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  • Manuel Valls réinvente les "brigands"

    Ce matin, sur RTL, Manuel Valls a dénoncé les manifestations contre la destruction du mariage en ces termes :

    « Des groupuscules tentent par des actions violentes de déstabiliser la République. »

    Sic.

    « Groupuscule », ce n’est pas très joli, comme terme, surtout quand ça désigne des millions de personnes.

    Il fut un temps (mais c’était deux siècles avant que M. Valls devienne français) où l’on appelait les gens qui s’opposaient à la destruction de l’ordre naturel et religieux des « brigands ». Il suffisait d’exhiber un chapelet ou une statue de la Sainte Vierge pour être un « brigand » qui tentait de « déstabiliser la République ». Comme aujourd’hui il suffit d’avoir un tee-shirt représentant un papa, une maman et des enfants.

    Ces « brigands » étaient des « fanatiques ». Ils étaient condamnés pour « fanatisme ». Car c’est le « fanatisme » qui risquait de « déstabiliser la République ».

    Et Voltaire, ancêtre idéologique de Manuel Valls, avait expliqué pourquoi il fallait punir le fanatisme :

    « Pour qu’un gouvernement ne soit pas en droit de punir les erreurs des hommes, il est nécessaire que ces erreurs ne soient pas des crimes ; elles ne sont des crimes que quand elles troublent la société : elles troublent cette société, dès qu’elles inspirent le fanatisme ; il faut donc que les hommes commencent par n’être pas fanatiques pour mériter la tolérance. » (Traité sur la tolérance, ch. 18)

    CQFD.

  • Une « classe moyenne de la sainteté » ?

    « Il y a les saints de tous les jours, les saints “cachés”, une sorte de “classe moyenne de la sainteté”, comme le disait un auteur français, cette “classe moyenne de la sainteté” dont nous pouvons tous faire partie. » (Homélie du pape François, Saint Paul hors les murs, dimanche 14 avril)

    Un auteur français ?

    Qui ça ?

    Eh bien non. Aucun auteur français n’a hasardé une telle expression. Et c’est heureux. Car il serait contraire à l’Evangile, à l’enseignement des pères de l’Eglise, et à toute la tradition catholique (y compris tout particulièrement l’appel universel à la sainteté de Vatican II), d’imaginer une « classe moyenne de la sainteté ». Le premier pas vers la canonisation est le décret d’héroïcité des vertus. Il n’y a pas de classe moyenne des héros. Et le « saint de tous les jours », qui ne sera pas canonisé, met tout autant en pratique l’héroïcité des vertus. Il n’y a pas de sainteté sans héroïcité des vertus. Il n’y a donc pas de « classe moyenne de la sainteté ».

    Ce qu’un « auteur français » avait aventureusement avancé, c’est l’expression « classe moyenne du salut ». Il s’agit de Joseph Malègue, auteur aujourd’hui oublié d’un roman-fleuve qui fut encensé par la critique… et par… Paul VI, et qui eut un succès considérable dans l’entre-deux-guerres, Augustin ou le Maître est là. A sa mort, Joseph Malègue laissait un autre roman-fleuve inachevé : Pierres noires. Les classes moyennes du salut. En trois parties. La deuxième est inachevée, et c’est surtout dans la troisième, inexistante, qu’il devait préciser ce qu’il entendait par « classes moyennes du salut ».

    Le peu que l’on en devine est que c’était plutôt (et logiquement) péjoratif, donc à rebours de ce que le pape appelle les « classes moyennes de la sainteté ». Joseph Malègue oppose les « classes moyennes du salut » (la bourgeoisie pratiquante engluée dans sa classe sociale et ses intérêts) au monde des saints, même s’il devait in fine, selon ses notes, relier les deux…

    Ces deux mondes sont esquissés dans ce bref extrait de la deuxième partie (trouvé ici) qui nous montre un prêtre approuver un mariage de convenance : « C’était très bien, d’un “bien” humain, d’un bien séculier, d’un bien de convenance, de rang, d’assise familiale, sociale et mondaine. Le prêtre le plus doux et pour lui-même le plus mortifié, jeûnant tout son carême à soixante-quinze ans, dont on n’avait su au juste toutes les austérités, qui devait mourir l’année suivante, à la fin de toute sa tâche, d’une douce mort épuisée, se plaçait à la hauteur moyenne de ses paroissiens avec une simplicité spontanée, afin de voir comme eux leurs intérêts et leurs calculs au proche niveau où ils étaient visibles, avec la netteté rationnelle et permise dont ils avaient besoin, dans les colonnes du doit et de l’avoir. »

    Voilà ce que sont les paroissiens des « classes moyennes du salut ». Il n’y a pas vraiment de quoi les montrer en exemple…


    Corrigendum

    Selon "Sentire cum Ecclesia" (voir ci-dessous), l'expression "classes moyennes de la sainteté" a été utilisée par Joseph Malègue (au pluriel, c'est pourquoi Google ne me donnait pas de référence). Dont acte. Il y a donc eu un écrivain français pour parler de "classes moyennes de la sainteté" et un pape pour le répéter. Cela ne change rien à mon commentaire.

  • Saint Patern

    Le premier évêque de Vannes fut saint Patern, dont c’est la fête aujourd’hui selon le calendrier du diocèse. Saint Patern fut nommé évêque de Vannes au concile de la province de Tours qui se réunit à Vannes en 465. Arthur de la Borderie a écrit un petit livre sur saint Patern, sa légende et son histoire, qu’on peut trouver dans la Bibliothèque numérique de l’université Rennes 2 (en ligne et en PDF), et dont voici la conclusion.

    Il y a eu, aux Ve et VIe siècles, dans la Gaule et dans l'île de Bretagne, trois saints évêques du nom de Patern : saint Patern de Vannes — saint Patern d'Avranches — saint Patern ou Padarn du pays de Galles.

    Le premier est, par son épiscopat, fort antérieur aux deux autres, et ne peut d'aucune façon leur être identifié.

    La Vita S. Paterni, publiée dans les Cambro-British Saints, l'a confondu avec le Padarn gallois ; le cartulaire de Quimperléet le bréviaire de Léon, avec le Patern d'Avranches.

    Tout cela doit être écarté.

    La vita S. Paterni, écrite au XIe siècle, s'applique presque tout entière au saint Padarn gallois ; elle contient pourtant des traditions relatives à saint Patern de Vannes, portées au IXe siècle dans la Grande-Bretagne par les Bretons d'Armorique fuyant l'invasion normande, et parmi lesquelles une seule mérite considération : celle qui concerne les rapports de saint Patern avec le roi Caradauc.

    Nous la retrouvons aussi, celle-là, dans un document de la fin du XIIe siècle ou des premières années du XIIIe — la Descriptio reliquiarum — qui représente mieux que toute autre les souvenirs conservés par l'Église de Vannes concernant son fondateur et premier pasteur.

    Malheureusement ces souvenirs sont brefs. Ils permettent néanmoins de préciser un côté intéressant et très caractéristique du rôle de saint Patern.

    Armoricain ou au moins Gaulois de naissance, placé à Vannes en 465 pour gouverner, protéger, christianiser les Armoricains, il se trouva successivement en rapport avec des étrangers de race diverse qui venaient s'implanter en Armorique : d'abord les émigrés bretons, puis les Franks. — Il amena les émigrés bretons à reconnaître son autorité spirituelle, et en retour, par son intervention, il sut persuader aux indigènes de se fondre pacifiquement avec les Bretons en une même nation, sous un même chef, dans toute la partie du pays de Vannes située à l'ouest de cette ville. — Dans l'autre partie de son diocèse restée galloromaine, c'est lui aussi qui, vingt ans plus tard, sut ménager l'accord pacifique conclu entre sa cité et les Franks de Clovis.

    Ainsi dégagée des confusions, des erreurs, des fables dont on l'a maladroitement obscurcie, la figure de saint Patern brille encore, grande et imposante, dans la glorieuse auréole légitimement due au zèle du premier apôtre, au génie du pacificateur, conciliateur et arbitre des races diverses qui se disputaient alors la cité vannetaise et son large territoire.