05 novembre 2009

Saint Bernard et Abélard

Voici la fin, la « leçon », de la passionnante catéchèse d'hier de Benoît XVI sur la confrontation entre saint Bernard et Abélard :

Que pouvons-nous apprendre, aujourd'hui, de la confrontation, des tons souvent enflammés, entre Bernard et Abélard, et, en général, entre la théologie monastique et la théologie scolastique ? Je crois tout d'abord que cette confrontation montre l'utilité et la nécessité d'une saine discussion théologique dans l'Eglise, surtout lorsque les questions débattues n'ont pas été définies par le Magistère, qui reste, cependant, un point de référence inéluctable. Saint Bernard, mais également Abélard lui-même, en reconnurent toujours sans hésitation l'autorité. En outre, les condamnations que ce dernier subit nous rappellent que dans le domaine théologique, il doit exister un équilibre entre ce que nous pouvons appeler les principes architectoniques qui nous sont donnés par la Révélation et qui conservent donc toujours l'importance prioritaire, et les principes interprétatifs suggérés par la philosophie, c'est-à-dire par la raison, et qui ont une fonction importante mais uniquement instrumentale. Quand cet équilibre entre l'architecture et les instruments d'interprétation fait défaut, la réflexion théologique risque d'être entachée par des erreurs, et c'est alors au Magistère que revient l'exercice de ce service à la vérité nécessaire qui lui est propre. En outre, il faut mettre en évidence que, parmi les motivations qui poussèrent Bernard à « se ranger » contre Abélard et à solliciter l'intervention du Magistère, il y eut également la préoccupation de sauvegarder les croyants simples et humbles, qui doivent être défendus lorsqu'ils risquent d'être confondus ou pervertis par des opinions trop personnelles et par des argumentations théologiques anticonformistes, qui pourraient mettre leur foi en péril.

Je voudrais enfin rappeler que la confrontation théologique entre Bernard et Abélard se conclut par une pleine réconciliation entre les deux, grâce à la médiation d'un ami commun, l'abbé de Cluny, Pierre le Vénérable, dont j'ai parlé dans l'une des catéchèses précédentes. Abélard montra de l'humilité en reconnaissant ses erreurs, Bernard fit preuve d'une grande bienveillance. Chez tous les deux prévalut ce qui doit vraiment tenir à cœur lorsque naît une controverse théologique, c'est-à-dire sauvegarder la foi de l'Eglise et faire triompher la vérité dans la charité. Que ce soit aujourd'hui aussi l'attitude avec laquelle on se confronte avec l'Eglise, en ayant toujours comme objectif la recherche de la vérité.

02 novembre 2009

Prier pour eux

Extrait de l'allocution de Benoît XVi à l'Angélus d'hier:

Demain nous attend la Commémoration annuelle de tous les fidèles défunts. Je voudrais vous inviter à vivre cette occasion selon l'authentique esprit chrétien, c'est-à-dire dans la lumière qui vient du Mystère pascal. Le Christ est mort et ressuscité et il nous a ouvert le passage vers la maison du Père, le Royaume de la vie et de la paix. Celui qui suit Jésus dans cette vie est accueilli là où Il nous a précédés. Alors que nous rendons visite aux cimetières, rappelons-nous que là, dans les tombes, reposent seulement les dépouilles mortelles de nos proches dans l'attente de la résurrection finale. Leur âme comme dit l'Écriture "sont déjà dans les mains de Dieu" (Sag 3,1). Donc la manière la plus efficace de les honorer est de prier pour eux, en offrant des actes de foi d'espérance et de charité. En union dans le Sacrifice eucharistique, nous pouvons intercéder pour leur salut éternel, et expérimenter la plus profonde communion, dans l'attente de nous retrouver tous ensemble, et jouir pour toujours de l'amour qui nous a créés et rachetés.

30 octobre 2009

Liberté religieuse : exercice pratique

Extraits de l'allocution de Benoît XVI lors de la réception du nouvel ambassadeur d'Iran.

La foi dans le Dieu unique doit rapprocher tous les croyants et les inciter à travailler ensemble pour la défense et la promotion des valeurs humaines fondamentales. Parmi les droits universels, la liberté religieuse et la liberté de conscience tiennent une place fondamentale, car elles sont à la source des autres libertés. La défense d'autres droits qui naissent de la dignité des personnes et des peuples, en particulier la promotion de la protection de la vie, de la justice et de la solidarité, doivent aussi être l'objet d'une réelle collaboration. (...)

D'autre part, les catholiques sont présents en Iran depuis les premiers siècles du christianisme et ils ont toujours été partie intégrante de la vie et de la culture de la Nation. Cette communauté est réellement iranienne et son expérience séculaire de convivialité avec les croyants musulmans est d'une grande utilité pour la promotion d'une plus grande compréhension et coopération. Le Saint-Siège a confiance que les Autorités iraniennes sauront renforcer et garantir aux chrétiens la liberté de professer leur foi et assurer à la communauté catholique les conditions essentielles pour son existence, notamment la possibilité d'avoir un personnel religieux suffisant et des facilités de déplacement dans le pays pour assurer le service religieux des fidèles.

29 octobre 2009

Théologie monastique et théologie scolastique

Résumé de la catéchèse de Benoît XVI, hier.

Je voudrais évoquer aujourd'hui le remarquable essor de la théologie au XIIe siècle. Ce développement provenait des monastères et des écoles situées dans les villes, dont certaines deviendront les premières Universités. Ces deux foyers donnèrent naissance à deux manières différentes de faire de la théologie.

La théologie monastique, suscitée par le désir amoureux de Dieu, se développe dans la prière à partir d'une lecture de la Sainte Écriture où l'attention aux mots et aux textes est guidée par la recherche incessante du visage du Christ. La théologie scolastique, elle, se développe par le procédé de la quaestio, c'est-à-dire d'une question à partir de laquelle élèves et professeurs, dans un débat contradictoire, élaborent la réponse la plus synthétique possible. Le recours à la logique au service de la théologie aboutira à l'élaboration d'un langage très technique et le recueil de ces débats donnera naissance aux fameuses Sommes théologiques.

Ces deux chemins théologiques sont nécessaires et se complètent. La théologie scolastique nous rappelle qu'il existe entre la foi et la raison une amitié naturelle, mutuellement bienfaisante. La théologie monastique nous indique que la connaissance de Dieu ne grandit que si la vérité est aimée, faisant de la science théologique, une sagesse du cœur.

27 octobre 2009

Bartimée

Extrait de l'homélie de Benoît XVI lors de la messe de clôture du synode sur l'Afrique, dimanche dernier.

Le dessein de Dieu ne change pas. À travers les siècles et les bouleversements de l'histoire, Il a toujours le même objectif: le Royaume de la liberté et de la paix pour tous. Et ceci implique sa prédilection pour ceux qui sont privés de liberté et de paix, pour ceux qui sont violés dans leur dignité de personnes humaines. Nous pensons, en particulier, aux frères et aux sœurs qui, en Afrique, souffrent de la pauvreté, des maladies, des injustices, des guerres et des violences, des migrations forcées. Ces fils préférés du Père céleste sont comme l'aveugle de l'Évangile, Bartimée, qui "était assis au bord de la route" (Mc 10, 46), aux portes de Jéricho. C'est sur cette même route que passe Jésus de Nazareth. C'est la route qui conduit à Jérusalem, où se consommera la Pâques, sa Pâques sacrificielle, vers laquelle le Messie s'avance pour nous. C'est la route de son exode qui est aussi le nôtre: l'unique route qui conduit à la terre de la réconciliation, de la justice et de la paix. Sur cette route, le Seigneur rencontre Bartimée qui a perdu la vue. Leurs routes se croisent, deviennent une seule route. "Fils de David, aie pitié de moi!", crie l'aveugle avec confiance. Et Jésus lui dit: "Appelez-le", et il ajoute: "Que veux-tu que je fasse pour toi?". Dieu est lumière et créateur de la lumière. L'homme est fils de la lumière, fait pour voir la lumière, mais il a perdu la vue, et se trouve obligé de mendier. À côté de lui, passe le Seigneur qui s'est fait mendiant pour nous: assoiffé de notre foi et de notre amour. "Que veux-tu que je fasse pour toi?". Dieu le sait, mais il le demande; il veut que ce soit l'homme qui parle. Il veut que l'homme se lève, qu'il retrouve le courage de demander ce qui lui revient du fait de sa dignité. Le Père veut entendre de vive voix son fils exprimer sa libre volonté de voir à nouveau la lumière, cette lumière pour laquelle il l'a créé. "Rabbouni, que je voie". Et Jésus lui dit: "Va, ta foi t'a sauvé. Aussitôt l'homme se mit à voir, et il suivait Jésus sur la route" (Mc 10, 51-52).

22 octobre 2009

Benoît XVI et saint Bernard

Extrait de la catéchèse de Benoît XVI, hier, sur saint Bernard.

On prétend parfois résoudre les questions fondamentales sur Dieu, sur l'homme et sur le monde à travers les seules forces de la raison. Saint Bernard, au contraire, solidement ancré dans la Bible, et dans les Pères de l'Eglise, nous rappelle que sans une profonde foi en Dieu alimentée par la prière et par la contemplation, par un rapport intime avec le Seigneur, nos réflexions sur les mystères divins risquent de devenir un vain exercice intellectuel, et perdent leur crédibilité. La théologie renvoie à la « science des saints », à leur intuition des mystères du Dieu vivant, à leur sagesse, don de l'Esprit Saint, qui deviennent un point de référence de la pensée théologique. Avec Bernard de Clairvaux, nous aussi nous devons reconnaître que l'homme cherche mieux et trouve plus facilement Dieu « avec la prière qu'avec la discussion ». A la fin, la figure la plus authentique du théologien et de toute évangélisation demeure celle de l'apôtre Jean, qui a appuyé sa tête sur le cœur du Maître.

20 octobre 2009

Mgr Burke

Mgr Raymond Burke, ancien archevêque de Saint-Louis (Missouri), préfet du Tribunal suprême de la Signature apostolique, a célébré pontificalement la messe de saint Pie V, le 18 octobre, en la chapelle du Saint-Sacrement à Saint Pierre de Rome, accompagné de 70 prêtres, dont Mgr Guido Pozzo, président de la commission Ecclesia Dei. C'est un événement sans précédent qu'un chef de dicastère célèbre cette messe à Saint-Pierre de Rome.

Deux jours plus tôt, le pape avait nommé Mgr Burke membre de la Congrégation pour les évêques. Une nomination dont Daniel Hamiche souligne l'importance sur son blog Americatho.

C'est un début de réponse à mes interrogations sur le transfert de cet archevêque de son diocèse de saint Louis à ce qui pouvait paraître un placard doré au Vatican.

Rappelons qu'en mai le pape avait déjà nommé Mgr Burke membre de la congrégation pour le clergé et membre du conseil pontifical pour les textes législatifs.

19 octobre 2009

Le dimanche des missions

Début de l'allocution de Benoît XVI à l'Angélus d'hier :

Aujourd'hui, en ce troisième dimanche d'octobre, on célèbre la Journée mondiale des missions, qui constitue pour chaque communauté ecclésiale et pour chaque chrétien un rappel fort de l'engagement à annoncer l'Evangile à tous, en particulier à ceux qui ne le connaissent pas encore, et à lui rendre témoignage. Dans le Message que j'ai écrit pour cette occasion, je me suis inspiré d'une expression du Livre de l'Apocalypse, qui à son tour fait écho à une prophétie d'Isaïe : « Les Nations marcheront à sa lumière » (Ap 21, 24). La lumière dont on parle est celle de Dieu, révélée par le Messie et reflétée sur le visage de l'Eglise, représentée comme une nouvelle Jérusalem, la ville merveilleuse où resplendit en plénitude la gloire de Dieu. C'est la lumière de l'Evangile, qui oriente le chemin des peuples et les guide vers la réalisation d'une grande famille, dans la justice et dans la paix, sous la paternité de l'unique Dieu bon et miséricordieux. L'Eglise existe pour annoncer ce message d'espérance à toute l'humanité, qui à notre époque, « connaît des conquêtes admirables mais semble avoir perdu le sens des réalités ultimes et de son existence même (Jean-Paul II, Enc. Redemptoris missio, 2).

15 octobre 2009

Benoît XVI et Pierre le Vénérable

Extrait de la catéchèse de Benoît XVI, hier, sur Pierre le Vénérable.

Avec un sens ecclésial très vif, Pierre le Vénérable affirmait que les événements du peuple chrétien devaient être vécus dans « l'intimité du cœur » par ceux qui comptent au nombre des « membres du corps du Christ » (Ep. 164, l.c., p. 397). Et il ajoutait : « Qui ne sent pas les blessures du corps du Christ n'est pas nourri par l'esprit du Christ », partout où elles peuvent se produire (ibid.). Il nourrissait en outre attention et sollicitude également pour ceux qui étaient en dehors de l'Eglise, en particulier pour les juifs et les musulmans : pour favoriser la connaissance de ces derniers il fit traduire le Coran. Un historien récent observe à cet égard que : « Au milieu de l'intransigeance des hommes du Moyen-âge - même les plus grands d'entre eux - nous admirons ici un exemple sublime de la délicatesse à laquelle conduit la charité chrétienne » (J. Leclercq, Pierre le Vénérable, Jaka Book, 1991, p. 189). D'autres aspects de la vie chrétienne lui étaient chers, tels que l'amour pour l'Eucharistie et la dévotion envers la Vierge Marie. Sur le Très Saint Sacrement, il nous a laissé des pages qui constituent « un des chefs-d'œuvre de la littérature eucharistique de tous les temps » (ibid. , p. 267), et sur la Mère de Dieu il a écrit des réflexions éclairantes, en la contemplant toujours en étroite relation avec Jésus Rédempteur et avec son œuvre de salut. Il suffit de citer cette élévation inspirée qu'on lui doit : « Je te salue, Vierge bénie, qui a mis en fuite la malédiction. Je te salue Mère du Très-Haut, épouse de l'Agneau très doux. Tu as vaincu le serpent, tu lui as écrasé la tête, lorsque Dieu engendré par toi l'a anéanti... Etoile resplendissante de l'orient, qui mets en fuite les ombres de l'occident. Aurore qui précède le soleil, jour qui ignore la nuit... Prie le Dieu qui est né de toi afin qu'il dénoue notre péché et, après le pardon, nous concède la grâce et la gloire » (Carmina, PL 189, 1018-1019).

12 octobre 2009

Sainte Marie de la Croix

Extrait de l'homélie de Benoît XVI, hier.

Par son œuvre admirable au service des personnes âgées les plus démunies, Sainte Marie de la Croix est aussi comme un phare pour guider nos sociétés qui ont toujours à redécouvrir la place et l'apport unique de cette période de la vie. Née en 1792 à Cancale, en Bretagne, Jeanne Jugan a eu le souci de la dignité de ses frères et de ses sœurs en humanité, que l'âge a rendus vulnérables, reconnaissant en eux la personne même du Christ. « Regardez le pauvre avec compassion, disait-elle, et Jésus vous regardera avec bonté, à votre dernier jour ». Ce regard de compassion sur les personnes âgées, puisé dans sa profonde communion avec Dieu, Jeanne Jugan l'a porté à travers son service joyeux et désintéressé, exercé avec douceur et humilité du cœur, se voulant elle-même pauvre parmi les pauvres. Jeanne a vécu le mystère d'amour en acceptant, en paix, l'obscurité et le dépouillement jusqu'à sa mort. Son charisme est toujours d'actualité, alors que tant de personnes âgées souffrent de multiples pauvretés et de solitude, étant parfois même abandonnées de leurs familles. L'esprit d'hospitalité et d'amour fraternel, fondé sur une confiance illimitée dans la Providence, dont Jeanne Jugan trouvait la source dans les Béatitudes, a illuminé toute son existence. Cet élan évangélique se poursuit aujourd'hui à travers le monde dans la Congrégation des Petites Sœurs des Pauvres, qu'elle a fondée et qui témoigne à sa suite de la miséricorde de Dieu et de l'amour compatissant du Cœur de Jésus pour les plus petits. Que sainte Jeanne Jugan soit pour les personnes âgées une source vive d'espérance et pour les personnes qui se mettent généreusement à leur service un puissant stimulant afin de poursuivre et de développer son œuvre !

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