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  • Les mots et les faits

    Au petit matin du 1er janvier 2006, une bande de « jeunes » avait semé la panique dans le train Nice-Lyon en agressant et volant de nombreux voyageurs entre Saint-Raphaël et Draguignan.

    « Ce qui s'est passé dans le train Nice-Lyon est totalement inacceptable et les coupables seront recherchés et punis comme il se doit », avait déclaré Jacques Chirac.

    « Le temps de l'impunité dans les TER, c'est terminé » avait déclaré Nicolas Sarkozy en se rendant sur place.

    Sur les 21 voyous qui avaient participé à cette équipée sauvage, neuf furent mis en examen (essentiellement pour des faits commis... dans un autre train). Le procès vient seulement d'avoir lieu. Sur les neuf, un seul s'est rendu au tribunal : Mohamed Ali Baya. Il a été condamné à 6 mois de prison avec sursis, mise à l'épreuve et interdiction de prendre le train pendant deux ans... Le meneur, Henis Zorgati, absent, a écopé de 18 mois de prison ferme. Un autre, Hatem Sakli, a été condamné à 6 mois de prison avec sursis. Et trois autres prévenus se voient infliger une amende de 1.000 à 1.500 euros.

    Le 22 avril dernier, à Nice, Nicolas Sarkozy affichait une fois de plus sa fermeté et annonçait une nouvelle loi contre les bandes...

  • Le mépris

    Alors que les syndicats pénitentiaires devaient être reçus dans la matinée au ministère de la Justice, Brice Hortefeux et Eric Woerth ont fait savoir l'un et l'autre qu'ils n'obtiendraient rien.

    Le ministre du Travail a dit que 11 prisons avaient été construites et que la loi en discussion au Parlement apportait des « éléments de réponse ».

    Le ministre du Budget a dit que le budget de la pénitentiaire est important et que « cela suffit ».

    Pour l'un comme pour l'autre, il est donc normal que le taux d'occupation des prisons soit de plus de 120%.

    C'est sans doute leur façon de défendre l'exception française...

  • Les droits de l’homme et l’amour divin

    Extrait de l'allocution de Benoît XVI, hier, à l'Académie des sciences sociales réunie en session plénière (présidée par Mary Ann Glendon)

    Paul VI et Jean-Paul II "affirmaient justement que le droit à la vie et à la liberté de conscience et de religion sont au centre des droits qui découlent de cette même nature humaine. Strictement parlant, ces droits ne sont pas des vérités de la foi bien qu'ils soient reconnaissables, apparaissant ainsi en pleine lumière, dans le message du Christ qui manifeste pleinement l'homme à lui-même (Gaudium et Spes). Ils en reçoivent une confirmation ultérieure par la foi. La raison en est que des hommes et des femmes, vivant et agissant dans un monde physique comme des êtres spirituels, perçoivent la présence d'un 'logos' qui les rend capables de distinguer non seulement le vrai du faux, mais aussi le bien du mal, le meilleur du pire, la justice de l'injustice. L'action de l'Eglise dans la promotion des droits de l'homme est renforcée par une réflexion rationnelle, de telle façon que ces droits apparaissent à toutes les personnes de bonne volonté indépendamment de leur filiation religieuse". En même temps, "comme chaque nouvelle génération et chaque individu doit se réapproprier ces droits et que la liberté humaine est toujours fragile, la personne a besoin de l'espérance et de l'amour inconditionnels qui se trouvent seulement en Dieu et qui mènent à une participation à la justice et à la générosité de Dieu envers les autres".

  • Le prêtre, le monde, la prière

    Deux extraits de la magnifique homélie de Benoît XVI lors des ordinations de dimanche dernier :

    Il faut ici faire attention à une réalité de fait: ce «monde», toujours dans le sens évangélique, menace également l'Eglise, en contaminant ses membres et les ministres ordonnés eux-mêmes. Le «monde» est une mentalité, une manière de penser et de vivre qui peut aussi polluer l'Eglise, et qui de fait la pollue, et qui demande donc une vigilance et une purification permanentes. Tant que Dieu ne se sera pas pleinement manifesté, ses fils aussi ne sont pas encore pleinement «semblables à Lui» (1 Jn 3, 2). Nous sommes « dans » le monde, et nous risquons  d'être également « du » monde. Et de fait, nous le sommes parfois. C'est pourquoi Jésus à la fin n'a pas prié pour le monde, mais pour ses disciples, pour que le Père les protège du malin et qu'ils soient libres et différents du monde, bien que vivant dans le monde (cf. 17, 9.15). A ce moment, au terme de la Dernière Cène, Jésus a élevé au Père la prière de consécration pour les apôtres et pour tous les prêtres de chaque époque, lorsqu'il a dit : « Consacre-les par la vérité » (Jn 17, 17). Et il a ajouté : « Et pour eux je me consacre moi-même, afin qu'ils soient, eux aussi, consacrés par la vérité » (Jn 17, 19).

    (...)

    Toutes ces formes de prière qui ont leur centre dans l'Eucharistie, ont pour effet que dans la journée du prêtre, et dans toute sa vie, se réalise la parole de Jésus : « Moi je suis le bon pasteur; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le père me connaît, et que je connais le Père; et je donne ma vie pour mes brebis » (Jn 10, 14-15). En effet, ce « connaître » et « être connus » en Christ et, à travers Lui, dans la Très Sainte Trinité, n'est autre que la réalité la plus vraie et la plus profonde de la prière. Le prêtre qui prie beaucoup, et qui prie bien, est progressivement exproprié de lui-même et toujours plus uni à Jésus Bon Pasteur et Serviteur de ses frères. Conformément à Lui, le prêtre «donne la vie» lui aussi pour les brebis qui lui sont confiées. Personne ne la lui ôte: il l'offre lui-même, en union avec le Christ Seigneur, qui a le pouvoir de donner sa vie et le pouvoir  de la reprendre non seulement pour lui, mais également pour ses amis, liés à Lui par le sacrement de l'ordre. Ainsi, la vie même du Christ, Agneau et Pasteur, est transmise à tout le troupeau, à travers les ministères consacrés.

  • Saint Pie V

    Tandis que les armées françaises ravagent la Lombardie, les protestants de Suisse, disciples de Calvin, en profitent pour introduire en fraude de mauvais livres, ce qui constitue un réel danger pour le peuple, curieux de ces écrits qui ont l'attrait de la nouveauté et de la contestation.

    Cette grave affaire préoccupe beaucoup le pape. Après en avoir mûrement délibéré, le Saint-Office romain décide de nommer le père Michel Alexandrin Inquisiteur, car sa rigueur théologique lui permettra facilement de démontrer la fausseté des livres hérétiques [Michel Alexandrin est le nom de religion d'Antoine Ghislieri, futur Pie V]. Le voici donc envoyé à Côme dans le nord de l'Italie. A peine nommé en 1545, il part visiter le territoire qu'on lui a désigné. Là, au lieu de rechercher ses aises, comme le voudrait sa nouvelle et importante fonction, il va à pied, préférant l'inconfort d'une mauvaise paillasse à un bon lit et s'imposant de mortifiantes privations. En chemin, il égrène son rosaire ou récite à haute voix des prières. Autant de manières de sanctifier sa mission et de montrer l'exemple.

    Or il advient qu'à Côme, un marchand a convenu avec les Protestants genevois de l'envoi d'un grand nombre de livres de propagande calviniste qu'il pourra vendre à bon prix en faisant de gros bénéfices. Le bonhomme trouve moyen de corrompre tous chanoines du Chapitre pour qu'ils ferment les yeux sur son trafic. Lorsque le Père inquisiteur apprend l'affaire, il décide d'excommunier tous les responsables de ce mauvais commerce, à commencer par tous les chanoines. Mais ces derniers ne se démontent pas. Ils font courir dans la ville toutes sortes de bruits pour monter le peuple contre l'inquisiteur. Le chanoine le plus compromis a même l'audace de porter plainte auprès du gouverneur de Milan, en lui présentant les choses à sa manière, c'est à dire en cachant le trafic de livres et en imputant toute la responsabilité des troubles à l'intransigeance du père Michel Alexandrin. Le mauvais prêtre est beau parleur et le gouverneur se laisse convaincre. Il convoque l'inquisiteur pour le remettre à sa place de manière outrageante.

    Devant cette infamie, il en va de l'honneur de l'Eglise. Ghislieri part sur le champ à Rome pour retracer ce qui s'est passé. Il arrive le 24 décembre 1550. Lorsqu'il frappe à la porte du couvent de son ordre, le prieur le prend pour un de ces ambitieux venu mendier des faveurs à la cour du pape : « Que venez vous chercher ici, mon père ? Venez vous voir si le collège des cardinaux est disposé à vous faire pape ? » dit-il, railleur, et bien loin d'imaginer que ce celui dont il se moquait monterait bientôt sur le trône de saint Pierre ! Qu'importe, l'inquisiteur peut s'expliquer auprès de la Curie qui approuve entièrement sa conduite. Les réclamations injustes des chanoines de Côme sont rejetées, pour leur plus grande confusion.

    (Extrait d'un article de Catherine Bousquet, dans la revue Transmettre.)