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Liturgie

  • De la Sainte Vierge le samedi

    Quid dicébas, o Adam? Múlier quam dedísti mihi, dedit mihi de ligno, et comédi. Verba malítiæ sunt hæc, quibus magis áugeas quam déleas culpam. Verúmtamen Sapiéntia vicit malítiam. Rédditur nempe fémina pro fémina, prudens pro fátua, húmilis pro supérba; quæ pro ligno mortis gustum tibi pórrigat vitæ, et pro venenóso cibo illo amaritúdinis, dulcédinem páriat fructus ætérni. Muta ergo iníquæ excusatiónis verbum in vocem gratiárum actiónis, et dic: Dómine, múlier quam dedísti mihi, dedit mihi de ligno vitæ, et comédi; et dulce factum est super mel ori meo, quia in ipso vivificásti me. Ecce enim ad hoc missus est Angelus ad Vírginem. O admirándam et omni honóre digníssimam Vírginem! O féminam singuláriter venerándam, super omnes féminas admirábilem, paréntum reparatrícem, posterórum vivificatrícem!

    Saint Bernard, De laudibus Virginis Matris Hom. 2, n. 3

    Adam ! Que disais-tu ? « C’est la femme que tu as mise auprès de moi qui m’a donné de l’arbre, et j’ai mangé ! » Ce sont des paroles perfides. Par elles tu augmentes la faute plus que tu ne l’effaces. Cependant la Sagesse a vaincu la perfidie. Il fut donné femme pour femme ; la prudente pour l’étourdie ; l’humble pour l’orgueilleuse. Au lieu du bois de la mort, qu’elle t’offre le goût de la vie, et au lieu de cet aliment empoisonné d’amertume, qu’elle engendre la douceur du fruit éternel. Transforme donc la parole de malhonnête excuse en chant d’action de grâces, et dis : Seigneur, la femme que tu as mise auprès de moi m’a donné de l’arbre de vie, et j’ai mangé, et c’est devenu doux à mon palais plus que le miel, car par lui tu m’as rendu la vie. Voilà pourquoi l’ange fut envoyé à la Vierge ! O Vierge admirable, la plus digne de tout honneur ! O femme singulièrement vénérable, merveilleuse au-delà de toutes les femmes ; pour les parents, réparatrice ; pour les enfants, vivificatrice.

    (Je n’arrive pas à m’y faire : chaque année je suis stupéfait qu’on ait supprimé – en 1955 - la vigile de la Toussaint. Moi et mon bréviaire, on continue…)

  • Impetum inimicorum

    ℟. Impetum inimicorum ne timueritis: memores estote, quomodo salvi facti sunt patres nostri: * Et nunc clamemus in cælum, et miserebitur nostri Deus noster.
    ℣. Mementote mirabilium eius, quae fecit Pharaoni, et exercitui eius in Mari Rubro.
    ℟. Et nunc clamemus in cælum, et miserebitur nostri Deus noster.

    Ne craignez pas l’assaut des ennemis : souvenez-vous comment nos pères ont été sauvés, et crions maintenant vers le ciel, et notre Dieu aura pitié de nous. Souvenez-vous de ses merveilles, qu’il fit à Pharaon, et à son armée dans la mer Rouge.

    (Répons des matines, Maccabées I, 4 8-10)

  • Congregati sunt

    ℟. Congregáti sunt inimíci nostri, et gloriántur in virtúte sua: cóntere fortitúdinem illórum, Dómine, et dispérge illos:
    * Ut cognóscant quia non est álius qui pugnet pro nobis, nisi tu, Deus noster.
    . Dispérge illos in virtúte tua, et déstrue eos, protéctor noster, Dómine.
    ℟. Ut cognóscant quia non est álius qui pugnet pro nobis, nisi tu, Deus noster.

    Nos ennemis se sont rassemblés, et ils se vantent de leur puissance. Brise leur force, Seigneur, et disperse-les. Afin qu’ils sachent qu’il n’est pas d’autre qui combatte pour nous que toi, notre Dieu. Disperse-les dans ta puissance, et détruis-les, toi, Seigneur, qui es notre protecteur.

    Le troisième répons des matines semble tiré des livres des Maccabées, comme tous ceux de ce mois (hormis les répons spécifiques des dimanches et des fêtes), mais on ne l’y trouve pas… C’est une sorte de résumé des prières des Maccabées, mais on y trouve des expressions de l’Ecclésiastique. (Le verset vient du psaume 58.)

    C’est le texte du seul motet de Clément Janequin qui nous soit parvenu. On ne sait pas s’il faisait partie des Sacræ cantiones seu motectæ quatuor vocum publiés en 1533, mais ce recueil a disparu, et l’on a la partition dans une collection de divers motets publiée à Ferrare en 1538.

  • Saints Simon et Jude

    Dans la lecture de l’Évangile qui a précédé celle de ce jour, le Seigneur avait dit : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis et qui vous ai établis, pour que vous alliez, et que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure, afin que tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous le donne. » Et voilà qu’il leur dit à présent « Ce que je vous commande, c’est de vous aimer les uns les autres. » Ceci doit nous faire comprendre que c’est là notre fruit, ce fruit dont il disait : « C’est moi qui vous ai choisis, pour que vous alliez, et que vous rapportiez du fruit, et que votre fruit demeure. » Et quant à la parole ajoutée à la suite : « Afin que tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donne ; » le Père nous le donnera certainement, si nous nous aimons les uns les autres ; puisque lui-même, de son côté, nous a donné ce commandement d’amour, en nous choisissant, quoique dépourvus de fruit ; car, sans que nous l’ayons choisi les premiers, il nous a établis pour que nous rapportions du fruit, c’est-à-dire pour que nous nous aimions les uns les autres. Notre fruit, c’est donc la charité, cette charité définie par l’Apôtre, venant « d’un cœur pur, d’une bonne conscience, et d’une foi non feinte. »

    Par elle, nous nous aimons les uns les autres ; par elle, nous aimons Dieu ; et en effet, nous ne nous aimerions pas mutuellement, si nous n’aimions pas Dieu ; car, on n’aime son prochain comme soi-même qu’autant que l’on aime Dieu, attendu que celui qui n’aime pas Dieu, ne s’aime pas soi-même. « En ces deux commandements » d’amour « se renferment toute la loi et les Prophètes. » Voilà notre fruit, ce fruit que Jésus nous ordonne de porter, quand il dit : « Ce que je vous ordonne, c’est de vous aimer les uns les autres. »

    De là vient que l’Apôtre saint Paul, voulant recommander les fruits de l’Esprit, en opposition avec les œuvres de la chair, a mis en premier lieu cet amour : « Le fruit de l’Esprit, dit-il, c’est la charité. » Après quoi il énumère tout à la suite les autres biens qui ont la charité pour principe, et qui s’y rattachent ; ce sont : « La joie, la paix, la longanimité, la douceur, la bonté, la foi la mansuétude, la continence, la chasteté. »

    Or, a-t-il une joie raisonnable, celui qui n’aime pas le bien dont il se réjouit ? Peut-on avoir une paix véritable avec quelqu’un, si ce n’est avec celui qu’on aime sincèrement ? Est-on longanime, patient à persévérer dans la pratique du bien, si l’on n’a point la ferveur de l’amour ? Est-on bienveillant, à moins d’aimer celui qu’on assiste ? Qui est bon, s’il ne le devient en aimant ? Est-on croyant, d’une foi salutaire, si l’on ne croit de cette foi qui opère ? Quelle mansuétude est utile si la dilection ne la règle ? Comment s’abstenir de ce qui déshonore, à moins d’aimer ce qui honore ? C’est donc avec raison que le bon Maître recommande si fréquemment la dilection, comme s’il n’avait rien à prescrire que cette vertu, sans laquelle ne peuvent servir les autres biens, et qu’on ne peut avoir sans avoir aussi les autres biens, qui rendent l’homme vraiment bon.

    Saint Augustin, homélie 87 sur l’évangile de saint Jean, lecture des matines (commentaire de l’évangile de la fête).

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    Saint Simon, saint Jude, et… sainte Marguerite d’Antioche avec son dragon. On ne voit pas ce que vient faire sainte Marguerite sur cet antependium de Strasbourg (1410) conservé au Musée des arts appliqués de Francfort sur le Main, dont la partie gauche représente la Visitation avec les deux enfants visibles dans le ventre de leurs mères. Sans doute la commanditaire s’appelait-elle Marguerite. (Impossible de le trouver sur le site bric-à-brac du musée...)

  • (Vigile des saints Simon et Jude)

    Cette vigile, comme toutes celles des apôtres, a été supprimée en 1955. Je continue à la célébrer comme je l’ai toujours fait, puisqu’elle se trouve dans mon bréviaire. L’introït est celui de la première messe pour plusieurs martyrs, « Intret in conspectu tuo, Domine ». C’est cette messe qui fut chantée le 27 octobre 2018, en la basilique Saint-Pierre de Rome, lors du pèlerinage Summorum Pontificum. Je ne sais si c’est un clin d’œil à la vigile supprimée. En tout cas voici cet introït dans la version d’Aurelio Porfiri comme l’est toute la messe.

    Intret in conspéctu tuo, Dómine, gémitus compeditórum : redde vicínis nostris séptuplum in sinu eórum : víndica sánguinem Sanctórum tuórum, qui effúsus est.
    Deus, venérunt gentes in hereditátem tuam : polluérunt templum sanctum tuum : posuérunt Jerúsalem in pomórum custódiam.

    Que le gémissement des captifs pénètre jusqu’à vous, Seigneur ; et pour ceux qui nous entourent faites retomber dans leur sein au septuple l’outrage qu’ils ont fait tomber sur vous ; vengez le sang de vos Saints, qui a été répandu.
    Ô Dieu, les nations sont venues dans votre héritage, elles ont souillé votre saint temple, elles ont fait de Jérusalem une cabane à garder les fruits.

  • Le Christ Roi

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    L’introït est une étonnante réussite. L’adaptation de la mélodie (du mercredi de la quatrième semaine de carême et de la Vigile de la Pentecôte pour l’essentiel) colle tellement au texte et exalte tellement les mots essentiels (et elle culmine sur « gloria » !) que si l’on ne savait pas que c’est une création récente on pourrait croire que c’est elle qui est l’original. Du reste, même le choix du texte est remarquable. Car ce Roi dont on célèbre le règne est en effet l’Agneau immolé, et ce n’est pas la première référence qui vient à l’esprit quand on pense à cette fête inventée pour affirmer la royauté sociale du Christ.

    Dignus est Agnus, qui occísus est, accípere virtútem, et divinitátem, et sapiéntiam, et fortitúdinem, et honórem. Ipsi glória et impérium in sǽcula sæculórum.
    Deus, judícium tuum Regi da : et justítiam tuam Fílio Regis.

    Il est digne, l’Agneau qui a été égorgé, de recevoir la puissance, la divinité, la sagesse, la force, l’honneur. A Lui la gloire et le pouvoir dans les siècles des siècles. (Apocalypse 5,12 et 1,6)
    O Dieu, donnez au Roi votre jugement : et au Fils du Roi votre justice. (Psaume 71)

     Par les séminaristes de l’Institut du… Christ Roi (Souverain Prêtre):

  • Saint Raphaël

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    La fête de saint Raphaël n’est entrée au calendrier romain qu’en 1921. Dans les bagages, curieusement, de la « sainte Famille ».

    En effet, le 26 octobre 1921, Benoît XV décrétait que l’on célébrerait désormais partout la « fête de la sainte Famille de Jésus, Marie, Joseph » le dimanche dans l’octave de l’Epiphanie. Ceci entraînait l’arrivée au calendrier de l’archange saint Gabriel, le 24 mars, veille de l’Annonciation. Et puisqu’on mettait saint Gabriel, on mit aussi saint Raphaël, pour qu’il ne soit pas jaloux, sans doute. Aucune raison ne fut donnée pour la date du 24 octobre, mais on souligna que ses « bienfaits envers la famille de Tobie sont décrits dans nos Saints Livres ». Donc, seul lien ténu, il est encore question de la famille…

    Le décret disait :

    Tout le monde se rend compte qu'il est juste et salutaire pour la famille domestique et pour la société elle-même de favoriser et de propager l'Association de la Sainte-Famille que le Saint-Siège a fondée, munie de lois, enrichie d'indulgences et de privilèges en faveur spécialement des associés et des curés; qu'il convient à cette même fin d'honorer la sainte Famille de Nazareth et d'en célébrer la fête dans toute l'Eglise par un rite liturgique spécial, accompagné d'une fructueuse méditation de ses bienfaits et de l'imitation de ses vertus. Il n'est pas moins opportun, pour l'accroissement de la piété et de la dévotion envers la sainte Famille elle-même, de commémorer par une solennité religieuse la divine mission des deux archanges : de saint Gabriel, messager du mystère de l'Incarnation du Seigneur, et de saint Raphaël, dont les bienfaits envers la famille de Tobie sont décrits dans nos Saints Livres.

    Le décret instituait également la fête de saint Irénée, le 28 juin. Là, aucun rapport avec quelque famille que ce soit, mais un hommage à un père d’origine orientale qui exalta l’autorité de l’Eglise de Rome :

    Profitant de cette occasion, Notre Saint-Père a jugé bon d'honorer par un acte de gratitude, consigné dans la liturgie, l'illustre disciple de saint Polycarpe, évoque de Smyrne, l'évoque et martyr de Lyon qui, dans son ouvrage Contre les hérésies,1. III, a transmis à la mémoire des siècles un si magnifique témoignage en faveur de l'Eglise romaine. « A cette Eglise, écrit-il, en raison de son éminente suprématie, doit nécessairement se réunir toute Eglise, c'est-à-dire les fidèles de tout l'univers... C'est grâce à cette disposition, à cette succession régulière (des pontifes romains), qu'a pu parvenir jusqu'à nous la tradition et la proclamation de la vérité que l'Eglise tient des apôtres. »

    Selon le décret, « tout le clergé séculier et régulier » et « tous ceux qui, par précepte, sont tenus à la récitation de l'Office divin » étaient désormais tenus de célébrer ces fêtes.

    Pourtant elles n’entrèrent jamais dans le bréviaire monastique…

  • Saint Antoine-Marie Claret

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    Extrait de l’introduction à son autobiographie

    « Devant le saint sacrement, je sens le Christ présent d'une façon inexplicable . » Son expérience mystique était toute centrée sur le Christ. Il vivait en profondeur le mystère trinitaire, la filiation divine, la possession par l’Esprit, mais c'est dans et par le Christ qu'il les vivait. Saint Bernard l'aurait trouvé très naturel ; n'a-t-il pas écrit que c'est dans le Christ que le Père et l'Esprit nous donnent le baiser de l’union mystique ? Ces phénomènes ont eu lieu avec le contact de l’Eucharistie. Par là, il rejoignait cette ligne de la mystique eucharistique qui trouve ses expressions les plus heureuses chez les pères Grecs et chez saint Bonaventure. Ainsi, on est moins étonné d'apprendre qu'il a reçu de Dieu la grâce de conserver intactes dans sa poitrine les espèces sacramentelles, et cela d'une communion à l'autre. Son témoignage est clair et ferme, et c'est le témoignage d'un saint qui, par ailleurs, est un homme serein et nullement porté à l'illusion.

    D'autre part, cette grâce vient s'insérer harmonieusement dans la vie de quelqu'un qui a une grande dévotion à l’Eucharistie ; elle vient marquer le mariage mystique de son âme avec Dieu. N'est-il pas normal que l'union transformante lui soit venue par l’Eucharistie, sacrement de l’incorporation ? Une recherche sur la doctrine des Pères concernant l’incorporation au Christ réalisée par la présence des espèces sacramentelles en nous pourrait jeter beaucoup de lumière sur ce cas extraordinaire.

    Le Saint s'est d'ailleurs aperçu du vrai sens de la grâce : recevant en son cœur, peu avant sa mort, une participation à l'amour que Jésus-Christ avait pour ses ennemis, il l'expliquera par ce texte de Saint-Paul dont il expérimente la vérité : « Je ne vis plus, c'est le Christ qui vit en moi. »

    Uni au Christ, il a vécu intensément le mystère maternel de Notre-Dame. C'est peut-être l’aspect de sa spiritualité le plus étudié jusqu'ici, tant il est évident. Dès son enfance, il a éprouvé une dévotion toute filiale à la mère de Dieu. Avec la dévotion au saint sacrement, ce fut le trait dominant de son enfance et de sa jeunesse. L'ambiance locale, le bon exemple de sa famille et les écrits de saint-Alphonse de Liguori l’ont également profondément marqué. Puis, à un certain moment, prenant conscience de sa vocation apostolique, il la considérera comme un don de Notre-Dame.

    Chose curieuse, tandis que pour expliquer la vocation apostolique en général, il parlera de la mission donnée au Fils par le Père et aux apôtres par le Fils, sans faire mention du rôle qu’y joue la Vierge Marie, il expliquera sa propre vocation en la rapportant uniquement à Notre-Dame. Il est son missionnaire car c'est d'elle qu'il a reçu la vocation. La Vierge l'envoie, le lance de ses propres mains, comme une flèche. C’est elle qui le réconforte et qui attire sur son ministère les bénédictions de Dieu. Plus tard, apprenant les conversions causées par la dévotion au Cœur de Marie, ses œuvres principales commenceront à être appelées de ce titre, tandis que l’installation de l’Archiconfrérie du Cœur Immaculé de Marie constituera l’un des points fondamentaux de ses missions. Il en est de même dans sa vie spirituelle : beaucoup de paroles intérieures et d'illuminations proviennent de la Vierge Marie. C'est elle qui, dans une vision, lui donne l'Enfant-Jésus et le rassure sur la réalité de la conservation des espèces sacramentelles. La Très Sainte Vierge est toujours auprès de son Fils dans la vie mystique du Saint.

    Transformé dans le Christ, sa connaissance du mystère pascal se voit du même coup approfondie. C'est le moment des visions concernant divers mystères de Notre-Dame. Mais, remarquons-le, si notre Seigneur ne se montre jamais à lui sans que la main maternelle de la Vierge n'y intervienne, il ne verra Notre- Dame qu'à côté du Christ. Marie est pour lui non pas la médiatrice d'un Christ distant et inaccessible mais la compagne même du Christ, son aide dans l'œuvre du salut. Elle sera toujours présente à lui, mais comme une part du mystère du Christ. Il y a là une différence très nette entre la dévotion mariale de saint Antoine-Marie Claret et celle d'autres écoles modernes de spiritualité. Voici les trois lignes de force de la spiritualité clarétaine : vocation apostolique, piété profondément christologique et dévotion filiale à Marie.

    Et puisqu’on ne dit jamais pourquoi saint Antoine-Marie Claret, ancien archevêque de Cuba, confesseur de la reine d’Espagne, est mort à 62 ans dans un monastère français, voici les dernières lignes de la longue introduction signée Jean-Marie Lozano :

    S'il n'a pas vu se réaliser son désir de donner sa vie pour le Seigneur Jésus, il a souffert un long martyre spirituel dans les dernières années de sa vie. La souffrance est alors allée en progressant : exil, campagne de presse, demandes d'extradition pour le faire juger par un tribunal révolutionnaire... Dieu l’en a libéré en le rappelant à Lui. Mais, même dans mort, il devait ressembler au Christ : il est mort seul, privé presque de tous ses amis, accueilli par charité dans un monastère.

     

  • Antienne de communion

    Puisqu’il n’y a pas de saint aujourd’hui au calendrier du missel de 1960, et que le jeudi est le jour de l’eucharistie, voici l’antienne de la liturgie byzantine pour la communion des célébrants, le dimanche, lors d'une divine liturgie solennelle en la co-cathédrale grecque-catholique de la Martorana (Palerme), un 15e dimanche après la Croix (autour du 20 janvier). C'était entre 1989 et 2005, et je viens de le découvrir.

    Avant la communion on voit la fraction et la commixtion, et le zéon (eau bouillante) versé dans le calice. En rompant l'hostie (l'"Agneau"), le prêtre dit: "Est rompu et partagé l'Agneau de Dieu, rompu mais non divisé, toujours mangé mais jamais consommé, sanctifiant ceux qui y communient." En mettant une parcelle dans le calice: "Plénitude de la foi du Saint-Esprit. Amen." En bénissant l'eau chaude: "Bénie soit la ferveur de tes saints en tout temps, maintenant et à jamais et dans les siècles des siècles, amen." Quand le diacre verse l'eau chaude : "Ferveur de la foi, pleine du Saint-Esprit."

    L’évêque (de Piana degli Albanesi) est Mgr Sotìr Ferrara (né et mort à Piana degli Albanesi...).

    Comme c’est une messe télévisée on doit hélas subir les commentaires (toutefois relativement discrets) de la journaliste. La divine liturgie entière se trouve ici :

    https://youtu.be/fehpi4IB-7k

    Αἰνεῖτε τὸν Κύριον ἐκ τῶν οὐρανῶν, αἰνεῖτε αὐτὸν ἐν τοῖς ὑψίστοις. Ἀλληλούϊα, Ἀλληλούϊα, Ἀλληλούϊα.
    Louez le Seigneur dans les cieux, louez-le dans les hauteurs, alléluia. (Psaume 148)

     

    De la même divine liturgie j’ai également extrait le chant après la communion :

    Εἴδομεν τὸ φῶς τὸ ἀληθινόν, ἐλάβομεν Πνεῦμα ἐπουράνιον, εὕρομεν πίστιν ἀληθῆ, ἀδιαίρετον Τριάδα προσκυνοῦντες· αὕτη γὰρ ἡμᾶς ἔσωσεν.

    Nous avons vu la vraie Lumière, nous avons reçu l’Esprit céleste, nous avons trouvé la vraie foi, nous adorons l’indivisible Trinité, car c’est elle qui nous a sauvés.

  • Saint Hilarion

    Italicus, habitant du même bourg et qui était chrétien, nourrissait des chevaux pour courir au cirque contre ceux de l'un des deux premiers magistrats de Gaza, fort affectionné à l'idole de Marnas; ce qui était une coutume observée dans toutes les villes romaines depuis Romulus, lequel, par suite de l'heureux succès du rapt des Sabines, avait ordonné que des chariots tirés par quatre chevaux feraient sept tours en l'honneur de Confus, dont il avait fait une divinité sous le nom du Dieu des conseils, bien que ce fût en effet à cause d'une action qui n'était qu'une pure tromperie; et dans cette course celui-là était réputé victorieux qui avait devancé les chevaux de ses concurrents. Italicus voyant que son antagoniste, par le moyen d'un enchanteur qui usait de certaines paroles pour invoquer les démons, empêchait ses chevaux d'aller et redoublait la vitesse des siens, vint trouver le bienheureux Hilarion pour le supplier non pas tant de faire tort à son adversaire que d'empêcher qu'il n'en reçût point de lui. Ce vénérable vieillard trouvant qu'il était ridicule d'employer inutilement des oraisons pour de semblables niaiseries, et lui disant en souriant : « Que ne vendez-vous plutôt ces chevaux, afin d'en donner le prix aux pauvres pour le salut de votre âme? » il répondit que c'était une fonction publique à laquelle il ne se portait pas volontairement, mais y était contraint, et qu'un chrétien ne pouvant user de charmes, il avait jugé beaucoup plus à propos d'avoir recours à un serviteur de Jésus-Christ, principalement contre ceux de Gaza, qui étaient ennemis de Dieu, et dont l'insolence ne le regardait pas tant que l'Église de Jésus-Christ. Sur quoi Hilarion, en étant prié par les frères qui se trouvèrent présents, commanda qu'on emplît d'eau un pot de terre dans lequel il avait coutume de boire, et qu'on le lui donnât. Italicus l'ayant reçu, en arrosa l'écurie, les chevaux, le cocher, le chariot et les barrières du cirque. Tout le peuple était dans une merveilleuse attente de ce qui devait arriver ; car son adversaire, se moquant de cela comme d'une superstition, l'avait publié partout, et ceux qui favorisaient Italicus se réjouissaient déjà dans la croyance qu'ils avaient d'une victoire assurée. Le signal étant donné, les chevaux d'Italicus allaient aussi vite que s'ils eussent eu des ailes, et les autres semblaient avoir des entraves aux pieds. Les roues du chariot tiré par ceux-ci paraissaient tout enflammées, et à peine ceux qui conduisaient l'autre pouvaient-ils voir le dos de leurs adversaires qui volaient ainsi devant eux. Il s'éleva un grand cri de tout le peuple, et les ennemis mêmes d'Italicus ne purent s'empêcher de dire tout haut : « Jésus-Christ a vaincu Marnas. » Mais ceux qui avaient reçu ce déplaisir, frémissant de rage, demandaient que l'on punît Hilarion comme étant le sorcier des chrétiens. Cette victoire, si connue et si publique, servit beaucoup pour faire embrasser la foi et à ceux qui en furent témoins et depuis à plusieurs autres qui étaient employés dans les jeux du cirque.

    Saint Jérôme, Vie de saint Hilarion, ch. 7