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Liturgie - Page 3

  • Benedicat te Dominus

    ℟. Benedícat te Dóminus in virtúte sua, qui per te ad níhilum redégit inimícos nostros:
    * Ut non defíciat laus tua de ore hóminum.
    . Benedíctus Dóminus qui creávit cælum et terram; quia hódie nomen tuum ita magnificávit.
    ℟. Ut non defíciat laus tua de ore hóminum.

    Le Seigneur t’a bénie en sa force, car il a anéanti par vous nos ennemis, afin que ta louange ne cesse pas dans la bouche des hommes. Béni soit le seigneur qui a créé le ciel et la terre, parce que aujourd’hui ton nom a été ainsi magnifié, afin que ta louange ne cesse pas dans la bouche des hommes.

    Ce répons des matines est un des « répons de Judith », puisque ce livre est la lecture de la semaine. Il reprend des expressions des versets 22 à 25 du chapitre 13 : la louange de Judith, qui vient de tuer Holopherne, par le peuple, puis par Ozias. On remarque que n’y figure pas le début de l’éloge d’Ozias : « Benedicta es tu, filia, a Domino Deo excelso præ omnibus mulieribus super terram » (sois bénie, ma fille, par le Seigneur le Dieu très-haut plus que toutes les femmes sur la terre), qui sera réservé à la liturgie de la Sainte Vierge. Mais « Benedícat te Dóminus in virtúte sua, qui per te ad níhilum redégit inimícos nostros » est une antienne de la fête du Saint Rosaire dans la liturgie ambrosienne.

    Le répons, tel qu’il est, sera repris dans l’office de sainte Jeanne d’Arc.

    Dans la plupart des livres médiévaux, le répons commence par Benedixit, conformément à la Vulgate. Et le verset est souvent celui-ci (pris également des paroles d’Ozias selon la Vulgate) :

    . Subvenisti angustiae generis tui et non pepercisti animae tuae.

    Tu as subvenu à l’angoisse de ta race et tu n’as pas épargné ta vie.

  • Notre Dame de la Merci

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    Zurbaran, vers 1635-1640.

    Dans le bréviaire d'avant...

    C’était au temps où la plus vaste et la plus belle partie de l’Espagne était soumise au joug barbare des Sarrasins. D’innombrables fidèles, retenus dans une captivité douloureuse, étaient grandement exposés à renier la foi chrétienne et à compromettre leur salut éternel. La bienheureuse Reine du ciel, voulant apporter remède à des maux si grands et si nombreux, manifesta sa très ardente charité pour leur délivrance. Saint Pierre Nolasque, renommé par sa piété autant que par ses richesses, se livrait à de saintes méditations, et s’ingéniait sans cesse à découvrir comment il adoucirait les épreuves d’un si grand nombre de Chrétiens, soumis à la domination des Maures. La bienheureuse Vierge lui apparut elle-même avec un visage bienveillant et lui fit connaître combien il serait agréable à son Fils unique et à elle-même, s’il fondait en son honneur un Ordre religieux ayant pour but d’arracher les captifs à la tyrannie des Turcs. Encouragé par cette vision céleste, l’homme de Dieu sentit son cœur s’embraser d’une ardente charité ; il n’eut plus qu’un seul désir, celui de se livrer lui-même, et de consacrer l’Ordre qu’il instituerait, à la pratique de cet amour généreux par lequel chacun donnerait sa vie pour ses amis et son prochain.

    La même nuit, la très sainte Vierge apparut aussi au bienheureux Raymond de Pennafort et à Jacques, roi d’Aragon, leur donnant avis d’instituer un Ordre religieux, et leur persuadant de concourir par leur fortune à la fondation d’une si belle œuvre. Pierre accourut aussitôt se jeter aux genoux de Raymond, son confesseur, et lui fit tout connaître ; l’ayant trouvé instruit lui-même de toutes ces choses par la révélation céleste, il se soumit très humblement à sa direction. Le roi Jacques survenant, décida de mettre à exécution ce que la bienheureuse Vierge Marie lui avait également révélé. Après en avoir conféré entre eux, tous tombèrent d’accord, et entreprirent de fonder un institut en l’honneur de la Vierge Mère, sous le vocable de sainte Marie de la Merci ou de la rédemption des captifs.

    En conséquence, le dix du mois d’août, l’an du Seigneur mil deux cent dix-huit, le roi Jacques décréta l’établissement de cet institut, dont ces saints hommes avaient conçu le projet. Ceux qui voulaient en faire partie devaient s’engager, par un quatrième vœu, à rester comme otage au pouvoir des païens, si la délivrance des Chrétiens l’exigeait. Le roi leur concéda le privilège de porter sur la poitrine ses propres armes, et s’occupa de faire approuver par Grégoire IX un institut et des vœux de religion, inspirés par une si sublime charité envers le prochain. Dieu lui-même, par l’intermédiaire de la Vierge Mère, donna l’accroissement à cette œuvre, car elle se répandit avec beaucoup de rapidité et de succès sur toute la surface de la terre, et vit fleurir des héros de sainteté, des hommes d’une charité et d’une piété incomparables, se dévouant à recueillir les aumônes des Chrétiens pour racheter leurs frères, et à se donner souvent eux-mêmes comme rançon pour délivrer un grand nombre de captifs. Afin de rendre à Dieu et à la Vierge Mère de dignes actions de grâces pour un si grand bienfait et pour une institution si secourable, le Siège apostolique a permis de célébrer cette Fête particulière et de réciter cet Office, après avoir accordé à l’Ordre lui-même des privilèges presque sans nombre.

  • Saint Lin

    Le texte suivant de saint Irénée (liminaire du livre III du traité Contre les hérésies) est important en ce qu’il atteste de la véracité de ce que dit la tradition catholique quant à la succession apostolique à Rome. (Subsidiairement il permet aussi de dater le livre de saint Irénée, puisque l’évêque de Rome est alors saint Eleuthère et qu’il régna de 175 à 189.)

    Comme il serait trop long, dans un ouvrage tel que celui-ci, d'énumérer les successions de toutes les Églises, nous prendrons seulement l'une d'entre elles, l'Église très grande, très ancienne et connue de tous, que les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul fondèrent et établirent à Rome; en montrant que la Tradition qu'elle tient des apôtres et la foi qu'elle annonce aux hommes sont parvenues jusqu'à nous par des successions d'évêques, nous confondrons tous ceux qui, de quelque manière que ce soit, ou par infatuation, ou par vaine gloire, ou par aveuglement et erreur doctrinale, constituent des groupements illégitimes : car avec cette Église, en raison de son origine plus excellente, doit nécessairement s'accorder toute Église, c'est-à-dire les fidèles de partout, — elle en qui toujours, au bénéfice de ces gens de partout, a été conservée la Tradition qui vient des apôtres.

    Donc, après avoir fondé et édifié l'Eglise, les bienheureux apôtres remirent à Lin la charge de l'épiscopat ; c'est de ce Lin que Paul fait mention dans les épîtres à Timothée (1). Anaclet lui succède. Après lui, en troisième lieu à partir des apôtres, l'épiscopat échoit à Clément. Il avait vu les apôtres eux-mêmes et avait été en relations avec eux : leur prédication résonnait encore à ses oreilles et leur Tradition était encore devant ses yeux. Il n'était d'ailleurs pas le seul, car il restait encore à cette époque beaucoup de gens qui avaient été instruits par les apôtres. Sous ce Clément, donc, un grave dissentiment se produisit chez les frères de Corinthe ; l'Eglise de Rome adressa alors aux Corinthiens une très importante lettre pour les réconcilier dans la paix, renouveler leur foi et leur annoncer la Tradition qu'elle avait naguère reçue des apôtres, à savoir : un seul Dieu tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre, qui a modelé l'homme, fait venir le déluge, appelé Abraham, fait sortir son peuple de la terre d'Egypte, conversé avec Moïse, donné la Loi, envoyé les prophètes, préparé un feu pour le diable et ses anges. Que ce Dieu-là même soit annoncé par les Eglises comme étant le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, tous ceux qui le veulent peuvent l'apprendre par cet écrit, tout comme ils peuvent connaître par lui la Tradition apostolique de l'Église, puisque cette lettre est plus ancienne que les actuels fauteurs d'erreur qui imaginent faussement un autre Dieu au-dessus du Créateur et de l'Auteur de tout ce qui existe. A ce Clément succède Évariste ; à Évariste, Alexandre ; puis, le sixième à partir des apôtres, Xyste est établi; après lui, Télesphore, qui rendit glorieusement témoignage ; ensuite Hygin ; ensuite Pie ; après lui, Anicet ; Soter ayant succédé à Anicet, c'est maintenant Eleuthère qui, en douzième lieu à partir des apôtres, détient la fonction de l'épiscopat. Voilà par quelle suite et quelle succession la Tradition se trouvant dans l'Eglise à partir des apôtres et la prédication de la vérité sont parvenues jusqu'à nous. Et c'est là une preuve très complète qu'elle est une et identique à elle-même, cette foi vivifiante qui, dans l'Église, depuis les apôtres jusqu'à maintenant, s'est conservée et transmise dans la vérité.

    (1) 2 Tim. 4, 21 : « Tâche de venir [à Rome] avant l'hiver. Eubule, Pudens, Lin, Claudia, et tous les frères te saluent. »

  • 15e dimanche après la Pentecôte

    Allelúia, allelúia. Quóniam Deus magnus Dóminus, et Rex magnus super omnem terram. Allelúia.

    Alléluia, alléluia. Parce que le Seigneur est un Dieu grand, un grand roi qui domine toute la terre. Alléluia.

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    Parce que le Seigneur… « En eux-mêmes ces mots n’ont pas de sens, faute d’une proposition principale », nous dit dom Baron qui connaissait sa grammaire… « En fait, ajoute-t-il, c’est l’idée du graduel qui continue. »

    En fait, on n’a pas besoin d’une construction grammaticale pour laisser libre cours à sa joie. « Parce que », disent les enfants dans une affirmation péremptoire et sans réplique. Parce que le Seigneur est un grand Dieu. C’est comme ça, et c’est pourquoi je chante alléluia. La proposition principale, si l’on veut en trouver une, c’est : Alléluia. Ce verset est le troisième du psaume 94, qui nous invite à venir exulter et jubiler pour le Seigneur : donc à chanter Alléluia, parce qu’il est un grand Dieu.

    La mélodie de ce verset est subtilement balancée en deux phrases, qui se terminent toutes deux sur la tonique, sol, tandis que la première partie de la première phrase a une cadence sur la quinte (ré), et la première partie de la deuxième phrase a une cadence sur la tierce (si). Ré-sol-si-sol. La fin ne reprend pas le jubilus (ce qui est très rare mais était le cas dimanche dernier), mais utilise une formule finale de graduel du 7e mode (celle qu’on trouve au 12e dimanche).

    Selon dom Johner cet alléluia était primitivement chanté pendant la procession de Pâques. D’où son aspect plus solennel encore que joyeux.

  • Saint Matthieu

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    Lorsque les artistes de l’Occident médiéval se mirent à représenter les évangélistes selon le tétramorphe d’Ezéchiel, conformément à l’exégèse de saint Jérôme puis de saint Grégoire le Grand (intégrée dans la liturgie), ils conservèrent logiquement aux « Vivants » leurs ailes, donc le symbole de saint Matthieu était un homme ailé. Il fut très vite assimilé à un ange, puis à un ange qui dicte son évangile à Matthieu.

    Ci-dessus les Heures d’Anne de Bretagne, enluminure de Jean Bourdichon. C’est un des aboutissements de la dérive : ici l’ange montre à saint Matthieu l’évangile tout fait, descendu du ciel (comme le Coran…), qu’il n’a plus qu’à recopier.

    Une autre dérive, qui montre jusqu’où allait la décadence de la Renaissance, est celle qui montre l’ange comme une sorte d’androgyne (ou d’éphèbe), penché dans une pose plus ou moins lascive sur l’évangéliste et le contemplant d’un regard langoureux. Le doigt de l’ange, qui souvent indiquait à saint Matthieu l’endroit où il doit écrire (ou là où il a fait une faute ?), se met à caresser sa main… Le sommet est sans doute atteint avec une peinture du Caravage qui était destinée comme les deux autres sur Matthieu à l’église romaine Saint-Louis des Français, mais qui fut, quand même, refusée. On n’en a qu’une photographie en noir et blanc, parce qu’elle a été détruite pendant la Seconde Guerre mondiale (dans un bombardement sur Berlin). Cette peinture aurait pu faire une affiche pour un film LGBT…

    Le Caravage reprit donc ses pinceaux, et produisit ce qui est une de ses toiles les plus puissantes, mais où on n’a plus aucun souvenir que l’ange est à l’origine un homme…

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  • Vendredi des quatre temps

    Lætétur cor quæréntium Dóminum : quærite Dóminum, et confirmámini : quǽrite fáciem ejus semper.
    Confitémini Dómino et invocáte nomen eius : annuntiáte inter gentes ópera ejus.

    Que le cœur de ceux qui cherchent le Seigneur, se réjouisse : cherchez le Seigneur et soyez fortifiés, cherchez sans cesse sa face.
    Louez le Seigneur et invoquez son nom, annoncez ses pauvres parmi les peuples.

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    L’antienne d’introït, commune au jeudi après le IVe dimanche de Carême, est tirée du psaume 104 et invite tous ceux qui cherchent le Seigneur à se réjouir, car ils le trouveront sûrement, et en Lui ils se désaltéreront à la source de tout bien. Beaucoup, dans un apparent service de Dieu, recherchent quae sua sunt et se trouveront eux-mêmes, c’est-à-dire la vanité et la misère.

    Cherchez uniquement le Seigneur, dit le Psalmiste ; cherchez son visage, c’est-à-dire cherchez-le avec sincérité et franchise ; cherchez-le toujours, sans duplicité du cœur, sans transaction entre Lui et la nature corrompue.

    Saint Benoît, dans sa Regula Monachorum fait de cette recherche de Dieu le mot d’ordre de son institut, l’unique condition pour juger de la vocation des aspirants à la vie monastique. Il ne regarde ni à la naissance, ni à l’âge, ni à la science du novice ; il est uniquement attentif à scruter l’esprit de celui-ci, pour savoir s’il recherche vraiment Dieu, et si, pour le trouver, il suit la route de l’humilité et de l’obéissance, celle-là même qui a été tracée par le Christ. Toute autre voie est mauvaise.

    Bienheureux cardinal Schuster

  • Saint Janvier

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    Saint Janvier n'est pas un saint de création moderne ; ce n'est pas un patron banal et vulgaire, acceptant les offres de tous les clients, accordant sa protection au premier venu, et se chargeant des intérêts de tout le monde ; son corps n'a pas été recomposé dans les catacombes aux dépens d'autres martyrs plus ou moins inconnus, comme celui de sainte Philomène ; son sang n'a pas jailli d'une image de pierre, comme celui de la madone de l'Arc ; enfin les autres saints ont bien fait quelques miracles pendant leur vie, miracles qui sont parvenus jusqu'à nous par la tradition et par l'histoire ; tandis que le miracle de saint Janvier s'est perpétué jusqu'à nos jours, et se renouvelle deux fois par an, à la grande gloire de la ville de Naples et à la grande confusion des athées.

    Saint Janvier remonte, par son origine, aux premiers siècles de l'Eglise. Evêque, il a prêché la parole du Christ et a converti au véritable culte des milliers de païens ; martyr, il a enduré toutes les tortures inventées par la cruauté de ses bourreaux, et a répandu son sang pour la foi ; élu du ciel, avant de quitter ce monde où il avait tant souffert, il a adressé à Dieu une prière suprême pour faire cesser la persécution des empereurs.

    Mais là se bornent ses devoirs de chrétiens et sa charité de cosmopolite.

    Citoyen avant tout, saint Janvier n'aime réellement que sa patrie ; il la protège contre tous les dangers, il la venge de tous ses ennemis : Civi, patrono, vindici, comme le dit une vieille tradition napolitaine. Le monde entier serait menacé d'un second déluge, que saint Janvier ne lèverait pas le bout du petit doigt pour l'empêcher ; mais que la moindre goutte d'eau puisse nuire aux récoltes de sa bonne ville, saint Janvier remuera ciel et terre pour ramener le beau temps.

    Saint Janvier n'aurait pas existé sans Naples, et Naples ne pourrait plus exister sans saint Janvier. Il est vrai qu'il n'y a pas de ville au monde qui ait été plus de fois conquise et dominée par l'étranger ; mais, grâce à l'intervention active et vigilante de son protecteur, les conquérants ont disparu, et Naples est restée.

    Les Normands ont régné sur Naples, mais saint Janvier les a chassés.

    Les Souabes ont régné sur Naples, mais saint Janvier les a chassés.

    Les Angevins ont régné sur Naples, mais saint Janvier les a chassés.

    Les Aragonais ont usurpé le trône à leur tour, mais saint Janvier les a punis.

    Les Espagnols ont tyrannisé Naples, mais saint Janvier les a battus.

    Enfin, les Français ont occupé Naples, mais saint Janvier les a éconduits.

    Et qui sait ce que fera saint Janvier pour sa patrie ?

    Quelle que soit la domination, indigène ou étrangère, légitime ou usurpatrice, équitable ou despotique, qui pèse sur ce beau pays, il est une croyance au fond du cœur de tous les Napolitains, croyance qui les rend patients jusqu'au stoïcisme : c'est que tous les rois et tous les gouvernements passeront, et qu'il ne restera en définitive que le peuple et saint Janvier.

    L'histoire de saint Janvier commence avec l'histoire de Naples, et ne finira, selon toute probabilité, qu'avec elle : toutes deux se côtoient sans cesse, et, à chaque grand événement heureux ou malheureux, elles se touchent et se confondent. Au premier abord, on peut bien se tromper sur les causes et les effets de ces événements, et les attribuer, sur la foi d'historiens ignorants ou prévenus, à telle ou telle circonstance dont ils vont chercher bien loin la source ; mais, en approfondissant le sujet, on verra que, depuis le commencement du quatrième siècle jusqu'à nos jours, saint Janvier est le principe ou la fin de toutes choses : si bien qu'aucun changement ne s'y est accompli que par la permission, par l'ordre ou par l'intervention de son puissant protecteur.

    Début des trois savoureux chapitres (dont j’ai donné la fin il y a deux ans) entièrement consacrés à saint Janvier par Alexandre Dumas dans Le Corricolo.

  • Mercredi des quatre temps

    L’évangile de la messe de ce jour est le récit du miracle de la délivrance d’un jeune garçon d’un « esprit muet » qui le jetait souvent dans le feu et dans l’eau pour le faire périr.

    « In ignem et in aquas ». Cela fait penser au psaume 65 (qui est un psaume des matines de ce jour dans le bréviaire monastique) : « Nous sommes passés par le feu et l’eau – per ignem et aquam - et tu nous as conduits en un lieu de rafraîchissement. » Le feu et l’eau symbolisent toutes les épreuves par lesquelles doit passer le croyant (et tous les tourments infligés au garçon de l’évangile). On pense aussi à La Flûte enchantée, de Mozart, où la dernière épreuve de Tamino et de Pamina est de traverser l’eau et le feu. Au début de cette scène, « deux hommes en armure noire » ont fait savoir aux amoureux que sur la route qu’ils empruntaient ils devraient subir la purification de la terre, de l’air, de l’eau et du feu. Ce qui est le début de l’initiation maçonnique. Mais l’opéra n’évoque que le feu et l’eau, comme le psaume…

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    En Irlande, « Per ignem et aquam » est la devise de Mallow, et « Per aquam et ignem » celle de Wexford. Le blason de cette dernière est explicite : il montre trois bateaux en flammes – sans qu’on sache ce que sont historiquement ces bateaux.

    Mais cet évangile n’a pas été choisi en raison de son évocation du feu et de l’eau. Il a été choisi à cause de ses derniers mots : aux apôtres qui se plaignent de ne pas avoir pu chasser ce démon, Jésus répond que cette espèce ne se chasse que par la prière et le jeûne : « in oratióne et jejúnio. » Ce sont les derniers mots de l’évangile du mercredi des quatre temps de septembre (et c'est aux laudes l'antienne du Benedictus), pour rappeler que c’est un jour de jeûne, comme l’a solennellement annoncé saint Léon le Grand aux matines de dimanche dernier.

    Ce texte de saint Léon a été supprimé du bréviaire romain en 1960, à cause du raccourcissement des matines. Il est à noter que le mot « jeûne » a quant à lui été supprimé de toutes les traductions modernes de la Bible (sauf celle de Chouraqui), et donc aussi dans la soi-disant « Bible de la liturgie ». De toute façon la néo-liturgie a supprimé les quatre temps, comme ça c’est plus pratique.

    On remarquera que le « jeûne » figure dans la Vulgate de Stuttgart, parce que tous les manuscrits de la Vulgate (et tous les manuscrits latins antérieurs, sauf un) ont ce mot, mais que les fabricants de la soi-disant néo-Vulgate l’ont arbitrairement supprimé. Il se trouve dans la très grande majorité (la presque totalité, en fait) des manuscrits grecs (et aussi syriaques, coptes…), y compris le vénérable papyrus 45 du IIIe siècle, mais pas dans deux des trois codex considérés comme les meilleurs. Exit donc le jeûne… et la possibilité de chasser certains démons.

    Ci-dessous le début du 15e volume des « Réclamations Belgiques couronnées par la Victoire et la Liberté, par le triomphe de la Religion et des Loix », 1790. C’est une jolie explication de « per ignem et aquam ».

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  • Les stigmates de saint François

    Giotto_-_Sankt_Franciskus_stigmatisering.jpgGiotto

    François, ce serviteur et ministre vraiment fidèle du Christ, deux ans avant de rendre son âme au ciel, se retira en un lieu élevé appelé mont Alverne, où il commença un jeûne de quarante jours, en l’honneur de saint Michel Archange. Il advint alors, qu’inondé plus abondamment des douceurs spirituelles de la contemplation surnaturelle dont il éta

    it habituellement favorisé, et embrasé plus ardemment par la flamme des célestes désirs, il commença à sentir une affluence extraordinaire de tous les dons surnaturels. Alors donc que la séraphique ardeur de ses élans le transportait jusqu’en Dieu, et qu’un vif sentiment de tendre compassion le transformait en Celui qui voulut, par excès d’amour, être crucifié, se trouvant un matin en oraison sur le flanc de la montagne (c’était vers la fête de l’Exaltation de la sainte Croix), l’homme de Dieu vit comme l’apparence d’un Séraphin, ayant six ailes aussi resplendissantes qu’enflammées, descendre du haut du ciel et arriver d’un vol extrêmement rapide à une place de l’air, à sa proximité, où il lui parut non seulement muni d’ailes, mais aussi crucifié, ayant les mains et les pieds étendus et cloués à une croix, et les ailes disposées de chaque côté d’une manière admirable, en sorte qu’il en élevait deux au-dessus de sa tête, en déployait deux autres pour voler, et voilait tout son corps en l’enveloppant des deux dernières. Cette vision étonna grandement François, et répandit en son âme une joie mêlée de douleur ; car, tandis qu’il concevait une extrême allégresse de la vue bienfaisante de l’Ange qui lui apparaissait d’une façon si prodigieuse et si familière, le cruel spectacle du crucifiement lui transperça l’âme d’un glaive de compassion douloureuse.

    François savait bien que l’état d’infirmité et de souffrance est incompatible avec l’immortalité d’un esprit séraphique ; mais intérieurement éclairé par celui qui se montrait au dehors, il comprit qu’une vision de ce genre avait été présentée à ses regards pour lui apprendre que c’était l’embrasement du cœur, et non le martyre du corps, qui devait transformer tout entier l’ami de Jésus Christ, en une parfaite ressemblance à ce Jésus crucifié. Disparaissant donc après un entretien secret et familier, la vision laissa François, l’âme enflammée d’une ardeur séraphique et le corps marqué de blessures semblables à celles d’un crucifiement ; comme si, fondue et amollie d’abord par l’action du feu, sa chair avait ensuite reçu l’impression d’un cachet. Aussitôt en effet, à ses mains et à ses pieds, commencèrent à paraître des marques de clous, ayant leurs têtes dans le creux des mains et sur le dessus des pieds, et leurs pointes à l’opposé. En outre, son côté droit présentait une cicatrice rouge, comme s’il eût été transpercé par une lance ; et bien des fois il en coula un sang sacré, qui trempait sa tunique et ses autres vêtements.

    Devenu donc un nouvel homme, grâce à la distinction glorieuse de ce prodige nouveau et surprenant (puisque, par un privilège singulier dont personne encore n’avait joui avant ce jour, il se trouva marqué, je dirai mieux, orné des sacrés stigmates). François descendit de la montagne, portant avec lui l’image du Crucifié non point tracée d’une main d’artisan sur des tables de pierre ou de bois, mais gravée sur sa propre chair par le doigt du Dieu vivant. Comme il savait très bien « qu’il est bon de tenir caché le secret d’un roi, » cet homme séraphique, conscient de l’œuvre mystérieuse, opérée en lui par le Roi, s’efforçait de dissimuler ces marques sacrées. Mais parce que c’est à Dieu de révéler pour sa gloire les grandes choses qu’il fait, le Seigneur lui-même qui avait secrètement imprimé ces signes, les fit ouvertement découvrir par des miracles, en sorte que, la vertu cachée et merveilleuse des stigmates, devint manifeste par l’éclat des prodiges.

    Saint Bonaventure

  • Saints Corneille et Cyprien

    Saint Corneille est élu pape en mars 251. Après un veuvage de quatorze mois, l'Eglise catholique retrouve un pape. Saint Fabien en effet, victime de l'atroce persécution de Dèce, avait subi le martyre le 20 janvier 250. Depuis, l'empereur avait de nouveau quitté Rome pour la frontière du Danube, où il soutient la guerre contre les Goths et où il périra d'ailleurs en juin.

    Les chrétiens de Rome jurent alors de réorganiser la Curie. Ils portent leur prêtre Corneille au souverain pontificat. Leur choix alla vers ce prêtre parce qu'il avait franchi régulièrement les degrés de la cléricature, mais surtout parce qu'il avait assumé ses différents offices avec un zèle et une modestie qui l'aidaient à considérer sagement le repentir des fidèles accusés d'avoir fléchi sous la persécution de l'empereur Dèce.

    Rome notifie l'élection à l'Eglise d'Afrique, la plus remarquable des Eglises catholiques par l'importance de son épiscopat et par la fréquence de ses conciles.

    Un autre prêtre romain, Novatianus, se trouve peu satisfait de cette élection et, à l'instigation d'un prêtre de Carthage, Novatus, ennemi de Cyprien, il envoie lui aussi une lettre à l'Eglise d'Afrique, mais pour mettre ses évêques en garde contre Corneille, accusé d'avoir acheté un certificat de sacrifice pendant la persécution, et d'avoir communiqué avec des apostats. Le primat de Carthage, saint Cyprien, reçoit donc ces deux documents. Pendant ce temps, Novatianus est sacré par trois évêques et organise une contre-Eglise.

    Saint Cyprien convoque un concile à Carthage, au cours duquel les évêques, refusant de s'en remettre aux différents rapports, décident, avec une grande sagesse, de ne pas se prononcer avant de prendre sur place de plus amples informations. A cet effet, ils envoient deux de leurs collègues à Rome. Vite convaincu de la sainteté de Corneille, Cyprien met alors sa grande influence au service du pape légitime. Luttant ensemble contre les mêmes adversaires, les deux pontifes se lient d'une étroite amitié.

    Le concile de Carthage (mars 252), qui réunit plus de 150 évêques, excommunie Novatus et Novatianus. Il définit les conditions imposées aux coupables pour leur réintégration dans l'Eglise. Leurs décisions, envoyées à Rome, sont approuvées par un concile de 60 évêques, et le Pape les expédie à toute la chrétienté comme lois officielles de l'Eglise. En cette conjoncture dramatique, la sagesse berbère a gouverné l'Eglise universelle.

    Une terrible peste s'abat sur l'empire romain en 252 et le peuple italien accuse les chrétiens d'avoir provoqué la colère des dieux. Alors les policiers arrêtent le pape Corneille, on l'exile à Civita Vecchia, petit port situé à 60 km de Rome et il y meurt en juin 253.

    Pendant son exil, il a la consolation de recevoir des lettres élogieuses de saint Cyprien qui le félicite de son courage.

    L'Eglise a inscrit dans le Canon de la messe Corneille et Cyprien à la suite des apôtres dont elle sollicite officiellement chaque jour l'intercession auprès de Dieu.

    (Abbé Vincent Serralda, Le Berbère lumière de l'Occident, NEL)