, qui règnes pour tous les siècles. Amen.

    Hymne des matines, typiquement « ambrosienne », et donc traditionnellement attribuée à saint Ambroise, avant qu’on l’attribue à saint Grégoire le Grand, et que finalement on ne l’attribue plus à personne. Voici la traduction de Jean Racine, dramatiquement amplifiée dans un sens jansénisant, mais autrement plus réussie que celle de Corneille.

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  • Ego te tuli

    ℟. Ego te tuli de domo patris tui, dicit Dominus, et posui te pascere gregem populi mei: * Et fui tecum in omnibus ubicumque ambulasti, firmans regnum tuum in aeternum.
    ℣. Fecique tibi nomen grande, iuxta nomen magnorum qui sunt in terra: et requiem dedi tibi ab omnibus inimicis tuis.
    ℟. Et fui tecum in omnibus ubicumque ambulasti, firmans regnum tuum in aeternum.

    C’est moi qui t’ai enlevé à la maison de ton père, dit le Seigneur, et je t’ai fait paître le troupeau de mon peuple, et j’ai été avec toi en tout ce par quoi tu es passé, affermissant ton règne pour l’éternité. Et je t’ai fait un nom grandiose, en comparaison du nom des grands qui sont sur la terre : et je t’ai donné le repos, à l’abri de tous tes ennemis.

    Ce répons des matines reprend ou résume des expressions du message que le Seigneur fait connaître à David par l’intermédiaire de Nathan, dans le chapitre 7 du second livre de Samuel. Le répons supprime ce qui fait l’objet historique du message : c’est Salomon qui construira le Temple. Il ne garde que des éléments messianiques, une partie de ceux-là même qu’on retrouve dans le psaume 88.

  • Saint Norbert

    Après que Norbert eut fait quelque séjour à Floreffe pour en régler la fondation, et contenter la piété d'Ermensende, il en partit pour se rendre à Prémontré avant les Fêtes de Noël. Il avait déterminé ce temps-là pour la profession de ses Religieux.

    Jusqu'alors ils avoient vécu sans aucun engagement. L'exemple de leur chef était la régie de leur conduite, et l'abrégé de leur discipline était de faire ce qu'ils voyaient faire à leur Maître. Ils conspiraient tous ensemble à mener une vie apostolique, mais ils n'y étaient liés par aucune obligation permanente. La charité, qui est le fondement de tous les ordres religieux, faisait le lien de leur société et de son gouvernement. Norbert voulut perpétuer dans son Ordre l'esprit qu'il avait communiqué a ses enfants, et pour le rendre héréditaire, il jugea qu'il était important de les fixer par la Profession au genre de vie qu'ils observeraient à l'avenir.

    Il ouvrit sur cela sa pensée à ses disciples, il leur proposa l'exemple des Apôtres, les Constitutions des Saints Pères, et leur dit que la Religion serait toujours sujette aux variations, et peut-être en danger de se détruire , si elle n'était appuyée sur des règles qui assurassent sa stabilité par une police uniforme et constante; Que fur cette affaire capitale il avait déjà pris conseil des prélats et des abbés, que les uns lui avaient voulu persuader de suivre la profession érémitique, les autres d'embrasser la vie monastique, et de s'unir a l'Ordre de Cîteaux qui commençait de produire ses premières fleurs; mais que n'ayant pas encore consulté le Ciel sur le parti qu'il devait prendre, il les conjurait de joindre leurs vœux aux siens, pour ne rien hasarder sur le choix d'un état qui devait être l’ouvrage du Saint Esprit; Que s'il suivait son inclination, il préférerait la vie apostolique mais qu'il n'y avait point d'autre inclination à suivre que celle que Dieu autoriserait par son approbation ; Qu'ainsi ils devaient tous s'adresser à Dieu avec indifférence, et dans une disposition entière de se conformer à sa volonté, dès qu'il la leur aurait manifestée.

    Ils s'appliquèrent pendant plusieurs jours à de ferventes prières, ils redoublèrent leurs mortifications, pour implorer les lumières du Saint-Esprit. Norbert qui était à leur tête, les animait par ses exemples, et enfin Dieu exauçant les vœux de ses fidèles serviteurs, ils se trouvèrent tous d'accord sur le choix de la vie canonique. S. Augustin que Norbert vit en esprit dans l’ardeur de ses oraisons fortifia leur choix. Alors le Saint ne douta plus que désormais il devait s'attacher à la règle de ce Saint Docteur. Tous s'y soumirent d'autant plus volontiers, que de quarante Religieux qui étaient à Prémontré, il n'y en avait pas un qui dans le siècle n'eût fait profession de la vie canonique.

    Sur ce principe il commença le plan de son Ordre. Il donna pour fin à ses enfants de vaquer avec la grâce de Dieu au salut et à la perfection de leurs âmes. Il joignit à cette fin l'emploi de la prédication, et le soin de sanctifier le prochain, persuadé que rien ne contribue davantage à notre sanctification que de nous dévouer nous-mêmes au salut des âmes, et que rien ne nous rend plus propres à sauver les âmes que de nous sanctifier nous-mêmes. Il rassembla dans son institut le silence et les austérités de la vie monastique avec les fonctions de la vie cléricale. Il prit de la première l'oraison, la retraite, l'abstinence de chair, le chant de l’office divin. Il tira de la seconde tout ce qui peut aider au salut et à la perfection du prochain, les prédications, les missions parmi les infidèles et les hérétiques, l’administration des curés, l'étude de l'Ecriture Sainte et de la théologie sans laquelle on ne peut s'acquitter du ministère de l'Evangile. Sur ce projet il dressa le formulaire de leur profession, qu'ils firent tous avec lui le jour de Noël de l’année 1121.

    Extrait de La vie de saint Norbert par le P. Louis-Charles Hugo, 1704.

     

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  • 3e dimanche après la Pentecôte

    Introït de la messe

    Réspice in me et miserére mei, Dómine : quóniam únicus et pauper sum ego : vide humilitátem meam et labórem meum : et dimítte ómnia peccáta mea, Deus meus.
    Ad te, Dómine, levávi ánimam meam : Deus meus, in te confído, non erubéscam.
    Gloria Patri…

    Jetez un regard sur moi et ayez pitié de moi, Seigneur, parce que je suis seul et pauvre, voyez mon humiliation et mon labeur et pardonnez-moi tous mes péchés.
    Vers vous, Seigneur, j’ai élevé mon âme, ô mon Dieu, en vous je me confie, je ne serai pas confondu.

    Et le voici dans sa version ambrosienne, par le chœur de la cathédrale de Milan.
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    A comparer avec la version grégorienne:

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  • Saint François Caracciolo

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    Supplément aux Vies des Pères, Martyrs et autres principaux saints, de l'abbé Godescard, chanoine de St-Honoré, par Mgr Doney, Evêque de Montauban, 1845

  • Le Sacré Cœur

    Ces impénétrables richesses de ta gloire, Seigneur, restaient cachées au-dedans de toi, dans le ciel de ton secret, jusqu'au moment où la lance du soldat ouvrit le flanc de ton Fils, notre Seigneur et Rédempteur, sur la croix : les sacrements de notre rédemption s'épanchèrent alors si bien que désormais nous ne mettons pas dans son flanc le doigt ou la main comme Thomas, mais par la porte ouverte nous entrons tout entiers jusqu'à ton cœur, Jésus, siège certain de miséricorde, jusqu'à ton âme sainte, pleine de toute la plénitude de Dieu, pleine de grâce et de vérité, de salut pour nous et de consolation.

    Ouvre, Seigneur, la porte au flanc de ton arche, afin que puissent entrer tous ceux que tu veux sauver à la face de ce déluge qui inonde tout sur terre ; ouvre-nous le flanc de ton corps, afin que puissent entrer ceux qui désirent voir les secrets du Fils, et qu'ils puissent recevoir les sacrements qui coulent de lui en abondance, et le prix de leur rédemption. Ouvre la porte de ton ciel, afin qu'ils puissent voir les biens du Seigneur sur la terre des vivants, tes rachetés qui peinent encore sur la terre des mourants : qu'ils puissent voir et convoiter, qu'ils puissent brûler et courir, ceux pour qui tu t'es fait la voie par laquelle on va là-haut, la vérité à laquelle on va, la vie pour laquelle on va: la voie, exemple d'humilité; la vérité, exemple de pureté; la vie, qui est vie éternelle.

    Guillaume de Saint-Thierry, Oraisons méditatives, 6, 20-21

  • Du nouveau dans le diocèse de Quimper

    La Fraternité sacerdotale Saint-Pierre à Bordeaux annonce que l’abbé Eric Courtois est nommé dans le diocèse de Quimper, où le nouvel évêque Mgr Dognin (qui vient également de Bordeaux) confie à la Fraternité « la création d’un apostolat prometteur ».

    Bienvenue à l’abbé Courtois dans le désert (liturgique) bas-breton, et bravo et merci à Mgr Dognin.

    (Selon Riposte Catholique l'abbé Courtois doit « prendre en charge une nouvelle communauté attachée à la forme extraordinaire à Quimper » tout en résidant près de Morlaix... à l'autre bout du diocèse.)

  • Sancti nominis tui

    La collecte de la messe du deuxième dimanche après la Pentecôte est magnifique, mais elle est peu connue puisque ce dimanche est occupé dans les paroisses par la solennité de la Fête Dieu. Ceux qui disent l’office la disent aussi dans la semaine, mais les fêtes se succèdent (du moins dans le bréviaire romain - il y en a moins dans le bréviaire monastique) et empêchent donc également de la dire – sauf aujourd’hui.

    Sancti nóminis tui, Dómine, timórem páriter et amórem fac nos habére perpétuum : quia numquam tua gubernatióne destítuis, quos in soliditáte tuæ dilectiónis instítuis. Per Dóminum…

    Faites, Seigneur, que nous ayons toujours la crainte et l’amour de votre saint nom, parce que vous ne cessez jamais de diriger ceux que vous établissez dans la solidité de votre amour.

    Aucune traduction, je pense, ne peut rendre la rime du latin, ni surtout son sens exact, puisque c’est le même verbe, avec deux préfixes opposés, qui exprime le fait que Dieu ne « destitue » jamais son « gouvernement » chez ceux qu’il « institue » dans son amour.

    Cette collecte est très proche d’une autre oraison, celle qui concluait les litanies du Saint Nom de Jésus dans les anciens livres (dans les livres récents elle a été remplacée par la collecte de ce dimanche) :

    Humanitatis tuæ ipsa divinitate unctæ, Domine Jesu Christe, timorem pariter et amórem fac nos habére perpétuum : quia numquam tua gubernatióne destítuis, quos in soliditáte tuæ dilectiónis instítuis.

    Pour les litanies du « saint nom », on avait enlevé… le « saint nom », et on l’avait remplacé par « ton humanité ointe par la divinité elle-même ». On remarque qu’il ne reste rien de cette formule dans la traduction qu’en donnait Bossuet (peut-être parce qu’elle peut être interprétée de façon hérétique) :

    O Jésus-Christ Notre Seigneur, mettez en nous pour jamais la crainte et l’amour de votre sacrée Personne, et de cette humanité sanctifiée par l’union de la divinité, puisque vous n’abandonnez jamais ceux que vous avez établis en la solidité de votre amour.

  • Sainte Angèle Merici

    Prologue de la Règle des ursulines.

    Au nom de la bienheureuse et indivisible Trinité.

    Prologue sur la vie des vierges, nouvellement commencée, et dont le nom est Compagnie de Sainte-Ursule.

    Aux filles et sœurs bien–aimées de la Compagnie de Sainte-Ursule.

    Puisque Dieu, mes filles et sœurs très aimées, vous a accordé la grâce de vous séparer des ténèbres de ce monde misérable, et de vous unir ensemble pour servir sa divine Majesté, vous devez le remercier infiniment de ce qu’à vous spécialement il ait accordé un don si singulier.

    En effet, combien de personnes importantes, et d’autres de toute condition qui n’ont pas, ni ne pourront avoir une telle grâce !

    C’est pourquoi, mes sœurs, je vous exhorte, ou plutôt je vous prie toutes et vous supplie : puisque vous avez été ainsi élues pour être les vraies et virginales épouses du Fils de Dieu, veuillez d’abord reconnaître ce que cela comporte, et quelle dignité nouvelle et stupéfiante cela est.

    Ensuite, efforcez-vous de tout votre pouvoir de vous conserver dans l’état où Dieu vous appelle ; et de chercher et vouloir tous les moyens et toutes les voies qui sont nécessaires pour persévérer et progresser jusqu’à la fin.

    Car il ne suffit pas de commencer si l’on ne persévère pas aussi. C’est pourquoi la Vérité dit : “ Qui perseveraverit usque in finem, hic salvus erit ” : celui qui jusqu’au bout aura persévéré, celui-là sera sauvé ”. Et elle dit encore : “ Beati qui audiunt verbum Dei et custodiunt illud ” ; c’est-à-dire : bienheureux sont ceux à qui Dieu aura soufflé au cœur la lumière de la Vérité et aura donné l’inspiration de désirer ardemment leur patrie céleste, et qui chercheront ensuite à conserver en eux-mêmes cette voix de vérité et ce bon désir.

    Sans aucun doute, seule cette personne-là pourra rester fidèle qui voudra aussi embrasser les moyens et voies nécessaires à cela, car il y a peu ou pas de différence entre dire franchement : je ne veux plus servir Dieu, et ne pas vouloir les voies et règles nécessaires pour pouvoir se maintenir à son service.

    Et il faut que nous soyons d’autant plus vigilantes, mes sœurs, que notre entreprise est d’une telle importance qu’il ne pourrait y en avoir de plus grande, car il y va de notre vie et de notre salut, et nous sommes appelées à une vie tellement glorieuse que nous sommes épouses du Fils de Dieu et que nous devenons des reines au ciel.

    Mais ici il nous faut être avisées et prudentes ; en effet, plus l’entreprise où l’on s’engage à de valeur, plus elle comporte fatigues et dangers ; car ici il n’y a aucune sorte de mal qui ne cherche à s’y opposer, vu que nous sommes ici-bas placées au milieu de pièges et de dangers ; si bien que contre nous s’armeront l’air et la terre avec l’enfer tout entier, puisque notre chair et notre sensualité ne sont pas encore mortes.

    Et notre adversaire, le diable, ne dort pas non plus, lui qui jamais ne repose ; mais toujours (comme dit saint Pierre), tel un lion rugissant, il guette, et cherche comment il pourrait dévorer l’une de nous, et avec tant de ruses et d’astuces à lui, que personne ne pourrait les compter.

    Pourtant, mes sœurs, vous ne devez vous effrayer pour cela : car si vous vous efforcez à l’avenir, et de tout votre pouvoir, de vivre comme il est demandé aux véritables épouses du Très-Haut, et d’observer cette Règle comme la voie par laquelle vous devez marcher et qui a été tracée pour votre bien, j’ai cette foi et cette espérance, fermes et inébranlables, en l’infinie bonté de Dieu : non seulement nos surmonterons tous les périls et adversités, mais encore nous les vaincrons avec grande gloire et grande joie.

    Et même, nous passerons cette très courte vie dans la consolation, et chacune de nos douleurs et tristesses se changera en joie et allégresse ; et nous trouverons les routes épineuses et rocailleuses fleuries pour nous, et pavées de dalles d’or très fin.

    Car les anges de vie éternelle seront avec nous, c’est-à-dire dans la mesure où nous participerons de la vie angélique.

    Allons, courage donc ! Embrassons toutes cette sainte Règle que Dieu, par sa grâce, nous a offerte. Et armées de ses préceptes sacrés, comportons-nous si virilement que nous aussi, à la manière de sainte Judith, ayant tranché courageusement la tête à Holopherne, c’est-à-dire au diable, nous puissions retourner glorieusement dans la patrie, où, de la part de tous, au ciel et sur la terre, grande gloire et triomphe éclateront pour nous.

    Maintenant donc, de grâce, soyez toutes attentives, le cœur large et plein de désir.

    Sur sainte Angèle Merici voir aussi mes notes de 2013 et 2015.

  • Marie Reine

    La bienheureuse Vierge Marie est mère du souverain Roi parce qu’elle l’a noblement conçu, comme l’annonce le message que l’Ange lui apporta. Voici, dit-il, que tu vas concevoir et enfanter un fils. Et plus loin : Le Seigneur lui donnera le trône de David son père ; il régnera sur la maison de Jacob à jamais, et son règne n’aura pas de fin. C’est comme s’il disait expressément : Voici que tu vas concevoir et enfanter pour fils le Roi qui siège éternellement sur le trône royal, et de ce fait tu régneras comme Mère du Roi, et comme Reine tu siégeras sur le trône royal. S’il convient en effet qu’un fils honore sa mère, il convient qu’il lui donne accès au trône royal.

    Aussi la Vierge Marie, parce qu’elle a conçu celui qui porte inscrit sur sa cuisse : Roi des rois et Seigneur des seigneurs, aussitôt qu’elle conçut le Fils de Dieu, fut Reine, non seulement de la terre, mais encore du ciel, ce qui est signifié dans l’Apocalypse par ces paroles : Un signe grandiose apparut au ciel : c’est une Femme, le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête.

    Marie est la Reine la plus illustre par sa gloire, ce que signifie bien le Prophète dans le psaume qui concerne spécialement le Christ et la Vierge Marie, où l’on dit d’abord au sujet du Christ : Ton trône, ô Dieu, dans les siècles des siècles, et un peu plus loin au sujet de la Vierge : La reine s’est tenue à ta droite, c’est-à-dire à la place d’honneur, ce qui s’applique à sa gloire spirituelle. Puis : dans son vêtement d’or, qui représente le vêtement de l’immortalité glorieuse, qui fut attribuée à la Vierge dans son Assomption. Car on ne peut accepter que ce vêtement dont le Christ fut couvert, et qui en outre fut parfaitement sanctifié ici-bas par le Verbe incarné, devienne la pâture des vers. De même qu’il a convenu au Christ de donner à sa Mère la grâce en plénitude dans sa conception, ainsi a-t-il convenu qu’il attribuât la plénitude de gloire en l’Assomption de cette Mère. Et c’est pourquoi il faut affirmer que la Vierge, glorieuse dans son âme et dans son corps, trône auprès de son Fils.

    Marie Reine est encore dispensatrice de la grâce, ce qui fut signifié dans le livre d’Esther, où il est dit : C’est la petite source qui devient un fleuve et s’est transformée en lumière et en soleil. La Vierge Marie, sous la figure d’Esther, est comparée à la diffusion de la source et de la lumière, à cause de la diffusion de la grâce quant à son double fruit : l’action et la contemplation. Car la grâce de Dieu, qui guérit le genre humain, descend jusqu’à nous à travers elle comme par un aqueduc, parce que la dispensation de la grâce appartient à la Vierge non pas par mode de principe, mais par mode de mérite. Par son mérite, donc, la Vierge Marie est la Reine très éminente, par rapport au peuple, puisqu’elle obtient le pardon, triomphe dans le combat et distribue la grâce, et par suite, conduit jusqu’à la gloire.

    Saint Bonaventure (bréviaire)

  • Sainte Jeanne d’Arc

    L’office de sainte Jeanne d’Arc a été promulgué en 1909 par la Sacrée Congrégation des Rites. Voici l’hymne des secondes vêpres. Et son interprétation par les moines de Saint Wandrille. On constate qu’ils ne chantent que les deux premières strophes et la doxologie. La troisième strophe est aberrante, en tant que strophe d’une hymne où chaque vers chanté est une unité, et l’on s’étonne que la congrégation ait accepté des rejets qui rendent la strophe incompréhensible si elle est chantée. Car on ne peut que la dire ainsi :

    Oppréssa flammis,
    clámitas Jesum,
    crucémque fórtiter ampléxa,
    ad Ipsum,
    símplicis instar colúmbæ,
    pérvolas.


    podcast

    Salve, virílis pectóris
    Virgo, Patróna Gálliæ !
    Torménta dira sústinens,
    Christi refers imáginem.

    Salut, Vierge au cœur viril, patronne de la France ! En supportant de cruels tourments, tu nous représentes l’image du Christ.

    Voces supérnas áudiens,
    Jesu repléta lúmine,
    Dum fata pandis pátriæ,
    Silent pavéntque júdices.

    Lorsque, entendant les voix célestes, remplie de la lumière de Jésus, tu dévoiles les destins du pays, les juges se taisent, pleins de crainte.

    Oppréssa flammis, clámitas
    Jesum, crucémque fórtiter
    Ampléxa, ad Ipsum, símplicis
    Instar colúmbæ, pérvolas.

    Étouffée par les flammes, tu appelles Jésus, et embrassant étroitement la croix, c’est vers lui que, semblable à la candide colombe, tu t’envoles.

    Choris beátis Vírginum
    Adscrípta, cives ádjuva :
    Te deprecánte, síngulis
    Detur coróna glóriæ.

    Admise parmi les chœurs bienheureux des Vierges, aide tes concitoyens ; que par ta prière, à chacun soit donnée la couronne de gloire.

    Sit laus Patri, sit Fílio :
    Sancto decus Paráclito,
    Qui corda amóre sáuciat,
    Vires et auget lánguidis. Amen.

    Louange soit au Père et au Fils, honneur au Saint Paraclet, qui blesse d’amour les cœurs et réconforte les languissants. Amen.

  • 2e dimanche après la Pentecôte

    Voici la très belle lecture du troisième nocturne des matines. Il s’agit de l’introduction du sermon de saint Grégoire le Grand sur l’évangile de ce dimanche. Ce texte a été choisi parce qu’il convenait tout particulièrement au temps où il y avait une octave de la Fête Dieu.

    Voici, très chers frères, en quoi les jouissances du corps et celles de l’âme diffèrent ordinairement ; les jouissances corporelles, avant leur possession, allument en nous un ardent désir ; mais pendant qu’on s’en repaît avidement, elles amènent bientôt au dégoût, par la satiété même, celui qui les savoure. Les jouissances spirituelles, au contraire, provoquent le mépris avant leur possession, mais excitent le désir quand on les possède ; et celui qui les goûte en est d’autant plus affamé qu’il s’en nourrit davantage. Dans celles-là, le désir plaît, mais l’expérience est déplaisir ; celles-ci semblent au contraire de peu de valeur lorsqu’on ne fait encore que les désirer, mais leur usage est ce qui plaît le plus. Dans les premières, l’appétit engendre le rassasiement, et le rassasiement, le dégoût ; dans les secondes, l’appétit fait naître la jouissance, et le rassasiement, l’appétit.

    Les délices spirituelles augmentent en effet le désir dans l’âme, à mesure qu’elle s’en rassasie ; plus on goûte leur saveur, mieux on connaît qu’on doit les désirer avec avidité ; c’est ce qui explique pourquoi on ne peut les aimer sans les avoir éprouvées, puisqu’on n’en connaît pas la saveur. Qui peut, en effet, aimer ce qu’il ne connaît pas ? Aussi le Psalmiste nous en avertit en disant : « Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux ». Comme s’il disait formellement : Vous ne connaissez pas sa douceur si vous ne le goûtez point, mais touchez avec le palais de votre cœur, l’aliment de vie, afin que, faisant l’expérience de sa douceur, vous deveniez capables de l’aimer.

    L’homme a perdu ces délices quand il pécha dans le paradis ; il en sortit lorsqu’il ferma sa bouche à l’aliment d’éternelle douceur. De là, vient aussi qu’étant nés dans les peines de cet exil, nous en arrivons ici-bas à un tel dégoût, que nous ne savons plus ce que nous devons désirer. Cette maladie de l’ennui s’augmente d’autant plus en nous, que l’âme s’éloigne davantage de cette nourriture pleine de douceur. Elle en arrive à perdre tout appétit pour ces délices intérieures, par cette raison même qu’elle s’en est tenue éloignée et a perdu depuis longtemps l’habitude de les goûter. C’est donc notre dégoût qui nous fait dépérir ; c’est cette funeste inanition prolongée qui nous épuise. Et, parce que nous ne voulons pas goûter au dedans la douceur qui nous est offerte, nous aimons, misérables que nous sommes, la faim qui nous consume au dehors.