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Le blog d'Yves Daoudal - Page 4

  • Samedi des quatre temps de carême

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    Cantatorium de Saint-Gall, vers 920.

    Pendant longtemps on a pensé que le « trait » était un chant qui remplaçait l’alléluia pendant le carême et aux autres jours de pénitence, et donc que ces pièces de plain chant étaient plus récentes que les alléluias. On s’est aperçu que c’était le contraire : les traits sont les pièces les plus anciennes (elles ont été remplacées par l'alléluia qui ne se chantait qu'au temps pascal). Ce qui correspond à leur aspect « primitif » : il n’existe de traits qu’en deux modes : 2 et 8, et ils reprennent sans cesse les mêmes motifs.

    Quant au sens du mot, on a souvent dit qu’il venait du verbe qui veut dire « traîner », parce que c’est un chant lugubre qui demande qu’on « traîne » la voix. Durand de Mende, dans son Rational, insiste pendant plus de trois pages sur cette idée : « Le trait s’appelle ainsi de trahere, tirer, traîner, parce qu’on le chante en traînant (tractim), d’une voix dure, et en pesant sur les mots. Cela figure la misère et le labeur du présent exil, dont le Psalmiste dit : “Que je suis malheureux de ce que le temps de mon exil est si long !” » Etc.

    En fait l’expression complète est « psalmus tractus », psaume chanté d’un trait, car au départ c’est un psaume entier ou presque entier (comme au premier dimanche de carême), et qui n’a pas de refrain comme les « répons ».

    Voici le trait de la messe de ce jour, qui était chantée à la fin de la longue veillée d’ordinations, et qui est le même que celui de la veillée pascale. C'est un psaume entier (le plus bref du psautier), et l'on constate immédiatement que, comme beaucoup d’autres, il n’a rien de triste.

    Par les moines de Ligugé, en 1960.


    podcast

    Laudáte Dóminum, omnes gentes : et collaudáte eum, omnes pópuli. Quóniam confirmáta est super nos misericórdia eius : et véritas Dómini manet in ætérnum.

    Nations, louez toutes le Seigneur ; peuples, louez-le tous. Car sa miséricorde a été affermie, et la vérité du Seigneur demeure éternellement.

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  • Grain de sable

    La Fondation Jérôme Lejeune a réussi à faire annuler par la Cour administrative d’appel de Versailles deux autorisations de recherche sur l’embryon humain accordées par l’Agence de biomédecine (AMB).

    L’une était pour la mise en œuvre d’un protocole de recherche sur l’embryon humain, autorisation accordée par l’ABM en 2015 au CHU de Marseille. La Fondation Lejeune a demandé l’annulation du protocole au motif notamment que la recherche était dénuée de pertinence scientifique. La Cour a considéré que les pièces du dossier n’établissent pas, sans études préalables sur la souris, le caractère indispensable de l’utilisation d’embryons humains aux fins d’atteindre les objectifs de recherche en cause.

    L’autre était l’autorisation en 2015 également d’un protocole de recherche sur les cellules souches embryonnaires. L’annulation de ce protocole a été demandée au motif notamment que l’ABM n’avait pas évalué, préalablement à l’autorisation, les garanties de sécurité, qualité et traçabilité des embryons et CSEh ainsi que les conditions matérielles de réalisation de la recherche en application de l’article R 2151-2 du code de la santé publique. La Cour a estimé que l’autorisation de l’ABM avait été prise en méconnaissance des dispositions de l’article R 2151-2 du code de la santé publique.

    C’est ce que nous dit Gènéthique, et l’arrêt n’est pas en ligne. Mais l’article R 2151-2 du code de la santé publique dit simplement que la conception in vitro d'embryon ou la constitution par clonage d'embryon humain à des fins de recherche est interdite. Cela veut-il dire que l’autorisation avait été donnée à une recherche sur des embryons conçus pour cela ?

    Plusieurs autres recours du même type sont devant la justice.

  • Offensive allemande

    Le cardinal Reinhard Marx a tenu une conférence de presse hier à l’issue de l’assemblée de printemps de la Conférence des évêques d’Allemagne. Il a déclaré que les évêques avaient traité des problèmes « systémiques » liés à la crise des abus sexuels, ce qui « n’a pas été discuté à Rome » lors du récent sommet sur la question. « Nous sommes la seule Eglise locale à affronter cette question maintenant », a-t-il dit.

    Il a été décidé de lancer un « processus synodal » avec trois forums de discussion : un sur le célibat sacerdotal, un sur la morale sexuelle, un sur les questions de pouvoir et de participation. Ce processus sera entrepris avec le Comité central des « catholiques » allemands. Les premiers résultats seront présentés en septembre.

    Ces résultats sont d’ores et déjà connus, bien sûr. Le cardinal Marx a indiqué que la majorité des évêques pensent qu’un « changement est nécessaire » en ce qui concerne la morale sexuelle de l’Eglise. Au terme du processus une lettre sera envoyée à Rome afin d’introduire ces thèmes dans l’Eglise universelle. Il a rappelé que les évêques allemands avaient déjà pris une telle initiative en 1970, mais qu’ils n’avaient reçu aucune réponse : à l’époque, certaines choses ne pouvaient même pas être discutées ouvertement, « parce qu’on pouvait avoir des problèmes avec Rome, mais ce temps est maintenant révolu ».

    Le cardinal Marx s’est particulièrement félicité de l’intervention devant les évêques du professeur Eberhard Schockenhoff et en a conclu qu’il « est nécessaire de discuter du Catéchisme ».

    Selon Eberhard Schockenhoff, professeur de théologie de Fribourg :

    — La sexualité et la luxure doivent être considérées dans leurs caractéristiques positives comme aidant les gens à « assumer leur identité », et donc considérées comme une « fin en soi », sans référence à la procréation, car « la sexualité détermine toute l'existence de l'homme ».

    — Tout en affirmant « la fin sociale de la sexualité et son importance pour la préservation de la société humaine par la procréation », il convient néanmoins d'accepter la contraception artificielle : « la planification familiale, même à l'aide de moyens de contraception artificiels, ne constitue pas un acte contre la vie (selon ce qu’insinuent des condamnations magistérielles), mais est plutôt au service de la vie. »

    — La masturbation « peut signifier une gestion responsable de sa sexualité propre ».

    — « Les actes homosexuels réalisent des valeurs positives significatives, dans la mesure où ils peuvent être une expression d'amitié, de loyauté, de fidélité et d'assistance dans la vie."

    — Alors que le mariage monogame est « le meilleur cadre biographique et institutionnel» en matière de sexualité humaine, si une relation de couple non marié est orientée vers la durée et l'exclusivité on peut considérer la vie sexuelle de tels couples « de manière positive », tant qu'ils « ne nuisent à personne ».

    — Les relations homosexuelles doivent être « acceptées sans condition » et ces activités sexuelles ne doivent pas être « moralement exclues ».

    — L'Église doit « accepter avec un langage approbateur qu'il existe des personnes qui ne peuvent pas s'identifier entièrement comme appartenant au sexe masculin ou féminin ».

    Si l’Eglise doit « conserver la conception du mariage comme un partenariat de vie affectif et intégral entre un homme et une femme », elle doit s'assurer que « les personnes homosexuelles et intersexuelles ainsi que les personnes transgenres ne soient pas injustement discriminées » (l‘injuste discrimination commençant par un langage non approbateur...).

  • Vendredi des quatre temps de carême

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    Angelus Dómini descendébat de cælo, et movebátur aqua, et sanabátur unus.
    L’Ange du Seigneur descendait du ciel et agitait l’eau, et un seul était guéri.

    Qui me sanum fecit, ille mihi præcépit : Tolle grabátum tuum, et ámbula in pace.
    Celui qui m’a guéri m’a ordonné : prends ton grabat et va en paix.

    Telles sont ce jour les antiennes du Benedictus et du Magnificat, qui reprennent deux éléments de l’évangile bien connu de la guérison un jour de sabbat à la piscine probatique. Toutes deux sont différentes du texte de la Vulgate et de tout autre texte latin (ou grec) de l’évangile, et sont donc proprement liturgiques.

    Le verset 4 du chapitre 5 de saint Jean dit selon le texte de la Vulgate :

    Car un ange du Seigneur descendait à certains temps dans la piscine, et agitait l’eau. Et celui qui y descendait le premier après l’agitation de l’eau était guéri de son infirmité quelle qu’elle fut.

    Ce verset a été supprimé dans plusieurs éditions récentes de la Vulgate, parce que nos modernes érudits ont décidé qu’il n’était pas authentique. Pourtant il figure dans la grande majorité des manuscrits latins, mais il manque dans plusieurs manuscrits grecs importants. On touche ici un défaut majeur des spécialistes modernes : ils font l’impasse, une impasse totale, sur la tradition, sur toute la tradition. Sur la tradition des manuscrits, car le verset figure dans de très vénérables témoins, et dans la tradition biblique latine, et dans la tradition biblique byzantine, et ils font l'impasse sur la tradition des pères de l’Eglise (il est commenté par Tertullien, saint Hilaire, saint Ambroise, saint Augustin, Didyme, saint Jean Chrysostome, saint Cyrille de Jérusalem…), et sur la tradition liturgique. Pour s’en tenir aux seuls manuscrits reçus par la tradition, il y a pour ce verset un accord quasi complet (c’est loin d’être toujours le cas) entre les traditions byzantine, latine et syriaque. Il me semble que lorsqu’on est catholique on doit en prendre acte.

    On remarquera que l’antienne de Benedictus, résumant la seconde partie du verset, dit : « un seul était guéri ». L’expression « un seul » ne figure pas dans le texte, mais on constate que saint Augustin évoque ce « un seul » dans son commentaire :

    Là était guéri un seul, signifiant l’unité [de l’Eglise] ; quiconque y descendait ensuite n’était pas guéri, car quiconque est en dehors de l’unité ne peut être guéri [de ses péchés].

    Est-ce saint Augustin qui s’est inspiré de la liturgie, ou l’inverse ?

    L’antienne de Magnificat n’est pas identique non plus au texte de l’évangile. Il y a « praecepit », il m’a commandé, il m’a ordonné, alors que les textes tant latins que grecs ont tous « il m’a dit ». Et aucun texte n’a à la fin : « in pace ».

    Dans son commentaire, saint Augustin n’a pas non plus « in pace ». On peut remarquer que « va en paix » est la conclusion de la confession des péchés, les derniers mots du prêtre après que le pénitent a reçu l’absolution, a été guéri dans la piscine du sacrement de pénitence.

    (Miniature syriaque de Mossoul. On peut en voir d’autres du même manuscrit sur le site du Département d’études syriaques du patriarcat syro-orthodoxe.)

  • Orbán tient au PPE…

    Viktor Orbán a écrit une lettre aux présidents des 13 partis du PPE qui demandent son exclusion.

    « Je souhaite par la présente exprimer mes excuses, si vous avez trouvé ma citation personnellement offensante », écrit-il. La citation, c’était de les traiter d’« idiots utiles » (à la solde de Juncker), mais, souligne-t-il, il ne faisait que citer Lénine de façon générale et n’avait pas l’intention de blesser qui que ce soit en particulier.

    Il poursuit :

    « Ce n’est un secret pour personne qu’il existe de graves désaccords (...) sur la question des migrations, de la protection de la culture chrétienne et de l’avenir de l’Europe. Ce n'est également un secret pour personne que nous ne souhaitons pas changer notre position sur ces questions. Cependant, je ne pense pas qu'il soit raisonnable de résoudre de tels différends en expulsant un parti de notre famille politique. Je souhaite donc respectueusement vous demander de réexaminer votre demande d’exclusion, si possible. »

    Le président des chrétiens-démocrates flamands, Wouter Beke, qui a révélé l’existence de la lettre et sa teneur, a aussitôt répondu qu’il acceptait les excuses mais que « la question ne concerne pas l’offense faite à Wouter Beke, elle concerne le respect des valeurs européennes et une meilleure coopération pour la protection des frontières extérieures de l’UE. Et là je ne vois aucun changement. Le CD&V s'en tient à sa position : il n’y a pas de place pour le Fidesz dans le PPE. » (Juste comme ça en passant : Beke a 2 députés européens, Orbán, Premier ministre élu trois fois avec les deux tiers des suffrages, en a 20).

    Cette lettre montre que Viktor Orbán tient à rester au PPE. Ce qui est bizarre. Car même si le PPE a édulcoré sa « doctrine » (à l’origine ouvertement fédéraliste) pour ratisser aussi large que possible, son approche de la construction européenne est à l’évidence très différente de celle d’Orbán, pour ne pas dire incompatible. On peut imaginer que Viktor Orbán pense pouvoir infléchir la doctrine du PPE, mais c’est une perspective hautement improbable, pour la bonne raison qu’il y est ultra-minoritaire et qu’il n’a guère d'alliés (en dehors du SDS slovène). L’approche du 15 mars, fête nationale de la Hongrie, ne fait que le souligner. Une fois encore, l’invité privilégié sera le Premier ministre polonais. L’amitié entre les deux gouvernements est toujours au zénith. Mais le PiS polonais, qui est de fait le parti le plus proche du Fidesz, ne fait pas partie du PPE. C’est l’opposition polonaise qui est au PPE…

    Les 14 députés du PiS font partie du groupe ECR, le groupe des… conservateurs britanniques, qui risque de ne plus exister sans eux. Viktor Orbán voudrait-il que le PiS intègre le PPE à la suite des prochaines élections ? Mais on ne voit vraiment pas le PPE accueillir ces députés polonais dans le contexte actuel (au nom des « valeurs européennes », bien sûr)…

  • Aberrations en cascade

    Une « grève des écoliers », c’est aberrant. La grève est la cessation du travail par des salariés. Les écoliers ne sont ni salariés ni autonomes. Ils peuvent faire l’école buissonnière, pas grève.

    Dans une société normale on sermonne ou on sanctionne des enfants qui font l’école buissonnière. Aujourd’hui on s’incline ou on s’extasie devant des enfants qui bafouent les autorités naturelles ou déléguées.

    Deuxième aberration : ils font grève « pour le climat ». Ce qui ne veut absolument rien dire et ne peut avoir aucune conséquence. Bénéfique. Sur le climat. (Mais peut en avoir une, mauvaise, sur leur développement intellectuel et psychologique, et civique.)

    Troisième aberration, couronnement de l’aberration : des députés norvégiens présentent pour le prix Nobel de la Paix la gamine qui a lancé (que des tordus ont fait lancer) cette « grève de l’école pour le climat »…

  • Le scandale

    « Nous devons faire scandale et être prêt à arrêter la pratique des IVG pour nous faire entendre. » C’est le syndicat des gynécologues lui-même qui le dit, en menaçant d’une grève des avortements pour se « faire entendre » du gouvernement.

    De fait le propos a fait scandale. Un énorme scandale. Car il est tout simplement impensable d’imaginer qu’on puisse envisager d’arrêter de tuer des bébés. (En France.)

    La menace a donc « enflammé les réseaux sociaux », dit-on. Et les autorités ont réagi comme un seul homme. Pour s’en tenir aux principales, Agnès Buzyn, a dénoncé le « caractère inadmissible de ces menaces qui vont à l’encontre du respect inconditionnel du droit à l’IVG garanti dans notre pays ». Et l’Ordre des médecins a déclaré sans honte que c’était « totalement contraire à la déontologie médicale ». Sic. Menacer de ne pas tuer de bébés est totalement contraire à la déontologie médicale. Foi d’Hippocrate…

  • Attende Domine

    Le chant de carême Attende Domine est le pendant du Rorate Caeli de l’Avent. Depuis qu’il a été ajouté dans l’English Hymnal en 1906, les anglicans l’appellent « prose du carême » comme Rorate Caeli est la « prose de l’Avent ». On le trouve pour la première fois dans le Processionnal de Paris de 1824, et il a été popularisé par les moines de Solesmes qui l’ont inclus dans leurs livres. On le trouve désormais parmi les pièces pouvant être chantées au salut du Saint-Sacrement pendant le carême. Mais il est parfaitement à sa place pendant la procession d’entrée ou de sortie de ce temps liturgique.

    Il semble que l’on ne sache pas du tout comment cette antique prière mozarabe s’est retrouvée dans un livre parisien du XIXe siècle. (J’ai vu quelque part qu’il se trouvait déjà dans un missel français du XVIIe siècle, mais je n’en ai pas trouvé confirmation et cela ne change rien à la question.)

    Car il s’agit de la prière (« preces ») de l’heure de sexte du mercredi de la cinquième semaine de carême dans le bréviaire mozarabe (ou « bréviaire gothique selon la règle de saint Isidore »). La seule vraie différence est le refrain (repris semble-t-il du répons Emendemus), qui dans la liturgie mozarabe est seulement « Et miserere ». (Ce n’est pas un refrain de chant mais un répons de litanie.) Les autres différences sont l’interversion de Rex summe / omnium redemptor, supplicantium au lieu de supplicantum, et dextra au lieu de dextera.

    Attende, Domine, et miserere, quia peccavimus tibi.

    Écoute-nous, Seigneur, et prends pitié de nous, car nous avons péché contre toi.

    1. Ad te Rex summe, omnium Redemptor, oculos nostros sublevamus flentes ; exaudi, Christe, supplicantum preces.

    Vers toi, souverain Roi, Rédempteur de tous les hommes, nous élevons nos yeux pleins de larmes. Écoute, o Christ, nos prières suppliantes !

    1. Dextera Patris, lapis angularis, via salutis, janua caelestis, ablue nostri maculas delicti.

    Droite du Père, pierre angulaire, voie du salut, porte du ciel, Lave les souillures de notre péché.

    1. Rogamus, Deus, tuam majestatem ; auribus sacris gemitus exaudi ; crimina nostra placidus indulge.

    Nous prions, ô Dieu, ta Majesté ; que tes oreilles saintes entendent nos gémissements ; Dans ta bonté, pardonne-nous de nos crimes.

    1. Tibi fatemur crimina admissa ; contrito corde pandimus occulta ; tua Redemptor pietas ignoscat.

    Nous t’avouons les fautes commises ; d’un cœur contrit nous te dévoilons nos péchés ; Ô Rédempteur, que te clémence pardonne.

    1. Innocens captus, nec repugnans ductus, testibus falsis pro impiis damnatus ; quos redemisti, tu conserva, Christe.

    Arrêté innocent et emmené sans résistance, Tu as été condamné pour les pécheurs par de faux témoins ; Ô Christ, conserve ceux que tu as rachetés.

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    Par les moines et le chœur d’enfants de l’abbaye de Downside (Somerset, Angleterre) :

  • Mercredi des quatre temps de carême

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    Generátio hæc prava et pervérsa signum quærit : et signum non dábitur ei, nisi signum Jonæ prophétæ.

    Cette génération dépravée et perverse demande un signe : et il ne lui sera pas donné de signe, sinon celui de Jonas.

    Sicut fuit Jonas in ventre ceti tribus diébus et tribus nóctibus, ita erit Fílius hóminis in corde terræ.

    De même que Jonas a été trois jours et trois nuits dans le ventre du gros poisson, de même le Fils de l’Homme sera dans le cœur de la terre.

    La liturgie de ce jour est particulièrement riche, puisque la messe nous montre Moïse d’une part, Elie d’autre part, jeûnant « 40 jours et 40 nuits » comme le Christ dans l’évangile de dimanche dernier, en attendant dimanche prochain la Transfiguration où Jésus sera entre Moïse et Elie. Quant à l’évangile, il est composé de trois péricopes distinctes. Et pourtant les antiennes du Benedictus, aux laudes, et du Magnificat, aux vêpres, se concentrent uniquement sur la parole du Christ concernant le « signe de Jonas ».

    Ces deux chants sont très anciens, car ils ne correspondent pas exactement à la Vulgate, ni à aucune autre version latine des évangiles. Ils sont propres à la liturgie. (Les différences sont « prava et perversa » au lieu de « mala et adultera » dans la première, et « ita » au lieu de « sic » dans la deuxième.)

    L’insistance est donc sur l’annonce de la Passion et de la Résurrection. Non pas sur les 40 jours et 40 nuits (que nous sommes en train de vivre) mais sur les 3 jours et 3 nuits à venir, qui en sont le point d’orgue. Et uniquement sur ce « signe », sans allusion à ce que dit Jésus ensuite sur les Ninivites qui ont fait pénitence.

    Les matines byzantines évoquent souvent Jonas, parce que la 6e ode fait écho à son cantique dans le ventre du gros poisson. On remarquera ce que chante la 6e ode de la fête de la Nativité de la Mère de Dieu (qui est la première fête de l’année liturgique, le 8 septembre) :

    « Dans les entrailles du monstre marin Jonas, étendant les mains en forme de croix à l'image de ta Passion, après trois jours en sortit, ébauchant l'universelle Résurrection du Seigneur notre Dieu crucifié dans sa chair, le Christ illuminant le monde par sa Résurrection le troisième jour. »

  • En Chine

    Lors de la dernière session de la « Conférence politique consultative du peuple chinois » (la représentation de la société civile censée conseiller le parti communiste), le secrétaire général de la « Commission nationale du Mouvement patriotique des Trois Autonomies » (à savoir l’organisation protestante officielle), le Révérend Xu Xiaohong, a déclaré :

    « A l'époque moderne, le christianisme s'est largement répandu en Chine avec l'invasion coloniale des puissances occidentales, et a donc été qualifié de "religion étrangère". Il faut dire que certains fidèles n'ont pas de véritable conscience nationale. C'est pourquoi nous disons "un nouveau chrétien, un Chinois de moins". Parmi les problèmes les plus graves auxquels nous devons faire face il y a l’infiltration de forces étrangères et les réunions de prière illégales. »

    En conséquence :

    « Le christianisme en Chine doit prendre à bras-le-corps sa sinisation avec un engagement accru, selon les préceptes du président XI Jinping, et lutter contre les influences étrangères qui veulent subvertir l’Etat par la foi. »

    Oui, c’est le président de la plus grande organisation chrétienne de Chine qui parle…

    Il y avait là aussi le vice-président de l'Association patriotique des catholiques chinois (l’Eglise « catholique » officielle), Mgr Shen Bin, qui a déclaré :

    « Le catholicisme a connu des hauts et des bas dans le pays en raison de certaines églises locales qui n'ont pas appliqué les principes d'indépendance et d'autogestion et n’ont pas intégré la culture chinoise. »

    Et c’est à ces gens-là que François livre les catholiques de Chine…