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Musique - Page 2

  • John Tavener est mort

    Le compositeur britannique n’avait que 69 ans, mais il souffrait depuis toujours du syndrome de Marfan.

    Comme ses collègues qui marquent la musique de notre temps, il fut un compositeur « d’avant garde » avant de changer radicalement d’orientation. Le déclic chez lui fut sa conversion à l’Eglise russe orthodoxe en 1977. Il composa alors essentiellement des œuvres religieuses contemplatives et lumineuses, dont certaines sont véritablement très belles. Mais il n’était pas toujours inspiré, et The Veil of the Temple, qu’il considérait comme son chef-d’œuvre, est surtout interminable et marqué par un mélange religieux qui se voulait sans doute « traditionnel » au sens de Schuon, mais ressemblait surtout à du syncrétisme. L’année suivante il composait les Schuon Lieder, et en 2007, une œuvre sur les 99 noms d’Allah…

  • Un triple affront

    Samedi était organisé dans le cadre de l’année de la foi un concert au Vatican : la 9e symphonie de Beethoven, par le chœur de l’Académie nationale Sainte-Cécile et l’Orchestre symphonique de la RAI sous la direction de son chef actuel Juraj Valcuha : sans aucun doute une grande interprétation d’un évident chef-d’œuvre de la musique.

    Bien sûr cela avait été programmé pour le musicien et mélomane qu’est Benoît XVI. Mais le nouveau pape allait en bénéficier tout naturellement.

    Eh bien non. Au dernier moment il a fait dire qu’il ne viendrait pas. « Je ne suis pas un prince du temps de la Renaissance qui écoute de la musique au lieu de travailler », aurait-il dit. En fait la musique ne l’intéresse pas du tout (cf. sa « liturgie »). C’est donc l’occasion pour ce grand humble de montrer que lui il travaille et qu’il n’a pas le temps de s’amuser, lui ; et pour ce grand pauvre qui fuit les « mondanités » de montrer que la musique n’est qu’un divertissement de riches…

    Or c’est à l’évidence un triple affront :

    1. à Benoît XVI, qui se servait de ces concerts pour faire une petite catéchèse (et réjouir les mélomanes chrétiens…) et montrait que la vraie musique élève l’âme ;

    2. à l’orchestre, à son chef, aux solistes, au chœur ;

    3. aux personnes qui étaient venues pour entendre, outre la musique, l’allocution du pape en relation avec l’année de la foi (par l’« Ode à la joie », bien sûr).

    La grande chaise blanche est donc restée vide.

    Au fait, ça se dit comment, en latin, chaise vide ?

    Mais non, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit.

  • Henri Dutilleux

    Henri Dutilleux est mort. Il avait 97 ans. Cet homme discret était surtout un maître de l’orchestre, dans la lignée de Debussy et Ravel. Son concerto pour violoncelle Tout un monde lointain, créé par Rostropovitch, est l’une des œuvres de « musique contemporaine » la plus jouée au monde. Le talent de Dutilleux était incontestable, et c’est un plaisir pour l’oreille d’entendre ses œuvres en concert. Pourtant c’est toujours aussi un peu frustrant. Les titres poétiques qu’il donnait à ses œuvres ne compensent pas le fait que sous la poésie, réelle, de sa musique, il y a une sorte de vide. C’est du moins ce que j’ai toujours ressenti. Il ne suffit pas d’invoquer un vague panthéisme et un vague humanisme pour trouver et exprimer le mystère.

  • Cheffes et metteures

    La pétroleuse verte Aurélie Filippetti, bombardée « ministre de la Culture » dans le gouvernement Ayrault, écrit dans une note interne de son ministère, selon Diapason, à propos de l’Opéra de Paris :

    « Qu’aucune cheffe d’orchestre ni metteure en scène ne soit invitée par un théâtre national constitue une atteinte au principe élémentaire d’égalité des sexes à laquelle il convient de remédier. »

    On aimerait d’abord qu’un ministre de la Culture s’exprime dans la langue française. Il semble que ce ne puisse plus être le cas.

    L’idéologie relègue désormais la réalité au rang de quantité négligeable et à négliger absolument.

    Comme le disait le président du tribunal révolutionnaire à propos de Lavoisier, « la République n’a pas besoin de savants ». Elle n’a donc pas besoin non plus de chefs d’orchestre expérimentés.

    Chacun sait qu’il n’existe pas de chef d’orchestre de sexe féminin d’envergure internationale (ni même nationale). Néanmoins le patron de l’Opéra de Paris est sommé d’en embaucher. Il y aura donc l’inévitable Claire Gibault, et aussi une autre, dont on taira le nom, imposée « après de rudes négociations avec les représentants de l’orchestre », c’est tout dire. Et qu’on ne nous raconte pas que l’orchestre soit misogyne : il comporte une bonne cinquantaine de femmes.

    De même, il faut trouver un successeur à Jérôme Deschamps à l’Opéra Comique. Ce que l’on sait déjà, c’est que ce sera forcément une femme. Car le sexe prime la compétence. Dans la partie artistique comme dans les conseils d’administration, comme partout désormais.

  • Le critique musical Benoît XVI a encore frappé

    Un concert a été donné en l’honneur de Benoît XVI et du président de la République italienne lundi au Vatican pour le 84e anniversaire des accords du Latran. Au programme, l’ouverture de La force du destin de Verdi, et la 3e Symphonie de Beethoven, par l’Orchestre du Mai musical florentin sous la direction de Zubin Mehta. Propos intéressants du pape, surtout sur l’opéra de Verdi et ses deux versions.

  • + Dietrich Fischer-Dieskau +

    OSongpVq2V_201066FNA4AYWXBT.jpgIl aura régné pendant 40 ans sur l’interprétation du lied (des quelque 1.500 lieder de son répertoire). Et il aura incarné tous les grands rôles de baryton de l’histoire de l’opéra.

    Il restera aussi comme le baryton basse inspiré de l’intégrale des cantates de Bach sous la direction de Karl Richter, et s’il prêtait sa voix à Jésus dans certaines de ces cantates, il aura incarné Jésus dans plusieurs des plus grandes interprétations de la Passion selon saint Matthieu (Furtwängler, Klemperer, Lehmann, Karajan, Richter), où il illustrait vocalement, avec une autorité… divine, le Christ vrai Dieu et vrai homme. Avec une mention toute spéciale pour le récit de la Cène, où ce fils de pasteur, dans l’œuvre d’un luthérien, fait entendre dans le chant de Bach la transsubstantiation et la présence réelle.

  • Le pape critique musical

    Cette fois c’est après un concert Bruckner.

    Aussi pertinent sur le plan technique :

    « La 9e Symphonie se détache du modèle classique, son discours musical se développe par grands blocs acoustiques, sections élaborées et complexes qui ne sont pas clairement définies, mais souvent séparés par de simples épisodes de liaison, ainsi que par des pauses »

    que sur le plan religieux :

    Bruckner avait dédié cette symphonie « au Bon Dieu » parce qu’il avait voulu « dédier et confier le fruit ultime et mûr de son art à Celui en qui il avait toujours cru, désormais le seul et véritable interlocuteur vers qui se tourner, arrivé à la dernière partie de l'existence ».

  • Vivaldi et Bach

    Selon… Benoît XVI :

    Le traitement sonore, la couleur orchestrale, la dynamique du discours musical, les mélanges harmoniques, l'art du contrepoint et des imitations, font des concertos de Vivaldi un exemple de luminosité et de beauté qui transmet la sérénité et la joie. Je pense que cela venait aussi de sa foi.

    Bach est un splendide "architecte de la musique", avec une utilisation inégalée du contrepoint, un architecte dirigé par un tenace "esprit de géométrie" (en français dans le texte), symbole d'ordre et de sagesse, reflet de Dieu, et la rationalité pure devient musique dans le sens le plus élevé et le plus pur, beauté radieuse.

  • Gorecki est mort

    Le compositeur polonais Henryk Mikolaj Gorecki est mort dans le service de cardiologie d'un hôpital de Katowice. Il avait 76 ans.

    Les enregistrements de sa sublime 3e Symphonie ont été vendus à plus d’un million d’exemplaires : il a été le seul compositeur contemporain à figurer dans le Top 50 des meilleures ventes de disques.

    Gorecki était un fervent catholique et a composé nombre d’œuvres religieuses, notamment Beatus vir, pour la visite de Jean-Paul II en Pologne en 1979 (ce qui lui coûta son poste de directeur du Conservatoire de Katowice), Miserere (dédié à Solidarité en 1981 et interprété pour la première fois en 1987), ou Totus Tuus pour la troisième visite de Jean-Paul II en Pologne, en 1987. Il est connu également pour son concerto pour clavecin, et ses trois quatuors à cordes.

    Que Dieu le prenne en son royaume.

  • Le critique musical Benoît XVI parle du Requiem de Verdi

    Mon critique musical préféré a écouté samedi le Requiem de Verdi, sous la direction « excellente », a-t-il dit, d’Enoch Zu Guttenberg (on veut bien le croire, car Guttenberg, qui ne dirige que l’orchestre qu’il s’est constitué à Munich, est un très grand chef, qui excelle particulièrement dans les oratorios).

    Quelques extraits de ses propos :

    « Dans l'esprit du grand compositeur, cette œuvre devait être le sommet, le moment final de sa production musicale. Ce n'était pas seulement un hommage à un grand écrivain, mais aussi la réponse à une exigence artistique intérieure et spirituelle que la confrontation avec la stature humaine et chrétienne de Manzoni avait suscitée en lui ».

    « Libéré des éléments de la scène, Verdi exprime, avec les seules paroles de la liturgie catholique et avec la musique, la gamme des sentiments humains devant le terme de la vie, l'angoisse de l'homme face à sa nature fragile, le sentiment de rébellion devant la mort, l'effarement au seuil de l'éternité ».

    Le pape cite cette lettre de Verdi à l'éditeur musical Ricordi dans laquelle il se définit comme « un peu athée ». Mais lorsqu'il écrit cette messe, fait observer le pape, c'est comme « un grand appel au Père, dans une tentative de dépasser le cri du désespoir devant la mort, pour retrouver l'aspiration à la vie qui se fait prière silencieuse et du cœur : Libera me Domine. »

    Verdi décrit ainsi, souligne le pape, « le drame spirituel » de l'homme face à Dieu, auquel il aspire du plus profond de lui-même, et qui seul peut lui faire trouver la paix et le repos.

    NB. A propos du Verdi « un peu athée », rappelons que le compositeur, qui avait minutieusement organisé ses propres obsèques, avait demandé qu’on plaçât sous sa tête la partition de son Te Deum, qui est sa dernière œuvre.