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Liturgie - Page 3

  • De la Sainte Vierge le samedi

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    Missel de Bernhard von Rohr, archevêque de Salzbourg, vers 1481.

    In sua própria veniénte Dómino, et sua própria eum bajulánte condicióne, quæ bajulátur ab ipso, et recapitulatiónem ejus, quæ in ligno fuit inobediéntiæ, per eam quæ in ligno est obediéntiam faciénte, et seductióne illa solúta, qua sedúcta est male illa, quæ jam viro destináta erat virgo Heva, per veritátem evangelizáta est bene ab Angelo jam sub viro Virgo María. Quemádmodum enim illa per angélicum sermónem sedúcta est, ut effúgeret Deum, prævaricáta verbum ejus: ita et hæc per angélicum sermónem evangelizáta est, ut portáret Deum, obédiens ejus verbo. Et sicut illa sedúcta est, ut effúgeret Deum; sic hæc suása est obedíre Deo, ut vírginis Hevæ Virgo María fíeret advocáta. Et quemádmodum adstríctum est morte genus humánum per vírginem, solvátur per Vírginem; æqua lance dispósita virginális inobediéntia, per virginálem obediéntiam.

    Le Seigneur vient dans ses biens propres ; sa propre création le porte, elle-même portée par lui. Il opère, par l’obéissance manifestée par le bois, la récapitulation de cette désobéissance qui est venue par le bois. Cette malheureuse séduction d’Ève, vierge, déjà destinée à l’homme, est détruite. Par un ange l’heureuse annonce de la bonne nouvelle est faite dans la vérité à Marie, vierge, déjà sous la tutelle de l’homme. Car, de même qu’Ève est séduite par un discours angélique pour échapper à Dieu, en transgressant sa parole, ainsi Marie reçoit par un discours angélique l’annonce qu’elle portera Dieu en obéissant à sa parole. Et de même que la première fut séduite pour échapper à Dieu, ainsi la seconde est persuadée d’obéir à Dieu de sorte que la Vierge Marie devient l’avocate de la vierge Ève. Comme la race humaine est soumise à la mort par une vierge, elle est aussi délivrée par une vierge ; la désobéissance d’une vierge est contrebalancée par l’obéissance d’une vierge.

    Saint Irénée, Contre les hérésies, 5, 19.

  • La Tour de Babel

    Après avoir donné les noms des fils des fils de Noé, qui sont des noms de peuples, jusqu'à la cinquième génération, la Genèse narre l’histoire de la tour de Babel. C’est la lecture des matines de ce jour. « La terre était d’une lèvre et des mêmes mots », dit la Vulgate traduisant littéralement l’hébreu. Les hommes vont vers l’orient, font des briques pour construire une ville, et une tour dont le sommet doit atteindre le ciel. Dieu vient voir ce qui se passe, et, constatant cet orgueil monstrueux des « fils d’Adam » (et non de Noé qui était un juste), brouille leur langue pour qu’ils ne puissent plus se comprendre. Alors ils se dispersent en plusieurs peuples. En parallèle inverse, on voir au début des Actes des apôtres des gens de divers peuples qui viennent à Jérusalem et qui comprennent tous ce que dit saint Pierre. La Pentecôte détruit la malédiction de la Tour de Babel. Les hommes sont réunis dans l’unique Eglise.

    On connaît les deux tableaux de Brueghel (celui de la construction, et celui de la tour quasiment achevée). Mais ce thème est fréquent chez les peintres nordiques du XVIe siècle : du siècle de l’humanisme et de la Réforme protestante. Dans sa signification humaniste, la Tour de Babel est une manifestation de la puissance de l’homme, solide et imposante si l’homme suit sa raison. Du point de vue protestant, la langue unique de ceux qui construisent la Tour est le latin, la langue de Rome, la nouvelle Babylone. Dieu condamne ce blasphème et va détruire la Tour, à savoir Rome, car chaque peuple doit louer Dieu dans sa langue. C’est ainsi que l’on voit des tableaux de la destruction de la Tour de Babel par le souffle divin, ce que n’évoque pas la Bible. Ci-dessous par exemple la destruction de la Tour de Babel par Cornelis Anthonisz, d’Amsterdam. Pour bien signifier qu’il s’agit de la destruction de l’Eglise catholique par Dieu, il a pris modèle sur le bâtiment le plus célèbre de Rome, le Colisée. D’une certaine manière l’épisode parle en effet des protestants (et des partisans de la soi-disant réforme liturgique). La Bible dit que le lieu où fut construite la tour fut appelé Babel, parce que c’est là que Dieu brouilla les langues. C’est un jeu de mots hébreu : « Babel » c'est  « Balal », autrement dit blabla. Et c’est bien de quoi il s’agit dans les fausses liturgies.

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  • Jeudi de la Sexagésime

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    La lecture des matines commence par le « signe de l’alliance » que Dieu donne à Noé : l’arc-en-ciel. La mosaïque de la cathédrale de Monreale, en Sicile, qui est le cinquième des six tableaux consacrés à Noé, a cette légende :

    Dixit Dominus ad Noe : Arcum meum ponam in nubibus, et erit signum fœderis inter me et inter terram, et non erunt ultra aquæ diluvii ad delendum universam carnem.

    Le Seigneur dit à Noé : Je mettrai mon arc dans les nuages, et il sera le signe de l’alliance entre moi et entre la terre, et il n’y aura plus d’eaux du déluge pour détruire toute chair.

    C’est un condensé de Genèse 9, 13-15 amputé du verset 14 et de la première moitié du verset 15.

    On constate que l’artiste a voulu montrer les 8 personnes qui ont été sauvées du déluge, et aussi que l’arc-en-ciel de l’alliance est étroitement lié au sacrifice. Lorsqu’il sortit de l’arche, Noé édifia un autel et offrit un sacrifice d’animaux purs. Et c’est après ce « sacrifice d’agréable odeur » que Dieu délivra le signe de l’arc-en-ciel, signe qui est déployé entre l’autel et les 8 survivants, par Dieu qui a la figure du Christ – c’est l’annonce de son propre Sacrifice qui sera le vrai signe de l’alliance, nouvelle et éternelle.

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    (Il y a 10.000 m2 de mosaïques du XIIe siècle dans la cathédrale de Monreale. Toutes sur fond d’or - une feuille d’or au milieu d’un cube de verre. C’est un spectacle qu’aucun mot ne peut qualifier.)

  • Saint Gabriel de la Vierge des douleurs

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    Il s’appelait François Possenti. Il était né à Assise, 11e des 13 enfants de Sante Possenti, gouverneur pontifical, en 1838. Il fut l’élève des Frères des écoles chrétiennes puis des jésuites à Spolète où son père avait été muté. Il était riche, aimait beaucoup s’amuser, particulièrement danser, et il était très apprécié des jeunes filles. Atteint d’une grave maladie, il fit le vœu de se faire religieux s’il guérissait. Mais la vie mondaine eut le dessus. Jusqu’au 22 août 1856, à la procession de l’icône de la Mère de Dieu de la cathédrale de Spolète (photo). Car il l’entendit lui dire : « Cecchino, que fais-tu dans le monde ? La vie religieuse t’attend. »

    Il devint alors novice chez les Passionnistes, où il étudia la philosophie et la théologie. Lors de ses vœux il prit le nom de Gabriel de la Vierge des douleurs (Gabriele dell’Addolorata). En 1859 il arriva au couvent d’Isola du Gran Sasso, où il mourut de la tuberculose osseuse en 1862, après avoir reçu les ordres mineurs.

    Après sa mort de nombreux miracles éclatèrent. Saint Pie X le béatifia en 1908, Benoît XV le canonisa en 1920, Pie XI mit sa fête au calendrier en 1932.

    Pour la béatification fut construit un premier sanctuaire, devenu basilique en 1929. Des murs sont couverts d’ex-votos.

    L’afflux énorme de pèlerins a conduit à construire un nouveau sanctuaire, en face du précédent, dans la crypte duquel a été transférée la châsse contenant son corps. L’église a été consacrée en 1970, et la crypte inaugurée par Jean-Paul II en 1985.

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  • Media Vita

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    Le répons Media vita appartenait ici ou là au moyen âge à la liturgie du carême. Curieusement, Solesmes l’a ressuscité pour le temps de la Septuagésime. L’an dernier j’avais donné le chant des moines de Silos. Voici celui du Christendom College de Front Royal (Virginie).

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    Media vita in morte sumus; quem quaerimus adjutorem, nisi te, Domine, qui pro peccatis nostris juste irasceris. Sancte Deus, Sancte fortis, Sancte misericors Salvator, amarae morti ne tradas nos.

    .1 In te speraverunt patres nostri, speraverunt et liberasti eos. Sancte Deus...

    . 2 Ad te clamaverunt patres nostri, clamaverunt et non sunt confusi. Sancte Deus...

    Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto. Sancte Deus...

    Au milieu de la vie, nous sommes dans la mort : quel secours chercher, sinon toi, Seigneur ? toi qui à bon droit es irrité de nos péchés : Saint Dieu, Saint fort, Saint Sauveur miséricordieux, ne nous livre pas à la mort amère.

    En toi ont espéré nos pères: ils ont espéré et tu les as libéré. Saint Dieu...

    Vers toi ont crié nos pères: ils ont crié et ne furent pas confondus. Saint Dieu...

    Gloire au Père et au Fils et au Saint Esprit. Saint Dieu...

  • Lundi de la Sexagésime

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    ℟. In artículo diéi illíus ingréssus est Noë in arcam et fílii eius,
    * Uxor illíus et uxóres filiórum eius.
    . Deléta sunt univérsa de terra, remánsit autem solus Noë, et qui cum eo erant in arca.
    ℟. Uxor illíus et uxóres filiórum eius.

    En ce jour même, Noé entra dans l’arche, et ses fils, et sa femme et les femmes de ses fils.
    Et furent effacés de la terre, mais resta seul Noé, et ceux qui étaient avec lui dans l’arche, sa femme et les femmes de ses fils.

    Le verset commence de façon très elliptique. Dans le texte de la Bible, c’est la fin du verset 23 du chapitre 7 de la Genèse : « Et il (Dieu) effaça toute substance qui était sur la terre, depuis l’homme jusqu’aux animaux domestiques, tant les reptiles que les volatiles du ciel, et ils furent effacés de la terre : mais resta seul Noé, et ceux qui étaient avec lui dans l’arche. »

    Le corps du répons commence par une expression qui a été traduite par « Aussitôt que ce jour parut » par Sacy et tous ceux qui l’ont recopié. En fait l’expression veut dire simplement « en ce jour même », à savoir le 17 du 2e mois de la 600e année de Noé. Saint Jérôme a voulu coller d’aussi près que possible au mot hébreu, etsem, qui suivi d’un génitif veut dire même : en ce jour même, celui-là même qu’on vient de définir. Mais le sens premier du mot est « os », d’où substance, corps, cela même… Saint Jérôme a donc voulu utiliser le mot « articulus », qui au départ concerne également les os, puisqu’il veut dire l’articulation, la jointure des os. Et « in articulo » indique le moment décisif, le moment critique (« in articulo mortis ») et ici simplement le moment même : ce jour même.

    D’autre part, dans une de ses lettres, saint Jérôme souligne, à propos de la monogamie, que Noé et les fils de Noé n’avaient qu’une seule femme (et ils ont repeuplé la terre, comme avant eux Adam et Eve). Ce n’est pas absolument évident dans le répons, mais le texte de la Genèse le dit explicitement : « In articulo diei illius ingressus est Noë, et Sem, et Cham, et Japheth filii ejus, uxor illius, et tres uxores filiorum ejus cum eis in arcam. » En ce jour même sont entrés Noé, et Sem et Cham et Japhet ses fils, sa femme, et les trois femmes de ses fils avec lui dans l’arche. Ce qui faisait en tout 8 personnes, comme le remarque saint Pierre dans sa première épître : « 8 âmes qui ont été sauvées par l’eau », ce qui est le type du baptême donné par le Christ auquel correspond le nombre 8, nombre de la Résurrection.

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  • Sexagésime

    Sciant gentes, quóniam nomen tibi Deus : tu solus Altíssimus super omnem terram.
    . Deus meus, pone illos ut rotam, et sicut stípulam ante fáciem venti.

    Qu’elles sachent, les nations, que ton nom est Dieu : tu es seul le Très-Haut sur toute la terre.
    Mon Dieu, mets-les comme une roue, et comme une paille devant la face du vent.

    Ce graduel a la particularité de n’avoir qu’une seule formule de centon (sur faciem) en dehors des deux cadences finales et de celle de Altissimus. On remarque notamment l’envolée sur rotam jusqu’au fa (en fait depuis le début du verset on est passé du 1er au 5e mode), cette « roue » étant sans doute un tourbillon de foin emporté par le vent, ce que redit la paille qui suit, comme c’est souvent le cas dans les psaumes. Et la paille aussi s’envole, mais seulement jusqu’à la dominante do – il est vrai que la mélodie est partie de plus bas.

    Par les moines de Ligugé en 1959 (qui font de la roue une trop jolie arabesque alors qu’il s’agit de chasser l’ennemi…) :


    podcast

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  • Saint Pierre Damien

    Extrait (chapitre 5) du Livre de Gomorrhe, dont personne ne parle au colloque vaticanesque… puisque le sujet même en a été soigneusement effacé.

    Qui passera outre, en faisant la sourde oreille, qui ne frissonnera pas jusqu’à la moelle en pensant à ce que l’Apôtre a claironné, comme une trompette retentissante, en disant : « Dieu les a livrés aux convoitises de leurs cœurs, à une impureté où ils avilissent eux-mêmes leur propre corps. » (Rom. 1) Et un peu plus loin : « A cause de cela, Dieu les a livrés à une passion ignominieuse, car leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature. Pareillement les hommes, délaissant l’usage naturel de la femme, ont brûlé de désir les uns pour les autres, perpétrant l’infamie d’homme à homme, et recevant en leurs personnes l’inévitable salaire de leur égarement. »

    Pourquoi donc, après une telle chute, aspirent-ils à la sublimité de l’ordre ecclésiastique ? Que penser, que croire, sinon que Dieu les a livrés à leurs sens réprouvés ? Il ne leur permet pas de voir les choses qui leur sont nécessaires, pressurés qu’ils sont par leurs péchés. Car, ayant perdu les yeux intérieurs, le soleil pour eux se couche, celui qui est sur son déclin. Ils ne parviennent pas à réaliser la gravité des maux que fait commettre l’impureté, ni que c’est plus terrible encore de désirer posséder quelque chose de façon désordonnée, contre la volonté de Dieu. Et, de façon habituelle, cela procède de la règle de la justice divine. Ceux qui se souillent avec cette vilenie mille fois condamnable sont frappés par la malédiction d’un digne jugement : ils se plongent dans les ténèbres de la cécité. Voilà ce qu’on lit sur cette infamie dans les auteurs anciens. Les Sodomites voulaient, avec frénésie, faire violence au juste, et ils étaient déjà sur le point de défoncer la porte. Et voici, dit l’Écriture, que les hommes étendirent la main, ramenèrent Loth à eux, et fermèrent la porte. Et ils frappèrent de cécité ceux qui étaient à l’extérieur, du plus petit jusqu’au plus grand, de sorte qu’ils ne pouvaient pas trouver la porte. (Gen. XIX) Il appert que, par ces deux anges, qu’on lit être venus voir Loth, les personnes du Père et du Fils sont dûment désignées. Le montre de façon évidente le fait qu’en leur parlant Loth a dit : « Parce que ton serviteur a trouvé grâce à tes yeux, et que tu as magnifié la miséricorde que tu m’as montrée, je te demande, mon Seigneur, de sauver mon âme. » Celui qui parle ainsi à deux personnes, comme à une seule, est certain qu’en deux personnes une seule substance est vénérée.

    Les Sodomites cherchaient donc à entrer par effraction pour faire violence à des anges. Mais c’est à Dieu que font violence ces hommes immondes, en cherchant à s’approcher des fonctions de l’ordre sacré. Mais ils sont subitement frappés de cécité parce que, par un juste jugement de Dieu, ils tombent dans les ténèbres intérieures, de sorte qu’ils ne parviennent pas à trouver la porte. Parce que, étant séparés de Dieu par le péché, ils ignorent le chemin du retour vers lui. Car ceux qui, non par l’humilité, mais par l’effraction de l’arrogance et de l’ambition, s’efforcent d’accéder à Dieu, se rendent compte immédiatement qu’ils ignorent comment ouvrir la porte d’entrée. Parce que, tout compte fait, c’est le Christ qui est la porte, comme il le dit lui-même : « Je suis la porte. » (Jn X) Ceux qui sous la pression des péchés perdent le Christ, c’est comme si, ne trouvant pas la porte, ils ne pouvaient pas entrer dans l’habitacle des citoyens célestes.

    Ils sont donc livrés à leurs sens réprouvés. Comme ils n’évaluent pas le poids de leur faute sur la balance de leur propre esprit, ils pensent qu’une très lourde masse de plomb a la légèreté des peines anodines. Donc, ce qui est dit là : « Ils frappèrent de cécité ceux qui étaient dehors, » l’Apôtre le déclare manifestement quand il dit : « Dieu les a livrés à leurs sens réprouvés. » Et ce qui est ajouté là après : « Pour qu’ils ne puissent pas trouver la porte », saint Paul l’expose clairement quand il dit : « Pour qu’ils fassent ce qui ne convient pas. » C’est comme s’il disait : « Ils essayèrent d’entrer là où ils ne le devaient pas. » Celui qui, indigne des ordres ecclésiastiques, s’efforce de faire irruption dans le ministère de l’autel sacré, qu’est-ce autre que, après avoir laissé de côté le seuil de la porte, s’efforcer d’entrer par la barrière infranchissable du mur ? Et quoiqu’aucune entrée libre ne s’offre à leurs pieds, ceux qui sont tels s’engagent solennellement à pouvoir parvenir au sanctuaire, préférant être frustrés de ce qu’ils ont présumé obtenir, plutôt que de demeurer dans le vestibule extérieur. Ils peuvent, à la vérité, se cogner la tête sur la pierre d’achoppement de la Sainte Ecriture, mais il ne leur est jamais permis d’entrer par la voie de la divine autorité. Et pendant qu’ils tentent d’entrer au lieu qui leur est interdit, ils ne font rien d’autre que de palper un mur complètement recouvert. Ce n’est pas sans raison qu’on peut leur appliquer ce que dit le Prophète : « Ils tâtaient en plein midi comme pendant la nuit. » (Job V) Et ceux qui ne peuvent pas franchir le seuil de la vraie entrée, ils s’égarent en route, et tournent en rond en un cercle vicieux. C’est d’eux que parle le psalmiste quand il dit : « Mon Dieu, pose-les comme une roue. » (Ps LXXXII) Et de même : « Les impies marcheront en rond. » (Ps XI) C’est en parlant d’eux qu’un peu plus loin saint Paul ajoute, après avoir énuméré leurs crimes : « Ceux qui font de telles choses sont dignes de mort, non seulement ceux qui les font, mais aussi ceux qui consentent à ce qu’ils font. » (Rom 1)

    Certainement, celui qui ne se réveille pas après les terribles coups de tonnerre de cette invective apostolique, on jugera à bon droit qu’il est mort plutôt qu’endormi. Et comme l’Apôtre précise avec tant de zèle une sanction pour chaque méfait, qu’aurait-il dit, je le demande, s’il avait détecté cette blessure dans le corps infect de la sainte Eglise. Surtout, quelle douleur, quelle ardeur de compassion aurait embrasé sa pieuse poitrine s’il avait appris que cette peste abominable se propageait jusque dans les ordres sacrés ? Qu’ils écoutent les directeurs des clercs, et les recteurs des prêtres. Qu’ils écoutent ! Et même s’ils se sentent sûrs d’eux-mêmes, qu’ils craignent de participer aux crimes d’autrui, ceux qui répugnent à corriger les péchés de leurs sujets, et qui, par un silence complice, leur accordent la licence de pécher. Qu’ils écoutent, dis-je, et qu’ils comprennent que tous sont également dignes de mort, ceux qui font le mal et ceux qui y consentent.

  • La Chaire de saint Pierre

    Une hymne de saint Pierre Damien (Carmina sacra et Preces, 72), ça s’impose ces jours-ci…

    Senatus apostolici
    Princeps et praeco Domini,
    Pastor prime fidelium,
    Custodi gregem creditum.

    Prince du Sénat apostolique, éloquent messager du Seigneur, premier Pasteur des fidèles, gardez le troupeau qui vous fut confié.

    Per pascua virentia,
    Nos verbi fruge recrea:
    Refectas oves praevius
    Caulis infer coelestibus.

    Dans vos verdoyants pâturages, nourrissez-nous du précieux aliment de la parole ; introduisez vos brebis fortunées dans le parc céleste où vous les avez précédées.

    Supernae claves januae
    Tibi, Petre, sunt traditae,
    Tuisque patent legibus
    Terrena cum coelestibus.

    A vous, ô Pierre, ont été données les Clefs de la porte des cieux ; les choses de la terre et celles même du ciel sont soumises à vos lois.

    Tu petram verae fidei,
    Tu basim aedificii
    Fundas, in qua catholica
    Fixa surgit Ecclesia.

    Vous décidez par votre choix où sera la Pierre de la vraie foi, la base de l’édifice entier, sur laquelle s’élèvera inébranlable l’Église catholique.

    Umbra tua, dum graderis,
    Fit medicina languidis;
    Textrinis usa vestium
    Sprevit Tabitha feretrum.

    Quand vous marchez, votre ombre guérit les malades ; Tabithe, qui tissait les vêtements du pauvre, échappe par vous aux liens de la mort.

    Catena vinctum gemina
    Virtus solvit angelica,
    Veste sumpta cum caligis
    Patescunt fores carceris.

    On vous charge d’une double chaîne ; mais la main d’un Ange vient la briser ; par son ordre vous reprenez votre habit et votre chaussure : les portes de la prison s’ouvrent d’elles-mêmes.

    Sit Patri laus ingenito,
    Sit decus Unigenito,
    Sit utriusque parili
    Majestas summa Flamini. Amen.

    Louange au Père qui n’est pas engendré ; honneur au Fils unique qui sort de lui; gloire suprême à l’Esprit égal à tous deux. Amen.

    (Traduction dom Guéranger)

  • Jeudi de la Septuagésime

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    La lecture des matines de ce jour est la première partie du chapitre 4 de la Genèse : l’histoire de Caïn et Abel, les deux premiers fils d’Adam et Eve, le premier tuant le second. Premier homicide de l’histoire, surtout premier meurtre du Juste, du Pasteur qui savait que le vrai sacrifice est le sacrifice sanglant. Sacrificateur et sacrifié, Abel est la première image évidente du Christ « notre Pasteur-victime » comme dit saint Ephrem. Et « le sang d’Abel le Juste », dont parle le Christ lui-même, annonce le sang de la Nouvelle Alliance, comme le souligne l’épître aux Hébreux. C’est pourquoi c’est avec Abel que commence l’Eglise de la terre.

    Il y a un seul répons sur Caïn et Abel, le dernier des matines du dimanche de la Septuagésime, que l’on ne trouve donc pas aujourd’hui mais le mercredi et le samedi :

    ℟. Ubi est Abel frater tuus? dixit Dóminus ad Cain. Néscio, Dómine, numquid custos fratris mei sum ego? Et dixit ad eum: Quid fecísti?
    * Ecce vox sánguinis fratris tui Abel clamat ad me de terra.
    . Maledíctus eris super terram, quæ apéruit os suum, et suscépit sánguinem fratris tui de manu tua.
    ℟. Ecce vox sánguinis fratris tui Abel clamat ad me de terra.
    Glória…
    ℟. Ecce vox sánguinis fratris tui Abel clamat ad me de terra.

    Où est Abel ton frère ? dit le Seigneur à Caïn. Je ne sais pas, Seigneur, est-ce que je suis le gardien de mon frère, moi ? Et il lui dit : Qu’as-tu fait ? Voici que la voix du sang de ton frère Abel crie de la terre jusqu’à moi. Tu seras maudit sur la terre, qui a ouvert la bouche et reçu de ta main le sang de ton frère.