Le Conseil d’Etat a confirmé un arrêt de la cour d’appel qui confirmait un jugement du tribunal administratif de Paris : le film « Un long jour de fiançailles », de Jean-Pierre Jeunet, récompensé comme film français par les César, n’est pas un film français mais américain.
La société de production de Jean-Pierre Jeunet 2003 Productions, n’est détenue qu’à 34% par Warner Bros, mais les statuts prévoient que la très grande majorité des bénéfices revient à la compagnie américaine, qui détient aussi une minorité de blocage et un droit de veto sur le choix des films à produire. Ainsi les trois juridictions ont-elles estimé que cette société n’est qu’un cheval de Troie de Warner Bros visant à tenter d’obtenir des aides françaises à Hollywood.
On comprend parfaitement ce jugement, et il est parfaitement normal de veiller à ce que l’argent français ne subventionne pas le cinéma américain.
On ne peut s’empêcher cependant de ressentir un léger malaise. On sait bien que le cinéma est d’abord une industrie, mais on aimerait qu’il soit aussi un art. Les questions d’argent ne peuvent pas suffire pour qualifier la nationalité d’un film. Quoi qu’on pense de celui-là, il est indéniable qu’il s’agit, esthétiquement, d’un film français. Et à 100% français.
Que la société de Jean-Pierre Jeunet soit une émanation d’une société américaine ne fait pas de son film, en tant que tel, un « film américain ».