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Musique

  • Tant pis…

    Je m’étais réjoui trop vite de la déception d’Alexandre Tharaud sur le fait que les musiciens classiques paraissaient indifférents au terrifiant danger du fascisme qui pouvait sortir des urnes. Finalement il y a bien eu une tribune de « plus de cinq cents acteurs et artisans du monde musical classique » appelant à « faire front contre l’extrême droite », publiée sur le site internet de Télérama l’avant-veille du premier tour.

    Il n’y aura donc eu aucune portion de la société absente du délire « antifasciste » de 2024.

    (Cela dit, et ce doit être le cas de nombre de ces pétitions, si l’on va y voir de près, on constate que la plupart des « 500 » sont de parfaits inconnus, et que manquent à l’appel de très nombreux vrais musiciens, dont presque tous ceux qui m’ont marqué ces dernières années.)

  • Pauvre Tharaud

    Vedette médiatique du piano dans la petite bulle de la musique classique en France, évidemment de gauche pour pouvoir être le chouchou des institutions, Alexandre Tharaud a eu le courage, ou plutôt l’héroïsme, de se prononcer clairement contre le Rassemblement national. Il espérait en outre pouvoir faire briller son nom en tête d’une belle pétition de la musique classique contre « l’extrême droite ». A cet effet, il a « contacté trois personnalités de la musique classique dont la voix porte, pour leur proposer d’écrire une tribune ensemble », mais elles ont dit non…

    Alors Alexandre est dépité, et il épanche ses états d’âme à France Musique, où il a ses habitudes. Il va même jusqu’à soupçonner qu’une partie des musiciens « glisse vers l’extrême droite »…

    C’est horrible…

  • La petite dictature cléricale

    Des organistes ont lancé une pétition par laquelle ils protestent vigoureusement « contre les changements dans l’équipe des organistes de Notre-Dame imposés sans concertation, le 24 avril dernier, par le recteur de la cathédrale » Notre-Dame de Paris.

    Ils jugent indécent de profiter de l’incendie pour virer le suppléant de l’organiste de chœur qui officiait depuis 20 ans, et Philippe Lefèbvre, titulaire des grandes orgues depuis la mort de Pierre Cochereau, connu dans le monde entier. Certes, il était sur le départ, mais pourquoi ne pas lui avoir proposé « de rester à la tribune au moins quelques mois pour participer, aux côtés de ses collègues, aux cérémonies de réouverture de la cathédrale ? »

    Ils rappellent que le cardinal Lustiger avait établi que le concours était la voie unique de recrutement des organistes de la cathédrale…

    D’autre part, s’ils ne contestent pas le choix de Thierry Escaich, organiste et compositeur internationalement reconnu, ils jugent incompréhensible « le recrutement sans concours d’un jeune organiste de 21 ans, tout juste étudiant, en cours de cursus et ne présentant aucun diplôme, à l’orgue de chœur mais aussi au grand orgue, sur la seule foi d’un “talent prometteur” »…

    On pourrait penser à une réaction de médiocres envieux et jaloux, mais ce n’est pas du tout le cas. La surprise est que cette pétition est signée par les plus grands organistes français : Michel Bouvard, François-Henri Houbart, Eric Lebrun, Loïc Mallié, Louis Robillard, pour ne citer que quelques-uns. Bref, pour se donner un petit frisson d’autoritarisme clérical (bien dans le genre de l’évêque de Rome), l’évêché de Paris se met à dos toute la profession…

  • Tchaïkovski chez lui

    Je ne suis pas un grand fan de Tchaïkovski, mais ceci est exceptionnel : des musiciens du Mariinsky (Saint-Pétersbourg) et du Bolchoï (Moscou), la crème de la crème, sous la direction de leur chef désormais commun Valery Guerguiev, dans la ville natale du compositeur. C’était tout à l’heure à Votkinsk.

    Le premier violon est Lorenz Nasturica-Herschcowici. C’est un Roumain qui avait été nommé premier violon de l’orchestre philharmonique de Munich par Celibidache en 1992. En 2015 Valery Guerguiev était devenu chef principal de cet orchestre. Il en a été viré dès mars 2022 parce qu’il refusait de condamner Poutine. Deux mois plus tard, le juif roumain Lorenz Nasturica-Herschcowici a également été viré, comme « faisant partie de la machine de propagande de Poutine ». Sic. Simplement parce qu’il était le bras droit de Guerguiev à Munich (après avoir été pendant trente ans celui de Celibidache). Depuis lors il est premier violon du Mariinsky… (Le terme allemand Konzertmeister définit mieux la fonction.)

    10’30 : trois Extraits de Casse-Noisette

    22’ : Ouverture-Fantaisie Roméo et Juliette

    44’ : 5e symphonie

  • Encore "Turandot"

    J’avais signalé que le Metropolitan Opera de New York accompagnait sa nouvelle production de Turandot, de Puccini, d’un très long texte sur les « insensibilités culturelles » de cet opéra horriblement raciste anti-chinois.

    L’Opéra de Washington quant à lui a refait la fin de l’œuvre. On sait que Puccini a laissé son dernier opéra inachevé. C’est la version terminée par Franco Alfano à la demande de Toscanini qui est toujours représentée. Mais à Washington on a décidé de modifier la fin du livret et de demander à Christopher Tin de composer « quelque chose qui ressemble à du Puccini mais avec un filtre contemporain ».

    La modification du livret est digne du wokisme me-too  le plus stupide : alors qu’au second acte la princesse sanguinaire explique elle-même qu’elle venge son aïeule violée et tuée par un étranger, dans la nouvelle mouture c’est elle-même qui a été violée, car son attitude est « une réaction traumatique ». Et bien sûr, alors que dans l’original la princesse est radicalement transformée par le baiser forcé de Calaf, dans la nouvelle mouture c’est la princesse qui embrasse Calaf. Ce qui supprime l’odieuse agression sexuelle, car il ne peut y avoir d’agression sexuelle que de la part d’un homme.

    Un mot tout de même aussi de Christopher Tin, compositeur de musiques de films et de jeux vidéo, et non d’opéras, qui est d’une prétention sans bornes : « Personne ne veut entendre du Puccini de second plan. En revanche, on peut avoir envie d’entendre du Christopher Tin de premier plan. » Euh, non, pas forcément, surtout à la fin d’un authentique chef-d’œuvre.

  • Requiem

    Le Requiem de Verdi, à la mémoire des victimes de l’attentat ukrainien qui a fait 146 morts au Crocus City Hall de Krasnogorsk. C’était mercredi dernier à Saint-Pétersbourg, au Mariinski. Je ne l’avais pas écouté en direct, parce que c’était la Semaine Sainte et que le jeûne s’applique aussi, pour moi, à la musique. Ceci est la plus extraordinaire interprétation que j’ai entendue de ce chef-d’œuvre. C’est littéralement inouï, d’un bout à l’autre. L’émotion est palpable, et culmine… après la fin, quand Guerguiev impose le silence de l’autorité de sa main gauche levée – ce que je n’avais encore jamais vu – qui descend très lentement sur la partition au bout d’une longue minute, et les premiers applaudissements timides ne commencent que 30 secondes plus tard, avant une ovation de dix minutes à laquelle le chef mettra fin.

    Une fois de plus Valéry Guerguiev se montre un génie absolu de la direction d’orchestre. L’Occident ne veut plus l’entendre ? Tant pis pour l’Occident (qui ne le mérite pas), tant mieux pour les Russes.

    (La prise de son étant parfaite, c'est évidemment à écouter sur une chaîne hifi.)

  • Alexandre Kachpourine

    Décidément la grande école russe de piano est toujours féconde. Ce jeune homme de 27 ans, Alexandre Kachpourine, en est un nouveau fleuron. Il joue admirablement le 20e concerto de Mozart, un Mozart à la fois viril et subtil (avec des cadences originales), avec l’orchestre de la Philharmonie de Saint-Pétersbourg sous la direction de son chef Vladimir Altschuler. C’était mardi soir.

    Le bis vaut encore plus le détour. A 1h17’08. C’est la Fantaisie K 397 du même Mozart. Chaque note, chaque phrase est pensée. L’interprétation est personnelle, mais tout est naturel. Cette œuvre est inachevée. D’habitude elle est jouée avec la fin discrète qui fut ajoutée par August Eberhard Müller et qui figure dans toutes les éditions. Alexandre Kachpourine finit autrement. Il reprend les arpèges du début, ce que fait aussi Mitsuko Ushida (et personne d’autre à ma connaissance), mais la pianiste japonaise joue seulement les arpèges. Le Russe reprend le dernier, trois fois, en le variant, comme s’il ne savait pas comment finir, car si l’on a commencé en ré mineur le dernier arpège est (plus ou moins) dans la tonalité très éloignée de la majeur, et il ajoute quelques notes, très mozartiennes, qui finissent sans finir, ce qui convient très bien à cette pièce. Bravo.

  • Le concours Tchaïkovski

    L’inversion accusatoire a pris des proportions industrielles dans le cadre de la guerre en Ukraine. Cela s’étend même au domaine musical. On sait que ce sont les occidentaux qui interdisent les musiciens russes, et même en beaucoup d’endroits la musique russe, mais il faut tenter de faire croire que c’est le contraire qui se passe : que les Russes ont fermé leurs frontières.

    Ainsi le magazine Diapason titre sur le fait que le Concours Tchaïkovski, l’un des plus importants du monde, est maintenu cette année en Russie, alors même qu’il a été exclu de la Fédération mondiale des concours internationaux de musique. Donc il est incroyablement maintenu, mais « la participation des candidats issus de pays qui soutiennent l'Ukraine semble des plus hypothétiques. D'autant que c'est le très controversé Valéry Guerguiev, soutien officiel de Vladimir Poutine, qui préside la compétition... » Et l’on insiste : « Les candidats issus de pays qui soutiennent ouvertement l’Ukraine seront-ils autorisés à se rendre en Russie ? »

    Or il en est des musiciens comme des hommes d’affaire et des touristes : les frontières de la Russie sont grandes ouvertes à quiconque veut aller dans le pays (et sans test, sans vaccin, sans masque). Ce sont les pays qui soutiennent ouvertement l’Ukraine qui font en sorte qu’il soit très difficile d’aller en Russie. Ce n’est ni Poutine ni Guerguiev qui met des bâtons dans les roues, ce sont les gouvernements occidentaux et notamment leurs compagnies aériennes.

    Et le magazine Diapason le sait très bien. Il le sait d’autant mieux qu’en juin dernier un jeune Français, Clément Nonciaux, a décroché la médaille d’argent de la direction d’orchestre au premier concours international Rachmaninov à Moscou. Et Clément Nonciaux a balayé les objections sur sa participation en proclamant qu’il avait été « très satisfait et heureux » d’avoir eu l’opportunité de « diriger trois orchestres dont l’orchestre Mariinsky, l’un des plus grands orchestres du monde », et que cela ne se refuse pas. Et il a même osé ajouter que la musique doit réunir les gens et pas les séparer et que « Valéry Guerguiev, qui était président du jury, a d'ailleurs fait tout un beau discours là-dessus, sur l’envie que la musique nous rapproche tous »…

  • "Musique"

    Dans la dernière « newsletter » du magazine Diapason, en dehors de la pub pour le numéro qui vient de paraître, les articles sont 100% idéologiques.

    — « Les femmes sont désormais majoritaires au sein du New York Philharmonic ». Ce n’est donc plus la parité qu’il faut atteindre et saluer, mais la majorité féminine. En fait le philharmonique de New York est en retard. Je vois beaucoup d’orchestres sur YouTube, et beaucoup sont depuis longtemps à majorité féminine, pour certains de façon pléthorique, et certains, notamment des orchestres de jeunes, presque intégralement féminins. Ce n’est pas forcément de propos délibéré, et en Pologne par exemple ce ne l’est certainement pas, mais cela entre dans le cadre du programme LGBT, en l’occurrence « queer ». Le résultat, parfaitement constatable, et parfaitement logique, est une perte de… virilité. On peut vouloir supprimer ces notions, mais la réalité demeure. Lorsque tous les orchestres seront très majoritairement féminins, il y aura des œuvres qui ne pourront plus sonner comme elles le doivent, et c’est déjà le cas.

    — « Des membres de l’orchestre de Teodor Currentzis suspendus en Allemagne », « en raison de leur position pro-russe dans la guerre en Ukraine ». On précisera subsidiairement que ces musiciens venus pour un concert en Allemagne sont… russes. Donc dorénavant on demande aux musiciens d’orchestre, un par un, de condamner Poutine (plus fort, je n’ai pas entendu !), s’ils veulent continuer à faire de la musique.

    — « Jugé raciste, un ballet de John Neumeier annulé à Copenhague. » Il s’agit d’Othello. Bien sûr le danseur qui interprète le personnage titre n’est pas grimé en noir : plus personne n’oserait commettre un « black face ». Mais voilà, le chorégraphe fait exécuter au héros une (vraie) danse de chasse africaine. Horreur. Et ce n’est pas seulement ce ballet qui est interdit : le spectacle suivant, dans un an, est supprimé du programme. John Neumeier est persona non grata à Copenhague. Le directeur du Ballet danois dit qu’il n’a rien vu de raciste, mais qu’il faut respecter la sensibilité des jeunes danseurs…

    — « À Toulon, un festival pour (re)découvrir les compositrices d’hier et d’aujourd’hui. » On découvre sans cesse des « compositrices », dans des festivals dédiés ou les interprètes sont forcément des femmes, et dans des enregistrements qui se succèdent sans discontinuer. Il n’y a évidemment rien à découvrir, mais ça fait partie du délire actuel. Les hommes ont juste le droit d’applaudir.

    Pourtant aujourd’hui on devrait s’occuper de la place des trans dans les orchestres et de la découverte des compositeurs et trices trans (sans oublier les non-binaires et de tous les autres genres). Cette fixation sur les femmes devient quelque peu ringarde.

  • Les hystériques

    La Scala de Milan doit ouvrir sa saison d’opéras le 7 décembre avec Boris Godounov de Moussorgski. Le consul d’Ukraine a écrit au maire de Milan et président de la Scala, au président de la région, et au directeur du théâtre, pour leur demander d’annuler ce spectacle. Appuyé par une pétition soulignant que la Russie utilise la culture pour affirmer sa puissance…

    Le directeur musical de la Scala Riccardo Chailly et le directeur du théâtre Dominique Meyer se sont abaissés à répondre qu’en fait l’opéra de Moussorgski est plutôt anti-tsariste (ce qui est faux, il est anti-polonais, ce qui n’est pas la même chose…), et que la programmation associe Boris Godounov et Macbeth en les associant à l’abus de pouvoir observé dans certains pays (il ne semble pas qu’il s’agisse de la dictature soi-disant sanitaire en Italie, dont ces directeurs ont été les serviles exécutants).

    Ils croient donc, ou font semblant de croire, que les dirigeants ukrainiens s’opposent à ce que les Russes se servent de la culture de leur pays pour faire leur propagande. Or il ne s’agit pas du tout de cela. Il s’agit purement et simplement d’interdire dans le monde entier tout ce qui a trait à la culture russe, comme cela est déjà fait en Ukraine.

    Cela dit, aucune autorité italienne n’a donné raison au consul.

    Hier je voyais et surtout entendais sur internet un concert en direct célébrant les 80 ans de la grande violoncelliste russe Natalia Gutman. C’était au conservatoire de Moscou. Il y eut une interprétation sublime du premier concerto pour violoncelle de Chostakovitch avec comme soliste Alexander Roudine. Il y avait ensuite le concerto pour piano et vents de Stravinsky, avec en soliste Alexei Lioubimov. Lequel Lioubimov était il y a quelques jours à Paris, où il a notamment assisté à un concert d’œuvres du compositeur ukrainien Valentin Silvestrov. Ainsi va la dictature poutinienne… En deuxième partie il y avait un concerto de Beethoven avec la Géorgienne Elisso Virsaladze. Quelques jours avant, j’ai vu un concert à Moscou dirigé par un chef anglais. Et un autre avec comme soliste un violoncelliste arménien. Un autre avec un pianiste anglais. Et encore un concert dirigé par Vladimir Fedosseïev, 90 ans, décidément toujours sur le pont, qui avait signé une pétition contre la guerre. Ainsi va la dictature poutinienne…

    (J'oubliais l'œuvre intéressante, Actus tragicus, plus lyrique que tragique, du compositeur ukrainien Sergueï Akhounov, créée au festival Vivacello à la Philharmonie de Moscou le 12 novembre. Bon, il est vrai qu'Akhounov vit à Moscou depuis 2003...)