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Liturgie - Page 4

  • Lundi de la Sexagésime

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    ℟. In artículo diéi illíus ingréssus est Noë in arcam et fílii eius,
    * Uxor illíus et uxóres filiórum eius.
    . Deléta sunt univérsa de terra, remánsit autem solus Noë, et qui cum eo erant in arca.
    ℟. Uxor illíus et uxóres filiórum eius.

    En ce jour même, Noé entra dans l’arche, et ses fils, et sa femme et les femmes de ses fils.
    Et furent effacés de la terre, mais resta seul Noé, et ceux qui étaient avec lui dans l’arche, sa femme et les femmes de ses fils.

    Le verset commence de façon très elliptique. Dans le texte de la Bible, c’est la fin du verset 23 du chapitre 7 de la Genèse : « Et il (Dieu) effaça toute substance qui était sur la terre, depuis l’homme jusqu’aux animaux domestiques, tant les reptiles que les volatiles du ciel, et ils furent effacés de la terre : mais resta seul Noé, et ceux qui étaient avec lui dans l’arche. »

    Le corps du répons commence par une expression qui a été traduite par « Aussitôt que ce jour parut » par Sacy et tous ceux qui l’ont recopié. En fait l’expression veut dire simplement « en ce jour même », à savoir le 17 du 2e mois de la 600e année de Noé. Saint Jérôme a voulu coller d’aussi près que possible au mot hébreu, etsem, qui suivi d’un génitif veut dire même : en ce jour même, celui-là même qu’on vient de définir. Mais le sens premier du mot est « os », d’où substance, corps, cela même… Saint Jérôme a donc voulu utiliser le mot « articulus », qui au départ concerne également les os, puisqu’il veut dire l’articulation, la jointure des os. Et « in articulo » indique le moment décisif, le moment critique (« in articulo mortis ») et ici simplement le moment même : ce jour même.

    D’autre part, dans une de ses lettres, saint Jérôme souligne, à propos de la monogamie, que Noé et les fils de Noé n’avaient qu’une seule femme (et ils ont repeuplé la terre, comme avant eux Adam et Eve). Ce n’est pas absolument évident dans le répons, mais le texte de la Genèse le dit explicitement : « In articulo diei illius ingressus est Noë, et Sem, et Cham, et Japheth filii ejus, uxor illius, et tres uxores filiorum ejus cum eis in arcam. » En ce jour même sont entrés Noé, et Sem et Cham et Japhet ses fils, sa femme, et les trois femmes de ses fils avec lui dans l’arche. Ce qui faisait en tout 8 personnes, comme le remarque saint Pierre dans sa première épître : « 8 âmes qui ont été sauvées par l’eau », ce qui est le type du baptême donné par le Christ auquel correspond le nombre 8, nombre de la Résurrection.

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  • Sexagésime

    Sciant gentes, quóniam nomen tibi Deus : tu solus Altíssimus super omnem terram.
    . Deus meus, pone illos ut rotam, et sicut stípulam ante fáciem venti.

    Qu’elles sachent, les nations, que ton nom est Dieu : tu es seul le Très-Haut sur toute la terre.
    Mon Dieu, mets-les comme une roue, et comme une paille devant la face du vent.

    Ce graduel a la particularité de n’avoir qu’une seule formule de centon (sur faciem) en dehors des deux cadences finales et de celle de Altissimus. On remarque notamment l’envolée sur rotam jusqu’au fa (en fait depuis le début du verset on est passé du 1er au 5e mode), cette « roue » étant sans doute un tourbillon de foin emporté par le vent, ce que redit la paille qui suit, comme c’est souvent le cas dans les psaumes. Et la paille aussi s’envole, mais seulement jusqu’à la dominante do – il est vrai que la mélodie est partie de plus bas.

    Par les moines de Ligugé en 1959 (qui font de la roue une trop jolie arabesque alors qu’il s’agit de chasser l’ennemi…) :


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  • Saint Pierre Damien

    Extrait (chapitre 5) du Livre de Gomorrhe, dont personne ne parle au colloque vaticanesque… puisque le sujet même en a été soigneusement effacé.

    Qui passera outre, en faisant la sourde oreille, qui ne frissonnera pas jusqu’à la moelle en pensant à ce que l’Apôtre a claironné, comme une trompette retentissante, en disant : « Dieu les a livrés aux convoitises de leurs cœurs, à une impureté où ils avilissent eux-mêmes leur propre corps. » (Rom. 1) Et un peu plus loin : « A cause de cela, Dieu les a livrés à une passion ignominieuse, car leurs femmes ont échangé les rapports naturels pour des rapports contre nature. Pareillement les hommes, délaissant l’usage naturel de la femme, ont brûlé de désir les uns pour les autres, perpétrant l’infamie d’homme à homme, et recevant en leurs personnes l’inévitable salaire de leur égarement. »

    Pourquoi donc, après une telle chute, aspirent-ils à la sublimité de l’ordre ecclésiastique ? Que penser, que croire, sinon que Dieu les a livrés à leurs sens réprouvés ? Il ne leur permet pas de voir les choses qui leur sont nécessaires, pressurés qu’ils sont par leurs péchés. Car, ayant perdu les yeux intérieurs, le soleil pour eux se couche, celui qui est sur son déclin. Ils ne parviennent pas à réaliser la gravité des maux que fait commettre l’impureté, ni que c’est plus terrible encore de désirer posséder quelque chose de façon désordonnée, contre la volonté de Dieu. Et, de façon habituelle, cela procède de la règle de la justice divine. Ceux qui se souillent avec cette vilenie mille fois condamnable sont frappés par la malédiction d’un digne jugement : ils se plongent dans les ténèbres de la cécité. Voilà ce qu’on lit sur cette infamie dans les auteurs anciens. Les Sodomites voulaient, avec frénésie, faire violence au juste, et ils étaient déjà sur le point de défoncer la porte. Et voici, dit l’Écriture, que les hommes étendirent la main, ramenèrent Loth à eux, et fermèrent la porte. Et ils frappèrent de cécité ceux qui étaient à l’extérieur, du plus petit jusqu’au plus grand, de sorte qu’ils ne pouvaient pas trouver la porte. (Gen. XIX) Il appert que, par ces deux anges, qu’on lit être venus voir Loth, les personnes du Père et du Fils sont dûment désignées. Le montre de façon évidente le fait qu’en leur parlant Loth a dit : « Parce que ton serviteur a trouvé grâce à tes yeux, et que tu as magnifié la miséricorde que tu m’as montrée, je te demande, mon Seigneur, de sauver mon âme. » Celui qui parle ainsi à deux personnes, comme à une seule, est certain qu’en deux personnes une seule substance est vénérée.

    Les Sodomites cherchaient donc à entrer par effraction pour faire violence à des anges. Mais c’est à Dieu que font violence ces hommes immondes, en cherchant à s’approcher des fonctions de l’ordre sacré. Mais ils sont subitement frappés de cécité parce que, par un juste jugement de Dieu, ils tombent dans les ténèbres intérieures, de sorte qu’ils ne parviennent pas à trouver la porte. Parce que, étant séparés de Dieu par le péché, ils ignorent le chemin du retour vers lui. Car ceux qui, non par l’humilité, mais par l’effraction de l’arrogance et de l’ambition, s’efforcent d’accéder à Dieu, se rendent compte immédiatement qu’ils ignorent comment ouvrir la porte d’entrée. Parce que, tout compte fait, c’est le Christ qui est la porte, comme il le dit lui-même : « Je suis la porte. » (Jn X) Ceux qui sous la pression des péchés perdent le Christ, c’est comme si, ne trouvant pas la porte, ils ne pouvaient pas entrer dans l’habitacle des citoyens célestes.

    Ils sont donc livrés à leurs sens réprouvés. Comme ils n’évaluent pas le poids de leur faute sur la balance de leur propre esprit, ils pensent qu’une très lourde masse de plomb a la légèreté des peines anodines. Donc, ce qui est dit là : « Ils frappèrent de cécité ceux qui étaient dehors, » l’Apôtre le déclare manifestement quand il dit : « Dieu les a livrés à leurs sens réprouvés. » Et ce qui est ajouté là après : « Pour qu’ils ne puissent pas trouver la porte », saint Paul l’expose clairement quand il dit : « Pour qu’ils fassent ce qui ne convient pas. » C’est comme s’il disait : « Ils essayèrent d’entrer là où ils ne le devaient pas. » Celui qui, indigne des ordres ecclésiastiques, s’efforce de faire irruption dans le ministère de l’autel sacré, qu’est-ce autre que, après avoir laissé de côté le seuil de la porte, s’efforcer d’entrer par la barrière infranchissable du mur ? Et quoiqu’aucune entrée libre ne s’offre à leurs pieds, ceux qui sont tels s’engagent solennellement à pouvoir parvenir au sanctuaire, préférant être frustrés de ce qu’ils ont présumé obtenir, plutôt que de demeurer dans le vestibule extérieur. Ils peuvent, à la vérité, se cogner la tête sur la pierre d’achoppement de la Sainte Ecriture, mais il ne leur est jamais permis d’entrer par la voie de la divine autorité. Et pendant qu’ils tentent d’entrer au lieu qui leur est interdit, ils ne font rien d’autre que de palper un mur complètement recouvert. Ce n’est pas sans raison qu’on peut leur appliquer ce que dit le Prophète : « Ils tâtaient en plein midi comme pendant la nuit. » (Job V) Et ceux qui ne peuvent pas franchir le seuil de la vraie entrée, ils s’égarent en route, et tournent en rond en un cercle vicieux. C’est d’eux que parle le psalmiste quand il dit : « Mon Dieu, pose-les comme une roue. » (Ps LXXXII) Et de même : « Les impies marcheront en rond. » (Ps XI) C’est en parlant d’eux qu’un peu plus loin saint Paul ajoute, après avoir énuméré leurs crimes : « Ceux qui font de telles choses sont dignes de mort, non seulement ceux qui les font, mais aussi ceux qui consentent à ce qu’ils font. » (Rom 1)

    Certainement, celui qui ne se réveille pas après les terribles coups de tonnerre de cette invective apostolique, on jugera à bon droit qu’il est mort plutôt qu’endormi. Et comme l’Apôtre précise avec tant de zèle une sanction pour chaque méfait, qu’aurait-il dit, je le demande, s’il avait détecté cette blessure dans le corps infect de la sainte Eglise. Surtout, quelle douleur, quelle ardeur de compassion aurait embrasé sa pieuse poitrine s’il avait appris que cette peste abominable se propageait jusque dans les ordres sacrés ? Qu’ils écoutent les directeurs des clercs, et les recteurs des prêtres. Qu’ils écoutent ! Et même s’ils se sentent sûrs d’eux-mêmes, qu’ils craignent de participer aux crimes d’autrui, ceux qui répugnent à corriger les péchés de leurs sujets, et qui, par un silence complice, leur accordent la licence de pécher. Qu’ils écoutent, dis-je, et qu’ils comprennent que tous sont également dignes de mort, ceux qui font le mal et ceux qui y consentent.

  • La Chaire de saint Pierre

    Une hymne de saint Pierre Damien (Carmina sacra et Preces, 72), ça s’impose ces jours-ci…

    Senatus apostolici
    Princeps et praeco Domini,
    Pastor prime fidelium,
    Custodi gregem creditum.

    Prince du Sénat apostolique, éloquent messager du Seigneur, premier Pasteur des fidèles, gardez le troupeau qui vous fut confié.

    Per pascua virentia,
    Nos verbi fruge recrea:
    Refectas oves praevius
    Caulis infer coelestibus.

    Dans vos verdoyants pâturages, nourrissez-nous du précieux aliment de la parole ; introduisez vos brebis fortunées dans le parc céleste où vous les avez précédées.

    Supernae claves januae
    Tibi, Petre, sunt traditae,
    Tuisque patent legibus
    Terrena cum coelestibus.

    A vous, ô Pierre, ont été données les Clefs de la porte des cieux ; les choses de la terre et celles même du ciel sont soumises à vos lois.

    Tu petram verae fidei,
    Tu basim aedificii
    Fundas, in qua catholica
    Fixa surgit Ecclesia.

    Vous décidez par votre choix où sera la Pierre de la vraie foi, la base de l’édifice entier, sur laquelle s’élèvera inébranlable l’Église catholique.

    Umbra tua, dum graderis,
    Fit medicina languidis;
    Textrinis usa vestium
    Sprevit Tabitha feretrum.

    Quand vous marchez, votre ombre guérit les malades ; Tabithe, qui tissait les vêtements du pauvre, échappe par vous aux liens de la mort.

    Catena vinctum gemina
    Virtus solvit angelica,
    Veste sumpta cum caligis
    Patescunt fores carceris.

    On vous charge d’une double chaîne ; mais la main d’un Ange vient la briser ; par son ordre vous reprenez votre habit et votre chaussure : les portes de la prison s’ouvrent d’elles-mêmes.

    Sit Patri laus ingenito,
    Sit decus Unigenito,
    Sit utriusque parili
    Majestas summa Flamini. Amen.

    Louange au Père qui n’est pas engendré ; honneur au Fils unique qui sort de lui; gloire suprême à l’Esprit égal à tous deux. Amen.

    (Traduction dom Guéranger)

  • Jeudi de la Septuagésime

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    La lecture des matines de ce jour est la première partie du chapitre 4 de la Genèse : l’histoire de Caïn et Abel, les deux premiers fils d’Adam et Eve, le premier tuant le second. Premier homicide de l’histoire, surtout premier meurtre du Juste, du Pasteur qui savait que le vrai sacrifice est le sacrifice sanglant. Sacrificateur et sacrifié, Abel est la première image évidente du Christ « notre Pasteur-victime » comme dit saint Ephrem. Et « le sang d’Abel le Juste », dont parle le Christ lui-même, annonce le sang de la Nouvelle Alliance, comme le souligne l’épître aux Hébreux. C’est pourquoi c’est avec Abel que commence l’Eglise de la terre.

    Il y a un seul répons sur Caïn et Abel, le dernier des matines du dimanche de la Septuagésime, que l’on ne trouve donc pas aujourd’hui mais le mercredi et le samedi :

    ℟. Ubi est Abel frater tuus? dixit Dóminus ad Cain. Néscio, Dómine, numquid custos fratris mei sum ego? Et dixit ad eum: Quid fecísti?
    * Ecce vox sánguinis fratris tui Abel clamat ad me de terra.
    . Maledíctus eris super terram, quæ apéruit os suum, et suscépit sánguinem fratris tui de manu tua.
    ℟. Ecce vox sánguinis fratris tui Abel clamat ad me de terra.
    Glória…
    ℟. Ecce vox sánguinis fratris tui Abel clamat ad me de terra.

    Où est Abel ton frère ? dit le Seigneur à Caïn. Je ne sais pas, Seigneur, est-ce que je suis le gardien de mon frère, moi ? Et il lui dit : Qu’as-tu fait ? Voici que la voix du sang de ton frère Abel crie de la terre jusqu’à moi. Tu seras maudit sur la terre, qui a ouvert la bouche et reçu de ta main le sang de ton frère.

  • La messe aux Etats-Unis

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    Le 11 février, fête de Notre Dame de Lourdes, il y a eu en l’église de New York qui lui est dédiée une première messe solennelle selon l’usus antiquior. C’était aussi le 60e anniversaire de la bénédiction de la grotte de Lourdes, attenante à l’église, par Mgr Fulton Sheen. Le célébrant était le nouveau curé, le P. Joseph Scolaro, ordonné en 2014, qui a voulu ainsi que ses paroissiens soient conscients des riches traditions de l’Eglise. Espérons qu’il transforme l’essai…

    D’autre part, on apprend qu’à la demande d’Una Voce Idaho l’évêque de Boise, Mgr Peter Christensen, a institué une messe mensuelle selon la forme extraordinaire à l’église Saint-Paul de Nampa. Le deuxième dimanche de chaque mois à… 14h30… Espérons que ce ne soit qu’un début.

  • Mercredi de la Septuagésime

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    La lecture des matines est le chapitre 3 de la Genèse, le récit de la chute originelle, curieusement jusqu’au verset 20 seulement, alors que cela n’aurait pas été beaucoup plus long de mettre les quatre derniers versets. Les versets 21 et 22 sont toutefois présents, par le deuxième répons :

    . Ecce Adam quasi unus ex nobis factus est sciens bonum et malum:
    * Vidéte, ne forte sumat de ligno vitæ, et vivat in ætérnum.
    . Fecit quoque Dóminus Deus Adæ túnicam pellíceam, et índuit eum, et dixit.
    . Vidéte, ne forte sumat de ligno vitæ, et vivat in ætérnum.

    Voici qu’Adam est devenu comme l’un de nous, connaissant le bien et le mal : Voyez qu’il ne vienne à consommer de l’arbre de vie, et qu’il vive pour l’éternité. Le Seigneur Dieu fit aussi à Adam une tunique de peau, l’en revêtit et dit : Voyez qu’il ne vienne à consommer de l’arbre de vie, et qu’il ne vive pour l’éternité.

    Adam est devenu comme l’un de nous. Les pères de l’Eglise ont vu là, à juste titre, une des premières manifestations de la Sainte Trinité. Quant au sens du propos, plusieurs y ont discerné une terrible ironie, et Pascal s’en est servi dans les Provinciales pour prouver qu’il était donc licite de manier l’ironie lorsque la victime l’a mérité :

    Mais c'est une chose bien remarquable sur ce sujet, que, dans les premières paroles que Dieu a dites à l'homme depuis sa chute, on trouve un discours de moquerie, et une ironie piquante, selon les Pères. Car, après qu'Adam eut désobéi, dans l'espérance que le démon lui avait donnée d'être fait semblable à Dieu, il paraît par l'Écriture que Dieu, en punition, le rendit sujet à la mort, et qu'après l'avoir réduit à cette misérable condition qui était due à son péché, il se moqua de lui en cet état par ces paroles de risée : Voilà l'homme qui est devenu comme l'un de nous : Ecce Adam quasi unus ex nobis : Ce qui est une ironie sanglante et sensible dont Dieu le piquait vivement, selon saint Chrysostome et les interprètes. Adam, dit Rupert, méritait d'être raillé par cette ironie, et on lui faisait sentir sa jolie bien plus vivement par cette expression ironique que par une expression sérieuse. Et Hugues de Saint-Victor, ayant dit la même chose, ajoute que cette ironie était due à sa sotte crédulité ; et que cette espèce de raillerie est une action de justice, lorsque celui envers qui on en use l'a méritée.

    Vous voyez donc, mes Pères, que la moquerie est quelquefois plus propre à faire revenir les hommes de leurs égarements, et qu'elle est alors une action de justice ; parce que, comme dit Jérémie, les actions de ceux qui errent sont dignes de risée, à cause de leur vanité : vana sunt et risu digna. Et c'est si peu une impiété de s'en rire, que c'est l'effet d'une sagesse divine, selon cette parole de saint Augustin : Les sages rient des insensés, parce qu'ils sont sages, non pas de leur propre sagesse, mais de cette sagesse divine qui rira de la mort des méchants.

  • Mardi de la Septuagésime

    Avant le saccage de 1960, les matines du dimanche avaient trois nocturnes comportant chacun trois lectures suivies de leur répons. On retrouvait ensuite les trois premiers répons le lundi et le jeudi, les trois suivants le mardi et le vendredi, les trois derniers le mercredi et le samedi. (C’est toujours le cas dans le bréviaire monastique, avec 12 répons mais seulement les trois premiers de chaque nocturne sont répétés dans la semaine.)

    Les répons des matines du mardi sont donc ceux du deuxième nocturne des matines du dimanche (d’avant 1960 pour le bréviaire romain). Ce qui donne lieu à une curieuse coïncidence : ils répètent ce que l’on vient de lire.

    . Tulit Dóminus hóminem, et pósuit eum in paradíso voluptátis:
    * Ut operarétur et custodíret illum.
    . Plantáverat autem Dóminus Deus paradísum voluptátis a princípio, in quo pósuit hóminem quem formáverat.
    . Ut operarétur et custodíret illum.

    Le Seigneur prit l’homme et le mit dans le paradis de volupté, pour qu’il le travaille et le garde. Le Seigneur Dieu avait en effet planté un paradis de volupté, à l’origine, dans lequel il mit l’homme qu’il avait formé, pour qu’il le travaille et le garde.

    La première phrase est la première phrase de la lecture, mot pour mot – la liturgie de la septuagésime étant relativement tardive, le texte des répons est celui de la Vulgate comme les lectures. C’est le verset 15 du chapitre 2 de la Genèse. Auquel est adjoint le verset 8 (qui a été lu la veille). Cette juxtaposition souligne que l’homme est un jardinier qui poursuit l’œuvre du Créateur paysan.

    . Dixit Dóminus Deus: Non est bonum hóminem esse solum:
    * Faciámus ei adiutórium simile sibi.
    . Adæ vero non inveniebátur adjútor símilis sibi: dixit vero Deus.
    . Faciámus ei adiutórium simile sibi.

    Le Seigneur Dieu dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul, faisons-lui une aide semblable à lui. Or à Adam n’avait pas été trouvée une aide semblable à lui : or Dieu dit : faisons-lui une aide semblable à lui.

    Ici c’est la dernière phrase de la lecture qui est le texte du verset (2,20). Le texte du répons proprement dit se trouve deux versets plus haut, et c’est la dernière phrase de la première lecture… (Entre les deux phrases Dieu fait défiler les animaux pour que Adam les nomme.)

    . Immísit Dóminus sopórem in Adam, et tulit unam de costis eius:
    * Et ædificávit costam, quam túlerat Dóminus de Adam, in mulíerem, et adduxit eam ad Adam, ut vidéret quid vocáret eam:
    * Et vocávit nomen eius Virágo, quia de viro sumpta est.
    . Cumque obdórmísset, tulit unam de costis eius, et replevit carnem pro ea.
     . Et ædificávit costam, quam túlerat Dóminus de Adam, in mulíerem, et adduxit eam ad Adam, ut vidéret quid vocáret eam.
    Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto,
     . Et vocávit nomen eius Virágo, quia de viro sumpta est.

    Dieu envoya un sommeil sur Adam, et enleva une de ses côtes. Et il édifia la côte que le Seigneur avait prise d’Adam en une femme, et il la conduisit à Adam pour voir comment il l’appellerait. Et il appela son nom Virago, parce qu’elle a été prise de l’homme (vir). Alors qu’il dormait, il enleva une de ses côtes, et remplit la chair pour elle. Et il édifia la côte que le Seigneur avait prise d’Adam en une femme, et il la conduisit à Adam pour voir comment il l’appellerait. Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Et il appela son nom Virago, parce qu’elle a été prise de l’homme.

    Comme pour le premier répons, celui-ci reprend la lecture (2,21-23), mais cette fois presque intégralement, avec des interversions dans le texte. Ce qui donne une sorte de kaléidoscope verbal, unique je crois dans l’année liturgique.

  • Sainte Bernadette

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    Extrait du « Mandement de Monseigneur l’évêque de Tarbes portant jugement sur l’Apparition qui a eu lieu à la Grotte de Lourdes », Bernard-Sévère Laurence, 18 février 1862.

    Le témoignage de la jeune fille présente toutes les garanties que nous pouvons désirer. Et d’abord, sa sincérité ne saurait être mise en doute. Qui n’admire, en l’approchant, la simplicité, la candeur, la modestie de cette enfant ? Pendant que tout le monde s’entretient des merveilles qui lui ont été révélées, seule, elle garde le silence ; elle ne parle que quand on l’interroge ; alors elle raconte tout sans affectation, avec une ingénuité touchante ; et, aux nombreuses questions qu’on lui adresse, elle fait, sans hésiter, des réponses nettes, précises, pleines d’à-propos, empreintes d’une forte conviction. Soumise à de rudes épreuves, elle n’a jamais été ébranlée par les menaces ; aux offres les plus généreuses, elle a répondu par un noble désintéressement. Toujours d’accord avec elle-même, elle a, dans les différents interrogatoires qu’on lui a fait subir, constamment maintenu ce qu’elle avait déjà dit, sans y rien ajouter, sans en rien retrancher. Ajoutons qu’elle est incontestée. Ses contradicteurs, quand elle en a eu, lui ont eux-mêmes rendu cet hommage.

    Mais, si Bernadette n’a pas voulu tromper, ne s’est-elle pas trompée elle-même ? N’a-t-elle pas été victime d’une hallucination ? – Comment pourrions-nous le croire ? La sagesse de ses réponses révèle dans cette enfant un esprit droit, une imagination clame, un bon sens au-dessus de son âge. Le sentiment religieux n’a jamais présenté en elle un caractère d’exaltation ; on n’a constaté dans la jeune fille, ni désordre intellectuel, ni altération des sens, ni bizarrerie de caractère, ni affection morbide, qui aient pu la disposer à des créations imaginaires. Elle a vu, non pas une fois seulement, mais dix-huit fois ; elle a vu d’abord subitement, alors que rien ne pouvait la préparer à l’événement qui s’est accompli, et durant la quinzaine, lorsqu’elle s’attendait à voir tous les jours, elle n’a rien vu pendant deux jours, quoiqu’elle se trouvât dans le même milieu et dans des circonstances identiques. Et puis, que se passait-il pendant les apparitions ? Il s’opérait une transformation dans Bernadette ; sa physionomie prenait une expression nouvelle, son regard s’enflammait, elle voyait des choses qu’elle n’avait plus vues, elle entendait un langage qu’elle n’avait plus entendu, dont elle ne comprenait pas toujours le sens, et dont cependant elle conservait le souvenir. Ces circonstances réunies ne permettent pas de croire à ne hallucination ; la jeune fille a donc réellement vu et entendu un être se disant l’Immaculée-Conception ; et, ce phénomène ne pouvant s’expliquer naturellement, nous sommes fondé à croire que l’apparition est surnaturelle.

  • Septuagésime

    La brève antienne de communion de ce dimanche est un bijou de plain chant, exprimant une chaleureuse et indéfectible confiance en la salvifique miséricorde de Dieu. La voici par les moniales d’Argentan, sous le direction de dom Gajard, qui écrit qu’elle est « saisissante de simplicité et de fraîcheur, merveilleuse aussi d’équilibre, avec le début si humble au grave, l’élan soudain à la dominante où elle s’épanouit, si sûre de la miséricorde divine, et le retour enveloppé vers la tonique ». Dom Gajard l’indique bien comme « communion de la Septuagésime », alors que l’enregistrement date de 1970, première année sans Septuagésime pour ceux qui, comme lui, ont obéi au diktat de Paul VI…

    Illúmina fáciem tuam super servum tuum, et salvum me fac in tua misericórdia : Dómine, non confúndar, quóniam invocávi te.

    Faites luire votre visage sur votre serviteur, et sauvez-moi par votre miséricorde ; Seigneur, que je ne sois pas confondu, car je vous ai invoqué.

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