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Liturgie

  • Saint Matthias

    Voici le beau tropaire de saint Matthias (le 9 août dans le calendrier byzantin), par Nicodème Kabarnos. Avec une traduction littérale. (Suivre les sous-titres permet aussi de perfectionner sa prononciation...)

    Θείω Πνεύματι, κεκληρωμένος, συνεπλήρωσας, τῶν Ἀποστόλων, τὴν δωδεκάριθμον φάλαγγα ἔνδοξε, μεθ' ὧν κηρύξας τοῦ Λόγου τὴν κένωσιν, ἐθαυμαστώθης Ματθία Ἀπόστολε. Ἀλλά πρέσβευε, δοθήναι τοὶς σὲ γεραίρουσι, πταισμάτων ἱλασμὸν καὶ μέγα ἔλεος.

    Par l’Esprit divin, tiré au sort, ayant complété la phalange des douze apôtres, glorieux, avec eux tu as prêché l’anéantissement (kénose) du Verbe, comblé de merveilles apôtre Matthias. Vraiment prie-le de donner à ceux qui te célèbrent le pardon des fautes et une grande miséricorde.

    *

    Sur les propos attribués à saint Matthias, voir ici.

  • Vendredi des quatre temps de carême

    « L’Introït tire du psaume 24 de graves accents de pénitence : “Regarde vers ma misère et ma souffrance, pardonne tous mes péchés.” Nous entendons le malade (que nous sommes) crier vers le Seigneur », dit dom Pius Parsch.

    C’est en effet une pièce immédiatement expressive. D’abord je suis tout entortillé dans mes « nécessités », mes peines, mes angoisses, ma détresse, les forces qui pèsent contre moi et me torturent, et je ne sais pas comment m’en sortir, alors je crie : Arrache-moi, Seigneur, et la mélodie repart d’en haut, du do au-delà de la gamme (qui dans ce mode 4 n’est atteint que pour une raison particulière), puis fait sa révérence sur Domine, avant de demander humblement à Dieu de voir à quel point je suis dans la misère, puis, de façon plus ferme, de me remettre mes péchés, dont la liste est longue (vocalise qui enfle puis descend, sur omnia).

    Voici cet introït par les moines de Ligugé. Aujourd’hui on le trouve dans une compilation de « chefs-d’œuvre grégoriens ». A l’origine il venait judicieusement en complément de leur enregistrement de la messe des morts…

    De necessitátibus meis éripe me, Dómine : vide humilitátem meam et labórem meum, et dimítte ómnia peccáta mea.
    Seigneur, délivrez-moi de mes angoisses ; voyez mon humiliation et ma peine et remettez-moi tous mes péchés.

    Ad te, Dómine, levávi ánimam meam : Deus meus, in te confído, non erubéscam.
    Vers vous, Seigneur, j’ai élevé mon âme ; mon Dieu, je mets ma confiance en vous, que je n’aie pas à rougir.

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  • La chaire de saint Pierre

    L’office utilise comme hymne des laudes une strophe du poème Aurea luce, célébrant saint Pierre et saint Paul, qu’on a attribué à la Sicilienne Elpis, mais que certains attribuent aujourd’hui à saint Paulin d’Aquilée.

    Dans le bréviaire romain c’est la version revue et corrigée par Urbain VIII. La voici :

    Beáte pastor, Petre, clemens áccipe
    Voces precántum, criminúmque víncula
    Verbo resólve, cui potéstas trádita
    Aperíre terris cælum, apértum cláudere.

    Bienheureux Pasteur, Pierre, en ta clémence reçois les prières de ceux qui t’invoquent, et les liens des crimes délie-les par ta parole, toi à qui a été remis le pouvoir d’ouvrir le ciel à la terre, ouvert de le fermer.

    Le bréviaire monastique a gardé la version originelle, qui demande à saint Pierre d’entendre les vœux des fidèles et pas seulement leur voix, qui parle simplement du péché et n’en fait pas des « crimes », et finit sur l’ouverture du ciel, et non sa fermeture…

    Jam, bone pastor, Petre, clemens accipe
    Vota precantum, et peccati vincula
    Resolve, tibi potestate tradita
    Qua cunctis cælum verbo claudis, aperis.

    Maintenant bon Pasteur Pierre, en ta clémence reçois les vœux des suppliants, et les liens du péché délie-les, par ce pouvoir à toi remis, par lequel à tous par ta parole fermes le ciel, l’ouvre.

  • Mercredi des quatre temps de carême

    Dimanche dernier c’était le premier dimanche de carême, de la « quadragésime » : des quarante jours. Carême vient de quadragesima : le 40e jour avant Pâques (symboliquement, comme la quinquagésime est symboliquement le 50e jour).

    Et l’évangile de ce dimanche était celui de Jésus restant au désert sans manger pendant « 40 jours et 40 nuits ».

    Dans la messe de ce jour, la première lecture nous parle de Moïse qui reste sur la montagne « 40 jours et 40 nuits », et la deuxième lecture, d’Elie qui marche vers la montagne pendant « 40 jours et 40 nuits ».

    La mention des « 40 nuits » dans l’évangile a certes pour but de nous faire savoir que Jésus a jeûné aussi la nuit (le jeûne religieux consistant à ne pas manger au cours de la journée), mais la référence à Moïse et à Elie est évidente. (Le Deutéronome ajoute que Moïse, revenu du Sinaï au sein du peuple élu qui s’était fait un veau d’or, passa « 40 jours et 40 nuits » prosterné devant le Seigneur pour qu’il n’extermine pas son peuple.)

    Dans l’hymne des matines au temps du carême, Moïse et Elie ne sont pas nommés, mais indiqués comme « la loi et les prophètes » qui nous ont d’abord donné l’exemple de ce jeûne. Moïse et Elie qui apparaîtront aux côtés de Jésus, lors de la Transfiguration – sur la montagne (évangile de dimanche prochain), figurant clairement la Loi et les Prophètes, que Jésus vient accomplir. Comme indiqué à la fin du livre de Malachie : « Souvenez-vous de la Loi de Moïse mon serviteur, voici que je vous enverrai Elie le prophète… »

    Il y a dans la Bible une autre occurrence des « 40 jours et 40 nuits », c’est le Déluge. Dieu demande à Noé d’entrer dans l’arche avec sa famille et les animaux, car dans 7 jours il va faire pleuvoir pendant 40 jours et 40 nuits : ce qui sera une pénitence radicale pour les hommes qui ne sont pas dans l’arche… (On constate que c'est aussi après 7 jours que Moïse entre dans la nuée.)

    Dans 40 jours Ninive sera détruite, dit Jonas sur l’ordre de Dieu. Mais les Ninivites font pénitence et Ninive est sauvée (et Jonas est vexé à mort… c’est sans doute la page la plus humoristique de la Bible). Dans l’évangile de ce jour, Jésus dit à ceux qui lui demandent un signe qu’ils n’en auront pas d’autre que le signe de Jonas. Ce signe, c’est qu’il restera « trois jours et trois nuits » dans la terre et en ressortira vivant, comme Jonas est resté « trois jours et trois nuits » dans le ventre du gros poisson, figure de la mort et de la résurrection. Figure de la mort du péché et de la vie nouvelle par la rédemption, par le baptême qui nous plonge dans la mort du Christ (figuré par l’arche de Noé dans les eaux du Déluge), et ensuite par la pénitence. Les deux aspects se retrouvent dans le livre de Jonas, ce qui avait conduit les chrétiens de tradition syriaque à instituer le « jeûne des Ninivites » (qui est toujours observé, sauf chez les maronites), aux jours qui suivent notre septuagésime. Un jeûne qui consiste pour les plus observants à ne rien manger ni boire pendant trois jours et trois nuits. Figure en quelque sorte des « 40 jours et 40 nuits », car s’il est possible de ne pas manger ni boire pendant trois jours, c’est absolument impossible pendant quarante.

    Les chants de la messe de ce jour (signe de Jonas) sont ceux qui sont repris pour la messe de dimanche prochain (Transfiguration).

  • Mardi de la première semaine de carême

    Hymne des matines au temps du carême, traduction Lemaître de Sacy (sous le pseudonyme de J. Dumont). Une traduction qui est tout sauf littérale, mais dont on ne peut qu’admirer l’habileté à rendre la teneur intime du texte (voire à l’expliciter) dans des quatrains rimés alternant vers de 12 et de 8 pieds…

    Ex more docti mýstico
    Servémus hoc jejúnium,
    Deno diérum círculo
    Ducto quater notíssimo.

    Gardons ce jeûne saint si célèbre en l'Église
    Compris en quatre fois dix jours,
    Jeûne mystérieux que le ciel favorise
    De sa grâce et de son secours.

    Lex et prophétæ prímitus
    Hoc prætulérunt, póstmodum
    Christus sacrávit, ómnium
    Rex atque factor témporum.

    Jadis le grand Moïse et le brûlant Élie
    L'ont par leur exemple honoré,
    Mais Christ qui la loi vieille à la nouvelle allie
    Le gardant l'a rendu sacré.

    Utámur ergo párcius
    Verbis, cibis et pótibus,
    Somno, jocis, et árctius
    Perstémus in custódia.

    Il faut donc moins dormir, moins manger et moins boire,
    Moins parler, moins se divertir.
    Que l'âme ait ses périls gravés dans sa mémoire
    Et veille pour s'en garantir.

    Vitémus autem nóxia,
    Quæ súbruunt mentes vagas :
    Nullúmque demus cállidi
    Hostis locum tyránnidi.

    Fuyons le précipice où d'un pas insensible
    Nous conduit la molle tiédeur,
    N'ouvrons aucune entrée au serpent invisible
    Pour se glisser dans notre cœur.

    Flectámus iram víndicem,
    Plorémus ante Júdicem,
    Clamémus ore súpplici,
    Dicámus omnes cérnui :

    Devant ce juge saint prosternons-nous en terre,
    Poussons au ciel un cri perçant,
    Pleurons et par nos pleurs détournons le tonnerre,
    Dont s'arme son bras menaçant.

    Nostris malis offéndimus
    Tuam, Deus, cleméntiam :
    Effúnde nobis désuper,
    Remíssor, indulgéntiam.

    Nos excès ont blessé tes bontés paternelles,
    Dieu tout-puissant, mais Dieu très doux,
    Conserve un cœur de père à tes enfants rebelles,
    Et répands tes grâces sur nous.

    Meménto quod sumus tui,
    Licet cadúci, plásmatis :
    Ne des honórem nóminis
    Tui, precámur, álteri.

    L'homme est faible et pécheur, mais il est ton ouvrage.
    Son Dieu doit seul être son roi.
    Garde-nous du tyran dont l'orgueilleuse rage
    Nous attaquant s'attaque à toi.

    Laxa malum, quod fécimus,
    Auge bonum, quod póscimus :
    Placére quo tandem tibi
    Possímus hic, et pérpetim.

    Pardonne nos péchés, rend pure notre vie
    Redouble en nous ton saint amour,
    Fais que l'âme à tes lois librement asservie,
    T'ayant cru voir te voie un jour.

    Præsta, beáta Trínitas,
    Concéde, simplex Unitas,
    Ut fructuósa sint tuis
    Jejuniórum múnera. Amen.

    Trinité souveraine, unique roi du monde,
    Fais goûter aux vrais pénitents
    Les admirables fruits que ta grâce féconde
    Tire du jeûne en ce saint temps.

    Voici le texte français dans la version originale de « L’office de l’Eglise et de la Vierge en latin et en français avec les hymnes traduites en vers » (qu’on appellera « Heures de Port-Royal »), dans l’exemplaire de Google Books qui est de la 19e édition (1666, la première édition étant de 1650). Sur la page de garde une âme scrupuleuse a indiqué que ce livre a été « condamné par Innocent X ». On voit avec quelle efficacité. En 1696 paraissait la 25e édition…

    Screenshot-2018-2-19 Office de l'Eglise et de la Vierge en latin et en français avec les hymnes traduites en vers.png

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    Version ambrosienne (+ polyphonie) en la basilique Saint-Ambroise de Milan :

  • Lundi de la première semaine de carême

    Les lundis, mercredis et vendredis de carême, sauf aux quatre temps, on chante le trait qui a été chanté pour la première fois à la messe du mercredi des Cendres. C’est une pièce émouvante par son caractère très marqué d’imploration, qui s’accroît encore avec le verset où tout le monde s’agenouille pour demander l’aide du Seigneur, que pour la gloire de son nom il nous délivre du mal et nous pardonne nos péchés. Voici ce trait (qu’on ne trouve pas dans les manuscrits antérieurs au XIIe siècle) superbement chanté par les moines de Triors.

    Dómine, non secúndum peccáta nostra, quæ fécimus nos : neque secúndum iniquitátes nostras retríbuas nobis. Dómine, ne memíneris iniquitátum nostrarum antiquarum : cito antícipent nos misericórdiæ tuæ, quia páuperes facti sumus nimis.

    . Adiuva nos, Deus, salutáris noster : et propter glóriam nóminis tui, Dómine, libera nos : et propítius esto peccátis nostris, propter nomen tuum.

    Seigneur, ne nous traitez pas selon nos péchés, et ne nous punissez pas selon nos iniquités psaume 102,10). Seigneur, ne vous souvenez plus de nos anciennes iniquités ; que vos miséricordes viennent en hâte au-devant de nous, car nous sommes réduits à la dernière misère (psaume 78, 8).

    . Aidez-nous, ô Dieu notre Sauveur, et pour la gloire de votre nom, Seigneur, délivrez-nous et pardonnez-nous nos péchés, à cause de votre nom (psaume 78,9).

  • Premier dimanche de carême

    Ecce, nunc tempus acceptábile, ecce, nunc dies salútis.

    C’est maintenant le temps vraiment favorable, c’est maintenant le jour du salut.

    Ainsi commence le premier répons des matines du premier dimanche de carême. C’est ce que proclame saint Paul dans l’épître de la messe. Tempus acceptabile, c’est, selon le latin qui traduit exactement le grec, le temps agréable à Dieu, qui peut être agréé par Dieu. Saint Paul cite explicitement Isaïe, une expression qui se trouvait dans la première lecture de la messe de vendredi. « kairo dekto », disait Isaïe selon la Septante : le moment agréable à Dieu de la même façon qu’un sacrifice – or il s’agit du jeûne - est agréable à Dieu. C’est le mot qu’on trouve plusieurs fois dans le Lévitique, le code des sacrifices de l’Ancienne Alliance. Mais on remarque que saint Paul utilise un mot composé qu’on ne voit pas avant le Nouveau Testament (quatre fois sous la plume de saint Paul, et une fois de saint Pierre). C’est dektos avec deux préfixes : evprosdektos, qui insiste donc deux fois sur le fait que ce moment est le moment favorable pour être agréable à Dieu, le moment des sacrifices de carême qui est le plus favorable pour obtenir le salut. L’expression insiste même trois fois, parce que souvent, notamment ici, le mot kairos a lui-même déjà le sens de « moment favorable ».

    Et c’était une triple raison pour les scribes de réaliser une belle lettrine pour ces premiers mots du carême. En voici quelques échantillons.

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    Antiphonaire du monastère d’Arouca (Portugal), vers 1200.

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    Antiphonaire de la basilique Saint-Pierre de Rome, XIIe siècle.

    Screenshot-2018-2-17 Bréviaire de Paris, noté Calendriers Première partie.png

    Bréviaire de Paris, XIIIe siècle.

    Screenshot-2018-2-17 Antiphonarium ad usum Sancti Mauri Fossatensis .png

    Antiphonaire de Saint Maur des Fossés, XIIe siècle.

    Screenshot-2018-2-17 Handschriften Antiphonarium Benedictinum [132.png

    Antiphonaire bénédictin de l’abbaye de Reichenau, XIIe siècle.

    Screenshot-2018-2-17 e-codices – Virtual Manuscript Library of Switzerland.png

    Antiphonaire du couvent des cordeliers de Fribourg, vers 1300.

    Screenshot-2018-2-17 JPEG Viewer.png

    Antiphonaire cistercien de Rein (Autriche), XIIIe siècle.

    Screenshot-2018-2-17 ALO docView - Antiphonarium Benedictinum (1400).png

    Antiphonaire bénédictin de Saint-Lambrecht (Autriche), 1400.

  • Samedi après les Cendres

    Les antiennes du Benedictus et du Magnificat ont la particularité d’être prises, non dans l’évangile du jour (on les appelait autrefois antiennes « in evangelio »), mais dans la première lecture… de la messe d’hier, dont la première lecture de la messe de ce samedi est la suite : Isaïe 58, 1-9a, Isaïe 58, 9b-14. Il convient donc de relire l’« épître » d’hier pour voir le contexte et voir comment ces antiennes prennent un sens très différent hors contexte. La première prend même un sens opposé, puisqu’elle montre Dieu qui se félicite de voir les hommes le rechercher et chercher à suivre ses voies (spécialement pendant ce carême qui commence), alors que dans le contexte c’est le début d’une accusation : ils disent qu’ils me recherchent mais ils se comportent très mal bien qu’ils jeûnent.

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    Me étenim * de die in diem quærunt, et scire vias meas volunt.
    Chaque jour ils m’interrogent, ils veulent savoir mes voies (Isaïe 58,2)

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    Tunc invocábis, * et Dominus exáudiet: clamábis, et dicet: Ecce adsum.
    Alors vous invoquerez le Seigneur et il vous exaucera : tu crieras, et il dira : Me voici. (Isaïe 58,9)

  • Vendredi après les Cendres

    Introït

    Audívit Dóminus, et misértus est mihi : Dóminus factus est adjútor meus.
    Le Seigneur a entendu et il a eu pitié de moi ; le Seigneur s’est fait mon aide.

    . Exaltábo te, Dómine, quóniam suscepísti me : nec delectásti inimícos meos super me.
    Je vous exalterai, Seigneur, parce que vous m’avez relevé et que vous n’avez pas réjoui mes ennemis à mon sujet.

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    Traduction d’un commentaire du Prieuré bénédictin de Silverstream (Irlande).

    Nous sommes encore au seuil du carême. Le Christ Jésus, la Miséricorde de Dieu incarnée, entend le son de nos pleurs. Il penche son oreille pour écouter nos gémissements étouffés. Il se baisse et, descendant au fond de la vallée de notre misère, se fait notre aide et notre soutien. "Le Seigneur a entendu, et a eu pitié de moi: le Seigneur est devenu mon aide" (Psaume 29: 2, Introït).

    La mélodie de l'introït s'étend depuis les profondeurs jusqu’aux sommets du septième mode, exprimant, en deux courtes phrases musicales, la bassesse de notre état déchu et l'immensité de la miséricorde de Dieu. Ce fut, bien sûr, l'expérience de saint Augustin dans l'église stationnale où nous sommes assemblés, du moins spirituellement, aujourd'hui.

    Une piété authentiquement liturgique est façonnée par les pratiques de l'Église qui est à Rome. Les missels des fidèles offraient une carte de la Ville éternelle marquant l'emplacement des églises stationnales, de sorte que, du moins dans l'esprit, les catholiques du monde entier puissent ainsi suivre les chrétiens de Rome dans leurs progrès de carême. Chaque jour de carême nous offre l'occasion de faire un pèlerinage spirituel à l'église stationnale désignée. L'église d'aujourd'hui, celle des saints Tryphon et Augustin, est la clé pour chanter l’introït de ce jour en le comprenant. Les Confessions de saint Augustin sont des confessions de la Miséricorde de Dieu. « Bien que je ne sois que poussière et cendre », dit Augustin, « permettez-moi de parler en votre présence miséricordieuse, car c'est à votre miséricorde que je m'adresse » (Confessions, livre I, 7).

    Erratum — La station à Saint-Tryphon (puis Saints Tryphon et Augustin, puis basilique Sait-Augustin), c'est demain, samedi après les Cendres. Les chants de la messe sont identiques, d'où mon erreur. Mais le texte du prieuré de Silvestream est bien indiqué pour le samedi...

    Screenshot-2018-2-15 048r Portuguese Early Music Database (PEM).png

    Sur ce graduel de Sens (vers 1300), qui se trouve à la Bibliothèque nationale du Portugal, on voit que le verset de psaume qu’introduit l’antienne n’est indiqué que par son début : « Exaltabo te d.q.s ». Le chantre était censé connaître les psaumes par cœur et savoir que cela voulait dire : « Exaltábo te, Dómine, quóniam suscepísti me : nec delectásti inimícos meos super me. » Mais quelqu’un a ajouté le verset dans la marge…

    Par la Schola Abelis d'Oxford, lors d'une messe à Londres (l'introït est suivi d'un Kyrie d'Obrecht) :

  • Glups

    J’apprends par le Salon Beige qu’il va y avoir une messe « en l’honneur de Blanche de Castille » le 3 mars en l’église Saint-Germain l’Auxerrois à Paris. Et qui plus est célébrée « dans la forme extraordinaire du rite romain ».

    Du temps où la forme extraordinaire était la seule forme du rite romain, on pouvait célébrer des messes « pour le repos de l’âme de Blanche de Castille », ou à la rigueur « à la mémoire de Blanche de Castille ». Mais pas en l’honneur de quelqu’un qui n’est ni béatifié ni canonisé.

    Mais je ne suis, je l’avoue, qu’un pélagien racorni et rigide à face de piment au vinaigre, enfermé dans un passé heureusement obsolète.