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Musique

  • Si bémol

    Je voudrais juste signaler, pour ceux que cela intéresse, dans le dernier numéro d’Una Voce, le très remarquable article de Dominique Crochu (de Gregofacsimil et du Réseau de musicologie médiévale de Dominique Gatté, qui met en ligne de nombreux enregistrements) sur la question du si bémol dans le plain chant.

    C’est la mode depuis un certain temps de supprimer les si bémol (d’en faire des si bécarre), une mode qui un temps a même atteint Solesmes.

    Dominique Crochu démontre dans ce premier article que nombre de si bémol sont parfaitement authentiques. Il le fait à partir du développement des cellules mélodiques, et des mélodies analogues notées un ton plus haut (si-do prouve le la-si bémol).

    Il montre aussi que ce n'est pas parce que le bémol n'est pas indiqué sur un manuscrit qu'il n'était pas chanté. Et c'est un principe que tout historien devrait garder à l'esprit: ce n'est pas parce que ce n'est pas écrit que ça n'a pas existé.

  • + Pierre Boulez +

    Il est toujours amusant de lire les hommages des politiques aux écrivains ou artistes, quand il est patent ou vraisemblable qu’ils n’en connaissent rien. Fleur Pellerin avait donné un exemple spectaculaire en saluant le prix Nobel de Patrick Modiano, dont elle n’a jamais lu une ligne.

    Pour Pierre Boulez, on se passera de l’« Hommage de Fleur Pellerin », anonyme résumé de Wikipedia laborieusement réalisé par un nègre de son ministère. On préférera le tweet de Manuel Valls et le communiqué de François Hollande qui affirment, l’un que Pierre Boulez « a fait rayonner partout dans le monde » la musique française, l’autre que Pierre Boulez « a fait briller la musique française dans le monde » (ils ont un nègre unique pour les hommages ?).

    C’est complètement idiot. On ne sait même pas si l’on parle de ses œuvres ou de sa direction d’orchestre. Si l’on parle de ses œuvres, elles ne sont pas spécifiquement françaises puisqu'elles sont par principe sans racines, et elles sont très rarement interprétées, parce qu’elles n’ont jamais intéressé qu’une élite intello et qu’elles n’intéressent plus personne, aujourd’hui que sa génération s’en va. Si l’on parle de sa direction d’orchestre, elle n’a pas fait briller la musique française davantage que beaucoup d’autres chefs d’orchestre, et la musique française ne se limite pas à quelques pages orchestrales de Debussy et Ravel.

    En outre Pierre Boulez haïssait la France, il vivait depuis plus d’un demi-siècle en Allemagne. Il fut l’un des principaux responsables de la dictature qui a sévi dans la musique en France pendant plusieurs décennies (impossible pour un compositeur d’être interprété par une phalange prestigieuse si l’on ne faisait pas partie du cénacle post-sériel), mais il aurait voulu être le dictateur absolu et comme on le lui refusa il s’exila…

    Boulez compositeur est mon pire souvenir de concert. C’était après 5e concerto pour piano de Beethoven, sublimement interprété par Arrau, une œuvre de Boulez, dont je ne sais plus le titre, mais qui était constituée d’infernales stridences de cuivres. Véritablement insupportable quand on est fatigué après une longue journée de travail. Ce dont se moquent ces gens-là.

    Boulez chef d’orchestre, je l’ai vu deux fois en répétition. Une fois pour Pelléas et Mélisande, toute une après-midi, et j’ai fini par m’endormir, tant il ne se passait rien. L’autre fois c’était pour des œuvres de Messiaen, et finalement c’est Messiaen lui-même qui expliqua ce qu’il voulait…

  • + Kurt Masur +

    Kurt Masur est mort, à l’âge de 88 ans. Il souffrait de la maladie de Parkinson depuis plusieurs années.

    Kurt Masur était l’un des plus grands chefs d’orchestre de sa génération.

    Bien qu’ayant été le chef du Philharmonique de New York, du Philharmonique de Londres, de l’Orchestre national de France après la chute du Mur, il restera le chef du Gewandhaus de Leipzig qu’il fut de 1970 à 1996. De ce fait il dirigeait chaque Semaine Sainte la Passion selon saint Matthieu de Bach. Et la seule fois que je l’ai vu, c’était à la basilique de Saint-Denis, précisément pour la Passion selon saint Matthieu, avec Peter Schreier en évangéliste. Ce sont des choses qu’on n’oublie pas. D’autant que c’était l’année suivant la chute du Mur.

    Kurt Masur était donc l’un des deux ou trois grands chefs d’orchestre d’Allemagne de l’Est. Il était muet sur le plan politique. Mais lorsque la contestation monta, avec les fameux « lundis de Leipzig » de l'automne 1989, qui commencèrent comme une réunion de prière en l’église Saint-Nicolas et devinrent peu à peu des manifestations du lundi dans toutes les grandes villes du pays, Kurt Masur accueillit les manifestants dans la grande salle du Gewandhaus, et il fut un artisan important de la chute pacifique du régime par son autorité naturelle qui imposait la modération sans rien abandonner de la détermination : un travail de chef d’orchestre…

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    Kurt Masur et sa femme Tomoko, l’an dernier à Leipzig.

  • Au-then-ti-que

    Vendredi prochain au festival d’Ambronnay va être donnée la Passion selon saint Marc de Bach. Avec toutes les garanties d’authenticité : les soi-disant instruments d’époque, le soi-disant diapason baroque, les soi-disant techniques vocales et instrumentales d’époque, et tout et tout.

    — Mais ça n’existe pas, la Passion selon saint Marc de Bach.

    — Eh non. Ça n’existe pas. On n’en a que le livret (qui n’est pas de Bach). C’est pourtant la cinquième (sic) version, c’est-à-dire invention, de cette Passion qui n’existe pas. Car les baroqueux en sont à ce point de perfection dans l’authenticité qu’ils en viennent à inventer carrément les œuvres…

    Et puisqu’on est sur les sommets de l’imposture, il n’y a pas de raison d’en rester là. Cerise en toc sur la fausse tarte à la crème, on nous précise que, « une fois n’est pas coutume, la Passion selon saint Marc sera replacée dans son cadre liturgique ».

    Parce que, à Ambronnay, le vendredi saint, c’est le 25 septembre.

    Mais on ne nous dit pas le nom du pasteur qui fera le sermon…

  • Un concert insolite

    Le 8 avril à 12h30, au Conservatoire de Paris (14 rue de Madrid), aura lieu un concert insolite, intitulé « Autour des compositeurs Michel Ciry et Gabriel Marcel ».

    On connaît Michel Ciry comme peintre et graveur, on connaît Gabriel Marcel comme l’un des grands philosophes du XXe siècle, mais l’on ne sait guère que l’un et l’autre furent aussi des compositeurs.

    Un correspondant m’écrit :

    « Nous connaissons évidemment ces deux auteurs mais nous ne pensons pas toujours à leur activité de compositeurs. Or, non seulement elle n’était pas accessoire pour eux, mais bien inséparable de leur œuvre plus connu.

    « Et les voilà pour la première fois réunis dans un même concert.

    « De Michel Ciry, Jean Guitton a dit qu’il était le plus grand graveur du XXe siècle. Elève de Nadia Boulanger, il a renoncé à la composition musicale au début des années 60 parce qu’il n’était pas possible de mener de front la triple carrière de peintre-graveur, écrivain et compositeur. Nous entendrons son 1er cahier de Préludes, sa 2e Ballade et une œuvre de musique de chambre.

    « Quant à Gabriel Marcel, il a souvent expliqué combien l’expression musicale était une des clés de son œuvre philosophique et théâtrale. Il a composé une trentaine de mélodies autour des années 45, quelquefois aidé pour l’harmonisation par son épouse Jacqueline Boegner, ancienne élève de Vincent d’Indy.

    « L’interprète principal est le pianiste Orlando Bass. Il a 19 ans. Thierry de Brunhoff qui l’a entendu au disque en a été très ému, et il le suit attentivement depuis son ermitage d’En Calcat. Anne Queffelec dit que ses dons sont exceptionnels. »

  • Lauren Green et Benoît XVI

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    Lauren Green est la « chief religion correspondent » de Fox News. Elle est aussi pianiste, titulaire d’un diplôme de musicien professionnel. Elle a été invitée à participer au concert privé donné au Vatican pour le 90e anniversaire de Mgr Georg Ratzinger.

    Elle a répondu à des questions de Rome Reports, sur une vidéo où elle dit à propos de Benoît XVI (qui assistait évidemment au concert) : « Une des choses que j'ai remarquées, c'est qu'il semble moins fragile qu'avant sa démission. C'est presque comme si le poids de l'Eglise catholique avait enfin cessé de peser sur ses épaules, mais il prie constamment pour l'Eglise. »

    Oui, un poids a cessé de peser sur ses épaules. Mais non, ce n’est pas le poids de l’Eglise catholique… (Mon joug est doux et mon fardeau léger, a dit le Maître…)

    Ce que j’ai remarqué quant à moi sur cette vidéo, c’est que si personne, m’a-t-on dit, ne fait plus la génuflexion devant le pape depuis longtemps, Lauren Green le fait devant le pape émérite.

    Lauren Green a également raconté son aventure dans un article publié sur le site de Fox News. On en trouvera la traduction chez Benoît et moi. Extraits :

    « Le pape Benoît XVI est un homme un peu oublié, ces temps-ci. A présent, quand on parle du pape émérite, qui a bouleversé le monde quand il a démissionné au printemps dernier, c'est dans des histoires au sujet de son successeur, le pape François, qui est devenu le chouchou de la presse, en particulier en Occident.

    « Mais dans la Cité du Vatican cloîtrée, le pape Benoît XVI est encore très vénéré et respecté. Je le sais parce que j'ai eu le privilège d'être invitée à me produire dans un concert privé, le mercredi 15 Janvier en l'honneur du 90e anniversaire du frère de Benoît. » (…)

    « Quand François a émergé de la loggia de Saint-Pierre, par une froide et pluvieuse soirée de mars, il a aussi immédiatement éclipsé l'image du pape Benoît. Mais même si le pape Benoît XVI s'est retiré à l'arrière-plan il est toujours au premier plan pour ceux qui vivent au Vatican. » (…)

    « La salle était si intime que nous jouions à moins de 5 mètres du monsignore et de Benoît, que beaucoup appellent encore le Saint-Père. »

  • John Tavener est mort

    Le compositeur britannique n’avait que 69 ans, mais il souffrait depuis toujours du syndrome de Marfan.

    Comme ses collègues qui marquent la musique de notre temps, il fut un compositeur « d’avant garde » avant de changer radicalement d’orientation. Le déclic chez lui fut sa conversion à l’Eglise russe orthodoxe en 1977. Il composa alors essentiellement des œuvres religieuses contemplatives et lumineuses, dont certaines sont véritablement très belles. Mais il n’était pas toujours inspiré, et The Veil of the Temple, qu’il considérait comme son chef-d’œuvre, est surtout interminable et marqué par un mélange religieux qui se voulait sans doute « traditionnel » au sens de Schuon, mais ressemblait surtout à du syncrétisme. L’année suivante il composait les Schuon Lieder, et en 2007, une œuvre sur les 99 noms d’Allah…

  • Un triple affront

    Samedi était organisé dans le cadre de l’année de la foi un concert au Vatican : la 9e symphonie de Beethoven, par le chœur de l’Académie nationale Sainte-Cécile et l’Orchestre symphonique de la RAI sous la direction de son chef actuel Juraj Valcuha : sans aucun doute une grande interprétation d’un évident chef-d’œuvre de la musique.

    Bien sûr cela avait été programmé pour le musicien et mélomane qu’est Benoît XVI. Mais le nouveau pape allait en bénéficier tout naturellement.

    Eh bien non. Au dernier moment il a fait dire qu’il ne viendrait pas. « Je ne suis pas un prince du temps de la Renaissance qui écoute de la musique au lieu de travailler », aurait-il dit. En fait la musique ne l’intéresse pas du tout (cf. sa « liturgie »). C’est donc l’occasion pour ce grand humble de montrer que lui il travaille et qu’il n’a pas le temps de s’amuser, lui ; et pour ce grand pauvre qui fuit les « mondanités » de montrer que la musique n’est qu’un divertissement de riches…

    Or c’est à l’évidence un triple affront :

    1. à Benoît XVI, qui se servait de ces concerts pour faire une petite catéchèse (et réjouir les mélomanes chrétiens…) et montrait que la vraie musique élève l’âme ;

    2. à l’orchestre, à son chef, aux solistes, au chœur ;

    3. aux personnes qui étaient venues pour entendre, outre la musique, l’allocution du pape en relation avec l’année de la foi (par l’« Ode à la joie », bien sûr).

    La grande chaise blanche est donc restée vide.

    Au fait, ça se dit comment, en latin, chaise vide ?

    Mais non, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit.

  • Henri Dutilleux

    Henri Dutilleux est mort. Il avait 97 ans. Cet homme discret était surtout un maître de l’orchestre, dans la lignée de Debussy et Ravel. Son concerto pour violoncelle Tout un monde lointain, créé par Rostropovitch, est l’une des œuvres de « musique contemporaine » la plus jouée au monde. Le talent de Dutilleux était incontestable, et c’est un plaisir pour l’oreille d’entendre ses œuvres en concert. Pourtant c’est toujours aussi un peu frustrant. Les titres poétiques qu’il donnait à ses œuvres ne compensent pas le fait que sous la poésie, réelle, de sa musique, il y a une sorte de vide. C’est du moins ce que j’ai toujours ressenti. Il ne suffit pas d’invoquer un vague panthéisme et un vague humanisme pour trouver et exprimer le mystère.

  • Cheffes et metteures

    La pétroleuse verte Aurélie Filippetti, bombardée « ministre de la Culture » dans le gouvernement Ayrault, écrit dans une note interne de son ministère, selon Diapason, à propos de l’Opéra de Paris :

    « Qu’aucune cheffe d’orchestre ni metteure en scène ne soit invitée par un théâtre national constitue une atteinte au principe élémentaire d’égalité des sexes à laquelle il convient de remédier. »

    On aimerait d’abord qu’un ministre de la Culture s’exprime dans la langue française. Il semble que ce ne puisse plus être le cas.

    L’idéologie relègue désormais la réalité au rang de quantité négligeable et à négliger absolument.

    Comme le disait le président du tribunal révolutionnaire à propos de Lavoisier, « la République n’a pas besoin de savants ». Elle n’a donc pas besoin non plus de chefs d’orchestre expérimentés.

    Chacun sait qu’il n’existe pas de chef d’orchestre de sexe féminin d’envergure internationale (ni même nationale). Néanmoins le patron de l’Opéra de Paris est sommé d’en embaucher. Il y aura donc l’inévitable Claire Gibault, et aussi une autre, dont on taira le nom, imposée « après de rudes négociations avec les représentants de l’orchestre », c’est tout dire. Et qu’on ne nous raconte pas que l’orchestre soit misogyne : il comporte une bonne cinquantaine de femmes.

    De même, il faut trouver un successeur à Jérôme Deschamps à l’Opéra Comique. Ce que l’on sait déjà, c’est que ce sera forcément une femme. Car le sexe prime la compétence. Dans la partie artistique comme dans les conseils d’administration, comme partout désormais.