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Liturgie - Page 2

  • Deuxième dimanche de carême

    Le somptueux graduel de ce dimanche est l’un des plus anciens, alors qu’a priori on penserait le contraire, et pour deux raisons. La première est qu’il commence de façon tonitruante par ce qui sonne à nos oreilles comme l’accord parfait de fa majeur, et non un mode de plain chant. Or cet accord fa-la-do va rythmer toute la pièce, soit en montant, soit en descendant, et même trois fois de suite en descendant (puis une fois en remontant) sur laborem (motif qu’on trouve dans cinq autres graduels). En outre, il paraît moduler en la mineur sur meum puis en ut majeur sur omnia, avant sa conclusion, bien connue par ailleurs, en réel mode de fa.

    La deuxième raison est ce qui décontenançait dom Baron : la mélodie est brillante, lumineuse, joyeuse, alors qu’elle est censée exprimer un texte très sombre et douloureux. Au point que dom Baron demandait qu’on la chante « avec un peu de lenteur et de poids et dans un sentiment de contrition », sinon « elle sonnera faux, parce qu’elle aura sur les mots mêmes de la souffrance quelque chose de satisfait qui reflète le bonheur ».

    C’est oublier l’évangile de ce jour : la Transfiguration. C’est la montée vers Jérusalem, vers la Croix. Jésus vient d’annoncer à ses apôtres sa Passion et sa Résurrection. Et il leur donne une image de sa gloire pour qu’ils s’en souviennent pendant la Passion. Nous sommes encore au début du carême, et l’Eglise nous met sous les yeux la Transfiguration pour nous donner le courage de continuer notre montée vers Jérusalem, en nous montrant le but. Le texte du graduel est un texte de carême, et même déjà de la Passion, mais la mélodie est tout en traits de lumière et de joie, elle illumine le texte de part en part comme la lumière surnaturelle qui irradie du Sauveur transfiguré (et du coup elle se met à inventer la future gamme majeure). Cela ne sonne pas faux : c’est un exemple des nombreux paradoxes du christianisme. Alors que le Christ est transfiguré, il parle avec Moïse et Elie, nous dit saint Luc, « de sa sortie qui sera accomplie à Jérusalem » - le mot grec est « exode » - autrement dit de sa Passion. De même, le texte du graduel dit la Passion, mais le chant… le transfigure.

    (N.B. Je sais bien que les chants de cette messe ont été composés pour la messe de mercredi dernier. Mais il n’y a pas de hasard, et de toute façon cette messe annonce la Transfiguration, par l’évocation de Moïse, Elie et Jonas.)

    Tribulatiónes cordis mei dilatátæ sunt : de necessitátibus meis éripe me, Dómine. ℣. Vide humilitátem meam et labórem meum : et dimítte ómnia peccáta mea.

    Les tribulations de mon cœur se sont multipliées ; tirez-moi de mes angoisses. Voyez mon humiliation et ma peine et remettez-moi tous mes péchés.


  • Samedi des quatre temps de carême

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    Cantatorium de Saint-Gall, vers 920.

    Pendant longtemps on a pensé que le « trait » était un chant qui remplaçait l’alléluia pendant le carême et aux autres jours de pénitence, et donc que ces pièces de plain chant étaient plus récentes que les alléluias. On s’est aperçu que c’était le contraire : les traits sont les pièces les plus anciennes (elles ont été remplacées par l'alléluia qui ne se chantait qu'au temps pascal). Ce qui correspond à leur aspect « primitif » : il n’existe de traits qu’en deux modes : 2 et 8, et ils reprennent sans cesse les mêmes motifs.

    Quant au sens du mot, on a souvent dit qu’il venait du verbe qui veut dire « traîner », parce que c’est un chant lugubre qui demande qu’on « traîne » la voix. Durand de Mende, dans son Rational, insiste pendant plus de trois pages sur cette idée : « Le trait s’appelle ainsi de trahere, tirer, traîner, parce qu’on le chante en traînant (tractim), d’une voix dure, et en pesant sur les mots. Cela figure la misère et le labeur du présent exil, dont le Psalmiste dit : “Que je suis malheureux de ce que le temps de mon exil est si long !” » Etc.

    En fait l’expression complète est « psalmus tractus », psaume chanté d’un trait, car au départ c’est un psaume entier ou presque entier (comme au premier dimanche de carême), et qui n’a pas de refrain comme les « répons ».

    Voici le trait de la messe de ce jour, qui était chantée à la fin de la longue veillée d’ordinations, et qui est le même que celui de la veillée pascale. C'est un psaume entier (le plus bref du psautier), et l'on constate immédiatement que, comme beaucoup d’autres, il n’a rien de triste.

    Par les moines de Ligugé, en 1960.


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    Laudáte Dóminum, omnes gentes : et collaudáte eum, omnes pópuli. Quóniam confirmáta est super nos misericórdia eius : et véritas Dómini manet in ætérnum.

    Nations, louez toutes le Seigneur ; peuples, louez-le tous. Car sa miséricorde a été affermie, et la vérité du Seigneur demeure éternellement.

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  • Vendredi des quatre temps de carême

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    Angelus Dómini descendébat de cælo, et movebátur aqua, et sanabátur unus.
    L’Ange du Seigneur descendait du ciel et agitait l’eau, et un seul était guéri.

    Qui me sanum fecit, ille mihi præcépit : Tolle grabátum tuum, et ámbula in pace.
    Celui qui m’a guéri m’a ordonné : prends ton grabat et va en paix.

    Telles sont ce jour les antiennes du Benedictus et du Magnificat, qui reprennent deux éléments de l’évangile bien connu de la guérison un jour de sabbat à la piscine probatique. Toutes deux sont différentes du texte de la Vulgate et de tout autre texte latin (ou grec) de l’évangile, et sont donc proprement liturgiques.

    Le verset 4 du chapitre 5 de saint Jean dit selon le texte de la Vulgate :

    Car un ange du Seigneur descendait à certains temps dans la piscine, et agitait l’eau. Et celui qui y descendait le premier après l’agitation de l’eau était guéri de son infirmité quelle qu’elle fut.

    Ce verset a été supprimé dans plusieurs éditions récentes de la Vulgate, parce que nos modernes érudits ont décidé qu’il n’était pas authentique. Pourtant il figure dans la grande majorité des manuscrits latins, mais il manque dans plusieurs manuscrits grecs importants. On touche ici un défaut majeur des spécialistes modernes : ils font l’impasse, une impasse totale, sur la tradition, sur toute la tradition. Sur la tradition des manuscrits, car le verset figure dans de très vénérables témoins, et dans la tradition biblique latine, et dans la tradition biblique byzantine, et ils font l'impasse sur la tradition des pères de l’Eglise (il est commenté par Tertullien, saint Hilaire, saint Ambroise, saint Augustin, Didyme, saint Jean Chrysostome, saint Cyrille de Jérusalem…), et sur la tradition liturgique. Pour s’en tenir aux seuls manuscrits reçus par la tradition, il y a pour ce verset un accord quasi complet (c’est loin d’être toujours le cas) entre les traditions byzantine, latine et syriaque. Il me semble que lorsqu’on est catholique on doit en prendre acte.

    On remarquera que l’antienne de Benedictus, résumant la seconde partie du verset, dit : « un seul était guéri ». L’expression « un seul » ne figure pas dans le texte, mais on constate que saint Augustin évoque ce « un seul » dans son commentaire :

    Là était guéri un seul, signifiant l’unité [de l’Eglise] ; quiconque y descendait ensuite n’était pas guéri, car quiconque est en dehors de l’unité ne peut être guéri [de ses péchés].

    Est-ce saint Augustin qui s’est inspiré de la liturgie, ou l’inverse ?

    L’antienne de Magnificat n’est pas identique non plus au texte de l’évangile. Il y a « praecepit », il m’a commandé, il m’a ordonné, alors que les textes tant latins que grecs ont tous « il m’a dit ». Et aucun texte n’a à la fin : « in pace ».

    Dans son commentaire, saint Augustin n’a pas non plus « in pace ». On peut remarquer que « va en paix » est la conclusion de la confession des péchés, les derniers mots du prêtre après que le pénitent a reçu l’absolution, a été guéri dans la piscine du sacrement de pénitence.

    (Miniature syriaque de Mossoul. On peut en voir d’autres du même manuscrit sur le site du Département d’études syriaques du patriarcat syro-orthodoxe.)

  • Attende Domine

    Le chant de carême Attende Domine est le pendant du Rorate Caeli de l’Avent. Depuis qu’il a été ajouté dans l’English Hymnal en 1906, les anglicans l’appellent « prose du carême » comme Rorate Caeli est la « prose de l’Avent ». On le trouve pour la première fois dans le Processionnal de Paris de 1824, et il a été popularisé par les moines de Solesmes qui l’ont inclus dans leurs livres. On le trouve désormais parmi les pièces pouvant être chantées au salut du Saint-Sacrement pendant le carême. Mais il est parfaitement à sa place pendant la procession d’entrée ou de sortie de ce temps liturgique.

    Il semble que l’on ne sache pas du tout comment cette antique prière mozarabe s’est retrouvée dans un livre parisien du XIXe siècle. (J’ai vu quelque part qu’il se trouvait déjà dans un missel français du XVIIe siècle, mais je n’en ai pas trouvé confirmation et cela ne change rien à la question.)

    Car il s’agit de la prière (« preces ») de l’heure de sexte du mercredi de la cinquième semaine de carême dans le bréviaire mozarabe (ou « bréviaire gothique selon la règle de saint Isidore »). La seule vraie différence est le refrain (repris semble-t-il du répons Emendemus), qui dans la liturgie mozarabe est seulement « Et miserere ». (Ce n’est pas un refrain de chant mais un répons de litanie.) Les autres différences sont l’interversion de Rex summe / omnium redemptor, supplicantium au lieu de supplicantum, et dextra au lieu de dextera.

    Attende, Domine, et miserere, quia peccavimus tibi.

    Écoute-nous, Seigneur, et prends pitié de nous, car nous avons péché contre toi.

    1. Ad te Rex summe, omnium Redemptor, oculos nostros sublevamus flentes ; exaudi, Christe, supplicantum preces.

    Vers toi, souverain Roi, Rédempteur de tous les hommes, nous élevons nos yeux pleins de larmes. Écoute, o Christ, nos prières suppliantes !

    1. Dextera Patris, lapis angularis, via salutis, janua caelestis, ablue nostri maculas delicti.

    Droite du Père, pierre angulaire, voie du salut, porte du ciel, Lave les souillures de notre péché.

    1. Rogamus, Deus, tuam majestatem ; auribus sacris gemitus exaudi ; crimina nostra placidus indulge.

    Nous prions, ô Dieu, ta Majesté ; que tes oreilles saintes entendent nos gémissements ; Dans ta bonté, pardonne-nous de nos crimes.

    1. Tibi fatemur crimina admissa ; contrito corde pandimus occulta ; tua Redemptor pietas ignoscat.

    Nous t’avouons les fautes commises ; d’un cœur contrit nous te dévoilons nos péchés ; Ô Rédempteur, que te clémence pardonne.

    1. Innocens captus, nec repugnans ductus, testibus falsis pro impiis damnatus ; quos redemisti, tu conserva, Christe.

    Arrêté innocent et emmené sans résistance, Tu as été condamné pour les pécheurs par de faux témoins ; Ô Christ, conserve ceux que tu as rachetés.

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    Par les moines et le chœur d’enfants de l’abbaye de Downside (Somerset, Angleterre) :

  • Mercredi des quatre temps de carême

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    Generátio hæc prava et pervérsa signum quærit : et signum non dábitur ei, nisi signum Jonæ prophétæ.

    Cette génération dépravée et perverse demande un signe : et il ne lui sera pas donné de signe, sinon celui de Jonas.

    Sicut fuit Jonas in ventre ceti tribus diébus et tribus nóctibus, ita erit Fílius hóminis in corde terræ.

    De même que Jonas a été trois jours et trois nuits dans le ventre du gros poisson, de même le Fils de l’Homme sera dans le cœur de la terre.

    La liturgie de ce jour est particulièrement riche, puisque la messe nous montre Moïse d’une part, Elie d’autre part, jeûnant « 40 jours et 40 nuits » comme le Christ dans l’évangile de dimanche dernier, en attendant dimanche prochain la Transfiguration où Jésus sera entre Moïse et Elie. Quant à l’évangile, il est composé de trois péricopes distinctes. Et pourtant les antiennes du Benedictus, aux laudes, et du Magnificat, aux vêpres, se concentrent uniquement sur la parole du Christ concernant le « signe de Jonas ».

    Ces deux chants sont très anciens, car ils ne correspondent pas exactement à la Vulgate, ni à aucune autre version latine des évangiles. Ils sont propres à la liturgie. (Les différences sont « prava et perversa » au lieu de « mala et adultera » dans la première, et « ita » au lieu de « sic » dans la deuxième.)

    L’insistance est donc sur l’annonce de la Passion et de la Résurrection. Non pas sur les 40 jours et 40 nuits (que nous sommes en train de vivre) mais sur les 3 jours et 3 nuits à venir, qui en sont le point d’orgue. Et uniquement sur ce « signe », sans allusion à ce que dit Jésus ensuite sur les Ninivites qui ont fait pénitence.

    Les matines byzantines évoquent souvent Jonas, parce que la 6e ode fait écho à son cantique dans le ventre du gros poisson. On remarquera ce que chante la 6e ode de la fête de la Nativité de la Mère de Dieu (qui est la première fête de l’année liturgique, le 8 septembre) :

    « Dans les entrailles du monstre marin Jonas, étendant les mains en forme de croix à l'image de ta Passion, après trois jours en sortit, ébauchant l'universelle Résurrection du Seigneur notre Dieu crucifié dans sa chair, le Christ illuminant le monde par sa Résurrection le troisième jour. »

  • Mardi de la première semaine de carême

    Voici une bien jolie oraison qui est le « capitule » de l’heure de tierce, en ce jour, dans le bréviaire mozarabe :

    In protectione alarum tuarum Domine filios hominum sperantes, nequaquam detegas; sed tamquam pullos, quo possimus supernis volatilibus praeparari, fovendo enutrias: neque deripi nos laceratione insidiantium sinas; nec a nido Ecclesiae tuae avolare permittas; sed, dum nos tegmine regis paterno, ad ubertatem domus tuae adiuti tuo veniamus auxilio.

    Ne laisse surtout pas à découvert, Seigneur, les fils des hommes qui espèrent en la protection de tes ailes ; mais, en nous tenant au chaud comme des poussins, nourris-nous et élève-nous où nous pourrons nous préparer à être des oiseaux d’en-haut ; et ne nous laisse pas être mis en pièces par ceux qui nous tendent des pièges, et ne permets pas que nous nous envolions du nid de ton Eglise, mais que, nous guidant sous ta protection paternelle, nous parvenions avec ton aide aux richesses de ta maison.

  • Lundi de la première semaine de carême

    L’introït de la messe de ce jour est le début du premier psaume que les moines chantent à l’heure de sexte. C’est une belle prière de carême.

    Sicut óculi servórum in mánibus dominórum suórum : ita óculi nostri ad Dóminum, Deum nostrum, donec misereátur nobis : miserére nobis, Dómine, miserére nobis.
    Ad te levávi óculos meos : qui hábitas in cælis.

    Comme les yeux des serviteurs sont fixés sur les mains de leurs maîtres, ainsi nos yeux sont tournés vers le Seigneur notre Dieu, jusqu’à ce qu’il ait pitié de nous. Ayez pitié de nous, Seigneur, ayez pitié de nous.
    J’ai levé les yeux vers vous, qui habitez dans les cieux.

    Par les moines de Ligugé, dans un enregistrement d’après la « réforme » liturgique (d’où l’absence de la doxologie, dont je ne connais toujours pas la raison) :


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  • Premier dimanche de carême

    Les textes de tous les chants de la messe sont pris dans le psaume 90, et le trait chante tout le psaume sauf les versets 8 à 10. Dans la version du psautier romain, qui diffère peu du psautier gallican (celui du bréviaire).

    Conformément au schéma musical des traits, non seulement les versets se terminent tous par la même formule, mais aussi les premiers stiques (chaque fois qu’on arrive à une grande barre). La différence avec les autres traits est qu’il comporte beaucoup de versets : ces formules reviennent de façon fréquente et rythment donc clairement la pièce.

    Formule médiane :

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    Formule finale :

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    Il y a deux exceptions. La première est au verset 6 (qui est en trois parties et a donc deux fois la formule médiane) : la finale est différente. Peut-être parce qu’on vient d’évoquer le démon, et que celui-ci perturbe le déroulement normal du chant, trouble l’harmonie. On constate alors qu’il s’agit du verset 6, et que le 6 est un nombre diabolique (7 moins 1). Surtout, il parle du « démon de midi » : midi, c’est sexte : la sixième heure. Celle des ténèbres après la crucifixion.

    La deuxième exception est au verset 10 du trait (verset 13 du psaume) : c’est le seul verset où la médiane est différente, et nettement plus brève (5 notes au lieu de 11). C’est que l’on marche sur les vipères et les basilics et qu’il vaut mieux ne pas s’attarder, même si les anges nous protègent… Interprétation qui paraît confirmée par les notes qui suivent et expriment comment l’on foule aux pieds le lion et le dragon.

    (1) Qui habitat in adiutorio Altissimi
    in protectione Dei caeli commorabitur
    2 dicet Domino susceptor meus es
    et refugium meum Deus meus sperabo in eum
    3 quoniam ipse liberavit me de laqueo venantium
    et a verbo aspero
    4 scapulis suis obumbrabit tibi
    et sub pinnis eius sperabis
    5 scuto circumdabit te veritas eius
    non timebis a timore nocturno
    6 a sagitta volante per diem
    a negotio perambulante in tenebris
    a ruina et daemonio meridiano
    7 cadent a latere tuo mille et decem milia a dextris tuis
    tibi autem non appropinquabit
    8 quoniam angelis suis mandavit de te
    ut custodiant te in omnibus viis tuis
    9 in manibus portabunt te
    ne umquam offendas ad lapidem pedem tuum
    10 super aspidem et basiliscum ambulabis
    et conculcabis leonem et draconem
    11 quoniam in me speravit et liberabo eum
    protegam eum quoniam cognovit nomen meum
    12 invocabit me et ego exaudiam eum
    cum ipso sum in tribulatione
    13 eripiam eum et glorificabo eum
    longitudine dierum adimplebo eum
    et ostendam illi salutare meum.

    Celui qui habite sous l’assistance du Très-Haut demeurera sous la protection du Dieu du ciel.
    Dieu a commandé pour toi à ses anges de te garder dans toutes tes voies.

    Ils te porteront dans leurs mains, de peur que tu ne heurtes ton pied contre la pierre.
    Celui qui habite sous l’assistance du Très-Haut demeurera sous la protection du Dieu du ciel.
    Il dira au Seigneur : Vous êtes mon défenseur et mon refuge. Il est mon Dieu ; j’espérerai en lui.
    Car c’est lui qui m’a délivré du piège du chasseur, et de la parole âpre et piquante.
    Il te mettra à l’ombre sous ses épaules et sous ses ailes tu seras plein d’espoir.
    Sa vérité t’environnera comme un bouclier ; tu ne craindras pas les frayeurs de la nuit.
    Ni la flèche qui vole pendant le jour, ni les maux qui s’avancent dans les ténèbres, ni les attaques du démon de midi.
    Mille tomberont à ton côté, et dix mille à ta droite ; mais la mort n’approchera pas de toi.
    Car le Seigneur a commandé pour toi à ses anges de te garder dans toutes leurs voies.
    Ils te porteront dans leurs mains, de peur que tu ne heurtes ton pied contre la pierre.
    Tu marcheras sur l’aspic et le basilic, et tu fouleras au pied le lion et le dragon.
    Parce qu’il a espéré en moi, je le délivrerai ; je le protégerai, parce qu’il a connu mon nom.

    Il criera vers moi, et je l’exaucerai ; je suis avec lui dans la tribulation.
    Je le sauverai et je le glorifierai. Je le comblerai de jours et je lui ferai voir mon salut.

    Différences d’avec le psautier gallican. Au verset 2 « tu » est omis, au verset 6 il y a « per diem » au lieu de « in die », et « a ruina » au lieu de « ab incursu », au verset 7 il y a « tibi » au lieu de « ad te », mais curieusement le verbe est « appropinquabit » comme dans le psautier gallican (le psautier romain a « appropiabit », mais saint Augustin avait déjà « appropinquabit »), au verset 9 il y a « ne umquam » au lieu de « ne forte », au verset 12 « invocabit me » au lieu de « clamabit ad me », au verset 13 « adimplebo » au lieu de « replebo ».

  • Samedi après les Cendres

    Ainsi parle le Seigneur Dieu : Si tu bannis du milieu de toi le joug, le geste menaçant, les discours injurieux ; si tu donnes la nourriture à l’affamé, et si tu rassasies l’âme affligée ; Ta lumière se lèvera au sein de l’obscurité, et tes ténèbres brilleront comme le midi. Et le Seigneur te guidera perpétuellement, il rassasiera ton âme dans les lieux arides. Il donnera de la vigueur à tes os ; tu seras comme un jardin bien arrosé, comme une source d’eau vive, qui ne tarit jamais. Tes enfants rebâtiront tes ruines antiques ; tu relèveras des fondements posés aux anciens âges ; on t’appellera le réparateur des brèches, le restaurateur des chemins, pour rendre le pays habitable. Si tu t’abstiens de fouler aux pieds le sabbat, en t’occupant de tes affaires en mon saint jour, et que tu appelles le sabbat les délices, vénérable le saint jour du Seigneur, et que tu l’honores en ne poursuivant point tes voies, en ne te livrant pas à tes affaires et à de vains discours ; Alors tu trouveras tes délices dans le Seigneur, et je te transporterai comme en triomphe sur les hauteurs du pays, et je te ferai jouir de l’héritage de Jacob, ton père ; car la bouche de Seigneur a parlé.
    Isaïe 58, 9-14

    Le Samedi est un jour plein de mystères : c’est le jour du repos de Dieu ; c’est le symbole de la paix éternelle que nous goûterons au ciel après les labeurs de cette vie. L’Église aujourd’hui, en nous faisant lire ce passage d’Isaïe, veut nous apprendre à quelles conditions il nous sera donné de prendre part au Sabbat de l’éternité. Nous sommes à peine entrés dans la carrière de la pénitence que cette Mère tendre vient à nous, pleine de paroles consolatrices. Si nous remplissons de bonnes œuvres cette sainte Quarantaine durant laquelle sont suspendues les préoccupations du monde, la lumière de la grâce se lèvera du milieu même des ténèbres de notre âme. Cette âme trop longtemps obscurcie par le péché et par l’amour du monde et de nous-mêmes, deviendra éclatante comme les splendeurs du midi, la gloire du Christ ressuscité sera la nôtre ; et si nous sommes fidèles, la Pâque du temps nous introduira à la Pâque de l’éternité. Édifions donc ce qui en nous était désert, relevons les fondements, réparons les brèches ; retenons notre pied pour ne pas violer les saintes observances ; ne suivons plus nos voies, ne recherchons plus nos volontés, contrairement à celles du Seigneur ; et il nous donnera un repos qui n’aura pas de fin, et il remplira notre âme de ses propres splendeurs.

    Dom Guéranger

  • Premier vendredi de carême

    Au soir du premier vendredi de carême la liturgie byzantine commence le chant de l’Acathiste à la Mère de Dieu. Sur l’origine de ce chant et sa distribution pendant le carême, voir ici.

    Voici les deux premières strophes, par Dimitrios Papagiannopoulos. Curieusement il chante trois fois la première phrase en la faisant suivre de ce qui est le refrain des odes de l’Acathiste :

    Υπεραγία Θεοτόκε σώσον ημάς

    Très sainte Mère de Dieu sauve-nous.

    Ἄγγελος πρωτοστάτης, οὐρανόθεν ἐπέμφθη, εἰπεῖν τῇ Θεοτόκω τὸ Χαῖρε• καὶ σὺν τῇ ἀσωμάτῳ φωνῇ, σωματούμενόν σε θεωρῶν, Κύριε, ἐξίστατο καὶ ἵστατο, κραυγάζων πρὸς Αὐτὴν τοιαῦτα•
    Χαῖρε, δ' ἧς ἡ χαρὰ ἐκλάμψει,
    χαῖρε, δι' ἧς ἡ ἀρὰ ἐκλείψει.

    Χαῖρε, τοῦ πεσόντος Ἀδάμ ἡ ἀνάκλησις,
    χαῖρε, τῶν δακρύων τῆς Εὔας ἡ λύτρωσις.
    Χαῖρε, ὕψος δυσανάβατον ἀθρωπίνοις λογισμοῖς,
    χαῖρε, βάθος δυσθεώρητον καὶ ἀγγέλων ὀφθαλμοῖς.
    Χαῖρε, ὅτι ὑπάρχεις Βασιλέως καθέδρα,
    χαῖρε, ὅτι βαστάζεις τὸν βαστάζοντα πάντα.
    Χαῖρε, ἀστὴρ ἐμφαίνων τὸν ἥλιον,
    χαῖρε, γαστὴρ ἐνθέου σαρκώσεως.
    Χαῖρε, δι' ἧς νεουργεῖται ἡ κτίσις,
    χαῖρε, δι' ἧς βρεφουργεῖται ὁ Κτίστης.
    Χαῖρε, Νύμφη ἀνύμφευτε.

    Βλέπουσα ἡ Ἁγία,
    ἑαυτήν ἐν ἁγνείᾳ,
    φησὶ τῷ Γαβριὴλ θαρσαλέως•
    τὸ παράδοξόν σου τῆς φωνῆς,
    δυσπαράδεκτόν μου τῇ ψυχῇ φαίνεται•
    ἀσπόρου γὰρ συλλήψεως,
    τὴν κύησιν πὼς λέγεις κράζων•
    Ἀλληλούια.

    Le prince des anges fut envoyé du ciel dire à la Mère de Dieu : « Salut ». Te voyant, Seigneur, assumer un corps à sa parole incorporelle, il resta interdit et se mit à lui crier ainsi :
    Salut, vous par qui la joie se lève ;

    Salut, vous par qui la malédiction se dissipe.
    Salut, renouvellement de la vocation d’Adam déchu.
    Salut, délivrance d’Ève de ses larmes.
    Salut, hauteur inaccessible aux pensées humaines.
    Salut, abîme insondable même aux yeux des anges.
    Salut, car vous êtes le trône du Roi.
    Salut, car vous portez Celui qui porte toutes les créatures.
    Salut, astre qui fait paraître le soleil.
    Salut, sein de la divine incarnation.
    Salut, renouveau de la création.
    Salut, vous par qui le Créateur se fait enfant.
    Salut, ô épouse sans époux !

    La sainte se voyant encore chaste dit hardiment à Gabriel : Votre discours étrange me paraît difficile à accepter. Comment parlez-vous d’un enfantement qui suivrait une conception sans semence, en vous exclamant : Alléluia.

    [Le triple Alléluia termine une strophe sur deux, l’autre se terminant par « Salut épouse sans époux » comme dernier "salut".]

    On entendra ici la première strophe en arabe selon la tradition d’Alep, suivie de l’hymne de la victoire (en grec), par le P. Maximos Fahmé.