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Liturgie - Page 4

  • 14e dimanche après la Pentecôte

    Si l’herbe du champ,
    qui aujourd’hui est là, et demain jetée au four,
    Dieu l’habille ainsi,
    combien plus pour vous, minicroyants !

    Ainsi sœur Jeanne d’Arc traduit-elle littéralement « oligopistos », et elle a raison, car ce mot n’existe pas en dehors des évangiles, où il est toujours prononcé par le Christ, et vise toujours les apôtres : il ne faut donc pas le traduire par des mots ou des expressions qu’on rencontre ailleurs.

    C’est ici la première fois qu’il apparaît. Il est intéressant de noter que c’est dans une des pages les plus charmantes de l’évangile. Pour parler de la foi, Jésus fait goûter la beauté de la création. Il est assis sur la montagne, et il désigne à ses disciples les oiseaux qui volent au-dessus du lac, les fleurs qui émaillent les champs. Les oiseaux ne sèment pas et ne moissonnent pas et n’entassent pas, et pourtant ils mangent, parce que Dieu les nourrit. Les lis ne travaillent pas et ne filent pas, mais ils sont habillés de façon plus splendide que ne l’était Salomon dans toute sa gloire. Cette dernière notation est un cri de louange du Père qui a fait la nature plus belle que tout ce que l’homme peut inventer. Ce Père auquel il faut donc faire une absolue confiance. La leçon sur la foi est délivrée ici dans un cadre idyllique. Toutefois, c’est avec cette étrange précision que l’herbe somptueuse va être jetée au four. Littéralement ça n’a pas de sens : ni à son époque, ni jamais, on n’a récolté des fleurs des champs pour les faire brûler dans un four. Soit Jésus utilisait une expression populaire voulant dire que ces fleurs n’ont aucune valeur marchande, soit il s’agit d’un bref rappel du destin tragique de l’homme, qu’on ne doit pas oublier même en cette belle journée.

    On a trouvé sous la plume de Rabbi Eliézer ha-Modaï (Eléazar de Modin) un texte de la Mishna qui ressemble à celui-là. « Celui qui a créé la journée a également créé sa disposition; c'est pourquoi celui qui, tout en ayant suffisamment de nourriture pour la journée, dit: Que vais-je manger demain ? appartient à la catégorie des hommes de peu de foi, comme les Israélites quand ils reçurent la manne. » Cependant l’expression « de peu de foi » est en deux mots hébreux (voulant dire « petits de foi »), et non en un seul. D’autre part ce rabbi fait partie des « Sages » de la première génération après la destruction du Temple, il a donc pu être influencé par l’évangile.

    Cela pour souligner qu’on ne trouve nulle part ailleurs une telle expression.

    Saint Luc, dans le passage parallèle, reprend « oligopistos ». Jésus va employer ce mot trois autres fois, toujours dans saint Matthieu. Deux fois au cours d’une tempête. D’abord quand les disciples dans la barque le réveillent pour lui dire : « Seigneur, sauve-nous, nous périssons. » Et Jésus montre alors qu’il est le maître de la nature. Puis quand saint Pierre veut marcher sur l’eau et qu’il commence à couler. S’il avait eu la foi il aurait été lui aussi le maître des flots. Oligopistè ! Cette seule fois au vocatif, et c’est saint Pierre, le chef de l’Eglise, celui dont « la foi ne défaillira pas » qui est ainsi traité…

    Enfin c’est quand Jésus dit aux apôtres de prendre garde au levain des pharisiens et que les apôtres croient qu’il leur reproche de ne pas avoir emporté de pain : ces minicroyants ne se souviennent déjà plus de la double multiplication des pains (dont la seconde est semble-t-il toute récente). On retrouve ici la configuration du sermon sur la montagne : de même que Dieu nourrit les oiseaux, il nourrit les hommes qui lui font confiance, qui ont foi en lui. Et même les autres, d’ailleurs. Mais seuls ceux qui ont la foi reçoivent la vraie manne, le pain descendu du ciel.

  • Exaltation de la Sainte Croix

    Apostiches des grandes vêpres de la fête byzantine de l’"Exaltation universelle de la vénérable et vivifiante Croix", par Evgnios Hardabellas, protopsalte de l’église de l’Entrée de la Mère de Dieu à Koskinou (Rhodes).

    Χαίροις ὁ ζωηφόρος Σταυρός, τῆς εὐσεβείας τὸ ἀήττητον τρόπαιον, ἡ θύρα τοῦ Παραδείσου, ὁ τῶν πιστῶν στηριγμός, τὸ τῆς Ἐκκλησίας περιτείχισμα· δι᾿ οὗ ἐξηφάνισται, ἡ φθορὰ καὶ κατήργηται, καὶ κατεπόθη, τοῦ θανάτου ἡ δύναμις, καὶ ὑψώθημεν, ἀπὸ γῆς πρὸς οὐράνια. Ὅπλον ἀκαταμάχητον, δαιμόνων ἀντίπαλε, δόξα Μαρτύρων Ὁσίων, ὡς ἀληθῶς ἐγκαλλώπισμα, λιμὴν σωτηρίας, ὁ δωρούμενος τῷ κόσμῳ τὸ μέγα ἔλεος.

    Ὑψοῦτε Κύριον τὸν Θεὸν ἡμῶν καὶ προσκυνεῖτε τῷ ὑποποδίῳ τῶν ποδῶν αὐτοῦ.

    Χαίροις ὁ τοῦ Κυρίου Σταυρός, δι᾿ οὗ ἐλύθη τῆς ἀρᾶς τὸ ἀνθρώπινον, τῆς ὄντως χαρᾶς σημεῖον, ὁ καταράσσων ἐχθρούς, ἐν τῇ σῇ ὑψώσει πανσεβάσμιε· ἡμῶν ἡ βοήθεια, Βασιλέων κραταίωμα, σθένος δικαίων, ἱερέων εὐπρέπεια, ὁ τυπούμενος, καὶ δεινῶν ἐκλυτρούμενος, ῥάβδος ἡ τῆς δυνάμεως, ὑφ᾿ ἧς ποιμαινόμεθα, ὅπλον εἰρήνης ἐν φόβῳ, ὃ περιέπουσιν Ἄγγελοι, Χριστοῦ θεία δόξα, τοῦ παρέχοντος τῷ κόσμῳ τὸ μέγα ἔλεος.

    Ὁ δὲ Θεὸς Βασιλεὺς ἡμῶν πρὸ αἰῶνος εἰργάσατο σωτηρίαν ἐν μέσῳ τῆς γῆς.

    Χαίροις ὁ τῶν τυφλῶν ὁδηγός, τῶν ἀσθενούντων ἰατρός, ἡ ἀνάστασις, ἁπάντων τῶν τεθνεώτων, ὁ ἀνυψώσας ἡμᾶς, εἰς φθορὰν πεσόντας, Σταυρὲ τίμιε· δι᾿ οὗ διαλέλυται, ἡ φθορὰ καὶ ἐξήνθησεν, ἡ ἀφθαρσία, καὶ βροτοὶ ἐθεώθημεν, καὶ διάβολος, παντελῶς καταβέβληται. Σήμερον ἀνυψούμενον, χερσὶ καθορῶντές σε, Ἀρχιερέων ὑψοῦμεν, τὸν ὑψωθέντα ἐν μέσῳ σου, καὶ σὲ προσκυνοῦμεν, ἀρυόμενοι πλουσίως τὸ μέγα ἔλεος.

    Salut, vivifiante Croix du Seigneur, * invincible trophée de la foi, * porte du Paradis, rempart de l'Eglise et réconfort des croyants; * par toi fut abolie la puissance de la mort, * par toi disparaît l'antique malédiction, * par toi nous sommes élevés de terre jusqu'au ciel; * arme invincible qui chasses les démons, * havre de salut et gloire des Martyrs, * précieux ornement des Justes et des Saints, * au monde tu apportes la grâce du salut.

    Exaltez le Seigneur notre Dieu, prosternez-vous devant son trône, car il est saint. (Psaume 98,5: Exaltate Dominum Deum nostrum,et adorate scabellum pedum ejus, quoniam sanctum est.)

    Salut, vénérable Croix du Seigneur, * qui délivres de la malédiction le genre humain, * toi le signe d'où rayonne la vraie joie; * exaltée, tu renverses l'ennemi; * tu es notre secours et notre appui, * la force des justes, la splendeur des prêtres saints; * ton image nous arrache au malheur, * sceptre de puissance nous conduisant, * arme de paix, que les Anges escortent avec respect, * divine gloire du Christ * qui accorde au monde la grâce du salut.

    Dieu est notre Roi depuis toujours, au milieu de la terre il accomplit le salut. (Psaume 73,12: Deus autem rex noster ante sæcula : operatus est salutem in medio terræ.)

    Salut, guide des aveugles, précieuse Croix, * médecin des malades, résurrection de tous les morts, * nous relevant de la fosse où nous sommes tombés; * par toi cesse la corruption du tombeau, * par toi fleurit notre immortelle condition * et nous mortels, nous voici divinisés; * le diable s'en trouve terrassé; * et, voyant les mains des Pontifes t'élever, * nous exaltons celui qui sur toi fut hissé; * nous prosternant devant toi, nous puisons * en abondance la grâce du salut.

  • Non abscondas me, Domine

    ℟. Non abscóndas me, Dómine, a fácie tua: manum tuam longe fac a me,
    * Et formído tua non me térreat.
    . Córripe me, Dómine, in misericórdia, non in furóre tuo, ne forte ad níhilum rédigas me.
    ℟. Et formído tua non me térreat.

    Ne me cache pas, Seigneur, loin de ta face, éloigne de moi ta main, et que ton effroi ne me terrifie pas.
    Corrige-moi, Seigneur, en ta miséricorde, non en ta fureur, de peur que tu ne me réduises à néant.

    Ce « répons de Job » reprend Job 13,20b-21, en modifiant les premiers mots : l’affirmation « et alors je ne me cacherai pas loin de ta face », devient une prière : « Ne me cache pas (ne me relègue pas), Seigneur, loin de ta face ».

    Le verset, quant à lui, ressemble à un verset de Job, mais il vient de Jérémie (10,24), avec une modification par rapport aux textes latins, grec et hébreu qui sont unanimes : Jérémie demande à Dieu de le corriger « dans le jugement » (selon sa justice), et Job « dans la miséricorde » (selon sa miséricorde)…

    On notera d’autre part que tous les manuscrits notés médiévaux commencent par « Ne abscondas » (ce qui ne change rien au sens).

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  • Le Saint Nom de Marie

    Début de l’office dit « Appel de Jasna Gora », à Czestochowa (où a commencé ce qui occasionnera la fête de ce jour). Fanfare du dévoilement de l’Icône. Chant de Bogurodzica (Mère de Dieu), qui date d’au moins le XIIIe siècle et faisait fonction d’hymne national polonais notamment dans les guerres contre les Turcs. Chant de Maryjo, Królowo Polski (Marie, Reine de Pologne), trois fois, malheureusement interrompu. (Suivent des prières, d’autres chants, et la bénédiction.)

    Bogurodzica, dziewica, Bogiem sławiena Maryja,
    U Twego syna, Gospodzina, matko zwolena Maryja,
    Zyszczy nam, spuści nam.
    Kirielejson.

    Twego dziela Krzciciela, Bożycze,
    Usłysz głosy, napełń myśli człowiecze.
    Słysz modlitwę, jąż nosimy,
    A dać raczy, jegoż prosimy:
    A na świecie zbożny pobyt,
    Po żywocie rajski przebyt.
    Kirielejson.

    Mère de Dieu, Vierge, Marie glorifiée par Dieu, Mère choisie, Marie! Convertis-nous, envoie-nous ton Fils notre Seigneur. Kyrie eleison.

    De par ton Baptiste, Fils de Dieu Entends nos voix, réponds aux vœux des hommes. Écoute la prière que nous t’offrons, Et daigne nous donner ce que nous demandons: Sur terre, un pieux séjour, Après la vie, la demeure céleste. Kyrie eleison.

    Maryjo, Królowo Polski,
    Jestem przy Tobie, pamiętam,
    Czuwam.

    Marie, Reine de Pologne, je suis avec toi, je me souviens, je veille.

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    Manuscrit de Bogurodzica de 1407.

  • Saints Prote et Hyacinthe

    Beatórum Mártyrum tuórum Proti et Hyacínthi nos, Dómine, fóveat pretiósa conféssio : et pia iúgiter intercéssio tueátur. Per Dóminum.

    Faites, Seigneur, que le magnifique témoignage de vos bienheureux Martyrs Prote et Hyacinthe nous encourage et nous anime, et que leur pieuse intercession nous protège toujours.

    Pro sanctórum Martyrum tuórum Proti et Hyacínthi commemoratióne, múnera tibi, Dómine, quæ debémus, exsólvimus : præsta, quǽsumus ; ut remédium nobis perpétuæ salútis operéntur. Per Dóminum.

    Nous accomplissons nos obligations, Seigneur, en vous offrant ces biens que nous vous devons pour commémorer vos saints Martyrs Prote et Hyacinthe : accordez-nous, nous vous en prions, qu’ils opèrent en nous comme un remède pour le salut éternel.

    Ut percépta nos, Dómine, tua sancta puríficent : beatórum Mártyrum tuórum Proti et Hyacínthi, quǽsumus, ímploret orátio. Per Dóminum.

    Pour que vos saints mystères reçus nous purifient, nous vous le demandons, Seigneur : que la prière de vos bienheureux Martyrs Prote et Hyacinthe parvienne à vous.

    Les trois oraisons « propres » de la messe des saints Prote et Hyacinthe sont en fait les trois oraisons de la 5e des six messes de plusieurs martyrs en dehors du temps pascal dans le Missel de Braga. Messe qui a le même introït que la première messe du Missel Romain de plusieurs martyrs, mais n’a pas d’autre point commun.

    On peut relire le récit de la découverte de la tombe de saint Hyacinthe le vendredi saint 1845.

    Et le récit hyper rocambolesque, dans la Légende dorée, des aventures de Prote et Hyacinthe en compagnie de la fille de leurs maîtres, Eugénie, qui devint père abbé… mais ne sacrifiait à aucune théorie du genre…

  • Saint Nicolas de Tolentino

    Chaque 10 septembre a lieu à Albi, un village d’un millier d’habitants en Calabre (au nord de Catanzaro) la « Ballata » (danse) de saint Nicolas de Tolentino.

    A 14h la statue sort de l’église Saints Pierre et Paul et a lieu une première « chorégraphie », puis elle est placée sur une camionnette avec des musiciens, et elle s’en va dans les hameaux d’alentour. Quand elle revient elle est posée au pied de l’autel de l’église Saints Phiippe et Jacques, pour une prière, puis elle est portée à l’église Saints Pierre et Paul, pour une autre prière. Ensuite a lieu une longe procession dans toutes les rues du village. La statue s’arrête au seuil de toutes les maisons pour que tout le monde puisse le toucher et l’embrasser. La dernière maison visitée est celle du maire, qui se rend ensuite devant la mairie pour honorer le saint au nom de tous ses administrés. Alors a lieu le moment que tout le monde attend. La statue est portée en courant vers l’église, mais dès qu’elle entre, saint Nicolas de Tolentino s’agite pour montrer qu’il veut retourner parmi les fidèles. On repart en courant, on revient en courant. Trois fois. La troisième fois saint Nicolas de Tolentino accepte de rester dans l’église. Et on vient l’embrasser. Et les plus chanceux repartent avec du pain béni placé dans des corbeilles. Puis on part danser et chanter et voir le feu d’artifice…

    Il y a comme ça un peu partout, du moins dans certains pays, d’émouvants restes de chrétienté.

    Ici la Ballata en 2017 :

  • Versa est cithara mea

    ℟. Versa est in luctum cíthara mea, et órganum meum in vocem fléntium:
    * Parce mihi, Dómine, nihil enim sunt dies mei.
    . Cutis mea denigráta est super me, et ossa mea aruérunt.
    ℟. Parce mihi, Dómine, nihil enim sunt dies mei.

    Ma cithare a tourné en affliction, et ma flûte en voix de pleurs. Epargne-moi, Seigneur, car mes jours sont néant. Ma peau s’est noircie sur moi, et mes os se sont desséchés. Epargne-moi, Seigneur, car mes jours sont néant.

    Ce répons faisait partie de l’office des défunts en Espagne, et c’est pourquoi tous les compositeurs ibériques (dans la péninsule et dans les colonies) du XVIe siècle ont composé des motets polyphoniques sur ce texte, le plus célèbre étant celui de Victoria. L’image est saisissante pour un musicien, et d’autant plus appropriée que « luctus » dans le cadre funéraire veut dire « deuil ». Mais pour tout le reste de la chrétienté latine c’était, et c’est toujours dans la liturgie traditionnelle, un « répons de Job » (avant qu’il soit fixé par saint Pie V c’était souvent avec un verset différent). Le texte hébreu n’a pas de verbe dans la première phrase. Saint Jérôme a gardé celui des anciennes versions latines, qui veut dire littéralement « être tourné », ici « changé », « transformé ». Le verbe de la Septante (apébi) est plus imagé encore, puisque s’il a souvent le sens figuré de tourner (devenir), le préfixe indique une descente. Quant au mot « organum », il désigne un instrument de musique, sans autre précision, comme l’hébreu ougab. Mais il est souvent utilisé en parallèle avec des noms d’instruments à cordes, donc on en fait un instrument à vent. De fait il donnera « orgue », qui est un instrument à vent. Le grec a « psalmos », psaume, qui veut dire littéralement chant accompagné d’instruments.

  • 13e dimanche après la Pentecôte

    Le Seigneur a purifié dix lépreux et leur a dit : "Allez vous montrer aux prêtres." A ce sujet, on peut se demander pourquoi il les envoya aux prêtres, de telle sorte qu’en cours de route, ils soient purifiés. Hormis les lépreux, nul de ceux qu’il a gratifiés de bienfaits corporels ne se trouve jamais envoyé aux prêtres. C’était aussi de la lèpre qu’il avait purifié celui auquel il a dit : "Va, montre-toi aux prêtres et offre pour toi le sacrifice prescrit par Moïse pour leur servir d’attestation." Il faut donc rechercher la signification de cette lèpre.

    Ceux qui en sont délivrés ne sont pas dits guéris mais purifiés. La lèpre est à proprement parler une corruption de la couleur plutôt que de la santé ou de l’intégrité des sens et des membres. On peut donc, sans absurdité, penser que les lépreux représentent ceux qui, sans avoir la science de la vraie foi, professent en conséquence les doctrines variées de l’erreur. Loin de cacher leur ignorance, ils la produisent au grand jour comme la science suprême et dans des discours pleins de jactance, ils en font étalage. Or, il n’est si fausse doctrine qui ne soit mêlée de quelque vérité. Dans une seule et même discussion ou récit d’un homme, les vérités s’entremêlent sans ordre aux erreurs comme si elles apparaissaient dans la coloration d’un seul corps. Ainsi en va-t-il de la lèpre, elle altère et flétrit les corps humains, mêlant aux teintes vraies des fausses couleurs. Que l’Église se garde donc de tels hommes ! Ainsi, s’il se peut, se voyant maintenus à distance ils interpelleront le Christ en une grande clameur, comme ces dix qui s’arrêtèrent à distance puis, élevant la voix, dirent : "Jésus, maître, aie pitié de nous." Ils l’appellent : "Maître." Et de ce nom, personne, que je sache, n’a jamais interpellé le Seigneur pour lui demander un remède corporel. C’est assez montrer, je crois, que la fausse doctrine est signifiée par la lèpre dont le bon maître lave la souillure.

    Saint Augustin, lecture des matines, Questions sur les évangiles, II, 40.

  • De la Sainte Vierge le samedi

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    Sacraméntum reconciliatiónis nostræ, ante témpora ætérna dispósitum, nullæ implébant figúræ; quia nondum supervénerat Spíritus Sanctus in Vírginem, nec virtus Altíssimi obumbráverat ei, ut, et intra intemeráta víscera, ædificánte sibi Sapiéntia domum, Verbum caro fíeret, et, forma Dei ac forma servi in unam conveniénte persónam, Creátor témporum nascerétur in témpore, et, per quem facta sunt ómnia, ipse inter ómnia gignerétur. Nisi enim novus homo, factus in similitúdinem carnis peccáti, nostram suscíperet vetustátem, et, consubstantiális Patri, consubstantiális esse dignarétur et matri, naturámque sibi nostram solus a peccáto liber uníret: sub iugo diáboli generáliter tenerétur humána captívitas.

    Aucune figure n’accomplissait le mystère de notre réconciliation, décidé de toute éternité, car l’Esprit n’était pas encore venu sur la Vierge et la puissance du Très-Haut ne l’avait pas prise encore sous son ombre. Alors, la Sagesse se construisit une demeure: le Verbe se fit chair en un sein virginal; unissant en une seule personne la condition de Dieu et celle d’esclave, le Créateur des temps naquit dans le temps, et celui-là même par qui tout avait été fait pris naissance au sein de l’univers. En effet, si l’homme nouveau, créé dans une chair semblable à celle du péché, n’assumait notre vétusté, si, lui, consubstantiel au Père, ne daignait devenir aussi consubstantiel à sa mère, et s’il ne s’unissait notre nature, lui qui seul est exempt du péché, toute l’humanité était retenue captive sous le joug du diable.

    Lettre de saint Léon à l’impératrice Pulchérie, lecture des matines.

  • Induta est caro mea putredine

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    Antiphonaire de Klosterneuburg, XIVe siècle.

    ℟ Indúta est caro mea putrédine, et sórdibus púlveris cutis mea áruit et contrácta est:
    * Meménto mei, Dómine, quóniam ventus est vita mea.
    . Dies mei velócius transiérunt quam a texénte tela succíditur, et consúmpti sunt absque ulla spe.
    ℟. Meménto mei, Dómine, quóniam ventus est vita mea.

    Couverte est ma chair de pourriture, et par des saletés de poussière ma peau a séché et s’est contractée. Souviens-toi de moi, Seigneur, parce que du vent est ma vie. Mes jours sont passés plus vite que par le tisserand la toile est coupée, et ils se sont consumés sans aucun espoir.

    ℟. : Job 7,5. ℣: Job 7,6.

    Répons des matines : l’un des « répons de Job ». Le texte est exactement celui de a Vulgate, avec un ajout : « mei, Domine », pour souligner que c’est une prière pour demander le salut et non seulement un triste constat. On peut remarquer que la Bible de Lemaître de Sacy (influencée par la liturgie ?) a ajouté « Seigneur ».

    La bonne traduction explicative de « contracta » est « crevassée » ou « gercée ».

    « Ventus est vita mea » : Ma vie n’est qu’un souffle. Le mot hébreu est ruah, et le mot grec pneuma. C’est le mot qui, dans ces deux langues, désigne aussi bien le Saint-Esprit que le souffle du vent. Les anciennes versions latines avaient « spiritus », et il se trouve que « spiritus » a le sens de vent dans plusieurs endroits de l’Ecriture (non sans parfois une équivoque volontaire, qui deviendra réalité à la Pentecôte : le Saint-Esprit est un vent violent). Mais ici il ne s’agit pas du tout de ce vent, mais de la vie brève et fragile de l'homme. C’est seulement un léger souffle, vain et éphémère. C’est pourquoi saint Jérôme a évité « spiritus ».