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  • Le Saint-Siège et l’islam

    « Nous avons subi une lourde manipulation du texte qui a été transformé en quelque chose d’autre par rapport aux intentions du Saint Père », a déclaré le cardinal Bertone, le nouveau Secrétaire d’Etat du Saint-Siège. C’est le moins que l’on puisse dire, en effet. Le pape a subi le même traitement que celui dont Jean-Marie Le Pen est habituellement victime sur le plan politique dans notre pays. Dans un discours, les journalistes vont chercher une petite phrase, ils la sortent de son contexte, et en font un sujet de polémique contre l’homme à abattre.

    La conférence de Benoît XVI à l’université de Ratisbonne était dans le droit fil de sa longue réflexion, entamée il y a bien longtemps, sur les rapports entre la foi et la raison. Les deux derniers jalons importants de cette réflexion ont été son discours à Caen, lors des cérémonies du 60e anniversaire du débarquement, le 5 juin 2004, alors qu’il était encore préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, et son discours à l’université catholique du Sacré-Cœur, le 25 novembre 2005.

    Cette réflexion conduit Benoît XVI à formuler une critique radicale, non d’abord de l’islam, mais du rationalisme occidental contemporain, qu’il appelle une « pathologie de la raison », qui produit une « pathologie de la religion ». A Ratisbonne, il a fait un long développement sur la rencontre entre le message biblique et la pensée grecque, autour du Logos, qui est à la fois la raison, et Dieu (comme le proclame le premier verset de l’évangile de saint Jean). Déconnecter la raison de la religion, et la science de la théologie, conduit à mutiler l’homme. Et c’est seulement si nous unissons de nouveau la foi et la raison que nous pouvons devenir aptes à un véritable dialogue des cultures et des religions, car « les cultures profondément religieuses du monde » voient dans cette exclusion du divin « une attaque à leurs convictions les plus intimes ».

    On voit que cette conclusion de Benoît XVI dit exactement le contraire de ce qu’on lui reproche.

    Il est nécessaire de rétablir ainsi (de façon terriblement schématique), ce qu’a dit le pape, avant d’examiner ce qu’il a dit en rapport avec l’islam. Il avait choisi, comme « point de départ » de sa réflexion, une controverse entre l’empereur de Constantinople et un Persan musulman. Il cite un propos de l’empereur : « Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l’épée la foi qu’il prêchait. » Telle est la phrase qui a mis le feu aux poudres. Non seulement elle n’est pas de Benoît XVI, mais le pape soulignait lourdement que l’empereur s’exprimait « avec une rudesse surprenante qui nous étonne ». Ce qui l’intéressait n’est pas cette phrase, mais la façon dont l’empereur explique que la violence dans la diffusion de la foi est déraisonnable : « Dieu n’apprécie pas le sang, ne pas agir selon la raison – sun logo – est contraire à la nature de Dieu. »

    On remarque que les réactions des musulmans dans le monde entier, qui ont « vivement attristé » le pape, se concentrent sur la question de la violence de l’islam. Les voilà qui protestent que l’islam est une religion d’amour, de paix et de tolérance, et ils le font avec la plus extrême virulence, déclenchant une multitude de violences antichrétiennes. On ne se refait pas. La violence est bien évidemment consubstantielle à l’islam. Si l’on voulait l’expurger, il faudrait supprimer du Coran les innombrables versets d’appels à la violence qui s’y trouvent, dont les versets qui insultent les chrétiens et appellent à les tuer.

    Le tohu-bohu sur le point de la violence islamique a quasiment occulté l’autre point abordé par le pape, et qui est véritablement le nœud de la question. Le problème, dit Benoît XVI, est que si l’empereur de Constantinople, grec et chrétien, fait tout naturellement le lien entre foi et raison (par le Logos), « pour la doctrine musulmane Dieu est absolument transcendant, sa volonté n’est liée à aucune de nos catégories, pas même celle de la raison ». Et de citer Ibn Hazm qui allait jusqu’à expliquer que Dieu n’est même pas lié par sa propre parole, et que s’il le souhaitait, l’homme devrait même se livrer à l’idolâtrie.

    En effet, selon toute la tradition musulmane, Dieu est « impénétrable », il décide ce qu’il veut, l’homme doit se contenter d’obéir. C’est ce qui explique que ce qui pour nous est incompréhensible dans le Coran est accepté sans problème par les musulmans, à savoir que Dieu commande des choses parfaitement contradictoires, son nouveau commandement abrogeant simplement le précédent.

    Vendredi, alors que la polémique était à son comble, Benoît XVI nommait le nouveau secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats : le Français Dominique Mamberti. Ce Corse né à Marrakech était nonce apostolique au Soudan depuis 2002. Auparavant, il a notamment travaillé au sein des représentations pontificales en Algérie et au Liban. On constate donc que le pape choisit un « ministre des Affaires étrangères » qui connaît l’islam de près. Interrogé par téléphone à Khartoum, Mgr Mamberti a bien évidemment refusé de se prononcer sur l’objet de la polémique, mais il a souligné, après avoir déclaré que le dialogue entre les différentes civilisations, cultures et religions sera une des grandes questions qu’il aura à traiter, que ce dialogue devait être « mené dans la vérité et sur des fondements intellectuels valides ». Ajoutant, au cas où l’on n’aurait pas compris : « Les réflexions du Saint-Père doivent être insérées dans ce contexte. »

    Pour être complet, rappelons que Benoît XVI a dissous le conseil pontifical pour le dialogue interreligieux (et avec lui sa commission pour les relations avec l’islam) dans le conseil pontifical pour la culture. On remarquera que l’expression devenue habituelle est « dialogue entre les cultures et les religions », les deux mots culture et religion étant désormais inséparables. A Ratisbonne, il a évoqué « les cultures profondément religieuses du monde » qui sont choquées par le rationalisme occidental.

    Il y a en effet quelque chose de nouveau dans l’approche de l’islam par le Saint Siège. Ce n’est pas la citation de l’empereur  du XIVe siècle. Certains chefs musulmans en sont certainement conscients. La violence des réactions à la petite phrase doit aussi être appréciée à l’aune de ce contexte.

     

  • Coïncidence…

    Jeudi dernier, le nouveau directeur de la rédaction de L’Express, Christophe Barbier, déclarait à l’AFP que son magazine a « clairement un défi de vente en kiosque ».

    Le numéro de L’Express qui paraissait en kiosque ce jour-là était titré La bombe Le Pen, et montrait en couverture une photo de Le Pen tout sourire et tout à son avantage…

    J’ai pu constater avec plaisir, hier, qu’on peut ainsi voir dans toutes les rues de Paris, au dos des kiosques, cette photo de Le Pen, en grand format.

    Miracle du défi de la vente en kiosque...

  • Saint Joseph de Cupertino

    medium_image004.gifLa vie de saint Joseph de Copertino (1603-1663) est un gag divin, qui ne le fit pas vraiment rire. Tout petit déjà, on l’appelait « bouche-bée », parce que tout lui était l’occasion de tomber en extase. De ce fait il était incapable de faire quoi que ce soit, puisque lorsqu’il tombait en extase tout lui tombait des mains, et en outre il était quasiment analphabète et avait un air parfaitement ahuri.

    Après plusieurs tentatives infructueuses, sa famille réussit à le faire admettre dans un couvent de capucins, comme simple oblat, avec pour tâche de s’occuper de la mule. Mais il voulait devenir frère franciscain, et prêtre. Et il y réussit. Il passa par miracle l’examen du sacerdoce. L’évêque commença par interroger les premiers candidats, qui étaient si forts en théologie qu’il décida d’admettre tout le groupe, dont Joseph. Du coup, saint Joseph de Copertino est le patron des étudiants qui passent des examens…

    A partir de ce moment-là, il se mit à léviter, et de façon très impressionnante. Avec décollage vertical et atterrissage, accompagné d’un cri rauque, au pied de l’image ou de la statue qui avait provoqué son extase. Un jour il se prit dans les branches d’un olivier et il fallut une échelle pour le faire redescendre. On voulut le présenter au pape, et il lévita aussitôt, ce qui fit peur au souverain pontife. Ses lévitations finirent par le faire soupçonner de diablerie ou d’imposture par l’Inquisition, qui le convoqua. Dès qu’il entra dans la salle d’audience, il se colla au plafond. On l’envoya vivre en reclus dans un couvent. On le dit saint patron des aviateurs. Je ne sais pas si cela est officiel dans l’Eglise, ou provient seulement de la blague de Blaise Cendrars (dans Le lotissement du ciel).

    Joseph de Copertino n’est pas saint parce qu’il lévitait mais parce qu’il fut d’une patience et d’une obéissance héroïques, d’une charité sans bornes et d’une piété exceptionnelle. Lors de son procès en béatification, un témoin dira qu’il en avait davantage appris dans ses quelques conversations avec Joseph que dans tous les livres de théologie.

    Néanmoins l’Eglise n’a pas laissé passer l’occasion de se servir de ce don intempestif pour en donner, cum grano salis, la signification spirituelle, dans la collecte de sa messe : « Dieu, qui avez voulu que votre Fils unique, élevé de terre, attirât tout à lui, faites, dans votre bonté, qu’à l’exemple et par les mérites de votre séraphique confesseur Joseph, nous élevant au-dessus de tous les désirs terrestres, nous méritions de parvenir jusqu’à celui qui, étant Dieu, vit et règne dans les siècles des siècles. Amen. »