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Musique - Page 3

  • Gorecki est mort

    Le compositeur polonais Henryk Mikolaj Gorecki est mort dans le service de cardiologie d'un hôpital de Katowice. Il avait 76 ans.

    Les enregistrements de sa sublime 3e Symphonie ont été vendus à plus d’un million d’exemplaires : il a été le seul compositeur contemporain à figurer dans le Top 50 des meilleures ventes de disques.

    Gorecki était un fervent catholique et a composé nombre d’œuvres religieuses, notamment Beatus vir, pour la visite de Jean-Paul II en Pologne en 1979 (ce qui lui coûta son poste de directeur du Conservatoire de Katowice), Miserere (dédié à Solidarité en 1981 et interprété pour la première fois en 1987), ou Totus Tuus pour la troisième visite de Jean-Paul II en Pologne, en 1987. Il est connu également pour son concerto pour clavecin, et ses trois quatuors à cordes.

    Que Dieu le prenne en son royaume.

  • Le critique musical Benoît XVI parle du Requiem de Verdi

    Mon critique musical préféré a écouté samedi le Requiem de Verdi, sous la direction « excellente », a-t-il dit, d’Enoch Zu Guttenberg (on veut bien le croire, car Guttenberg, qui ne dirige que l’orchestre qu’il s’est constitué à Munich, est un très grand chef, qui excelle particulièrement dans les oratorios).

    Quelques extraits de ses propos :

    « Dans l'esprit du grand compositeur, cette œuvre devait être le sommet, le moment final de sa production musicale. Ce n'était pas seulement un hommage à un grand écrivain, mais aussi la réponse à une exigence artistique intérieure et spirituelle que la confrontation avec la stature humaine et chrétienne de Manzoni avait suscitée en lui ».

    « Libéré des éléments de la scène, Verdi exprime, avec les seules paroles de la liturgie catholique et avec la musique, la gamme des sentiments humains devant le terme de la vie, l'angoisse de l'homme face à sa nature fragile, le sentiment de rébellion devant la mort, l'effarement au seuil de l'éternité ».

    Le pape cite cette lettre de Verdi à l'éditeur musical Ricordi dans laquelle il se définit comme « un peu athée ». Mais lorsqu'il écrit cette messe, fait observer le pape, c'est comme « un grand appel au Père, dans une tentative de dépasser le cri du désespoir devant la mort, pour retrouver l'aspiration à la vie qui se fait prière silencieuse et du cœur : Libera me Domine. »

    Verdi décrit ainsi, souligne le pape, « le drame spirituel » de l'homme face à Dieu, auquel il aspire du plus profond de lui-même, et qui seul peut lui faire trouver la paix et le repos.

    NB. A propos du Verdi « un peu athée », rappelons que le compositeur, qui avait minutieusement organisé ses propres obsèques, avait demandé qu’on plaçât sous sa tête la partition de son Te Deum, qui est sa dernière œuvre.

  • La musique et le silence : Benoît XVI inspiré par Arvo Pärt

    Le pape a assisté samedi à un concert qui lui était offert par le groupe pétrolier ENI (qui participe comme sponsor aux travaux de rénovation des murs latéraux extérieurs de la Basilique Saint-Pierre). Il a notamment déclaré, à propos de Cecilia vergine romana d’Arvo Pärt :

    Le texte du martyre de la sainte, et le style particulier qui en donne une clé d'interprétation musicale, semblent représenter la place et le rôle de la foi dans l'univers : au milieu des forces vitales de la nature, qui sont autour de l'homme, et aussi en lui , la foi est une force différente, qui répond à une parole profonde , "sortie du silence " , comme disait saint Ignace d'Antioche. La parole de la foi a besoin d'un grand silence intérieur, pour écouter et obéir à une voix qui est au-delà du visible et du tangible. Cette voix parle aussi à travers les phénomènes de la nature, parce que c'est la puissance qui a créé et régit l'univers; mais pour la reconnaître, il faut un cœur humble et obéissant - comme nous l'enseigne aussi la sainte dont nous faisons aujourd'hui mémoire : Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus. La foi suit cette voix profonde, là où l'art à lui seul ne peut pas atteindre : elle la suit dans le chemin du témoignage , de l'offrande de soi-même par amour , comme l'a fait Cécile . Alors, l'œuvre d'art la plus belle, le chef-d'œuvre de l'être humain, est chacun de ses actes d'amour vrai, du plus petit - dans le martyre quotidien - au sacrifice suprême. Ici, la vie elle-même se fait chant : une anticipation de cette symphonie que nous chanterons ensemble au paradis.

  • Jean Guillou refuse la Légion d’honneur

    L'organiste et compositeur Jean Guillou, 80 ans, a fait savoir lundi qu'il refusait la Légion d'honneur, "à l'heure où la musique dite savante ou classique voit sa place diminuée par toutes les instances officielles".

    "Découvrant avec stupeur son nom parmi la promotion du 14 juillet de la Légion d'honneur", le musicien, nommé chevalier, "a pris la décision de refuser cette distinction qu'il n'a jamais sollicitée", écrit dans un communiqué l'association "AUGURE-Autour de Jean Guillou", porte-parole de l'artiste.

    "Il lui apparaît que sa dignité de musicien impose de repousser cet accessoire honorifique", poursuit cette association assurant la promotion de l'oeuvre et des activités de Jean Guillou, titulaire depuis 1963 du grand orgue de l'église Saint-Eustache à Paris.

    "Son indépendance viscérale l'a toujours maintenu hors des circuits officiels, et l'ironie veut que l'Etat lui confère un brevet de reconnaissance à l'occasion de ses 80 ans, comme si son talent se trouvait majoré par ce chiffre rond", ajoute le texte signé par la présidente de l'association, la musicologue Sylviane Falcinelli.

    "Mais la seule consécration qui vaille pour un artiste est la diffusion publique des fruits les plus innovants de son imagination : or on continue d'ignorer dans les cités françaises ses compétences organologiques - alors que l'Europe se couvre d'instruments originaux conçus par lui -, et les programmations des scènes nationales tardent à reconnaître la diversité de son oeuvre de compositeur, pourtant accueillie dans les grandes salles de concert étrangères", poursuit-on de même source.

    Organiste mondialement connu, compositeur prolixe, inventeur d'instruments, longtemps pédagogue, Jean Guillou a fêté ses 80 ans en avril sans le moindre concert organisé en France en son honneur.

    AFP

  • José Van Dam

    José Van Dam, qui a 70 ans, fait ses adieux à l'opéra, par une série de représentations du "Don Quichotte" de Massenet à Bruxelles. Un rôle qu'il rend véritablement bouleversant, comme la plupart des rôles qu'il a interprétés, auxquels il a donné une profondeur humaine, voire spirituelle, exceptionnelle.

    L'AFP rappelle que ce rôle « s'ajoute à une longue liste de rôles titres interprétés par le baryton-basse tout au long de sa carrière: "Boris Goudounov", "Falstaff", "Wozzeck", "Don Giovanni"... »

    L'agence omet soigneusement de mentionner saint François d'Assise, rôle titre de l'opéra de Messiaen. Un rôle pourtant écrasant et qu'il a exalté, qu'il a fait sien de façon suréminente, et qu'il a marqué de son empreinte, de sa voix extraordinaire, de sa personnalité musicale, dès la création de l'œuvre et jusqu'à ce jour.

  • Dans le Christ, Dieu a suivi la loi de l’art

    Dans l'après-midi du 19 mars, Benoît XVI a assisté à un concert donné à l'occasion de sa fête. Il s'agissait d'une nouvelle version des Sept paroles du Christ en Croix de Joseph Haydn. On connaît les versions pour quatuor à cordes, pour orchestre à cordes, oratorio, et pour piano. Cette nouvelle version est pour mezzo-soprano et quatuor à cordes, et elle a été réalisée par José Peris Lacasa, organiste honoraire de la Chapelle du palais royal de Madrid.

    Après le concert, le Saint-Père a félicité les interprètes et fait l'éloge de la "beauté austère" de l'œuvre, "digne de la fête de saint Joseph" et "tout à fait adaptée au temps quadragésimal qui nous prépare à vivre le mystère central de la foi chrétienne". Dans l'œuvre de Haydn "se cache une loi universelle de l'expression artistique: savoir communiquer le beau qui est aussi le bien et la vérité, par un moyen sensible... A bien y regarder, Dieu a suivi la même loi pour se faire connaître à nous et nous faire  connaître son amour: il s'est incarné dans notre chair humaine et a réalisé le plus grand chef-d'œuvre de toute la création, l'unique médiateur entre Dieu et les hommes, l'homme Christ Jésus. Plus la matière est dure, plus les liens de l'expression sont étroits et plus ressort le génie de l'artiste. Ainsi, sur la dure croix, Dieu a prononcé à travers le Christ, la Parole d'amour la plus belle et la plus vraie : Jésus qui se donne pleinement et définitivement... Ce lien à l'histoire est le signe de fidélité par excellence, le signe d'un amour tellement libre qu'il n'a pas peur de se lier pour toujours, d'exprimer l'infini du fini, le tout du fragment. Cette loi qui est la loi de l'amour, est aussi la loi de l'art dans sa plus grande  expression."

  • « Chopin. Interdit de cathédrale de Quimper ! »

    Telle est l'exclamation indignée du Télégramme, qui titre ainsi un article sur le refus de l'évêque de Quimper, Mgr Le Vert, d'accueillir en sa cathédrale un concert du pianiste Didier Squiban (très connu en Bretagne pour son "jazz celtique") dans le cadre d'une semaine d'hommage à Frédéric Chopin.

    L'article est vengeur, à l'image de l'émotion que suscite cet attentat contre la culture...

    Mgr Le Vert a répondu : « Chopin est un artiste majeur mais la vocation première d'une église est d'être un lieu de prières et de louanges. »

    Il est vrai que la décision de l'évêque paraît très insolite, alors que l'on voit partout des concerts dans les églises. Elle est pourtant simplement conforme aux instructions du Saint-Siège, comme le souligne le blog Perepiscopus :

    « Après avoir obtenu l'autorisation donnée par le Curé, l'église pourra être utilisée selon les conditions suivantes : l'entrée de l'église demeure libre et gratuite. On adoptera une tenue et un comportement convenant au caractère sacré du lieu. On n'occupera jamais le choeur de l'église et on respectera en toute circonstance l'autel, l'ambon et le siège du célébrant. Le concert (toujours de musique sacrée) sera assorti de commentaires permettant de le situer dans la tradition spirituelle. » (Note de la Congrégation pour le Culte divin du 5 novembre 1987.)

  • Ennio Morricone, « Mission » et la liturgie

    Ennio Morricone a deux casquettes : la musique de film, où il utilise de façon géniale et le plus souvent imperceptible des thèmes de musique classique, et sa musique « personnelle », qui est très différente. La première est très connue, la seconde ne l'est pas. Zenit l'a rencontré, et voici ce qu'il dit de sa musique pour le film Mission (où, pour le coup, le thème de hautbois vient évidemment de Mahler) :

    A propos de « Mission », il déclare que le meilleur de cette partition du film était son « effet technique et spirituel ». Il veut dire par là la façon dont cette musique réussit à combiner trois thèmes musicaux du film. La présence de violons et du hautbois du père Gabriel représente « l'expérience de l'évolution de la musique instrumentale à la Renaissance ». Le film passe ensuite à d'autres formes de musique apparues avec la réforme de l'Eglise entreprise par le Concile de Trente, et se termine sur la musique des natifs Indiens. Il en est résulté un thème « contemporain » dans lequel les trois instruments- les instruments surgis de la Renaissance, ceux de la musique réformée post-conciliaire et les mélodies ethniques - s'harmonisent tout à la fin du film. « Le premier et le second thème vont ensemble, le premier et le troisième peuvent aller ensemble, et le second et le troisième vont ensemble », explique Morricone. « Cela était mon miracle technique qui, je le crois, fut une grande bénédiction ».

    Et voici ce qu'il dit à propos de Benoît XVI et de la réforme liturgique :

    Il voit en lui « un pape d'un esprit d'une grande noblesse, un homme d'une grande culture et aussi d'une grande force ». Il est particulièrement élogieux sur les efforts que fait Benoît XVI pour réformer la liturgie - un sujet qui tient très à cœur à E. Morricone. « Aujourd'hui, l'Eglise a commis une grosse erreur, en revenant en arrière de 500 ans avec des guitares et des chants populaires », argumente-t-il. « Je n'aime pas du tout ça. Le chant grégorien est une tradition vitale et importante de l'Eglise, et gâcher cela avec des mélanges de paroles religieuses et profanes d'enfants, de chants occidentaux est extrêmement grave, extrêmement grave ». Il affirme que c'est un retour en arrière parce la même chose est arrivée avant le Concile de Trente, quand des chanteurs mélangeaient le profane avec la musique sacrée. « Il [le pape] fait bien d'y remédier », fait-il observer. « Il devrait le faire avec encore plus de fermeté. Quelques Eglises en ont tenu compte, mais d'autres non ».

    (Ennio Morricone est l'un des premiers à avoir répondu à l'invitation lancée par le pape à 500 artistes, pour une rencontre le 21 novembre prochain à la chapelle Sixtine « pour renouer les liens entre culture et religion », et à l'occasion des 10 ans de la très remarquable Lettre aux artistes de Jean-Paul II.)

  • Le pape critique musical

    Nouvelle critique musicale de Benoît XVI, de haute volée, en commentaire du concert qui lui a été offert par le président de la République italienne à l'occasion du quatrième anniversaire de son Pontificat.

    J'ai trouvé le choix des compositions très adapté au temps liturgique que nous vivons : le temps de Pâques. La Symphonie n°95 de Haydn - que nous avons écoutée en premier - semble contenir en elle un itinéraire que nous pourrions qualifier de « pascal ». Elle commence en effet dans la tonalité de do mineur, et à travers un parcours toujours parfaitement équilibré, mais non exempt d'un caractère dramatique, se termine en do majeur. Cela fait penser à l'itinéraire de l'âme - représentée particulièrement par le violoncelle - vers la paix et la sérénité. Tout de suite après, la Symphonie n°35 de Mozart est presque parvenue à amplifier et couronner l'affirmation de la vie sur la mort, de la joie sur la mélancolie. En effet, le sens de la fête domine incontestablement en elle. La progression est très dynamique, et dans le final, irrésistible même - et ici nos instrumentistes virtuoses nous ont fait sentir combien la force peut s'harmoniser avec la grâce. C'est ce qui se produit au plus haut degré - si on me permet ce rapprochement - dans l'amour de Dieu, dans lequel puissance et grâce coïncident.

    Après quoi les voix humaines - le chœur - entrent pour ainsi dire en scène , comme pour donner une voix à ce que la musique avait déjà voulu exprimer. Et ce n'est pas un hasard si le premier mot est « Magnificat ». Sortie du cœur de Marie - objet de prédilection de Dieu pour son humilité -, ce mot est devenu le chant quotidien de l'Église, précisément en cette heure des vêpres, un moment qui invite à la méditation sur le sens de la vie et de l'histoire. Le Magnificat préfigure clairement la Résurrection, c'est-à-dire la victoire du Christ :  Dieu a réalisé en Lui ses promesses, et sa miséricorde s'est révélée dans toute sa puissance paradoxale. Jusque là : la « parole ».

    Et la musique de Vivaldi ? Avant tout il convient de noter que les airs chantés par les solistes ont été composés expressément pour quelques chanteuses parmi ses élèves à l'Hôpital vénitien de la Pitié : cinq orphelines douées d'extraordinaires qualités vocales. Comment ne pas penser à l'humilité de la jeune Marie, dont Dieu tira de « grandes choses » ? Ainsi, ces cinq « solo » représentent presque la voix de la Vierge, tandis que les parties chorales expriment l'Eglise-Communauté. Toutes les deux, Marie et l'Église, sont unies dans l'unique cantique de louange au « Saint », au Dieu qui, avec la puissance de l'amour, réalise dans l'histoire son dessein de justice. Enfin, le Chœur a donné sa voix à ce sublime chef-d'œuvre qu'est l'Ave verum Corpus de Mozart. Ici, la méditation cède le pas à la contemplation : le regard de l'âme se pose sur le Très saint Sacrement, pour y reconnaître le Corpus Domini, ce Corps qui a vraiment été immolé sur la croix et dont a jailli la source du salut universel. Mozart composa ce motet peu avant sa mort, et en lui, on peut dire que la musique devient vraiment prière, abandon du cœur à Dieu, avec un sens profond de paix.