La campagne du second tour consiste pour Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal à racoler les voix qui se sont portées sur François Bayrou et sur Jean-Marie Le Pen. Cela fait certes partie des règles du jeu. Mais on ne s’embarrasse plus de circonlocutions et de sous-entendus. On racole ouvertement, et dans tous les sens.
Sarkozy continue sur sa lancée du premier tour pour capter les voix de Le Pen. C’était manifeste lors de son allocution de dimanche soir, qui se termina par « Vive la République... et par-dessus tout vive la France ». C’est un appel aux patriotes, et c’est une nouvelle fois la signature du mensonge. Car Sarkozy est l’homme qui veut faire passer en catimini, par un vote au Parlement, le nouveau traité européen qui supprimera la souveraineté française. Et il est l’homme de l’alignement de la France sur Washington. Autrement dit il est le fourrier du mondialisme.
Pour ratisser aussi large que possible, il évoque la création d’une « majorité présidentielle multipolaire ». Avec un pôle UMP, un pôle centriste, un pôle de gauche. Sic. Dans le pôle centriste, les parlementaires UDF qui pour être réélus sont en train de quitter Bayrou, et pourquoi pas Bayrou lui-même. Dans le pôle de gauche, Eric Besson, Max Gallo, et... Enrico Macias, qui chante « Sarkozy je suis bien dans tes bras ». Sic.
Et pendant qu’il explique cette stratégie à ses proches en leur donnant mission de la faire connaître, en public il clame qu’il rejette toute alliance ou ouverture politicienne « au détriment de ses convictions ». Ses convictions de patriote à poigne, de héraut de la nation et de pourfendeur de l’insécurité et de l’immigration...
Ségolène Royal, quant à elle, tend carrément la main à François Bayrou, après l’avoir stigmatisé comme un affreux homme de droite. L’appel qu’elle lance au « dialogue public avec ceux qui pendant toute cette campagne ont souhaité le changement et la rénovation politique » concerne certes au premier chef le président de l’UDF, mais il est tellement vague qu’il concerne en fait tout le monde, puisque c’est un appel « au-delà de la gauche à tous ceux qui ont dénoncé le système sortant ». Avec quelques drapeaux tricolores et quelques Marseillaise, ça concerne aussi les électeurs de Le Pen. On constate du reste qu’elle a conclu son allocution de dimanche soir en disant qu’elle aurait « à cœur de défendre les intérêts de la France » et que « les Français seront appelés à se prononcer par référendum sur le nouveau traité européen », qui « ne se fera pas à leur insu »...