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Liturgie

  • Saint Calixte

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    Le pape Saint Calixte instituant, selon la tradition, les quatre temps (« Ieiunium », est-il écrit), miniature d’une édition du XIVe siècle de la Légende dorée qui dit :

    Le jeûne des Quatre-Temps a été institué par le pape Calixte. Il consiste à jeûner quatre fois par an, suivant les quatre saisons. Ce jeûne se justifie par quatre arguments :

    1o Le printemps étant une saison humide, nous jeûnons au printemps pour tempérer en nous les humeurs pernicieuses, c’est-à-dire la luxure. L’été étant une saison chaude et sèche, nous jeûnons pour châtier en nous la sécheresse de l’avarice. L’automne étant une saison également sèche, mais froide, nous jeûnons pour châtier la sécheresse froide de l’orgueil. Enfin l’hiver étant une saison froide et humide, nous jeûnons pour châtier le froid de l’infidélité et de la malice.

    2o Le jeûne des Quatre-Temps a pour objet de nous rappeler le jeûne des Juifs, qui jeûnaient quatre fois par an, avant la Pâque, avant la Pentecôte, avant la fête des Tabernacles et avant la dédication de décembre.

    3o L’homme étant formé de quatre éléments, quant au corps, et de trois facultés, quant à l’âme, nous devons jeûner quatre fois par an, pendant trois jours chaque fois.

    4o Le printemps se rapporte à l’enfance, l’été à l’adolescence, l’automne à l’âge viril, l’hiver à la vieillesse. Nous devons donc jeûner au printemps pour être innocents comme des enfants ; en été, pour être forts comme des adolescents, en automne, pour être mûrs par la justice, comme le veut l’âge viril ; en hiver pour acquérir la sagesse et la probité des vieillards. Ou, plutôt encore, nous devons jeûner en hiver pour expier les fautes commises par nous pendant les saisons précédentes.

  • 18e dimanche après la Pentecôte

    « Faites, ô Seigneur, que ceux qui attendent votre secours ne soient pas déçus dans leur espérance, mais obtiennent au contraire cette récompense qu’ont promise vos Prophètes. Écoutez donc les prières de votre serviteur, et avec les siennes, recevez celles de tout votre peuple d’Israël. »

    Telle est la belle paraphrase que fait le cardinal Schuster du texte de l’introït de ce dimanche. Ou plus exactement du verset de l’Ecclésiastique (36,18) dont il est tiré. Car dans l’introït « mercedem », la récompense, est devenu « pacem », la paix. Car la paix surnaturelle, dans la Jérusalem céleste (la « ville de la paix »), est la récompense suprême.

    On peut remarquer que le texte grec dit : « Donne récompense à ceux qui t'attendent (qui comptent sur toi), et que tes prophètes soient trouvés dignes de confiance (véridiques). » Dans le texte latin, à la place de « et », il y a « afin que ». C’est une traduction qui explicite le texte grec tributaire des juxtapositions sémitiques. Nous demandons à Dieu de nous donner la « récompense » promise par les prophètes afin que ces promesses soient reconnues comme vraies, et les prophètes comme de véritables envoyés de Dieu.

    Cette très belle antienne est empreinte de paix d’un bout à l’autre, et d’une tendresse qui se manifeste par l’emploi systématique du si bémol et s’épanouit sur « tuae ».

    Voici une interprétation, par le chœur de la cathédrale de Poznań, qui rend bien justice à ce caractère, en y ajoutant une très grande douceur. C’est extrait de l’enregistrement d’une messe pour la paix, à Poznań en 1977 (le kyriale étant la Missa pro pace de Feliks Nowowiejski).

    Da pacem, Dómine, sustinéntibus te, ut prophétæ tui fidéles inveniántur : exáudi preces servi tui et plebis tuæ Israël.
    Lætátus sum in his, quæ dicta sunt mihi : in domum Dómini íbimus.

    Donnez la paix, Seigneur, à ceux qui vous attendent afin que vos prophètes soient trouvés fidèles : exaucez les prières de votre serviteur, et celles d’Israël votre peuple.
    Je me suis réjoui de ces mots qui m’ont été dits : Nous irons dans la maison du Seigneur.


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  • Le bienheureux Charles de Blois

    On lit dans Les tombeaux des ducs de Bretagne, du vicomte Pitre de Lisle du Dréneuc (1894) :

    La mort tragique du comte de Penthièvre à la bataille d'Auray (29 septembre 1364) a été maintes fois racontée par les chroniqueurs et les poètes, mais jamais avec un aussi merveilleux talent que dans la Guerre de Blois et de Montfort de M. de la Borderie. C’est là plus qu'un récit, plus que de l'histoire, c’est la lutte même qui se déroule sous vos yeux. Sur ce champ de bataille, si mal connu jusqu'ici, on revoit les positions tour à tour enlevées et reprises, la chevalerie française se ruant follement, avec cette ardeur ambitieuse qui vint se briser contre l'habile stratégie des partisans de Montfort.

    Après cette dernière bataille, qui décida du sort de la Bretagne et sauva peut-être son indépendance, le comte de Monfort fit transporter avec respect le corps de son rival au couvent des Cordeliers de Guingamp, où le peuple vint en foule rendre hommage à sa pieuse mémoire.

    Lorsqu'au temps de la Ligue le couvent des Cordeliers fut en partie détruit par les troupes du prince de Dombes, on transféra les restes de Charles de Blois à l'église de Notre-Dame de Grâces, située à peu de distance de Guingamp, où nous les retrouvons encore aujourd'hui.

    Les ossements du bienheureux Charles sont placés près de la balustrade du chœur, du côté de l'Evangile. Le reliquaire est posé sur un socle élevé, en bois de chêne rehaussé d'or ; il se compose de trois arcatures d'un style néo-gothique assez pitoyable. On y voit un ossement long de 35 centimètres environ, enveloppé d'une étoffe de soie rose bien fanée et ornée de passementeries d'argent. Dessus est posé un papier où l'on entrevoit les mots Carol. Dux, en caractères d’une écriture peu ancienne.

    Sur un des côtés de l'édicule est une large plaque de cuivre portant un écusson en couleur à mi-partie, au premier palé d'argent et de gueules... qui est de Chastillon, au deuxième de Bretagne plein. On y lit l'inscription suivante : Cy dessous reposent les restes de très haut, très puissant et très excellent prince Charles de Chastillon, duc de Blois, duc de Bretagne, tué à la bataille d'Auray le 29 septembre MCCCLXIV, après une guerre de 23 ans et s'être trouvé à 18 batailles contre le comte de Monfort, oncle et cousin-germain de Jeanne de Bretagne son épouse.

    Comme on le voit, le monument de Charles de Blois n'est plus un tombeau, c'est un reliquaire ; aussi bien ce prince était-il un saint plutôt qu’un duc de Bretagne.

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    Le reliquaire est de 1874. Il remplaçait un reliquaire de 1753, détruit dans un incendie en 1829, qui remplaçait le reliquaire dans lequel les franciscains avaient placé les reliques de Charles de Blois qu’ils avaient pu sauver de l’incendie de 1591… Comme on le voit, il a été restauré depuis le triste constat de de Lisle du Dréneuc, mais on ne voit plus la relique.

    D’une tout autre qualité est l’enfeu, d’époque (XIVe siècle) de Roland de Coatgoureden, dans la basilique Notre-Dame du Bon Secours de Guingamp. Le sénéchal de Charles de Blois s’est fait représenter à genoux devant son maître.

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    L’actualité étant celle que l’on sait, on remarque parmi les nombreux écrits de Pitre de Lisle du Dréneuc un opuscule intitulé Nouvelles découvertes d’idoles de l’Amazone. Un exemplaire fut adjugé 120 € chez Drouot en 2016. Le vicomte aurait pu être expert au synode (du moins s'il avait accepté de ne plus parler d'idoles, ce qui n'est pas respectueux de la culture de nos frères indigènes)…

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  • Maternité de la Vierge Marie

    Virgo regi Davidicae stirpis eligitur, quae sacro gravidanda fetu divinam humanamque prolem prius conciperet mente quam corpore. Et ne superni ignara consilii ad inusitatos paveret effectus, quod in ea operandum erat a Spiritu sancto, colloquio discit angelico. Nec damnum credit pudoris, Dei genitrix mox futura. Cur enim de conceptionis novitate desperet, cui efficientia de Altissimi virtute promittitur? Confirmatur credentis fides etiam praeuntis attestatione miraculi, donaturque Elizabeth inopinata fecunditas; ut qui conceptum dederat sterili, daturus non dubitaretur et virgini. Verbum igitur Dei Deus, Filius Dei, qui in principio erat apud Deum, per quem facta sunt omnia, et sine quo factum est nihil, propter liberandum ab aeterna morte hominem, factus est homo.

    Une vierge, issue de la race royale de David, est choisie pour porter en elle le germe saint, à la fois divin et humain, qu’elle conçut dans son esprit, avant même de le concevoir en son corps. De peur que, si elle eût ignoré le dessein divin, elle n’eût été effrayée de ses conséquences inattendues, elle apprit de la bouche d’un ange ce que l’Esprit-Saint allait opérer en elle. Celle qui allait devenir la mère de Dieu ne craignit pas que ce ne fût au détriment de sa pudeur. Comment n’eut-elle pas espéré une conception insolite, celle à qui était promise l’efficacité de la puissance du Très-Haut ? La foi de l’âme croyante est encore confirmée par un précèdent miracle : à Elisabeth est donnée une fécondité inespérée ; ainsi ne pourrait-on douter que celui qui avait donné à une femme stérile la possibilité de concevoir, ne l’octroyât aussi à une vierge. Donc, le Verbe de Dieu, Dieu lui-même, fils de Dieu "qui était au commencement auprès de Dieu, par qui tout a été fait et rien sans lui" s’est fait homme pour libérer l’homme de la mort éternelle.

    ingreditur haec mundi infima Jesus Christus Filius Dei, de coelesti sede descendens, et a paterna gloria non recedens, novo ordine, nova nativitate generatus. Novo ordine, quia invisibilis in suis, visibilis factus est in nostris; incomprehensibilis voluit comprehendi; ante tempora manens, esse cepit ex tempore. (…)Nova autem nativitate genitus est, conceptus a Virgine, natus ex Virgine, sine paternae carnis concupiscentia, sine maternae integritatis injuria: quia futurum hominum Salvatorem talis ortus decebat, qui et in se haberet humanae substantiae naturam, et humanae carnis inquinamenta nesciret. (…) Origo dissimilis, sed natura consimilis; humano usu et consuetudine caret, sed divina potestate subnixum est, quod virgo conceperit, quod virgo pepererit, et virgo permanserit.

    Jésus Christ, notre Seigneur, descend de son trône du ciel pour pénétrer notre misère, sans pourtant quitter la gloire de son Père, en des conditions tout à fait nouvelles et d’une manière inusitée. Dans des conditions nouvelles, puisque invisible en soi, il se rend visible à nous, incompréhensible, il accepte d’être appréhendé, éternel, il commence à exister dans le temps. D’une manière inusitée, puisque conçu et né d’une vierge sans la participation d’un homme et sans que soit faite injure à l’intégrité de sa mère. Une telle naissance convenait en effet au futur Sauveur des hommes qui, tout en revêtant la substance de la nature humaine, ignorerait les souillures de la chair. Il serait différent de nous par l’origine, mais semblable par la nature. Nous le croyons, cette naissance fut en dehors du cours normal de la génération humaine, mais elle s’appuya sur la puissance de Dieu, puisque la virginité de la mère demeura intacte dans la conception, l’enfantement et la suite des temps.

    Lecture des matines, extraits des sermons 1 et 2 de saint Léon le Grand sur la Nativité. (Une traduction plus littérale de la fin, notamment, me paraît plus forte, et plus conforme au style des pères : « afin que vierge elle conçût, vierge elle enfantât, vierge elle demeurât ». En traduisant dans un français censé être élégant on affaiblit souvent le propos, surtout quand il s'agit de répétitions voulues.)

  • Saint François Borgia

    Extrait de La famille Borgia, par Raphaël Carrasco, chapitre IX :

    Dès l'âge de douze ans notre jeune aristocrate entrait au service de la famille royale en tant que page de l'infante doña Catalina, fille de Jeanne la Folle, pour passer ensuite au service de l'impératrice Isabelle de Portugal dès son mariage avec Charles Quint célébré en mars 1526. La légende a brodé : le jeune François aurait conçu auprès de l'admirable Isabelle un amour intense et pur, platonique et presque mystique. La belle impératrice maria son écuyer avec une dame de sa suite, Leonor de Castro, qui lui donna huit enfants, quatre filles et quatre garçons (1529, il avait dix-neuf ans). En cadeau de noces, l'empereur éleva la baronnie de Llombay, que la famille Borja possédait déjà, au rang de marquisat pour le jeune marié. Celui-ci montra des dons certains pour la vie du palais, à la fois brillant courtisan et guerrier courageux. Lors du désastre militaire de Provence en octobre 1536, il assista dans ses derniers moments son grand ami le poète Garcilaso de la Vega.

    L'existence de François, exemplaire à tous égards, tant comme meneur d'hommes que comme ami et mari, se déroula sans heurts jusqu'au 27 mars 1546, jour où trépassa son épouse chérie et où il décida de changer de vie. L'hagiographie a bien noté des signes avant-coureurs de cette révolution intérieure, ainsi l'épisode archi-fameux survenu en 1538 dans la chapelle royale de Grenade où François, devant le cadavre défiguré de l'impératrice Isabelle, se serait écrié : « Jamais je ne servirai de seigneur qui puisse mourir » — « No más servir a señor que se me pueda morir ». D'autres voix précisent que ce fut le sermon prononcé par le bienheureux Juan de Ávila devant la dépouille de la défunte qui ouvrit les yeux du gentilhomme. La présence ici de cette grande figure de la spiritualité espagnole de la Renaissance n'est pas fortuite, pensons-nous. Juan de Ávila*, tenant de cette spiritualité si particulière qu'on appelle recueillement — recogimiento — que l'Inquisition et l'Église officielle considéraient avec une extrême défiance, s'était entouré de disciples presque tous d'origine judéo-converse qui ne trouvant pas leur compte dans l'offre spirituelle de l'Église officielle allaient rejoindre Ignace de Loyola et ses premiers compagnons dès les débuts de leur extraordinaire aventure. Il est évident que François Borgia partageait avec Juan de Ávila ce besoin de renouvellement spirituel et de réforme de l'Église dans et par l'Église qui animait le futur fondateur de la Compagnie de Jésus. Mais l'heure de la rencontre n'avait pas encore sonné. Elle n'allait pas tarder.

    Entre 1539 et 1543, François Borgia, nommé vice-roi de Catalogne, réside à Barcelone. C'est là qu'il entre en contact pour la première fois avec des membres de la Compagnie de Jésus et pas des moindres puisqu'il s'agit de deux compagnons de saint Ignace et co-fondateurs de la Compagnie, le Basque Antonio Araoz et le Savoyard Pierre Favre. C'est alors que débutent ses échanges épistolaires avec Ignace de Loyola. En janvier 1543 il hérite du duché de Gandía à la mort de son père. De retour sur ses terres, il montre un saint penchant pour la justice, se montrant très généreux envers les pauvres et les nécessiteux, fort proche de ses vassaux. Ces derniers sont dans leur majorité des morisques récemment convertis au catholicisme (1526) ce qui conduira le jeune duc à s'intéresser aux questions d'évangélisation des néophytes. C'est dans cet esprit qu'il accorda sa protection et employa comme précepteur de ses enfants Bernardo Pérez de Chinchón, traducteur d'Érasme, chanoine dans la collégiale de Gandía et auteur de deux traités de controverse antimusulmane, l'Antialcorano (Valence, 1532) et les Diálogos cristianos contre la secta mahomética (Valence, 1535). C'est aussi dans le but d'aider efficacement à la sincère conversion des morisques et à leur assimilation qu'il créa en 1545 le premier collège destiné à l'instruction religieuse des enfants morisques, collège qu'il léguera à la Compagnie en 1646 lorsqu'il prendra des engagements définitifs d'entrer dans l'ordre. Tout en œuvrant à la conversion des morisques, François Borgia développe des activités qui reposent sur le savoir-faire de ces populations : la canne à sucre et la soie, les deux piliers de la prospérité du duché au XVIe siècle.

    Son épouse, doña Leonor de Castro, décède le 27 mars 1546. C'est pour lui un coup terrible. Désormais plus rien ne le retient dans le monde. Il fait les exercices spirituels sous la direction du P. Andrés de Oviedo, le patriarche de l'Ethiopie, et dès le 2 juin, trois ans à peine après avoir hérité le duché de Gandía, François fait vœu de chasteté et d'obéissance auprès du supérieur de la Compagnie de Jésus et fait aussi le vœu d'y entrer au plus tôt. Ignace de Loyola lui fait savoir qu'il est ravi de l'accueillir tout en lui recommandant de garder son adhésion secrète — car, dit le saint, le monde n'avait pas d'oreilles pour entendre un tel fracas — le temps de mettre ses affaires en ordre et de faire un peu de théologie. À compter de cette date et jusqu'à sa mort, survenue à Rome le 30 septembre 1572, François de Borja voua tout son génie et toute son énergie à l'apostolat jésuitique.

    * Jean d’Avila, canonisé par Paul VI en 1970, et proclamé docteur de l’Eglise par Benoît XVI en 2012.

  • Saint Denis et ses compagnons

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    Chaque année depuis 2002, d’abord le deuxième puis maintenant le premier dimanche d’octobre, le métropolite orthodoxe grec de France célèbre les vêpres de saint Denys l’Aréopagite à la cathédrale Notre Dame de Paris. Il est rafraîchissant de voir que les byzantins continuent imperturbablement de célébrer le 3 octobre un saint Denys membre de l’Aréopage converti par saint Paul, devenu premier évêque de Paris, et auteur, comme le souligne abondamment leur liturgie, des Noms divins et de la Hiérarchie céleste… Trois en un, et c’est très bien comme cela.

    Cette année, ces vêpres, en raison de l’incendie de Notre-Dame, ont été chantées à Saint-Germain l’Auxerrois. En présence de l’archevêque de Paris Mgr Aupetit, et de l’ambassadeur de Grèce.

    Le métropolite Emmanuel a notamment déclaré :

    Même si nous ne devons pas ignorer ce qui nous a divisés, nous devons nous concentrer sur ce qui nous unit et sur le passé commun de milliers d’années en pleine communion. La mémoire liturgique, sacramentelle et spirituelle de l’Église transcende les événements et les problèmes, mêmes ceux qui ont été créés dans le passé. Aujourd’hui, la mémoire est utilisée comme une arme pour diviser, éloigner et fragmenter.  L’objectif de notre prière ce soir est tout le contraire. La mémoire de saint Denis de Paris nous sert de point de départ pour repenser et reconstruire cette mémoire commune qui nous fait tant défaut aujourd’hui encore.

    Voici le tropaire qui conclut les vêpres, par Nicodème Kabarnos :

    Χρηστότητα ἐκδιδαχθείς, καὶ νήφων ἐν πᾶσιν, ἀγαθὴν συνείδησιν ἱεροπρεπῶς ἐνδυσάμενος, ἤντλησας ἐκ τοῦ Σκεύους τῆς ἐκλογῆς τὰ ἀπόῤῥητα, καὶ τὴν πίστιν τηρήσας, τὸν ἴσον δρόμον τετέλεκας, Ἱερομάρτυς Διονύσιε. Πρέσβευε Χριστῷ τῷ Θεῷ, σωθῆναι τὰς ψυχὰς ἡμῶν.

    Maître en douceur, et sobre en tout, revêtu d’une conscience droite comme il convient à un prêtre, tu as puisé au Vase d'élection les vérités ineffables; tu as gardé la foi et mené à terme une course égale à la sienne, ô pontife martyr Denys. Prie le Christ Dieu de sauver nos âmes.

  • Sainte Brigitte

    Révélations, I, 16 :

    En quelle manière il semblait à l'épouse qu'un des saints parlait à Dieu de quelque femme foulée horriblement par le diable, laquelle dut ensuite délivrée par les prières de la glorieuse Vierge.

    Il semblait à sainte Brigitte, épouse, qu'un des saints parlait à Dieu, disant : Pourquoi l'âme de cette femme, que vous avez rachetée de votre sang, est de la sorte foulée par le diable ? 

    Le diable répondit soudain, disant : Parce que, de droit, elle est à moi.  Et alors, Notre Seigneur dit : De quel droit est-elle à toi ?

    Le démon répondit : Il y a deux voies : l'une conduit aux choses célestes, l'autre aux choses infernales ; or, quand elle les considérait toutes les deux, sa consciences et sa raison erronés lui dictaient de choisir plutôt la mienne. Et d'autant qu'elle avait la pleine et libre volonté de se tourner vers le voie qu'elle aimerait le mieux, il lui a semblé qu'il était plus utile de tourner sa volonté à commettre le péché, et alors, elle a commencé de marcher par ma voie.

    Après, je l'ai déçue par trois vices, savoir, par la gourmandise, par la cupidité de gourmandise et par la luxure.  C'est pourquoi je suis maintenant sur son sein, et je la tiens avec cinq mains : avec l'une je tiens ses yeux, afin qu'elle ne voie pas les choses spirituelles ; avec la deuxième, je tiens ses mains, afin qu'elle ne fasse pas de bonnes œuvres ; avec la troisième, je tiens ses pieds, afin qu'elle n'aille pas vers le bien ; avec la quatrième, je tiens son entendement, afin qu'elle n'ait pas honte de pécher, et avec la cinquième, je tiens son cœur, afin qu'elle ne revienne pas à Dieu par la contrition.

    Alors, la Sainte Vierge dit à Notre Seigneur, son Fils : Mon Fils, contraignez le diable à dire la vérité sur ce que je veux lui demander.  Et son Fils lui dit : Vous êtes ma très chère Mère ; vous êtes l'incomparable Reine du ciel ; vous êtes Mère de miséricorde ; vous êtes l'indicible consolation de ceux qui sont en purgatoire ; vous êtes la joie de ceux qui sont pèlerins en ce monde ; vous êtes Dame des anges ; vous êtes très excellente avec Dieu ; vous êtes aussi princesse sur le diable : commandez donc à ce démon tout ce que vous voudrez, ô ma Mère ! et il vous répondra.

    Alors la Sainte Vierge commanda à ce diable : Dis, ô diable ! quelle intention a eu cette femme avant d'entrer dans l'Église ?

    Le diable lui répondit : Elle a eu la volonté de s'abstenir du péché.

    Et la Sainte Vierge lui dit : Puisque la volonté qu'elle a eue auparavant la conduisait en enfer, dis à quoi tend la volonté qu'elle a maintenant de s'abstenir du péché.

    Le diable lui repartit à regret : Cette volonté de se garder de pécher la conduit au ciel.

    Et la Sainte Vierge répliqua : D'autant que, de droit, pour la première et mauvaise volonté, vous l'avez écartée de la voie méritoire qui conduit à l'Église, la justice et l'équité veulent que, par la volonté présente qu'elle a de ne plus pécher, elle soit ramenée à l'Église. Je te demande aussi, ô diable ! quelle volonté elle a eu au point où en est maintenant sa conscience.

    Le diable répond : Elle a la contrition dans l'esprit pour les choses qu'elle a faites, et un grand repentir, se proposant de ne les jamais plus commettre ; mais elle veut s'amender autant qu'elle peut.

    La Sainte Vierge demanda de nouveau au diable : Dis-moi : ces trois péchés : la luxure, la gourmandise et la cupidité, peuvent-ils être dans un même cœur avec ces trois biens, savoir : la contrition, les larmes et le ferme propos de s'amender ?

    Le diable lui répondit : Non.

    La Sainte Vierge dit alors : Sont-ce ces trois vertus ou ces trois vices qui doivent se retirer de son cœur, car tu dis qu'ils ne peuvent demeurer ensemble ?

    Le diable dit : Ce sont les vices.

    Et alors la Vierge dit : Donc, la voie qui la conduisait en enfer lui est fermée, et la voie du ciel lui est ouverte.  Outre cela, la Sainte Vierge demanda au diable : Dis-moi : si le larron demeurait à la porte de l'épouse pour la violer, que lui ferait l'époux ?

    Le diable répondit : Si l'époux est bon et magnanime, il doit la défendre et exposer sa vie pour la sienne.

    Alors la Sainte Vierge repartit : Tu es ce pernicieux larron ; cette âme est l'épouse de mon Fils, car il
    l'a rachetée de son propre sang.  Tu l'as donc enlevée et corrompue par violence.  Partant, attendu que mon Fils est l'époux de cette âme et seigneur sur toi, il faut que tu fuies loin d'elle.

  • Notre Dame du Rosaire

    La spiritualité chrétienne a pour caractéristique fondamentale l'engagement du disciple à “se conformer” toujours plus pleinement à son Maître. Par l'effusion de l'Esprit reçu au Baptême, le croyant est greffé, comme un sarment, sur la vigne qu'est le Christ, il est constitué membre de son Corps mystique. Mais à cette unité initiale doit correspondre un cheminement de ressemblance croissante avec lui qui oriente toujours plus le comportement du disciple dans le sens de la “logique” du Christ: « Ayez entre vous les dispositions que l'on doit avoir dans le Christ Jésus ». Selon les paroles de l'Apôtre, il faut « se revêtir du Seigneur Jésus-Christ ». 

    Dans le parcours spirituel du Rosaire, fondé sur la contemplation incessante – en compagnie de Marie – du visage du Christ, on est appelé à poursuivre un tel idéal exigeant de se conformer à Lui grâce à une fréquentation que nous pourrions dire “amicale”. Elle nous fait entrer de manière naturelle dans la vie du Christ et pour ainsi dire “respirer” ses sentiments. Le bienheureux Bartolo Longo dit à ce propos: « De même que deux amis qui se retrouvent souvent ensemble finissent par se ressembler même dans la manière de vivre, de même, nous aussi, en parlant familièrement avec Jésus et avec la Vierge, par la méditation des Mystères du Rosaire, et en formant ensemble une même vie par la Communion, nous pouvons devenir, autant que notre bassesse le permet, semblables à eux et apprendre par leurs exemples sublimes à vivre de manière humble, pauvre, cachée, patiente et parfaite ».

    Grâce à ce processus de configuration au Christ, par le Rosaire, nous nous confions tout particulièrement à l'action maternelle de la Vierge Sainte. Tout en faisant partie de l'Église comme membre qui « tient la place la plus élevée et en même temps la plus proche de nous », elle, qui est la mère du Christ, est en même temps la “Mère de l'Église”. Et comme telle, elle “engendre” continuellement des fils pour le Corps mystique de son Fils. Elle le fait par son intercession, en implorant pour eux l'effusion inépuisable de l'Esprit. Elle est l'icône parfaite de la maternité de l'Église.

    Mystiquement, le Rosaire nous transporte auprès de Marie, dans la maison de Nazareth, où elle est occupée à accompagner la croissance humaine du Christ. Par ce biais, elle peut nous éduquer et nous modeler avec la même sollicitude, jusqu'à ce que le Christ soit « formé » pleinement en nous. Cette action de Marie, totalement enracinée dans celle du Christ et dans une radicale subordination à elle, « n'empêche en aucune manière l'union immédiate des croyants avec le Christ, au contraire elle la favorise ». Tel est le lumineux principe exprimé parle Concile Vatican II, dont j'ai si fortement fait l'expérience dans ma vie, au point d'en faire le noyau de ma devise épiscopale “Totus tuus”. Comme on le sait, il s'agit d'une devise inspirée par la doctrine de saint Louis Marie Grignion de Montfort, qui expliquait ainsi le rôle de Marie pour chacun de nous dans le processus de configuration au Christ: « Toute notre perfection consistant à être conformes, unis et consacrés à Jésus-Christ, la plus parfaite de toutes les dévotions est sans difficulté celle qui nous conforme, unit et consacre le plus parfaitement à Jésus-Christ. Or, Marie étant de toutes les créatures la plus conforme à Jésus-Christ, il s'ensuit que, de toutes les dévotions, celle qui consacre et conforme le plus une âme à Notre Seigneur est la dévotion à la Très Sainte Vierge, sa sainte Mère, et que plus une âme sera consacrée à Marie, plus elle le sera à Jésus-Christ ». Jamais comme dans le Rosaire, le chemin du Christ et celui de Marie n'apparaissent aussi étroitement unis. Marie ne vit que dans le Christ et en fonction du Christ ! 

    Jean-Paul II, Rosarium Virginis Mariae, § 15.

    *

    Henryk Górecki (1933-2010) composa Totus Tuus pour le troisième voyage de Jean-Paul II en Pologne, en 1987. Il fut interprété sur le tarmac de l’aéroport dès son arrivée le 8 juin, puis avant la messe finale sur la place de la Victoire le 14, par le Chœur de l’Académie de théologie. J’ai découvert récemment ce qui est sans doute la plus belle version, à ce jour, de ce chef-d’œuvre, grâce à la qualité exceptionnelle du Chœur philharmonique national de Varsovie et au véritable génie de son chef Henryk Wojnarowski, qui ajoute nombre de nuances qui ne sont pas sur la partition mais en exaltent l’expression.

    Totus tuus sum, Maria,
    Mater nostri Redemptoris,
    Virgo Dei, Virgo pia,
    Mater mundi Salvatoris.
    Totus tuus sum, Maria !

    Maria Bogusławska (1868-1929)

  • 17e dimanche après la Pentecôte

    On lit dans L’Année liturgique :

    La belle Antienne de l’Offertoire de ce jour, séparée des Versets qui l’accompagnaient autrefois, ne laisse plus deviner la raison pour laquelle cette place lui fut assignée dès les temps les plus reculés. Nous donnons ici ces Versets à la suite de l’Antienne conservée. Le dernier se termine par la nouvelle de l’arrivée du prince des armées célestes au secours du peuple de Dieu. C’est l’explication désirée, quand on sait, d’autre part, que ce Dimanche ouvre la semaine de la fête du grand Archange sur l’Antiphonaire publié par le Bienheureux Tommasi d’après les manuscrits les plus anciens, et que le Dimanche suivant s’y trouve désigné sous le nom de premier Dimanche après la Saint-Michel (post Sancti Angeli).

    On chantait donc ce passage du livre de Daniel parce que le deuxième verset faisait référence à l’archange, en une longue et brillante vocalise qui pour l’essentiel vole au-dessus de la limite supérieure du 4e mode (en fait on est manifestement en 3e mode, ce qui explique qu’on monte jusqu’au mi aigu). L’antienne quant à elle commence par un doux récitatif autour de la tonique mi, puis la prière éclate sur Exaudi, et la lumière qui apparaît alors va s’épanouir dans la phrase suivante sur « Illumina faciem tuam… » : fais briller ta face (qui est déjà en 3e mode, avec la dominante do qu’on retrouve sur propitius - en fait il me semble que le tout est en un 3e mode élargi au do grave, car on ne voit guère de "la" comme dominante).

    Oravi Deum meum ego Daniel, dicens : Exaudi, Domine, preces servi tui : illumina faciem tuam super sanctuarium tuum : * et propitius intende populum tuum, * super quem invocatum est nomen tuum, Deus.

    ℣. I Adhuc me loquente et orante et narrante peccata mea et delicta populi mei Israel * super quem invocatum est nomen tuum, Deus.

    ℣. II Audivi vocem dicentem mihi : Daniel, intellige verba, quæ loquor tibi, quia ego missus sum ad te. Nam et Michael venit in adjutorium meum. * Et propitius intende populum tuum * super quem invocatum est nomen tuum, Deus.

    J'ai prié mon Dieu, moi Daniel, disant : Seigneur, exaucez les prières de votre serviteur : faites briller votre face sur votre sanctuaire, et regardez miséricordieusement ce peuple sur lequel votre Nom a été invoqué, ô Dieu !

    ℣. I Comme je parlais encore et priais, et disais mes péchés et les fautes d'Israël mon peuple, sur lequel votre Nom a été invoqué, ô Dieu !

    ℣. II J'entendis une voix qui me disait : Daniel, comprends les paroles que je t'adresse, parce que je suis envoyé vers toi, et voici que Michel même est arrivé à mon secours. Et regardez miséricordieusement ce peuple sur lequel votre Nom a été invoqué, ô Dieu !

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  • Saint Maurice

    Pour le diocèse de Vannes c’est saint Maurice de Langonnet et pour le diocèse de Quimper c’est saint Maurice de Carnoët, du nom des deux monastères qu’il fonda, et qui se trouvaient tous deux en Cornouaille donc dans le diocèse de Quimper.

    Voici un cantique (trouvé ici) qui à défaut d’être un chef-d’œuvre littéraire est un excellent résumé de la vie du saint, sauf peut-être quant à sa période parisienne qui est très contestée car les témoignages anciens n’en parlent pas.

    L’auteur est sans doute l’abbé Victor-Marie Le Bris, curé de Loudéac au tournant du XXe siècle. (Le titre est : « Saint Maurice de Loudéac », parce qu’il est né non loin et que c’est là qu’il fut à « l’école d’un pieux maître ».)

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