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Ecriture sainte - Page 7

  • Emitte Agnum, Domine…

    « Envoyez l’agneau du souverain du pays… » Ainsi la TOB traduit-elle les premiers mots du chapitre 16 d’Isaïe. Exactement comme Osty. Les deux supposent qu’il s’agit d’un agneau donné comme tribut symbolique, au roi de Juda selon Osty, au roi de Juda ou au roi de Moab selon la TOB qui ne sait pas trop… Mais ce qui est sûr est qu'il n'y a nulle part dans l'Ancien Testament la mention d’un agneau envoyé comme tribut symbolique…

    La TOB, fidèle à son principe négationniste bétonné, ne fait aucune allusion à la traduction de la Vulgate et à son emploi dans la liturgie de l’Avent. Osty quant à lui ne se prive pas de se gausser du « contresens de la Vulgate que la liturgie catholique [il veut dire latine] a immortalisé en appliquant l’agneau à Jésus-Christ : l’Agneau dominateur de la terre ! »

    Emitte Agnum, Domine, dominatorem terrae, de petra deserti ad montem filiae Sion.

    Envoie l’Agneau, Seigneur, le dominateur de la terre, de la pierre du désert à la montagne de la fille de Sion.

    Y a-t-il vraiment de quoi se moquer de la Vulgate ?

    Le texte massorétique, le fameux texte de référence de tous les traducteurs modernes, dit littéralement :

    Envoyez-agneau dominateur-terre.

    Les traductions sont incertaines, entre « l’agneau du maître » et l’agneau qu’on envoie « au maître » (dont la soi-disant Bible de la liturgie…). Osty et la TOB (et la Bible de Jérusalem) se gardent de nous dire pourquoi elles ont choisi « du ». Et pour la Bible du rabbinat, c’est « le troupeau dû au maître du pays »…

    On constate que John Nelson Darby, l’anglican (très) dissident polyglotte qui voulait traduire au plus près des textes, a traduit : « Envoyez l’agneau [du] dominateur du pays. » Il n’allait évidemment pas donner raison à la Vulgate, mais il a dû se résoudre à mettre [du] entre crochets, car il n'y a rien dans le texte hébreu qui indique un complément de nom (ou d'attribution). Et, plus près de nous, le syncrétiste André Chouraqui qui se piquait de donner une traduction littérale, a proposé : « Renvoyez l’agnelet, gouverneur de la terre ». Renvoyez étant un pluriel, gouverneur est bien en apposition à agnelet. C’est l’agneau qui est le gouverneur de la terre. Chouraqui donne raison à la Vulgate. Et du même coup à la liturgie latine, et donc au fait que le texte est une prophétie christique. N’en déplaise à la TOB. Et Osty peut ravaler son mépris.

  • Puer natus est nobis…

    Au début du chapitre 9 d’Isaïe on lit (selon la Vulgate) : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière ; pour les habitants de la région de l’ombre de la mort s’est levée une lumière. » Et quelques versets plus loin : « Un enfant nous est né, et un fils nous a été donné, et le principat a été mis sur ses épaules, et il sera appelé Conseiller admirable, Dieu fort, Père du siècle futur, Prince de la paix. Son empire s’étendra, et la paix n’aura pas de fin. »

    Ces versets sont un refrain de la liturgie du temps de Noël. « Puer natus est nobis, et filius datus est nobis… » est l’introït de la messe du jour de Noël.

    Un chrétien ne peut pas lire ces versets sans être transporté à Bethléem et ressentir dans son cœur l’émotion des bergers et des mages.

    Mais la longue note de la TOB se garde de faire quelque allusion que ce soit à la Nativité. Au contraire, elle explique… qu’il ne s’agit pas d’une naissance. Sic : « Il s’agit plutôt de l’avènement d’un nouveau roi que de sa naissance, l’adoption par Dieu étant un élément essentiel du rituel d’intronisation. »

    Les titres qui lui sont donnés ? Bof, même s’ils sont divins, ce sont des titres royaux classiques, soit en Israël, soit chez les Egyptiens…

    Il fallait toute la naïveté ignare des premiers chrétiens pour y voir une prophétie christique. C’est tellement stupide qu’on préfère ne pas en parler et jeter un voile pudique sur ces errements de nos pauvres pères…

    N.B. il est remarquable que la prophétie est tellement passée dans la piété chrétienne que l’on dit spontanément : « Puer natus est nobis. » Or la Vulgate dit : « Parvulus natus est nobis. » Un tout-petit nous est né. Et il y a ensuite d’autres différences entre l’antienne d’introït et la Vulgate, car l’antienne existait avant la Vulgate et elle traduit la Septante (c’est pourquoi elle appelle le nouveau-né « Ange du grand conseil »). Cela veut dire que la prophétie d’Isaïe est devenue très tôt partie intégrante de la religion chrétienne. Il aura fallu attendre les exégètes modernes pour nier l’évidence…

  • A la découverte de la TOB…

    A nouvelle année liturgique, nouvelle Bible : je découvre la TOB. Malgré sa réputation sulfureuse, j’avais un a priori plutôt favorable, surtout parce qu’on n’y trouve pas le pénible « Yahvé ». Sous l’influence des protestants et des orthodoxes, qui tous rejettent cette invention absurde. J’espérais d’autre part que les orthodoxes auraient infléchi les faux dogmes historico-critiques. Mais il n’en est rien, manifestement. En réalité, pour ce que j’en ai aperçu jusqu’ici, cette Bible n’est en rien « œcuménique », ni chrétienne de quelque façon, elle est agnostique (et tout chrétien commence par s’y perdre, puisque l’ordre des livres est celui de la Bible juive…).

    On commence donc par Isaïe, puisque c’est la lecture de l’Avent. Et pas seulement la lecture : la liturgie de ce temps est saturée de citations d’Isaïe, tant il est vrai que le « 5e évangéliste » a annoncé tant la venue du Christ que sa Passion. Ce que l’on ne trouvera pas dans la TOB. Certes, c’est un lieu commun de l’exégèse historico-critique et donc des Bibles modernes que les prophètes ne prophétisent pas, mais ici cela va plus loin encore. Non seulement on interdit aux prophètes de prophétiser, et l’on se gausse des méthodes d’exégèse des premiers siècles (l’exégèse des pères, qui est l’exégèse de saint Paul, qui est l’exégèse… du Christ en personne dans les Evangiles…), mais la TOB pousse le négationnisme jusqu’à son ultime caricature.

    L’exemple arrive très vite : c’est bien sûr Isaïe 7, 14 : « Voici que la vierge concevra, et enfantera un fils, et on l’appellera du nom d’Emmanuel. »

    TOB : « Voici que la jeune femme est enceinte et enfante un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel. »

    C’est un lieu commun de l’exégèse moderne que le mot hébreu almah ne veut pas dire vierge mais jeune femme. On ne prend même pas la peine de discuter les arguments de saint Jérôme expliquant que dans la Bible almah veut généralement dire vierge, d’où sa traduction par virgo. La première particularité de la TOB est que dans sa très longue note elle ne signale même pas la citation de ce verset dans l’évangile de saint Matthieu. Il est tellement impossible que le prophète ait prophétisé la naissance du Christ que la TOB ignore l’évangile. L’évangile qui citant Isaïe dit : « la Vierge ». En latin : virgo. En grec : parthenos. Parce que dans le texte d’Isaïe en grec il y a parthenos. Il est probable que les rabbins hellénisés des IIe et IIIe siècles avant Jésus-Christ, qui parlaient hébreu et grec, eussent une connaissance de l’hébreu et du grec qui ne soit pas totalement négligeable, et que ce n’est pas sans raison qu’ils aient traduit almah par parthenos (et forcément sans arrière-pensée chrétienne).

    A ce propos, la TOB écrit : « La tradition chrétienne ancienne, y compris orthodoxe, a privilégié la traduction grecque parthenos, interprétée comme signifiant vierge, et l’a appliquée à Marie, mère de Jésus. Mais l’ancienne version grecque a rendu également par le même mot parthenos les termes hébreux désignant une jeune femme (Gn 24,43 ; Es 7, 14…) (….). »

    1- « La tradition chrétienne ancienne, y compris orthodoxe », ça ne veut strictement rien dire. Dans la tradition ancienne il n’y a pas d’orthodoxes. Il y a des traditions latine, grecque, syriaque… Cette expression est mise là pour embrouiller l’esprit du lecteur.

    2 – Car il ne s’agit pas d’abord d’une tradition quelle qu’elle soit, mais de l’évangile de saint Matthieu (qu’on se refuse absolument à évoquer).

    3 – On nous donne deux références de la Bible grecque où parthenos voudrait dire jeune femme. La première renvoie à la rencontre de l’envoyé de Jacob avec Rebecca : la promise d’Isaac est bien évidemment vierge. La deuxième référence renvoie… au verset d’Isaïe dont nous parlons. Sic.

    Et il faudrait prendre au sérieux les guignols qui nous racontent ces misérables farces.

    Retournons à la liturgie de l’Avent…

  • Premier dimanche de l’Avent

    Psalm_24_Initial_A.jpg

    Psautier de Saint-Alban, vers 1125

    Ad te… Vers toi. Les deux premiers mots de la première messe de l’année liturgique indiquent l’orientation, l’attitude, le chemin, le but, le regard. Pour toute l’année qui vient. Une trentaine de fois dans les psaumes l’orant dit : « Vers toi ». Le plus souvent « vers toi j’ai crié », ou « ils ont crié », et aussi « j’ai prié », ou « ils ont prié », et enfin comme ici « j’ai élevé mon âme ».

    Ad te, Domine, levavi animam meam… Ce sont les premiers versets du psaume 24, qui seront repris à l’offertoire.

    Le psaume 24 est un psaume de l’Avent déjà par son numéro. Le 2 vient sur le 4. Le Fils de Dieu en deux natures vient dans le monde (les 4 points cardinaux, les 4 éléments, les 4 saisons, les 4 membres de l’homme, la Croix…).

    Le psaume 24 est un psaume alphabétique. Chaque verset commence par une lettre de l’alphabet hébraïque. Il commence donc par la première. Mais il omet mystérieusement la dernière. Car le but n’est pas de terminer l’année liturgique comme on termine l’alphabet, mais d’entrer dans la vie. C’est pourquoi le dernier verset commence par « Délivre-moi », qui en hébreu commence par la lettre P, comme le verset 16 où la lettre P était la première lettre de « Regarde-moi ».

    Le psaume 24 commence par 7 versets de prière. Il se termine de même par 7 versets de prière. Entre les deux prières il y a ce que l’on peut appeler une méditation, de 8 versets, ou plus précisément de 7 versets autour du verset 11 qui est le verset central : « A cause de ton nom Seigneur tu pardonneras mon péché car il est grand. » (Donc une structure analogue à celle du psaume 28).

    Ce psaume est le premier du psautier qui parle du péché et demande à Dieu de le pardonner. Et c’est ce qui importe aussi de faire en ce début d’année liturgique.

    Or ce psaume de pénitence est d’abord un psaume de confiance : dès le deuxième verset il dit : « Mon Dieu en toi j’ai confiance, je ne rougirai pas. » Il chante la bonté, la douceur, la miséricorde de Dieu.

    Et ce psaume du regard (« mes yeux sont toujours vers le Seigneur ») est le psaume de l’attente, avec trois fois ce verbe "sustinere" qui indique une attente… soutenue, intense, une ferme espérance que le Seigneur viendra (mais dans cet introit et l'offertoire, qui viennent du vieux psautier romain, on a "exspectare").

    Et bien sûr comme tout psaume celui-ci est aussi un psaume que dit le Seigneur qui vient. Il vient dans l’humilité d’une crèche, dans l’extrême indigence de la condition humaine abîmée par le péché, et il vient pour mourir sur la Croix, et le Fils unique dit à son Père : « Regarde-moi et aie pitié de moi, car je suis unique et pauvre. »

  • Le troisième jour

    Osty traduit ainsi le début du chapitre 6 du prophète Osée :

    « Venez et revenons vers Yahvé. Il a déchiré, il nous guérira, il a frappé, il pansera nos plaies ; il nous fera revivre après deux jours, le troisième jour il nous relèvera, et nous vivrons devant Lui. »

    En note, il nous explique que le prophète « imagine une liturgie » de pénitence où « le peuple s’exhorte à revenir » à Dieu. Quant aux deux jours et au troisième jour, cela « désigne un court laps de temps ». Et il ajoute : « L’expression est peut-être empruntée au culte d’Hadad, dieu qui ressuscitait trois jours après sa mort (?). »

    Sic. Je pense que c’est là le sommet de l’impiété du chanoine Osty. Pour lui, non seulement il n’y a dans ce texte aucune allusion à la résurrection du Christ (et à la nôtre), mais il fait semblant d’y voir l’éventuelle résurrection d’un dieu païen. Et cela dans le texte d’un de ces prophètes qui hurlent en permanence contre les Hébreux qui se prostituent avec les dieux païens… C’est ajouter l’absurde à l’impiété.

    Néanmoins Osty parle de « résurrection », pour son dieu païen (qui serait Baal selon la TOB… chacun son dieu…). Pourtant il commente « le troisième jour il nous relèvera ».

    La vraie traduction est : « il nous ressuscitera ». C’est ce qu’avaient déjà compris les Septante, qui ne peuvent pas être accusés de christianiser le texte, puisqu’ils œuvraient au moins deux siècles avant le Christ. Or ils emploient le verbe qui servira spécifiquement à caractériser la résurrection du Christ… et la nôtre (la Septante dit : « nous ressusciterons »).

    Dans sa première épître aux Corinthiens, saint Paul résumant l’évangile qu’il prêche dit de Jésus qu’il est « ressuscité le troisième jour selon les Ecritures ». Cette formule passera dans le Credo, et tous les chrétiens disent et chantent qu’il est « ressuscité le troisième jour selon les Ecritures ».

    Mais où est-il écrit qu’il ressusciterait le troisième jour ? Dans ce texte d’Osée. C’est le seul texte biblique qui parle explicitement et littéralement d’une résurrection le troisième jour.

    Et c’est le Christ lui-même qui dit à ses apôtres, à la toute fin de l’Evangile de saint Luc : « Et il leur dit : Ainsi il est écrit que le Christ souffrirait et qu’il ressusciterait le troisième jour. »

    La référence à Osée vient de ce que le propos de ce prophète récapitule et surélève tous les passages de la Bible où il est question d’un salut le troisième jour. Il s’agit chaque fois d’un salut temporel et éphémère, mais la huitième fois, celle qui se trouve dans le texte d’Osée, le troisième jour est associé non à un salut temporel provisoire, aussi symbolique soit-il, mais explicitement à la résurrection et à la vie près de Dieu.

    (C’est pourquoi ce texte d’Osée est l’un des trois « cantiques » du troisième nocturne des matines des dimanches du temps pascal dans le bréviaire monastique. Un autre de ces cantiques est le passage de Sophonie où Dieu dit: « Attendez-moi, au jour de ma résurrection » en latin "resurrectio", en grec "anastasis", et Osty, comme les autres, traduit « le jour où je me lèverai ».)

  • 25e dimanche après la Pentecôte

    Les deux brèves paraboles de ce dimanche sont des aperçus des paradoxes du christianisme. Pour avoir la vie éternelle il faut mourir, le royaume commence par l’humiliation, la gloire par l’anéantissement. L’infini et rayonnant « royaume des cieux », c’est une toute petite chose enfouie : la plus petite des graines qu’on met dans la terre, le levain qu’on cache dans la pâte. Or c’est en mourant ainsi à la vue de tous que la graine devient un arbre et que la pâte amorphe devient un gros pain savoureux.

    « Quiconque s’élèvera sera abaissé, quiconque s’abaissera sera élevé »… Cette phrase de Jésus se retrouve d’une certaine façon chez Ezéchiel (17) quand il évoque un petit rameau qui devient un grand arbre où tous les oiseaux viennent faire leur nid (comme le sénevé de l’évangile) afin que chacun sache que « Je suis le Seigneur, c’est moi qui abaisse l’arbre élevé et qui élève l’arbre abaissé, et qui dessèche l’arbre plein de sève, et qui fait fleurir l’arbre sec »… Ce que l’on retrouvera dans l’Evangile, quand Jésus maudira un figuier parce qu’il n’a pas de figues alors que ce n’est pas la saison des figues, et que le figuier se dessèche aussitôt. Cette malédiction apparemment absurde est typiquement un geste prophétique, comme celui qu’il accomplit entre le moment de la malédiction et celui de la découverte de l’arbre desséché, à savoir l’éviction des marchands du temple. Jésus explique à ses apôtres qu’il s’agit de la foi. Si vous avez la foi vous pouvez dessécher un arbre ou déplacer une montagne.

    C’est aussi par la foi que le grain de sénevé devient un arbre, que l’Eglise s’épanouit à partir du tombeau du Christ mort et pourtant vivant.

    Mais quand il reviendra, trouvera-t-il un arbre verdoyant plein d’oiseaux, ou un arbre sec abandonné ?

  • A latere dextro

    Je termine ce mois-ci la lecture de la Bible Osty, avec les prophètes, conformément au bréviaire. Il y a un certain temps que je n’en avais pas parlé, mais je ne peux pas passer mon temps à relever toutes les incongruités, et les invraisemblables inventions, du chanoine. Mais là je ne peux pas laisser passer cet attentat antichrétien. Au chapitre 47 d’Ezéchiel, cette sublime vision du Temple d’où jaillit la source qui va féconder le nouvelle terre promise, Osty termine ainsi le verset 2 : « et voici que de l’eau ruisselait du coté méridional ».

    En latin c’est : « a latere dextro ». C’est ce que l’on chante avant chaque messe au temps pascal, à l’aspersion d’eau bénite : « Vidi aquam egredientem de templo a latere dextro, alléluia », j’ai vu l’eau qui sortait du temple, du côté droit, et tous ceux à qui arrivait cette eau étaient sauvés et disaient alléluia, alléluia. Car il s’agit de l’eau qui sort du côté droit du Christ en Croix, l’eau du baptême.

    Si l’on parle de l’eau qui « ruisselle du côté méridional », on supprime toute référence possible à l’évangile de saint Jean, et l’on insulte (une fois de plus) la liturgie et toute la tradition latine.

    Et pas seulement. Car il se trouve que le grec dit lui aussi : « du côté droit », bien évidemment, puisqu’il s’agit clairement d’une prophétie de l’évangile écrit en grec. Mais le plus fort est que le texte massorétique, le texte hébreu sacro-saint des exégètes modernes, dit lui aussi : « du côté droit ». Sans aucune ambiguïté.

    La seule autre traduction qui parle du « côté méridional » est la Bible Pirot-Clamer. Elle dit exactement : « et voici, les eaux ruisselaient du mur méridional ». Là, non seulement on remplace « droit » par « méridional », mais on remplace même « côté » par « mur »… Alors qu’il s’agit de la porte…

    Pourquoi « méridional » ? On vous explique : le prophète, dit le texte, est placé devant le Temple, à l’ouest : le Temple, devant lui, est à l’est. DONC ce que vous voyez à droite est au sud…

    Sic.

    Voilà comment d’une façon qu’on croit magnifiquement subtile et intelligente, on détruit une réellement magnifique et subtile prophétie.

    J’ajoute que le verbe « ruisseler », qu’on trouve tant chez Pirot-Clamer que chez Osty (et dans aucune autre traduction à ma connaissance) est une invention qui ne correspond pas au sens du texte, puisque cette eau devient aussitôt un grand fleuve qui irrigue tout le désert. Nul ne sait, aujourd’hui, ce que veut dire le verbe hébreu du texte massorétique, qui ne figure nulle part ailleurs. « Ruisseler » permet d’éloigner encore davantage toute référence au Christ en Croix. L’antienne pascale dit « egredientem », qui sortait. Le grec dit katéphéréto, qui veut dire proprement « se précipiter ». Le latin dit « redundantes », c’est-à-dire qui jaillissent, de façon « redondante ». On notera la traduction de Samuel Cahen, le premier à avoir traduit le texte massorétique en français : « et voici que les eaux venaient en abondance du côté droit ». En abondance, c’est bien dit, pour désigner l’eau qui sort du côté du Christ pour conférer le baptême, ce que Samuel Cahen hélas ne reconnut pas.

  • 24e dimanche après la Pentecôte

    L’évangile, comme l’épître et les oraisons, est celui du 5e dimanche après l’Epiphanie, qui n’a pas été célébré cette année. C’est l’évangile du bon grain et de l’ivraie (Matthieu 13, 24-30), sans son explication donnée par Jésus lui-même, ensuite, à ses disciples. Il peut paraître bizarre, d’ailleurs, que les disciples demandent cette explication, puisque d’une part la parabole n’est pas difficile à comprendre, et que, surtout, Jésus vient déjà de leur donner l’explication de la parabole de la semence semée sur le chemin, sur les pierres, dans les épines, et dans la bonne terre.

    Mais son explication souligne le côté eschatologique de la parabole, qui devient une prophétie sur la fin du monde : « Le Fils de l'homme enverra ses anges, qui arracheront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l'iniquité : et ils les jetteront dans la fournaise ardente, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. »

    C’est ce qui donne tout son poids à la parabole en cette saison. Car après l’Epiphanie, on y voit surtout le développement de l’Eglise, au sein de laquelle vont cohabiter des bons et des méchants ; mais en cette fin d’année liturgique c’est l’épilogue qui nous presse, et qui fait de la parabole un enseignement qui ne concerne plus seulement l’Eglise, mais chacun de nous individuellement. Ce champ est aussi notre âme, dans laquelle poussent le bon grain des vertus et l’ivraie du diable. Après avoir semé il ne faut pas dormir, mais veiller toujours, car l’esprit est prompt mais la chair est faible, comme dira Jésus à ses apôtres à Gethsémani. La différence est que si dans l’Eglise on ne doit pas tenter d’éradiquer l’ivraie avec une violence qui nuirait au froment, dans notre âme il en va tout autrement : c’est même un labeur constant, et ce sont les violents qui s’emparent du royaume des cieux.

  • 20e dimanche après la Pentecôte

    La péricope évangélique de ce dimanche est amputée de la première partie du premier verset, pour une raison évidente qui est de focaliser l’attention sur le miracle sans s’encombrer de précisions qui pourraient paraître anecdotiques.

    Il se trouve cependant que ces précisions ne sont pas anecdotiques (d’ailleurs il n’y a rien d’anecdotique chez saint Jean) :

    « Il alla de nouveau à Cana de Galilée, où il avait changé l’eau en vin. »

    De nouveau : il va faire quelque chose d’analogue à ce qu’il avait déjà fait au même endroit.

    Et de fait le second miracle de Cana est parallèle au premier. Ils s’expliquent l’un l’autre.

    Les deux commencent par un dur reproche de Jésus.  Aux noces, c’était envers sa mère. Ici c’est envers les juifs de son temps en général, représentés par l’officier royal qui vient solliciter la guérison de son fils : « Si vous ne voyez pas des miracles et des prodiges, vous ne croyez pas. » (Les verbes sont au pluriel.)

    Dans les deux cas il se voit donc en quelque sorte « contraint » de faire un miracle.

    La fin est presque identique. Aux noces : « ses disciples crurent en lui ». Ici : l’officier royal « crut, lui et toute sa maison ».

    On remarque ici le mot « croire », employé absolument. C’est le degré ultime de la foi. Le premier degré est la démarche de l’officier royal, qui va voir Jésus pour qu’il vienne chez lui. Le deuxième degré est sa réaction quand Jésus lui dit simplement que son fils vit : « L’homme crut en la parole que Jésus lui avait dite. » La parole, dans le texte grec, c’est « logos ». La parole, et aussi le Verbe, et aussi la raison : l’homme s’appuie sur le Verbe et sur sa raison pour croire. Le degré ultime est la fin de l’histoire, après la guérison : sa foi est devenue absolue. Il crut.

    Aux noces, l’eau est changée en vin. Ici, l’enfant presque mort est rendu à la vie. « Va, ton enfant vit », se contente de dire Jésus à l’officier royal. Donc il est guéri. Mais toutes les très nombreuses autres fois que Jean utilise le mot « vie » ou « vivre », c’est pour parler de la vie éternelle. Donc ici aussi, bien que ce soit le seul endroit où ce n’est pas explicite. La foi donne la vie éternelle, de même qu’aux noces Jésus a fait de l’eau nécessaire à la vie biologique le vin qui annonce l’eucharistie, le vin de la vie éternelle, le Sang répandu pour la vie du monde.

    C’est à la septième heure que l’enfant a été guéri. C’est au septième âge du monde, quand les temps furent accomplis, que Jésus vint guérir les hommes. Pour les faire entrer dans le huitième âge, celui de la résurrection, celui de la vie éternelle, celui du vin nouveau des noces du Royaume.

  • 19e dimanche après la Pentecôte

    « Le royaume des cieux est semblable à un roi qui fit des noces pour son fils. »

    D’emblée il y a ici une différence essentielle avec la parabole plus ou moins parallèle de saint Luc : « Un homme fit un grand dîner. »

    Le roi qui fait des noces pour son fils, c’est Dieu qui organise le mariage du Fils. Ce mariage, c’est d’abord celui de la nature divine avec la nature humaine, par l’incarnation. C’est aussi le mariage du Christ et de son Eglise, image et type du mariage humain : « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et les deux seront une seule chair. Ce mystère est grand, je dis cela par rapport au Christ et à l’Eglise. » Et je cite ce propos de saint Paul aux Ephésiens (5, 31-32) par rapport au synode qui s’ouvre aujourd’hui…

    Mais, dans la parabole, il n’y a pas la moindre allusion à la mariée… Qui est-elle ? Avec qui se marie le Fils du Roi ?

    Avec moi. Avec vous. Tous ceux à qui s’adresse l’Evangile. Tous ceux du moins qui ont le vêtement de noces.

    C’est le mariage de l’Epoux et de l’Epouse du Cantique des cantiques. L’union du Verbe de Dieu avec l’âme qui le reçoit. « Car je vous ai fiancés à l’unique Epoux, comme une vierge pure à présenter au Christ » (II Corinthiens, 11, 2). Mais pour que cette union déifiante ait lieu, l’âme doit porter le vêtement de noces. La robe blanche de son baptême. « Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. » (Galates 3, 27) Cette phrase – avec un alléluia final - est le chant très solennel qui, aux grandes fêtes, remplace le Trisagion, avant la proclamation de l’évangile, dans la divine liturgie de saint Jean Chrysostome. Elle est donc chantée trois fois, suivie d’une doxologie, et encore une fois.

    « Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel, ayez pitié de nous », est remplacé par l’affirmation que les baptisés ont revêtu le Christ et donc participent aux noces préparées par le Père, dans la surabondance de lumière du Saint-Esprit : le vin des noces de Cana.