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Le blog d'Yves Daoudal - Page 5

  • Notation idéologique

    L’agence Standard and Poor's a abaissé hier la note de la dette de la Pologne, à BBB+, avec une « perspective négative ».

    Vous pensiez que ces notes étaient attribuées sur des critères strictement économiques ? Détrompez-vous. Elles sont données sur des critères idéologiques. Et Standard and Poor's ne s’en cache pas. Il n’y a aucune raison économique de dégrader la note de la Pologne (l’agence Fitch d’ailleurs ne le fait pas), ni même de raison politique (l’agence souligne la stabilité politique du pays), la seule raison est de punir un gouvernement dont on juge qu’il n’est pas politiquement correct : « L'abaissement reflète notre opinion selon laquelle le système des freins et des contrepoids institutionnels a été nettement érodé, car l'indépendance et l'efficacité d'institutions clés sont affaiblies par différentes mesures législatives prises depuis les élections législatives d'octobre 2015. » Et Standard and Poor's précise qu’il s’agit du Tribunal constitutionnel et de la loi sur les médias.

    La conséquence immédiate a été que le zloty a plongé face à l’euro…

  • Que se passe-t-il réellement en Pologne ?

    Ce qui suit (et le titre ci-dessus) est ma traduction d’une déclaration des députés polonais du groupe CRE publié dans la perspective du débat qui aura lieu au Parlement européen mardi prochain sur « l'état de la primauté du droit et des restrictions à la liberté de la presse en Pologne » (l’intitulé montre déjà qu’on est dans la polémique fantasmatique et non dans le « débat »).

    En 2015, des élections générales démocratiques ont eu lieu en Pologne, d’où a résulté un changement de pouvoir.

    Andrzej Duda a remporté la charge de président de la Pologne, et la droite unie, sous la direction de son plus grand parti, à savoir le Parti Droit et Justice (PiS) a remporté la majorité absolue au Parlement.

    La coalition libérale-centriste de la Plateforme civique (PO) et le Parti du peuple polonais (PSL), qui avaient été au pouvoir pendant huit ans, sont passés dans l’opposition. Les partis de gauche ont échoué à obtenir le pourcentage minimum requis et ne sont pas représentés au Parlement.

    Le résultat des élections a montré que le peuple polonais a sévèrement jugé la politique du gouvernement précédent, y compris son déficit de garanties de la liberté d’expression.

    Au cours du mandat de ce gouvernement il y a eu des cas de répression pénale à l’encontre de personnes qui exprimaient leurs critiques du gouvernement sur internet, pendant des événements sportifs ou lors de manifestations anti-gouvernementales.

    La surveillance et même la répression de journalistes a été un motif de grave préoccupation. Pourtant, ces faits n’ont pas attiré l’attention ni donné lieu à une quelconque réaction des institutions européennes en leur temps.

     

    Les valeurs européennes

     

    Juste avant les élections, la coalition sortante a introduit des changements au Tribunal constitutionnel, menant à la nomination de ses propres candidats à tous les postes de juge sauf un. Ceci a été fait en violation de la Constitution, ce que le Tribunal constitutionnel a ensuite réaffirmé lui-même. Le Parlement nouvellement élu a donc été obligé de prendre les mesures correctives nécessaires. La controverse concernant le Tribunal constitutionnel, qui était une conséquence des actes inconstitutionnels du gouvernement précédent, est pratiquement terminée.

    La composition du Tribunal constitutionnel est désormais complète, la majorité de ses juges – 9 sur 15 – ayant été recommandés à ces postes par l’actuelle opposition.

    Le gouvernement Droit et Justice (PiS) formé à la suite des élections a entrepris des réformes importantes attendues par le peuple polonais, quant au système d’imposition, aux prestations de soutien à la famille, à l’éducation, aux soins de santé, et au pouvoir judiciaire.

    Ces réformes sont conformes aux principes et règles de la Constitution polonaise et respectent pleinement les valeurs européennes.

    La Pologne a maintenant un gouvernement majoritaire stable. L’opposition est représentée dans les organes dirigeants du Parlement, avec le chef de l’opposition qui est président de la Commission des Affaires étrangères.

    La Pologne est un Etat décentralisé, qui a largement développé des organes autonomes régionaux et locaux. Dans 15 des 16 régions et dans la plupart des grandes villes polonaises, l’autorité locale est contrôlée par la Plateforme civique (PO), qui n’est dans l’opposition qu’au Parlement.

     

    La liberté d’expression

     

    La liberté d’expression est respectée. Des manifestations anti-gouvernementales ont lieu en Pologne sans aucune entrave ou répression. Il y a une totale liberté de la presse, dont une partie importante est d’ailleurs détenue par des sociétés étrangères, particulièrement allemandes.

    Il y a aussi une totale liberté de communication sur internet. Il n’y aucune censure, de quelque sorte que ce soit. Tout blocage des informations, comme ceux qui ont eu lieu récemment en Allemagne en ce qui concerne les événements de Cologne et d’autres villes allemandes, est impensable en Pologne.

    La Pologne d’aujourd’hui est un pays sûr. Il n’y a pas d’actes d’agression collective sur un plan sexuel, racial, ou autre. Les fêtes du Nouvel An et les autres événements populaires qui ont lieu en Pologne se déroulent dans la paix, sans obstacles, perturbations ou actes d’agression.

    La situation est clairement meilleure à cet égard que dans de nombreux autres pays de l’Union européenne, où malheureusement des actes terroristes, des attaques collectives ou même des agressions racistes et sexuelles ont lieu. La Pologne n’est pas le théâtre de tels événements. En Pologne, les droits des femmes sont respectés, elles ne sont donc pas exposées à être agressées dans la rue. Personne ne les met face à des demandes dégradantes de ne pas provoquer des agresseurs potentiels par leur habillement ou leur comportement. Les autorités ne donnent pas aux femmes le conseil humiliant de ne pas s’aventurer loin de chez elles et de rester en groupes quand elles vont dans les lieux publics, ainsi que cela a été suggéré aux femmes par les autorités allemandes.

    La Pologne est un Etat membre de l’UE stable, démocratique, respectant les valeurs européennes, tout en façonnant son ordre juridique interne de façon souveraine, conformément à la volonté démocratiquement exprimée par son peuple.

    La Pologne, l’un des plus grands pays de l’Union européenne, contribue pour une part significative au développement et à la sécurité de l’Europe.

  • Saint Marcel Ier

    Marcel I.jpg

    Enluminure du missel dit de Clément VII, réalisé à Bologne pour Urbain V vers 1370. Conservé à Avignon.

    Le P est la première lettre de la collecte de la fête de saint Marcel Ier. On lit les premiers mots, avec les abréviations d’usage : Preces pp tui qs do clementer exaudi, ut

    Preces pópuli tui, quǽsumus, Dómine, cleménter exáudi : ut beáti Marcélli Mártyris tui atque Pontíficis méritis adiuvémur, cuius passióne lætámur. Per Dóminum nostrum…

    Cardinal Schuster :

    La prière est très belle. On y invoque les mérites des souffrances et des humiliations de saint Marcel pour qu’elles viennent au secours de notre insuffisance : « Accueillez avec clémence, Seigneur, les prières de votre peuple, afin que pour nous implorent votre secours les mérites de votre bienheureux martyr, le pontife Marcel, dont la passion nous réjouit aujourd’hui. »

    En 1942, Pie XII a inventé un commun des souverains pontifes. La collecte de saint Marcel fut cependant conservée.

    Une autre enluminure d’un missel d’Avignon, celui-là a été réalisé à Naples, à la même époque que le premier :

    Marcel 2.jpg

  • Une liturgie pour 2017

    Les catholiques sont censés « célébrer », en 2017, avec les luthériens, les 500 ans des débuts de la Réforme protestante, en rendant grâce à Dieu pour les « dons qui sont venus à l’Eglise par la Réforme », pour les « nombreuses idées directrices théologiques et spirituelles que nous avons tous reçues par la Réforme », pour les « bonnes transformations et réformes qui ont été mises en œuvre par la Réforme », pour la « proclamation de l’Evangile qui a eu lieu au cours de la Réforme », en faisant repentance pour ce que nous avons infligé aux protestants, et en prenant cinq engagements pour aller vers l’unité, conformément au document surréaliste « luthéro-catholique » de 2013 « Du conflit à la communion ».

    Pour cela a été conçu par la Fédération luthérienne mondiale et le Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens un livret de la « liturgie » des célébrations en question.

    On constate ;

    1 – que l’annonce de la parution du livret « liturgique » a été faite uniquement par la Fédération luthérienne mondiale ;

    2 – que le livret n’existe pas encore en tant que tel, et qu’on n’en trouve que la version anglaise en PDF, uniquement sur le site de la Fédération luthérienne mondiale ;

    3 – que cette « liturgie œcuménique », présidée par un pasteur protestant et un prêtre catholique, est (forcément*) strictement protestante ;

    4 – que cette « liturgie » s’appelle « common prayer », ce qui est le nom de la liturgie anglicane depuis la Réforme…

    * Forcément, parce que le protestantisme se caractérise par ce qu'il a rejeté de la doctrine catholique. Par ce qui lui manque. Pour ne pas choquer les protestants, cette « liturgie » doit donc s'aligner sur le moins disant, donc sur le protestantisme.

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    A la gay pride de 2009, l’« évêque » luthérienne de Stockholm Eva Brunne (à droite) et sa « compagne » la « prêtre » Gunilla Lindén qui a « porté leur enfant ». En octobre dernier, Eva Brunne a demandé au pasteur de l'église de la mission des marins, pour mieux accueillir les "réfugiés", d'enlever les croix et de mettre des panneaux indiquant la direction de La Mecque, ajoutant que ne pas le faire serait un péché d'avarice.

    En 2017 nous célébrerons ensemble les bienfaits de la Réforme et les grands progrès que nous faisons vers l’unité…

    Parce nobis Domine.

  • Obsession

    Marisol Touraine s’est exprimée devant les caméras de télévisions sur l'essai thérapeutique de Rennes qui a mal tourné.

    Elle parlait le dos à un mur où il y avait plusieurs affiches. Une seule était visible, à sa droite : « IVG c’est mon choix. »

  • Recadrage d’image

    Hier, Jonathan Faull, le chef des négociateurs, côté UE, sur les réformes exigées par le Royaume Uni, a déclaré aux députés de la commission des affaires constitutionnelles du Parlement européen qu’un accord est possible mais qu’on ne peut parier un centime là dessus… Parce que si la volonté d’aboutir est forte d’un côté comme de l’autre, il y a toujours des problèmes difficiles à résoudre, et les négociateurs n’en ont encore résolu aucun…

    Ce matin, Jean-Claude Juncker est monté au créneau pour affirmer : « Je suis quasiment sûr que nous aurons un accord, pas un compromis, une solution, une solution permanente, en février. » Mais après avoir affiché cette certitude venant de son « expérience », il a fini par avouer que toutes les questions étaient en fait très difficiles et qu’il faudrait travailler dur pour aboutir à un accord…

  • Ils portent plainte !

    Le Planning familial américain a osé porter plainte contre le Center for Medical Progress qui a réalisé les vidéos où l’on voit les gens du Planning vendre des morceaux de fœtus, voire des fœtus entiers. Sous prétexte qu’évidemment les auteurs des vidéos se sont présentés sous de fausses qualités.

    Ces plaintes sont aussi immondes que dérisoires. Elles auront surtout pour résultat de faire connaître encore davantage les crimes du Planning familial américain.

  • Khabour : 16…

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    L’Etat islamique a libéré 16 autres otages assyriens de la vallée du Khabour, dont 8 enfants.

    Ces libérations au compte-gouttes montre qu’elles sont faites au fur et à mesure du paiement des rançons. (On sait qu’au départ l’Etat islamique demandait 100.000 dollars pour chaque otage, et qu’il a dû diminuer ses prétentions. On ne sait pas de combien. Et on ne sait pas qui paie pour ces pauvres gens, tous pauvres. Il est étrange, d’autre part, que l’Etat islamique se livre à ce petit commerce alors qu’il croule sous le fric depuis qu’il a pris Mossoul et les champs pétrolifères irakiens.)

    Selon Mgr Hindo, l’archevêque syriaque catholique d’Hassaké, il resterait moins de 70 otages du Khabour - 89 selon l'agence de presse assyrienne.

  • Tout sur don Marco

    Le prêtre "catholique" de la vidéo du pape sur le dialogue interreligieux n’est pas n’importe qui, et cela ajoute encore à la dimension déjà si détestable du pénible document.

  • Quel cirque !

    Selon les agences de presse, le pape aurait « offert » un spectacle de cirque à 2000 clochards, migrants, détenus (sic), et autres exclus (mais sur les photos on voit aussi beaucoup de religieuses…). Un site était allé jusqu’à titrer sur la « générosité du pape » (comme si il y était de sa poche !), avant de se rabattre sur la formule la plus courante : « Le pape invite au cirque 2000 personnes des rues ».

    Zenit en français avait publié un texte tout différent :

    « Le Rony Roller Circus a offert un spectacle gratuit pour des sans-abri, des réfugiés et un groupe de détenus, à Rome, ce jeudi 14 janvier. »

    Le texte a été retiré…

    Mais Zenit en anglais a toujours, à l’heure où j’écris, son article (publié la veille) :

    « L’aumônerie apostolique, qui assiste le pape François dans ses œuvres de charité, a fait savoir que cet après-midi à Rome un groupe de sans-abri, réfugiés, détenus et personnes vivant dans la pauvreté, assisteront à un spectacle de cirque offert par le Rony Rolller Circus, qui a mis 2000 places à disposition pour l’occasion. »

    News.va cultive l’ambiguïté :

    « Un spectacle de cirque, à Rome, a été offert ce jeudi 14 janvier 2016 pour les plus pauvres et les exclus : 2000 places ont été mises à disposition de sans-abri, de réfugiés, de prisonniers, accompagnés par des bénévoles. À l’origine de cette initiative : l’Aumônerie apostolique qui ne cesse de multiplier les gestes en faveur des plus démunis. »

    Mais Radio Vatican est plus clair :

    « Le Rony Roller Circus, en collaboration avec l’aumônerie apostolique, a offert hier à Rome un spectacle gratuit pour les sans-abri, les réfugiés et un groupe de détenus. »

    Zenit en anglais précisait :

    « Le spectacle commencera par une chanson dédiée au pape François par un auteur-compositeur espagnol, lui-même sans-abri, qui servira de prière d’ouverture. »

    Mais l’essentiel, comme le disait la directrice du cirque sur Radio Vatican :

    « Qu’est-ce qui pourrait exprimer, plus que le cirque, ce sentiment d’appartenance, de totale tolérance, de vivre-ensemble, un message multiracial et multireligieux… »

  • Saint Paul premier ermite

    Fidèles assemblons-nous pour vénérer comme il se doit par des cantiques sacrés Paul le Théophore, ce joyau des Moines saints.

    Le premier, tu peuplas le désert, illustre Paul, devenu par l'ascèse l'héritier du royaume des cieux.

    Ton être, tu l'as purifié entièrement par la tempérance, Bienheureux, et tu devins l'habitacle de Dieu et un compagnon pour les Anges.

    Vers Dieu élevant le regard de ton âme, Père saint, tu l'aimas au point de mépriser les choses d'ici-bas et de mener la vie angélique.

    Par les rayons de tes vertus tu chassas les ténèbres des passions, en ton cœur ayant reçu clairement l'illumination de l'Esprit.

    Comme jadis Elie, par un corbeau nourri de pain céleste, tu échappas à la Jézabel de ton temps, bienheureux Père, sous la protection du Christ.

    Fidèles, célébrons le divin Paul, ce flambeau éclairant le monde par la hauteur de ses vertus, et chantons au Christ: Tu es l'allégresse des Moines saints.

    (Matines byzantines: extraits des odes, et kondakion)

  • Les yeux du cœur

    Dans sa volonté insensée de gommer les hébraïsmes (au lieu de les préserver comme le faisaient les traducteurs grecs et latins), la TOB n’hésite pas à supprimer des mots de l’Ecriture sainte et à détruire des images qui font partie du patrimoine chrétien.

    Ainsi, dans l’Epitre aux Ephésiens (1,18), la TOB dit : « Qu’il ouvre votre cœur à sa lumière. »

    Or le texte dit : « Les yeux de votre cœur ayant été illuminés » (un parfait passif qui indique l’action de Dieu accomplie et dont le résultat demeure).

    La TOB veut éviter « les yeux du cœur », qu’elle considère comme un hébraïsme. Ce faisant, elle mutile le texte. Non seulement l’image des « yeux du cœur » est immédiatement compréhensible par tout le monde (« on ne voit bien qu’avec le cœur », dit le Petit Prince), mais elle est utilisée par tous les pères de l’Eglise et les auteurs spirituels. Or les auteurs de la TOB ne peuvent pas censurer tous les pères de l’Eglise et les auteurs spirituels. Donc il est absurde de censurer saint Paul où s’origine cette image (dans la continuité des psaumes où elle se trouve en substance mais pas dans les termes).

    En outre, l’œil du cœur fait l’objet d’un enseignement du Christ. Et ce n’est pas un hasard si cet enseignement est détruit par la traduction de la TOB. C’est en Matthieu 6,22 ou Luc 11,34 (texte quasi identique). Selon la TOB : « La lampe de ton corps, c’est l’œil. Quand ton œil est sain, ton corps tout entier est aussi dans la lumière ; mais si ton œil est malade, ton corps aussi est dans les ténèbres. »

    En parlant d’œil sain et d’œil malade, il n’y a plus d’enseignement, il y a un banal constat, même si l’on comprend encore que, malgré ses mots-là, il s’agit de l’œil du cœur, de l’œil de l’âme.

    Le mot que la TOB, comme la Bible de Jérusalem (et Crampon, etc.), traduit par « sain », c’est ἁπλοῦς, aplous. Ce mot veut dire « simple ». Il correspond exactement à l’adjectif français, avec tous ses sens possibles : non mélangé, non composé, pur, pas compliqué, évident, et aussi simplet… Avec la précision morale venant de l’Ancien Testament (du mot hébreu ainsi traduit par le grec) : intégrité, rectitude. Le nom, simplicité, est employé plusieurs fois par saint Paul pour définir ce que doit être notre rapport avec Dieu et avec nos frères : sans détours, sans apprêt, sans fard, sans faux-fuyants, sans hypocrisie, comme un enfant ; naïf, pourrait-on dire, si le mot n’était pas devenu, hélas, péjoratif.

    Tel est, de même, l’œil simple. La TOB aurait pu traduire… simplement, et mettre une de ses interminables notes, au lieu de suivre les mauvaises traductions existantes.

    De même, il n’y a pas d’œil « malade », mais un œil « mauvais ». Le mot, c’est πονηρός, poniros, le dernier mot du Pater : c’est le mauvais, le mal, satanique. L’œil simple attire l’illumination de l’âme, l’œil mauvais la jette dans les ténèbres.

    Et la lumière en question, c’est le Christ lui-même, qui est la lumière des hommes.

    Ce qui est grave, c’est évidemment la falsification de l’Ecriture, mais c’est aussi la quasi élimination de ce qui a inspiré une théologie des sens intérieurs, d’abord chez Origène pour les grecs, et chez saint Augustin pour les latins. Avec les développements que l’on connaît, par exemple chez saint Bernard qui était particulièrement sensible au goût – et il joue sans cesse sur le double sens de sapere : avoir de la saveur, et comprendre. Le psaume 33 y incitait déjà : « Gustate et videte quoniam suavis est Dominus » : goûtez et voyez comme le Seigneur est suave. Vous voulez savoir comment « traduit » la TOB ? « Voyez et appréciez combien le Seigneur est bon. » Et hop. Il ne reste plus rien…

  • Leur Marocaine

    La Marocaine Khadija Arib a été élue hier présidente de la chambre des députés des Pays-Bas. Elle a prêté serment sur le Coran.

    Notre Marocaine Najat Belkacem est membre du groupe de travail (sic) « Approche genre et nouvelles générations » du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, Khadija Arib est membre du groupe de travail (sic) sur les migrations du Conseil national des droits de l’homme : deux institutions officielles du royaume du Maroc.

    Député de gauche, évidemment, Khadija Arib est connue pour son combat « contre le racisme et les discriminations », bien sûr.

    Son mari Nordine Dahhan a été porte-parole du Comité des travailleurs marocains aux Pays-Bas.

  • Sans surprise

    Le kamikaze qui a tué onze Allemands dans le quartier touristique d’Istanbul s’était enregistré en tant que réfugié syrien auprès du bureau de l’immigration turc une semaine avant.

    Il s’appelait Nabil Faldi, était né en Arabie saoudite, et était entré en Turquie le 5 janvier.

    Pas sympa, quand même, de tuer des Allemands, quand l’Allemagne accueille à bras ouverts les troupes de l’Etat islamique…

  • Saint Hilaire

    Répons du propre de Poitiers (on trouve aussi le deuxième et le quatrième dans deux antiphonaires du XIe siècle de la cathédrale de Tolède).

    ℟. Beatus Hilarius, prae caeteris gratia generositatis ornatus, nitore pectoris addito, * Quasi refulgens Lucifer inter astra processit.
    ℣. Igitur beatus Hilarius, Pictavensis urbis Episcopus, regionis Aquitanicae partibus oriundus. * Quasi refulgens...

    Le bienheureux Hilaire, distingué au-dessus de tous par l’honneur de la naissance, plus éclatant encore par la pureté de son cœur, brillant comme l’étoile du matin, a paru au milieu des astres, le bienheureux Hilaire, évêque de la ville de Poitiers, sorti de la région d’Aquitaine, brillant comme l'étoile du matin...

    ℟. O quam perfectissimum laicum ! cujus imitatores ipsi esse desiderant sacerdotes; * Cui non fuit aliud vivere nisi Christum cum dilectione timere, et cum timore diligere.
    ℣. Cujus sequaces currunt ad gloriam, divertentes ad poenam; credenti succedunt praemia, recusanti tormenta. * Cui...

    Oh ! qu’il fut parfait dans l’état de laïque ! Les prêtres mêmes eussent désiré être ses imitateurs. L’occupation de sa vie n’était autre que de craindre avec amour le Christ, que de l’aimer avec crainte. Ceux qui marchent sur ses traces, courent à la gloire; ceux qui s’en écartent, encourent la peine : au croyant la récompense ; à l’incrédule, les supplices. L'occupation de sa vie...

    ℟. Tum itaque sanctissimus Hilarius in Phrygiam, Asiae regionem, missus est exsilio, ad virtutis augmentum; * Quia quantum, pro Christi nomine, longius discedebat a solo proprio, tantum merebatur fieri vicinior coelo.
    ℣. Qui dum ad locum pervenisset optabilem, nobis tacendum non est quid illi concessum est. * Quia...

    Le très saint Hilaire fut donc exilé dans la Phrygie, contrée d’Asie, pour l’accroissement de sa vertu ; car plus il s’éloignait , pour l’amour du Christ, du pays de sa naissance, plus il méritait de s’approcher du ciel. Étant arrivé au lieu de ses désirs, nous devons célébrer les faveurs qui lui furent accordées, car plus il s'éloignait...

    ℟. Cum de exsilio regressus sanctus Hilarius Pontifex Pictavim introivit; summo favore plaudebant omnes pariter, * Eo quod recepisset Ecclesia Pontificem, grex Pastorem.
    ℣. Gemma praesulum remeante ad propria, laudemus Dominum; laetetur quoque chorus Angelorum. * Eo quod...

    De retour de son exil, le saint Pontife Hilaire rentra dans Poitiers, au milieu de la joie et des applaudissements de tout son peuple ; car l’Église recouvrait son Pontife, et le troupeau son Pasteur. La perle des prélats, il est rentré dans son héritage ; louons le Seigneur, et que le chœur des Anges aussi se réjouisse, car l'Eglise...

  • La mauvaise blague de François Hollande

    Au cours de ses vœux aux assemblées, François Hollande a évoqué le débat sur le port de la kippa en jugeant qu’il était insupportable que des citoyens français doivent se « cacher »…

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  • Pologne : l’UE lance la procédure de surveillance…

    La Commission européenne a décidé hier de lancer une « enquête préliminaire dans le cadre de la procédure de surveillance du respect de l’Etat de droit dans les Etats membres » adoptée en 2014. C’est donc une première. Après la surveillance de Berlin, puis la surveillance de Moscou, Varsovie passe sous la surveillance de Bruxelles…

    « L'objectif du processus que nous avons lancé est de clarifier les faits de manière objective (sic), d'évaluer plus en profondeur la situation et d'entamer un dialogue (sic) avec les autorités polonaises sans préjuger des possibles étapes suivantes », a déclaré le vice-président Frans Timmermans, qui appelle la Pologne à avoir un « dialogue constructif » avec la Commission…

    Les étapes suivantes sont : « avis » de la Commission suite à l’évaluation, « recommandation » et suivi de sa mise en œuvre, retrait du droit de vote au Conseil européen.

    Le ministre de la Justice polonais, Zbigniew Ziobro, a pour sa part répondu à la lettre que lui avait envoyée Timmermans, en lui disant qu’il était « stupéfait » de voir son « manque de connaissance » dans l’affaire du Tribunal constitutionnel, et qu’il avait la possibilité d’avoir toutes les informations qu’il voulait en utilisant les canaux habituels, mais qu’il a préféré se renseigner dans les médias et lancer des « accusations injustifiées » et des « conclusions déloyales » : « Ce sont les raisons pour lesquelles je considère votre lettre comme une tentative d’exercer une pression sur un Parlement démocratiquement élu et sur le gouvernement de la République souveraine de Pologne ».

    Suivent de longues explications des réformes engagées. Et Zbigniew Ziobro écrit en conclusion : « Puis-je vous demander d'observer à l'avenir une plus grande retenue dans les leçons à donner à un Parlement et à un gouvernement d'un Etat souverain et démocratique, malgré les différences idéologiques qui peuvent exister entre nous, avec vous qui êtes d’une tendance de gauche ? »

  • Rome et le pétrole

    Les cours du pétrole sont passés hier en dessous de 30$ le baril, pour la première fois depuis 2003.

    Pour comprendre l’ampleur du phénomène, rappelons qu’en octobre 2013 on s’étonnait de voir que le cours du pétrole avait tellement baissé qu’il était tombé en dessous de… 90$ le baril.

    On nous dit que c’est à cause de la « surabondance générale ».

    Cela me rappelle qu’en 1968 le Club de Rome, constitué d’éminents scientifiques, avait pondu un rapport apocalyptique affirmant notamment que 30 ans plus tard il n’y aurait plus une goutte de pétrole.

    Je croyais que le Club de Rome avait disparu sous la honte et le ridicule, quand j’ai appris, à la faveur de l’encyclique Laudato si’, qu’il existait toujours, puisque Hans Joachim Schellnhuber, dit "John", l’un des principaux inspirateurs et rédacteurs de l’encyclique (nommé par François membre de l’Académie pontificale des sciences la veille même de la publication de l’encyclique), est membre du Club de Rome.

    La différence est qu’aujourd’hui le Club de Rome ne fait plus campagne sur la fin du pétrole mais sur le réchauffisme. Avec autant de conviction idéologique.

    La différence est que la Rome catholique, en 1968, bien que ce fût Paul VI, ignorait le Club de Rome, alors qu’aujourd’hui c’est le Club de Rome qui écrit l’encyclique apocalyptique.

    La différence est que pour le rapport de 1968 le Club de Rome doit assumer seul le ridicule d’avoir été démenti par les faits, tandis que pour l’encyclique de 2015 c’est l’Eglise catholique qui en fera les frais.

    *

    Illustration franco-française de la grotesque hypocrisie réchauffiste : Ségolène Royal, ministre de l'Ecologie et de l'Energie, a déclaré hier soir que toute nouvelle demande de permis de recherches d'hydrocarbures en France sera refusée, en accord avec la loi de transition énergétique qui prévoit une baisse de la consommation des énergies fossiles. On va évidemment continuer à consommer du pétrole, ne serait-ce que pour les déplacements de Mme Royal et de M. Hulot, mais il ne faut surtout pas le produire, il faut l’acheter. Vive Ubu.

  • Le cardinal Burke et la nullité

    Dans la grande interview du cardinal Raymond Burke publiée par le Wanderer, il y a une condamnation claire et ferme (sans que le mot soit employé, évidemment), de la réforme de la procédure des déclarations de nullité de mariage édictée par François. Or le cardinal Burke était le préfet du Tribunal suprême de la signature apostolique, la plus haute autorité juridique du Saint-Siège, avant d’être viré par François.

    Merci à Benoît et moi de nous en donner la traduction.

  • Le pape et "Yahvé"

    Jetant un œil sur l’« homélie » de François prononcée hier, je constate que le pape a dit au moins trois fois « Yahvé », en citant le texte sacré.

    Il se moque donc de la lettre de la Congrégation pour le culte divin du 29 juin 2008, qui, par « directive du Saint-Père » (Benoît XVI) demandait qu’on n’utilise plus le mot « Yahvé » dans la liturgie en langue vulgaire, conformément à ce qui avait déjà été édicté dans l’instruction Sacram liturgiam.

    Bien évidemment aucune liturgie authentique n’a jamais utilisé ce mot de « Yahvé », qui est une absurde invention du XIXe siècle à partir du tétragramme hébreu, alors que les massorètes avaient bien pris soin de rendre ce tétragramme imprononçable. (Sous la première lettre ils ont mis une voyelle brève, et rien sous la seconde, le H. Or quand il n’y a rien sous le H c’est pour souligner que la voyelle qui précède est longue…) Chacun sait que les juifs disent « Adonaï ». (Et au temps du Christ ils disaient… Kyrios, qui est l’appellation de la Septante.)

    Si François ne fait aucun cas de la tradition liturgique, et s’il ne veut pas appliquer les consignes de son prédécesseur, il pourrait au moins penser à l’œcuménisme et au fameux « dialogue » interreligieux : ni les juifs, ni les protestants, ni les orthodoxes n’utilisent le mot « Yahvé »…

  • Hilarant

    Le pape vient du publier un livre : un recueil d’histoires drôles tellement marrantes qu’il en a confié la promotion à Roberto Benigni. Et de fait mieux vaut en rire…

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  • Commémoraison du baptême de Notre Seigneur Jésus-Christ

    L’office et la messe sont ceux de « l’ancienne » octave de l’Epiphanie, en dehors des oraisons et de l’évangile (et des lectures des matines). Le bréviaire romain n’avait pas gardé les antiennes spécifiques que l’on trouvait en de très nombreux lieux, et dans le bréviaire dominicain qui les a gardées. Ces antiennes ont clairement une saveur byzantine.

    Les voici sur l’antiphonaire d’Hartker (Saint-Gall, fin du Xe siècle) :

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    Veterem hominem renovans Salvator venit ad baptismum, ut naturam quae corrupta est, per aquam recuperaret : incorruptibili veste circumamictans nos.

    Le Sauveur, renouvelant le vieil homme, vient au baptême, afin de régénérer par l’eau la nature corrompue ; il nous revêt d’un vêtement incorruptible.

    Te, qui in Spiritu et igne purificas humana contagia, Deum et Redemptorem omnes glorificamus.

    Vous qui, dans l’Esprit et dans le feu, purifiez l’humaine contagion, nous vous glorifions, notre Dieu et Rédempteur !

    Baptista contremuit, et non audet tangere sanctum Dei verticem; sed clamat cum tremore: Sanctifica me, Salvator.

    Le Baptiste tremble et n’ose toucher la tête sacrée de Dieu. Dans sa frayeur, il s’écrie : Sanctifiez-moi, ô Sauveur !

    Caput draconis Salvator contrivit in Jordane flumine, et ab ejus potestate omnes eripuit.

    Le Sauveur a brisé, dans le fleuve Jourdain, la tête du dragon ; il nous a tous arrachés à sa puissance.

    Magnum mysterium declaratur hodie, quia Creator omnium in Jordane expurgat nostra facinora.

    Un grand mystère est déclaré aujourd’hui : le créateur de toutes choses lave nos crimes dans le Jourdain.

    Après ces antiennes des psaumes des laudes, on voit sur le manuscrit l’antienne du Benedictus :

    Præcursor Joannes exultat cum Jordane: baptizato Domino facta est orbis terrarum exultatio, facta est peccatorum nostrorum remissio. Sanctificans aquas, ipsi omnes clamemus: Miserere nobis.

    Jean le Précurseur exulte avec le Jourdain ; le Seigneur ayant été baptisé, ce fut une exultation de toute la terre, ce fut la rémission de nos péchés. Sanctifiant les eaux, crions tous : Ayez pitié de nous.

    *

    Il y avait aussi des antiennes pour le Magnificat.

    Aux premières vêpres :

    Baptizat miles Regem, servus Dominum suum, Joannes Salvatorem: aqua Jordanis stupuit, columba protestabatur : paterna vox audita est: Hic est Filius meus.

    Le soldat baptise son Roi, l’esclave son maître, Jean son Sauveur ; l’eau du Jourdain s’est arrêtée d’étonnement, la Colombe a rendu témoignage, la voix du Père s’est fait entendre : Celui-ci est mon Fils.

    Aux deuxièmes vêpres :

    Fontes aquarum sanctificati sunt, Christo apparente in gloria: orbis terrarum, haurite aquas de fonte Salvatoris : sanctificavit enim tune omnem creaturam Christus Deus noster.

    Les sources des eaux furent sanctifiées au moment où le Christ apparaissait dans sa gloire. Toute la terre, venez puiser les eaux dans la source du Sauveur ; car le Christ notre Dieu sanctifie aujourd’hui toute créature.

  • Dans l’Egypte de Sissi

    A Damiette, un imam avait émis une fatwa interdisant de souhaiter des vœux aux chrétiens à l’occasion de Noël.

    Le ministère des Biens religieux (waqf) a ouvert une enquête…

    La doctrine officielle avait été édictée à Pâques par divers prédicateurs… salafistes (du côté du manche) : rien dans l’islam n’interdit de congratuler les chrétiens, et donc toute fatwa en sens inverse est nulle et non avenue.

    Au cours de l’année écoulée, le ministère des waqf a intensifié ses visites dans les librairies et les bibliothèques pour retirer de la circulation les livres « extrémistes ».

  • La musique du Pater

    Pater imon o èn dis ouranis
            hayiasthito to onoma sou
            elthéto i vassilia sou
            yénithito to thélima sou
    os èn ourano kai épi tis yis

    ton arton imon ton épioussion
                 dhos imin siméron

    kai aphès imin ta ophilimata imon
                 os kai imis aphiémèn tis ophilétais imon
    kai mi issénènguis imas is pirasmon
    alla rhissai imas apo tou ponirou.

    Ci-dessus, le Pater, en grec, dans sa prononciation liturgique, en transcription phonétique (donc toutes les lettres se prononcent, et comme il n’y a pas de voyelles nasales « on » se prononce « o-ne », et « in » se prononce « i-ne »).

    « Notre Père, qui es dans les cieux (« le dans les cieux », dit le grec) / que soit sanctifié ton nom (« le nom de toi », dit le grec) / que vienne ton royaume / que soit faite ta volonté comme dans le ciel aussi sur la terre /Notre pain supersubstantiel (« le pain de nous le supersubstantiel ») donne-nous aujourd’hui / et remets-nous nos dettes comme aussi nous remettons les dettes à nos débiteurs / et ne nous introduis pas dans la tentation / mais délivre-nous du mal. »

    Le Pater est composé de sept demandes. Trois concernent Dieu, quatre concernent l’homme, conformément au symbolisme des nombres : trois, c’est la Trinité, quatre c’est l’homme aux quatre membres qui vit dans un monde qui a quatre points cardinaux et quatre saisons. Et sept est donc le nombre total (créateur et création).

    Mais on constate aussi que si les trois premières demandes sont très liées, les trois dernières demandes le sont également : on demande à être libéré du péché et de la tentation. Alors nous avons trois demandes vers Dieu et trois demandes pour l’homme, avec au milieu une demande centrale : celle du pain de chaque jour, et du pain supersubstantiel : la nourriture corporelle nécessaire à notre vie biologique, et la nourriture divine nécessaire à notre vie spirituelle. Le pain de la vie éternelle : le Christ, qui est au centre du Pater, pain descendu du ciel, qui est à la fois Dieu (les trois premières demandes) et homme – ayant revêtu la chair du péché (les trois dernières).

    La « musique » du Pater en grec souligne tout cela.

    Les trois premières demandes sont caractérisées par leur finale en « a-sou », et elles sont encadrées par deux propositions se terminant par « is (…) is ». (Ce qui répond à la question de savoir si « sur la terre comme au ciel » concerne la troisième demande, ou les trois : on voit clairement que ce sont les trois.)

    Il y a ensuite la demande centrale du Pain, qui est une suite d’assonances en « on ». Elle a été discrètement annoncée par le Père dès le début de la prière, et elle va se retrouver en écho dans les deux demandes suivantes, car nous avons besoin de ce Pain pour pardonner et pour résister à la tentation. Les trois dernières demandes sont étroitement liées à la quatrième par le jeu des « imon, imin, imas ». Mais la dernière demande finit dans une sonorité étrangère au reste de la prière, qui donne l’impression de tomber à plat, sur un « ponirou » déconcertant : c’est le monde où nous vivons, le monde du mal, le monde de la dissonance, par contraste avec le monde divin des premières demandes, auquel renvoie néanmoins, faiblement, le son « ou ».

    On dit que pour mieux comprendre le Pater on peut le lire et le méditer en commençant par la fin. C’est-à-dire par le pire de la condition humaine, pour arriver au Père. Les sonorités du Pater en grec soulignent aussi cette lecture : nous sommes dans le mal, la tentation, le péché, pour en sortir nous devons prendre le Pain, et par le Pain (le Christ) nous avons accès au Royaume. Et le « ou » mourant de « ponirou » est absorbé par le ferme triple « sou » de l’appartenance au Père. Lu ainsi, le Pater précise que nous devons pardonner à nos frères avant de participer au Saint Sacrifice, comme Jésus l’enseigne dans l’Evangile. S’étant incorporé au Christ, on peut alors dépasser « le ciel et la terre », la création sur laquelle on demandait que règne le Père, pour atteindre « les cieux » incréés qui sont le trône de la Trinité.

  • A 12 ans

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    « Et lorsqu'il eut atteint l'âge de douze ans. »

    C'est à sa douzième année, comme nous le lisons, que l'enseignement du Seigneur prend son point de départ : car un même nombre de messagers était réservé à la prédication de la foi. Ce n'est pas non plus sans dessein qu'oubliant ses parents selon la chair — Lui qui, même en sa vie incarnée, était rempli de la sagesse de Dieu et de sa grâce — au bout de trois jours II est retrouvé au temple ; c'était le signe que, trois jours après sa triomphante Passion, II devait, ressuscité, se présenter à notre foi sur le trône du ciel et parmi les honneurs divins, Lui que l'on croyait mort.

    « Qu'est-ce à dire ? vous me cherchiez ? ne saviez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père ? »

    II y a dans le Christ deux filiations : l'une est de son Père, l'autre de sa Mère. La première, par son Père, est toute divine, tandis que par sa Mère II s'est abaissé à nos labeurs et à nos usages. Dès lors tout ce qui, dans ses actes, dépasse la nature, l'âge, la coutume, ne doit pas être attribué aux facultés humaines, mais rapporté aux énergies divines.

    Ailleurs [aux Noces de Cana] sa Mère le pousse à un acte mystérieux ; ici cette Mère est reprise de réclamer encore qu'il agisse en homme. Mais, comme ici on le montre âgé de douze ans, comme là on nous apprend qu'il a des disciples, vous voyez que cette Mère a été renseignée sur son Fils au point de réclamer de sa maturité un mystère, elle que déconcertait chez l'enfant ce prodige.

    Saint Ambroise, commentaire sur saint Luc, traduction de dom Gabriel Tissot (Sources chrétiennes)

    Icône russe, vers 1800, influencée par l'art occidental (on ne voit pas Marie et Joseph dans les icônes traditionnelles de la mi-Pentecôte).

  • Les Polonais ne se laissent pas faire

    Le ministre polonais des Affaires étrangères Witold Waszczykowski a convoqué ce matin l’ambassadeur d’Allemagne à Varsovie, à cause des « déclarations anti-polonaises d’hommes politiques allemands ». La dernière en date étant celle de Martin Schulz, le président du Parlement européen, qui a qualifié la Pologne de « démocratie à la Poutine ».

    Samedi, le ministre de la Justice Zbigniew Ziobro a quant à lui écrit au commissaire européen Günther Oettinger : « Vous demandez que la Pologne soit placée sous surveillance. De tels mots, dans la bouche d’un homme politique allemand, ont les pires connotations possibles pour des Polonais… Je suis le petit-fils d’un officier polonais qui a servi dans la résistance pour combattre la surveillance allemande. »

    Plusieurs députés ont également déclaré que vu son passé, notamment vis à vis de la Pologne, l'Allemagne n'avait pas de leçon de démocratie à donner, et en ce qui concerne la politique du gouvernement vis à vis des médias publics, on ne se prive pas de dire que l'Allemagne dont la police et les médias taisent les terribles agressions du Nouvel An ferait mieux de protéger ses femmes contre les migrants plutôt que de se mêler des affaires de la Pologne.

  • Profanation

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    L’église Saint-Louis de Fontainebleau a été endommagée par un triple incendie criminel hier matin.

    L’une des mises à feu a visé la chapelle de la Vierge, et la statue (photo) de Notre Dame de Franchard (XIVe siècle) a disparu, sans qu’on sache si elle a été volée ou brûlée. Dans la chapelle de saint Joseph, plusieurs statues ont été renversées. Un autel du XVIe siècle a entièrement brûlé. Un ciboire contenant des hosties a disparu, des hosties ont été retrouvées sur le sol. L’enfant Jésus de la crèche a disparu lui aussi.

    Le préfet a une piste : des SDF…

    A quelques kilomètres de là, une croix de 2 mètres, la « croix de Guise » (1563) a été renversée. Les SDF en balade, sans doute.

    Plus loin, l’église de Veneux-les-Sablons a elle aussi brûlé, au point que la charpente s’est effondrée.

    Pour le préfet, là, ce ne sont pas les SDF : c’est un accident de chauffage.

  • Jubilate Deo omnis terra

    Dans les pays où l’Epiphanie n’est pas un jour férié, la messe du premier dimanche après l’Epiphanie (dimanche dans l’octave de l’Epiphanie dans l’ordo d’avant 1955) n’est pas célébrée, puisqu’on doit célébrer ce jour-là, dans les paroisses ou quasi-paroisses, la solennité transférée de l’Epiphanie. Dans les autres lieux de culte c’est la fête de la Sainte Famille. Sauf dans les monastères dédiés à la liturgie traditionnelle, puisque les moines n’ont pas intégré dans leur ordo la fête de la Sainte Famille.

    En dehors des monastères, la messe de ce dimanche est célébrée le premier jour non occupé par une fête, donc ce lundi. Mais elle n’est chantée à peu près nulle part, ce qui est bien dommage puisque ses antiennes sont des invitations au chant de jubilation.

    A propos de la mélodie de l’offertoire, dom Baron dit ceci (avant de l’analyser longuement) : « Elle est l’une des plus ornées du répertoire grégorien, merveille à la fois de composition savante et d’expression simple. Tout y est ordonné avec un art parfait qui a pesé toutes les valeurs et les a mises à la place qu’il faut, avec une mesure et une proportion admirables. Et pourtant, quand on l’entend ou qu’on la chante, elle semble jaillir spontanément, comme si l’âme disait sa joie sans souci de savoir comment la dire. »

    La voici par les moniales d’Argentan.
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    Jubilate Deo omnis terra, jubilate Deo omnis terra, servite Domino in laetitia, intrate in conspectu ejus in exsultatione, quia Dominus ipse est Deus.

    Jubilez en Dieu, toute la terre, jubilez en Dieu, toute la terre, servez le Seigneur dans la joie, entrez en sa présence avec allégresse, car le Seigneur vraiment est Dieu.

  • La Sainte Famille

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    Dans la tradition copte, on ne parle pas de la Fuite en Egypte mais de l'Entrée du Seigneur en Egypte, ce qui rappelle l'Entrée du Seigneur à Jérusalem le jour des Rameaux ; de très nombreuses traditions illustrent cet événement, vécu en quelque sorte comme l'Illumination et la conversion de l'Égypte.

    L'Egypte est évoquée par le Nil, l'ibis (1), les palmiers dattiers, formant entre eux une pyramide (2), le temple d'Héliopolis, lieu traditionnel du passage de la Sainte Famille.

    Le triple mouvement qui anime cette icône permet de saisir dans toute sa profondeur le message lié à l'événement.

    Le premier mouvement, de gauche à droite, évoque le déplacement historique de la Sainte Famille qui arrive en Egypte, sous la conduite de Joseph sur qui repose l'ange.

    Le second mouvement est pyramidal : la terre d'Egypte en accueillant son sauveur s'offre à la lumière divine qui vient à sa rencontre et qui la féconde : les palmiers s'élèvent, s'ouvrent en éventail et donnent leurs fruits, la terre fleurit et le Nil, source de vie, devient porteur de vie éternelle les poissons, symboles des évangélistes (3), sont déjà attentifs à Celui qui vient, les lotus préfigurent les sept sacrements par lesquelles l'Eglise transmettra la vie divine.

    Le troisième mouvement est frontal.

    Derrière l'humilité de la scène, c'est une Vierge en Majesté qui nous fait face : vêtue de son manteau bleu étoilé, elle est " le nuage léger " prophétisé par Isaïe, le trône du Christ ; le temps de ce voyage, l'âne lui-même est élevé au rang de Chérubin, car c'est lui qui porte le trône de la Majesté divine ; il nous regarde avec intensité, comme pour nous appeler silencieusement à partager sa joie.

    En allant vers l'Egypte, pays païen, c'est en effet à toutes les nations, à la création entière et à chacun d'entre nous qu'est offert le salut : par son geste, l'ange nous désigne le Messie.

    (1) Dans l'Égypte ancienne, l'ibis était l'animal sacré du dieu Thôt ; dans le christianisme, il est identifié au Sauveur car il débarrasse la terre des insectes nuisibles, comme le Christ a débarrassé l'Égypte des idoles.

    (2) La fête célébrant l'entrée du Christ en Égypte est le 24 bashans, pendant la saison de maturité des dattes en Égypte.

    (3) C'est une tradition copte, car les poissons vont, par la mer, aux quatre coins du monde, comme les quatre Évangiles; la séparation en trois et un représente les trois Évangiles synoptiques et l'Évangile de Jean.

    Extrait du livre L’incarnation de la lumière, Le renouveau iconographique copte à travers l’œuvre d’Isaac Fanous.

    Deux autres icônes d’Isaac Fanous sur ce thème :

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    Le retour d’Egypte (explication ici) – l’inscription en anglais, comme sur la première icône, vient de ce qu’elles ont été réalisées pour une église de Los Angeles :

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    Voir ici d’autres icônes coptes contemporaines de la Sainte Famille en Egypte.

  • Liturgie républicaine

    C’était déjà le cas à chaque catastrophe naturelle ou important accident faisant des victimes, c’est devenu obsédant - et impressionnant - depuis les premiers attentats musulmans : les autorités convient à des cérémonies qui ont pris des allures de rites liturgiques. La population y est tellement sensible qu’elle anticipe les cérémonies républicaines par ses propres rites, dépôt de fleurs et de cierges, copié des rites catholiques vidés de leur signification. Les autorités républicaines contreviennent allègrement à la loi de 1905 en organisant leurs cérémonies religieuses dans la rue, qui chaque fois est coupée à la circulation parce que le président, des ministres, d’autres élus, sont au milieu, droits comme des piquets, l’air sombre, devant une plaque.

    Cette semaine, qui fut celle de la Vigile de l’Epiphanie, de l’Epiphanie et de l’octave de l’Epiphanie, a été particulièrement riche en liturgies républicaines de rue. Et le sommet ce sera demain, place de la… République, de la Très Sainte République, à l’heure de la grand messe (11h), avec dévoilement de plaque par les grands prêtres Hollande et Hidalgo, antienne du jour par le chantre Johnny Hallyday, deuxième antienne par le Chœur de l’Armée française, épître de Victor Hugo, troisième antienne (Le temps des cerises !) par le Chœur de l’Armée française, offrande de fleurs, temps de méditation silencieuse, chant de sortie (Marseillaise) par le Chœur de l’Armée française.

    Aux vêpres (17h30), illumination (« Joyeuse lumière », chantent les vêpres byzantines) du saint Chêne (de 12 mètres planté le jour de l’Epiphanie), de la statue de la Très Sainte République et de la fresque « Fluctuat nec mergitur » (mais oui il y a même du latin !). On précise que les fidèles sont invités à amener (sic) une bougie pour les illuminations.

    Difficile de singer davantage le culte catholique.

    D’où il ressort qu’il est impossible de se passer de rites. Les laïcistes avaient cru supprimer (presque) tout ce qui y ressemble dans la République. Mais on voit le grand retour en force d’un rituel républicain, comme pendant la Révolution française, selon une religiosité de substitution qui n’a jamais disparu, comme on le voyait chez Jaurès, et comme on le voit chez Peillon.

    On constate ici à quel point la Sainte Ecriture avait raison quand dans l’Ancien Testament les prophètes qualifient sans cesse les idoles des nations de « néants » et leurs fidèles d’adorateurs du vide.