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Il y a 50 ans (2) : le bréviaire

« Bien que la Liturgia Horarum soit, juridiquement parlant, l’Office autorisé de l’Eglise romaine, elle n’appartient pas à l’Office romain en ce qui concerne son contenu » Laszlo Dobszay, La liturgie Bugnini et la réforme de la réforme, livre dédié au cardinal Ratzinger avec son accord.

La destruction de la liturgie impliquait la destruction non seulement de la messe, mais aussi de l’office divin.

Plusieurs innovations venaient directement du texte du concile, hélas : la suppression de l’heure de prime, la « permission » de supprimer deux des trois petites heures, l’« adaptation » des matines afin qu’elles puissent être récitées « à n’importe quelle heure du jour », la répartition du psautier « sur un laps de temps plus long ». Bugnini et sa clique avaient glissé cela dans leur « schéma », et personne n’avait bronché… Au contraire, même, ce sont les pères conciliaires qui ajoutèrent, à propos des matines, qu’elles devaient comporter « un moins grand nombre de psaumes et des lectures plus étendues ».

C’était la porte ouverte à une destruction de tout l’édifice. Comme disait Bugnini : « Un principe d’évolution progressive s’imposa immédiatement dans la mise en pratique du document conciliaire. »

Supprimer l’heure de prime, et deux des petites heures, c’était casser la tradition qui s’appuyait sur le psaume : « Sept fois le jour je te dis la louange ». Il n’y avait plus que quatre fois. Et l’on supprimait aussi les matines, qui s’appuyaient sur le psaume : « Au milieu de la nuit je me lève pour te confesser. »

On avait décrété que l’heure de prime faisait double emploi avec les laudes. Il est ahurissant que des prêtres, des moines, aient osé proférer une telle contre-vérité, aient inventé un tel mensonge pour « justifier » leur démolition. Les deux offices n’ont pas le même objet, n’ont pas la même fonction. La différence est déjà dans leur titres : les laudes, c’est la louange de Dieu. Il est vrai que les laudes avaient été profondément défigurées par saint Pie X. Avant lui, ou toujours dans l’office monastique traditionnel, l’essentiel des laudes c’est la reconnaissance de notre péché (psaume 50) et la louange (psaumes 148-150 et Benedictus), louange « gratuite » de Dieu parce qu’il est Dieu et qu’il est mon univers en ce nouveau matin.

Prime, c’est la première heure de cette nouvelle journée, prière « utilitaire », en ce que je confie à Dieu tous les actes que j’accomplirai, mon travail de la journée, et que je lui demande de m’aider à agir en lui et pour lui tout au long de cette journée. Ce n’est pas mon interprétation, c’est explicite dans les textes. C’est donc une grave mutilation de l’office que de supprimer Prime. On ne peut pas s’empêcher d’y voir un indice important de l’atmosphère subtilement pélagienne dans laquelle baigne la néo-liturgie : je n’ai pas besoin de Prime parce que je n’ai pas besoin d’un office spécial pour demander à Dieu qu’il m’aide au long de la journée…

Habilement, Bugnini et sa clique n’avaient pas indiqué sur combien de temps on étalerait le psautier, pour ne pas effrayer les derniers évêques qui éventuellement tenaient encore au bréviaire traditionnel. Après le concile, on décida de l’étaler sur quatre semaines. Il était impossible de l’étaler davantage, car déjà en procédant ainsi on n’a que deux psaumes ou tranches de psaume aux laudes et aux vêpres : quand le psaume est un peu long il n’y en a qu’un, il serait difficile de faire moins…

Les matines sont devenues un « office des lectures », qui n’a que trois tranches de psaume (au lieu de 9 psaumes depuis saint Pie X, 12 auparavant). L’important ce sont les « lectures ». On confond prière et lectio divina. Surtout, on supprime les matines, c’est-à-dire la prière de la nuit, avec tout ce que cela comportait de grâces spéciales de contemplation, puisque le nouvel office peut être dit n’importe quand dans la journée : quand on trouve le temps, ce qui est assurément un principe liturgique nouveau…

Pour laudes et vêpres, la réduction drastique des psaumes a conduit, pour meubler, à ajouter des « preces », des prières totalement inventées, dans un latin hasardeux, mais qui était conçu pour être traduit dans les langues vulgaires et non pas récitées telles quelles… (alors que le concile spécifiait que l’office divin devait se dire en latin).

L’essentiel de l’office divin avait toujours et (presque) partout été le chant des 150 psaumes dans la semaine. Parce que le cycle de sept jours est idéal, et permet de retrouver semaine après semaine les psaumes toujours au même endroit, et de s’appuyer sur la psalmodie pour faire de ce cycle une spirale vers le ciel, de même que le cycle annuel (également cassé par la néo-liturgie) est idéal, permettant de s’appuyer sur l’année liturgique toujours identique pour faire de ce cycle une spirale vers le ciel.

Non seulement on a mis en miettes les 150 psaumes, mais on en a supprimé trois qui ne plaisaient pas (55, 82, 108, ce dernier étant pourtant cité par saint Pierre en personne dans les Actes des apôtres). Le Saint-Esprit s’était trompé en nous donnant ces textes pour la prière. Et il s’était trompé aussi dans nombre d’autres versets, qui ne correspondent plus à la délicate sensibilité de nos contemporains, et qu’on a donc également supprimés : 123 versets en tout. Telle est l’une des grandes nouveautés de la néo-liturgie : la censure du Saint-Esprit. Sous prétexte que ces « versets imprécatoires » sont irrecevables en notre temps de droits de l’homme, parce qu’ils demandent à Dieu d’exterminer nos ennemis, de les déshonorer, de les anéantir, de massacrer leurs enfants, etc. Alors que toute la tradition a toujours enseigné que c’était le diable qui était visé, et nos démons intérieurs. Mais peut-être est-ce précisément un combat dont on ne veut plus…

En outre, les longs psaumes 77, 104 et 105, qu’ils appellent « historiques » parce qu’ils n’en comprennent plus le sens mystique, ne sont plus dits que saucissonnés dans l’office des lectures de l’Avent, de Noël, du Carême et de Pâques.

Quant au sublime psaume 118, il est dispersé façon puzzle de façon à ce qu’il soit impossible d’en reconnaître l’unité.

Les psaumes sont ainsi répartis sur 112 heures en 28 jours : l’esprit n’a plus aucun repère.

Il y avait eu un précédent partiel, lorsque saint Pie X avait bouleversé le psautier de fond en comble, tout en gardant les 150 psaumes dans la semaine. Mais il avait cassé l’unité des psaumes 148-149-150. Ces psaumes avaient toujours et partout, en orient comme en occident, constitué une unité insécable, un seul psaume, cela même qui avait donné son nom aux « laudes », mot qui désigne précisément ces trois psaumes dans la liturgie byzantine, et aussi dans la Règle de saint Benoît. Saint Pie X opérait une grave rupture de la tradition liturgique. Or personne ne protesta. Parce qu’il y avait très longtemps que les prêtres n’aimaient plus l’office divin. Il y avait très longtemps qu’ils considéraient comme une corvée, un pensum, ce qu’ils auraient dû considérer, ce qui est, le lieu de la conversation intime avec Dieu. Les heures de plongée dans la vie mystique par l’intermédiaire des psaumes étaient devenues une obligation qu’on remplit par devoir et obéissance. Alors, quand l’autorité a décidé de tout démanteler et de donner un ersatz, on a obéi avec enthousiasme.

 

Appendice 1

Ce que dit Bugnini des antiennes est caractéristique de toute la destruction liturgique, et du cynisme avec lequel elle a été menée :

1) on a utilisé le répertoire existant ou recouru aux sources manuscrites (…). Les antiennes de ce genre ont l’avantage d’être munies de mélodies grégoriennes. Ainsi un double service est rendu, à la liturgie et au chant.

2) de nouveaux textes ont été composés, quand les textes existants ne correspondaient pas aux critères établis par le Consilium. (..) On a également jugé bon de présenter un autre critère : la possibilité de bien traduire l’antienne en langue vernaculaire.

Autrement dit :

1. On a pris soin de prendre de nouvelles antiennes pourvues d’une mélodie grégorienne. 2. Et de composer de nouvelles antiennes qu’on puisse bien traduire. De nouvelles antiennes en langue vulgaire et sans mélodie. Dont l’utilisation implique forcément qu’on traduise aussi les autres et qu’on abandonne donc leur mélodie grégorienne. Et qu’on abandonne par conséquent tout l’office en latin, contrairement à ce qui était stipulé par le texte conciliaire… concocté par la clique de Bugnini.

En outre, le fait de dire l’office en langue vulgaire (et non plus en latin comme le stipulait expressément le concile) implique que l’on utilise les traductions officielles. Et la traduction française est particulièrement mauvaise. Un seul exemple : il y a plus de 120 fois le mot misericordia dans le psautier latin, et deux fois le mot miséricorde dans le psautier en français (uniquement pour éviter deux répétitions de l’omniprésent « amour »…).

 

Appendice 2

Voici ce qu’ils ont fait du psaume 34 :

psaume 34 caviardé.png

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