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Liturgie - Page 4

  • O Clavis David

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    Capitule

    Dedi te in foedus populi, in lucem gentium, ut aperires oculos cæcorum, et educeres de conclusione vinctos, de domo carceris sedentes in tenebris.

    Je t’ai établi en alliance du peuple, en lumière des nations, pour que tu ouvres les yeux des aveugles, et que tu tires des fers ceux qui sont enchaînés, de la prison ceux qui sont assis dans les ténèbres. (Isaïe 42, 6-7, version de la Vulgate, avec vinctos au pluriel au lieu de vinctum au singulier, sans doute par attraction de sedentes.)

    Antienne

    O clavis David, * et sceptrum domus Israël ; qui áperis, et nemo claudit ; claudis, et nemo áperit : veni, et educ vinctum de domo cárceris, sedéntem in ténebris, et umbra mortis.

    O Clef de David, * et sceptre de la maison d’Israël ; qui ouvrez, et nul ne peut fermer ; qui fermez, et nul ne peut ouvrir : venez, et tirez de la prison le captif qui est assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort.

    Collecte (celle de la troisième semaine de l’Avent)

    Aurem tuam, quæsumus, Domine, precibus nostris accommoda : et mentis nostræ tenebras gratia tuæ visitationis illustra : Qui vivis.

    Seigneur, prêtez l’oreille à nos prières : et par la grâce de votre visite illuminez nos ténèbres.

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    Bréviaire de Paris, XIIIe siècle, BNF.

  • O radix Jesse

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    Capitule

    Ecce radix Jesse ascendet in salutem populorum : ipsum gentes deprecabuntur : et erit nomen ejus gloriosum.

    Voici que la racine de Jessé monte pour le salut des peuples ; les nations la prieront elle-même, et son nom sera glorieux.

    Le capitule indique d’où vient la première partie de l’antienne : Isaïe 10,11. C’est une ancienne version, qui est celle d’un répons du troisième dimanche de l’Avent (avant 1960 dans le rite romain). Il est intéressant de la comparer à celle de saint Jérôme dans son commentaire d’Isaïe (il s’agit d’une traduction littérale de la Septante), et à celle du même saint Jérôme dans la Vulgate :

    Et erit in die illa radix Jesse, et qui consurget ut princeps sit gentium : in ipso gentes sperabunt, et erit requies ejus honor.

    Et sera en ce jour-là la racine de Jessé, et qui s’élèvera pour être le prince des nations ; en lui les nations espéreront, et son repos sera honneur.

    In die illa radix Jesse, qui stat in signum populorum, ipsum gentes deprecabuntur, et erit sepulchrum ejus gloriosum.

    En ce jour-là la racine de Jessé, qui se tient en signe des peuples, les nations la prieront elle-même, et son sépulcre sera glorieux.

    On pourra se demander pourquoi il y a « montera » dans le capitule, « s’élèvera » dans la Septante et le commentaire de saint Jérôme, « se tiendra » dans la Vulgate. C’est que, comme cela arrive souvent, le verbe hébreu (amad) a les trois significations, et même plusieurs autres. En revanche, si « repos » et « sépulcre » traduisent le même mot, je ne vois pas qu’il puisse se traduire aussi par « nom ».

    Antienne

    O radix Jesse, * qui stas in signum populórum, super quem continébunt reges os suum, quem Gentes deprecabúntur : veni ad liberándum nos, jam noli tardáre.

    O Racine de Jessé, * qui êtes comme l’étendard des peuples, devant qui les rois fermeront leur bouche, et dont les Nations imploreront le secours : venez nous délivrer, maintenant ne tardez plus.

    Collecte

    Festina, ne tardaveris, Domine, Deus noster : et a diabolico furore nos potenter liberare dignare : Qui cum.

    Dépêche-toi, ne tarde pas, Seigneur notre Dieu, et daigne nous libérer avec puissance de la fureur diabolique.

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    Antiphonaire des cordeliers de Fribourg, autour de 1300.

  • O Adonai

    Capitule

    Ecce Deus noster : ecce Dominus Deus in fortitudine veniet, et brachium ejus dominabitur : ecce merces ejus cum eo, et opus illius coram illo.

    Voici notre Dieu, voici que le Seigneur Dieu va venir dans sa puissance, et son bras dominera ; voici qu’il a sa récompense avec lui, et don œuvre est devant lui. (Isaïe 40,10)

    Antienne

    O Adonai, * et Dux domus Israël, qui Moysi in igne flammæ rubi  pparuisti, et ei in Sina legem dedisti : veni ad redimendum nos in brachio extento.

    O Adonaï, * et Conducteur de la maison d’Israël, qui avez apparu à Moïse dans le feu du buisson ardent, et lui avez donné la loi sur le Sinaï : venez pour nous racheter par la puissance de votre bras.

    Oraison

    Deus, qui hominem de lapsu in mortem Unigeniti tui adventu redimisti : præsta, quæsumus; ut qui ejus gloriosam fatentur Incarnationem, ipsius Redemptoris consortia mereantur : Qui tecum.

    O Dieu qui par l’avènement de votre Fils unique avez racheté l’homme de sa chute dans la mort, accordez, nous vous le demandons, que ceux qui confessent sa glorieuse Incarnation méritent d’être participants de ce même Rédempteur.

     (Sur le capitule et l'oraison, voir ma note d'hier.)

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    Antiphonaire de Sens, début du XIIIe siècle.

  • O Sapientia

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    En ce jour commencent les grandes antiennes O de l’Avent. Elles firent l’objet de nombreuses particularités liturgiques. Je découvre sur le site New Liturgical Movement qu’à Augsbourg elles étaient précédées d’un capitule et qu’elles donnaient lieu à une collecte spécifique.

    Le capitule d’aujourd’hui est tiré de l’Ecclésiastique, 24, 5 et 26, dont la première partie indique d’où provient le début de l’antienne. La suite (attingens a fine usque ad finem…) vient du livre de la Sagesse, 8,1. Et le tout désigne évidemment la Sagesse incarnée, le Christ qui va naître à Bethléem.

    Ego Sapientia ex ore Altissimi prodivi, primogenita ante omnem creaturam. Transite ad me, omnes qui concupiscitis me, et a generationibus meis implemini.

    Moi la Sagesse je suis sortie de la bouche du Très-Haut, première née avant toute créature. Venez à moi, vous tous qui me désirez, et rassasiez-vous de mes fruits.

    O Sapientia, * quæ ex ore Altissimi prodiisti: attingens a fine usque ad finem, fortiter suaviterque disponens omnia : veni ad docendum nos viam prudentiæ.

    O Sagesse, * qui êtes sortie de la bouche du Très-Haut, atteignant d’une extrémité à une autre extrémité, et disposant toutes choses avec force et douceur : venez pour nous enseigner la voie de la prudence.

    Festinantes, omnipotens Deus, in occursum Filii tui, Domini nostri, nulli impediant actus tereni, sed cælestis sapientiæ eruditio faciat nos ejus esse consortes. Qui tecum.

    Nous hâtant, Dieu tout puissant, à la rencontre de ton Fils notre Seigneur, qu’aucune action terrestre ne nous entrave, mais que la science de la sagesse céleste fasse de nous ses frères.

    (Cette oraison se trouve dans le sacramentaire grégorien parmi les nombreuses « oraisons quotidiennes de l’Avent ».)

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    Antiphonaire de l'abbaye bénédictine de Reichenau, début du XIIIe siècle.

  • Troisième dimanche de l’Avent

    Le graduel de la messe :

    Qui sedes, Dómine, super Chérubim, éxcita poténtiam tuam, et veni.
    . Qui regis Israël, inténde : qui dedúcis, velut ovem, Joseph.

    Par les moines d’En-Calcat, 1960 :


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    LE TEXTE

    Toi qui sièges, Seigneur, au-dessus des Chérubins,
    Excite ta puissance et viens.

    Verset.Toi qui mènes Israël, prête-nous attention.
    Toi qui conduis comme une brebis Joseph. Ps. LXXIX, 2, 3, 1.

    C’est une prière simple qui demande à Dieu de venir pour prendre soin de son peuple comme le pasteur, de son troupeau.

    Les premiers mots demandent explication. Sur le couvercle de l’Arche d’alliance, le couvrant de leurs ailes étendues, se trouvaient deux chérubins en or, tournée l’un vers l’autre. C’est là, entre leurs ailes, que Dieu manifestait sa présence et rendait ses oracles, d’où le nom de propitiatoire qu’on donna à ce lieu sacré entre tous. C’est dans ce sens littéral qu’il faut entendre le qui sedes super Cherubim dans le psaume.

    Au sens liturgique, il va de soi que la prière va directement vers Dieu siégeant dans le ciel au-dessus des anges et qu’elle a pour objet précis la venue du Messie. Israël et Joseph s’entendent de l’Eglise. C’est elle d’ailleurs qui est en scène. On vient de lui redire, à l’Epître, que le Seigneur est proche et qu’il faut se dégager de tout pour le recevoir. Répondant à cette annonce et à ce conseil, elle se tourne vers lui ; l’appelle et, jetant sur lui ses soucis, le prie de la guider, en bon pasteur qu’il est.

    LA MÉLODIE

    Ce qui frappe, tout d’abord, dans la première partie, c’est le contraste entre les deux phrases : super cherubim monte jusqu’aux limites extrêmes du mode, veni descend aussi bas que possible. Il y a là évidemment une évocation de Dieu siégeant au plus haut des cieux et de la terre où on lui demande de descendre, mais, à travers ces deux mouvements si opposés, passe la prière intense de l’Eglise. Toute l’expression est là.
    Prière à la fois contemplative et suppliante.

    Contemplative d’abord, dans toute la première phrase. L’âme ne demande pas encore ; Elle fixe le Seigneur et, prise par a vision de splendeur que lui offre le texte, elle se tend vers lui de toute la force de son admiration et de son désir. Quelle admirable progression mélodique ! On dirait que l’âme, à mesure qu’il se fait, chante le déroulement des splendeurs dans lesquelles elle se perde de plus en plus. Elle part, toute simple, sur les quatre notes de qui sedes, monte lentement sur la finale du mot, comme surprise de ce qu’elle voit, s’arrête sur Domine toute ravie déjà, en un accent d’une exquise délicatesse, puis s’élance, d’un bond, suivant l’extase qui l’emporte, ardente de joie, de désir et d’amour. Peu à peu et comme à regret, elle revient à elle tout le long de la cadence de cherubim. Sur excita, au début de la seconde phrase, elle est bien sur la terre, la terre du péché dont elle est un élément. C’est là que se fixe maintenant sa pensée ; et ce qu’elle voit est tellement bas, ce qu’elle demande à Dieu contraste si fort avec ce qu’il est et ce qu’elle est, que, tout naturellement, elle l’exprime par un mouvement descendant qui dit son humble condition et la confusion qui l’envahit…comme si elle n’osait. Mais sa prière est admirable. Elle passe d’abord sur les mots sans s’attarder, seul tuam la retient un peu parce qu’il se rapporte directement à Dieu. C’est là qu’elle commence à se faire suppliante. Elle continue sur veni avec un accent qui la fait de plus en plus pressante, mais sans éclat. Elle demeure dans le grave, prosternée, humble jusqu’à être émouvante.

    Le Verset. – (VII) Qui regis Israël, intende : qui deducis velut ovem Joseph.

    Une prière encore, et elle a le même objet ; mais l’Eglise n’a plus la même attitude. Ce n’est plus au Dieu Très Haut, siégeant en majesté au-dessus des anges qu’elle s’adresse, c’est au chef qui mène son peuple ; plus simplement encore, au pasteur qui conduit son troupeau. Evidemment, les relations sont plus faciles de brebis à berger que d’homme à Dieu. Il y  moins de distance, moins de gravité, plus d’aisance. Ainsi, la mélodie est-elle devenue plus légère. Elle est toujours une prière et très ardente parfois, mais la simplicité, voire une sorte de familiarité intime, la caractérisent, plutôt que l’admiration et l’humble crainte révérentielle.

    Même motif musical et donc même expression sur deducis dans la seconde phrase ; toutefois aucun mot de prière ne se trouvant dans le texte, la supplication est beaucoup moins marquée ; la vocalise est réduite et c’est au mot Joseph qu’est réservé, en conclusion, tout le développement mélodique. Il se déroule sur toute l’étendue du mode en un rythme admirable, qui enveloppe d’intercession et d’admiration passible et pieuse le peuple de Dieu et l’Eglise qui le continue et l’achève.

    Dom Ludovic Baron

  • Egredietur Dominus de Samaria

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    Antiphonaire de la basilique Saint-Pierre de Rome, XIIe siècle

    ℟. Egrediétur Dóminus de Samaría ad portam, quæ réspicit ad Oriéntem: et véniet in Béthlehem ámbulans super aquas redemptiónis Judæ: * Tunc salvus erit omnis homo: quia ecce véniet.
    . Et præparábitur in misericórdia sólium ejus, et sedébit super illud in veritáte.
    . Tunc salvus erit omnis homo: quia ecce véniet.

    Le Seigneur sortira de Samarie vers la porte qui regarde vers l’Orient : et il viendra à Bethléem, marchant sur les eaux de la rédemption de Juda : alors tout homme sera sauvé : car voici qu’il va venir. Et son trône sera affermi en miséricorde, et il y siégera en vérité.

    Ce répons des matines est l’un des plus mystérieux de la liturgie latine. L’origine du verset est facilement identifiable : c’est littéralement Isaïe 16,5, quatre versets après « Envoie, Seigneur, l’Agneau dominateur du pays ». Mais le répons proprement dit, s’il fait plus ou moins allusion aux prophètes, n’a qu’une seule expression réellement identifiable : « ad portam quae respicit ad Orientem ». Il s’agit de la célèbre prophétie d’Ezéchiel (44,1) sur la virginité de Marie, temple du Seigneur : « Il me ramena vers le chemin de la porte du sanctuaire extérieur, qui regardait vers l'Orient, et elle était fermée. Et le Seigneur me dit: Cette porte sera fermée; elle ne sera point ouverte, et personne n'y passera; car le Seigneur, le Dieu d'Israël, est entré par cette porte. » En effet le Seigneur « viendra à Bethléem » en passant par cette porte. Les « eaux de la rédemption » sont les eaux par lesquelles il faut passer pour être sauvé, depuis celles de la Mer Rouge à celles du baptême en passant par celles qui courent dans les psaumes et celle qui sort du flanc du Christ crucifié. Rédemption du royaume de Juda, c’est-à-dire du royaume de David, et c’est sans doute cette mention qui entraîne celle de Samarie, c’est-à-dire le royaume du nord, le royaume d’Israël dont la capitale était Samarie. Car « alors tout homme sera sauvé », ce qui renvoie à Isaïe 40,5 cité en Luc 3,6 : « et toute chair verra le salut de Dieu ». Or Jésus, pour aller à Bethléem, sort de Samarie, puisque Nazareth se trouve sur le territoire de l’ancien royaume dont Samarie fut la capitale. On attendrait plutôt « Israël ». Mais Jésus est le Samaritain qui sort de son Royaume (par la porte fermée) pour nous sauver.

  • Conditor alme siderum

    Cónditor alme síderum,
    ætérna lux credéntium,
    Christe, redémptor ómnium,
    exáudi preces súpplicum.

    De tous les feux du ciel seul auteur et seul maître,
    Vive lumière des croyants,
    Rédempteur, qui pour tous sur terre as voulu naître,
    Daigne exaucer tes suppliants.

    Qui cóndolens intéritu
    mortis períre sǽculum,
    salvásti mundum lánguidum,
    donans reis remédium.

    Ta pitié, qui voyait périr tes créatures
    Après d'inutiles travaux,
    Ranime nos langueurs, et ferme nos blessures
    Par un remède à tous nos maux.

    Vergénte mundi véspere,
    uti sponsus de thálamo,
    egréssus honestíssima
    Vírginis Matris cláusula.

    Sur le couchant du monde, et vers l'heure fatale
    Dont le menaçait ton courroux,
    Tu sors d'une clôture et sainte et virginale
    Avec tout l'amour d'un époux.

    Cujus forti poténtiæ
    genu curvántur ómnia;
    cæléstia, terréstria
    nutu faténtur súbdita.

    Tous les êtres du ciel, tout ce qu'en a la terre,
    Courbent le genou devant toi,
    Et sans avoir besoin d'éclairs ni de tonnerre,
    Un clin d'œil les tient sous ta loi.

    Te deprecámur, hágie,
    ventúre judex sǽculi,
    consérva nos in témpore
    hostis a telo pérfidi.

    Saint des saints, qu'on verra du trône de ton père
    Descendre encor pour nous juger,
    Contre un fier ennemi, durant cette misère,
    Prends le soin de nous protéger.

    Laus, honor, virtus, glória
    Deo Patri, et Fílio,
    Sancto simul Paráclito,
    in sæculórum sǽcula. Amen.

    Louange à tout jamais au Père inconcevable !
    Louange à son Verbe en tout lieu !
    Louange à l'Esprit Saint, ainsi qu'eux ineffable,
    Qui n'est avec eux qu'un seul Dieu !

    L’hymne des vêpres au temps de l’Avent, traduction Pierre Corneille. On remarque d’abord la réelle beauté du texte français. Puis les ajouts très cornéliens : « Après d'inutiles travaux », « Dont le menaçait ton courroux », sans oublier les éclairs et le tonnerre. Il fait du « temps » (de notre vie) seulement une « misère ». Mais surtout la spiritualité de son époque lui fait faire un quasi contre-sens. Il traduit « Ranime nos langueurs, et ferme nos blessures » un vers qui veut dire « Tu as sauvé le monde malade ». L'hymne de l'Avent ne demande pas au Christ de nous guérir, elle constate que le Créateur nous a sauvés en nous donnant le remède qui est son Fils venant dans notre monde.

  • Sainte Lucie

    In tua patientia possedisti animam tuam, Lucia sponsa Christi : odisti quae in mundo sunt, et coruscas cum Angelis : sanguine proprio inimicum vicisti.

    Dans ta patience tu as possédé ton âme, Lucie épouse du Christ : tu as haï ce qui est dans le monde, et tu brilles avec les anges : par ton propre sang tu as vaincu l’ennemi.

    C’est l’antienne du Magnificat aux premières vêpres (qui ont été supprimées en 1960 sauf là où sainte Lucie est patronne). Le début reprend le propos de Jésus en Luc 21 : « In patientia vestra possidebitis animas vestras », qui est aussi une antienne de la liturgie des martyrs.

  • Vox clara ecce intonat

    L’hymne des laudes au temps de l’Avent, traduction Pierre Corneille.

    Vox clara ecce íntonat,
    obscúra quæque íncrepat:
    pellántur éminus sómnia;
    ab æthre Christus prómicat.

    Un saint éclat de voix à nos oreilles tonne,
    Il dissipe la nuit qui nous couvrait les yeux,
    Va, sommeil, et nous abandonne,
    Jésus prêt à partir brille du haut des cieux.

    Mens jam resúrgat tórpida
    quæ sorde exstat sáucia;
    sidus refúlget jam novum,
    ut tollat omne nóxium.

    Apprends, âme endormie, apprends à te soustraire
    Aux fantômes impurs dont tu te sens blesser :
    Le nouvel astre qui t'éclaire
    Ne lance aucun rayon que pour les terrasser.

    E sursum Agnus míttitur
    laxáre gratis débitum;
    omnes pro indulgéntia
    vocem demus cum lácrimis.

    L'incomparable agneau que du ciel on envoie
    Vient payer de son sang ce que chacun lui doit :
    Que les pleurs et les cris de joie
    S'efforcent de répondre aux biens qu'on en reçoit,

    Secúndo ut cum fúlserit
    mundúmque horror cínxerit,
    non pro reátu púniat,
    sed nos pius tunc prótegat.

    Afin que, quand son bras choisira ses victimes,
    Qu'on verra l'univers environné d'horreur,
    Loin de nous punir de nos crimes,
    Ce même bras nous cache à sa juste fureur.

    Summo Parénti glória
    Natóque sit victória,
    et Flámini laus débita
    per sæculórum sæcula. Amen.

    Gloire soit à jamais au Père inconcevable !
    Gloire au Verbe incarné ! gloire à l'Esprit divin !
    Gloire à leur essence ineffable,
    Qui règne dans les cieux et sans borne et sans fin !

  • Saint Damase

    Les résultats des fouilles et des études faites récemment nous apprennent que ce célèbre Pontife des martyrs naquit à Rome l’an 305 et que son père, nommé Antoine avait fait toute sa carrière ecclésiastique non loin du Théâtre de Pompée, près des archives de l’Église romaine : « Hic pater exceptor, lector, levita, sacerdos. » (1)

    La mère de Damase portait le nom de Laurentia, elle vécut environ quatre-vingt-douze ans et fut ensevelie sur la voie Ardéatine. Cette Laurentia eut aussi une fille nommée Irène, qui fut vierge consacrée. Quant à Damase, il est dit de lui dans une inscription : « Natus qui antistes sedis Apostolicae » (2), précisément parce qu’il avait eu pour père un évêque, un des nombreux évêques ruraux disséminés à cette époque dans la campagne romaine. Dès sa jeunesse Damase fut employé aux Archives pontificales, et c’est là sans doute qu’il dut sentir naître sa vocation de poète des martyrs, commençant dès lors ses recherches historiques sur ces héroïques confesseurs de la Foi, — comme il le fit pour les martyrs Pierre et Marcellin, — recherches qui, parfois, purent profiter des dépositions orales des bourreaux eux-mêmes : « Marcelline, tuos pariter, Petre, cognosce triumphos Percussor retulit Damaso mihi, cum puer essem. » (3)

    Damase fut élu pape in Lucinis (4) en octobre 366, mais dans les premiers temps de son pontificat il fut combattu par le parti schismatique d’Ursin auquel adhéra une bonne partie du clergé. Quand celui-ci se soumit enfin au Pontife, Damase attribua cette réconciliation à l’intercession des martyrs, et il orna de cette inscription la tombe d’un groupe anonyme de martyrs sur la voie Salaria : « Pro reditu cleri, Christo praestante, triumphans. » (5)

    Il n’y a pour ainsi dire pas de tombe illustre de martyr dans les cimetières romains que Damase n’ait honorée de ses vers, ordinairement gravés sur marbre, en caractères spéciaux et très beaux que nous devons au calligraphie Furius Dionysius Philocalus. Mais il ne se contenta pas seulement des vers ; il commença des restaurations et des embellissements en faveur d’un grand nombre de sépulcres de saints ; de certains, comme celui d’Eutychius ad Catacumbas, on avait perdu jusqu’à la trace.

    Damase creusa, chercha, refit l’histoire, rétablit le culte, et, en certains cas où le martyre subi pour la foi était encore discuté, le Pontife régla la controverse et fit la canonique vindicatio Martyris (6). Tel semble avoir été le cas de Némésius, dont la tombe « Incultam pridem dubitatio longa reliquit, Sed tenuit virtus adseruitque fidem. » (7)

    Saint Damase mourut le 11 décembre 384 et fut enseveli près de sa mère et de sa sœur dans une crypte érigée par lui sur la voie Ardéatine, que le Liber Pontificalis appelle sans plus basilica sua.

    Bienheureux cardinal Schuster

    (1) Ce père greffier, lecteur, lévite, prêtre.

    (2) Lui qui est né évêque du siège apostolique.

    (3) Vos triomphes, Marcellin et Pierre, le bourreau les fit connaître à moi-même, Damase.

    (4) Au lieu dit « in Lucinis », ou « à (la basilique) in Lucinis », dont on ne sait plus rien. Lucinis :aux accouchements (d’après Lucine, la déesse des accourchements), ou aux lumières (d’après lychnus latinisé en lucinus) ?

    (5) Pour le retour du clergé, grâce au Christ, triomphant.

    (6) Défense du martyr, justification de son martyre.

    (7) Un long doute la laissa sans culte, mais… mais je ne sais pas traduire la suite…