« Un groupe de chercheurs italiens », nous apprend l'Associated Press, « est parvenu à reproduire le Suaire de Turin, considéré par de nombreux chrétiens comme le linceul du Christ. Ils en concluent que le linge a été fabriqué par l'homme au Moyen-Age. »
Le titre de la dépêche reste circonspect : « Un groupe de scientifiques italiens tente de détruire le mythe du Suaire de Turin ». Mais le texte est affirmatif :
« Les scientifiques sont parvenus à réaliser un suaire similaire avec les techniques disponibles au XIVe siècle, précise le comité italien pour la vérification des faits présentés comme paranormaux. Ils estiment donc que le prétendu Saint-Suaire est une supercherie. »
Luigi Garlaschelli, professeur de chimie à l'université de Pavie, « affirme dans le quotidien "La Repubblica" que les caractéristiques inexplicables du suaire, considérées jusqu'ici comme "non reproductibles par des moyens humains", ont très bien pu être "obtenues par l'emploi de matériaux bon marché et par un procédé assez simple". Son équipe a vieilli artificiellement un tissu teinté et tissé à la manière de l'original, en le passant au four et en le lavant à l'eau. Placé sur le visage d'un étudiant, ses traits ont été décalqués en appliquant de la couleur ocre. Le processus total n'a pris qu'une semaine. »
L'agence Reuters précise que Luigi Garlaschelli « a bénéficié pour son travail d'un financement venant d'une association d'athées et agnostiques, mais affirme que cela n'a eu aucune incidence sur ses conclusions ».
De toute façon c'est un gros nul, s'il met une semaine à le faire. Le 21 juin 2005, Paul-Eric Blanrue prouvait devant les journalistes, au Museum d'histoire naturelle, qu'on peut réaliser un faux Saint Suaire « en cinq minutes ». Cela faisait partie de la promotion du numéro de Science et Vie qui « prouvait » que le Linceul était un faux.
La technique est toujours la même, depuis John Nickell (1978) : on applique un linge mouillé sur un bas-relief ou sur un visage, on le sèche, on le tamponne avec de l'oxyde ferrique mélangé à de la gélatine.
Et le résultat... n'a rien à voir avec le Linceul : l'image du Linceul n'est pas de l'oxyde de fer, mais une altération du tissu, l'image obtenue par ce procédé est déformée en largeur, elle n'est pas tridimensionnelle (contrairement à ce que prétendent les faussaires, incapables, et pour cause, d'apporter la preuve de leur affirmation), et le tissu a des plis...
Et cela sans parler de tout le reste, comme le fait que les taches du Linceul n'ont pas de contours, alors que celles des faux ont des contours marqués.
Et en oubliant, par exemple, les traces des clous dans les poignets, et non dans les paumes, alors que personne ne savait au moyen âge, et bien plus tard, qu'on ne pouvait crucifier que de cette manière, comme en témoignent toutes les peintures.
Pour en savoir plus : Réponse à Science et Vie, l'image tridimensionnelle.
Addendum
Les faussaires italiens ont reproduit tout le côté face du Suaire. C'est pourquoi ils ont mis plus longtemps que les précédents. Cela dit, c'est le visage qui reste le plus intéressant. Pour comparer, il faut les voir en grand. Voici le vrai visage du Linceul, et la copie italienne (dans sa version finale retouchée...). La différence est saisissante : la présence et la noblesse du premier, le vide et la mollesse du second (sans parler de la finesse du modelé du premier, et de la grossièreté des nuances, ou plutôt de l'absence de nuances, du second - ce qui correspond au fait que l'image n'est pas tridimensionnelle).