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Le blog d'Yves Daoudal - Page 2

  • Jeudi de Pâques

    L’évangile de ce jour raconte l’apparition de Jésus à Marie Madeleine. Laquelle eut lieu au matin de Pâques, donc avant ce que nous racontaient les évangiles de lundi et de mardi, a fortiori bien avant la pêche miraculeuse d’hier.

    Pourquoi avoir attendu ce jour ? Parce que nous sommes jeudi. Octave du Jeudi Saint. De même que le jeudi de la Passion annonçait le Jeudi Saint, ce jeudi y renvoie. Le Jeudi Saint c’était le lavement de pieds figurant l’eucharistie, le sacrement de l’amour. Or Marie Madeleine est celle qui a aimé le plus, et qui a ainsi mérité de rencontrer Jésus dès sa résurrection, et d’être l’apôtre des apôtres : la station est à la basilique des Saints Apôtres, et c’est Marie Madeleine que l’on fête. Marie Madeleine qui avait lavé les pieds du Seigneur de ses larmes, comme nous le disait l’évangile du jeudi de la Passion.

    L’antienne du Benedictus nous dit : « Marie se tenait tout en larmes près du tombeau et elle vit deux anges assis, vêtus de blanc, et le suaire qui avait été sur la tête de Jésus. Alléluia. »

    On note que selon la liturgie Marie Madeleine a vu « le suaire ». C’est aussi ce que dit le Victimae Paschali laudes qu’on chante à toutes les messes de cette semaine.

    Dans l’évangile, c’est saint Jean qui remarque les linges funéraires dans le tombeau, et leur disposition, « et il vit, et il crut ». Marie Madeleine est appelée elle aussi à la foi, mais d’une autre manière. Elle ne voit pas seulement le suaire, elle voit le Ressuscité lui-même. « Ne me touche pas », lui dit-il. Ne me touche pas avec tes mains, avec tes sens corporels, car c’est dans la foi qu’on doit toucher le Ressuscité. Et qu’on le touche très réellement, dans l’Eucharistie. Mais « avec les mains de la foi, les doigts de l’amour, l’étreinte de la piété, les yeux de l’esprit » (saint Bernard).

  • Mercredi de Pâques

    L’évangile de la messe de ce jour est celui de la seconde pêche miraculeuse, celle d’après la résurrection.

    « Simon Pierre monta dans la barque, et tira à terre le filet, plein de 153 poissons. »

    On est habitué à plusieurs nombres symboliques dans l’Ecriture : 3, 7, 10, 12… Mais l’on peut s’étonner de ce 153, qui a priori ne nous dit rien et que saint Jean n’a pourtant pas mis au hasard.

    Saint Augustin est le premier semble-t-il à avoir remarqué que 153 est la somme des nombres de 1 à 17 : 1+2+3+4+5 etc. C’est ce qu’on appelle depuis Pythagore un nombre triangulaire, et 153 est le 17e nombre triangulaire, parce qu’on l’établissait alors par un triangle équilatéral de 17 pastilles de côté. Or bien sûr le triangle est le symbole de la Trinité.

    Quant à 17, saint Augustin explique que c’est un nombre formé de 10 et de 7, à savoir la Loi (le Décalogue) à laquelle s’ajoute la grâce du Saint-Esprit aux 7 dons, les 153 poissons symbolisant donc le nombre des élus, qui par la grâce ont observé les commandements. On peut aussi remarquer que 10 et 7 sont des nombres de la totalité, de la plénitude, et que 153 est donc une absolue plénitude de totalité et totalité de plénitude.

    En outre 17 est le… septième nombre premier. Et saint Augustin fait remarquer aussi que dans cet épisode évangélique il y a sept apôtres.

    Plusieurs pères, ne voyant pas le nombre triangulaire, ont décomposé 153 en 3 fois 50 plus 3, combinaison superlative du Saint-Esprit (la Pentecôte est le 50e jour après Pâques) et de la Trinité. Or cela correspond au fait que les Actes des Apôtres énumèrent 17 nationalités (figurant l’ensemble des nations) parmi ceux qui comprennent ce que disent les Apôtres le jour de la Pentecôte.

    C’est aussi un nombre marial : le Rosaire, plénitude de la prière mariale, se compose de 153 Ave Maria, qui sont engendrés par 17 prières (1 Credo et 16 Pater). On a pu remarquer aussi que la « Dame du Rosaire », à Fatima, est apparue entre le 13 mai et le 13 octobre, ce qui fait 153 jours. (Et l’Ave Maria lui-même est composé de 153 lettres si l’on néglige le « et » avant « benedictus », qui n’est d’aucune nécessité.)

  • Mardi de Pâques

    L’évangile de ce jour est la suite de celui d’hier, qui se terminait par le retour des pèlerins d’Emmaüs à Jérusalem, quand ils disent aux apôtres qu’ils ont vu Jésus et qu’ils l’ont reconnu à la fraction du pain.

    Entre les deux, quatre mots sont omis : « dum haec autem loquuntur » : Or, pendant qu’ils parlaient ainsi… Ils n’ont pas le temps de finir leur histoire que, voici, Jésus est là. Il les salue, et ils sont effrayés, tout le monde est effrayé, alors que les apôtres viennent de dire que Jésus est vivant puisqu’il est apparu à Pierre, et que les pèlerins d’Emmaüs viennent de dire également qu’ils l’ont vu…

    Pour leur prouver qu’il n’est pas un fantôme, Jésus leur montre ses pieds et ses mains, donc les stigmates de sa Passion, et il mange devant eux. Puis il leur dit la même chose, mais de façon un peu différente, qu’il a dite aux pèlerins d’Emmaüs, l’essentiel du kérygme qui était au centre du récit, et il ajoute, puisqu’il parle aux apôtres, que cette bonne nouvelle du salut qu’il vient d’opérer doit être annoncée au monde entier : « et être prêchés en son nom la pénitence et la rémission des péchés à toutes les nations ».

    On est presque à la fin de l’évangile de saint Luc. Il reste quelques mots, mais c’est pour parler de l’Ascension. Or nous n’y sommes pas encore.

    Mais il y a ici quelque chose de très important pour la compréhension des textes sacrés. En effet, saint Luc nous dit qu’après avoir parlé ainsi, le Ressuscité conduisit ses apôtres à Béthanie et, les bénissant, il monta au ciel.

    Or c’est le même saint Luc qui, au début des Actes des apôtres (et il n’est contesté par personne que c’est le même auteur) précise que l’Ascension a lieu 40 jours après.

    On voit là que les « contradictions » que la critique découvre dans les textes sacrés ne sont souvent que des artifices littéraires.

  • Lundi de Pâques

    L’évangile du lundi de Pâques est celui des pèlerins d’Emmaüs. Un épisode clef de l’Evangile. Nous sommes dans cette déchirure du temps, comme dit sœur Jeanne d’Arc, entre la vie terrestre du Seigneur et le temps de l’Eglise. Le texte est une grande inclusion, au centre de laquelle se trouve le kérygme, proféré par Jésus, qui sera le cœur de la prédication dans les Actes des apôtres, que le même saint Luc va écrire. Et le récit fait clairement allusion à la multiplication des pains qui, vue à travers la Cène, devient l’eucharistie pour toute la durée du temps de l’Eglise, durée indiquée par l’insolite imparfait : il leur donnait, il tendait la main pour leur donner le pain.

    C’est pourquoi l’Eglise a placé cet épisode immédiatement après le dimanche de la Résurrection.

    L’antienne du Benedictus et l’antienne du Magnificat montrent aussi que cet évangile est l’axe de ce jour :

    Jesus junxit se discípulis suis in via, et ibat cum illis : óculi autem eórum tenebántur, ne eum agnóscerent : et increpávit eos, dicens : O stulti et tardi corde ad credéndum in his, quæ locúti sunt prophétæ, allelúia.

    Jésus se joignit à ses disciples le long du chemin, et il marchait avec eux : mais leurs yeux étaient retenus de peur qu’ils ne le reconnussent : Et il les reprit, disant : O insensés et lents de cœur à croire tout ce qu’ont dit les prophètes, alléluia.

    Qui sunt hi sermónes, quos confértis ad ínvicem ambulántes, et estis tristes ? allelúia.

    Quels sont ces discours que vous tenez ainsi en marchant, et pourquoi êtes-vous tristes ? Alléluia.

    Mais ce n’est pas seulement ce jour. Les pèlerins d’Emmaüs vont pèleriner avec nous pendant le temps pascal, jusqu'à l’Ascension. Chaque jour (qui ne sera pas occupé par une fête de saint), aux vêpres, l’Eglise va chanter la demande pressante des pèlerins :

    V. Mane nobíscum, Dómine, allelúia.
    R. Quóniam advesperascit, allelúia.

    Reste avec nous, Seigneur, alléluia.
    Parce que le soir tombe, alléluia.

    Et on retrouvera encore cet épisode évangélique à plusieurs reprises, aussi le matin, dans l’antienne du Benedictus. Le jeudi et le vendredi de la troisième semaine, tous les jours, du lundi au vendredi, de la quatrième semaine, et encore le lundi de la cinquième semaine. Voici ces antiennes, qui reprennent tout l’essentiel de cet épisode et forment un des fils conducteurs du temps pascal.

    Tu solus peregrinus es, et non audísti de Jesu, quomodo tradidérunt eum in damnatiónem mortis? allelúia.

    Es-tu le seul pèlerin qui n’ait pas entendu ce qui s’y est passé à propos de Jésus, comment on l’a livré pour être condamné à mort ? Alléluia.

    Nonne sic opórtuit pati Christum, et ita intráre in glóriam suam ? allelúia.

    Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses, et qu'il entrât ainsi dans sa gloire? Alléluia.

    Et incípiens a Móyse et ómnibus prophétis, interpretabátur illis Scriptúras, quæ de ipso erant, allelúia.

    Et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliquait les Ecritures, qui parlaient de lui, alléluia.

    Et coëgérunt illum, dicéntes : Mane nobiscum, quóniam advesperáscit, allelúia.

    Et ils le pressèrent, disant : Reste avec nous, parce que le soir tombe, alléluia.

    Mane nobiscum, quóniam advesperáscit et inclináta est jam dies, allelúia.

    Reste avec nous, parce que le soir tombe et que le jour est déjà sur son déclin, alléluia.

    Et intrávit cum illis ; et factum est, dum recúmberet cum illis, accépit panem, et benedíxit, ac fregit, et porrigébat illis, allelúia, allelúia.

    Et il entra avec eux, et il arriva, pendant qu’il était à table avec eux, qu’il prit du pain, et le bénit, et le rompit, et il le leur tendait, alléluia, alléluia.

    Cognovérunt Dóminum Jesum, allelúia, in fractióne panis, allelúia, allelúia.

    Ils reconnurent le Seigneur Jésus, alléluia, à la fraction du pain, alléluia, alléluia.

    Nonne cor nostrum ardens erat in nobis, dum loquerétur in via, et aperíret nobis Scriptúras ? Allelúia.

    Est-ce que notre cœur n'était pas brûlant en nous, lorsqu'il nous parlait sur le chemin, et qu'Il nous expliquait les Ecritures? Alléluia.

  • Pâques

    Scuola di Andrei Rublev_ Anni 1425-1427.jpg

    Lorsque le sabbat fut passé, Marie-Madeleine, et Marie mère de Jacques, et Salomé, achetèrent des parfums pour venir embaumer Jésus. Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles vinrent au sépulcre, le soleil étant déjà levé. Et elles disaient entre elles: Qui nous retirera la pierre de l'entrée du sépulcre ? Et, en regardant, elles virent que cette pierre, qui était fort grande, avait été roulée. Et entrant dans le sépulcre, elles virent un jeune homme assis à droite, vêtu d'une robe blanche, et elles furent frappées de stupeur. Il leur dit: Ne vous effrayez pas ; vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié; Il est ressuscité, Il n'est pas ici; voici le lieu où on L'avait mis. Mais allez dire à Ses disciples, et à Pierre, qu'Il vous précède en Galilée; c'est là que vous Le verrez, comme Il vous l'a dit.

    Marc 16, 1-7

    Icône de l’école d’Andrei Roublev, 1425-27. Dans la liturgie byzantine ce n’est pas une icône du jour de Pâques mais du troisième dimanche de Pâques, qui est le dimanche où l’on honore les myrophores. L’icône de Pâques est celle du Christ aux enfers.

  • Les martyrs du Jeudi Saint

    Hier matin, les témoignages sur le massacre de Garissa au Kenya (au moins 148 morts et 80 blessés) étaient aussi abondants que disparates et contradictoires. Impossible de savoir quelle était la proportion des chrétiens tués. D’autant que les chababs ne font pas toujours la distinction (Allah reconnaîtra les siens…), et en outre les étudiants des universités « à l’occidentale » commettent de toute façon un grave péché. Selon certains témoins, d’ailleurs, les (quatre, ou cinq) chababs, entrés sur le campus vers 5h30 après avoir tué deux gardiens, avaient commencé par semer la terreur à la mosquée. Selon d’autres, ils avaient commencé à tirer sur les étudiants qui allaient à la chapelle… Ensuite ils auraient tiré sur tout ce qui bouge, puis auraient pris le contrôle des dortoirs et alors auraient fait le tri, parmi les étudiants qui n’avaient pas réussi à fuir, entre musulmans et chrétiens, laissant partir les premiers et tuant ou gardant les autres en otages. Il a fallu toute la journée et une partie de la soirée aux soldats kényans pour mettre un terme à l’horreur, les chababs se faisant alors exploser.

    Il apparaît finalement que la quasi totalité des morts, en dehors des deux gardiens, d’un policier et d’un soldat (dont on ne connaît pas la confession) étaient des chrétiens. Non pas fauchés par d’aveugles rafales de kalachnikov, mais froidement exécutés un par un. Un employé des ambulances Saint-Jean disait : « Ils ont tous la face contre terre, et ils ont été abattus d’une balle dans la nuque. »

    Une rescapée parlant de ses trois camarades tuées dit : « L’erreur qu’elles ont faite, c’est d’avoir dit : Jésus, sauve-nous, parce que c’est à cet instant qu’ils les ont abattues. »

    L’erreur ? Mais les chababs triaient d’abord en fonction des vêtements – et les chrétiennes n’étaient pas voilées. La terrible erreur aurait été de renier le Christ. En mourant dans la prière, comme les 21 coptes en Libye, elles ont été d’authentiques martyres. Les chababs ricanaient, en parlant de leur mort inéluctable : « Ça nous fera de belles vacances de Pâques. » Mais ce sont les chrétiens qu’ils ont massacrés qui sont allés participer directement au triomphe pascal.

  • Samedi Saint

    À notre époque, on entend parler avec une insistance croissante de la mort de Dieu. Pour la première fois, chez Jean Paul, il ne s’agit que d’un cauchemar*: Jésus mort annonce aux morts, depuis le toit du monde, que pendant son voyage dans l’au-delà il n’a rien trouvé, ni ciel, ni Dieu miséricordieux, mais seulement le néant infini, le silence du vide grand ouvert. Il s’agit encore d’un horrible rêve que l’on écarte en gémissant, au réveil, comme un rêve, justement, même si l’on ne parviendra plus jamais à effacer l’angoisse, qui était depuis toujours en embuscade, sombre, au fond de l’âme.

    Un siècle plus tard, chez Nietzsche, c’est une idée d’un sérieux mortel qui s’exprime dans un cri strident de terreur: «Dieu est mort! Dieu reste mort! Et nous l’avons tué!». Cinquante ans plus tard, on en parle avec un détachement académique et l’on se prépare à une «théologie après la mort de Dieu». On regarde autour de soi pour voir comment l’on peut continuer et l’on encourage les hommes à se préparer à prendre la place de Dieu. Le mystère terrible du Samedi saint, son abîme de silence, a donc acquis, à notre époque, une réalité écrasante. Car c’est cela le Samedi saint: jour du Dieu caché, jour de ce paradoxe inouï que nous exprimons dans le Credo avec ces mots: «descendu aux enfers», descendu à l’intérieur du mystère de la mort. Le Vendredi saint, nous pouvions encore regarder le Crucifié. Le Samedi saint est vide, la lourde pierre du sépulcre neuf couvre le défunt, tout est passé, la foi semble être définitivement démasquée comme illusion. Aucun Dieu n’a sauvé ce Jésus qui prétendait être son Fils. Nous pouvons nous tranquilliser: les prudents qui, auparavant, avaient été quelque peu ébranlés au fond d’eux-mêmes à l’idée qu’ils s’étaient peut-être trompés, ont eu raison en fait. Samedi saint: jour de la sépulture de Dieu; n’est-ce pas là, de façon impressionnante, notre jour? Notre siècle ne commence-t-il pas à être un grand Samedi saint, jour de l’absence de Dieu, jour où le cœur des disciples est également envahi par un vide effrayant, un vide qui s’élargit de plus en plus, si bien qu’ils se préparent, remplis de honte et d’angoisse, à rentrer chez eux? N’est-ce pas le jour où, sombres et brisés par le désespoir, ils se dirigent vers Emmaüs, sans du tout se rendre compte que celui qu’ils croyaient mort est au milieu d’eux?

    Dieu est mort et nous l’avons tué: nous sommes-nous précisément aperçus que cette phrase est prise, presque à la lettre, à la tradition chrétienne et que souvent, dans nos Viae Crucis, nous avons répété quelque chose de semblable sans nous rendre compte de la terrible gravité de ce que nous disions? Nous l’avons tué, en l’enfermant dans l’enveloppe usée des pensées habituelles, en l’exilant dans une forme de piété sans contenu réel qui se perd toujours dans des phrases toutes faites ou dans la recherche d’objets archéologiques de valeur; nous l’avons tué à travers l’ambiguïté de notre vie qui a étendu sur lui aussi un voile d’obscurité: en effet, dans ce monde, qu’est-ce qui aurait pu désormais rendre Dieu plus problématique, sinon le caractère problématique de la foi et de l’amour de ceux qui croient en lui?
    L’obscurité divine de ce jour, de ce siècle qui devient dans une mesure grandissante un Samedi saint, parle à notre conscience. Nous aussi avons affaire à elle. Mais, malgré tout, elle a en soi quelque chose de consolant. La mort de Dieu en Jésus-Christ est en même temps l’expression de sa solidarité radicale avec nous. Le mystère le plus obscur de la foi est en même temps le signe le plus clair d’une espérance qui n’a pas de limites. Et une chose encore: ce n’est qu’à travers l’échec du Vendredi saint, à travers le silence de mort du Samedi saint, que les disciples purent être conduits à la compréhension de ce que Jésus était vraiment et de ce que son message signifiait en réalité. Dieu devait mourir pour eux afin de pouvoir vivre réellement en eux. L’image qu’ils s’étaient faite de Dieu, dans laquelle ils avaient tenté de le faire entrer, devait être détruite pour que, à travers les décombres de la maison démolie, ils pussent voir le ciel, le voir Lui, qui reste toujours l’infiniment plus grand. Nous avons besoin du silence de Dieu pour faire de nouveau l’expérience de l’abîme de sa grandeur et de l’abîme de notre néant, qui s’ouvrirait tout grand s’il n’y avait pas Dieu.

    Il y a dans l’Évangile une scène qui annonce de manière extraordinaire le silence du Samedi saint et qui apparaît comme la description de notre moment historique. Jésus-Christ dort dans une barque qui, battue par la tempête, est sur le point de couler. Une fois, le prophète Elie avait tourné en dérision les prêtres de Baal, qui invoquaient inutilement, à grands cris, leur dieu pour qu’il fît descendre le feu sur le sacrifice, les exhortant à crier plus fort, au cas où leur dieu dormirait. Mais Dieu ne dort-il pas réellement? La raillerie du prophète n’atteint-elle pas aussi, pour finir, ceux qui croient dans le Dieu d’Israël, ceux qui voyagent avec lui dans une barque sur le point de couler? Dieu dort alors que les choses sont sur le point de couler: n’est-ce pas là l’expérience de notre vie? L’Église, la foi, ne ressemblent-elles pas à une petite barque qui va couler, qui lutte inutilement contre les vagues et le vent, alors que Dieu est absent? Au comble du désespoir, les disciples crient et secouent le Seigneur pour le réveiller, mais lui se montre étonné et leur reproche leur peu de foi. En va-t-il autrement pour nous? Quand la tempête sera passée, nous verrons combien de stupidité il y avait dans notre peu de foi. Et toutefois, ô Seigneur, nous ne pouvons que te secouer, toi, Dieu qui demeures en silence et qui dors, et te crier: réveille-toi, ne vois-tu pas que nous coulons? Réveille-toi, ne laisse pas durer pour l’éternité l’obscurité du Samedi saint, laisse aussi tomber sur nos jours un rayon de Pâques, joins-toi à nous lorsque nous nous dirigeons, désespérés, vers Emmaüs, pour que notre cœur puisse s’enflammer à ta proximité. Toi qui as guidé de façon cachée les chemins d’Israël pour être finalement homme avec les hommes, ne nous laisse pas dans les ténèbres, ne permets pas que ta parole se perde dans le grand gaspillage de mots de cette époque. Seigneur, accorde-nous ton aide, car sans toi nous coulerons.
    Amen.

    Joseph Ratzinger, Méditations pour la Semaine Sainte, 1969, première méditation pour le Samedi Saint.

    * Un songe, Discours du Christ qui n'aurait pas de Père et Le chercherait, 1798.

     

  • Fin de chrétienté

    Bernard Accoyer a déclaré à l’Assemblée nationale qu’il était inacceptable que les députés débattent d’un projet de loi le Vendredi Saint, soulignant qu’en outre c’est un jour férié en Alsace-Moselle et que le député alsacien Patrick Hetzel ne pouvait être là parce qu’il était « à la messe ce matin ».

    L’intention est bonne, sauf qu’il n’y a pas de messe le Vendredi Saint (et que la "fonction liturgique" ne peut avoir lieu que l'après-midi).

    La présidente PS de la commission des affaires sociales a répondu à Bernard Accoyer que ce vendredi « n’est pas plus saint qu’un autre ».

    Que Dieu lui pardonne.

  • Vendredi Saint

    Orley.jpg

    (D'un disciple de Bernard van Orley, vers 1520, Metropolitan Museum)

    Un des répons des ténèbres du Vendredi Saint, dans le rite ambrosien, chanté par la Chapelle de la cathédrale de Milan :
    podcast

    . Tenebrae factae sunt super universam terram
    dum crucifixerunt Jesum Judaei.
    Et circa horam nonam exclamavit Jesus voce magna:
    Deus, Deus quid me dereliquisti?
    Tunc unus ex militibus lancea latus ejus perforavit.
    * Et inclinato capite emisit spiritum.
    . Ecce terraemotus factus est magnus.
    Nam velum templi scissum est, et omnis terra tremuit.
    * Et inclinato capite emisit spiritum.

    Il se fit des ténèbres sur toute la terre, quand les Juifs eurent crucifié Jésus. Et vers la neuvième heure Jésus s’exclama d’une voix forte ; Ô Dieu, ô Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Alors un des soldats, de sa lance, perça son côté. Et, ayant incliné la tête, il rendit l’esprit. Voici qu’il se fit un grand tremblement de terre. Car le voile du temple se fendit, et toute la terre trembla. Et, ayant incliné la tête, il rendit l’esprit.

  • Crémisan a gagné !

    La Cour suprême d’Israël a tranché, après une procédure qui aura duré plus de neuf ans, en faveur des chrétiens de la vallée de Crémisan, près de Bethléem. Elle a donné raison aux habitants de Beit Jala qui avaient fait appel contre le tracé du mur, et aux salésiens qui les avaient rejoints. Pour construire le fameux mur de séparation, et la route qui lui est adjointe, de nombreuses parcelles allaient être confisquées, et en outre le mur allait empêcher les habitants de Beit Jala d’aller sur leurs terres restantes, et allait séparer les deux couvents (salésiens et salésiennes). En bref c’était la mort de la vallée de Crémisan, le poumon vert de Bethléem.

    La commission de la Cour suprême, présidée par l’ancien président de la Haute Cour, établit que le tracé prévu n’est pas le seul possible, contrairement à ce que prétendait le ministère de la Défense, et elle enjoint au gouvernement de faire un autre tracé qui soit moins dommageable pour les populations et les couvents… par exemple celui qui est proposé par les plaignants…

    (La photo ci-dessus, celle d’une procession sur le site menacé, est l’illustration de l’article de Palestine News Network. Le curé de Beit Jala célébrait une messe dans la vallée tous les dimanches, et les salésiennes disaient le chapelet tous les vendredis à l’endroit où le mur devait être construit. La photo ci-dessous montre une partie de la vallée menacée, avec l’un des couvents. J’ai déjà évoqué cette affaire : 1, 2, 3.)

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  • L’initiative citoyenne européenne en perdition

    En réponse aux critiques qui s’accumulent à propos de l’« initiative citoyenne européenne », la Commission européenne a répondu qu’elle ne changerait rien. Bref, que la chose allait mourir de sa belle mort, sans qu’il y ait besoin de sédation profonde… Conformément à ce qui était prévu, mais cela elle ne le dit pas.

    Mes lecteurs de Daoudal Hebdo se rappellent que j’avais suivi de près la délirante saga de la mise en place de l’« initiative citoyenne européenne ». Cette innovation démocratique majeure du traité de Lisbonne était censée permettre la participation des citoyens au processus de décision européen. C’était une exigence pour rapprocher les citoyens de Bruxelles, pour combler le « déficit démocratique » dont souffre l’UE, etc. J’avais montré, pas à pas, à quel point c’était du pipeau.

    On remarquera que le texte de la Commission, pour le troisième anniversaire de l’« initiative citoyenne européenne », est daté du 31 mars. Or elle avait été lancée le 1er avril 2012. Comme un poisson d’avril. Mais la réponse aux critiques n’en est pas un.

    Selon le traité de Lisbonne, l’« initiative citoyenne européenne » devait être mise en place dès l’entrée en vigueur du traité, mais la Commission avait encore mis deux ans et demi pour mettre au point le dispositif, en faisant croire que c’était une grande concertation entre le Conseil, le Parlement, et les citoyens, alors qu’elle décidait de tout toute seule (comme d’habitude).

    Car il fallait faire en sorte qu’il soit impossible qu’une initiative citoyenne puisse aboutir à une remise en cause de quelque diktat que ce soit de la Commission, tout en faisant miroiter le progrès démocratique majeur de la chose.

    On voit, trois ans plus tard, le résultat. 51 initiatives ont été enregistrées par la Commission. Sur ces 51, il y en a… deux qui ont abouti. Qui ont abouti… à rien.

    La première a été celle du « droit à l’eau » (gestion publique de l’eau) qui demandait une proposition de loi reconnaissant le droit humain à l'eau, ou l'engagement formel de ne lancer aucune initiative incitant à libéraliser ce service, et la confirmation que les services d'eau et d'assainissement seraient exclus du Partenariat transatlantique. L’initiative citoyenne a effectivement pour finalité d’obliger la Commission à élaborer un projet de loi. Mais la Commission a répondu par de bonnes paroles strictement verbales…

    La deuxième a été « Un de nous », l’initiative visant à protéger l’embryon humain, notamment en interdisant toute activité qui conduise à détruire un embryon. La Commission a répondu que c’était déjà « réglementé »… Les organisateurs ont porté plainte devant la Cour européenne de Justice, qui a obligé la Commission à formuler une nouvelle réponse. Celle-ci vient de le faire, ce même 31 mars. Elle répond… qu’elle a le droit de répondre comme elle l’entend. Sic.

    Comme, le même jour, la Commission fait savoir qu’elle ne changera rien au processus, on voit que la preuve est faite que c’était une mauvaise farce, et qu’il faut être singulièrement optimiste, ou plutôt inconscient, ou avoir du temps à perdre, pour tenter de nouvelles initiatives.

    D’ailleurs les demandes ont déjà chuté de façon spectaculaire l’an dernier.

  • Un européiste contre l’anglais

    L’européiste patenté de Libération Jean Quatremer publie un nouvel article contre le « monolinguisme anglophone » dans les institutions européennes. On y apprend notamment que notre ministre Michel Sapin écrit en anglais au commissaire européen Pierre Moscovici, que le secrétariat général français aux affaires européennes envoie aux députés français un document en anglais sur la position de la France concernant le plan de relance présenté par Jean-Claude Juncker, que depuis Jacques Chirac il n’y a plus de dirigeant français qui critique la nomination, aux plus hauts postes de Bruxelles, de personnalités qui ne parlent pas un mot de français, et qui sont de plus en plus nombreux, alors que le français est toujours officiellement l’une des trois langues de travail de l’UE. Et la section française de l’Association des journalistes européens (AJE) vient d’envoyer une lettre à Jean-Claude Juncker pour se plaindre de « l’abandon du français dans la communication de la Commission européenne comme du Service européen d’action extérieure et du Conseil européen ». La Commission, ajoute notamment Jean Quatremer, travaille désormais presque exclusivement en anglais, même dans les services où il n’y a aucun Anglais (ou Irlandais).

    On pourra se demander pourquoi un européiste fanatique, farouche militant anti-national et anti-identitaire, se plaint de voir marginalisée une langue qui, manifestement, serait aujourd’hui un frein à la construction européenne si l’on respectait ses prérogatives.

    Erreur, répond-il, car l’anglais que l’on parle et que l’on écrit est ce « globish » qui est très imprécis et qui commence à poser de sérieux problèmes aux juristes.

    Mais surtout… la vraie raison apparaît à la fin du long article : c’est contre-productif pour la construction de l’Europe unie dont on rêve. L’AJE explique que le monolinguisme anglophone est « doublement pénalisant pour les idées européennes : celles-ci paraissent l’apanage d’une minorité technocratique et élitiste, le discours anti-européen (professé dans la langue nationale) paraît supérieur au discours pro-européen »

    En bref, pour lutter contre le Front national, il faut défendre la langue française. Amusant, non ?

  • Quelquefois la CEF se réveille…

    La conférence épiscopale a publié un texte critique sur le projet de loi « santé », intitulé « Loi santé : la personne humaine risque d’être dégradée ».

    Les évêques dénoncent « la suppression du délai de réflexion avant une IVG » (on déplorera néanmoins le terme mensonger d’IVG au lieu d’avortement, et aussi la citation attribuée faussement à Simone Weil – il s’agit évidemment de l’autre) ; « l’autorisation du prélèvement d’organe » qui doit devenir tacite sauf refus exprimé (les évêques pourraient faire le lien avec la nouvelle loi d’euthanasie, mais il est vrai qu’ils ont oublié de la dénoncer) ; les « salles de shoot » ; et la « contraception d’urgence pour les mineurs », oubliant ici scandaleusement de rappeler qu’il s’agit d’avortement.

    Mais globalement on ne peut que se féliciter de l’existence de ce texte (en espérant qu’il ne s’agisse pas d’un poisson d’avril).

  • Jeudi Saint

    Qui, pridie quam pro nostra omniumque salute pateretur, hoc est hodie, accepit panem : ainsi dirons-nous aujourd’hui dans le Canon de la Messe. « Hoc est hodie » - la Liturgie du Jeudi Saint insère dans le texte de la prière le mot « aujourd’hui », soulignant ainsi la dignité particulière de cette journée. C’est aujourd’hui qu’Il l’a fait : pour toujours, il s’est donné lui-même à nous dans le Sacrement de son Corps et de son Sang. Cet « aujourd’hui » est avant toute chose le mémorial de la Pâques d’alors. Mais il est davantage encore. Avec le Canon, nous entrons dans cet « aujourd'hui ». Notre aujourd'hui rejoint son aujourd'hui. Il fait cela maintenant. Par le mot « aujourd'hui », la Liturgie de l’Église veut nous amener à porter une grande attention intérieure au mystère de ce jour, aux mots dans lesquels il est exprimé.

    Ainsi Benoît XVI commençait-il son homélie de la messe de la Cène, le Jeudi Saint 2009 (photo).

    Cet « aujourd’hui », c’est, a déjà dit l’Hanc Igitur au moment où le Canon se fait plus solennel, « ce jour où Notre Seigneur Jésus-Christ a confié à ses disciples la célébration des mystères de son corps et de son sang ».

    Ce jour d’aujourd’hui est celui de l’institution de l’Eucharistie et du Sacerdoce. Ce qui fonde l’Eglise. Toute Eglise. Donc l’Eglise diocésaine. Celle qui est réunie autour de son évêque, qui est le ministre plénipotentiaire des sacrements dans son diocèse, et le garant de la communion. L’évêque, qui représente le Christ instituant l’Eucharistie et le Sacerdoce, les sacrements de la communion de l’Eglise, ne peut donc pas célébrer cette messe ailleurs que dans sa cathédrale. Celle du pape est Saint-Jean de Latran, et la solennité de cette station a été annoncée et préparée hier, car la station du Mercredi Saint est à Sainte-Marie Majeure : le Jeudi Saint ne peut donc se célébrer qu’à Saint-Jean de Latran, seule église qui dépasse en dignité celle de la Mère de Dieu.

    L’évangile de cette messe est l’épisode du lavement des pieds, du « mandatum », le commandement de l’amour, que rapporte saint Jean à la place du récit de l’institution de l’Eucharistie. Ce qui montre qu’il y a une très étroite connexion entre l’un et l’autre, comme entre l’amour de Dieu et l’amour du prochain qui sont un seul commandement. Le Christ lave les pieds de ses apôtres au moment où il les fait prêtres pour perpétuer le Sacrifice eucharistique.

    Le rite du lavement des pieds se faisait autrefois après la messe de la Cène, et le pape le faisait non à Saint-Jean de Latran mais au Vatican. Il se fait depuis la réforme de 1955 après l’homélie de la messe, et dans toutes les églises où on le souhaite, alors qu’il ne se faisait que dans les cathédrales et les monastères.

    Tout ceci explique que ce sont seulement des hommes (catholiques), auxquels le pape, l’évêque, le prêtre, lave les pieds. Cela est précisé dans tous les textes, y compris le Missel romain de 2011. Du reste, en 2008, la Congrégation pour le culte divin avait souligné qu’il s’agissait bien d’hommes, de mâles, comme c’est très clair dans le Cérémonial des évêques de 1984.

  • L’Université d'été du Centre Charlier et de Chrétienté Solidarité

    Logo+Centre+Charlier.JPGL’Université d'été 2015 aura lieu du mardi 28 juillet au mardi 4 août, au domaine de la Castille, près de Toulon, comme l’an dernier.

    Sur le thème :

    Les religions et la politique

    Les inscriptions sont ouvertes.

  • Un certain président Muhammadu Buhari…

    Goodluck Jonathan n’a pas eu de chance cette fois-ci malgré son prénom : l’élection présidentielle du Nigeria a été remportée par son rival Muhammadu Buhari.

    On ne peut pas dire que ce soit une bonne nouvelle, même si l’homme assure avoir changé…

    Muhammadu Buhari est un homme du nord islamiste, né à Daura, à la frontière du Niger. Il est de l’ethnie Fulani, celle de ces « bergers » musulmans qui massacrent régulièrement les paysans chrétiens. En 2001 il avait souligné son « engagement total à la charia qui déferle sur tout le Nigeria ». En 2013 il demande au gouvernement d’arrêter de massacrer les gens de Boko Haram et déclare que ce qui est responsable des problèmes de sécurité du pays, c’est… « l’activité militante du Delta du Niger », autrement dit des ethnies chrétiennes du sud. Faut oser… Toutefois il avait plus récemment élevé la voix contre Boko Haram et avait même échappé à un attentat jihadiste.

    Le général Muhammadu Buhari a 72 ans. Dès 1966 il avait participé à un coup d’Etat militaire qui s’était notamment soldé par l’assassinat de la plupart des officiers Ibo (ethnie chrétienne du Delta). En 1976 il est ministre du Pétrole et, en même temps, directeur de la Nigerian National Petroleum Corporation. C’est alors que 2,8 millions de dollars ont disparu des comptes de la dite NNPC.

    En 1983 il est le commandant de la division blindée de Jos. Il fomente un coup d’Etat, prend le pouvoir et instaure une dictature.

    Mais en 1985 il est renversé par un autre coup d’Etat mené par un autre général.

    Il s’était présenté aux présidentielles de 2003, 2007 et 2011. Les trois fois il avait violemment contesté le résultat, alors qu’en 2003 il avait eu 32% des voix, et en 2007 moins de 19%. En 2011 il avait de nouveau frôlé les 32%, et il dira: « Si ce qui est arrivé en 2011 se produit à nouveau en 2015, par la grâce de Dieu, le chien et le babouin seront tous trempés de sang. »

    Ouf… (pour le moment).

  • En Tanzanie

    Un référendum sur la nouvelle Constitution devait être organisé le 30 avril prochain. Il pourrait être repoussé, d’une part pour des raisons d’organisation, d’autre part en raison de l’opposition de l’Eglise catholique.

    Le projet de Constitution étend en effet à tout le pays les tribunaux de la charia qui fonctionnent jusqu’ici dans le seul archipel de Zanzibar à large majorité musulmane.

    La conférence épiscopale dit seulement que certains articles peuvent porter la société dans la mauvaise direction. Certains ecclésiastiques sont plus explicites et rappellent que la Tanzanie est un Etat laïque. Et il y a eu un appel à boycotter le référendum.

  • En Syrie

    La ville d’Idlib, entre Alep et Lattaquié, non loin de la Turquie, a été prise le 28 mars par les jihadistes d’al-Nosra (Al-Qaida). Il y avait un bon millier de chrétiens dans la ville avant la guerre civile. La majeure partie d’entre eux avait fui. Plusieurs orthodoxes ont été arrêtés par al-Nosrah, dont le curé, selon les sources de Fides. Une contre-offensive de l’armée syrienne est en cours.

  • L’église des 21 martyrs

    Ce matin a eu lieu, dans le village d’al Awar, dans les environs de Samalot, la pose de la première pierre de l’église dédiée aux Martyrs de Libye, les 21 coptes égyptiens égorgés en territoire libyen par des jihadistes en janvier dernier.

    Le village d’al Awar se trouve à 25 km de Minya, sur le territoire de la province dont était originaire la majeure partie des victimes de la barbarie jihadiste. A l’initiative ont également pris part des représentants des communautés islamiques locales.

    Le gouverneur de Minya avait tenu une réunion du comité de conciliation avec des représentants anciens et influents des clans familiaux chrétiens et musulmans de la zone. A la rencontre, avaient également participé de hauts représentants de l’armée et des forces de sécurité. Les rencontres de conciliation et l’intervention d’autorités judiciaires et militaires ont servi également à surmonter les protestations et les résistances de groupes islamistes locaux ayant tenté de bloquer le projet de construction de l’église, appuyé par le gouvernement.

    (Fides)

  • Vaduz, capitale de la reconquête liturgique

    Pour la troisième année consécutive, Mgr Wolfgang Haas, archevêque de Vaduz (Liechtenstein), va célébrer demain en sa cathédrale la messe chrismale dans la « forme extraordinaire du rite romain » (qui devient donc ordinaire), avec son clergé, et en compagnie de ses amis du séminaire de la FSSP de Wigratzbad.

    Nombreuses photos de l’an dernier ici. (Via Rorate Caeli.)

  • La chanson du pape

    La chansonnette de « Jorge Bergoglio et Odino Faccia », interprétée par celui-ci place Saint-Pierre à l’issue de la messe du deuxième dimanche de la Passion ouvrant la Semaine Sainte, est sur YouTube. Chacun peut donc apprécier la qualité spirituelle tant des paroles quasi débiles quasi divines que de la musique de supermarché superlative du « nouvel hymne pour la Paix du Pape François » intitulé Para que todos sean Uno : Pour que tous soient Un.

    Odino Faccia  explique lui-même que c’est le pape en personne qui l’a chargé du travail de composition, d’interprétation et de diffusion de la chanson.

    Il rappelle qu’il a été élu en 2009 "Voix pour la paix dans le monde" par 23 organismes internationaux, et qu’il est ambassadeur de la Paix pour l’Unesco, qu’il est à la tête du « Réseau des artistes (sic) pour la Paix », etc.

    Voici une traduction de l’intégralité du chef-d’œuvre bergoglien, sur lequel Benoît et moi a attiré notre attention :

    Ce message est de lumière et d'espérance,
    Lumière qui traverse l'obscurité.
    Ne laisse jamais le passé déterminer ta vie,
    Regarde toujours en avant.

    L'avenir est dans ton esprit,
    Dans tes mains, et dans ton cœur.

    Refrain

    Pour que tous soient Un
    Les murs ont disparu,
    Seulement la valeur de la rencontre
    Qui est le pont vers la Paix.

    Pour que tous soient Un
    L’unité est le chemin,
    Une alliance toujours ouverte
    A l'amour et à la vérité.

    Quand tu te trouves face à la douleur
    Tu dois faire ce que le cœur demande
    Parce que les gestes les plus authentiques
    Sont les seuls qui conviennent.

    L'avenir est dans ton esprit,
    Dans tes mains, et dans ton cœur.

    Refrain

    Pour que tous soient Un
    Les murs ont disparu,
    Seulement la valeur de la rencontre
    Qui est le pont vers la Paix.

    Ne renonce pas à l’identité
    Pour vivre en harmonie.

    Pour que tous soient Un,
    L’unité est le chemin,
    Une alliance toujours ouverte
    A l’amour et à la vérité.

    Refrain

    Pour que tous soient Un,
    Les murs ont disparu,
    Seulement la valeur de la rencontre
    Qui est le pont vers la Paix.

    N.B. - Ce n'est (hélas) pas un poisson d'avril. Je ne fais pas de poissons d'avril pendant la Semaine Sainte.

  • Mercredi Saint

    La liturgie du temps de la Passion chante, comme son nom l’indique, les souffrances du Christ, que lui infligent les hommes. La plainte du Seigneur est omniprésente. Toutefois, la lumière de la Résurrection n’est jamais complètement absente, comme l’espérance ne doit jamais quitter l’âme du chrétien.

    Ainsi déjà hier l’introït de la messe, avec saint Paul, soulignait que c’est dans la Croix même que se trouve « notre salut, notre vie et notre résurrection »:

    Nos autem gloriári oportet in Cruce Dómini nostri Jesu Christi : in quo est salus, vita et resurréctio nostra : per quem salváti et liberáti sumus.

    Pour nous, il faut nous glorifier dans la croix de Notre Seigneur Jésus-Christ ; c’est en lui qu’est notre salut, notre vie et notre résurrection ; c’est par lui que nous avons été sauvés et délivrés.

    Aujourd’hui, l’introït est encore tiré de saint Paul, et souligne que c’est par son abaissement même jusqu’au supplice de la Croix que le Christ règne dans la gloire.

    In nómine Jesu omne genu flectátur, cæléstium, terréstrium et infernórum : quia Dóminus factus est obœdiens usque ad mortem, mortem autem crucis : ideo Dóminus Jesus Christus in glória est Dei Patris.

    Qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans le ciel, sur la terre et dans les enfers ; car le Seigneur s’est fait obéissant jusqu’à la mort et la mort de la croix : c’est pourquoi le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père.

    D’autre part, on a pu remarquer que depuis le Jeudi de la Passion les antiennes du Benedictus et du Magnificat ne sont pas reprises, comme c’est le cas habituellement lorsqu’il y a un évangile propre, de cet évangile.

    Il s’agit d’une des préparations rapprochées de la liturgie du triduum pascal. La messe du Jeudi de la Passion annonce celle du Jeudi Saint, et les antiennes du Jeudi de la Passion sont déjà reprises de l’évangile du Jeudi Saint.

    Voici ces antiennes, depuis le Jeudi de la Passion jusqu’au Mercredi Saint (au Benedictus, puis au Magnificat) :

    Jeudi

    Magíster dicit : Tempus meum prope est, apud te fácio Pascha cum discípulis meis.

    Le Maître dit : Mon temps est proche, je veux faire chez toi la Pâque avec mes disciples.

    Desidério desiderávi hoc Pascha manducáre vobíscum, ántequam pátiar.

    J’ai désiré d’un grand désir de manger cette Pâque avec vous, avant de souffrir.

    Vendredi

    Appropinquábat autem dies festus Iudæórum : et quærébant príncipes sacerdótum quómodo Jesum interfícerent, sed timébant plebem.

    Cependant ils étaient proches, les jours de la fête des Juifs : et les princes des prêtres cherchaient comment ils pourraient faire mourir Jésus ; mais ils craignaient le peuple.

    Príncipes sacerdótum consílium fecérunt ut Jesum occíderent : dicébant autem : Non in die festo, ne forte tumúltus fíeret in pópulo.

    Les princes des prêtres tinrent conseil pour faire mourir Jésus : mais ils disaient : Non pas un jour de fête, de peur qu’il ne s’élevât du tumulte parmi le peuple.

    Samedi

    Clarífica me, Pater, apud temetípsum claritáte, quam hábui priúsquam mundus fíeret.

    Glorifie-moi, Père, auprès de toi, de la gloire que j’ai eue avant que le monde fût.

    Pater iuste, mundus te non cognóvit : ego autem novi te, quia tu me misísti.

    Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais, moi, je te connais parce que tu m’as envoyé.

    Dimanche

    Turba multa, quæ convénerat ad diem festum, clamábat Dómino : Benedíctus qui venit in nómine Dómini : Hosánna in excélsis.

    Une foule nombreuse, qui s’était rassemblée pour le jour de la fête, acclamait le Seigneur : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur : Hosanna au plus haut des cieux.

    (Il s’agit d’un mystère du jour, mais pas de l’évangile de la messe de ce jour.)

    Scriptum est enim : Percútiam pastórem, et dispergéntur oves gregis : postquam autem resurréxero, præcédam vos in Galilǽam : ibi me vidébitis, dicit Dóminus

    Il est écrit : Je frapperai le pasteur et les brebis du troupeau seront dispersées : mais après que je serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée, c’est là que vous me verrez, dit le Seigneur.

    Lundi

    L’antienne de Benedictus est la même que celle de samedi. Au Magnificat:

    Non habéres in me potestátem, nisi désuper tibi datum fuísset.

    Tu n’aurais * pas de pouvoir sur moi, s’il ne t’avait été donné d’en haut

    Mardi

    Ante diem festum Paschæ, sciens Jesus quia venit hora ejus, cum dilexísset suos, in finem diléxit eos.

    Avant le jour de la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue, comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’à la fin.

    Potestátem hábeo ponéndi ánimam meam, et íterum suméndi eam.

    J’ai le pouvoir de donner ma vie, et j’ai le pouvoir de la reprendre

    Mercredi

    Simon, dormis ? Non potuísti una hora vigiláre mecum ?

    Simon, tu dors ? Tu n’as pu veiller une heure avec moi ?

    Ancílla dixit Petro : Vere tu ex illis es : nam et loquéla tua maniféstum te facit.

    Une servante dit à Pierre : Certainement, toi aussi, tu es de ces gens-là : car ton langage le révèle.

  • Circulez, François ne dira rien…

    Pour quiconque n’est pas au courant des détails de la vie de l’Eglise, spécialement hors d’Europe, le communiqué du « vice-directeur » de la Salle de presse du Saint-Siège, ce jour, est incompréhensible :

    « Avant la récente nomination de Mgr Juan de la Cruz Barros Madrid comme Evêque de Osorno (Chili), la Congrégation pour les évêques a soigneusement étudié la candidature du prélat et n'a pas trouvé de raisons objectives susceptibles d'empêcher sa nomination. »

    Comme s'il ne fallait pas savoir de quoi il retourne. Circulez, il n'y a rien à voir. La congrégation a raison parce qu'elle a raison, et le pape a bien fait.

    Il y a donc un Mgr Juan de la Cruz Barros Madrid. En plus court Mgr Juan Barros. Que le pape a nommé évêque de Osorno au Chili le 10 janvier dernier.

    Et, ce 31 mars, le Vatican nous dit que l’on n’a pas trouvé de raisons objectives qui auraient pu empêcher sa nomination.

    Cela veut donc dire que des raisons ont été émises et qu’elles étaient assez dignes d’intérêt pour qu’on les examine et qu’on les réfute. Mais on ne vous dira pas ce que c’est.

    En fait le communiqué est censé répondre, sans le dire, à ce qui s’est passé le 21 mars. Ce jour-là, Mgr Barros devait être intronisé dans son diocèse. Il y avait énormément de monde pour l’accueillir à la cathédrale : mais pour lui dire qu’on ne voulait pas de lui. L’évêque a dû être escorté par la police, mais il n’a pas pu faire l’homélie, la communion des fidèles a été supprimée, et il n’a pas pu remonter la nef de sa cathédrale…

    Le président de la conférence épiscopale, le cardinal Ezzati, n’était pas là : il avait un engagement de longue date… De nombreux autres évêques s’étaient fait porter pâle, et même 15 des 35 prêtres du diocèse.

    Quelque 51 députés avaient écrit au pape pour qu’il renonce à cette nomination, et une pétition avait recueilli plus d’un millier de signatures.

    Mais cette nomination était voulue par le cardinal Francisco Javier Errazuriz Ossa, qui est un des 9 membres du conseil rapproché de François.

    Que reproche-t-on à Mgr Barros ? Dans le meilleur des cas d’avoir caché les abus sur mineurs du P. Fernando Karadima, qui était un prêtre très influent de Santiago du Chili, notamment dans la haute bourgeoisie. Dans le pire des cas d’avoir servi les appétits du prédateur.

    Les premières plaintes contre Karadima eurent lieu en 1984, quand des paroissiens écrivirent à l’archevêque pour se plaindre. Mais le P. Karadima avait fait nommer un homme de confiance comme secrétaire de l’archevêque : c’était… Juan de la Cruz Barros Madrid (l’un des quatre « disciples » de Karadima qui allaient devenir évêques). Et la lettre des paroissiens alla directement au panier.

    En 2003 un paroissien relança l’affaire, alors que l’épiscopat chilien avait mis au point une procédure pour traiter les cas d’abus sur mineurs de la part d’ecclésiastiques. Mais le nouvel archevêque, celui-là même qui est aujourd’hui membre du conseil du pape, Mgr Errazuriz Ossa, temporisa, demandant de nouvelles preuves et suggérant que le délai de prescription était dépassé…

    En 2010 ce fut une plainte devant la justice civile, de la part de quatre hommes qui avaient été des fidèles de Karadima. Elle n’aboutit pas non plus, à cause des hautes protections dont bénéficiait le prêtre.

    En 2011, c’est le Vatican qui le jugea coupable d’abus sexuels et psychologiques sur mineurs, l’interdit de tout exercice du sacerdoce, et l’envoya dans un couvent mener « une vie de prière et de pénitence ».

    Mgr Barros a envoyé une lettre à tous les prêtres de son diocèse où il affirme qu’il ne savait rien des agissements du P. Karadima. Mais ces dénégations ne peuvent pas convaincre ceux qui ont vécu l’affaire. Elles ne font qu’aggraver son cas. D’où la réception très spéciale à la cathédrale.

    Retournons maintenant au communiqué: on peut vérifier comment François met en pratique son enseignement sur la façon d'être "gentil" quand il y a un problème et de "caresser les conflits"...

  • Manuel Valls a disjoncté pour de bon

    Dans une démocratie, un responsable politique qui s’engage à fond dans une campagne électorale et qui subit une cuisante défaite présente aussitôt sa démission s’il n’avait pas de mandat à perdre.

    Qui donc plus que Manuel Valls s’est engagé dans la campagne ? C’est au point que, le 26 mars, il avait refusé de répondre à une question sur le chômage en disant : « Je suis en campagne. Je ne fais pas deux choses à la fois. Il faut vous y habituer. » Sic.

    Or cet homme qui était à 100% en campagne a subi une écrasante défaite. Sa campagne a été méchamment sanctionnée par les électeurs. Mais il n’est pas question qu’il quitte Matignon.

    Il a même osé dire ce matin :

    « Les Français me demandent de rester en poster pour redresser l'emploi et le pays. »

    Et pour faire bonne mesure il n’a pas écarté l’idée que des Verts entrent au gouvernement s’il y a un « pacte » entre le PS et eux.

    En effet, quand un gouvernement est ultra-minoritaire, il n’y a pas de raison qu’il ne fasse pas ministres des représentants d’un parti ultra-groupusculaire : les candidats EELV ont obtenu 0,16% des voix aux départementales.

  • On ne peut pas avoir deux femmes

    Finalement, pour faire comprendre de quoi il s’agit, la formule du cardinal Müller est simple et claire :

    « Il est impossible d’avoir deux femmes ! Si la première union est valide, il n’est pas possible d’en contracter une seconde en même temps. »

    (C’est la formule « divorcés remariés » qui embrouille tout, car elle est mensongère. Il faudrait déjà que les évêques et les théologiens l’abandonnent et la rejettent.)

  • Au Vietnam

    Les autorités communistes du district de Dak To, province de Kon Tum, menacent de détruire 22 chapelles catholiques, sous le prétexte habituel qu’elles n’ont pas de permis de construire, ou pas de permis pour servir au culte.

    Le décret signé du président du district est du 30 janvier. Le 4 février, le vice-président a donné l’ordre de procéder aux démolitions, et a en même temps interdit aux catholiques d’utiliser leurs maisons comme lieux de culte.

    Les autorités n’ont accepté que deux églises officielles pour le district de Dak To et deux autres districts, ce qui est très insuffisant pour les 51.000 catholiques dispersés sur ces territoires. Et encore ce n’est que récemment que les autorités ont accepté que des prêtres se rendent dans cette région des hauts-plateaux habitée par des minorités ethniques toujours suspectes de rébellion.

    Les fidèles ont écrit à l’évêque de Kon Tum, Mgr Michael Hoang Duc Oanh. Celui-ci leur a répondu en leur demandant de rester calmes et fermes dans la foi, et de rechercher le dialogue avec les autorités, tout en leur rappelant que la liberté de religion est garantie dans la Constitution, et en leur promettant d’intervenir.

    C’est peut-être pourquoi les chapelles n’ont pas encore été démolies. Mais une rumeur circule sur une prochaine mise en application de la décision des autorités.

  • Après la messe de la Passion

    Place Saint-Pierre :

    « Pardonnez-moi, mais je ne peux pas garder le silence: cela s'est passé tout à l'heure sur Rai Uno, en direct; le direct était pour le dimanche des Rameaux, Place Saint-Pierre, une liturgie dont nous savons qu'elle retrace la Passion du Seigneur, une liturgie qui nous amène vraiment à réfléchir profondément sur ce que le Seigneur a vécu pour nous, une liturgie qui nécessite certainement d'être suivie de recueillement, qui nous invite à réfléchir, à l'ouverture de cette Semaine sainte .... mais au contraire, qu'arrive-t-il? Le reporter annonce en ricanant l'innovation voulue par François, une innovation destinée à réjouir les nombreux jeunes présents sur la Place Saint-Pierre ...... un rythme de discothèque s'élève de la Place à plein volume, la caméra s'attarde sur quelqu'un qui commence à danser, et un jeune chanteur "argentin", qui a composé la chanson en utilisant des paroles de François, commence à chanter... »

  • Evêque(s)

    Albenga.jpg

    Le 10 janvier dernier, le pape avait nommé un évêque coadjuteur dans le diocèse d’Albenga. Pour « surveiller » Mgr Oliveri avant de prendre sa place, pensait-on. Et l’on n’y a plus guère pensé. Le 25 mars, jour de l’Annonciation, la bulle de nomination a été publiée sur le site du diocèse. Le site Messa in latino en a pris connaissance. Et a découvert alors que le coadjuteur était en fait nommé avec des « pouvoirs spéciaux »… qui ne sont rien d’autre que les pouvoirs ordinaires de l’évêque. Selon le canon 381.

    Bref Mgr Oliveri est dépouillé de ses pouvoirs épiscopaux au profit de son coadjuteur.

    Autrement dit, François a inventé l’évêque titulaire non pas d’un diocèse disparu mais d’un diocèse qui existe et dont le coadjuteur est le véritable évêque.

    Il va de soi que sur le plan ecclésiologique c’est une complète aberration.

    Et comme si cela ne suffisait pas, il y a en outre la cruelle hypocrisie ecclésiastique :

    « Enfin, ô vénérable Frère, uni par la charité fraternelle au Pasteur du diocèse d’Albenga-Imperia, fais en sorte de travailler quotidiennement dans ce lieu surtout avec le bon feu de la charité (cf. saint Ambroise) qui parmi les vertus chrétiennes occupe la première place. »

  • Mardi Saint

    Aujourd’hui, nous lisons la Passion selon saint Marc, le compagnon de saint Pierre. Aucun autre évangile ne raconte le reniement de saint Pierre d’une manière aussi humiliante (c’est l’humble confession du prince des Apôtres).

    A notre entrée dans l’église, nous nous trouvons en face de la Passio beata, l’heureuse Passion du Christ. La gloire de la Résurrection, qui brillera à la fin de cette semaine, fait déjà luire ses premiers rayons dans l’obscurité de la Semaine Sainte. (Observons tous les introïts de cette semaine ; ils respirent, tous, la confiance et nous font apercevoir, à travers les souffrances de la Croix, la joie de la Résurrection). L’Oraison demande la rémission des péchés en considération des « sacramenta Dominicæ Passionis », des mystères de la Passion du Seigneur. Dans la leçon, nous entendons encore le Prophète Jérémie, qui est la figure du Christ souffrant : « J’étais, comme un doux agneau, conduit à l’immolation » et nous entendons aussi la voix des ennemis : « Mettons du bois dans son pain » (allusion mystérieuse à la mort sur la Croix et à l’Eucharistie). Les trois chants de procession qui suivent (Graduel, Offertoire et Communion) sont des plaintes sorties de la bouche du Christ. Nous entrons donc dans le sacrifice douloureux du Christ et nous portons, pendant la journée entière, le souvenir de sa mort. Aujourd’hui, on chante la Passion selon saint Marc. C’est la prédication de saint Pierre. Quand la communauté se rend à l’autel pour recevoir le pain et le vin changés au corps et au sang du Seigneur, le chœur chante : « Ils chantent à mon sujet des chansons moqueuses, ceux qui boivent du vin devant la porte ». Le précieux sang nous fait songer aujourd’hui aux soldats ivres qui insultaient le Christ. Il est à remarquer que, précisément dans ces jours, la liturgie se plaît, à l’Offertoire et à la Communion, à faire un rapprochement entre le pain et le vin du sacrifice et la Passion du Seigneur (cf. Le dimanche des Rameaux : Off. et Com., et le Mercredi Saint Off. et Com.).

    Dom Pius Parsch

  • Lundi Saint

    Jésus est à table, avec Lazare qu’il a ressuscité des morts, et il annonce sa propre mort – et sa propre résurrection, mais de façon mystérieuse. Car la résurrection de Jésus est un mystère, la résurrection de Lazare était un « signe », comme aime à dire saint Jean : un signe de la résurrection pascale.

    Il est émouvant de voir que c’est Marie, celle qui aimait être aux pieds du maître, celle qui avait choisi la meilleure part, qui est l’actrice de ce qui est aussi un « signe » de la mort et de la résurrection du Christ.

    Elle verse sur les pieds de Jésus un nard « pistique » de grand prix. Oui, à mon sens, on devrait traduire « pistique ». Car c’est ce qu’ont fait ceux qui ont traduit du grec en latin, et saint Jérôme l’a ratifié (ou l’a mis lui-même), et tous les manuscrits latins ont « pistici », à savoir pisticus au génitif, comme tous les manuscrits grecs ont « πιστικῆς », à savoir « pisticos » au génitif.

    Or « pisticus » n’existe pas en latin. Les traducteurs ont laissé le mot grec, de peur peut-être de se tromper. Ou pour laisser le mystère. Ou plutôt pour souligner le mystère. Pisticos vient de pistis, la foi, comme le remarquait saint Augustin. Il veut dire « de confiance », « fiable ». Mais plus que cela. C’est le parfum de la foi que verse Marie, et qui répand sa bonne odeur dans toute la maison, et dans l’évangile de saint Marc Jésus dit que partout où l’on prêchera l’Evangile on racontera ce qu’elle a fait : « in universo mundo », dans l’univers entier se répandra l’odeur de ce parfum.

    Et cette bonne odeur renvoie naturellement à tous les « parfums de bonne odeur » que répandent dans tout l’Ancien Testament les sacrifices que Dieu agrée. Or c’est LE Sacrifice qui est ici annoncé. Et Jésus le souligne : « Pour le jour de ma sépulture elle le garde. » Elle « le garde », ce parfum qu’elle vient pourtant de verser entièrement. Elle le garde pour l’embaumer. Mais elle ne pourra pas l’embaumer, car il sera ressuscité avant que les myrophores puissent accomplir leur œuvre. Il sera ressuscité, c’est pourquoi Marie a versé le parfum en ce jour, elle a embaumé celui qui reviendra des morts avant de pouvoir être embaumé. Car il aura répandu la bonne odeur de son sacrifice pour le salut de tous les hommes.