02 juillet 2008

Mozart assassiné (une fois de plus)

Lu dans L’Express à propos du Festival d'Aix-en-Provence :

Les célébrations ont commencé le samedi 27 juin au Théâtre de l'Archevêché avec Zaïde, un opéra inachevé qui n'offre qu'une quarantaine de minutes de musique, pas des plus inspirées. Alors que l'oeuvre est généralement présenté en version de concert, le metteur en scène américain Peter Sellars a transformé ces ébauches en un spectacle de deux heures, en allemand. Par la magie de la bien-pensance, le sujet d'origine (une aimable turquerie, genre badin du XVIIIe siècle) est devenu une laborieuse dénonciation de "l'esclavage moderne" et une réflexion "sur les rapports entre le monde occidental et l'Islam". On est bien loin des intensions de Mozart et le directeur du Festival, Bernard Foccroulle, a cru bon d'assortir ces huit représentations de Zaïde d'un colloque intitulé "Pour en finir avec l'esclavage" animé par un journaliste de Libération.

23 mai 2008

Trois nouvelles œuvres de Mozart ?

Les archives du monastère de Jasna Gora (Czestochowa) renferment 3.000 partitions musicales manuscrites, dont 18 attribuées à Mozart. Les musicologues polonais ont récemment constaté que 3 de ces œuvres ne figuraient pas au catalogue Koechel et sont inconnues. En outre, il se pourrait que ces œuvres soient de la période viennoise de Mozart, autrement dit de sa maturité.

Les Polonais ont pris contact avec des experts de Salzbourg et de Vienne.

16 avril 2008

Une Médée antiraciste et blasphématoire

Evénement à Bruxelles. Le nouveau metteur en scène chouchou des bobos, Krzysztof Warlikowski, qui avait déjà « démythifié » notamment Parsifal à l’Opéra de Paris (avec une affiche montrant un crucifix utilisé comme un pistolet), donne sa vision de Médée de Cherubini au théâtre de la Monnaie.

Extraits du compte-rendu dithyrambique de Yacine Leforestier pour l’AFP :

Le metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski a réussi un coup de maître en ressuscitant la Médée de Cherubini en immigrée rejetée par son pays d’exil, dans une production pleine de trouvailles et d’échos contemporains.

Humiliée, poignante de désespoir, c’est en étrangère arabe immigrée, quelque part dans un Occident chrétien contemporain sûr de ses valeurs, que le metteur en scène campe l’héroïne tragique. Vivant dans l’exil, Médée est rejetée par son entourage, en termes souvent très crus. Warlikowski a réécrit les dialogues parlés de l’opéra de la fin du XVIIIe siècle (1797) pour les plonger dans les dures réalités du XXIe siècle. « Je te donne un seul conseil : casse-toi, personne ne veut de toi ici », éructe Jason. « Vous êtes tous les mêmes, toi et les tiens, des criminels ! », lui lance le père de Jason, Créon.

Warlikowski n’oublie pas aussi d’égratigner quelques-unes des icônes de sa très catholique Pologne natale, celle de la Vierge Marie , qui parfois se confond avec la provocante Médée, celle encore de la pureté de la maternité, ou les rites ecclésiastiques.

Sa mise en scène, qui suggère parfois un décor de banlieue aux murs tagués, est pleine d’ingénuosité (sic), avec un gigantesque miroir au fond de la scène qui renvoie les spectateurs à eux-mêmes [déjà vu maintes fois...].

Warlikowski utilise abondamment la vidéo et multiplie les clins d’œil contemporains : Médée apparaît sur scène avec des airs manifestes d’Amy Winehouse, la chanteuse pop britannique, les bras généreusement tatoués, les cheveux noir ébène en choucroute, moulée dans une robe de cuir lascive.

Le résultat est plus que probant.

Extrait du compte-rendu tout aussi dithyrambique de La Libre Belgique  :

Et Médée ? Robe en latex moulant, talon aiguilles et tatouages, elle est d'abord Amy Winehouse dans son voyage d'autodestruction, deviendra un instant Vierge Marie d'apparition avec sa perruque blonde et son manteau bleu, pour terminer en ménagère fatiguée, pliant dans un tiroir les pyjamas ensanglantés de ses fils assassinés avant d'allumer une cigarette, de l'écraser rageusement sur son miroir puis de quitter la scène dans un silence de mort.

28 mai 2007

Lundi de Pentecôte

Luther n’avait pas eu l’impiété de supprimer l’octave de la Pentecôte. De ce fait, à Leipzig comme dans le reste de la chrétienté, le lundi et le mardi de la Pentecôte étaient fériés, et le peuple chrétien, protestant ou catholique, continuait de méditer sur le grand mystère.

Pourquoi, à Leipzig ? Parce que si Luther avait fait comme Paul VI et ses experts, nous aurions été privés de cinq cantates de Jean-Sébastien Bach. Il en a en effet composé trois pour le lundi de Pentecôte, deux pour le mardi (du moins c’est ce qui nous reste).

Or, en outre, l’une de ces cantates, la BWV 68 pour le « deuxième jour de la Pentecôte » de 1725, est l’une des plus belles.

Le chœur d’entrée, d’une lumineuse sérénité, est composé sur le choral Also hat Gott die Welt geliebt, qui reprend le début du discours de Jésus à Nicodème dans l’évangile du jour : Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique… Dans ce « don » d'amour se récapitule tout le parcours de Jésus-Christ, et toute l’année liturgique, depuis la Nativité jusqu’à la Pentecôte. Et dans sa prière musicale, Bach le montre en faisant allusion à la Nativité de façon très subtile : la mélodie originelle du choral est imperceptible à celui qui n’y fait pas attention, mais elle est soulignée par un cor discret : le cor est l’instrument que Bach utilise pour symboliser l’incarnation.

La Nativité sera ensuite célébrée de façon plus directe dans l’air de basse : Du bist geboren mir zugute : Tu es né pour mon bien, et ce sont tous les bienfaits apportés par le Christ qui sont ici célébrés, affirmés avec autorité, dans leur globalité.

Mais il y a d’abord l’air de soprano, d’une joie aussi spontanée que sans mélange, et qu’accompagne un violoncelle piccolo jubilant : Mon cœur plein de foi, exulte, chante, réjouis-toi, ton Jésus est là… Cet air se termine de façon insolite par un trio hautbois, violon, violoncelle, qui est une merveilleuse dentelle sonore, comme un vitrail d’église de campagne sur lequel joue le soleil de printemps.

Entre les deux airs, le récitatif de basse fait allusion à l’épître du jour : Je suis comme Pierre…

Le chœur final est composé sur une des paroles du Christ à Nicodème : Celui qui croit en lui ne sera pas jugé, mais celui qui ne croira pas en lui est déjà jugé, car il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. C’est une fugue à deux sujets qui s’affrontent (celui qui croit, celui qui ne croit pas), avant de se conclure sereinement sur le premier thème. Cette fugue, où l’orchestre s’enrichit de trois trombones, a une saveur étrangement archaïque par rapport aux deux airs qui ont précédé. On peut y voir une allusion au fait que la Pentecôte de la nouvelle alliance accomplit la Pentecôte de l’ancienne alliance, dans le nom de Jésus qui sauve.

Désolé, mais je préfère ce lundi de Pentecôte luthérien en musique à l’anonyme « lundi de la 8e semaine du temps ordinaire »

27 avril 2007

Rostropovitch

medium_portrait2.jpg
Communiqué du Front National

L’immense violoncelliste Mstislav Rostropovitch, membre de l’Institut de France, restera dans l’histoire comme l’un des plus grands interprètes de la seconde moitié du XXe siècle, et aussi comme l’un des véritables héros du combat anticommuniste.

Chacun se souvient de son concert improvisé au pied du Mur de Berlin qui venait d’être enfoncé. Mais on doit se souvenir d’abord qu’il hébergea chez lui Alexandre Soljenitsyne malade et traqué, et qu’il envoya à la Pravda , pour défendre l’écrivain, une lettre ouverte qui lui valut l’exil et la terrible qualité d’apatride.

La disparition de ce géant de la musique et de la liberté, qui fut avec Boris Elstine, qui vient lui aussi de mourir, le défenseur de la démocratie lors de la tentative de putsch de 1991, souligne à quel point sont misérables les manœuvres du Parlement européen en faveur de l’opération politicienne de l’ancien militant stalinien Bronislaw Geremek contre sa patrie.

28 février 2007

Stupidité française

Le directeur de l’Opéra de Paris, Gérard Mortier, ancien directeur du Théâtre de la Monnaie et du Festival de Salzbourg, est nommé directeur de l’Opéra de la Ville de New York (NYCO) à partir de 2009.

Gérard Mortier n’a pas demandé à partir de Paris. Il est simplement victime de la limite d’âge. En France, tout fonctionnaire doit partir à la retraite à 65 ans dernier carat.

En l’occurrence, on ne regrettera pas ce personnage, promoteur des metteurs en scène qui détruisent les œuvres lyriques au gré de leurs « relectures » délirantes ou militantes.

C’est le principe qui est absurde, et qui peut nous priver d’hommes de grand talent et les envoyer dans des pays où l’on ne pense pas qu’à 65 ans on ne puisse plus avoir de projet artistique…

Du reste Gérard Mortier sera remplacé à Paris par Nicolas Joël, qui est quant à lui un très remarquable directeur d’opéra, comme il l’a montré à Toulouse. Même s’il est encore jeune, lui aussi sera atteint, dans 12 ans, par la limite d’âge. Et devra s’expatrier pour continuer ses activités… Car lorsqu’on fait ce genre de travail, on ne prend pas sa retraite à 65 ans.

21 septembre 2006

Armin Jordan

On a appris hier la mort d’Armin Jordan. C’est une grande perte pour le monde musical. Ce chef d’orchestre suisse, âme de l’Orchestre de chambre de Lausanne mais présent partout, notamment en France, avait le don d’exprimer la spiritualité des œuvres qu’il dirigeait, de Bach à son compatriote Frank Martin, de la façon la plus naturelle et vivante, tout en lumière intérieure. Il nous reste de nombreux enregistrements, mais ils ne reflètent que partiellement ce que faisait vivre Armin Jordan en concert.