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Liturgie - Page 4

  • 16e dimanche après la Pentecôte

     

    Miserére mihi, Dómine, quóniam ad te clamávi tota die : quia tu, Dómine, suávis ac mitis es, et copiósus in misericórdia ómnibus invocántibus te.
    Inclína, Dómine, aurem tuam mihi, et exáudi me : quóniam inops, et pauper sum ego.
    Glória Patri.

    Ayez pitié de moi, Seigneur, parce que j’ai crié vers vous durant tout le jour, et parce vous, Seigneur, vous êtes bienveillant et doux, et répandez vos miséricordes avec abondance sur tous ceux qui vous invoquent.
    Inclinez votre oreille vers moi, Seigneur, et exaucez-moi car je suis faible et pauvre.

    L’introït de ce dimanche est un chef-d’œuvre d’expression. Le texte est un peu comme un De Profundis, c’est un appel à la miséricorde divine, une supplication, de la part de quelqu’un qui crie vers Dieu tout le jour… A priori ce n’est pas gai. Pourtant il commence comme un autre introït dont le texte est : Laetabitur justus… Que le juste se réjouisse. Et de fait le chant n’a rien de triste. Il a quelque chose de décidé, c’est le chant de quelqu’un qui est sûr de lui, c’est-à-dire sûr de la miséricorde de Dieu qui donne la joie. La mélodie qui semblait vouloir s’achever sur « clamavi » s’élève brusquement sur « tota die » : c’est tout le jour que je crie, et c’est cette prière incessante qui ouvre le cœur de Dieu dans les cieux.

    La deuxième phrase chante avec tendresse combien doux et suave est le Seigneur, puis s’exalte sur la surabondance de sa miséricorde en faisant planer la mélodie tout en haut de la gamme, avant de se détendre peu à peu, lentement et doucement, dans la paix acquise.

    L’Alléluia.

    L’offertoire.

    Sur l’évangile de ce dimanche. Et saint Bède et saint Basile.

  • Samedi des quatre temps

    Dans son Evangile, le Seigneur, notre Rédempteur, s’adresse à nous quelquefois par des paroles, et quelquefois par des actions; et c’est tantôt des choses différentes qu’il nous dit par ses paroles et par ses actions, tantôt la même chose. Vous avez, mes frères, entendu rapporter deux faits dans cet évangile : le figuier stérile et la femme courbée. Or ces deux faits mettaient en jeu la bonté miséricordieuse [de Dieu]. Le premier l’exprimait par une comparaison, le second la rendait sensible par une action. Mais le figuier stérile signifie la même chose que la femme courbée, le figuier épargné la même chose que la femme redressée. [Le maître de la vigne vint trois fois voir le figuier et n’y trouva aucun fruit; la femme redressée, elle, était courbée depuis dix-huit ans. Ces dix-huit ans représentent la même chose que les trois fois où l’on nous dit que le maître de la vigne est venu voir le figuier stérile.

    Après avoir ainsi donné rapidement l’idée générale de ce texte, expliquons-en maintenant chaque point dans l’ordre de la lecture.

    «Un homme avait un figuier planté dans sa vigne; il vint en chercher les fruits, et n’en trouva pas.»] Que signifie le figuier, sinon la nature humaine? Et que symbolise la femme courbée, sinon cette même nature? Celle-ci fut bien plantée comme le figuier, bien créée comme la femme, mais tombée dans le péché par sa propre volonté, elle n’a su conserver ni le fruit du travail [de son Maître], ni l’état de rectitude [de sa nature], puisqu’en se jetant de son propre mouvement dans le péché, elle a perdu l’état de rectitude, pour n’avoir pas voulu porter le fruit de l’obéissance. Créée à la ressemblance de Dieu, mais ne persistant pas dans sa dignité, elle n’a rien fait pour se conserver telle qu’elle avait été plantée ou créée.

    C’est trois fois que le maître de la vigne vint au figuier, car il a sollicité le genre humain avant la Loi, sous la Loi et sous la grâce : en l’attendant, en l’avertissant et en le visitant.

    [«Il dit alors à celui qui cultivait sa vigne : Voilà trois ans que je viens chercher les fruits de ce figuier, et je n’en trouve pas. »] Dieu est venu avant la Loi, parce qu’il a fait savoir à chacun, par la lumière de sa raison naturelle, qu’il doit traiter autrui comme un autre soi-même. Il est venu sous la Loi, du fait qu’il nous a enseignés par ses commandements. Il est venu après la Loi par sa grâce, puisqu’il nous a montré sa bonté en se rendant lui-même présent. Cependant, il se plaint de n’avoir pas trouvé de fruits en ces trois années, car il y a des hommes dépravés dont l’âme ne peut être corrigée par la loi insufflée en notre nature, ni instruite par les commandements, ni convertie par les miracles de son Incarnation.

    Que figure le vigneron, sinon l’ordre des prélats, qui sont préposés à la conduite de l’Eglise pour prendre soin de cette vigne du Seigneur,

    Ce qui précède, tiré de l’homélie de saint Grégoire le Grand, est la lecture des matines de ce jour, excepté ce qui est entre crochets. Et voici la suite du sermon.

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  • Vendredi des quatre temps

    Quǽsumus, omnípotens Deus : ut, de percéptis munéribus grátias exhibéntes, benefícia potióra sumámus. Per Dóminum.

    Nous vous en supplions, Dieu tout-puissant, faites que, vous rendant grâces des dons que nous avons reçus, nous recevions des bienfaits encore plus grands.

    La collecte eucharistique de ce jour est commune à beaucoup d’autres fêtes de saints. Nous y rendons grâces à Dieu pour les dons déjà reçus, mais nous le supplions en même temps de nous en accorder de plus grands encore. Ces derniers mots : beneficia potiora semblent quelque peu obscurs, en raison de leur concision même. Quels sont donc ces dons encore plus grands que la divine Eucharistie, et que nous implorons aujourd’hui ? La réponse n’est pas difficile. La possession de Jésus dans la gloire est certainement une plus grande grâce que la sainte Communion, parce qu’ici-bas l’union avec Jésus est illuminée seulement par la foi, tandis qu’au ciel resplendit sur elle la lumière incréée et divine elle-même. Il faut ajouter que, sur la terre, l’union sacramentelle du communiant avec Jésus-Eucharistie est imparfaite parce qu’elle dépend en grande partie des dispositions de celui qui communie, tandis qu’au ciel l’union est parfaite, puisque Dieu lui-même, par les splendeurs de sa gloire, pénètre complètement l’intelligence des bienheureux, comblant tout leur désir. Il y a plus ; en cette vie, la grâce de la Communion eucharistique peut être perdue par un seul péché mortel, tandis qu’au ciel l’union béatifique exclut la possibilité de toute perte ou d’un simple relâchement de cette union du Créateur avec sa créature. En somme la sainte Eucharistie est un don immense, mais elle est en même temps le gage et comme l’anticipation d’une autre faveur plus précieuse encore, à laquelle nous devons aspirer continuellement, surtout quand nous recevons la sainte Communion. Disons-la avec les mots du Docteur Angélique :

    Jesu, quem velatum nunc adspicio,
    Oro, fiat illud quod tam sitio.
    Ut Te revelata cernens facie,
    Visu sim beatus tuae gloriae.

    O Jésus, que je contemple à travers un voile, je vous prie, réalisez le désir ardent de mon âme; faites qu'un jour, vous voyant sans voile, face à face, je sois bienheureux à la vue de votre gloire. (Dernière strophe de l’Adoro Te).

    Bienheureux cardinal Schuster

  • Saint Matthieu

    Le graduel Beatus vir (qu’on trouve aussi aujourd’hui au commun des martyrs non pontifes) n’était sans doute pas attribué à saint Matthieu à l’origine, car dans les anciens manuscrits on le trouve pour la fête de saint Valentin (avec l’introït et le trait qui seront celui du commun des martyrs non pontifes, mais on le trouve pour la fête de saint Jean l’évangéliste dans le codex Bodmer74)…

    Je n’en trouve pas d’interprétation qui corresponde à la partition. Voici toutefois ce graduel, dans une version fort différente mais qui dérive manifestement du chant d’origine (simplifié, un peu comme sur les livres de lutrin du XIXe siècle), dans la messe de saint Henri d’Uppsala, patron de la Finlande, par la Schola Sancti Henrici :

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  • Mercredi des quatre temps

    L’évangile de ce jour, qui raconte comment Jésus guérit un garçon terriblement tourmenté par un « esprit sourd et muet », a été choisi en raison de sa dernière phrase : « Cette sorte de démon ne peut se chasser que par la prière et par le jeune. » Qui a été reprise comme antienne du Benedictus aux laudes.

    Les quatre temps de septembre furent en effet désignés comme « le jeûne du septième mois », et il nous reste neuf sermons de saint Léon le Grand pour ce temps. Dont celui dont on lisait un passage au deuxième nocturne des matines du dimanche précédent, avant le raccourcissent drastique de ces matines (mais il se trouve toujours dans le bréviaire monastique).

    Le commentaire de l’évangile dans le bréviaire est celui de saint Bède. Il commente ainsi la dernière phrase :

    Il leur dit : « Ce genre [de démons] ne peut se chasser que par la prière et le jeûne. » En instruisant les Apôtres sur la manière dont le démon le plus méchant doit être chassé, Jésus-Christ nous donne à tous une règle de vie, afin que nous sachions que les tentations les plus fortes, provenant soit des esprits immondes, soit des hommes, doivent être vaincues par les jeûnes et les prières, et que la colère du Seigneur aussi, lorsqu’elle s’est allumée pour venger nos crimes, peut être apaisée par ce remède spécial. Or, le jeûne, en un sens général, consiste à s’abstenir non seulement des aliments, mais de tous les plaisirs charnels ; bien plus, à se défendre de toute affection au mal. Pareillement, la prière, en un sens général, ne s’entend pas seulement des paroles par lesquelles nous invoquons la clémence divine, mais aussi de tous les actes que nous accomplissons avec la dévotion de la foi pour servir notre Créateur.

    Dans la Catena Aurea, saint Thomas d’Aquin cite ce commentaire, et il ajoute un commentaire « de saint Jérôme » qui est en fait tiré d’un commentaire de saint Marc qui fut publié sous le nom de saint Jérôme mais n’est pas de lui :

    La folie, qui a pour objet les jouissances de la chair, est guérie par le jeûne; de même aussi la paresse est chassée par la prière. A chaque plaie il faut appliquer le remède convenable: ce n'est point par un remède appliqué sur le pied que l'on guérit l'œil malade. Ainsi donc, employez le jeûne contre les passions du corps, et la prière contre les maladies de l'âme.

    Le paradoxe est que l’origine lointaine de ce « jeûne du septième mois » est, comme le rappelle la deuxième lecture de la messe, le jour (le premier du septième mois) où Esdras lit devant le peuple le Livre de la Loi qui vient d’être retrouvé. « Et il leur dit : Allez, mangez des viandes grasses et buvez de douces liqueurs, et faites-en part à ceux qui n’ont rien préparé, car ce jour est consacré au Seigneur ; et ne vous attristez point, car la joie du Seigneur est notre force. » Et c’est le chant de communion.

    D’où le chant d'action de grâce triomphale de l’introït, où « le Psalmiste invite Israël à faire résonner le tambourin, à faire vibrer la harpe et la douce cithare, à sonner du cor, à l’occasion de la septième nouvelle lune (celle qui, autrefois, commençait l’année juive), parce que c’est là une tradition sainte en Israël et une loi du Dieu de Jacob »…

  • Saint Janvier

    Vers trois heures et demie, les murmures augmentèrent d'une façon effrayante : cela commençait par une espèce de plainte, et cela montait jusqu'aux rugissements. Les “parentes” de saint Janvier jetèrent quelques injures au saint qui se faisait ainsi prier.

    A quatre heures, il y avait presque émeute : on trépignait, on vociférait, on montrait des poings ; le chanoine de garde - on avait renouvelé les chanoines d'heure en heure - s'approcha de la balustrade et dit :

    - Il y a sans doute des hérétiques dans l'assemblée. Que les hérétiques sortent, ou le miracle ne se fera pas.

    A ces mots, une clameur épouvantable s'éleva de toutes les parties de la cathédrale, hurlant :

    - Dehors les hérétiques ! à bas les hérétiques ! à mort les hérétiques !

    Une douzaine d'Anglais, qui étaient aux tribunes, descendirent alors de leur échafaudage, au milieu des cris, des huées et des vociférations de la foule ; une escouade de fantassins, conduite par un officier, l'épée nue à la main, les enveloppa, afin qu'ils ne fussent pas mis en pièces par le peuple, et les accompagna hors de l'église, où je ne sais pas ce qu'ils devinrent.

    Leur expulsion amena un moment de silence, pendant lequel la foule, émue et soulagée, reprit le mouvement qui la reportait vers l'autel pour baiser la fiole, et l'éloignait de l'autel quand la fiole était baisée.

    Une heure à peu près s'écoula dans l'attente, et sans que le miracle se fit. Pendant cette heure, la foule fut assez tranquille ; mais c'était le calme qui précède l'orage. Bientôt les rumeurs recommencèrent, les grondements se firent entendre de nouveau, quelques clameurs sauvages et isolées éclatèrent. Enfin, cris tumultueux, vociférations, grondements, rumeurs, se fondirent dans un rugissement universel dont rien ne peut donner une idée.

    Le chanoine demanda une seconde fois s'il y avait des hérétiques dans l'assemblée ; mais cette fois personne ne répondit. Si quelque malheureux Anglais, Russe ou Grec, se fût dénoncé en répondant, à cet appel, il eût été certainement mis en morceaux, sans qu'aucune force militaire, sans qu'aucune protection humaine eût pu le sauver.

    Alors les “parents” de saint Janvier se mêlèrent à la partie : c'était quelque chose de hideux que ces vingt ou trente mégères arrachant leur bonnet de rage, menaçant saint Janvier du poing, invectivant leur parent de toute la force de leurs poumons, hurlant les injures les plus grossières, vociférant les menaces les plus terribles, insultant le saint sur son autel, comme une populace ivre eût pu faire d'un parricide sur un échafaud.

    Au milieu de ce sabbat infernal, tout à coup le prêtre éleva la fiole en l'air, criant :

    - Gloire à saint Janvier, le miracle est fait !

    Aussitôt tout changea.

    Chacun se jeta la face contre terre. Aux injures, aux vociférations, aux cris, aux clameurs, aux rugissements, succédèrent les gémissements, les plaintes, les pleurs, les sanglots. Toute cette populace, folle de joie, se roulait, se relevait, s'embrassait, criant :

    – Miracle ! miracle ! et demandait pardon à saint Janvier, en agitant ses mouchoirs trempés de larmes, des excès auxquels elle venait de se porter à son endroit.

    Au même instant, les musiciens commencèrent à jouer et les chantres à chanter le Te Deum, tandis qu'un coup de canon tiré au fort Saint-Elme, et dont le bruit vint retentir jusque dans l'église, annonçait à la ville et au monde, urbi et orbi, que le miracle était fait.

    En effet, la foule se précipita vers l'autel, nous comme les autres. Ainsi que la première fois, on nous donna la fiole à baiser ; mais, de parfaitement coagulé qu'il était d'abord, le sang était devenu parfaitement liquide.

    C'est, comme nous l'avons dit, dans cette liquéfaction que consiste le miracle.

    Et il y avait bien véritablement miracle, car c'était toujours la même fiole ; le prêtre ne l'avait touchée que pour la prendre sur l'autel et la faire baiser aux assistants, et ceux qui venaient de la baiser ne l'avaient pas un instant perdue de vue.

    La liquéfaction s'était faite au moment où la fiole était posée sur l'autel, et où le prêtre, à dix pas de la fiole à peu près, apostrophait les parentes de saint Janvier.

    Maintenant, que le doute dresse sa tête pour nier, que la science élève sa voix pour contredire ; voilà ce qui est, voilà ce qui se fait, ce qui se fait sans mystère, sans supercherie, sans substitution, ce qui se fait à la vue de tous. La philosophie du dix huitième siècle et la chimie moderne y ont perdu leur latin : Voltaire et Lavoisier ont voulu mordre à cette fiole, et, comme le serpent de la fable, ils y ont usé leurs dents.

    Maintenant, est-ce un secret gardé par les chanoines du Trésor et conservé de génération en génération depuis le quatrième siècle jusqu'à nous ?

    Cela est possible ; mais alors cette fidélité, on en conviendra, est plus miraculeuse encore que le miracle.

    J'aime donc mieux croire tout bonnement au miracle ; et, pour ma part, je déclare que j'y crois.

    Le soir, toute la ville était illuminée et l'on dansait dans les rues.

    Fin du chapitre 21 de “Le Corricolo” d’Alexandre Dumas.

  • 15e dimanche après la Pentecôte

    Panis, quem ego dédero, caro mea est pro sǽculi vita.

    Le pain que je donnerai, c’est ma chair, pour la vie du monde.

    L’antienne de communion de ce dimanche est la plus en situation qui se puisse trouver, puisqu’elle évoque ce qui vient précisément de se passer, et c’est Jésus lui-même qui souligne que ce pain est sa chair.

    On remarque aussi les neumes magnifiques sur vita, avec une joyeuse élévation quatre fois jusqu’au do à partir de la dominante : cette vie, c’est celle que Jésus dans l’évangile a redonnée au fils de la veuve de Naïm : Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. Et c’est ce qu’il dit à tous les communiants.

  • Les 7 douleurs de la Sainte Vierge

    Il est symptomatique que la dévotion aux « Sept douleurs de la Sainte Vierge », inventée au XVIIe siècle, se soit imposée au point de devenir une fête dans toute l’Eglise latine au début du XIXe siècle, et qu’ait complètement disparu (ou presque) la dévotion aux « Sept joies de la Sainte Vierge », qui servirent pourtant de modèle aux « Sept douleurs ». Exemple parmi tant d’autres du dolorisme qui a envahi l’Eglise d’Occident à l’époque « classique ».

    D’abord on célébra les cinq joies de Notre Dame : Annonciation, Nativité, Résurrection, Ascension, Assomption.

    L’embryon de cette dévotion furent les cinq Gaude de l’antienne Gaude Dei genitrix virgo, qui prit sa place dans les antiphonaires parmi les nombreuses autres antiennes à la Vierge (dont Salve Regina, Alma Redemptoris Mater, etc.). Elle est manifestement très ancienne, et tout aussi manifestement vient de l’Acathiste, comme en témoigne, au-delà des « Gaude… », ce « mater innupta » qui renvoie au refrain de l’Acathiste : Χαίρε Νύμφη ανύμφευτε !, Réjouis-toi, épouse inépousée ! (Mais il aurait mieux valu coller au paradoxe grec et dire « nupta innupta », car les mères non mariées, hélas, ça existe…)

    Gaude, Dei genitrix virgo immaculata,
    Gaude, quae gaudio ab angelo suscepisti;
    Gaude, quae genuisti aeterni luminis claritatem;
    gaude mater, gaude sancta Dei genitrix virgo;
    tu sola mater innupta, te laudat omnis factura genitricem lucis.

    Réjouis-toi, Mère de Dieu, Vierge immaculée,
    Réjouis-toi, qui as par l’Ange a reçu la joie,
    Réjouis-toi, qui as engendré la clarté de l’éternelle lumière, Réjouis-toi, Mère, Réjouis-toi, sainte Mère de Dieu et Vierge !
    Toi seule est mère inépousée. Toute créature te loue, Mère de la Lumière.

    On pouvait trouver ensuite : « Intercède pour nous auprès du Seigneur », ou : « Sois pour nous, nous t’en supplions, une perpétuelle avocate » - sis pro nobis quæsumus perpetua interventrix, comme ici chanté par les moines de Triors :
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    Mais bientôt, dès le XIIe siècle, on porta les cinq joies à sept pour obtenir la plénitude du nombre sacré, en y ajoutant l’Epiphanie et la Pentecôte. Ces sept joies suivaient ainsi exactement les grandes fêtes de l’année liturgique.

    Les franciscains, qui répandirent ensuite cette dévotion, notamment avec un chapelet intitulé la « couronne des sept joies », modifièrent la liste : Annonciation, Nativité, Présentation, Epiphanie, Baptême de Jésus, Résurrection, Ascension. Il y eut d’autres listes, avec le recouvrement de Jésus au Temple, notamment.

    Mais dans les anciens missels les sept joies sont celles des sept grandes fêtes. Comme le spécifie par exemple un missel d’Urgell de 1565 (juste avant celui de saint Pie V). Et il donne l’hymne suivante, qu’on doit chanter à la fin de la messe votive des sept joies. (On constate que c’est le même texte que celui du Gaude Virgo Mater Christi de Josquin des Prés, mais que celui-ci n’avait que les cinq strophes – et la dernière – des cinq joies).

    1. L’Annonciation

    Gaude, virgo mater Christi,
    Quæ per aurem concepisti,
    Gabriele nuntio.

    Réjouis-toi, ô vierge mère du Christ, qui as conçu par l’oreille à l’annonce de Gabriel.

    1. La Nativité

    Gaude, quia Deo plena
    Peperisti sine pœna,
    Cum pudoris lilio.

    Réjouis-toi, parce que pleine de Dieu, tu as enfanté sans peine, avec le lis de chasteté.

    1. L’adoration des Mages

    Gaude, Magos advenisse,
    Aurum, thus, mirram tulisse
    Tuo Unigenito.

    Réjouis-toi de la venue des Mages, qui ont apporté l’or, l’encens et la myrrhe à ton Fils unique.

    1. La Résurrection

    Gaude, quia tui nati
    Quem dolebas mortem pati,
    Fulget resurrectio.

    Réjouis-toi car ton fils, dont tu as eu la douleur qu’il souffre la mort, resplendit dans la résurrection.

    1. L’Ascension

    Gaude Christo ascendente,
    Et in cœlum te vidente,
    Motu fertur proprio.

    Réjouis-toi de l'ascension du Christ, et qui te voit du ciel, il s’est transporté de son propre mouvement.

    1. La Pentecôte

    Gaude, quæ post Christum tuum
    Paraclytum misit suum
    Patris benedictio.

    Réjouis-toi, bénédiction du Père qui après ton Christ envoya son Paraclet.

    1. L’Assomption

    Gaude quæ post ipsum scandis,
    Et est honor tibi grandis,
    In caeli palatio.

    Ubi fructus ventris tui,
    Nobis detur per te frui,
    In perenni gaudio.
    Alleluia.

    Réjouis-toi, qui montes après lui, et il y a un grand honneur pour toi au palais des cieux,

    Où est le fruit de tes entrailles, par toi qu’il nous soit donné d'en jouir dans la joie éternelle. Alléluia.

    Le missel précise qu’ensuite le prêtre, qui était resté à genoux devant l’autel, doit dire le verset :

    Ora pro nobis, sancta Dei Genitrix.

    Puis l’oraison :

    Concede nobis famulis tuis.

    (Sic. Je ne connais pas d’oraison qui commence ainsi.)

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  • Exaltation de la Sainte Croix

    L’occasion d’entendre le sublime graduel Christus factus est (qui est aussi celui du Jeudi Saint), dans l’interprétation un peu stratosphérique – mais c’est bien beau – des moines de Santo Domingo de Silos.

    Christus factus est pro nobis obœdiens usque ad mortem, mortem autem crucis. Propter quod et Deus exaltávit illum, et dedit illi nomen, quod est super omne nomen.

    Le Christ s’est fait pour nous obéissant jusqu’à la mort, et la mort sur la croix. C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom.

  • Quare detraxistis

    ℟. Quare detraxístis sermónibus veritátis ? ad increpándum verba compónitis et subvertere nitímini amícum vestrum :
    * Verúmtamen quæ cogitástis, expléte.

    ℣.  Quod justum est, judicáte; et non inveniétis in lingua mea iniquitátem.
    ℟. Verúmtamen quæ cogitástis, expléte.

    Pourquoi avez-vous blâmé des propos de vérité ? vous vous ingéniez à reprendre mes paroles et vous vous efforcez d’abattre votre ami : mais cependant allez au bout de votre pensée.
    Jugez selon ce qui est juste, et vous ne trouverez pas d’iniquité sur ma langue.
    Mais cependant allez au bout de votre pensée.

    Répons des matines, Job 6 versets 25a, 26a, 27b, 28a, 29b-30a.

    Les versets 26a et 28a sont dans une autre version que la Vulgate. Je n’en trouve pas l’origine, mais le texte est déjà celui-là dans le responsorial de saint Grégoire le Grand.

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    Antiphonaire de la cathédrale de Płock (Pologne), XVe siècle.