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Benoît XVI

  • L’orientation de Benoît XVI

    Dans un livre publié pour le 25e anniversaire de l’élection de Bartholomée patriarche œcuménique de Constantinople, il y a notamment une contribution de Benoît XVI. Voici ce que j’ai pu en trouver pour le moment ici et , dans une traduction mal assurée (en attendant mieux, et peut-être un texte français officiel)…

    Le pape émérite raconte que la première fois qu’il a vu Bartholomée, c’était dans le train en revenant de la rencontre d’Assise de 2002. « Le patriarche m’avait invité à m’asseoir avec lui pendant un certain temps dans le même compartiment et, de cette façon, de lui devenir personnellement plus proche. » Cette rencontre « le long du chemin » n’était pas accidentelle, souligne Benoît XVI. Vu les connaissances du patriarche en théologie, cultures et langues, « sa pensée est un voyage avec les autres et vers les autres, qui assurément ne se dégrade pas en un manque de direction, quand “être en chemin” conduit simplement nulle part »

    Benoît XVI souligne le souci de Bartholomée pour la sauvegarde de la création. Puis il dit :

    « Le pasteur des brebis de Jésus-Christ ne s’oriente jamais seulement vers le cercle de ses fidèles. La communauté de l’Eglise est universelle, également dans le sens que cela inclut toute la réalité. Cela est évident, par exemple, dans la liturgie, qui ne manifeste pas seulement la commémoration et l’accomplissement des actes salvifiques de Jésus-Christ. Elle chemine vers la rédemption de toute la création. En orientant la liturgie vers l’Est (l’Orient), nous voyons que les chrétiens, ensemble avec le Seigneur, ont le désir d’avancer vers le salut de la création tout entière. Le Christ, Seigneur Crucifié et Ressuscité, est en même temps aussi le “soleil” qui éclaire le monde. »

    Benoît XVI dit aussi sa joie que, après sa renonciation, « le patriarche est toujours resté proche de moi et m’a même rendu visite dans mon petit cloître. Dans de nombreux endroits de mon appartement on peut trouver des choses mémorables venant de lui. Ce ne sont pas seulement des signes attachants de notre amitié personnelle, ce sont aussi des poteaux indicateurs vers l’unité entre Constantinople et Rome, des signes d’espoir que nous nous dirigeons vers l’unité ».

    Addendum. On lira la traduction du texte complet chez Benoît et moi.

  • Des précisions sur l'éviction de Gotti Tedeschi

    Le 12 septembre je faisais écho à cette hallucinante affirmation que Peter Seewald met dans la bouche de Benoît XVI, que c’était la décision de celui-ci de virer Ettore Gotti Tedeschi de la direction de la banque du Vatican pour mettre à sa place Ernst von Freyberg, ce qui ne correspond pas aux faits connus.

    Riccardo Cascioli revient sur l’affaire, en citant d’abord Mgr Gänswein, le témoin clef. Il ajoute :

    Comme on le voit, la reconstruction de Gänswein est bien différente de celle fournie aujourd'hui par le Pape émérite: Benoît XVI a été cueilli par surprise, il n'approuva pas, mais plutôt que d'intervenir directement, délégitimant ceux qui avaient la compétence dans l'affaire, il chercha ensuite d'une certaine façon à "rattraper" Gotti Tedeschi. En réalité, explications et promesses de réhabilitation se sont discrètement succédé dans les mois suivants, jusqu'au début de 2013, quand Gotti Tedeschi est convoqué par le Cardinal Bertone pour une communication importante.

    La rencontre a effectivement lieu le 7 février 2013, à la résidence privée d'un autre cardinal, où Bertone dit à Gotti Tedeschi la décision du pape de sa réhabilitation immédiate. Question de quelques jours, et il serait appelé à Rome pour l'annonce officielle.

    Mais à la place, le 11 février, tombe à l'improviste l'annonce de la démission du pape et tout explose. En revanche, le processus pour changer la direction de l'IOR s'accélère: après neuf mois d'impasse, après l'annonce du pape Ratzinger, ceux qui, dans la Commission des cardinaux s'opposaient à la ratification de la défiance à Gotti Tedeschi sont remplacés (le cardinal Nicora a été remplacé par Mgr Calcagno), et le nouveau président de l'IOR, le baron von Freyberg, est nommé. Un timing qui suscite pas mal de polémiques (pourquoi ne pas attendre le nouveau pape qui aurait eu de toute façon le pouvoir de tout changer?) Et de nombreux soupçons sur les manœuvres du cardinal Bertone.

    Une fois encore, on voit que la démission « providentielle » de Benoît XVI permet de dénouer un problème, et comme par hasard à la banque du Vatican.

  • Opération Seewald

    Je n’avais pas l’intention de lire le livre d’entretiens de Benoît XVI avec Peter Seewald, et ce que j’en lis me conforte dans ma décision tout en me glaçant d’effroi.

    Ma décision venait d’un fait tout simple. Voyant à plusieurs reprises, au cours du pontificat de Benoît XVI, des références à un livre d’entretiens entre le cardinal Ratzinger et Peter Seewald intitulé Le sel de la terre, j’avais fini par me dire que je devrais me procurer ce livre. Et puis un jour j’ai découvert que j’avais ce livre, et même que je l’avais lu. Et je n’en avais aucun souvenir… Donc c’était un livre inutile, de la faute de Seewald, et le nouveau livre d’entretiens ne serait pas meilleur.

    En outre je m’étonnais d’apprendre que Benoît XVI parlait de son successeur, et je n’avais aucune envie d'apprécier la pieuse langue de bois que devrait forcément manier Benoît XVI parlant de François. Mais forcément je l’ai quand même vu, puisqu’on se délecte de le reproduire partout, et aussi on a en prime un nouvel épisode de langue de bois sur la renonciation. Aussi crédible que celui de la soutane blanche qu’il a gardée parce qu’il n’avait rien d’autre à mettre… Cette fois on est censé gober qu’il a renoncé parce que le pape devait aller à Rio et que lui ne pouvait pas y aller à cause des fuseaux horaires qui le fatigueraient trop…

    Mais il y a pire que cela. Pire que ce qui n’était hélas que trop prévisible.

    D’une part ceci :

    « C'est moi qui ai écrit le texte de la renonciation. (...) Je l'ai écrit en latin. Un texte aussi important devait être écrit en latin. En outre, c'est une langue que je connais suffisamment bien pour l'écrire d'une manière digne du sujet. Naturellement, j'aurais tout aussi bien pu l'écrire en italien, mais je risquais de faire des fautes. »

    Or on se souvient qu’il y avait dans ce texte une énorme faute de grammaire. Une faute dans la phrase cruciale, qui était de ce fait incompréhensible :

    declaro me ministerio Episcopi Romae, Successoris Sancti Petri, mihi per manus Cardinalium die 19 aprilis MMV commissum renuntiare

    Or Benoît XVI a réellement prononcé cette phrase ainsi, et elle n’a été corrigée que tardivement sur le site du Vatican : « commisso » à la place de « commissum », ce qui permet de traduire :

    je déclare renoncer au ministère d’Évêque de Rome, Successeur de saint Pierre, qui m’a été confié par les mains des cardinaux le 19 avril 2005

    La seule certitude que l’on puisse avoir dans cette histoire, c’est que Joseph Ratzinger a plusieurs fois prouvé qu’il avait une parfaite maîtrise de la langue latine… La façon de souligner qu’en italien (langue qu’il maîtrise tout aussi bien) il « risquait de faire des fautes » (alors qu’il en a fait une en latin et que tout le monde le sait) est aussi insolite - voire davantage - que le coup de la soutane blanche.

    D’autre part il y a cette hallucinante affirmation que Peter Seewald met dans la bouche de Benoît XVI, que c’était la décision de celui-ci de virer Ettore Gotti Tedeschi de la direction de la banque du Vatican pour mettre à sa place Ernst von Freyberg. Or l’état de la question est que Gotti Tedeschi fut viré sans même que Benoît XVI fût au courant et qu’il n’eut pas d’autre choix que d’entériner une décision prise par d’autres. C’est ce que racontait alors avec force détails (et le témoignage d’un Mgr Gänswein tourneboulé) Andrea Tornielli qui affirme aujourd’hui exactement le contraire en rendant compte du livre de Peter Seewald…

    Voir ici et .

  • Benoît XVI

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    Pour le 65e anniversaire de l’ordination sacerdotale de Benoît XVI, une réception a été organisée au Vatican. Le pape émérite a prononcé une brève allocution, qui n’était a priori qu’un simple remerciement, mais dont il a fait, naturellement, une grande et profonde leçon spirituelle. On en trouvera la vidéo, le texte italien, et la traduction française, chez Benoît et moi. Extrait :

    Il y a 65 ans, un confrère ordonné avec moi a décidé d'écrire sur l'image souvenir de sa première Messe, en plus de son nom et de la date, un mot en grec: "Eucharistoumen", convaincu qu'avec ce mot, dans ses multiples dimensions, est déjà dit tout ce que l'on peut dire à ce moment.

    "Eucharistoumen" dit un merci humain, merci à tous.

    Alors Benoît XVI remercie François, le cardinal Sodano et le cardinal Müller. Il poursuit :

    "Eucharistoumen": à ce moment-là l'ami Berger a voulu faire allusion non seulement à la dimension du merci humain, mais naturellement à la parole plus profonde qui se cache, qui apparaît dans la Liturgie, dans l'Écriture, dans les mots « gratias agens benedixit, fregit deditque ».

    "Eucharistoumen" nous renvoie à cette réalité de l'action de grâce, à cette nouvelle dimension que le Christ a donnée. Il a transformé en action de grâce, et ainsi en bénédiction, la croix, la souffrance, tout le mal du monde. Et ainsi fondamentalement, il a transsubstantié la vie et le monde et nous a donné et nous donne chaque jour le pain de la vraie vie, qui dépasse le monde grâce à la force de son amour.

    Enfin, nous voulons nous insérer dans ce "merci" du Seigneur, et ainsi recevoir réellement la nouveauté de la vie et aider à la transsubstantiation du monde: que ce soit un monde non de mort, mais de vie; un monde dans lequel l'amour a vaincu la mort.

  • La renonciation de Benoît XVI et l’empire américain

    Brillantissime analyse d’Antonio Socci sur la renonciation de Benoît XVI et l’empire américain dirigeant l’Europe via l’Allemagne. On n’est pas obligé d’être d’accord avec tout, mais dans les grandes lignes c’est vraiment lumineux. A lire absolument. Ici pour les italophones. En traduction française chez Benoît et moi pour les autres.

  • A propos de l’interview de Benoît XVI

    On parle beaucoup d’une « interview de Benoît XVI dans l’Avvenire », dans laquelle le pape émérite « soutient François » et se déclare « entièrement d’accord avec lui ».

    Cette façon de présenter les choses est un bel exemple de fabrication médiatique. Que les franciscolâtres répètent cela en boucle n’en fait pas une vérité.

    D’abord il ne s’agit pas d’une interview au sens où on l’entend habituellement, mais d’un entretien, non pas avec un journaliste mais avec un théologien, non pas pour un journal mais pour un colloque théologique qui a eu lieu en octobre 2015. Un entretien écrit, qui paraît aujourd’hui dans les actes du colloque, publiés en Italie. Enfin l’auteur est très clairement le théologien Joseph Ratzinger, et non le pape Benoît XVI – qui ne s’exprimerait assurément pas ainsi s’il s’adressait à des fidèles.

    Le texte (traduction intégrale chez Benoît et moi, évidemment) est d’abord une nouvelle réflexion sur la foi, le baptême et l’Eglise, un thème que n’a cessé de méditer le théologien Ratzinger. Cela se poursuit par une réflexion sur la possibilité de la foi dans un monde qui a perdu le sens de la justification (c’est le cœur du thème du colloque). Sur ce sujet, Ratzinger constate que l’idée de la miséricorde de Dieu peut être d’un grand secours. L’insistance sur la miséricorde est un signe des temps, dit-il, depuis sainte Faustine, « dont les visions, à bien des égards, reflètent profondément l'image de Dieu propre à l'homme d'aujourd'hui et son désir de la bonté divine » - sainte Faustine qui eut une grande influence sur Jean-Paul II.

    Vient alors la phrase partout répétée comme si elle était l’essentiel alors qu’elle n’est qu’une incidente (même l’Osservatore romano le fait remarquer) :

    Seulement là où est la miséricorde finit la cruauté, finissent le mal et la violence. Le Pape François est totalement en accord avec cette ligne. Sa pratique pastorale s'exprime justement dans le fait qu'il nous parle continuellement de la miséricorde de Dieu.

    Ce que l’on voit, c’est que Joseph Ratzinger a d’abord défini le sens de la miséricorde pour l’évangélisation aujourd’hui, et qu’il continue ensuite sa réflexion sur ce thème, une réflexion tout entière orientée sur la nécessité de l’évangélisation et de la foi qu’il faut faire naître – à chacun de voir si cela correspond vraiment toujours à ce que dit François… Il me semble qu’il s’agit plutôt d’un recadrage.

    Il est difficile de résumer ensuite ce que dit Joseph Ratzinger. Au-delà de sa réfutation des théologies hétérodoxes de notre époque sur la question du salut, je retiens son recours au thème iconographique, que je ne connaissais pas, de ce qu’on appelle en allemand « die Not Gottes », littéralement « la détresse de Dieu » - en fait sa com-Passion, parfois appelé en français « la Pitié de Notre Seigneur » ou « le Trône de grâce ». Mais la Pitié de Notre Seigneur montre aussi la Sainte Vierge, et le Trône de grâce est une Pietà où la Sainte Vierge est remplacée par Dieu le Père, tandis que dans « die Not Gottes » Dieu le Père est debout et affecté d’une très visible compassion.

    Enfin, la dernière phrase, sur le sacrement de pénitence, est vraiment très belle : « Il signifie que nous nous laissons toujours façonner et transformer par le Christ et que nous passons constamment du côté de ceux qui détruisent à celui qui sauve. »

    Dans tout cet entretien on sent la présence de saint Bonaventure, bien qu’il ne soit pas cité. Ce qui en ressort aussi est que le pape émérite n’a rien perdu de sa carrure intellectuelle… qui manque cruellement à la tête de l’Eglise.

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    Fresque de l’église paroissiale de Tainach (en slovène Tinje), en Carinthie, montrant côte à côte la Nativité et « die Not Gottes » (et un saint évêque).

  • Concerts privés

    Extrait du témoignage d’un ancien garde suisse sur Benoît XVI :

    Alors que certains le décrivent comme un homme austère, j’ai pour ma part le souvenir d’un être charismatique et chaleureux, et par ailleurs excellent musicien. Pendant la saison estivale, il se rendait dans sa résidence d’été à Castel Gandolfo où j’ai eu l’occasion d’être sentinelle. Chaque soir avant de s’endormir, le pape jouait du piano avec les fenêtres ouvertes. Le temps s’arrêtait alors pour mes camarades et moi. Nous nous asseyions sur un banc pour écouter ce récital exécuté par le Saint-Père en personne.

    Ça fait rêver...

  • Emouvant

    Trouvé ici, sans explications (via le FC), daté du 21 février :

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    (Ce sont des évêques ukrainiens, qui étaient en visite ad limina.)

  • Un message de Benoît XVI

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    Les organisateurs du pèlerinage de Populus Summorum Pontificum avaient invité Benoît XVI à la messe célébrée ce midi par le cardinal Burke à l'autel de la chaire de saint Pierre à la basilique Saint-Pierre de Rome. La réponse de Benoît XVI a été rendue publique avant la messe du… « grand cardinal » :

    « Je suis très heureux que l’usus antiquus vive maintenant dans la pleine paix de l’Eglise, aussi chez les jeunes, soutenue et célébrée par de grands cardinaux. Spirituellement je serai avec vous. Mon état de “moine cloîtré” ne me permet pas d'être présent à l’extérieur. Je ne sors de ma clôture que dans des cas particuliers, invité personnellement par le Pape. »

    N.B. On lira avec intérêt l'allocution de Benoît XVI à l'université pontificale urbanienne, sur le dialogue et la mission, traduite par Benoît et moi, qui est la première intervention importante du pape émérite.

  • « L'énigme des deux papes »

     

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    Sandro Magister revient sur cette nouveauté du « pape émérite » vivant au Vatican, en habit de pape, avec le titre et son nom et ses armoiries de pape, côte à côte avec le pape régulièrement élu et régnant. La chose a déjà fait couler beaucoup d’encre. Sandro Magister rappelle l’état de la question, et ajoute un nouvel élément de réflexion : un texte de Roberto De Mattei, titré : « Il y a un pape et un seul ».

    D’abord on peut se demander si Roberto De Mattei est devenu aveugle, ou si vraiment il nie l’évidence. Car l’évidence, visible, est qu’il y a deux papes, qui ont été élus papes tous les deux, qui se disent papes tous les deux, qui portent tous les deux l’habit de pape, qui ont tous deux un nom de pape. Un pape qui a la charge du gouvernement de l’Eglise, et un pape, un  grand théologien, qui s’est donné à lui-même le titre de « pape émérite » et un ministère de prière.

    En fait, Roberto De Mattei fait partie de ces catholiques qui n’ont jamais accepté le concile Vatican II, et il trouve ici l’occasion de taper une fois de plus sur ceux qui auraient changé l’ecclésiologie qu’il croit traditionnelle, nommément « Congar, Ratzinger, de Lubac, Balthasar, Rahner, Schillebeeckx… ». Sic. De Mattei ose mettre dans le même sac l’un des plus grands théologiens de notre époque – Ratzinger - et l’un des idéologues les plus hétérodoxes – Schillebeeckx.

    De Mattei n’a jamais accepté la première phrase de Lumen gentium. Resté bloqué dans l’impasse d’une ecclésiologie post-thomiste bétonnée et post-tridentine racornie qui voit l’Eglise comme une société gouvernée par un conseil d’administration de cardinaux qui se choisissent un PDG qui devient alors de droit divin, il lui refuse toute réalité sacramentelle en tant qu’Eglise, il ose dire que ces théologiens « ont voulu réduire la mission de l’Église à une fonction sacramentelle », comme si la fonction sacramentelle, qui est agir divin, pouvait être une « réduction ».

    Dès lors, le pape ayant une fonction juridiquement définie, et seulement cette fonction-là, s’il renonce à sa charge il n’est plus pape. Donc Ratzinger, une fois encore, a tort, et l’ironie de l’histoire est que c’est le pape qui nous bassinait avec son « herméneutique de la réforme dans la continuité » qui a opéré une « coupure révolutionnaire » en continuant à se dire « pape »…

    Il ne vient pas une seconde à l’esprit de Roberto De Mattei que le mot même de « pape » n’est en rien juridique. Le pape, c’est « Papa », c’est un terme d’affection, et bien sûr il ne se trouve pas dans le Code de droit canonique. Le mot de « pape » ne renvoie pas à des textes juridiques mais à la famille, la famille des enfants de Dieu réunis dans une communion eucharistique, dans l’amour qui nous est donné par le Saint-Esprit. Le père de famille qui se retire dans un monastère après avoir élevé ses enfants reste leur papa. Alors, on dira qu’on n’a pas deux papas. Eh bien François a parlé de Benoît XVI comme du grand-père. Ce qui va très bien à tout le monde, car il est permis d’avoir plus de tendresse pour son grand-père que pour son père…

  • Ils doivent des excuses à Benoît XVI

    Je découvre, par le blog Rorate Caeli, un remarquable billet de Camillo Langone paru dans Il Foglio le 12 août, tiré d’une chronique quotidienne intitulée « Prière ». Ici la « prière » est adressée à « saint » Manuel II Paléologue. Vérifications faites, cet empereur n’a pas été (non plus) canonisé par les orthodoxes, bien qu’il mourût moine et que ses écrits figurent à juste titre dans la patrologie grecque. Mais peu importe. Quiconque connaît la conférence de Benoît XVI à Ratisbonne verra à quel point le billet est imprégné de l’enseignement de cette conférence (pas seulement la citation de Manuel Paléologue). C’en est même quasiment un bref résumé sous forme polémique.

    *

    Saint Manuel Paléologue, ils doivent vous présenter des excuses. Ils doivent aussi présenter des excuses à Benoît qu’ils ont attaqué après qu’il eut cité à Ratisbonne : « Montre-moi ce que Mahomet a apporté de nouveau et tu ne trouveras que des choses mauvaises et inhumaines, comme son ordre de diffuser par le moyen de l’épée la foi qu'il prêchait. » Aujourd’hui que dans l’ex-Irak l’actualité fait de nouveau l’histoire, et montre à quiconque a des yeux pour voir ce qu’est le Coran traduit en actes, ils doivent présenter des excuses. Mais ils ne le feront pas : parce qu’ils ne croient pas aux textes sacrés. Ce sont des Européens, et un Européen ne croit pas en l’Evangile, même s’il est catholique. Même s’il est prêtre (le dimanche, à la messe, les seuls mots de la foi sont ceux qui sont écrits dans le missel, pendant que ceux qui sont conçus par le prêtre – le prêche, les monitions, les divers bavardages, sont de tristes manifestations d’incroyance). Pour un Européen, croire que quelqu’un croit en sa propre religion est impossible. Quant aux Italiens : dans leur dictionnaire, au mot “Religion” il est écrit : “une chose bonne et humaine”, donc ils ne présenteront jamais d’excuses, ni à toi ni à Benoît. Qui n’est plus capable de croire en Dieu n’est même plus capable de croire en la réalité : ils ne savent pas reconnaître une épée, même quand elle leur entre dans le cou.

  • Un scoop de Benoît XVI

    Un livre vient de paraître en Italie sur Jean-Paul II, avec divers témoignages dont un de Benoît XVI. Le pape émérite évoque divers aspects, et revient sur le document Dominus Jesus de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Ce texte avait provoqué une énorme polémique au-dedans et au-dehors de l’Eglise (et le cardinal Kasper n’avait pas été le dernier à se répandre…). Pour minimiser la portée du document, certains tentaient de faire valoir qu’il n’avait pas été vraiment validé par Jean-Paul II. C’est oublier que Jean-Paul II l’avait ouvertement revendiqué lors d’un Angélus, et Benoît XVI révèle aujourd’hui que le pape lui avait demandé de rédiger le texte même de cet angélus.

    Voici ce que dit Benoît XVI, dans la traduction de Sandro Magister :

    Parmi les documents qui concernent différents aspects de l'œcuménisme, celui qui a suscité les plus fortes réactions a été la déclaration "Dominus Jesus", publiée en 2000, qui résume les éléments non négociables de la foi catholique. […]

    Face au tourbillon qui s’était développé autour de "Dominus Jesus", Jean-Paul II m’annonça qu’il avait l’intention de défendre ce document de manière tout à fait claire lors de l’Angélus.

    Il m’invita à rédiger pour l'Angélus un texte qui soit, pour ainsi dire, étanche et qui ne permette aucune interprétation différente. Il fallait montrer de manière tout à fait indiscutable qu’il approuvait inconditionnellement le document.

    Je préparai donc un bref discours. Toutefois je n’avais pas l’intention d’être trop brusque ; je cherchai donc à m’exprimer avec clarté mais sans dureté. Après l’avoir lu, le pape me demanda encore une fois : "Est-ce que c’est vraiment assez clair ?". Je lui répondis que oui.

    Ceux qui connaissent les théologiens ne seront pas étonnés d’apprendre que, malgré cela, il y a eu par la suite des gens qui ont soutenu que le pape avait pris prudemment ses distances par rapport à ce texte.

    C’était l’angélus du 1er octobre 2000. Le texte du cardinal Ratzinger que Jean-Paul II faisait sien commençait ainsi :

    Au sommet de l'Année jubilaire, avec la Déclaration Dominus Iesus - Jésus est le Seigneur - que j'ai approuvée de façon particulière, j'ai voulu inviter tous les chrétiens à renouveler leur adhésion à Lui dans la joie de la foi, en témoignant de façon unanime qu'il est, également aujourd'hui et demain, "le chemin, la vérité et la vie" (Jn 14, 6). Notre confession du Christ comme unique Fils, à travers lequel nous voyons nous-mêmes le visage du Père (cf. Jn 14, 8), n'est pas l'arrogance de celui qui méprise les autres religions, mais une reconnaissance joyeuse car le Christ s'est montré à nous sans que nous n'en ayons aucun mérite. Et, dans le même temps, Il nous a engagés à continuer à donner ce que nous avons reçu, et également à communiquer aux autres ce qui nous a été donné, car la Vérité donnée et l'Amour qui est Dieu appartiennent à tous les hommes.

    Et il se terminait ainsi :

    J'ai espoir que cette Déclaration qui me tient à cœur, après tant d'interprétations erronées, puisse finalement jouer son rôle de clarification et, dans le même temps, d'ouverture. Que Marie, à qui le Seigneur sur la Croix nous a confiés en tant que Mère à tous, nous aide à croître ensemble dans la foi en Christ, Rédempteur de tous les hommes, dans l'espérance du salut, offert par le Christ à tous, et dans l'amour, qui est le signe des fils de Dieu.

  • La "lettre de Benoît XVI" à Andrea Tornielli

    « Ratzinger », que François appelle « Sa Sainteté le Pape Benoît XVI », et qui lui-même signe « Benoît XVI », a écrit au grand pontife vaticaniste Andrea Tornielli. C’est ce Tornielli qui dit que « Ratzinger » lui a écrit.

    Or donc « Ratzinger » lui a écrit, dit-il, pour dénoncer les rumeurs sur sa renonciation (comme pape, pas comme Ratzinger) :

    « Il n’y a pas le moindre doute sur la validité de ma renonciation au ministère pétrinien. L’unique condition de la validité est la pleine liberté de la décision. Les spéculations sur l’invalidité de la renonciation sont simplement absurdes. »

    Le problème est que tous les indices sont contraires à une « pleine liberté de décision », donc à la liberté même du propos actuel. L’indice visible le plus spectaculaire restant le fait que les paiements par carte bancaire étaient bloqués au Vatican, et furent débloqués le lendemain même de la renonciation, sans que soit donnée la moindre raison. (Et à propos du ministère pétrinien on rappellera le « pour toujours ».)

    Andrea Tornielli cite une autre phrase de la lettre de « Ratzinger », et là on a quand même l’impression qu’il s’agit d’un gag (ce qui étend comme un nuage de doute sur le propos précédent destiné à évacuer tous les doutes...).

    « Ratzinger » écrit en effet à Tornielli :

    « Le fait de garder l’habit blanc et le nom de Benoît est une question simplement pratique. Au moment de la renonciation je ne disposais pas d’autres vêtements. »

    Entre le 11 et le 28 février, le pape ne pouvait pas se procurer de vêtements… Ni d’ailleurs se trouver un autre nom que Benoît…

    Ben voyons…

  • Les deux papes

    Une nouvelle réflexion fort intéressante d’Antonio Socci sur "les deux papes" (alors qu'il ne peut y en avoir qu'un): chez Benoît et moi.

    Il rappelle que Benoît XVI a décidé de continuer à s’appeler Benoît XVI, Sa Sainteté Benoît XVI, avec ses armoiries qui ont les clefs de saint Pierre (tandis que celles de François n’ont pas le pallium…), qu’il a choisi le titre de « pape émérite », ce qui est une nouveauté absolue (y compris pour les canonistes qui en perdent leur latin), et il souligne un propos dont on n’avait pas (non plus) remarqué la portée dans le discours du 27 février 2013. Benoît XVI revenait sur le moment où il avait accepté d’être pape : « La gravité de la décision a été vraiment aussi dans le fait qu’à partir de ce moment, j’étais engagé sans cesse et pour toujours envers le Seigneur. Toujours – celui qui assume le ministère pétrinien n’a plus aucune vie privée. Il appartient toujours et totalement à tous, à toute l’Église. (...) Le "toujours" est aussi un "pour toujours"- il n’y a plus de retour dans le privé. Ma décision de renoncer à l’exercice actif du ministère ne supprime pas cela. »

    Et il laissait entendre ensuite qu’il y avait bien un exercice passif du ministère pétrinien

    Le plus stupéfiant, si l’on y réfléchit bien, étant peut-être le tweet de François, le 11 février : « Aujourd'hui, je vous invite à prier pour Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, un homme de grand courage et humilité. »

  • Le 11 février apocalyptique

    Dans un article de la Nuova Bussola traduit par Benoît et moi, Massimo Introvigne revient sur la renonciation de Benoît XVI, « l'un des événements les plus bouleversants de l'histoire de l'Eglise ». Après avoir souligné que l’on doit accepter l’explication donnée par le pape, il ajoute :

    D'autre part, le geste était objectivement - et je crois même qu'il voulait l'être - techniquement «apocalyptique»: un mot qui ne se réfère pas à la manie de prévoir des dates pour la fin du monde, certes étrangère à Benoît XVI, mais à une «révélation», à un choc positif destiné à mettre les catholiques du monde entier en face d'une réalité dramatique du temps présent, à un long Vendredi saint de l'Église attaqué par des ennemis internes et externes.

    En ce sens, à la lumière de la renonciation au ministère pétrinien, nous pouvons relire les fréquentes références à Benoît XVI à Fatima, aux prophéties sur la crise qui allait frapper le sacerdoce, et à la bonne doctrine de sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179), par lui proclamée Docteur de l'Eglise, et aussi au caractère ultime et vraiment «apocalyptique» du défi de l'idéologie du gender, définie comme le plus grand danger pour l'Eglise et l'humanité lors du dernier discours de Noël à la Curie romaine, le 21 décembre 2012.

  • Il y a un an

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  • Un an après : prier pour et avec Benoît XVI

    Il y a un an, le 11 février 2013, Benoît XVI annonçait qu'il renonçait au pontificat, décision qui prendrait effet le 28 février à 20h.

    Pour cet anniversaire, le blog La Vigna del Signore a lancé l’idée d’une « journée de prière pour le pape Benoît, avec Benoît », le 28 février. Chacun peut s’y associer à sa façon. Le blog recommande de dire le Te Deum à 20h « en action de grâces pour le don de Benoît ».

    Un autre blog, Il Papa emerito, a rebondi en proposant une neuvaine préparatoire à cette journée, du 19 au 27 février.

    Benoît et moi a traduit le (beau) livret de cette « neuvaine à Marie Mère de l’Eglise pour le pape émérite Benoît XVI ».

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  • Lauren Green et Benoît XVI

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    Lauren Green est la « chief religion correspondent » de Fox News. Elle est aussi pianiste, titulaire d’un diplôme de musicien professionnel. Elle a été invitée à participer au concert privé donné au Vatican pour le 90e anniversaire de Mgr Georg Ratzinger.

    Elle a répondu à des questions de Rome Reports, sur une vidéo où elle dit à propos de Benoît XVI (qui assistait évidemment au concert) : « Une des choses que j'ai remarquées, c'est qu'il semble moins fragile qu'avant sa démission. C'est presque comme si le poids de l'Eglise catholique avait enfin cessé de peser sur ses épaules, mais il prie constamment pour l'Eglise. »

    Oui, un poids a cessé de peser sur ses épaules. Mais non, ce n’est pas le poids de l’Eglise catholique… (Mon joug est doux et mon fardeau léger, a dit le Maître…)

    Ce que j’ai remarqué quant à moi sur cette vidéo, c’est que si personne, m’a-t-on dit, ne fait plus la génuflexion devant le pape depuis longtemps, Lauren Green le fait devant le pape émérite.

    Lauren Green a également raconté son aventure dans un article publié sur le site de Fox News. On en trouvera la traduction chez Benoît et moi. Extraits :

    « Le pape Benoît XVI est un homme un peu oublié, ces temps-ci. A présent, quand on parle du pape émérite, qui a bouleversé le monde quand il a démissionné au printemps dernier, c'est dans des histoires au sujet de son successeur, le pape François, qui est devenu le chouchou de la presse, en particulier en Occident.

    « Mais dans la Cité du Vatican cloîtrée, le pape Benoît XVI est encore très vénéré et respecté. Je le sais parce que j'ai eu le privilège d'être invitée à me produire dans un concert privé, le mercredi 15 Janvier en l'honneur du 90e anniversaire du frère de Benoît. » (…)

    « Quand François a émergé de la loggia de Saint-Pierre, par une froide et pluvieuse soirée de mars, il a aussi immédiatement éclipsé l'image du pape Benoît. Mais même si le pape Benoît XVI s'est retiré à l'arrière-plan il est toujours au premier plan pour ceux qui vivent au Vatican. » (…)

    « La salle était si intime que nous jouions à moins de 5 mètres du monsignore et de Benoît, que beaucoup appellent encore le Saint-Père. »

  • A propos du cardinal Maradiaga

    Le site Benoît et moi a traduit deux articles fort intéressants sur la charge du cardinal Rodriguez Maradiaga, chef du « G8 » du pape, contre le « théologien allemand » Mgr Müller, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi.

    Le deuxième article remarque :

    « Ce pourrait être une revanche pour la façon dont l'administration de Benoît XVI a puni le cardinal Rodriguez quand il était président de Caritas Internationalis. »

    J’avais moi-même raconté dans Daoudal Hebdo comment Benoît XVI avait proprement viré la secrétaire générale de Caritas, qui était soutenue par le cardinal Maradiaga, pour redonner à cette organisation un aspect quelque peu… catholique. C'était en 2011.

    On trouvera ce texte ci après.

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  • L’étoile

    « On a beaucoup discuté sur le genre d’étoile qu’était celle qui avait guidé les Mages. On pense à une conjonction de planètes, à une Super nova, c’est-à-dire à une de ces étoiles au départ très faible en qui une explosion interne libère pendant un certain temps une immense splendeur, à une comète, etc. Que les savants continuent de discuter ! La grande étoile, la véritable Super nova qui nous guide, c’est le Christ lui-même. Il est, pour ainsi dire, l’explosion de l’amour de Dieu, qui fait resplendir sur le monde le grand éclat de son cœur. Et nous pouvons ajouter : les Mages d’Orient dont parle l’Évangile d’aujourd’hui, de même que les saints en général, sont devenus eux-mêmes petit à petit des constellations de Dieu, qui nous indiquent la route. En toutes ces personnes, le contact avec la Parole de Dieu a, pour ainsi dire, provoqué une explosion de lumière, à travers laquelle la splendeur de Dieu illumine notre monde et nous indique la route. Les saints sont des étoiles de Dieu, par lesquelles nous nous laissons guider vers Celui auquel notre cœur aspire. »

    Benoît XVI, le 6 janvier 2012

    (Merci à Benoît et moi de nous rappeler ce texte sublime.)

  • La pensée de Joseph Ratzinger

    Selon Francesco Boezi, c’est « la pensée de celui qui a essayé de définir la rationalité comme ce domaine où la vérité est représentée par l'amour et où l'amour tend à se présenter comme la véritable raison ».

    Une bien belle définition.

  • « Nihil operi Dei praeponatur »…

    On lira chez Benoît et moi une très émouvante et instructive interview de Mgr Alfred Xuereb.

    Je retiens ici le propos significatif d’un prêtre disant à Benoît XVI qu’il n’a pas toujours le temps de dire le bréviaire parce qu’il doit s’occuper de beaucoup de fidèles.

    La réponse de Benoît XVI est évidemment excellente : « Ton soin pastoral est très louable, mais rappelle-toi que quand tu pries le bréviaire aussi, tu fais un acte pastoral, parce que tu pries pour tes paroissiens. Tout comme il est important d'aider une personne en l'écoutant et en faisant des choses concrètes pour venir à sa rencontre, il est tout aussi important de l'aider et de la soutenir avec ta prière. Cela, les paroissiens l'apprécient beaucoup, s'ils viennent à l'apprendre. »

    Mais il convient d’ajouter une précision. Conformément à ce qui est pour moi le seul élément antitraditionnel (et anti-œcuménique) de Vatican II, ce que certains appellent encore le « bréviaire » et qui n’est plus que la « liturgie des heures » a été globalement divisé par quatre : les 150 psaumes qu’on disait dans la semaine sont répartis sur quatre semaines. On a fait cela parce que les prêtres disaient qu’ils n’avaient pas le temps.

    On a divisé par quatre et des prêtres disent encore qu’ils n’ont pas le temps…

    Ces prêtres n’ont pas le temps pour la prière… et ils s’imaginent pouvoir avoir un apostolat fécond… alors que c’est la première explication de leur stérilité.

    Au XVIe siècle déjà des prêtres avaient fait valoir qu’ils n’avaient pas le temps, et l’on avait fabriqué un bréviaire plus court. Et saint François Xavier, rapporte son biographe Tursellini, « fournit un grand exemple de religion au sujet de l'office divin, si l'on considère la licence de ces temps. On venait de publier un nouveau bréviaire à trois leçons, appelé le bréviaire de Sainte-Croix, et destiné au soulagement des gens occupés. On en avait dès le commencement concédé l'usage à François, à cause de ses travaux : mais il ne voulut jamais user de cette permission, malgré ses soins immenses et ses affaires si compliquées ; il récita constamment l'ancien bréviaire à neuf leçons, quoiqu'il fût beaucoup plus long ».

    La règle de saint Benoît dit : « Nihil operi Dei praeponatur ». Ne rien préférer à l’œuvre de Dieu, ne rien trouver de plus urgent et de plus important que l’office divin. Et cela ne vaut pas que pour les moines.

     

  • Ratzinger interdit

    Au détour d’un propos du cardinal Schoenborn :

    « Au séminaire de Freising, où il étudié, dans la bibliothèque, il n'y a pas un seul livre de Joseph Ratzinger. Dans la bibliothèque de la cathédrale où il a été ordonné, non plus. C'est douloureux. C'est le résultat de l'ignorance: c'est l'orgueil de ne pas voir la grandeur de Ratzinger, mais le fait qu'il n'en ait jamais ressenti d'amertume fait partie de son chemin et de sa grandeur.»

    Nul n’est prophète en son pays, mais quand même, un tel degré de mépris…

  • La lettre de Benoît XVI au "mathématicien athée"

    Après les extraits, voici la traduction du texte intégral de la réponse de Benoît XVI au mathématicien athée Odifreddi qui lui avait envoyé son livre Cher Pape, je t’écris.

  • Hommage à un résistant

    1155219200067.jpgOn apprend la mort de Domenico Bartolucci, « directeur perpétuel » du Chœur de la Chapelle Sixtine, et pourtant viré par le clan Marini (Piero) en 1997. En 2006, Benoît XVI lui demandait de diriger un concert à la Chapelle Sixtine. Au cours de ce concert fut créé un motet de Bartolucci lui-même : Oremus pro Pontifice nostro Benedicto. A l’issue du concert, Benoît XVI fit l’éloge du grand interprète et compositeur de musique sacrée (photo). En 2010 il le créait cardinal. L’année suivante le cardinal Bartolucci révélait qu’il avait toujours célébré la messe de saint Pie V. Au Vatican…

    Voici l’article que j’avais publié dans Daoudal Hebdo.

    Lire la suite

  • Dans la Repubblica, une lettre de Benoît XVI…

    Quelques jours après avoir publié une lettre de François au directeur athée du journal, la Repubblica publie une lettre de Benoît XVI à un scientifique italien athée. C’est une curieuse coïncidence, même si la lettre de Benoît XVI est en fait antérieure… de cinq jours.

    L’histoire de cette lettre est racontée ici.

    Le texte est partiellement traduit sur le site de Radio Vatican. La traduction est hélas mauvaise, et parfois très mauvaise. (Pas besoin de voir l’original pour s’en rendre compte.) Toutefois la lettre est (évidemment) très intéressante. Je retiens notamment la malicieuse réponse de Benoît XVI à l’accusation selon laquelle la théologie c’est de la science fiction.

    On sait que Joseph Ratzinger (et devenu pape il l’a redit) considère, conformément à la tradition, que la théologie est une science, et non seulement une science, mais la première des sciences, et que c’est le statut qu’elle doit avoir à l’université.

    Le scientifique athée lui répond que la théologie c’est tout au plus de la science fiction.

    Benoît XVI réplique que la science fiction se trouve dans de nombreuses sciences. A commencer dans les théories que reprend son interlocuteur sur l’origine et la fin du monde. Et il cite un texte de Jacques Monod sur l’évolution qui est en effet un exemple – hilarant – de science fiction primaire : le poisson qui a choisi d’aller explorer la terre et qui a fini par développer des pattes…

    Il montre qu’en substituant la nature à Dieu, sans dire ce qu’est cette nature, le scientifique en fait « une divinité irrationnelle qui n’explique rien ». Et il ajoute que dans la religion des mathématiques de son interlocuteur il manque trois thèmes fondamentaux de l’existence humaine : la liberté, l’amour, le mal. « Une religion qui néglige ces demandes fondamentales reste vide de sens. »

    Addendum

    La bonne traduction des extraits de la lettre est chez Benoît et moi.

  • Lumen Fidei

    Voici donc l’encyclique « à quatre mains ». En effet : celles de Joseph Ratzinger et de Benoît XVI. Le pape Franciscus qui signe cette encyclique ne parle plus des quatre mains, mais reconnaît que Benoît XVI avait « pratiquement achevé une première rédaction » du texte. Disons simplement : la rédaction du texte. François dit avoir ajouté « quelques contributions ». Elles sont si discrètes qu’elles sont totalement invisibles (1). Alors que l’on reconnaît partout les thèmes de prédilection, les références, le style de Joseph Ratzinger théologien, exégète et pasteur, et du pape Benoît.

    Bref, nous avons ici le dernier texte magistériel de Benoît XVI. Un vrai chant du cygne pontifical : un chef-d’œuvre.

    Cette encyclique, profondément paulinienne (car en effet plus on lit saint Paul et plus on voit qu’il a tout dit), s’appuie aussi sur les pères de l’Eglise, et une fois encore on voit Joseph Ratzinger poursuivre dans cette voie, au même niveau, notamment au n. 23, quand il commente de front le texte hébreu et la traduction grecque d’une phrase d’Isaïe, comme le faisaient saint Jérôme ou saint Jean Chrysostome.

    Le thème de la lumière de la foi conduit Ratzinger-Benoît, dans la lignée de son cher saint Bonaventure et d’un courant qui remonte à Origène (et d’abord à l’Ecriture), à apporter sa contribution à la doctrine des cinq sens spirituels, ce qui est sans doute une première dans un texte magistériel. Et c’est le cœur même de l’encyclique, sa partie centrale, qui a été préparée par ce qui précède, et qui va ensuite irriguer ce qui sera l’application de la doctrine.

    Et cela commence en outre par une citation de (mon cher) Guillaume de Saint-Thierry, le chantre éminent des sens spirituels dans le monde monastique médiéval (de concert avec son maître et ami saint Bernard) : dans le Cantique des cantiques, les yeux de colombe de la bien-aimée « sont la raison croyante et l’amour, qui deviennent un seul œil pour parvenir à la contemplation de Dieu, quand l’intellect se fait “intellect d’un amour illuminé” » (intellectus amoris illuminati).

    Suit alors un développement magistral – et magistériel – sur la synthèse entre les deux approches de la connaissance qu’on a abusivement séparées : l’écoute, qui serait biblique, et la vision, qui serait grecque.

    Mais notre foi est foi dans le Fils de Dieu incarné, que l’on écoute et que l’on voit. « La connexion entre la vision et l’écoute, comme organes de connaissance de la foi, apparaît avec la plus grande clarté dans l’Évangile de Jean. » Et c’est aussi saint Jean qui ajoute le toucher : « (…) ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux (…) ce que nos mains ont touché du Verbe de vie ».

    Et Benoît XVI cite saint Augustin : « Toucher avec le cœur, c’est cela croire. »

    La suite de l’encyclique, sur la formulation, la transmission et les bienfaits de la foi sur le plan pratique et du bien commun, découle de ces considérations. A commencer bien sûr par les sacrements, par lesquels nous touche le Verbe incarné et par lesquels nous le touchons.

    Il y aurait beaucoup à dire sur cette encyclique, d’autant qu’elle est très concentrée. On remarque de même qu’elle contient l’expression ramassée, ciselée, comme définitive, des principaux thèmes personnels de Ratzinger-Benoît. Il faut la lire. Elle est ici.

    _____

    (1) On peut hésiter, au n. 46, sur l’expression : « sortir du désert du moi autoréférentiel, renfermé sur lui-même ». Mais c’est bien Benoît XVI qui disait, le 7 janvier, aux diplomates, que « la personne qui devient autoréférentielle n’est plus ouverte à la rencontre avec Dieu et avec les autres et se replie sur elle-même »…

  • Un triple affront

    Samedi était organisé dans le cadre de l’année de la foi un concert au Vatican : la 9e symphonie de Beethoven, par le chœur de l’Académie nationale Sainte-Cécile et l’Orchestre symphonique de la RAI sous la direction de son chef actuel Juraj Valcuha : sans aucun doute une grande interprétation d’un évident chef-d’œuvre de la musique.

    Bien sûr cela avait été programmé pour le musicien et mélomane qu’est Benoît XVI. Mais le nouveau pape allait en bénéficier tout naturellement.

    Eh bien non. Au dernier moment il a fait dire qu’il ne viendrait pas. « Je ne suis pas un prince du temps de la Renaissance qui écoute de la musique au lieu de travailler », aurait-il dit. En fait la musique ne l’intéresse pas du tout (cf. sa « liturgie »). C’est donc l’occasion pour ce grand humble de montrer que lui il travaille et qu’il n’a pas le temps de s’amuser, lui ; et pour ce grand pauvre qui fuit les « mondanités » de montrer que la musique n’est qu’un divertissement de riches…

    Or c’est à l’évidence un triple affront :

    1. à Benoît XVI, qui se servait de ces concerts pour faire une petite catéchèse (et réjouir les mélomanes chrétiens…) et montrait que la vraie musique élève l’âme ;

    2. à l’orchestre, à son chef, aux solistes, au chœur ;

    3. aux personnes qui étaient venues pour entendre, outre la musique, l’allocution du pape en relation avec l’année de la foi (par l’« Ode à la joie », bien sûr).

    La grande chaise blanche est donc restée vide.

    Au fait, ça se dit comment, en latin, chaise vide ?

    Mais non, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit.

  • La Pentecôte Summorum Pontificum de l’archevêque de Ferrare

    geppy_toglia_vescovo-7778.jpgIl n’est déjà pas si fréquent de voir un évêque célébrer la messe dans l’usus antiquior. Mais ce qu’a fait Mgr Negri me semble exceptionnel : c’est en effet la messe de la Pentecôte qu’il a célébrée ainsi, et c’était pour le premier pèlerinage organisé par « le peuple Summorum Pontificum » au sanctuaire marial du Poggetto, à Sant’Egidio près de Ferrare. Et c’est la seule église de la région qui n’ait subi aucun dommage lors du tremblement de terre de l’an dernier.

    On connaissait déjà Mgr Luigi Negri comme évêque de Saint-Marin. Il n’avait pas sa langue dans sa poche, sur divers sujets… Devenu archevêque de Ferrare, il ne semble pas avoir l’intention de nous décevoir…

    Dans son homélie, il a souligné que la liturgie traditionnelle n’est pas « une alternative à la liturgie réformée du Concile Vatican II », mais qu’elle « vit avec sa pleine dignité, sa pleine physionomie, en toute liberté et en toute responsabilité aux côtés de la liturgie réformée ».

    Il a rappelé que Benoît XVI avait « demandé à l'Eglise tout entière, à commencer par les évêques, d'être respectueux de son intention d'étendre les trésors de l'Église, concédant à ceux qui en ressentent légitimement le désir, de favoriser le droit d'avoir accès à ce trésor “antique” et de le vivre avec plénitude dans le monde moderne pour la vérité de la foi aujourd'hui et la mission aujourd'hui ».

    Quant aux « groupes de fidèles »  dont parle le motu proprio, ce sont « tous ces fidèles qui ont le droit et le devoir de pouvoir accéder à cette liturgie. Vous l'avez entre les mains, l'Église vous permet de l'introduire en toute liberté. Il ne peut exister aucun diocèse, en Italie ou dans le monde entier, qui vous dise non. Dès lors qu'il y aurait un seul non, l'évêque doit être appelé à rendre compte. »

    Et après avoir fait la confidence qu’il avait reçu une lettre de Benoît XVI pour le féliciter de la façon dont il avait mis en œuvre le motu proprio à Saint-Marin, il a dit aussi : « J'étais parmi les évêques (je dois dire à la vérité, peu nombreux) qui ont gagné de tout cela un approfondissement de leur propre identité par rapport à l'expérience de Dieu. C'est quelque chose de grand, non seulement pour ceux qui la pratiquent, mais pour toute l'Eglise. »

    Merci à Mgr Negri. Merci à Benoît et moi qui a traduit toute l’homélie, qui vaut d’être lue en entier (sur la Pentecôte, bien sûr, et sur le reste, dont la petite phrase sur les divorcés remariés...).

  • A propos des périphéries

    Lu sur Benoît et moi :

    « Nous avons vu et nous voyons aujourd'hui dans l'Evangile que, pour Dieu, il n'y a pas de périphéries. La Terre Sainte, dans le vaste contexte de l'Empire romain, était une périphérie; Nazareth était une périphérie, une ville inconnue. Et toutefois, cette réalité était précisément, de fait, le centre qui a changé le monde ! »

    « On parle souvent dans l'Eglise de la périphérie et du centre, qui serait Rome, mais en réalité dans l'Eglise, il n'y a pas de périphérie, parce que là où est le Christ, le centre est là tout entier. Là où l'on célèbre l'Eucharistie, où il y a le tabernacle, le Christ est là et donc c'est là que se trouve le centre et nous devons tout faire pour que ces centres vivants soient efficaces, présents et soient réellement une force qui s'oppose à cette marginalisation. »

    Benoît XVI, Lorette, le 1er septembre 2007, rencontre avec les jeunes.