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Ecriture sainte - Page 8

  • 24e dimanche après la Pentecôte

    L’évangile, comme l’épître et les oraisons, est celui du 5e dimanche après l’Epiphanie, qui n’a pas été célébré cette année. C’est l’évangile du bon grain et de l’ivraie (Matthieu 13, 24-30), sans son explication donnée par Jésus lui-même, ensuite, à ses disciples. Il peut paraître bizarre, d’ailleurs, que les disciples demandent cette explication, puisque d’une part la parabole n’est pas difficile à comprendre, et que, surtout, Jésus vient déjà de leur donner l’explication de la parabole de la semence semée sur le chemin, sur les pierres, dans les épines, et dans la bonne terre.

    Mais son explication souligne le côté eschatologique de la parabole, qui devient une prophétie sur la fin du monde : « Le Fils de l'homme enverra ses anges, qui arracheront de son royaume tous les scandales et ceux qui commettent l'iniquité : et ils les jetteront dans la fournaise ardente, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. »

    C’est ce qui donne tout son poids à la parabole en cette saison. Car après l’Epiphanie, on y voit surtout le développement de l’Eglise, au sein de laquelle vont cohabiter des bons et des méchants ; mais en cette fin d’année liturgique c’est l’épilogue qui nous presse, et qui fait de la parabole un enseignement qui ne concerne plus seulement l’Eglise, mais chacun de nous individuellement. Ce champ est aussi notre âme, dans laquelle poussent le bon grain des vertus et l’ivraie du diable. Après avoir semé il ne faut pas dormir, mais veiller toujours, car l’esprit est prompt mais la chair est faible, comme dira Jésus à ses apôtres à Gethsémani. La différence est que si dans l’Eglise on ne doit pas tenter d’éradiquer l’ivraie avec une violence qui nuirait au froment, dans notre âme il en va tout autrement : c’est même un labeur constant, et ce sont les violents qui s’emparent du royaume des cieux.

  • 20e dimanche après la Pentecôte

    La péricope évangélique de ce dimanche est amputée de la première partie du premier verset, pour une raison évidente qui est de focaliser l’attention sur le miracle sans s’encombrer de précisions qui pourraient paraître anecdotiques.

    Il se trouve cependant que ces précisions ne sont pas anecdotiques (d’ailleurs il n’y a rien d’anecdotique chez saint Jean) :

    « Il alla de nouveau à Cana de Galilée, où il avait changé l’eau en vin. »

    De nouveau : il va faire quelque chose d’analogue à ce qu’il avait déjà fait au même endroit.

    Et de fait le second miracle de Cana est parallèle au premier. Ils s’expliquent l’un l’autre.

    Les deux commencent par un dur reproche de Jésus.  Aux noces, c’était envers sa mère. Ici c’est envers les juifs de son temps en général, représentés par l’officier royal qui vient solliciter la guérison de son fils : « Si vous ne voyez pas des miracles et des prodiges, vous ne croyez pas. » (Les verbes sont au pluriel.)

    Dans les deux cas il se voit donc en quelque sorte « contraint » de faire un miracle.

    La fin est presque identique. Aux noces : « ses disciples crurent en lui ». Ici : l’officier royal « crut, lui et toute sa maison ».

    On remarque ici le mot « croire », employé absolument. C’est le degré ultime de la foi. Le premier degré est la démarche de l’officier royal, qui va voir Jésus pour qu’il vienne chez lui. Le deuxième degré est sa réaction quand Jésus lui dit simplement que son fils vit : « L’homme crut en la parole que Jésus lui avait dite. » La parole, dans le texte grec, c’est « logos ». La parole, et aussi le Verbe, et aussi la raison : l’homme s’appuie sur le Verbe et sur sa raison pour croire. Le degré ultime est la fin de l’histoire, après la guérison : sa foi est devenue absolue. Il crut.

    Aux noces, l’eau est changée en vin. Ici, l’enfant presque mort est rendu à la vie. « Va, ton enfant vit », se contente de dire Jésus à l’officier royal. Donc il est guéri. Mais toutes les très nombreuses autres fois que Jean utilise le mot « vie » ou « vivre », c’est pour parler de la vie éternelle. Donc ici aussi, bien que ce soit le seul endroit où ce n’est pas explicite. La foi donne la vie éternelle, de même qu’aux noces Jésus a fait de l’eau nécessaire à la vie biologique le vin qui annonce l’eucharistie, le vin de la vie éternelle, le Sang répandu pour la vie du monde.

    C’est à la septième heure que l’enfant a été guéri. C’est au septième âge du monde, quand les temps furent accomplis, que Jésus vint guérir les hommes. Pour les faire entrer dans le huitième âge, celui de la résurrection, celui de la vie éternelle, celui du vin nouveau des noces du Royaume.

  • 19e dimanche après la Pentecôte

    « Le royaume des cieux est semblable à un roi qui fit des noces pour son fils. »

    D’emblée il y a ici une différence essentielle avec la parabole plus ou moins parallèle de saint Luc : « Un homme fit un grand dîner. »

    Le roi qui fait des noces pour son fils, c’est Dieu qui organise le mariage du Fils. Ce mariage, c’est d’abord celui de la nature divine avec la nature humaine, par l’incarnation. C’est aussi le mariage du Christ et de son Eglise, image et type du mariage humain : « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et les deux seront une seule chair. Ce mystère est grand, je dis cela par rapport au Christ et à l’Eglise. » Et je cite ce propos de saint Paul aux Ephésiens (5, 31-32) par rapport au synode qui s’ouvre aujourd’hui…

    Mais, dans la parabole, il n’y a pas la moindre allusion à la mariée… Qui est-elle ? Avec qui se marie le Fils du Roi ?

    Avec moi. Avec vous. Tous ceux à qui s’adresse l’Evangile. Tous ceux du moins qui ont le vêtement de noces.

    C’est le mariage de l’Epoux et de l’Epouse du Cantique des cantiques. L’union du Verbe de Dieu avec l’âme qui le reçoit. « Car je vous ai fiancés à l’unique Epoux, comme une vierge pure à présenter au Christ » (II Corinthiens, 11, 2). Mais pour que cette union déifiante ait lieu, l’âme doit porter le vêtement de noces. La robe blanche de son baptême. « Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. » (Galates 3, 27) Cette phrase – avec un alléluia final - est le chant très solennel qui, aux grandes fêtes, remplace le Trisagion, avant la proclamation de l’évangile, dans la divine liturgie de saint Jean Chrysostome. Elle est donc chantée trois fois, suivie d’une doxologie, et encore une fois.

    « Saint Dieu, Saint Fort, Saint Immortel, ayez pitié de nous », est remplacé par l’affirmation que les baptisés ont revêtu le Christ et donc participent aux noces préparées par le Père, dans la surabondance de lumière du Saint-Esprit : le vin des noces de Cana.

  • 18e dimanche après la Pentecôte

    L’évangile est celui de la guérison du paralytique, où Jésus affirme qu’il a le pouvoir de remettre les péchés. L’Eglise a choisi le texte de saint Matthieu, dépouillé de la plus grande partie du pittoresque de saint Marc (qui bien évidemment n’est pas seulement pittoresque). Est-ce pour permettre au prédicateur de raconter toute l’histoire et de la mettre en scène ?

    Ou peut-être est-ce plutôt pour que l’attention se porte sur l’essentiel. L’essentiel que seul Matthieu dit explicitement et de façon exhaustive alors qu’il est si elliptique dans sa narration.

    L’essentiel, c’est que Jésus est Dieu et qu’il s’est incarné pour donner aux hommes le pouvoir divin de remettre les péchés.

    L’incarnation est soulignée dans le premier verset : « Et, étant monté dans une barque, il traversa et alla dans sa ville. » Pourquoi mentionner un fait aussi inintéressant, alors que l’on va omettre tout le début de l’histoire de la guérison du paralytique ? C’est pour montrer que Jésus est bien un homme comme les autres, au point même que comme les autres il est l’habitant d’une ville déterminée : il va dans « sa » ville, il est un citoyen de Capharnaüm.

    Mais cet homme a le pouvoir de remettre les péchés. Il dit bien qu’il a le pouvoir de remettre les péchés, et non de simplement « pardonner ». Il est significatif que toutes les traductions protestantes (et la soi-disant Bible de la liturgie catholique, bien sûr !) traduisent de façon fautive par « pardonner ». Mais remettre les péchés, c’est autre chose que pardonner. L’homme peut pardonner à son frère. Seul Dieu peut remettre, comme on remet une dette : elle n’existe plus, le chirographe est déchiré et détruit. Quand Dieu remet le péché c’est comme si le péché n’avait pas existé. Or il a existé. La remise des péchés est une re-création, dont seul Dieu est capable.

    Donc Jésus est Dieu. (Ou c’est un blasphémateur qui mérite la mort, et qui sera mis à mort pour cela même.)

    Et là vient la finale originale de saint Matthieu : les foules « glorifièrent Dieu qui a donné un tel pouvoir aux hommes ». En effet, Dieu, par Jésus-Christ, a donné aux hommes ce pouvoir divin de remettre les péchés, par le sacrement de pénitence. Ce que les protestants refusent de comprendre, alors que c’est en toutes lettres dans l’Evangile…

    parlalytique.jpg

    Illustration d’un lectionnaire syriaque de Mossoul – N’oublions pas les chrétiens de Mossoul qui ont tous dû fuir "leur ville" pour la première fois de l’histoire. Le paralytique guéri est assez marrant. Il n’en revient pas de ce qui lui arrive, mais il n’a pas l’air vraiment rassuré. Il a l’air d’avoir peur de recevoir sur la tête le personnage qui paraît tomber du toit… Je ne sais pas qui il est ni ce qu’il fait avec son espèce de baguette très fine. Ni d’ailleurs ce que représente l’espèce de tapis (?) aux arabesques…

    Addendum

    Excellente et très convaincante remarque de Gottschütz dans les commentaires: il ne s'agit pas du paralytique de ce dimanche mais de celui de la piscine probatique : ce n'est pas un tapis mais la piscine, et l'ange qui remue l'eau (sous les arcades du portique). C'est réconfortant d'avoir des lecteurs intelligents...

  • Tobie

    La lecture de la semaine, selon le Bréviaire, c’est le livre de Tobie. On a grosso modo trois textes de ce livre, assez différents les uns des autres. Deux textes grecs des plus prestigieux codex : celui du Sinaiticus, et celui du Vaticanus et de l’Alexandrinus (qui sont à peu près identiques) ; et le texte latin de la Vulgate.

    Saint Jérôme en raconte la genèse : il connaissait un rabbin qui avait un texte de Tobie en araméen. Mais le rabbin (semble-t-il) ne voulait montrer son manuscrit à personne. Alors saint Jérôme lui demanda de traduire le livre en hébreu, et lui le traduirait en latin. Cela se faisant oralement, avec des secrétaires. Et cela se fit en une seule journée. Quand on lit le résultat, on comprend ce qu’était le génie de saint Jérôme.

    Aujourd’hui, selon la Bible de Jérusalem, on pense que le texte originel était un texte araméen. Réaction logique : ce pourrait donc bien être celui de saint Jérôme (ou plutôt du rabbin). Réaction que n’a aucun spécialiste, car le b-a-ba de l’exégèse contemporaine est d’ignorer absolument la Vulgate. C’est pourtant le plus beau des trois textes.

    Les Bibles modernes traduisent généralement le texte du Sinaiticus, le plus long. En flagrante contradiction avec un des principes majeurs de l’exégèse contemporaine, que le texte le plus court est le plus ancien, donc le plus authentique, parce qu’on a tendance à en rajouter, pas à élaguer. Cela dit, le texte du Sinaiticus est incontestablement meilleur que celui de deux autres grands codex. Mais ne comptez pas sur les traducteurs pour vous expliquer pourquoi ici ils transgressent leur règle…

    Deux petites choses maintenant pour montrer qu’il ne faut pas se laisser impressionner par les spécialistes.

    Le chapitre 13 est le chant d’action de grâces du père de Tobie. Vers la fin il parle de « pierres d’Ophir » (selon le Sinaiticus). Dans la Bible Osty il y a une note disant qu’habituellement dans la Bible on parle de « l’or d’Ophir », ce qui est vrai, et là il renvoie à d’autres textes, dont le premier est le livre de Job. Mais le chanoine oublie qu’il traduit un texte grec : or s’il se reportait au texte grec de Job, il y verrait aussi les « pierres d’Ophir », et non « l’or d’Ophir ».

    Au chapitre 12, l’ange Raphaël dit : « Mieux vaut la prière avec le jeûne, et l’aumône avec la justice, que la richesse avec l’injustice. » Note de la Bible Osty : « “avec le jeûne”, selon la vieille version latine, de préférence à “avec la vérité” S » (c’est-à-dire selon le Sinaiticus). Mais pourquoi aller chercher une « vieille latine », qui n’est de toute façon qu’une traduction d’un texte grec, alors qu’il suffit d’ouvrir la Septante pour voir que les deux autres grands codex grecs ont « jeûne », et non « vérité », ou de se permettre une folie (pour une fois) en ouvrant la Vulgate et de voir que là aussi il s’agit du « jeûne »…

  • 17e dimanche après la Pentecôte

    « Et personne ne pouvait rien lui répondre, et, depuis ce jour, nul n’osa plus lui poser des questions. »

    Cette phrase, qui est la fin de l’évangile de ce dimanche, est celle qui conclut le chapitre 22 de l’évangile de saint Matthieu, à savoir une longue controverse (commencée au chapitre 21),  à l’aube de la Semaine Sainte, entre Jésus et les grands prêtres, puis les pharisiens, puis les sadducéens, puis de nouveau les pharisiens. Or Jésus décide d’en rester là, et pour leur clouer définitivement le bec, il utilise le premier verset du psaume 109.

    Le Seigneur a dit à mon seigneur : Siège à ma droite, jusqu’à ce je fasse de tes ennemis l’escabeau de tes pieds.

    Jésus cite le psaume dans le texte exact de la Septante.

    Il va de soi que le premier Seigneur du psaume, c’est Dieu. Dieu qui parle à David. Et les pharisiens savent que le premier mot de ce psaume en hébreu est IHWH, le Nom ineffable, qu’on prononce « Adonaï » : le Seigneur, ho kyrios.

    « Le Seigneur a dit à mon seigneur. » Cet autre seigneur, c’est, selon la tradition juive interprétant ce psaume considéré comme messianique depuis toujours, le Messie qui doit venir. Or le Messie est le "fils de David", comme répondent les pharisiens à Jésus. Mais alors, reprend celui-ci, comment se fait-il que David, parlant de son fils, l’appelle son seigneur ?

    Et personne ne pouvait rien lui répondre.

    Car David était le roi d’Israël, il n’y avait personne au-dessus de lui. Personne sauf Dieu. Les pharisiens ne peuvent pas répondre à la question parce qu’il n’y a qu’une seule réponse possible et qu’ils ne peuvent pas l’admettre : si David dit que le Messie son fils est son Seigneur, c’est que le Messie est Dieu.

    Et personne ne peut donner cette interprétation, et la donner avec une telle autorité, s’il n’est lui-même le Messie. Ce qui implique non seulement de reconnaître que Jésus est le Messie, mais qu’il est Dieu.

    Et, depuis ce jour, nul n’osa plus lui poser des questions…

  • Osty et les psaumes

    L’exégèse historico-critique conduit le prêtre ou le religieux qui s’y livre à une singulière impasse. Ou à la schizophrénie. En effet, l’office divin est essentiellement constitué par les psaumes. Or (voir ma note précédente), si l’on considère que l’horizon des psaumes est limité « à l’horizon juif », ou bien on se met dans la peau d’un juif de l’Ancien Testament pour dire les psaumes, et cela n’a plus rien à voir avec l’office divin, ou bien on dit l’office en considérant que ces mêmes psaumes dont je prouve, moi le grand exégète contemporain, qu’ils ne dépassent pas l’horizon juif changent de nature quand ils sont dans l’office divin et se mettent étrangement à parler du Christ et de l’Eglise, de la prière et de la vie éternelle…

    Il y a une autre solution, c’est abandonner l’office divin, pour éviter la schizophrénie. Ou pour éviter de perdre son temps à dire des vieux textes qui sont certes intéressants mais limités à l’horizon juif.

    Je ne sais pas si le chanoine Osty avait abandonné l’office divin, mais dans sa présentation des psaumes il y a une phrase très curieuse. C’est quand il évoque les versets d’imprécation contre les ennemis. Versets qu’il prend bien sûr au premier degré, conformément à ses principes, sans même considérer que dès l’origine il s’agit de textes liturgiques. Et au premier degré ces versets sont insupportables (c’est pourquoi ils ont été supprimés dans ce qui sert aujourd’hui d’office divin : on ose censurer la prière que Dieu nous donne). Osty écrit, après avoir évoqué la grande malédiction du psaume 108 (psaume qui a été entièrement supprimé) :

    Le prêtre catholique, qui la lisait jadis au bréviaire, ne le faisait jamais sans protestation intérieure.

    Jamais ? Osty, comme ses semblables, n’a donc jamais lu une ligne des commentaires des psaumes par les pères de l’Eglise, il n’a jamais lu une ligne des pères du désert qui avaient déjà tout dit sur les psaumes imprécatoires qui concernent évidemment le combat, le rude combat, contre les démons et les vices.

    Mais le plus intrigant est ailleurs. C’est le mot « jadis ». Osty écrit cela avant mai 1973 (date de l’imprimatur de sa Bible, qui n’est pas donné du jour au lendemain). La première édition du nouvel office, la « Liturgia horarum », est d’avril 1971. Donc, selon Osty, 1971, par rapport à 1973, ou plus vraisemblablement 1972, c’était « jadis »…

  • Messianisme limité

    L’évangile de ce jour est celui de l’Annonciation : « Et le nom de la vierge était Marie… »

    Il y a dans la Bible Osty une note qui est un exemple particulièrement remarquable de la malfaisance de l’exégèse historico-critique, puisqu’on y voit cette exégèse dévoyée affirmer l’inverse de ce que dit l’exégèse traditionnelle (selon l’évidence des textes) et contredire (une fois de plus) ce qu’enseigne explicitement le Christ.

    Il s’agit de Luc 1, 32-33, quand l’ange dit que l’enfant qui naîtra de Marie s’appellera Jésus : « Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut. Et le Seigneur Dieu  lui donnera le trône de David son père, et il régnera sur la maison de Jacob pour [tous] les siècles, et son règne n’aura pas de fin. »

    Telle est la traduction Osty. Soulignons que l’expression traduite par « pour [tous] les siècles » veut clairement dire éternellement, d’où le « in aeternum » de la Vulgate. Mais il faut atténuer le sens originel pour que la démonstration historico-critique puisse avoir l’air de fonctionner.

    Voici la note :

    Les paroles de l’ange, qui s’inspirent de divers passages de l’AT (2 Sam 7,12-16 ; Is 9,6 ; Mic 4,7 ; Dan 7,14), évoquent un messianisme limité à l’horizon juif.

    Or, s’il en est ainsi, l’ange – donc Dieu dont l’ange n’est que le messager – ment. Puisque, « à l’horizon juif », il est bien clair que Jésus n’est pas monté sur le trône de David et qu’il n’a pas régné sur la maison de Jacob. Osty parle comme les apôtres qui attendaient que Jésus prenne le pouvoir. Il n’a pas remarqué que Jésus leur a répondu…

    L’exégèse traditionnelle a toujours montré qu’en effet les paroles de l’ange renvoient à des textes de l’Ancien Testament. Ces paroles ont même tellement l’air « décalées » par rapport à l’Evangile, qu’elles prennent une saveur archaïque, celle-là précisément des textes de l’Ancien Testament. Saint Luc insiste ainsi sur le fait que les prophéties vont s’accomplir. Celles que signale Osty, mais aussi le grand psaume 88 qu’il oublie, et qui est ici essentiel :

    J'ai élevé celui que J'ai choisi du milieu de Mon peuple. J'ai trouvé David, Mon serviteur; Je l'ai oint de Mon huile sainte. Car Ma main l'assistera, et Mon bras le fortifiera. L'ennemi n'aura jamais l'avantage sur lui, et le fils d'iniquité ne pourra lui nuire. Et Je taillerai ses ennemis en pièces devant lui, et Je mettrai en fuite ceux qui le haïssent. Ma vérité et Ma miséricorde seront avec lui, et par Mon Nom s'élèvera sa puissance. Et j'étendrai sa main sur la mer, et sa droite sur les fleuves. Il m'invoquera: Vous êtes mon Père, mon Dieu, et l'auteur de mon salut. Et Moi, Je ferai de lui le premier-né, le plus élevé des rois de la terre. Etc. (traduction Fillion)

    Tout au long de l’Ancien Testament, Osty a rejeté les prophéties messianiques au sens chrétien du terme. Il a toujours souligné, dans ses notes, que ces prophéties ne concernaient que « l’horizon juif » et temporel, et que ce sont des « hyperboles ». De même qu’il souligne toujours, de façon réellement obsessionnelle, dans les livres sapientiaux, chaque fois qu’il y a une allusion (déjà atténuée par les massorètes ou atténuée par la traduction) à un jugement de Dieu et à une rétribution dans l’au-delà, qu’on ne peut jamais interpréter ainsi, et qu’il s’agit toujours de ce qui se passe sur cette terre, car à l’époque historique où ces textes ont été écrits il n’y avait pas d’autre doctrine sur l’au-delà que le « shéol » où les morts sont tous de tristes ombres. Au nom du contexte historique, il refuse aux auteurs sacrés la possibilité de prophétiser ce qui les dépasse, il refuse à Dieu, tout simplement, d’inspirer les auteurs sacrés. (Telle est l’exégèse historico-critique, qui traite de la Sainte Ecriture comme de vieux articles de journaux.)

    Il a tellement fait cela dans l’Ancien Testament qu’il ose continuer, imperturbablement, dans le Nouveau. Il rejetait (comme tous ses semblables) la prophétie spirituelle dans l’Ancien Testament, il projette ce refus dans le Nouveau Testament et refuse à l’ange ce qu’il refusait aux prophètes.

    Il projette l’Ancien Testament tronqué de sa vraie valeur spirituelle dans le Nouveau pour le tronquer également (et pour rendre absurde le récit de l’Annonciation). Alors que la véritable exégèse se saisit de ce que dit l’ange dans le Nouveau Testament pour montrer que ces paroles concernent bien le Christ qu’annonçaient les prophètes dans l’Ancien.

    Comme d’habitude, il ne craint pas de contredire frontalement le Christ parlant aux pèlerins d’Emmaüs :

    Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures ce qui le concernait.

  • Quand Osty sèche

    Et il leur disait : Amen, je vous dis qu’il y en a certains de ceux qui se tiennent ici qui ne goûteront pas la mort avant d’avoir vu le royaume de Dieu venu avec puissance.

    Ce propos du Christ (ici traduit de saint Marc 9,1 dans le texte grec, 8,39 dans la Vulgate) se trouve chez les trois synoptiques juste avant le récit de la Transfiguration. Je découvre avec stupéfaction cette note du chanoine Osty (dont l’opinion doit sans doute être partagée par la plupart des exégètes modernes) :

    « Interprétation difficile. De quelle “venue” s’agit-il ? effusion de l’Esprit Saint et rapide diffusion du christianisme, chute de Jérusalem centre du judaïsme ? »

    Aucune allusion au fait que les pères ont expliqué que Jésus annonçait ce qui allait se passer « après six jours » : la Transfiguration, où en effet trois apôtres virent « le royaume de Dieu venu avec puissance », Jésus dans sa gloire céleste, comme il viendra à la fin du temps pour instaurer avec puissance le Royaume.

    Cette interprétation est tellement traditionnelle qu’Eusèbe de Césarée, au début du IVe siècle, à une époque où il n’y avait ni chapitres ni versets, indique dans ses canons de concordance que l’épisode de la Transfiguration, chez les trois synoptiques, commence par ce propos du Christ. Il était donc déjà admis par tous, à cette époque, que la prophétie de la venue dans la gloire concernait la Transfiguration.

    Certes, chacun peut chercher une autre interprétation, mais ce qui est ahurissant est d’écarter d’emblée (sans même le dire) l’interprétation traditionnelle, pour dire qu’on ne sait pas ce que ça veut dire…

    *

    Ensuite, Osty traduit: « Et, six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, et Jacques, et Jean, et les emmène sur une haute montagne, à l'écart, seuls. Et il fut transformé devant eux. »

    Et il met en note: « Cette "transformation", appelée souvent "Transfiguration", consiste dans l'abandon momentané de la "forme" d'homme, remplacée par une autre "forme" (...) par "forme" il faut entende la manifestation visible de la nature invisible. »

    Ainsi doit-il se livrer à une explication poussive et embrouillée pour justifier une traduction qui ne se justifie pas. Dès les premières traductions latines on avait "transfiguratus est". Le verbe grec est "métamorphoo", et le dictionnaire Bailly, qui n'est pas un dictionnaire catholique mais de l'université laïque, traduit par "métamorphoser", et, « au passif, être transfiguré »...

  • 15e dimanche après la Pentecôte

    Jésus, accompagné de ses apôtres et d’une grande foule, arrive à Naïm. Il croise un convoi funéraire, accompagné d’une grande foule de la ville.

    A Naïm, le grand cortège de la vie croise le grand cortège de la mort, pour que le grand cortège de la mort devienne le grand cortège de la vie.

    C’est pourquoi il y a un curieux effet de miroir, qui apparaît très clairement dans le texte grec. Il y est dit en effet que le jeune homme mort est υἱὸς μονογενὴς, yios monogenés, « fils monogène », or c’est une expression qui désigne le Christ, dans le prologue de saint Jean et dans la liturgie byzantine. C’est Jésus qui est le vrai Fils monogène du Père, qui va ressusciter le « fils monogène de sa mère ». Il prophétise ainsi sa propre résurrection, en même temps que la résurrection de tous ceux qui seront devenus fils dans le Fils, fils uniques dans le Fils unique.

    On pense à cet autre effet miroir, dans la parabole du bon Samaritain. Qui est mon prochain ? demande le docteur de la Loi. Qui est le prochain de l’homme blessé ? demandera Jésus : le prochain, c’est le Christ-Dieu.

    Il y a un mot identique dans les deux histoires : Jésus, à Naïm, comme le Samaritain sur la route de Jéricho, est « ému dans ses entrailles ». Le verbe σπλαγχνίζομαι, de σπλάγχνον, splanknon, les entrailles, est la traduction du mot hébreu rahamim, les entrailles de la mère, au sens figuré biblique : la miséricorde (et en arabe la miséricorde se dit rahma). La miséricorde divine. C’est Dieu qui est remué jusqu’au fond de ses entrailles par le malheur des hommes. C’est pourquoi il envoie son fils pour partager ce malheur et montrer qu’il y a une issue.

    Saint Luc utilise trois fois ce mot : lorsque le Samaritain voit l’homme blessé, lorsque Jésus voit le jeune mort de Naïm, lorsque le père voit revenir le fils prodigue : un résumé de l’évangile de saint Luc vu comme « évangile de la miséricorde ».

    Et dans le Benedictus, Zacharie a chanté « les entrailles de la miséricorde de notre Dieu », ce qui souligne l’origine hébraïque de l’expression, et le fait qu’elle désigne bien la miséricorde de Dieu.

    Saint Luc souligne encore la divinité du Christ en terminant son récit par la même expression, exactement identique, que celle qui se trouve à la fin du récit de la résurrection d’un enfant par Elie : καὶ ἔδωκεν αὐτὸν τῇ μητρὶ αὐτοῦ : « Et il le donna à sa mère. » Mais ce n’est pas Elie qui ressuscite l’enfant, c’est Dieu invoqué par Elie. Or c'est Jésus qui ressuscite le jeune homme en lui disant : Lève-toi (un mot qui exprime aussi la résurrection.) Donc Jésus est Dieu.

    C’est pourquoi c’est la première fois dans son évangile que saint Luc appelle Jésus « le Seigneur », avec l’article : « Le Seigneur (Dieu) l’ayant vue, fut ému dans ses entrailles (divines) », et ressuscita le jeune homme d’une seule parole, le commandement de la résurrection.