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Ecriture sainte - Page 7

  • "In quo"

    La lecture du moment selon la liturgie est l’épître de saint Paul aux Romains. Me voilà donc embarqué dans la lecture de cette épître selon la TOB. Mais je ne suis pas sûr de pouvoir continuer à lire cette chose-là, qui ne ressemble que de loin à une traduction de la Bible.

    On constate d’abord que notes sont nettement plus longues que le texte… Parce que, même si l’on a déjà interprété le texte au lieu de le traduire, il faut néanmoins expliquer tout au long que saint Paul ne voulait pas dire ce qu’il dit, ou bien que la tradition exégétique du passage est fautive. D’un côté l’apôtre était incapable de s’exprimer clairement et il faut le faire à sa place, d’autre part les exégètes du passé étaient complètement à côté de la plaque. En bref, c’est à peine caricaturer l’entreprise que de la résumer ainsi : après avoir lu le texte et les notes, vous pouvez croire ce que vous voulez, mais pas ce qu’a écrit saint Paul.

    Dans l’épître aux Romains, et spécialement dans le chapitre 5, il faut surtout éviter de laisser croire que saint Paul aurait clairement esquissé la théologie du péché originel. Les traductions modernes rivalisent d’invention pour qu’on n’aille pas croire une telle chose. La TOB remporte le pompon haut la main. Elle « traduit » ainsi le verset 12 : « Voilà pourquoi, de même que par un homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort a atteint tous les hommes : d’ailleurs tous ont péché… »

    C’est la seule « traduction » qui produise une phrase bancale qui ne se termine pas, et qui exhibe fièrement un « d’ailleurs » qui est censé traduire le grec « eph’o » et nous laisse en plan…

    La Vulgate a traduit eph’o par in quo : en lui : en Adam tous ont péché. Tous les pères latins l’ont compris ainsi, et le concile de Trente après eux. Il a fallu attendre le soi-disant « humanisme » pour qu’on décrète que la Vulgate avait tort. Et la soi-disant néo-Vulgate a corrigé en « eo quod » (en cela que).

    Devant un problème posé par la Vulgate, j’ai l’attitude inverse de celle des spécialistes modernes. Ceux-ci ont un souverain mépris pour ce texte établi sans tenir compte des règles actuelles de l’exégèse scientifique et des mirifiques connaissances que nous avons aujourd’hui des langues de l’antiquité. Je considère quant à moi que les gens qui ont traduit le texte grec en latin étaient des gens qui parlaient couramment le grec et le latin, eux, et qui parlaient le grec et le latin de leur temps, donc celui des textes, et que par conséquent on doit y regarder à deux fois, et même davantage, avant de décréter qu’ils ont tort.

    Il est vrai que, a priori, epi (« epi o » devenant « eph’o »), c’est « sur », et non « dans ». Mais ce n’est pas un exemple unique (je l’ai vu encore il y a peu de temps – mais je ne sais plus où…).

    On peut constater que tous les manuscrits latins sans exception ont « in quo omnes peccaverunt » : en qui (Adam) tous ont péché.

    C’est aussi ce que dit Pacien de Barcelone, dans son homélie sur le baptême, quand il cite ce texte de saint Paul pour parler du péché originel, alors que le reste de la phrase a des mots différents (quia au lieu de propterea, introivit au lieu de intravit, delictum au lieu de peccatum, devenit au lieu de pertransiit). Pacien de Barcelone, avant saint Jérôme et saint Augustin, avait donc un texte nettement différent de celui de la Vulgate, mais identique pour ce qui est de l’expression « in quo omnes peccaverunt ».

    Il y a d’autre part, à l’autre bout de la chrétienté, le témoignage du texte copte (bohaïrique) de cette épître, qui ajoute : « de même que par un seul homme la vie est venue ». Afin de bien préciser : la mort est venue par un seul homme, Adam, en qui tous ont péché, de même que la vie est venue par un seul homme, le Christ.

    Quand un père espagnol et un texte copte disent la même chose que la Vulgate qui a été la Bible de référence en Occident pendant 1500 ans, j’ai tendance à penser que ce ne sont pas les modernes qui ont raison…

  • Un sommet

    J’ose à peine recopier l’Annonciation selon saint Luc dans la « traduction » de la TOB, tant elle est fausse et d’une impiété frisant le blasphème :

    Le sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth, à une jeune fille accordée en mariage à un homme nommé Joseph, de la famille de David; cette jeune fille s'appelait Marie. L'ange entra auprès d'elle et lui dit: «Sois joyeuse, toi qui as la faveur de Dieu, le Seigneur est avec toi.»

    « Une jeune fille »… Ce n’est donc pas seulement le mot hébreu d’Isaïe qu’on refuse de traduire par « vierge », c’est aussi le « parthenos » de l’évangile. Et l’on fait coup double : la Vulgate avait tort, bien sûr, de traduire par « virgo » ; et du coup la traduction d’Isaïe par les Septante elle-même ne signifie pas que la vierge concevra… Puisqu’il n’y a de vierge nulle part…

    « Sois joyeuse »… Une note précise qu’ici il ne s’agit pas de la salutation grecque habituelle. Donc la Vulgate avait tort (comme d’habitude) de traduire par « Ave ». Même si le mot grec a toujours le sens de Salut, Bonjour. Avec ici assurément l’arrière-fond de la joie, mais sous-entendu, et en rapport direct avec le mot suivant, qui parle de la grâce : la joie, khara, la grâce, kharis : « Khairé kekharitoméni », l’une des expressions les plus extraordinaires de la Bible.

    « Toi qui as la faveur de Dieu »… Voilà ce qui est censé traduire kekharitoméni. Une note affirme que ce mot, dans la Bible, exprime d’abord la faveur du roi. Mais ce n’est pas vrai.

    Avoir la faveur du roi, comme traduit la TOB, c’est, dans la Bible, « trouver grâce » (aux yeux du roi, devant le roi). C’est bien le mot « grâce », et non « faveur », le nom « grâce », et non un verbe, et toujours précédé du verbe « trouver » : c’est une expression toute faite qui ne correspond pas du tout à ce que dit l’ange à Marie.

    L’ange dit : kekharitoméni. Il suffit de se référer au dictionnaire Bailly pour savoir la vérité. Et le Bailly n’est pas un dictionnaire chrétien, c’est un dictionnaire laïque, universitaire. Le sens du verbe kharitoo, dit-il, c’est : « remplir de la grâce divine ». Que l’on trouve une seule fois à l’actif : Ephésiens 1,6 : Dieu nous gratifie de sa grâce. Et au passif : « être rempli de la grâce divine ». Qu’on ne trouve que deux fois : dans l’évangile de saint Luc, et dans l’Ecclésiastique.

    On peut préciser deux choses qui permettent de comprendre la traduction donnée par Bailly :

    1- le verbe est au parfait : il indique que l’action a été entièrement accomplie, et pour toujours : donc « être rempli… », complètement, sans que ça puisse changer.

    2- Ce passif sans agent est un passif biblique indiquant l’action de Dieu : donc « … de la grâce divine ».

    La « traduction » de la TOB est très gravement fautive, mais il y a une note, proprement ahurissante, qui paraît pousser la faute jusqu’à un délire d’impiété :

    « Dans la tradition orthodoxe, la traduction la plus courante est : “pleine de grâce”. »

    Sic !

    En essayant de reconstituer comment on peut en arriver là, je suppose que les "catholiques" et les protestants se sont mis d'accord sur la "traduction" protestante la plus extrémiste, que les orthodoxes ont râlé, et qu’un protestant, pour les calmer, a décidé de mettre cette note. Je n’ose imaginer que ce soit un "catholique"… qui ait complètement oublié que les catholiques disent « Je vous salue Marie pleine de grâce » depuis toujours, et que la haine de la Vulgate (« gratia plena ») détruise la mémoire au point de rejeter sur les seuls orthodoxes la traduction « pleine de grâce »…

    *

    A propos de l’Ecclésiastique, où se trouve l’unique autre exemple du verbe kharitoo au parfait passif : c’est Sir 18,17. Il est dommage que la version latine – non revue par saint Jérôme - l’ait atténué : « justifié ». Alors que si on lui donne son sens plein, le verset est plus clairement une prophétie christique :

    « Voici, est-ce donc que la Parole (en grec Logos, en latin Verbum) n’est pas supérieure à un bon don ? Et les deux sont dans l’homme plein de grâce. »

    En Jésus, l’homme plein de grâce, sont en effet le Verbe et le Don.

    Vous voulez connaître la traduction de la TOB ? « L’homme charitable joint l’un à l’autre. » Et là, il n’y a pas de note pour vous expliquer pourquoi kekharitoméni est devenu « charitable »…

  • Troisième dimanche de l’Avent

    « Soyez dans la joie, toujours, dans le Seigneur. Je le dis de nouveau : soyez dans la joie, que votre mesure soit connue de tous les hommes, (car) le Seigneur est proche. »

    Tel est le début de l’introït, tel est aussi le début de l’épître d’où est tirée l’introït : Philippiens 4, 4-5 (le « car », qui ne figure pas dans l'épître, a été ajouté à l’introït dans le missel, mais il ne figure pas non plus dans les partitions du plain chant).

    La joie est ce qui caractérise le christianisme, et tout particulièrement à l’époque de saint Paul. Nous ne nous en rendons plus compte aujourd’hui, mais le P. Spicq fait remarquer qu’au Ier siècle, dans les papyrus, le mot grec khara, la joie, est très rare, et qu’il ne désigne jamais la joie de l’âme, mais toujours un plaisir passager tiré d’un fait matériel. Et il insiste : « donc aucun parallèle religieux pour le Nouveau Testament ».

    En revanche la joie spirituelle est d’une grande importance dans le Nouveau Testament, c’est la joie du salut, celle qui est annoncée par l’ange aux bergers : « Je vous annonce (evangelizo) une grande joie (gaudium magnum, megalen kharan), qui sera pour tout le peuple. » La joie de Noël. Diamétralement opposée « au pessimisme et à la désespérance du paganisme du Ier siècle ».

    Il me semble que la fin de la phrase, « le Seigneur est proche », s’applique aux deux exhortations de saint Paul, donc d’abord à la première : soyez dans la joie (car) le Seigneur est proche. Ce qui correspond particulièrement à ce temps liturgique (et c'est l'invitatoire des matines à partir de ce jour). Mais aussi, le Seigneur est proche de vous quand vous êtes dans la joie véritable, et il est proche de vous quand vous manifestez au monde votre « modestia ». (Du moins en ce qui concerne l'épître, car le chant de l'introït relie « le Seigneur est proche » à ce qui suit : « Nihil sollicitis estis » : le Seigneur est proche, n'entretenez aucun souci... » (et cela rend proprement illégitime l'ajout de enim).

    « Modestia », en grec epieikes. Le mot latin de la Vulgate a été traduit paresseusement (ou parce qu’on ne trouvait pas mieux) par « modestie » par Lemaître de Saci comme par l’abbé Fillion (mais il n'avait plus tout à fait le même sens).

    Le latin modestia veut dire d’abord, selon Gaffiot, « ce qui fait qu’on garde la mesure, modération, mesure ». Et aussi « discrétion, sentiment de respect de l’autorité, docilité ». Et encore « pudeur, modestie, vertu, sens de l’honneur, sagesse pratique, convenance ». La plupart de ces mots conviennent au grec epieikes, dont le sens premier est de même la mesure, la modération : un comportement équilibré, mais aussi, en même temps, bienveillant, clément. Dans l’Ancien Testament c’est ce qui caractérise la justice de Dieu, qui ne va pas sans la miséricorde. Le P. Spicq conclut son étude de ce mot : « Finalement, l’épieikeia néo-testamentaire n’est pas seulement modération et mesure, mais bonté, courtoisie, générosité. Davantage encore, elle évoque une certaine gracieuseté, de la bonne grâce. » Et il propose de traduire, dans l’épître aux Philippiens, par « sympathique équilibre ». Ce que l’on comprend après les explications, mais paraîtrait saugrenu dans le texte. Je pense que s’il faut garder un seul mot c’est « mesure » ou « modération » qui s’impose, quoique très insuffisant quant à l’aspect de « bonne grâce ».

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    Début de l’épître aux Philippiens dans le Codex Sangermanensis I, BNF

    Ce qui suit est réservé aux spécialistes – et aux curieux.

    Dans la Vulgate de Stuttgart, on lit : « Dominus prope ». Sans le verbe. En note, on nous dit que c’est ainsi qu’on lit dans le Codex Sangermanensis de la BNF (lat. 11533), que la Vulgate de Stuttgart a pris comme première référence pour cette épître. Mais la Vulgate de Stuttgart a 8 autres références (dont deux sur le même plan que le Sangermanensis) qui ont toutes le verbe : « Dominus prope est. » Il me semble que c’est là privilégier indûment un codex, même s’il correspond au grec, qui n’a pas le verbe (mais en grec cela paraît plus naturel qu’en latin). Or, histoire d’illustrer ma note ci-dessus, je suis allé voir sur le site de la BNF, et j’ai trouvé le Codex. Or, comme on le voit ci-dessous – quatrième ligne avant la fin – le verbe s’y trouve, très clairement: dnspropeest.

    Je suppose que je me trompe quelque part, mais je ne sais pas où. Sinon, la crédibilité de la Vulgate de Stuttgart (déjà irritante par son parti pris systématique de privilégier les manuscrits qui divergent de la clémentine), en prendrait un sérieux coup…

    (Encore une fois bravo et merci à la BNF qui met les manuscrits à la disposition de tous, sans avoir à s’inscrire par un formulaire abscons qui plante, et permet en deux clics de copier des extraits en haute résolution.)

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  • Emitte Agnum, Domine…

    « Envoyez l’agneau du souverain du pays… » Ainsi la TOB traduit-elle les premiers mots du chapitre 16 d’Isaïe. Exactement comme Osty. Les deux supposent qu’il s’agit d’un agneau donné comme tribut symbolique, au roi de Juda selon Osty, au roi de Juda ou au roi de Moab selon la TOB qui ne sait pas trop… Mais ce qui est sûr est qu'il n'y a nulle part dans l'Ancien Testament la mention d’un agneau envoyé comme tribut symbolique…

    La TOB, fidèle à son principe négationniste bétonné, ne fait aucune allusion à la traduction de la Vulgate et à son emploi dans la liturgie de l’Avent. Osty quant à lui ne se prive pas de se gausser du « contresens de la Vulgate que la liturgie catholique [il veut dire latine] a immortalisé en appliquant l’agneau à Jésus-Christ : l’Agneau dominateur de la terre ! »

    Emitte Agnum, Domine, dominatorem terrae, de petra deserti ad montem filiae Sion.

    Envoie l’Agneau, Seigneur, le dominateur de la terre, de la pierre du désert à la montagne de la fille de Sion.

    Y a-t-il vraiment de quoi se moquer de la Vulgate ?

    Le texte massorétique, le fameux texte de référence de tous les traducteurs modernes, dit littéralement :

    Envoyez-agneau dominateur-terre.

    Les traductions sont incertaines, entre « l’agneau du maître » et l’agneau qu’on envoie « au maître » (dont la soi-disant Bible de la liturgie…). Osty et la TOB (et la Bible de Jérusalem) se gardent de nous dire pourquoi elles ont choisi « du ». Et pour la Bible du rabbinat, c’est « le troupeau dû au maître du pays »…

    On constate que John Nelson Darby, l’anglican (très) dissident polyglotte qui voulait traduire au plus près des textes, a traduit : « Envoyez l’agneau [du] dominateur du pays. » Il n’allait évidemment pas donner raison à la Vulgate, mais il a dû se résoudre à mettre [du] entre crochets, car il n'y a rien dans le texte hébreu qui indique un complément de nom (ou d'attribution). Et, plus près de nous, le syncrétiste André Chouraqui qui se piquait de donner une traduction littérale, a proposé : « Renvoyez l’agnelet, gouverneur de la terre ». Renvoyez étant un pluriel, gouverneur est bien en apposition à agnelet. C’est l’agneau qui est le gouverneur de la terre. Chouraqui donne raison à la Vulgate. Et du même coup à la liturgie latine, et donc au fait que le texte est une prophétie christique. N’en déplaise à la TOB. Et Osty peut ravaler son mépris.

  • Puer natus est nobis…

    Au début du chapitre 9 d’Isaïe on lit (selon la Vulgate) : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière ; pour les habitants de la région de l’ombre de la mort s’est levée une lumière. » Et quelques versets plus loin : « Un enfant nous est né, et un fils nous a été donné, et le principat a été mis sur ses épaules, et il sera appelé Conseiller admirable, Dieu fort, Père du siècle futur, Prince de la paix. Son empire s’étendra, et la paix n’aura pas de fin. »

    Ces versets sont un refrain de la liturgie du temps de Noël. « Puer natus est nobis, et filius datus est nobis… » est l’introït de la messe du jour de Noël.

    Un chrétien ne peut pas lire ces versets sans être transporté à Bethléem et ressentir dans son cœur l’émotion des bergers et des mages.

    Mais la longue note de la TOB se garde de faire quelque allusion que ce soit à la Nativité. Au contraire, elle explique… qu’il ne s’agit pas d’une naissance. Sic : « Il s’agit plutôt de l’avènement d’un nouveau roi que de sa naissance, l’adoption par Dieu étant un élément essentiel du rituel d’intronisation. »

    Les titres qui lui sont donnés ? Bof, même s’ils sont divins, ce sont des titres royaux classiques, soit en Israël, soit chez les Egyptiens…

    Il fallait toute la naïveté ignare des premiers chrétiens pour y voir une prophétie christique. C’est tellement stupide qu’on préfère ne pas en parler et jeter un voile pudique sur ces errements de nos pauvres pères…

    N.B. il est remarquable que la prophétie est tellement passée dans la piété chrétienne que l’on dit spontanément : « Puer natus est nobis. » Or la Vulgate dit : « Parvulus natus est nobis. » Un tout-petit nous est né. Et il y a ensuite d’autres différences entre l’antienne d’introït et la Vulgate, car l’antienne existait avant la Vulgate et elle traduit la Septante (c’est pourquoi elle appelle le nouveau-né « Ange du grand conseil »). Cela veut dire que la prophétie d’Isaïe est devenue très tôt partie intégrante de la religion chrétienne. Il aura fallu attendre les exégètes modernes pour nier l’évidence…

  • A la découverte de la TOB…

    A nouvelle année liturgique, nouvelle Bible : je découvre la TOB. Malgré sa réputation sulfureuse, j’avais un a priori plutôt favorable, surtout parce qu’on n’y trouve pas le pénible « Yahvé ». Sous l’influence des protestants et des orthodoxes, qui tous rejettent cette invention absurde. J’espérais d’autre part que les orthodoxes auraient infléchi les faux dogmes historico-critiques. Mais il n’en est rien, manifestement. En réalité, pour ce que j’en ai aperçu jusqu’ici, cette Bible n’est en rien « œcuménique », ni chrétienne de quelque façon, elle est agnostique (et tout chrétien commence par s’y perdre, puisque l’ordre des livres est celui de la Bible juive…).

    On commence donc par Isaïe, puisque c’est la lecture de l’Avent. Et pas seulement la lecture : la liturgie de ce temps est saturée de citations d’Isaïe, tant il est vrai que le « 5e évangéliste » a annoncé tant la venue du Christ que sa Passion. Ce que l’on ne trouvera pas dans la TOB. Certes, c’est un lieu commun de l’exégèse historico-critique et donc des Bibles modernes que les prophètes ne prophétisent pas, mais ici cela va plus loin encore. Non seulement on interdit aux prophètes de prophétiser, et l’on se gausse des méthodes d’exégèse des premiers siècles (l’exégèse des pères, qui est l’exégèse de saint Paul, qui est l’exégèse… du Christ en personne dans les Evangiles…), mais la TOB pousse le négationnisme jusqu’à son ultime caricature.

    L’exemple arrive très vite : c’est bien sûr Isaïe 7, 14 : « Voici que la vierge concevra, et enfantera un fils, et on l’appellera du nom d’Emmanuel. »

    TOB : « Voici que la jeune femme est enceinte et enfante un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel. »

    C’est un lieu commun de l’exégèse moderne que le mot hébreu almah ne veut pas dire vierge mais jeune femme. On ne prend même pas la peine de discuter les arguments de saint Jérôme expliquant que dans la Bible almah veut généralement dire vierge, d’où sa traduction par virgo. La première particularité de la TOB est que dans sa très longue note elle ne signale même pas la citation de ce verset dans l’évangile de saint Matthieu. Il est tellement impossible que le prophète ait prophétisé la naissance du Christ que la TOB ignore l’évangile. L’évangile qui citant Isaïe dit : « la Vierge ». En latin : virgo. En grec : parthenos. Parce que dans le texte d’Isaïe en grec il y a parthenos. Il est probable que les rabbins hellénisés des IIe et IIIe siècles avant Jésus-Christ, qui parlaient hébreu et grec, eussent une connaissance de l’hébreu et du grec qui ne soit pas totalement négligeable, et que ce n’est pas sans raison qu’ils aient traduit almah par parthenos (et forcément sans arrière-pensée chrétienne).

    A ce propos, la TOB écrit : « La tradition chrétienne ancienne, y compris orthodoxe, a privilégié la traduction grecque parthenos, interprétée comme signifiant vierge, et l’a appliquée à Marie, mère de Jésus. Mais l’ancienne version grecque a rendu également par le même mot parthenos les termes hébreux désignant une jeune femme (Gn 24,43 ; Es 7, 14…) (….). »

    1- « La tradition chrétienne ancienne, y compris orthodoxe », ça ne veut strictement rien dire. Dans la tradition ancienne il n’y a pas d’orthodoxes. Il y a des traditions latine, grecque, syriaque… Cette expression est mise là pour embrouiller l’esprit du lecteur.

    2 – Car il ne s’agit pas d’abord d’une tradition quelle qu’elle soit, mais de l’évangile de saint Matthieu (qu’on se refuse absolument à évoquer).

    3 – On nous donne deux références de la Bible grecque où parthenos voudrait dire jeune femme. La première renvoie à la rencontre de l’envoyé de Jacob avec Rebecca : la promise d’Isaac est bien évidemment vierge. La deuxième référence renvoie… au verset d’Isaïe dont nous parlons. Sic.

    Et il faudrait prendre au sérieux les guignols qui nous racontent ces misérables farces.

    Retournons à la liturgie de l’Avent…

  • Premier dimanche de l’Avent

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    Psautier de Saint-Alban, vers 1125

    Ad te… Vers toi. Les deux premiers mots de la première messe de l’année liturgique indiquent l’orientation, l’attitude, le chemin, le but, le regard. Pour toute l’année qui vient. Une trentaine de fois dans les psaumes l’orant dit : « Vers toi ». Le plus souvent « vers toi j’ai crié », ou « ils ont crié », et aussi « j’ai prié », ou « ils ont prié », et enfin comme ici « j’ai élevé mon âme ».

    Ad te, Domine, levavi animam meam… Ce sont les premiers versets du psaume 24, qui seront repris à l’offertoire.

    Le psaume 24 est un psaume de l’Avent déjà par son numéro. Le 2 vient sur le 4. Le Fils de Dieu en deux natures vient dans le monde (les 4 points cardinaux, les 4 éléments, les 4 saisons, les 4 membres de l’homme, la Croix…).

    Le psaume 24 est un psaume alphabétique. Chaque verset commence par une lettre de l’alphabet hébraïque. Il commence donc par la première. Mais il omet mystérieusement la dernière. Car le but n’est pas de terminer l’année liturgique comme on termine l’alphabet, mais d’entrer dans la vie. C’est pourquoi le dernier verset commence par « Délivre-moi », qui en hébreu commence par la lettre P, comme le verset 16 où la lettre P était la première lettre de « Regarde-moi ».

    Le psaume 24 commence par 7 versets de prière. Il se termine de même par 7 versets de prière. Entre les deux prières il y a ce que l’on peut appeler une méditation, de 8 versets, ou plus précisément de 7 versets autour du verset 11 qui est le verset central : « A cause de ton nom Seigneur tu pardonneras mon péché car il est grand. » (Donc une structure analogue à celle du psaume 28).

    Ce psaume est le premier du psautier qui parle du péché et demande à Dieu de le pardonner. Et c’est ce qui importe aussi de faire en ce début d’année liturgique.

    Or ce psaume de pénitence est d’abord un psaume de confiance : dès le deuxième verset il dit : « Mon Dieu en toi j’ai confiance, je ne rougirai pas. » Il chante la bonté, la douceur, la miséricorde de Dieu.

    Et ce psaume du regard (« mes yeux sont toujours vers le Seigneur ») est le psaume de l’attente, avec trois fois ce verbe "sustinere" qui indique une attente… soutenue, intense, une ferme espérance que le Seigneur viendra (mais dans cet introit et l'offertoire, qui viennent du vieux psautier romain, on a "exspectare").

    Et bien sûr comme tout psaume celui-ci est aussi un psaume que dit le Seigneur qui vient. Il vient dans l’humilité d’une crèche, dans l’extrême indigence de la condition humaine abîmée par le péché, et il vient pour mourir sur la Croix, et le Fils unique dit à son Père : « Regarde-moi et aie pitié de moi, car je suis unique et pauvre. »

  • Le troisième jour

    Osty traduit ainsi le début du chapitre 6 du prophète Osée :

    « Venez et revenons vers Yahvé. Il a déchiré, il nous guérira, il a frappé, il pansera nos plaies ; il nous fera revivre après deux jours, le troisième jour il nous relèvera, et nous vivrons devant Lui. »

    En note, il nous explique que le prophète « imagine une liturgie » de pénitence où « le peuple s’exhorte à revenir » à Dieu. Quant aux deux jours et au troisième jour, cela « désigne un court laps de temps ». Et il ajoute : « L’expression est peut-être empruntée au culte d’Hadad, dieu qui ressuscitait trois jours après sa mort (?). »

    Sic. Je pense que c’est là le sommet de l’impiété du chanoine Osty. Pour lui, non seulement il n’y a dans ce texte aucune allusion à la résurrection du Christ (et à la nôtre), mais il fait semblant d’y voir l’éventuelle résurrection d’un dieu païen. Et cela dans le texte d’un de ces prophètes qui hurlent en permanence contre les Hébreux qui se prostituent avec les dieux païens… C’est ajouter l’absurde à l’impiété.

    Néanmoins Osty parle de « résurrection », pour son dieu païen (qui serait Baal selon la TOB… chacun son dieu…). Pourtant il commente « le troisième jour il nous relèvera ».

    La vraie traduction est : « il nous ressuscitera ». C’est ce qu’avaient déjà compris les Septante, qui ne peuvent pas être accusés de christianiser le texte, puisqu’ils œuvraient au moins deux siècles avant le Christ. Or ils emploient le verbe qui servira spécifiquement à caractériser la résurrection du Christ… et la nôtre (la Septante dit : « nous ressusciterons »).

    Dans sa première épître aux Corinthiens, saint Paul résumant l’évangile qu’il prêche dit de Jésus qu’il est « ressuscité le troisième jour selon les Ecritures ». Cette formule passera dans le Credo, et tous les chrétiens disent et chantent qu’il est « ressuscité le troisième jour selon les Ecritures ».

    Mais où est-il écrit qu’il ressusciterait le troisième jour ? Dans ce texte d’Osée. C’est le seul texte biblique qui parle explicitement et littéralement d’une résurrection le troisième jour.

    Et c’est le Christ lui-même qui dit à ses apôtres, à la toute fin de l’Evangile de saint Luc : « Et il leur dit : Ainsi il est écrit que le Christ souffrirait et qu’il ressusciterait le troisième jour. »

    La référence à Osée vient de ce que le propos de ce prophète récapitule et surélève tous les passages de la Bible où il est question d’un salut le troisième jour. Il s’agit chaque fois d’un salut temporel et éphémère, mais la huitième fois, celle qui se trouve dans le texte d’Osée, le troisième jour est associé non à un salut temporel provisoire, aussi symbolique soit-il, mais explicitement à la résurrection et à la vie près de Dieu.

    (C’est pourquoi ce texte d’Osée est l’un des trois « cantiques » du troisième nocturne des matines des dimanches du temps pascal dans le bréviaire monastique. Un autre de ces cantiques est le passage de Sophonie où Dieu dit: « Attendez-moi, au jour de ma résurrection » en latin "resurrectio", en grec "anastasis", et Osty, comme les autres, traduit « le jour où je me lèverai ».)

  • 25e dimanche après la Pentecôte

    Les deux brèves paraboles de ce dimanche sont des aperçus des paradoxes du christianisme. Pour avoir la vie éternelle il faut mourir, le royaume commence par l’humiliation, la gloire par l’anéantissement. L’infini et rayonnant « royaume des cieux », c’est une toute petite chose enfouie : la plus petite des graines qu’on met dans la terre, le levain qu’on cache dans la pâte. Or c’est en mourant ainsi à la vue de tous que la graine devient un arbre et que la pâte amorphe devient un gros pain savoureux.

    « Quiconque s’élèvera sera abaissé, quiconque s’abaissera sera élevé »… Cette phrase de Jésus se retrouve d’une certaine façon chez Ezéchiel (17) quand il évoque un petit rameau qui devient un grand arbre où tous les oiseaux viennent faire leur nid (comme le sénevé de l’évangile) afin que chacun sache que « Je suis le Seigneur, c’est moi qui abaisse l’arbre élevé et qui élève l’arbre abaissé, et qui dessèche l’arbre plein de sève, et qui fait fleurir l’arbre sec »… Ce que l’on retrouvera dans l’Evangile, quand Jésus maudira un figuier parce qu’il n’a pas de figues alors que ce n’est pas la saison des figues, et que le figuier se dessèche aussitôt. Cette malédiction apparemment absurde est typiquement un geste prophétique, comme celui qu’il accomplit entre le moment de la malédiction et celui de la découverte de l’arbre desséché, à savoir l’éviction des marchands du temple. Jésus explique à ses apôtres qu’il s’agit de la foi. Si vous avez la foi vous pouvez dessécher un arbre ou déplacer une montagne.

    C’est aussi par la foi que le grain de sénevé devient un arbre, que l’Eglise s’épanouit à partir du tombeau du Christ mort et pourtant vivant.

    Mais quand il reviendra, trouvera-t-il un arbre verdoyant plein d’oiseaux, ou un arbre sec abandonné ?

  • A latere dextro

    Je termine ce mois-ci la lecture de la Bible Osty, avec les prophètes, conformément au bréviaire. Il y a un certain temps que je n’en avais pas parlé, mais je ne peux pas passer mon temps à relever toutes les incongruités, et les invraisemblables inventions, du chanoine. Mais là je ne peux pas laisser passer cet attentat antichrétien. Au chapitre 47 d’Ezéchiel, cette sublime vision du Temple d’où jaillit la source qui va féconder le nouvelle terre promise, Osty termine ainsi le verset 2 : « et voici que de l’eau ruisselait du coté méridional ».

    En latin c’est : « a latere dextro ». C’est ce que l’on chante avant chaque messe au temps pascal, à l’aspersion d’eau bénite : « Vidi aquam egredientem de templo a latere dextro, alléluia », j’ai vu l’eau qui sortait du temple, du côté droit, et tous ceux à qui arrivait cette eau étaient sauvés et disaient alléluia, alléluia. Car il s’agit de l’eau qui sort du côté droit du Christ en Croix, l’eau du baptême.

    Si l’on parle de l’eau qui « ruisselle du côté méridional », on supprime toute référence possible à l’évangile de saint Jean, et l’on insulte (une fois de plus) la liturgie et toute la tradition latine.

    Et pas seulement. Car il se trouve que le grec dit lui aussi : « du côté droit », bien évidemment, puisqu’il s’agit clairement d’une prophétie de l’évangile écrit en grec. Mais le plus fort est que le texte massorétique, le texte hébreu sacro-saint des exégètes modernes, dit lui aussi : « du côté droit ». Sans aucune ambiguïté.

    La seule autre traduction qui parle du « côté méridional » est la Bible Pirot-Clamer. Elle dit exactement : « et voici, les eaux ruisselaient du mur méridional ». Là, non seulement on remplace « droit » par « méridional », mais on remplace même « côté » par « mur »… Alors qu’il s’agit de la porte…

    Pourquoi « méridional » ? On vous explique : le prophète, dit le texte, est placé devant le Temple, à l’ouest : le Temple, devant lui, est à l’est. DONC ce que vous voyez à droite est au sud…

    Sic.

    Voilà comment d’une façon qu’on croit magnifiquement subtile et intelligente, on détruit une réellement magnifique et subtile prophétie.

    J’ajoute que le verbe « ruisseler », qu’on trouve tant chez Pirot-Clamer que chez Osty (et dans aucune autre traduction à ma connaissance) est une invention qui ne correspond pas au sens du texte, puisque cette eau devient aussitôt un grand fleuve qui irrigue tout le désert. Nul ne sait, aujourd’hui, ce que veut dire le verbe hébreu du texte massorétique, qui ne figure nulle part ailleurs. « Ruisseler » permet d’éloigner encore davantage toute référence au Christ en Croix. L’antienne pascale dit « egredientem », qui sortait. Le grec dit katéphéréto, qui veut dire proprement « se précipiter ». Le latin dit « redundantes », c’est-à-dire qui jaillissent, de façon « redondante ». On notera la traduction de Samuel Cahen, le premier à avoir traduit le texte massorétique en français : « et voici que les eaux venaient en abondance du côté droit ». En abondance, c’est bien dit, pour désigner l’eau qui sort du côté du Christ pour conférer le baptême, ce que Samuel Cahen hélas ne reconnut pas.