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Liturgie

  • Rex sempiterne Domine

    L’hymne des matines au temps pascal, par les moines de Ligugé (strophes 1, 2, 6, 8, 9) :


    podcast

    Rex sempiterne, Domine,
    Rerum Creator omnium,
    Qui eras ante sæcula
    Semper cum Patre Filius :

    Roi éternel, Seigneur, Créateur de toutes choses, qui étais avant les siècles, Fils toujours avec le Père.

    Qui mundi in primordio
    Adam plasmasti hominem :
    Cui tuæ imagini
    Vultum dedisti similem :

    Toi qui au commencement du monde as façonné l’homme Adam, à qui tu as donné un visage semblable à ton image.

    Quem diabolus deceperat,
    Hostis humani generis :
    Cujus tu formam corporis
    Assumere dignatus es :

    Lui que trompa le diable, l’ennemi du genre humain, lui dont tu as daigné assumer la forme de son corps.

    Ut hominem redimeres
    Quem ante jam plasmaveras :
    Et nos Deo conjungeres
    Per carnis contubernium.

    Afin de racheter l’homme que tu avais façonné auparavant, et nous unir à Dieu par le commerce de la chair.

    Quem editum ex Virgine
    Pavescit omnis anima :
    Per quem et nos resurgere
    Devota mente credimus :

    Toi qui enfanté de la Vierge nourrit toute âme, par qui nous croyons en esprit de piété que nous aussi nous ressusciterons.

    Qui nobis in baptismate
    Donasti indulgentiam,
    qui tenebamur vinculis
    Ligati conscientiæ :

    Toi qui nous as donné l’indulgence dans le baptême, à nous qui étions tenus ligotés par les liens de la conscience.

    Qui crucem propter hominem
    Suscipere dignatus es :
    Dedisti tuum Sanguinem,
    Nostræ salutis pretium.

    Toi qui as daigné porté la croix pour l’homme ; tu as donné ton sang comme prix de notre salut.

    Quæsumus, Auctor omnium,
    In hoc Paschali gaudio,
    Ab omni mortis impetu
    Tuum defende populum.

    Nous te demandons, Auteur de tout, dans cette joie pascale, défends ton peuple de tout assaut de mort.

    Gloria tibi, Domine,
    Qui surrexisti a mortuis,
    Cum Patre et Sancto Spiritu,
    In sempiterna sæcula. Amen.

    Gloire à toi, Seigneur, qui es ressuscité des morts, avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles éternels. Amen.

  • De ore prudentis

    ℟. De ore prudéntis procédit mel, allelúia : dulcédo mellis est sub língua ejus, allelúia : * Favus distíllans lábia ejus, allelúia, allelúia.
    . Sapiéntia requiéscit in corde ejus, et prudéntia in sermóne oris illíus.
    ℟. Favus distíllans lábia ejus, allelúia, allelúia.

    De la bouche du sage sort le miel, alléluia ; la douceur du miel est sous sa langue, alléluia : rayon de miel perlant que ses lèvres, alléluia, alléluia.
    La sagesse se repose dans son cœur, et la prudence dans la parole de sa bouche.

    Répons des matines. Le corps du répons s’inspire du Cantique des cantiques (4, 11) et le début du verset de Proverbes 14, 33. Mais aucune expression ne se trouve telle quelle dans la Bible. On trouve presque « Favus distillans labia… », mais c’est « tua », et non « ejus » : il s’agit des lèvres de la bien-aimée, non du Seigneur… (Mais il est vrai que nombre des expressions du Cantique des cantiques sont ambivalentes, puisqu'il s'agit d'un chant d'union, où tout ce qui est à moi est à toi...)

  • 2e dimanche après Pâques

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    (Graduel de Johannes von Johannes von Valkenburg, 1299, Cologne)

    L’antienne d’offertoire

    Deus, Deus meus, ad te de luce vígilo : et in nómine tuo levábo manus meas, allelúia.

    O Dieu, mon Dieu, je veille aspirant à vous dès l’aurore et je lève mes mains en votre nom, alléluia.

    Solesmes, 1959 :

    Le Christ est le berger et l'évêque de nos âmes, comme l'appelle l'épître de cette messe. Il veille fidèlement sur ses brebis, sans jamais se reposer, sans jamais sommeiller. Il convient donc que ma première pensée éveillée soit dirigée vers Lui, que mon cœur se tourne vers Lui dès les premières lueurs de l'aube (de luce). D'autant plus qu'en ce matin, Il désire à nouveau être entièrement à moi, et veut me faire participer à sa vie divine dans le banquet eucharistique. De même qu'à l'Offertoire le prêtre lève les mains avec les dons sacrificiels du pain et du vin, de même je lèverai les mains et je m'offrirai en oblation, en chantant mon Alléluia dans la joie de l'Esprit Saint et en me confiant à la toute-puissance de sa grâce (in nomine tuo). Dans les temps anciens, ces sentiments étaient exprimés par ces versets : « Je me présente devant toi, pour voir ta puissance et ta gloire. Tu as été mon aide. Et je me réjouis sous le couvert de tes ailes. »* A l'Offertoire, le divin Rédempteur prie son Père céleste et proteste de sa disponibilité à être sacrifié. Il devient ici et maintenant l'Agneau qui est offert pour nous sur l'autel.

    Dans la première phrase, tranquille, luce est le seul mot qui prend un peu plus d'importance. Peut-être est-ce pour nous rappeler l'éclat soudain de la lumière ? La séquence tonale sur la deuxième syllabe est entendue à différents moments : dans le Vidi aquam, où il est question d'eau qui coule avec aqua ista ; dans l'offertoire Inveni David, où il est question d'huile qui coule avec les mots oleo sancto. Presque toutes les pièces du mode 2 ferment la première phrase sur do. Mais ici les secondes, sans pressus, n'ont pas cette forte puissance modulatoire que nous trouvons, par exemple, dans l'introït Mihi autem pour les Apôtres. Dans sa première moitié, la deuxième phrase est un peu plus vivante, se plaçant immédiatement sur la dominante et prenant une mélodie plus ornée avec in nomine tuo, sur laquelle est placée une quarte en antithèse de celle de la première phrase. La deuxième partie revient au style pastoral simple de la première phrase, sentiment renforcé par la tierce mineure ré-fa, combinaison habituelle de la dominante et de la tonique dans les pièces en mode 2.

    Dom Johner

    * Les versets étaient, soigneusement découpés du même psaume 62 :

    1. Sitivit in te anima mea, quam multipliciter et caro mea, ut viderem virtutem tuam et gloriam tuam.

    Mon âme a soif de vous ; comme encore et encore aussi ma chair, pour que je contemple votre puissance et votre gloire.

    2. In matutinis, Domine, meditabor in te. Quia factus es adjutor meus et in velamento alarum tuarum exsultabo.

    Aux matines, Seigneur, je méditerai sur vous. Car vous vous êtes fait mon secours, et sous le couvert de vos ailes je tressaillirai d’allégresse.

  • De la Sainte Vierge le samedi

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    Ave stella maris, karismata lucida prolis

    Ave Spiritui Sancto templum reservatum

    Ave porta Dei post partum clausa per evum.

    Evangéliaire de Bernwald d’Hildesheim, 1015, miniature de la « Vierge portière ».

    Porta hæc clausa erit, et non aperiétur. Pulchre quidam, portam clausam per quam solus Dóminus Deus Isræl ingréditur, et dux, cui porta clausa est, Maríam Vírginem intéllegunt, quæ et ante partum virgo permánsit. Etenim témpore, quo Angelus loquebátur: Spíritus Sanctus véniet super te, et virtus Altíssimi obumbrábit te; quod autem nascétur ex te Sanctum, vocábitur Fílius Dei; et quando natus est, virgo permánsit ætérna; ad confundéndos eos, qui arbitrántur eam post nativitátem Salvatóris habuísse de Ioseph fílios, ex occasióne fratrum eius, qui vocántur in Evangélio.

    « Cette porte sera fermé. On ne l’ouvrira pas. » Certains comprennent, et c’est beau, que la Vierge Marie, demeurée vierge avant l’enfantement, est cette porte fermée par où seul entre le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui est aussi le prince, pour qui la porte est fermée. En effet, au moment où l’ange proférait : « L’Esprit-Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre, c’est pourquoi l’être saint qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu » et aussi lorsqu’il est né, elle est demeurée éternellement vierge. Ceci pour confondre ceux qui tirent occasion de l’Evangile où l’on cite ses frères pour supposer qu’après la naissance du Sauveur Marie enfanta des fils à Joseph.

    Saint Jérôme, sur Ezéchiel, 13, 44, lecture des matines.

  • Ad cœnam Agni providi

    L’hymne des vêpres au temps pascal, chanté au Concert des Maîtres de Chœur à l’Abbaye de Fontevraud le 23 juillet 1989 sous la direction de Dom le Feuvre.


    podcast

    Ad cœnam Agni próvidi, .
    Et stolis albis cándidi,
    Post tránsitum maris Rubri
    Christo canámus Príncipi.

    Invités au repas de l’Agneau,
    revêtus de nos robes blanches,
    après avoir passé la mer rouge,
    chantons au Christ notre Chef.

    Cujus corpus sanctíssimum
    In ara crucis tórridum,
    Cruóre ejus róseo
    Gustándo vívimus Deo.

    En goûtant sa chair toute sainte
    brulée sur l’autel de la Croix,
    en goûtant le vin de son sang,
    nous vivons de la vie de Dieu.

    Protécti Paschæ véspere
    A devastánte Angelo,
    Erépti de duríssimo
    Pharaónis império.

    Protégés au soir de la Pâque
    contre l’Ange exterminateur,
    nous avons été arrachés
    au dur pouvoir de Pharaon.

    Jam pascha nostrum Christus est,
    Qui immolátus agnus est :
    Sinceritátis ázyma
    Caro eius obláta est.

    C’est le Christ qui est notre Pâque,
    qui est l’agneau immolé ;
    azyme de sincérité,
    c’est sa chair qui est livrée.

    O vere digna hóstia,
    Per quam fracta sunt tártara,
    Redémpta plebs captiváta,
    Réddita vitæ prǽmia.

    O victime vraiment digne
    brisant la porte des enfers :
    le peuple captif est racheté,
    les biens de la vie sont rendus.

    Consúrgit Christus túmulo,
    Victor redit de bárathro,
    Tyránnum trudens vínculo
    Et Paradísum réserans.

    Le Christ se lève de la tombe ;
    il revient de l’abîme en vainqueur,
    poussant le tyran enchaîné,
    rouvrant l’entrée du Paradis.

    [Quǽsumus, Auctor ómnium,
    In hoc pascháli gáudio,
    Ab omni mortis ímpetu
    Tuum defénde pópulum.

    Nous vous prions, Auteur de toute chose,
    en cette joie pascale
    de tout assaut de la mort
    défendez votre peuple.]

    Glória tibi Dómine,
    Qui surrexísti a mórtuis,
    Cum Patre et almo Spíritu,
    In sempitérna sǽcula. Amen.

    Gloire à Vous, Seigneur,
    ressuscité d’entre les morts ;
    avec le Père et l’Esprit bienfaisant,
    dans les siècles éternels.
    Ainsi soit-il.

  • Une première ?

     

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    Mgr Athanasius Schneider a célébré la messe traditionnelle en la cathédrale d’Astana (officiellement Nur-Sultan), capitale du Kazakhstan, le mercredi de Pâques, en présence de l’archevêque Mgr Tomasz Peta.

    New Liturgical Movement souligne que c’est la première fois qu’une messe traditionnelle est célébrée comme messe normale de la cathédrale en présence de l’ordinaire en Asie centrale. Mais je me demande si ce n’est pas une première mondiale, car je ne vois pas d’autre exemple d’un évêque (même auxiliaire) célébrant dans sa cathédrale une messe selon la forme extraordinaire. (Ceci est un appel à la mémoire de mes lecteurs…) C’était aussi le jour du 60e anniversaire de Mgr Schneider. "Sto lat !", comme on dit dans le pays natal de Mgr Peta…

     

    Addendum. Voir les commentaires.

  • La semaine de saint Thomas

    Dans la liturgie byzantine, l’incrédulité paradoxale de saint Thomas (« Ô merveille inouïe : le manque de foi rend plus ferme la foi »), est si importante que le premier dimanche après Pâques est le « dimanche de saint Thomas » et que toute la semaine est la « semaine de saint Thomas ».

    Si l’office souligne à l’envi l’invitation du Seigneur et surtout la réponse de Thomas qui « explore les plaies », la divine liturgie de ce dimanche n’y fait pas allusion (en dehors de l’évangile, naturellement) car elle reste fixée sur la Résurrection. Il y a toutefois un tropaire qui dit : « De sa main avide d’expérience, Thomas scruta ton côté vivifiant, ô Christ Dieu… » Mais il est réservé aux liturgies de la semaine.

    Quant au chant de communion, il est spécifique à cette semaine, bien que le texte, le premier verset du psaume 147, soit un simple appel à louer Dieu. Mais c’est bien sûr ce que chante saint Thomas.

    A Mezzojuso (Sicile), dimanche dernier :

    Ἐπαίνει Ἱερουσαλὴμ τὸν Κύριον, αἴνει τὸν Θεόν σου Σιών. Ἀλληλούϊα.

    Fête le Seigneur, Jérusalem, loue ton Dieu Sion, alléluia.

     

  • Le jésuite qui veut interdire la messe

    Le jésuite Thomas Reese, rédacteur en chef d’America Magazine de 1998 à 2005 (quand un certain Ratzinger le contraignit à démissionner) continue de distiller son venin ici et là, notamment dans « Religion News Service », où il tient une chronique « Signes des temps ». Dans la dernière il écrit notamment (merci à Rorate Caeli):

    Après les réformes pauliniennes de la liturgie, on supposait que la Messe "tridentine" ou latine disparaîtrait. Il fut donné aux évêques le pouvoir de la supprimer dans leurs diocèses, mais certaines personnes se sont accrochées à l'ancienne liturgie jusqu'au schisme.

    Benoît XVI a retiré ce pouvoir aux évêques et a ordonné que tout prêtre pouvait célébrer la Messe tridentine quand bon lui semble.

    Il est temps de rendre aux évêques l'autorité sur la liturgie tridentine dans leurs diocèses. L'Eglise doit être claire sur le fait qu'elle veut que la liturgie non réformée disparaisse et qu'elle ne l'autorise que par bonté pastorale envers les personnes âgées qui ne comprennent pas la nécessité du changement. Les enfants et les jeunes ne devraient pas être autorisés à assister à de telles messes.

    Juste une petite précision : le coup des personnes âgées qui n’y comprennent rien, c’était Paul VI il y a 50 ans… C'est curieux comme les vieux se reproduisent au point de procréer même des jeunes...

  • Saint Justin

    Apologie, 61 (vers l’an 150) :

    Nous vous exposerons maintenant comment, renouvelés par le Christ, nous nous consacrons à Dieu. Si nous omettions ce point dans notre exposition, nous paraîtrions être en faute. Ceux qui croient à la vérité de nos enseignements et de notre doctrine promettent d’abord de vivre selon cette doctrine. Alors nous leur apprenons à prier et à demander à Dieu, dans le jeûne, la rémission de leurs péchés, et nous-mêmes, nous prions et nous jeûnons avec eux. Ensuite, ils sont conduits par nous au lieu où est l’eau, et là, de la même manière que nous avons été régénérés nous-mêmes, ils sont régénérés à leur tour. Au nom de Dieu le père et le maître de toutes choses, et de Jésus-Christ, notre Sauveur, et du Saint-Esprit, ils sont alors lavés dans l’eau. Car le Christ a dit : « Si vous ne renaissez, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux. » Il est bien évident pour tout le monde que ceux qui sont nés une fois ne peuvent pas rentrer dans le sein de leur mère. Le prophète Isaïe, comme nous l’avons dit plus haut, enseigne de quelle manière les pécheurs repentants effaceront leurs péchés. Il s’exprime en ces termes : « Lavez-vous, purifiez-vous, enlevez le mal de vos cœurs, apprenez à bien faire, rendez justice à l’orphelin et défendez la veuve ; venez alors et comptons, dit le Seigneur. Vos péchés vous eussent-ils rendus rouges comme la pourpre, je vous rendrai blancs comme la laine ; fussiez-vous rouges comme l’écarlate, je vous rendrai blancs comme la neige. Mais si vous ne m’écoutez pas, le glaive vous dévorera. C’est la bouche du Seigneur qui a parlé. » Voici la doctrine que les apôtres nous ont transmise sur ce sujet. Dans notre première génération, nous naissons ignorants et selon la loi de la nécessité, d’une semence humide, dans l’union mutuelle de nos parents, et nous venons au monde avec des habitudes mauvaises et des inclinations perverses. Pour que nous ne restions pas ainsi les enfants de la nécessité et de l’ignorance, mais de l’élection et de la science, pour que nous obtenions la rémission de nos fautes passées, on invoque dans l’eau sur celui qui veut être régénéré et qui se repent de ses péchés le nom de Dieu le père et le maître de l’univers. Cette dénomination seule est précisément celle que prononce le ministre qui conduit au bain celui qui doit être lavé. Peut-on donner en effet un nom au Dieu ineffable, et ne serait-ce pas folie orgueilleuse que d’oser dire qu’il en a un ? Cette ablution s’appelle illumination, parce que ceux qui reçoivent cette doctrine ont l’esprit illuminé. Et aussi au nom de Jésus-Christ, qui fut crucifié sous Ponce-Pilate, et au nom de l’Esprit-Saint, qui prédit par les prophètes toute l’histoire de Jésus, est lavé celui qui est illuminé.

  • Saint Herménégilde

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    Eglise Saint-Ildefonse de Séville, retable de la confrérie des tailleurs : Notre Dame des Rois, flanquée de saint Ferdinand et de saint Herménégilde (par Pedro Roldan, 1674).

     

    Saint Grégoire le Grand :

    Le roi Herménégilde, fils de Léovigilde, roi des Visigoths, fut converti de l'hérésie arienne à la foi catholique par les instructions du vénérable Léandre, évêque de Séville, avec lequel je suis lié depuis longtemps d'une étroite amitié. Son père demeuré arien fit tout son possible, par caresses et par menaces, pour le faire retomber dans l'hérésie. Mais Herménégilde ayant répondu avec constance que jamais il n'abandonnerait la vraie foi qu'il avait enfin connue, son père irrité le priva de ses droits au trône, et le dépouilla de tous ses biens. Le jeune roi conçut alors un grand dégoût du royaume terrestre, et se mit à désirer ardemment celui du ciel. Déjà chargé de chaînes, il se couvrit d'un cilice ; il demanda au Dieu tout-puissant la force qui lui était nécessaire, et il regarda désormais les pompes de ce monde qui passe avec d'autant plus de mépris, qu'il reconnaissait par sa captivité même le néant d'une gloire qui avait pu lui être ravie.

    La fête de Pâques étant survenue, son perfide père lui envoya, durant le silence de la nuit, un évêque arien, afin qu'il reçût des mains de cet évêque la communion eucharistique, que celui-ci ne pouvait lui conférer que par un sacrilège, et qu'il rentrât ainsi dans les bonnes grâces du roi. Mais Herménégilde, tout dévoué à Dieu, voyant venir l'évêque arien, lui parla comme il devait, et repoussa par de justes reproches la perfidie qu'il venait lui proposer; car quoique étendu par terre sous le poids de ses chaînes, il n'en conservait pas moins tout le calme et toute l'élévation de son âme.

    L'évêque étant retourné auprès du père, ce prince arien frémit de rage, et envoya sur le champ quelques-uns de ses officiers chargés de faire périr ce très fidèle confesseur de Dieu dans sa prison: ce qui fut exécuté. Etant entrés, ils lui fendirent la tête d'un coup de hache; mais en lui ôtant ainsi la vie du corps, ils ne purent atteindre en lui que ce qu'il avait lui-même méprisé. Bientôt des miracles célestes éclatèrent pour manifester la véritable gloire dont il jouissait; car le silence de la nuit fut tout à coup interrompu par des chants harmonieux qui retentissaient près du corps de ce roi martyr, d'autant plus véritablement roi qu'il était martyr. Quelques-uns rapportent que des lampes allumées parurent aussi durant la nuit autour du corps ; ce qui porta tous les fidèles à le révérer comme celui d'un martyr.

    Le père infidèle et parricide se sentit enfin touché de repentir, et regretta sa faute ; mais ce regret n'alla pas jusqu'à lui faire obtenir le salut. Il reconnut que la foi catholique était la véritable ; mais la crainte que lui inspirait sa nation l'empêcha de la professer. Une maladie lui étant survenue, et se trouvant réduit à l'extrémité, il recommanda à l'évêque Léandre, qu'il avait vivement persécuté autrefois, le roi Reccarède son fils qu'il laissait dans son hérésie, afin que par ses instructions il rendit à ce prince le même service qu'à son frère. Après avoir fait cette recommandation, Léovigilde mourut : et après sa mort, le roi Reccarède voulant imiter, non son père infidèle, mais son frère le martyr, se convertit de l'hérésie arienne, et ramena si complètement à la vraie foi toute la nation des Visigoths qu'il refusa d'admettre dans ses armées quiconque oserait se déclarer ennemi de Dieu en professant l'hérésie. Il ne faut pas s'étonner qu'il soit devenu ainsi le prédicateur de la foi catholique, ce prince qui était le frère d'un martyr, par les mérites duquel il est aidé en ce moment même pour ramener tant d'âmes au sein du Dieu tout-puissant.

    (Dialogues, 3, 31).