J’apprends la mort à cette terre de mon père spirituel.
C’était un moine inconnu du monde, toujours resté fidèle à la fois à son monastère et à la messe de saint Pie V, ce qui lui valut de longues années de persécution.
Il était le père spirituel de nombreuses personnes, qui sont aujourd’hui autant d’orphelins.
Quiconque n’a pas de père spirituel ne peut comprendre de quoi il s’agit.
A chacune de nos peu fréquentes rencontres il avait une parole qui me paraissait parfois anodine ou évidente, et dont je me rendais compte ensuite qu’elle nourrissait ma vie spirituelle ou me guidait dans la prière.
Mais d’abord c’est lui qui a guidé les premiers pas de mon retour à l’Eglise. Il m’a mis un bréviaire entre les mains, il m’a fait lire saint Augustin et saint Thomas d’Aquin. En latin. – Mais c’est difficile, je ne comprends pas tout. – Ça ne fait rien. Tu ne comprendras jamais tout.
Je n’ai donc plus de père mais il me faut rester son fils. Comme si j’étais assez grand pour me débrouiller tout seul...
Après la mort de Dom Gérard, c’est vraiment rude.
Miserere mei, Domine, quoniam infirmus sum.
« On devrait déménager... là-haut », me dit ma femme, qui pense aussi que la prochaine veillée pascale commencera exactement dix ans après la mort de notre fille aînée dans un accident de moto.
Miserere nostri, Domine, miserere nostri.