Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Liturgie

  • 13e dimanche après la Pentecôte

    In te sperávi, Dómine ; dixi : Tu es Deus meus, in mánibus tuis témpora mea.

    J’ai espéré en vous, Seigneur, j’ai dit : Vous êtes mon Dieu, mes jours sont entre vos mains.

    L’antienne d’offertoire de ce dimanche est assez proche de celle du premier dimanche de l’Avent. Mais la confiance exprimée par la mélodie va plus loin dans la paix et l’abandon aux mains de Dieu.

    Une fois de plus il est regrettable, et ici très regrettable, comme en quelques autres occasions, que saint Pie V ait supprimé les deux versets qu’on trouve dans les manuscrits. (C'est dans le psaume 30 selon le Psautier romain) :

    Illumina faciem tuam super servum tuum, et salvum me fac propter misericordiam tuam : Domine, non confundar, quoniam invocavi te.

    Faites briller votre face sur votre serviteur, et sauvez-moi à cause de votre miséricorde, Seigneur, je ne serai pas confondu, parce que je vous ai invoqué.

    Quam magna multitudo dulcedinis tuae, Domine,
    quam abscondisti timentibus te.

    Qu’elle est grande, Seigneur, l’abondance de votre douceur, que vous tenez en réserve pour ceux qui vous craignent.

    codex saint-gall XIe.png

    Codex de Saint-Gall XIe siècle

    Musicalement, le premier verset est un beau développement homogène de l’antienne, et le deuxième fait exploser le mode en atteignant plusieurs fois le… contre-ut… et se se termine par une très longue broderie autour de la dominante (bien nommée) sur la deuxième syllabe de « conspectu ». Et après chaque verset on reprend le refrain : in mánibus tuis témpora mea, je remets ma vie est tout entière entre vos mains.

    Voici l’offertoire complet dans la restitution d’Anton Stingl jun. (Gregor & Taube).

    in te 1.jpeg

    in te 2.jpeg

    IN Te 3.jpeg

  • Saint Armel

    Sa fête était le 16 août, jour de sa mort. Mais saint Pie X ayant fixé en ce jour la fête de saint Joachim, et comme le 17 c’était saint Hyacinthe, saint Armel fut transféré au 18 août (là où on le célèbre, comme dans le diocèse de Vannes où trois paroisses portent son nom : Ploërmel, Plouharnel, Saint-Armel).

    Abrégé de la vie et des miracles de saint Armel, prestre confesseur, natif de Bretagne, honoré et réclamé pour la guérison des gouttes, douleurs et paralysies, en la chapelle dédiée en son honneur en la paroisse de Beaumont-la-Ronce, en Touraine.

    STANCES

    Armel, du feu divin sentant brûler son cœur,
    A s'acquérir le ciel mit toute son étude ;
    Des assauts du démon Il fut toujours vainqueur,
    Grand ami du silence et de la solitude.
    Par une humilité qu'aime Jésus, qu'Il sert,
    Il quitte les grandeurs pour cacher au désert
    Le don qu'Il a de Dieu de faire des miracles.
    Mais comme le soleil nous donne un plus beau jour
    Quand il a dissipé ce qui lui fait obstacle,
    Le saint est appelé pour luire à la cour.

    Childebert, informé de l'excellente vie
    Que mène ce grand saint au désert des Bretons,
    Pour corriger sa cour, où le luxe et l'envie
    De la plupart des siens faisaient de vrais démons,
    Fit venir saint Armel, afin que son exemple,
    Purifiant sa cour, en fit un sacré temple
    Où les vices du temps fussent mis au tombeau.
    Mais ces hommes de sang, de chair et de carnage,
    Concertèrent entr'eux, pour contenter leur rage,
    Des moyens pour éteindre un si sacré flambeau.
    Mais Dieu, qui le réserve à sa plus grande gloire,
    Lui révèle la rage où sont ses ennemis,
    Pour ôter au démon cette grande victoire
    Que par la mort du saint il s'était bien promis.
    Il quitte avec plaisir les joies imaginaires
    Que la cour des grands rois donne aux âmes vulgaires,
    Et revient au désert pour y servir son Dieu.
    En Touraine Il choisit un bois inhabitable ;
    La retraite que prit cet homme inimitable,
    De Beaumont-la-Ronce est justement le lieu.

    Là son humilité lui fait celer au monde
    Les miracles dont Dieu lui donne le pouvoir :
    Mais ce trésor, caché dans sa grotte profonde,
    Ne peut l'être si bien qu'il ne le fasse voir.
    L'impotent, le goutteux et le paralytique
    Trouvent la guérison aussitôt qu'il applique
    Avec le nom de Dieu la main dessus leurs maux.
    Et c'est assez pour eux que son bras favorable
    S'étende sur un mal qui paroist incurable,
    Pour trouver au moment la fin de leurs travaux.

    Recevant trop d'honneur, il retourne en Bretagne;
    Mais plus il fuit la gloire, et plus Dieu la fait voir.
    Le peuple de la ville et celui de campagne
    Vient admirer en luy le céleste pouvoir.
    Des fleurs et des rameaux sont semez quand il passe ,
    Ce qu'il touche des pieds aussitôt se ramasse :
    Pour appliquer aux maux rien n'en est négligé :
    Qui peut toucher sa robe a gagné la victoire :
    Tout concourt à l'envi pour célébrer sa gloire ;
    Dont l'humble thaumaturge a le cœur affligé.

    Un horrible dragon détruisant la campagne,
    Pour secourir le peuple il expose ses jours :
    L'ardente charité qui partout l'accompagne,
    En ce pressant besoin leur offre son secours.
    Plus que n'avaient osé mil et mil gendarmes,
    Seul, son étole en main qu'il prend pour toutes armes,
    Rempli du sacré nom du monarque des cieux,
    Le lie par le col, le précipite en l'onde,
    Et par son zèle ardent il délivre le monde
    Des funestes efforts du monstre furieux.

    Le bon Dieu l'enrichit de grâces non pareilles,
    La Bretagne en dépost a son corps glorieux;
    Sa vie ne fut rien qu'un amas de merveilles ,
    Qui l'a fait héritier du royaume des cieux.
    Beaumont, cent fois heureux qu'il t'ait, par sa présence,
    Enrichi de ses dons, comme il fait sa naissance,
    Et que dans le saint lieu qu'Il voulut habiter
    Tout chrétien trouve en luy le secours favorable
    A la goutte, ce mal qui le rend misérable,
    Pourveu que d'un cœur net il le puisse invoquer.

    Armel qui fut orné de vertus singulières,
    Saint Confesseur du nom de Jésus tout-puissant,
    Présentez devant lui nos très humbles prières,
    Afin que votre nom nous allions bénissant.
    Faites que dans ces lieux au péché je renonce ;
    Que tout chrétien qui vient à Beaumont de la Ronce
    Visiter la chapelle où vous êtes honoré,
    S'en retourne dispos en chantant vos louanges ;
    Tandis que glorieux, parmi le chœur des anges,
    Vous voyiez ce Grand Dieu des chrétiens adoré.

    St-Armel-Ploermel.jpg

    Statue de l'église de Ploërmel

  • Saint Hyacinthe (Jacek)

    Sans titre.jpeg

    Sans titre2.jpeg

    Le grand dictionnaire historique de Louis Moreri, 1725.

    big.jpeg

    La chapelle Saint Hyacinthe (Jacek), avec le tombeau du saint, à l'église des dominicains de Cracovie.

  • Saint Joachim

    La fête de saint Joachim fut curieusement inscrite au calendrier (au 20 mars, lendemain de la fête de saint Joseph) par Jules II vers 1510, sans doute pour faire plaisir à un allié politico-militaire du moment qui portait ce nom, car Jules II (surnommé « Jules César II ») se préoccupait assez peu de religion et moins encore de liturgie. Elle fut supprimée en 1568 par saint Pie V, comme toutes les fêtes liées à des textes apocryphes (pour lutter contre le protestantisme il faisait la même chose…), puis rétablie en 1584 par Grégoire XIII. Grégoire XV la dota d’un office propre en 1623. En 1738 Clément XII la fixa au dimanche dans l’octave de l’Assomption. Saint Pie X l’assigna au 16 août.

    L’introït et le graduel de la messe ont été pris à la messe de la vigile de saint Laurent, qui insistent sur le fait que le saint a tout distribué aux pauvres (ce qui n’est pas le cas de saint Joachim, même s’il est connu pour ses aumônes). Les antiennes d’offertoire et de communion ont été prises de divers communs. Seul l’alléluia est propre, du moins quant à son texte. La mélodie a été reprise d’un ancien alléluia d’une messe de dédicace des église, avec le texte : « O quam metuendus est locus iste… »

    Le texte de l’alléluia est « O Joachim, sanctae conjux Annae… », ce qui ne colle pas avec la mélodie. On a donc modifié le texte dans le graduel, qui est devenu : « O Joachim sancte, conjux Annae ». Ainsi la mélodie insiste (11 notes) sur la sainteté de Joachim, et non sur celle d’Anne, ce qui en fait est logique en ce jour.

    Malheureusement je n’ai pas trouvé d’interprétation de ce bel alléluia sur internet. Il semble qu’il n’ait été enregistré que par les moines de Kergonan, dans un double CD de 2003 que je n’ai pas.

    Screenshot_2018-08-15 LU1609.png

    Alléluia, alléluia. O saint Joachim, époux d’Anne, père de la glorieuse Vierge, aidez ici-bas au salut de vos serviteurs ! Alléluia.

    (Le sens propre d’alma est "nourricière", mais dans le cas de Marie c’est devenu "sainte", "éminente", "glorieuse".)

  • Assomption

    Doxastikon des vêpres de la Dormition de la Mère de Dieu, par Thomas Vlachos, chantre de la cathédrale des saints Constantin et Hélène, Karditsa (diocèse de Thessaliotide et des Phanariophersale), en Thessalie.

    Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles.

    Les Apôtres divins, sur un signe de Dieu, des quatre coins de l'univers portés sur les célestes nuées,

    Recueillirent ton corps très-pur qui avait mis au monde notre Vie, et pieusement l'entouraient de respect.

    Les plus hautes puissances des cieux, présentes ainsi que leur Seigneur,

    Saisies de crainte accompagnaient le corps qui fut de Dieu même le temple très-saint; elles s'avançaient dans les cieux et criaient, sans être vues, aux chefs des armées célestes : C'est la Souveraine de l'univers, la Vierge divine qui s'avance.

    Elevez les frontons pour accueillir de merveilleuse façon la Mère de l'intarissable Clarté.

    Par elle aux hommes est advenu le salut, sur elle nous ne pouvons porter nos regards, et nous ne pouvons lui offrir l'hommage qui convient à son rang ;

    Car sa précellence dépasse l'entendement.

    Vierge sainte et très pure Mère de Dieu, toujours vivante avec ton Fils, le Roi de la Vie, Sans cesse prie le Christ pour qu'il sauve de tout danger, de toute atteinte de l'ennemi, ce nouveau peuple qui est tien, nous tous, nous sommes sous ta protection

    Et te magnifions dans les siècles.

  • Vigile de l’Assomption

    Sans titre.jpeg

    Par antmoose — https://www.flickr.com/photos/antmoose/42275707/sizes/o/, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8323950

    Selon le XIe Ordo Romanus, le 14 août au matin le pape et les cardinaux, à jeun et les pieds nus, se rendaient à l’oratoire de Saint-Laurent, dans le Patriarchium, où ils faisaient sept génuflexions devant l’icône byzantine du Sauveur qu’on y garde aujourd’hui encore. Alors le Pontife en ouvrait les battants, et, au chant du Te Deum, la descendait pour que, dans la soirée, elle pût être portée en procession par les diacres cardinaux.

    Les vêpres et l’office vigilial de neuf leçons étaient chantés à la tombée du jour, à Sainte-Marie-Majeure ; puis le Pontife et tout le clergé retournaient au Latran, pour commencer la procession nocturne.

    Cette nuit, l’introït de la messe vigiliale est le même que le 25 mars : Vultum tuum deprecabuntur. Toute l’humanité se tourne avec confiance vers le beau visage de Marie pour le contempler, ce visage sur lequel le divin Enfant imprima tant de baisers ; visage tout rayonnant de majesté, de pureté et de grâce ; visage qui est la plus parfaite image de celui du Christ.

    Bienheureux cardinal Schuster

     

    Vultum tuum deprecabúntur omnes dívites plebis : adducéntur Regi vírgines post eam : próximæ eius adducéntur tibi in lætítia et exsultatióne.
    Eructávit cor meum verbum bonum : dico ego ópera mea Regi.
    Gloria Patri…

    Tous les riches d’entre le peuple vous offriront leurs humbles prières : des vierges seront amenées au roi après vous : vos compagnes seront présentées au milieu de la joie et de l’allégresse.
    De mon cœur a jailli une excellente parole : c’est que j’adresse mes œuvres à un roi.

     
    podcast

    Chœur du Grand Scolasticat de Chevilly, 1958.

  • Saint Cassien

    Cassianofimola.jpg

    Le martyre de saint Cassien par Innocent Francucci d'Imola, vers 1500.

    Screenshot_2018-08-12 Bibliothèque sacrée, ou dictionnaire universel historique, dogmatique, canonique, géographique et chr[...].png

    Screenshot_2018-08-12 Bibliothèque sacrée, ou dictionnaire universel historique, dogmatique, canonique, géographique et chr[...](1).png

    Bibliothèque sacrée, des Rds Pères Richard et Giraud, dominicains, 1822.

    Screenshot_2018-08-12 Saint CASSIEN d'IMOLA, martyr(1).png

    Saint Cassien d'Imola par Adam Baldauf, 1616, pour l'autel de saint Cassien de la cathédrale de Bressanone (Brixen), aujourd'hui au musée diocésain.

  • 12e dimanche après la Pentecôte

    De fructu óperum tuórum, Dómine, satiábitur terra : ut edúcas panem de terra, et vinum lætíficet cor hóminis : ut exhílaret fáciem in oleo, et panis cor hóminis confírmet.

    La terre, Seigneur, sera rassasiée du fruit de vos ouvrages ; vous tirez le pain de la terre, et le vin réjouit le cœur de l’homme ; l’huile répand sur son front l’allégresse, et le pain affermit son cœur.

    L’antienne de communion de ce dimanche est comme celle de dimanche dernier une action de grâce pour les moissons et les autres récoltes, et elle est également en 6e mode. Elle est pourtant très différente. Celle de dimanche dernier était exubérante, celle-ci est beaucoup plus intime.

    comm.jpeg

    La première phrase est une variation quasi syllabique autour de la tonique (fa) suivant l’accent des mots, et procédant strictement par degrés conjoints. Un murmure de prière.

    Après un neume qui souligne l’importance de la « terre », la deuxième phrase continue de la même façon, jusqu’à la mention du vin. Le vin fait grimper la mélodie, qui s’épanouit sur « laetificet cor hominis ». C’est comme si tout ce qui précède était une attente, un suspense. Le fruit de la terre, le fruit des œuvres du Seigneur, c’est d’abord le vin qui réjouit le cœur de l’homme. C’est ensuite l’huile qui rend souriant le visage de l’homme, dans une grand sourire musical qui monte de nouveau au do en brodant avec le la et le si bémol. C’est enfin le pain « qui fortifie le cœur de l’homme », avec un insolite mi-fa final qui paraît affirmer que nous sommes en un moderne et anachronique fa majeur et non en 6e mode de plain chant, comme paraît aussi le souligner l’insistant si bémol.

    Bien sûr dans une antienne de communion le pain et le vin font référence à l’eucharistie, qui apporte la vraie joie et fortifie vraiment le cœur de l’homme. On voit aussi une allusion à l’évangile du jour, le bon Samaritain, avec la juxtaposition du vin et de l’huile (pour soigner les blessures) qui sont aussi des symboles des sacrements.

  • De la Sainte Vierge le samedi

    Sermo Aug2.jpeg

    Rien ne me charme, mais aussi rien ne m’effraie plus, que de parler des gloires de la Vierge Marie. Si je loue sa virginité, beaucoup de vierges se présentent à mon souvenir. Si je célèbre son humilité, il s’en trouve au moins quelques-uns qui, à l’école de son Fils, sont devenus doux et humbles de cœur. Si je veux exalter sa grande miséricorde, il y a eu des hommes et aussi des femmes qui ont exercé la miséricorde. Mais il est un point où Marie n’a eu, ni devancière ni imitatrice, c’est qu’elle a tout ensemble, et les joies de la maternité et l’honneur de la virginité. C’est là le privilège de Marie, il ne sera pas donné à une autre ; il est unique et par cela même il est ineffable.

    Leçon des matines, bréviaire monastique de 1963

  • Saint Laurent

    A priori saint Laurent n’est pas spécialement populaire en Bretagne. Mais comme la liturgie romaine fait grand cas du diacre martyr, l’égalant aux apôtres, il n’est pas si étonnant de voir que son culte s’y est également implanté. En témoigne par exemple ce cantique, qui fut assez répandu puisque l’abbaye de Landévennec en possède trois versions imprimées différentes du XIXe siècle.

    Voici ce cantique avec une traduction de Tangi Gicquel, sur le site de l’église de Saint-Laurent dans le Trégor (dont le premier patron était en fait le saint local saint Louran avant la construction de l’église au XVIIe siècle). On ne peut que saluer le talent de l'auteur anonyme, qui versifie le martyre de saint Laurent avec autant de simplicité dans l'expression que de richesse dans le jeu des sonorités et du rythme.

    Lorans 1.jpeg

    Le seigneur Saint Laurent martyr
    Est  à prendre en exemple
    Et donnons lui comme à Dieu
    La première place dans notre cœur.

    Oh oui ! Chrétiens, croyez-le,
    Au-dessus de toute chose en ce monde
    Le bon et heureux Saint Laurent,
    A aimé Jésus.

    Lorans 2.jpeg

    Il l’a montré avec clarté
    Le jour où il fut martyrisé :
    Sur le feu du bourreau, l’emportait
    Le feu de l’amour de Dieu.

    Le dix août à Rome,
    Là où il habitait à cette époque,
    En l’an deux cent cinquante-huit,
    Ce jour-là mourut le saint.

    Une guerre terrible avait alors lieu :
    Valérien, le tyran cruel,
    S’était mis en tête,
    De tuer, partout, les Chrétiens.

    Quand il donna l’ordre de les emprisonner,
    Le Saint Pape en premier lieu,
    En attendant d’être supplicié,
    Saint Laurent était très inquiet.

    Lorans 3.jpeg

    Il était éploré
    Et continuait à crier : « Mon père,
    Si vous m’amenez avec vous à la mort,
    Je vous suivrai jusqu’aux cieux. »

    Le Pape répondit ceci :
    « Mon fils, soyez complètement rassuré,
    Ce que vous désirez sera réalisé ;
    D’ici trois jours vous me suivrez ;

    Et même  votre martyre
    Sera plus beau que le mien ;
    Car vous êtes dans la pleine force de l’âge, cher fils,
    Et à mon âge avancé on décline,

    Revenez vite sur vos pas,
    Cherchez avec soin les biens de l’église,
    Partagez tout entre les pauvres,
    Le blé, l’argent et l’or. »

    Lorans 4.jpeg

    Le saint obéit en tout,
    Et voici qu’aussitôt vint
    Un envoyé de Valérien,
    Et qui dit aux Chrétiens :

    « Vous garderez l’Evangile,
    Votre tas de belles et saintes paroles.
    Mais vous devrez donner vos biens,
    A Valérien mon seigneur ».

    Saint Laurent rétorqua :
    «  Vous n’aurez pas la moindre miette :
    Toutes ces choses
    Ont servi d’aumônes, mon cher seigneur ».

    L’homme se mit en colère
    Lorsqu’il entendit cette mauvaise nouvelle,
    Il intima avec une sévérité effrayante :
    « Laurent, reniez votre Jésus.

    Lorans 5.jpeg

    Vous n’êtes pas sans savoir
    Qu’a été ordonné à tous
    Par Valérien, mon seigneur,
    De venir encenser nos dieux. »

    Saint Laurent répondit sur le champ :
    « Pauvre seigneur, vous perdez votre temps,
    Car moi vivant ou mort
    Jésus sera mon seul seigneur.

    Jamais je n’encenserai
    Vos images de bois ;
    Je me moque des dieux d’argile
    Prêts à tomber sur leur nez ;

    Malgré leur beauté extérieure
    Ils n’ont pas de puissance ;
    Le diable peut tous les emporter,
    Et vous peut-être le premier. »

    Lorans 6.jpeg

    Sur cela, le traître rétorqua :
    « Laurent, vous êtes  beau parleur,
    Vous m’avez assez dit de choses ;
    Je ne resterai pas longtemps passif.

    Vite ici, hommes ; allumez le feu,
    Un feu qui ne brûlera pas vite,
    Un feu qui consumera affreusement,
    Pour que ses souffrances durent plus longtemps ».

    Saint Laurent peu après
    Paisible sur son gril disait :
    «  Ce côté-ci, seigneur, est bien cuit,
    Tournez l’autre pour qu’il cuise. »

    Peu après il déclara :
    « Goûtez la chair des Chrétiens,
    Pour savoir, si vous voulez manger,
    Elle est meilleure cuite que crue. »

    Lorans 7.jpeg

    Il souffrit en véritable Chrétien
    Tout le long de son martyre
    Très courageusement, sans la moindre plainte,
    Au point que tous furent surpris.

    Par ce coup de force les Romains,
    Furent presque conquis par l’Eglise,
    Leurs faux dieux renversés :
    Saint Prudence l’a dit.

    Seigneur Saint Laurent puissant,
    Daignez demander à Jésus,
    Et à sa mère la Vierge,
    Grâce pour que nous mourions dans la sainteté.