Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Liturgie

  • Octave de l’Assomption

    Par un décret de la Congrégation des rites daté du 4 mai 1944, Pie XII instituait la fête du Cœur immaculée de Marie le 22 août. A savoir le jour de l’octave de la fête de l’Assomption. Comme s’il avait déjà décidé de supprimer cette octave, ce qu’il fera 11 ans plus tard.

    Retrouvons saint Bernard, dans son quatrième sermon sur l’Assomption, dont les lignes suivantes étaient la lecture du deuxième nocturne des matines (ce sont en fait des extraits, bien choisis et agencés, de la deuxième moitié du sermon).

    Rien ne me charme, mais aussi rien ne m’effraie plus, que de parler des gloires de la Vierge Marie. Si je loue sa virginité, beaucoup de vierges se présentent à mon souvenir. Si je célèbre son humilité, il s’en trouve au moins quelques-uns qui, à l’école de son Fils, sont devenus doux et humbles de cœur. Si je veux exalter sa grande miséricorde, il y a eu des hommes et aussi des femmes qui ont exercé la miséricorde. Mais il est un point où Marie n’a eu, ni devancière ni imitatrice, c’est qu’elle a tout ensemble, et les joies de la maternité et l’honneur de la virginité. C’est là le privilège de Marie, il ne sera pas donné à une autre ; il est unique et par cela même il est ineffable.

    Néanmoins, elle n’a pas que cela de particulier. A bien considérer toutes ses vertus, on trouve que celles-là même qui semblent lui être communes avec d’autres, lui sont spécialement propres. Quelle pureté, fût-ce la pureté des Anges, osera-t-on mettre en parallèle avec celle qui a rendu Marie digne de devenir le sanctuaire du Saint-Esprit, et la demeure du Fils de Dieu ? Et quelle admirable et précieuse humilité, jointe à une si grande pureté, à une parfaite innocence, à une conscience exempte de toute ombre de faute, et, pour mieux dire, à une si merveilleuse plénitude de grâce ! D’où vous vient cette humilité et cette humilité si grande, ô Vierge bienheureuse ? Elle était digne assurément des regards du Seigneur, c’est de sa beauté que le Roi a été épris, c’est son parfum très suave qui, attirant le Fils de Dieu, l’a fait sortir de l’éternel repos qu’il goûte dans le sein de son Père.

    Nous vous avons accompagnée de tous les vœux possibles, quand vous montiez vers votre Fils, et nous vous avons suivie du moins à distance, ô Vierge bénie ! Que votre bonté fasse connaître au monde la grâce que vous avez trouvée auprès de Dieu : obtenez par vos saintes prières le pardon aux coupables, la guérison aux malades, la force aux âmes faibles, la consolation aux affligés, le secours et la délivrance à ceux qui sont en péril. O Marie, reine de clémence, qu’en ce jour de solennité et d’allégresse vos humbles serviteurs qui louent et invoquent votre très doux nom soient comblés des dons de la grâce par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui est le Dieu souverain, béni dans tous les siècles. Amen.

    Dernier répons du deuxième nocturne (dans le bréviaire monastique, toujours) :

    ℟. Ista est speciosa inter filias Jerusalem, sicut vidistis eam plenam caritate et dilectione, * in cubilibus et in hortis aromatum. ℣. Ista est quæ ascendit de deserto, deliciis affluens. In cubilibus et in hortis aromatum. Gloria Patri. In cubilibus et in hortis aromatum.

    Elle est belle parmi toutes les filles de Jérusalem, ainsi que vous l'avez vue pleine de charité et de dilection, dans les chambres et les jardins des parfums. C’est elle qui monte du désert, pleine de délices. Dans les chambres et les jardins des parfums. Gloire au Père… Dans les chambres et les jardins des parfums.

  • Dans l’octave de l’Assomption

    Lecture des matines : début du quatrième sermon de saint Bernard sur l’Assomption.

    C'est le moment de s'adresser à toute chair quand la Mère du Verbe incarné est enlevée dans les cieux, et la mortelle humanité ne doit point cesser de faire entendre ses louanges le jour où la seule nature humaine se trouve élevée dans la Vierge au dessus des esprits immortels. Mais si la dévotion ne nous permet pas de garder le silence aujourd'hui sur elle, notre intelligence paresseuse ne peut concevoir, et notre langue inhabile ne peut exprimer rien qui soit digne d'elle. Voilà pourquoi les princes eux-mêmes de la cour céleste, à la vue d'une chose si nouvelle, s'écriaient tout pleins d'admiration : « Quelle est celle qui monte ainsi du désert, pleine de délices (Cant. 8,5) ? » C'est comme s'il disaient en termes plus clairs : « Quelle est son importance, et d'où lui vient, puisqu'elle s’élève du désert, une telle affluence de délices ? On n'en trouve pas de semblables, même parmi nous, dont le cours impétueux du fleuve réjouit la vue dans la cité de Dieu (psaume 45), et qui, sous ses yeux, buvons à longs traits, dans un torrent de délices.

    Quelle est cette femme qui vient de dessous le soleil, de là où il n'y a que labeur, douleur, affliction d’esprit (Ecclesiaste), et qui monte, comblée de délices spirituelles ? Pourquoi ne dirais-je point que ces délices, ce sont la gloire de la virginité, avec le don de la fécondité, la marque insigne de l’humilité, le doux rayon de miel de la charité, les entrailles de la miséricorde, la plénitude de 1a grâce, et le privilège d'une gloire unique ? Aussi, en s'élevant de ce désert, la Reine du monde, comme l'Église le dit dans ses chants, « est devenue belle et douce à voir dans ses délices » (antienne de l’office de la Sainte Vierge) même aux yeux des autres.

    Qu'ils cessent pourtant d'admirer les délices de ce désert, car le Seigneur a répandu sa bénédiction, et notre terre a porté son fruit (Psaume 84). Qu'ont-ils à admirer Marie quand elle s'élève du désert de cette terre comblée de délices ? Ils ont bien plus de quoi admirer dans le Christ devenu pauvre, quand il était riche de la plénitude du royaume du ciel, car il me semble bien plus étonnant de voir le fils de Dieu descendre au-dessous même des anges (psaume 8) que Marie s'élever au dessus d'eux. Son dénuement a fait notre richesse, et ses misères ont fait les délices du monde. Enfin, quand il était riche, il s'est fait pauvre pour nous, afin de nous enrichir par sa propre pauvreté (II Cor. 8,9).

    Troisième répons :

    ℟. Quæ est ista quæ procéssit sicut sol, et formósa tamquam Jerúsalem ? * Vidérunt eam fíliæ Sion, et beátam dixérunt, et regínæ laudavérunt eam. ℣. Et sicut dies verni circúmdabant eam flores rosárum et lília convállium. * Vidérunt eam fíliæ Sion, et beátam dixérunt, et regínæ laudavérunt eam. Glória Patri. * Vidérunt eam fíliæ Sion, et beátam dixérunt, et regínæ laudavérunt eam.

    Quelle est celle-ci qui s’avance comme le soleil, et belle comme Jérusalem ? (Cantique 8,5) Les filles de Sion l’ont vue et l’ont dite bienheureuse, et les reines l’ont louée. Et comme un jour de printemps, les roses l’entouraient, ainsi que les lys des vallées (Ecclésiastique 50,8). Les filles de Sion l’ont vue et l’ont dite bienheureuse, et les reines l’ont louée. Gloire au Père... Les filles de Sion l’ont vue et l’ont dite bienheureuse, et les reines l’ont louée.

  • Dimanche dans l’octave de l’Assomption

    En réalité, pour voir une mention du « dimanche dans l’octave de l’Assomption », il faut remonter non pas avant 1955 mais avant 1911. Et si le 20 août est la fête de saint Bernard, en ce dimanche on célébrait, depuis 1738, la fête de saint Joachim, fixée au dimanche dans l’octave de l’Assomption par Clément XII. Elle primait celle de saint Bernard (qui aurait primé le dimanche avant 1911 s’il n’y avait pas eu Joachim).

    Depuis la réforme de saint Pie X, on fait aujourd’hui l’office et la messe du 11e dimanche après la Pentecôte (avec mémoire de l’octave de l’Assomption jusqu’en 1955 et mémoire de saint Bernard jusqu’en 1960).

    Quoi qu’il en soit j’ai voulu garder l’octave de l’Assomption cette année sur mon blog parce que l’Assomption méritait son octave, et à cause de saint Bernard et de son sermon pour le dimanche dans l’octave de l’Assomption, jour qui est cette année celui de sa fête même si le calendrier de 1960 le passe sous silence.

    Ce sermon est parfois intitulé « Les douze prérogatives de la bienheureuse Vierge Marie », ou « Le sermon des douze étoiles ». En voici la fin.

    Quant au martyre de la Vierge qui est, comme vous vous le rappelez, la douzième étoile de sa couronne, je le trouve dans la prophétie de Siméon, et dans toute l'histoire de la passion de Notre Seigneur. En parlant de l'enfant Jésus, Siméon dit : « Cet enfant est destiné à se trouver en butte à la contradiction, » puis, s'adressant à Marie, il continue : « Et vous, votre âme sera percée d'un glaive. » On peut bien dire, en effet, qu'un glaive a percé votre âme, ô bienheureuse mère, car ce n'est qu'en passant par votre cœur qu'il pouvait pénétrer dans la chair de votre Fils. Et même quand votre Jésus, le vôtre par excellence, en même temps que le nôtre, eut rendu l'esprit, ce n'est plus son âme qu'atteignit la lance qui, n'épargnant pas même dans les bras de la mort, la victime à qui elle ne pouvait plus faire de mal, ouvrit son côté de son fer cruel, mais c'est votre âme elle-même qu’elle transperça. Car, pour lui, son âme n'était déjà plus là, mais la vôtre ne pouvait s'arracher de ces lieux. Sa douleur, comme un glaive violent, a donc transpercé votre cœur, et nous pouvons vous appeler, avec raison, plus que martyre, puisque, en vous, le sentiment de la compassion l'emporta si fort sur celui de la passion endurée par le corps.

    N'était-ce point une parole plus pénétrante qu'un glaive, qui transperça, en effet, votre âme et atteignit jusqu’à la division de l'âme et de l'esprit, que celle-ci : « Femme, voici ton fils ? » Quel échange ! Jean substitué à Jésus, le serviteur au Seigneur, le disciple au maître, le fils de Zébédée au Fils de Dieu, un pur homme au vrai Dieu ! Comment ce langage n'aurait-il pas percé, comme d'un glaive, votre âme si aimante, quand son souvenir seul déchire nos cœurs de pierre ou de fer ? Ne vous étonnez point, mes frères, que Marie soit dite martyre en son âme, il faudrait pour en être surpris que vous eussiez oublié que le plus grand crime que saint Paul ait reproché aux Gentils c'est d'avoir été sans affection. Cette absence de sentiment était loin de se trouver dans les entrailles de Marie, puisse-t-elle être aussi étrangère à ses humbles serviteurs. Mais peut-être demanderez-vous si elle ne savait pas d'avance qu'il devait mourir ? Elle n'en doutait point ; si elle espérait qu'il ressusciterait peu de temps après ? avec confiance. Et, malgré cela, elle souffrit de le voir attaché à la croix ? énormément (1). Après tout, qui êtes-vous, mon frère, et à quelle source puisez-vous votre sagesse pour vous étonner davantage de voir Marie compatir que de voir le fils de Marie pâtir ? Il aurait pu souffrir la mort du corps, et elle n'aurait pu ressentir celle du cœur ? (2) Ce fut une charité en comparaison de laquelle nul ne saurait en avoir une plus grande qui fit endurer l'une au fils ; ce fut une charité aussi à laquelle on ne saurait en comparer une autre qui fit souffrir l'autre à la mère.

    Et maintenant, ô mère de miséricorde, au nom de l'affection de votre âme très pure, la lune qui se tient à vos pieds vous invoque avec les accents de la plus grande dévotion comme une médiatrice entre elle et le Soleil de justice ; que dans votre lumière elle voie sa lumière, et que, par votre intercession, elle mérite la grâce du Soleil qu'elle a véritablement aimé par dessus tout, et qu'elle a orné, en le revêtant d'une robe de gloire, et en lui mettant sur la tête une couronne de beauté. Vous êtes pleine de grâces, pleine de la rosée du ciel, appuyée sur votre bien-aimé et comblée de délices. Nourrissez aujourd'hui vos pauvres, ô vous Notre Dame; que les petits chiens eux-mêmes mangent des miettes de la table du Maître, et, de votre vase qui déborde, donnez à boire non seulement au serviteur d'Abraham, mais encore à ses chameaux, Car c'est vous qui êtes, en vérité, la fiancée choisie et préparée pour le Fils du Très-Haut, qui est Dieu et béni par dessus tout dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

    (1) Sed forte quis dicat: Nunquid non eum praescierat moriturum ?
    - Et indubitanter.
    Numquid non sperabat continuo resurrecturum ?
    - Et fidenter.
    Super haec doluit crucifixum ?
    - Et vehementer.

    (2) Ille etiam mori corpore potuit,
         ista commori corde non potuit ?

  • Dans l’octave de l’Assomption

    Lecture des matines : extraits du début et de la fin du premier sermon de saint Bernard sur l’Assomption.

    En montant aujourd'hui dans les cieux, la glorieuse Vierge a certainement porté à son comble la joie des citoyens du ciel. Car elle n'est rien moins que celle dont la voix fit tressaillir de joie, dans les entrailles d'une mère qu'elle a saluée, l'enfant qui y était encore enfermé. Si l'âme d'un enfant qui n'était pas encore né s'est fondue de bonheur à sa voix, quelle ne dut pas être l’allégresse des esprits célestes quand ils eurent le bonheur d'entendre sa voix, de contempler son visage, de jouir de sa présence bienheureuse ?

    Mais qui pourra se faire une juste idée de la gloire au sein de laquelle la reine du monde s'est avancée aujourd'hui, de l'empressement plein d'amour avec lequel toute la multitude des légions célestes s'est portée à sa rencontre ; au milieu de quels cantiques de gloire elle a été conduite à son trône, avec quel visage paisible, quel air serein, quels joyeux embrassements elle a été accueillie par son Fils, élevée par lui au-dessus de toutes les créatures avec tout l'honneur dont une telle mère est digne, et avec toute la pompe et l'éclat qui conviennent à un tel Fils ?

    Sans doute, les baisers que la Vierge mère recevait des lèvres de Jésus à la mamelle, quand elle lui souriait sur son sein virginal, étaient pleins de bonheur pour elle, mais je ne crois pas qu'ils l'aient été plus que ceux qu'elle reçoit aujourd'hui du même Jésus assis sur le trône de son Père, au moment heureux où il salue son arrivée, alors qu'elle monte elle-même à son trône de gloire, en chantant l'épithalame et en disant : « Qu'il me baise d'un baiser de sa bouche. » Qui pourra raconter la génération du Christ et l'Assomption de Marie ? Elle se trouve dans les cieux comblée d'une gloire d'autant plus singulière que, sur la terre, elle a obtenu une grâce plus insigne que toutes les autres femmes.

    • La dernière phrase est un des innombrables "isocolons" qu'affectionne saint Bernard: une phrase en deux ou trois parties (parfois davantage) de construction analogue avec des mots et des sonorités qui se répondent:

    Quantum enim gratiæ in terris adepta est præ cæteris
    tantum et in cælis obtinet gloriæ singularis

    • On peut remarquer qu’il y a trois fois le mot « aujourd’hui » dans les passages retenus par la liturgie. Dans le sermon entier, il y a sept fois le mot aujourd’hui, et ce n’est évidemment pas un hasard. Il s’agit pour saint Bernard de souligner l’actualité du mystère que l’on célèbre. La liturgie rend les mystères présents. Aujourd’hui. Il le dit sept fois parce que c’est le chiffre de la perfection, de l’achèvement. C’est pourquoi on célèbre la fête pendant sept jours, et que le huitième reprend le premier, comme le dimanche de la Résurrection est le huitième jour qui reprend le dimanche de la Création et fait entrer la création dans l’éternité. L'invitatoire des matines comporte lui aussi un "aujourd'hui", hodie, qui se dit neuf fois chaque nuit de l'octave en refrain du psaume 94. Enfin, l'antienne de Magnificat, tous les soirs, dit également "aujourd'hui" : Hódie María Virgo cælos ascéndit : gaudéte, quia cum Christo regnat in ætérnum.

    Deuxième répons :

    ℟. Beáta es, Virgo María, Dei Génitrix, quæ credidísti Dómino : perfécta sunt in te quæ dicta sunt tibi : ecce exaltáta es super choros Angelórum : * Intercéde pro nobis ad Dóminum Deum nostrum. ℣. Ave María, grátia plena ; Dóminus tecum. * Intercéde pro nobis ad Dóminum Deum nostrum.

    Vous êtes bienheureuse, Vierge Marie, Mère de Dieu, vous qui avez cru au Seigneur ; car ce qui vous a été dit, s’accomplira en vous : voici que vous êtes exaltée au-dessus des chœurs des Anges : * Intercédez pour nous auprès du Seigneur notre Dieu. Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Intercédez pour nous auprès du Seigneur notre Dieu.

  • Dans l’octave de l’Assomption

    Suite du sermon de saint Jean Damascène (propos de Juvénal, archevêque de Jérusalem, selon l’Histoire euthymiaque III, 40) :

    Nous tenons d'une tradition ancienne et très véridique qu'au moment de sa glorieuse dormition, tous les saints Apôtres, qui parcouraient la terre pour le salut des nations, furent assemblés en un instant par la voie des airs à Jérusalem. Quand ils furent près d'elle, des anges leur apparurent dans une vision, et un divin concert des puissances supérieures se fit entendre. Et ainsi, dans une gloire divine et céleste, la Vierge remit aux mains de Dieu sa sainte âme d'une manière ineffable. Quant à son corps, réceptacle de la divinité, il fut transporté et enseveli, au milieu des chants des anges et des Apôtres, et déposé dans un cercueil à Gethsémani, où pendant trois jours persévéra sans relâche le chant des chœurs angéliques. Après le troisième jour, ces chants ayant cessé, les Apôtres présents ouvrirent le cercueil à la demande de Thomas qui seul avait été loin d'eux, et qui, venu le troisième jour, voulut vénérer le corps qui avait porté Dieu. Mais son corps digne de toute louange, ils ne purent aucunement le trouver; ils ne trouvèrent que ses vêtements funèbres déposés là, d'où s'échappait un parfum ineffable qui les pénétrait, et ils refermèrent le cercueil. Saisis d'étonnement devant le prodige mystérieux, voici seulement ce qu'ils pouvaient conclure : celui qui dans sa propre personne daigna s'incarner d'elle et se faire homme, Dieu le Verbe, le Seigneur de gloire, et qui garda intacte la virginité de sa Mère après son enfantement, celui-là avait voulu encore, après son départ d'ici-bas, honorer son corps virginal et immaculé du privilège de l'incorruptibilité, et d'une translation avant la résurrection commune et universelle.

    Etaient présents alors avec les Apôtres, le saint apôtre Timothée, premier évêque d'Ephèse, et Denys l'Aréopagite, comme lui-même, le grand Denys, dans ses discours adressés au susdit apôtre Timothée, au sujet du bienheureux Hiérothée, lui-même alors présent, en témoigne en ces termes:

    « Même auprès de nos pontifes inspirés, en effet, lorsque nous-mêmes, comme tu le sais, et lui et beaucoup de nos saints frères, nous nous réunîmes pour contempler le corps qui fut principe de vie, en présence aussi de Jacques, frère du Seigneur, et de Pierre, la plus haute et la plus ancienne autorité des théologiens, et lorsqu'on décida, après cette contemplation, que chacun de tous les pontifes célébrerait selon son pouvoir la bonté infinie de la puissance divine. »

    Premier répons :

    ℟. Ornátam monílibus filiam Jerúsalem Dóminus concupivit : * Et vidéntes eam fíliæ Sion, beatíssimam prædicavérunt, dicéntes : Unguéntum effúsum nomen tuum. ℣. Astitit regína a dextris tuis in vestítu deauráto, circúmdata varietáte. * Et vidéntes eam fíliæ Sion, beatíssimam prædicavérunt, dicéntes : Unguéntum effúsum nomen tuum.

    Le Seigneur a aimé la fille de Jérusalem, parée de colliers : Et les filles de Sion, la voyant, l’ont proclamée la plus heureuse, disant : C’est un parfum répandu que votre nom. La reine s’est tenue debout à votre droite, dans un vêtement d’or, couverte d’ornements variés. Et les filles de Sion, la voyant, l’ont proclamée la plus heureuse, disant : C’est un parfum répandu que votre nom.

    (Cantique des cantiques et psaume 44)

  • 15 août au Kremlin

    Kremlin.jpeg

    La cathédrale de la Dormition de la Mère de Dieu, au Kremlin, a été consacrée le 15 août 1327, il y a 690 ans, par Pierre, métropolite de Kiev, résidant désormais à Moscou. Les Soviétiques en avaient fait un musée. Elle l’est resté, car dans les années 1990 a été reconstruite la cathédrale patriarcale du Saint-Sauveur, tout près de là. Mais on y célèbre la Divine Liturgie à diverses occasions. Une de ces occasions a été le 15 août dernier le 690e anniversaire de la cathédrale. On y a donc célébré la Dormition, alors que selon le calendrier julien (qu’ils feraient bien d’abandonner, tout de même) le 15 août est devenu le 28…

  • Dans l’octave de l’Assomption

    Suite du sermon de saint Jean Damascène (lecture des matines)

    Poussons un cri de guerre, élevons la clameur de nos âmes devant l'arche du Seigneur Dieu, et nous verrons tomber les murs de Jéricho, c'est-à-dire les forteresses hostiles des puissances adverses. Avec David bondissons dans l'Esprit : car l'arche du Seigneur aujourd'hui est entrée dans son repos. Avec Gabriel, le chef des anges, écrions-nous : « Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. » Réjouis-toi, inépuisable océan de la joie ! Réjouis-toi, seul remède capable de chasser la tristesse ! Sois dans la joie, toi le baume qui apaise la douleur de tous les cœurs ! Sois dans la joie, toi par qui la mort est expulsée, tandis que la vie fait son entrée !

    Et toi, le plus saint des tombeaux sacrés, du moins après le tombeau vivifiant du Seigneur, qui fut le berceau de la Résurrection, je m'adresserai à toi comme à un être vivant : où est l'or sans alliage que les mains des Apôtres déposèrent en toi comme un trésor ? Où est la richesse inépuisable ? Où est l'objet précieux reçu de Dieu ? Où est la table vivante, le livre nouveau dans lequel, ineffablement, la Parole divine s'est inscrite sans le secours de la main ? Où est l'abîme de la grâce, l'océan des guérisons ? Où est la source génératrice de vie ? Où est le corps de la Mère de Dieu, objet de tant de vœux et de tant d'amour?

    Pourquoi cherchez-vous dans un tombeau celle qui fut élevée aux demeures célestes ? Pourquoi me demander compte de sa perte ? Je n'ai pas le pouvoir de m'opposer aux ordres divins. Laissant son linceul, le corps saint et sacré, qui m'a communiqué sa sainteté, m'a embaumé de son parfum et a fait de moi un temple divin, ce corps a été enlevé et s'en est allé, escorté des anges, des archanges et de toutes les puissances célestes. Maintenant les anges m'entourent. Maintenant en moi la divine grâce réside. Me voici devenu pour les malades, le remède qui chasse tous les maux. Je suis une source éternelle de guérison; je suis la terreur qui met en fuite les démons; je suis la ville de refuge pour ceux qui recourent à moi.

    Premier répons :

    . Vidi speciósam sicut colúmbam, ascendéntem désuper rivos aquárum, cuius inæstimábilis odor erat nimis in vestiméntis eius ; * Et sicut dies verni circúmdabant eam flores rosárum et lília convállium. . Quæ est ista quæ ascéndit per desértum sicut vírgula fumi ex aromátibus myrrhæ et thuris ? * Et sicut dies verni circúmdabant eam flores rosárum et lília convállium.

    Je l’ai vue belle comme une colombe qui s’élève au-dessus des rives des eaux ; un parfum inestimable se trouvait en abondance dans ses vêtements : Et les fleurs des rosiers, et les lis des vallées l’entouraient comme un jour de printemps. Quelle est celle-ci, qui monte par le désert comme une colonne de fumée d’aromates, de myrrhe et d’encens ? Et les fleurs des rosiers, et les lis des vallées l’entouraient comme un jour de printemps.

    (Inspiré du Cantique des cantiques et de Ecclésiastique 50).

  • Dans l’octave de l’Assomption

    Le 1er novembre 1950, Pie XII proclamait le dogme de l’Assomption. Je n’ai toujours pas compris la raison de ce geste. Toutes les Eglises, d’Orient et d’Occident, ont toujours célébré l’Assomption ou Dormition de la Mère de Dieu. En outre Pie XII ne définit rien, contrairement à ce qu’il affirme, et reste en deçà de ce que dit la tradition :

    … pronuntiamus, declaramus et definimus divinitus revelatum dogma esse : Immaculatam Deiparam semper Virginem Mariam, expleto terrestris vitae cursu, fuisse corpore et anima ad caelestem gloriam assumptam.

    Il évite de préciser que la Sainte Vierge est morte et ressuscitée. Il s’agit uniquement d’une proclamation de… ce que les Eglises d’Orient et d’Occident proclament chaque année le 15 août depuis des temps immémoriaux.

    En outre c’est un geste d’hostilité envers les orthodoxes, qui célébraient cette fête avant les Latins, et qui n’admettent pas qu’on proclame des dogmes après les grands conciles du premier millénaire.

    Sans doute Pie XII avait-il le dessein de donner plus d’éclat à cette fête, et d’attirer davantage l’attention sur sa signification.

    Or, à peine quatre ans et demi plus tard, le 23 mars 1955, il supprime l’octave de l’Assomption (en même temps que toutes les octaves hormis Noël, Pâques et Pentecôte). Curieuse façon de rehausser l’éclat d’une fête, que de supprimer son octave. Il est clair qu’il y avait trop d’octaves qui s’étaient accumulées au fil de siècles, mais s’il y en avait une à garder en dehors des trois citées, c’était bien celle de la principale fête de Notre Dame.

    D’autre part, au fil du temps, et surtout récemment, on avait, en outre, malencontreusement ajouté des fêtes dans l’octave de l’Assomption, qui l'oblitéraient quelque peu : celle de saint Hyacinthe (au XVIIe siècle), de sainte Jeanne de Chantal (1779), de saint Joachim (1911), de saint Jean Eudes (1928).

    J’omets à dessein la fête de saint Bernard, le 20 août, qui fut la première, et qui aurait dû rester la seule. Saint Bernard, mort le 20 août, dans l’octave de l’Assomption, est un des plus grands chantres de Marie, et son plus grand sermon marial, chef-d’œuvre absolu, est celui qu’il écrivit pour le dimanche dans l’octave de l’Assomption. Ce seul fait aurait dû empêcher de supprimer cette octave…

    Le bréviaire monastique, jusqu’à la suppression de l’octave, n’avait que la fête de saint Bernard. Il y avait ainsi une parfaite unité liturgique de la semaine, car on ne quittait Marie que pour Bernard qui parlait de Marie, et après avoir lu aux matines une partie du deuxième sermon de saint Jean Damascène sur la dormition, on embrayait, dès le 19, avec des extraits des sermons de saint Bernard sur l’Assomption. (Et cette année, la fête de saint Bernard étant supplantée par le dimanche, l'octave est complète.)

    J’avoue que je ne peux pas me résoudre à abandonner cette merveille. Cette année je ne fais donc pas semblant de respecter le calendrier de 1960.

    Voici donc le deuxième jour dans l’octave de l’Assomption. Voici la lecture des matines, extraite de l’homélie de saint Jean Damascène [entre crochets le passage qui ne se trouve pas dans le bréviaire].

    Quant à nous, comme celui que nous adorons est Dieu, un Dieu qui n'est pas venu du non-être à l'existence, mais qui est éternel engendré de l'éternel, qui dépasse toute cause, parole, idée soit de temps soit de nature, c'est la Mère de Dieu que nous honorons et vénérons. Nous ne voulons pas dire qu'il tienne d'elle la naissance intemporelle de sa divinité - la génération du Verbe de Dieu est hors du temps et éternelle comme le Père - mais nous confessons une seconde naissance, par incarnation volontaire, et de celle-ci nous connaissons la cause et nous la proclamons par nos louanges. Il se fait chair, celui qui est éternellement incorporel, "à cause de nous et à cause de notre salut", pour sauver le semblable par le semblable. Et s'incarnant, il naît de cette Vierge sacrée sans union humaine, restant lui-même Dieu tout entier, et tout entier devenu homme; pleinement Dieu avec sa chair, et pleinement homme avec son infinie divinité. C'est en reconnaissant ainsi cette Vierge comme Mère de Dieu que nous célébrons sa dormition [: nous ne l'appelons pas une déesse - loin de nous ces fables de l'imposture grecque! puisque nous annonçons aussi sa mort. Mais nous la reconnaissons pour la Mère de Dieu incarné].

    Célébrons-la aujourd'hui, par des chants sacrés, nous qui avons été enrichis au point d'être le peuple du Christ et de porter ce nom ! Honorons-la par des stations nocturnes ! Réjouissons-la par la pureté de l'âme et du corps, elle qui réellement est plus pure que tous les êtres sans exception après Dieu car le semblable se plaît au semblable. Rendons-lui hommage par notre miséricorde et notre compassion à l'égard des indigents. Si rien ne fait honneur à Dieu comme la miséricorde, qui contestera que sa Mère soit honorée par les mêmes sentiments, elle qui a mis à notre disposition cet abîme ineffable, l'amour de Dieu pour nous ?

    Par elle nos hostilités séculaires avec le Créateur ont pris fin. Par elle notre réconciliation avec Lui fut proclamée, la paix et la grâce nous furent données, les hommes unissent leurs chœurs à ceux des anges, et nous voilà faits enfants de Dieu, nous qui étions auparavant un objet de mépris ! Par elle nous avons vendangé le raisin qui donne la vie; d'elle nous avons cueilli le germe de l'incorruptibilité. De tous les biens elle est devenue pour nous la médiatrice. En elle Dieu s'est fait homme, et l'homme est devenu Dieu. Quoi de plus paradoxal ? Quoi de plus heureux ?

    Le premier répons des matines, tiré essentiellement du psaume 44 :

    ℟. Diffúsa est grátia in lábiis tuis : * Proptérea benedíxit te Deus in ætérnum. ℣. Myrrha, et gutta, et cásia a vestiméntis tuis, a dómibus ebúrneis, ex quibus delectavérunt te fíliæ regum in honóre tuo. * Proptérea benedíxit te Deus in ætérnum.

    La grâce est répandue sur vos lèvres : c’est pourquoi le Seigneur vous a bénie pour l’éternité. La myrrhe, l’aloès et la cannelle s’exhalent de vos vêtements et de vos maisons d’ivoire, dont vous ont fait présent des filles de rois pour vous honorer. C’est pourquoi le Seigneur vous a bénie pour l’éternité.

  • Assomption

    GR584_0_546_756_334.png

    Inimicítias ponam inter te et mulíerem, et semen tuum et semen illíus.

    Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien.

    L'offertoire Inimicitias diffère profondément, comme sens et comme ligne, de tout ce qui précède, tout autant que de l'ancien offertoire Assumpta est, à la joie méditative. Les paroles, empruntées au récit de la chute originelle, du début de la Genèse, ont été choisies pour la Messe de l’Assomption parce qu’elles sont le premier texte scripturaire établissant l’antagonisme entre la Vierge et le démon et son triomphe total sur lui. C’est avec la promesse voilée de la Rédemption, l’annonce de la grandeur incomparable de la nouvelle Eve, de l’opposition irréductible créée par Dieu lui-même entre elle et Satan. Toute la vertu du texte est dans le contraste définitif entre l’une et l’autre. Et c’est précisément ce contraste que s’attache et réussit à peindre la mélodie choisie, du deuxième mode, adaptée de l’Exaltabo te du Mercredi des Cendres, lourde, grave, austère et d’une vigueur saisissante.

    Dom Joseph Gajard, 1951.

    Le chœur de Solesmes, sous la direction de Dom Gajard, 1955 :
    podcast

    Enregistrer

    Enregistrer

  • Vigile de l’Assomption

    Les deux tropaires du début de la petite Paraclisis, par le P. Maximos Fahmé, selon la tradition d’Alep.

     
    podcast

    Le Seigneur est Dieu et il nous est apparu. Pauvres pécheurs que nous sommes, accourons avec ardeur auprès de la Mère de Dieu et, contrits, tombons à genoux devant elle en criant du fond de l’âme : Ô Souveraine, prends pitié de nous et viens à notre secours. Hâte-toi car nous périssons sous la multitude de nos iniquités. Ne renvoie pas tes serviteurs déçus, car tu es pour nous l’unique espoir.


    podcast

    Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit, maintenant à jamais et dans les siècles des siècles.

    Ô Mère de Dieu, nous ne cesserons jamais, malgré notre indignité, de proclamer tes grandeurs. Si tu ne te constituais pas notre intercesseur, qui nous délivrerait de tels dangers, ou qui nous garderait libres jusqu’à présent ? Nous ne nous éloignerons pas de toi, ô Souveraine, car tu sauves toujours tes serviteurs de toutes sortes de difficultés.

    (La petite Paraclisis est un office qui se chante tous les soirs du « carême de la Mère de Dieu », du 1er au 14 août – sauf à la Transfiguration – en préparation de la fête de la Dormition de la Mère de Dieu dans la liturgie byzantine.)