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Ecriture sainte

  • Gommage

    L’épître de la messe d’hier donne trois exemples de la façon dont la soi-disant « Bible de la liturgie » amoindrit, affaiblit, amollit le texte authentique.

    Saint Paul emploie des expressions fortes et qui doivent être conservées, faute de quoi on trahit sa pensée (et surtout le texte sacré).

    Il dit :

    rediméntes tempus

    Et non :

    Tirez parti du temps présent

    Nous devons nous comporter de façon à « racheter le temps ». Or celui qui « rachète », c’est le Christ, sur la Croix. Nous devons donc nous conduire de façon à être des « coopérateurs de Dieu », des « corédempteurs ». C’est tout autre chose que de « tirer parti » du temps présent, d’autant que « tirer parti » laisse entendre que c’est pour mon petit profit personnel.

    Il dit :

    nolíte inebriári vino, in quo est luxúria

    Et non :

    Ne vous enivrez pas de vin, car il porte à l’inconduite

    Saint Paul est précis. Il parle de luxure, parce qu’il sait que l’ivresse porte particulièrement à la luxure, et non à une vague « inconduite ». Et bien sûr il y a une grande différence entre le péché de luxure et une vague « inconduite ». Mais précisément dans la néo-Eglise ne faut plus parler de péché.

    Il dit :

    Subjecti ínvicem in timóre Christi

    Et non :

    Par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres

    Saint Paul nous demande d’être soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ. Le mot crainte dans la vraie Bible recouvre tous les aspects de la piété, depuis la crainte servile (la peur du châtiment) jusqu’à l’amour parfait « qui chasse la crainte », mais seulement la crainte servile. Car la crainte de Dieu c’est aussi le fait de se conduire en « rachetant le temps », et c’est se prosterner devant Dieu dans la prière, c’est l’adoration, et donc la contemplation. Si l’on s’en tient au « respect », et au respect « pour » le Christ, on se met au niveau du respect que l’on doit avoir pour tout homme, ou à la rigueur pour un patron. Et il n’y a plus rien de religieux dans le propos. Ce n’est évidemment pas ce que dit saint Paul. C’est dans la crainte du Christ que nous devons nous soumettre les uns aux autres. Dans la vertu de religion portée à son sommet. Aucun autre motif ne peut nous y porter.

    La « Bible de la liturgie » n'est pas la Bible de la liturgie latine.

  • L’étincelle et la patience

    La messe de ce jour est du commun des martyrs. L’épitre est le passage du livre de la Sagesse sur les martyrs qui ont paru mourir dans les souffrances mais qui sont aujourd’hui dans la paix et qui brilleront aux yeux des hommes au temps du jugement :

    Fulgébunt justi, et tamquam scintíllæ in arundinéto discúrrent.

    Les justes brilleront, et comme des étincelles dans les roseaux courront de tout côté.

    Voici la traduction selon la « Bible de la liturgie », que François a imposé même à ceux qui veulent garder la liturgie traditionnelle (et qui ne la gardent donc plus de ce point de vue) :

    Au temps de sa visite, ils resplendiront : comme l’étincelle qui court sur la paille, ils avancent.

    Comme d’habitude, c’est une traduction du grec, et non du texte de la liturgie latine. Une traduction qui pourrait être celle d’un logiciel de traduction automatique de grec ancien classique, alors que le grec biblique n’est pas du grec ancien classique. Et l’on impose un texte absurde, aussi absurde que la vieille plaisanterie : « la vodka est bonne mais la viande est avariée » traduisant « Spiritus quidem promptus est, caro autem infirma ».

    Personne n’a jamais vu une étincelle qui court sur la paille. Une étincelle enflamme la paille, elle n’a pas le temps de courir. En outre, le mot calami, qui a donné chaume en français, veut dire d’abord « chaume ». Mais on n’a jamais vu d’étincelle courir à travers le chaume.

    Certes, c’est le mot grec masculin calamos qui veut dire roseau, et non le féminin calami. Mais il n’est pas rare de voir l’un pris pour l’autre, et déjà en grec ancien classique (Bailly donne l’exemple de Xénophon). Le traducteur latin a compris que le sens imposait les roseaux. Car le texte nous donne cette belle image poétique qui a toujours illuminé la liturgie des martyrs (elle se trouve aussi, deux fois, dans l’office) : les âmes des justes, devenues pure lumière, scintilleront comme des feux follets qui parcourent vivement les roseaux des marais de ci de là en toute liberté.

    Quelle tristesse d’avoir détruit cette image.

    *

    L’évangile est le passage de saint Luc qui se termine ainsi :

    In patientia vestra possidebitis animas vestras.

    C’est dans (par) votre patience que vous posséderez vos âmes.

    La « Bible de la liturgie » impose :

    C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie.

    On pourrait penser que c’est encore une traduction automatique du grec, mais non. Car si on peut interpréter psychas par vies ou par âmes, le verbe ktaomai veut dire acquérir (des biens) et surtout posséder, au sens le plus littéral d’être propriétaire. Le Christ ne nous donne pas une recette pour garder la vie dans les persécutions, mais pour posséder nos âmes, pour obtenir la maîtrise de notre âme : c’est en exerçant assidument la vertu de patience qu’on peut devenir maître de son âme, pacifier son âme. Patience qui vient de Dieu, comme le souligne saint Augustin (sermon 335 des martyrs) en citant le psaume 61 : ab ipso patientia mea : c’est de Lui que provient ma patience. Jésus dit : Dans votre patience que je vous donnerai, vous posséderez vos âmes.

    C’est ainsi que le texte a toujours été compris, comme en témoigne même sur le plan profane le Trésor de la langue française de Jean Nicot (1606) : « Posséder son âme en paix, expression tirée de l'Écriture : elle est du style simple, comme du style soutenu. Posséder son âme ne se dit que dans la traduction de ce passage : In patientiâ vestrâ possidebitis animas vestras. »

  • La Vulgate de Tournai

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    Cette Bible est le résultat d’un travail mené par un père de famille américain depuis… 2008.

    C’est ni plus ni moins que la résurrection de la Vulgate de référence publiée en 1901 par Desclée et Lefebvre à Tournai. Outre le texte biblique, on y trouve les préfaces de saint Jérôme (toutes regroupées en tête du volume comme c’était le cas dans la Vulgate clémentine), et plusieurs index, dont un index biblique et un index des citations de l’Ancien Testament dans le Nouveau.

    Le fac-similé est parfait, et le travail d’édition remarquable.

    Le prix est correct : 60$. Malheureusement il faut ajouter des frais de port importants, qui font monter la note à 100€. Et à l’arrivée le facteur vous fait savoir que vous devez vous acquitter de 27€ de frais de douane… Autrement dit les frais sont plus chers que le livre…

    Mais c’est une belle Vulgate, même si les caractères sont très petits pour le lecteur d’aujourd’hui. (Et pour le lecteur d'aujourd'hui peut-être convient-il de préciser que c'est le texte latin seul.)

  • Se convertit ?

    La Bible de la falsification liturgique, que François oblige à suivre même dans la liturgie traditionnelle, dit aujourd’hui :

    C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion.

    Et :

    Il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit.

    La Bible latine, qui est celle de la liturgie traditionnelle, dit :

    ita gaudium erit in cælo super uno peccatore pœnitentiam agente, quam super nonaginta novem justis, qui non indigent pœnitentia.

    Et :

    gaudium erit coram angelis Dei super uno peccatore pœnitentiam agente.

    Le mot grec traduit par le latin pœnitentia est μετάνοια. Ce mot veut dire repentir, et c’est pourquoi il a été traduit par pœnitentia qui veut dire : repentir.

    Μετάνοια, métanoïa, est un mot de la Bible grecque qui veut toujours dire repentir, et par extension le fruit du repentir qui est la pénitence, et c’est pourquoi le mot latin pænitentia qui le traduit a fini par vouloir dire pénitence.

    Cela est absolument incontestable. C’est ce que l’on voit chez Philon d’Alexandrie, chez tous les pères grecs pour μετάνοια et chez tous les pères latins pour pænitentia.

    C’est pourquoi il est illégitime de le traduire par « conversion » (il y a un autre mot grec et un autre mot latin pour le dire).

    On ne comprend que trop bien, hélas, la raison de la falsification. Le mot « conversion » n’a pas la charge morale de « repentir ». L’homme moderne peut éventuellement effectuer une « conversion », comme une reconversion professionnelle, cela n’implique pas qu’il se repente de son péché et qu’il fasse pénitence pour son péché. Car le mot même de pénitence a été effacé, comme le jeûne dans les oraisons et la miséricorde dans les psaumes. C’est véritablement une autre religion qu’on enseigne aux derniers fidèles survivants. Mais c’est insupportable qu’on l’impose même à ceux qui croient garder encore la liturgie traditionnelle, et la foi des pères.

  • L’évangile de la Fête Dieu

    C’est aujourd’hui la solennité de la Fête Dieu pour ceux qui n’ont pas pu la célébrer jeudi. Selon le diktat de François, l’évangile doit être lu selon la traduction officielle de l’épiscopat, comme à toutes les messes. Comme je ne le vois dit nulle part, je répète que ce diktat pontifical est illégitime. La messe selon le missel de 1962 est une messe latine, elle a un évangile en latin. S’il faut absolument traduire cet évangile, on doit le traduire du texte latin. Sinon ce n’est pas l’évangile de la messe latine, et l’on ne suit pas le missel de 1962.

    Ce n’est pas un détail. Car les « lectures » de la messe imposées par François sont des « traductions » de ce qu’on appelle frauduleusement les « textes originaux » (hébreu et grec) et elles s’éloignent souvent du texte latin qui devrait être la référence.

    Deux exemples dans l’évangile de ce jour.

    La « traduction » officielle dit :

    « Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. »

    Le texte latin dit mot à mot :

    « Ma chair vraiment est nourriture, et mon sang vraiment est boisson. »

    La « traduction » officielle n’est même pas une traduction du texte grec critique censé être le « texte original ». Car dans ce texte il n’y a pas d’articles définis. Il dit :

    « Ma chair est une vraie nourriture, et mon sang est une vraie boisson. »

    Aucun manuscrit n’a l’article défini. Parce que Jésus ne l’a pas employé. Parce que le Créateur sait bien que le pain profane, lui aussi, lui d’abord, est une vraie nourriture.

    Il se trouve que le texte latin traditionnel est aussi ce que dit le texte grec de toute la tradition byzantine et le texte syriaque de toute la tradition syriaque. Il y a une unanimité parfaite. Imposer le texte fabriqué par les experts des conférences épiscopales est donc une rupture de tradition, et un accroc à l’œcuménisme, au moment où c’est paraît-il une priorité.

    Le texte grec qui dit « Ma chair est une vraie nourriture, et mon sang est une vraie boisson » est celui de la majorité des manuscrits. Mais le manuscrit le plus ancien, le papyrus Bodmer P66, découvert en 1952, a exactement le même texte que le texte byzantin traditionnel qui est le texte syriaque traditionnel qui est le texte latin traditionnel. Celui qui insiste sur « vraiment ».

    Ensuite, le texte latin, grec et syriaque traditionnel dit unanimement : « Ce n’est pas comme ont mangé vos pères la manne, et ils sont morts. »

    La « traduction » officielle dit : « il (le pain qui est descendu du ciel) n’est pas comme celui que les pères ont mangé. Eux, ils sont morts. »

    On remarque ici plusieurs modifications. La plus importante, et qui en commande une autre puisqu’on supprime le complément d’objet de « ont mangé », est la suppression de la manne, et du possessif qui précède immédiatement dans le texte grec : « vos (pères) ». Ici, le papyrus 66 n’a pas non plus ces mots. Il est donc probable qu’ils ont été ajoutés. Mais si la « Bible de la liturgie » adapte souvent les textes, c’est, nous dit-on, pour le rendre immédiatement compréhensible lors de sa proclamation. Eh bien c’était précisément l’intérêt de dire « vos pères » qui ont mangé « la manne ». Car si un chrétien instruit le comprend tout de suite, ce n’est pas évident aujourd’hui pour tout le monde que « le pain » (quel pain ?) que « les pères » (quels pères ?) ont mangé était la manne. Le propos de Jésus est elliptique, même s’il se comprend par le contexte. Mais c’était judicieux de le préciser, comme l’ont fait les trois grandes traditions scripturaires et liturgiques. Et là aussi c’est une rupture de tradition, et un accroc à l’œcuménisme, que de donner un autre texte dans la liturgie, outre que c’est illégitime de l’imposer à la messe latine traditionnelle.

  • Des "jeunes filles insouciantes" ?

    Ceux qui veulent obéir à minima à François et ont accepté ou sont contraints d’avoir les lectures de la messe en français selon la soi-disant Bible de la liturgie ont intérêt à se munir de leur missel et de lire les textes en latin pendant qu’on leur débite un texte qui n’est pas une traduction du latin (alors que les « lectures » sont des proclamations de la parole de Dieu qui font partie intégrante du rituel liturgique et devraient donc être chantées en latin comme le reste). Car depuis qu’il n’y a plus de liturgie latine, les textes sont des « traductions » de ce qu’ils appellent les « textes originaux », à savoir pour l’Ancien Testament la Bible concoctée par les rabbins au Xe siècle, et pour le Nouveau Testament l’édition critique extrémiste protestante Nestlé-Aland (alors qu’il existe une édition critique catholique plus raisonnable). En outre la « traduction » s’éloigne souvent de ce texte, et les péricopes ne sont même pas toujours exactement les mêmes.

    Ces lectures ne sont donc pas celles du missel de saint Pie V et ne devraient pas être utilisées dans cette messe.

    Un exemple particulièrement pénible est l’évangile des vierges folles et des vierges sages, qui revient fréquemment dans la messe quotidienne puisque c’est l’un des deux évangiles des communs des… vierges. Comme aujourd'hui avec sainte Catherine de Sienne.

    Or donc il n’y a plus ni vierges folles ni vierges sages mais des « jeunes filles insouciantes » et des « jeunes filles prévoyantes ». Comme autrefois dans la Semaine de Suzette. Ainsi va le progrès.

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  • Mardi de la Passion

    Mais pourquoi les envoie-t-il à la fête, leur disant : « Allez, vous autres, à cette fête : pour moi, je n'y vais point encore ? » Par là, il fait voir qu'il ne le dit point pour s'excuser, ou pour leur complaire, mais pour permettre l'observance du culte judaïque. Pourquoi donc Jésus est-il allé à la fête, après avoir dit : « Je n'irai pas ? » Il n'a point dit simplement : Je n'irai pas, mais il ajoute : « maintenant », c'est-à-dire avec vous, « parce que mon temps n'est pas encore accompli ». Cependant il ne devait être crucifié qu'à la Pâque prochaine. Pourquoi donc n'y alla-t-il pas avec eux?  car s'il n'y fut pas avec eux, parce que son temps n'était pas encore venu, alors il n'y devait point aller du tout ? Mais il n'y fut point pour souffrir la mort, seulement il y fut pour les instruire.

    Pourquoi y alla-t-il secrètement, car il pouvait y aller publiquement, se présenter au milieu d'eux, et réprimer leur fureur et leur violence comme il l'a souvent fait ? C'est parce qu'il ne le voulait pas faire trop souvent. S'il y eût été publiquement, et s'il les eût encore frappés d'une sorte de paralysie, il aurait découvert sa divinité avant le temps d'une manière trop claire, et l'aurait trop fait éclater par ce nouveau miracle. Mais comme ils croyaient que la crainte le retenait et l'empêchait d'aller à la fête, il leur fait voir au contraire qu'il n'a nulle crainte ; que ce qu'il fait, c'est par prudence, et qu'il sait le temps auquel il doit souffrir : quand ce temps sera venu, il ira alors librement et volontairement à Jérusalem. Pour moi, il me semble que ces paroles : « Allez, vous autres », signifient ceci : Ne croyez pas que je veuille vous contraindre de demeurer avec moi malgré vous. Et quand il ajoute : « Mon temps n'est pas encore accompli », il veut dire qu'il faut qu'il fasse des miracles, qu'il prêche et qu'il enseigne le peuple, afin qu'un plus grand nombre croie, et que les disciples, voyant la constance et l'assurance de leur Maître, et aussi les tourments qu'il a endurés, en deviennent plus fermes dans la foi.

    Saint Jean Chrysostome, homélie 48 sur saint Jean, traduction Jeannin, 1865.

    « Vous, montez à cette fête, moi je ne monte pas encore à cette fête, parce que mon temps n’est pas encore accompli. »

    Tel est le texte évangélique que commente saint Jean Chrysostome. C’est le texte de la tradition byzantine et syriaque, mais la tradition latine a : « moi je ne monte pas à cette fête ». Une fois n’est pas coutume, la critique moderne a suivi la tradition latine… En se fondant sur les deux seules grandes onciales importantes qui n’ont pas le mot « encore » (οὔπω) : le Sinaïticus et le Codex Bezae. Si les autres manuscrits ont ce mot, ont-ils décidé, c’est parce que le texte a été corrigé : en effet, en ajoutant ce mot on supprimait la difficulté : comment Jésus peut-il dire qu’il ne va pas à la fête alors qu’il va y aller ? S’il dit : « pas encore », cela laisse entendre qu’il va y aller ensuite. Mais dans les années 1950 on a découvert deux manuscrits, les papyrus P66 et P75, qui sont sans doute les plus anciens témoins que l’on ait aujourd’hui de l’évangile de saint Jean. Or, dans ces deux manuscrits il y a « encore ».

  • Samedi des quatre temps

    Exsúlta satis, fília Sion, prǽdica, fília Jerúsalem : ecce, Rex tuus venit tibi sanctus et Salvátor.

    Exulte tout ton saoul, fille de Sion, proclame, fille de Jérusalem : voici que ton roi vient à toi, il est saint et il est le Sauveur.

    L’antienne d’offertoire de la messe de ce jour reprend un demi-verset du prophète Zacharie 9,9).

    Le verset entier dit ceci, dans la Vulgate :

    Exsulta satis, filia Sion ; jubila, filia Jerusalem : ecce rex tuus veniet tibi justus, et salvator : ipse pauper, et ascendens super asinam et super pullum filium asinæ.

    Exulte tout ton saoul, fille de Sion, jubile, fille de Jérusalem : voici que ton roi vient à toi, il est juste et il est le Sauveur. Lui il est pauvre, et monté sur une ânesse, et sur un poulain d’ânesse.

    Ce verset prophétise donc d’abord les Rameaux. Mais bien sûr il convient au temps de l’Avent puisque ce Roi pauvre, saint et sauveur qui vient aux Rameaux est d’abord celui qui est venu à Noël.

    On remarque que la Vulgate dit « jubila » alors que l’antienne dit « praedica ». Le texte de l’antienne est celui d’une version antérieure à la Vulgate, traduisant le texte grec de la Septante : κήρυσσε (kirissé), proclame. De même, la Vulgate dit « sanctus », quand l’antienne dit « justus », qui traduit le mot de la Septante δίκαιος (dikèos), juste. (Dans la deuxième partie du verset l’ancienne version latine a, conformément au grec, mansuetus, doux, et non pauper, pauvre. Et c’est ce mansuetus (πραὺς) que l’on retrouve dans l’évangile de saint Matthieu.)

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    *

    O Adonai

    O Adonái, et Dux domus Israël, qui Móysi in igne flammæ rubi apparuísti, et ei in Sina legem dedísti : veni ad rediméndum nos in bráchio exténto

    O Adonaï, et Conducteur de la maison d’Israël, qui avez apparu à Moïse dans le feu du buisson ardent, et lui avez donné la Loi sur le Sinaï : venez pour nous racheter par la puissance de votre bras.

     

  • De la Sainte Vierge le samedi

    Accéssi, inquit, ad prophetíssam, et in útero accépit et péperit fílium. Quod María prophetíssa fúerit, ad quam próxime accéssit Isaías per prænotiónem spíritus, nemo contradíxerit, qui sit memor verbórum Maríæ, quæ prophético affláta spíritu elocúta est. Quid enim ait ? Magníficat ánima mea Dóminum: et exsultávit spíritus meus in Deo, salutári meo. Quia respéxit humilitátem ancíllæ suæ: ecce enim ex hoc beátam me dicent omnes generatiónes. Quod si ánimum accommodáveris univérsis ejus verbis; non útique per dissídium negáveris eam fuísse prophetíssam, quod Dómini Spíritus in eam supervénerit, et virtus Altíssimi obumbráverit ei.

    « Je m’approchai de la prophétesse, dit-il. Elle conçut et enfanta un fils. » Que Marie soit cette prophétesse dont Isaïe s’approche par une prescience spirituelle, nul ne le niera s’il a présentes à la mémoire les paroles que Marie prononça sous une inspiration prophétique. Que dit-elle en effet ? « Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur : il s’est penché sur son humble servante, et désormais tous les âges me diront bienheureuse. » Si vous accordez votre âme à toutes ses paroles, vous ne nierez assurément point, par discorde, qu’elle ait été prophétesse, celle sur qui « l’Esprit du Seigneur est venu et que la puissance du Très-Haut a prise sous son ombre ».

    Exposé de saint Basile sur le prophète Isaïe, 8.

     

    La phrase commentée par saint Basile se trouve au début du chapitre 8 d’Isaïe :

    Et le Seigneur me dit : Prends-toi un grand livre, et écris dedans avec un stylet d’homme : Enlève promptement les dépouilles, Pille vite. Et je pris des témoins fidèles, le prêtre Urie, et Zacharie fils de Barachie ; et je m’approchai de la prophétesse, et elle conçut et enfanta un fils. Alors le Seigneur me dit : Donne-lui pour nom : Hâte-toi de saisir les dépouilles, Pille promptement ; car avant que l’enfant sache nommer son père et sa mère, la puissance de Damas et les dépouilles de Samarie seront emportées devant le roi des Assyriens.

    L’interprétation de saint Basile me rappelle que dans l’évangile de saint Matthieu Jésus dit : « depuis le sang d’Abel le juste jusqu'au sang de Zacharie fils de Barachie, que vous avez assassiné entre le sanctuaire et l'autel ». Cette mention du « fils de Barachie » a toujours mis les exégètes dans l’embarras. A priori il s’agit du prêtre Zacharie tué par le roi Joas à la fin du livre des Chroniques, donc le dernier juste assassiné dans la Bible hébraïque, faisant pendant à Abel qui avait été le premier. Mais ce Zacharie est fils de Joïada, pas de Barachie. Comme le parallèle en saint Luc ne spécifie pas « fils de Barachie », certains modernes ont pensé que c’était une erreur, d’un copiste qui voulait faire le malin en précisant de quel Zacharie il s’agissait, et qui s’est planté. Origène quant à lui faisait écho à une tradition selon laquelle il s’agissait de Zacharie le père de saint Jean Baptiste, tué – donc récemment – (d’Abel à Zacharie : du commencement du monde à maintenant) pour avoir prédit la venue du Sauveur.

    Et si Jésus avait parlé de « Zacharie fils de Barachie » pour attirer l’attention sur les mots qui suivent immédiatement dans Isaïe ? Car c’est tout le paragraphe qui prophétise le Christ. C’est lui l’auteur du Grand Livre, c’est lui aussi le stylet d’homme, c’est lui qui par sa seule Incarnation, avant de pouvoir parler, avait déjà saisi promptement les dépouilles du diable pour les apporter triomphalement devant le Roi du Ciel.

    « Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliquait, dans toutes les Ecritures, ce qui le concernait » (Luc 24,27).

    (On remarque aussi que la plupart des traducteurs ont buté sur l’expression « en stylet d’homme ». Alors que c’est bien ce que dit le texte, tant hébreu que grec ou latin, ils disent : « en caractères lisibles », ou « d’une manière intelligible ». De façon à ce qu’on ne comprenne pas…)

  • De la Sainte Vierge le samedi

    Quid dicébas, o Adam ? Múlier quam dedísti mihi, dedit mihi de ligno, et comédi. Verba malítiæ sunt hæc, quibus magis áugeas quam déleas culpam. Verúmtamen Sapiéntia vicit malítiam. Rédditur nempe fémina pro fémina, prudens pro fátua, húmilis pro supérba ; quæ pro ligno mortis gustum tibi pórrigat vitæ, et pro venenóso cibo illo amaritúdinis, dulcédinem páriat fructus ætérni. Muta ergo iníquæ excusatiónis verbum in vocem gratiárum actiónis, et dic : Dómine, múlier quam dedísti mihi, dedit mihi de ligno vitæ, et comédi ; et dulce factum est super mel ori meo, quia in ipso vivificásti me. Ecce enim ad hoc missus est Angelus ad Vírginem. O admirándam et omni honóre digníssimam Vírginem ! O féminam singuláriter venerándam, super omnes féminas admirábilem, paréntum reparatrícem, posterórum vivificatrícem !

    Adam ! Que disais-tu ? « C’est la femme que tu as mise auprès de moi qui m’a donné de l’arbre, et j’ai mangé ! » Ce sont des paroles perfides. Par elles tu augmentes la faute plus que tu ne l’effaces. Cependant la Sagesse a vaincu la perfidie. Il fut donné femme pour femme ; la prudente pour la sotte ; l’humble pour l’orgueilleuse. Au lieu du bois de la mort, qu’elle t’offre le goût de la vie, et au lieu de cet aliment empoisonné d’amertume, qu’elle engendre la douceur du fruit éternel. Transforme donc la parole de malhonnête excuse en chant d’action de grâces, et dis : Seigneur, la femme que tu as mise auprès de moi m’a donné de l’arbre de vie, et j’ai mangé, et c’est devenu doux à mon palais plus que le miel, car par lui tu m’as rendu la vie. Voilà pourquoi l’ange fut envoyé à la Vierge ! O Vierge admirable, la plus digne de tout honneur ! O femme singulièrement vénérable, merveilleuse au-delà de toutes les femmes ; pour les parents, réparatrice ; pour les enfants, vivificatrice.

    Saint Bernard, A la louange de la Vierge Mère (homélies sur Missus est), 2.

    Les textes de saint Bernard sont truffés de citations de la Sainte Ecriture. Ici, en dehors de la Genèse et de saint Luc, on remarque tout de suite « super mel ori meo », qui vient du psaume 118, que suit « vivificasti me », du psaume 70. Et aussi « prudens pro fatua », claire allusion à la parabole des vierges sages et des vierges folles. On remarque moins « Sapiéntia vicit malítiam », tout en se disant que la façon d’amener cette expression ressemble à un emprunt. Il y a un sermon de saint Bernard qui commence par cette phrase, le 14e des sermons divers, et dans le premier paragraphe de ce sermon il y a une citation explicite du premier verset du chapitre 7 du livre de la Sagesse. Le dernier verset de ce chapitre dit : « Sapientiam autem non vincit malitia. » Or la méchanceté ne vainc pas la sagesse. Et même, semble dire saint Bernard, la sagesse vainc la méchanceté. Sapiéntia vicit malítiam. Il se pourrait, et même il est vraisemblable, que saint Bernard avait bel et bien Sapiéntia vicit malítiam dans son exemplaire de la Bible. On en a au moins un exemple : une Bible de l’abbaye de Saint-Thierry près de Reims (codex s. Theoderici ad Remos), datant environ de l’an 600, et retenue pour ses variantes par Pierre Sabatier dans son édition de la Vetus Latina (1732).