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Il y a 50 ans (1) : la messe

Il y a 50 ans fut commis le plus grave attentat de l’histoire contre l’Eglise catholique. Et cet attentat fut perpétré par un pape.

Il y a 50 ans, le premier dimanche de l’Avent 1969, Paul VI mettait à la poubelle la liturgie latine multiséculaire, la liturgie immémoriale de l’Eglise de Rome, pour la remplacer par un ersatz concocté par des « experts ». Le but était de rendre la messe plus attrayante et plus accessible, et donc d’enrayer, et d’inverser, l’érosion de la pratique. Le résultat a été très brillant, comme on le sait : il y a aujourd’hui 1,8% des Français qui vont à la messe le dimanche.

Il y a 50 ans, Paul VI imposait sa néo-« liturgie » de façon dictatoriale et tyrannique au nom de « l’obéissance au Concile », qui se déclinait en « obéissance aux évêques » chargés de veiller à ce que disparaisse la liturgie authentique de l’Eglise de Rome, au prix d’une implacable persécution de ceux qui oseraient résister.

Or tout cela reposait sur un mensonge. Le Concile n’avait absolument pas demandé un tel bouleversement. Il suffit de lire la Constitution Sacrosanctum Concilium pour le voir très clairement. Ou, pour prendre un exemple précis, la présentation du « nouvel Ordo Missae » par le « R. P. Annibale Bugnini, secrétaire du Conseil pour l’application de la Constitution sur la liturgie ». Le « nouvel ordo missae » dont on parle ici est celui de… 1965, et parmi ses rares nouveautés il y a la suppression du psaume 42 au début de la messe. Mais pas de l’antienne « Introibo ad altare Dei ». Car, dit Bugnini, « il serait vraiment déplaisant que dans la restauration finale cette petite perle ait disparu de l’Ordo Missæ ». Mais la « restauration finale » (sic) fut suivie de la destruction finale et de la suppression de l’antienne, par le même Bugnini (que Paul VI fera archevêque trois ans plus tard), et de tout l’ordonnancement du début de la messe. Et la suppression de tous les chants propres (ceux du « graduel »), puisqu’on pouvait les remplacer par des « chants appropriés », et c’est ce que l’on fit puisque la suppression du latin rendait impossible le chant du propre. Telle est la frénésie de la destruction révolutionnaire, selon un schéma toujours identique.

Le mensonge de Paul VI éclatait quand dans la suite du même discours du 26 novembre 1969 il soulignait que la « langue courante » devenait « la langue principale » de la messe. Or « le Concile » avait stipulé exactement le contraire : le latin demeurait la langue principale.

Cette nouveauté-là achevait la destruction de la liturgie. Car si la messe est en « langue courante », tout le patrimoine grégorien, ces centaines de chefs-d’œuvre de l’art occidental, disparaît, alors que « le Concile » soulignait que le chant grégorien devait conserver « la première place ».

La conjonction de la dispersion façon puzzle, tous azimuts, des diverses pièces des messes et des oraisons charcutées, défigurées, abondamment saupoudrées de pièces nouvelles, et de la disparition du « chant propre de la liturgie romaine » (comme dit « le Concile »), aurait dû susciter une immense réaction de la part des évêques, des prêtres et des fidèles. Surtout des clercs, qui voyaient en même temps détruit leur bréviaire. Ils auraient dû hurler qu’on les écorchait vifs, qu’on leur arrachait le cœur. Mais non. Les réactions furent très limitées. Pour deux raisons.

La première est que la grande majorité des prêtres étaient indifférents à la liturgie, depuis très longtemps. Une messe qu’on pouvait dire en 11 minutes chrono, c’était très bien (c’était encore trop, puisque la majorité d’entre eux, chez nous, ne la dit pas en semaine). Et peu importe qu’on profite de ce rabougrissement pour estomper le côté sacrificiel de la messe. Et peu importe que la traduction empire cette perte, le sommet étant atteint quand « pour la gloire de Dieu et le salut du monde » est censé traduire : « Suscipiat Dominus sacrificium de manibus tuis ad laudem et gloriam nominis sui, ad utilitatem quoque nostram totiusque Ecclesiae suae sanctae »… Et puis un petit ersatz de bréviaire c’est bien suffisant pour des prêtres qui considéraient ce colloque intime avec le Seigneur comme un pensum…

La seconde est que depuis Pie IX et Vatican I l’Eglise était une caserne où la principale vertu était d’obéir au pape, lequel était opportunément infaillible (la constitution Pastor æternus décrit l’Eglise comme étant le pape, revêtu de l’infaillibilité, gouvernant des évêques).

Il était donc certain qu’une impitoyable persécution des quelques réfractaires allait faire disparaître rapidement la liturgie latine. Mais les révolutionnaires ont perdu. Car la liturgie, par décret divin, devait demeurer. Dans de rares oasis, certes, mais elle ne disparaîtrait pas, et peu à peu elle recommencerait à se diffuser. Et même en dehors du ghetto où l’on avait fini par la tolérer. Et il y aurait un pape, en 2007, pour contredire frontalement Paul VI en affirmant qu’elle n’avait jamais été interdite, et en permettant à tout prêtre de célébrer cette messe qui, soulignait-il, était digne de vénération et avait pleinement droit de cité…

Honneur à tous ceux qui ont résisté à l’arbitraire impie de Paul VI. Honneur à ces prêtres qui ont sauvé la liturgie latine alors qu’ils étaient ultraminoritaires, isolés, méprisés, persécutés. Je pense à mon père spirituel qui était le seul moine de son abbaye à avoir voulu garder la messe authentique, et qui devait la célébrer dans la crypte, sans autre assistance qu’un servant qui répétait à voix basse : « Obéissance ! Obéissance ! »

Honneur à Benoît XVI qui a mis fin à cette terrible injustice, et qui n’a pas craint d’acquitter purement et simplement tous les coupables de désobéissance envers son prédécesseur, décrétant que tout prêtre avait le droit de célébrer selon l’ancien missel.

Commentaires

  • Je ne comprends pas pourquoi dans sa Constitution Apostolique Paul VI se réfère explicitement au S.C.

  • Merci cher Yves pour votre analyse très complète.

    Deux questions : St Pail VI a t il dans un texte quelconque expliquer sa décision de rompre avec les prescriptions explicites de Sacro Sanctum Concilium ?

    Vraiment aucune manifestation n est prévue pour célébrer cet anniversaire à Rome ou ailleurs ?

  • La réponse à la première question est non. Il a même toujours prétendu le contraire: que sa réforme était une application du texte conciliaire.

    A cette heure je n'ai toujours pas vu la moindre annonce d'une quelconque célébration. Je suppose que François y fera allusion demain. Pour dire que depuis 50 ans on a enfin une liturgie digne de ce nom...

  • Il faut toujours relire les deux discours de Paul VI des 19 et 2 nov 69, où il dit tout.
    http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/pt/c4b.htm

  • Merci pour vos réponses

    Autre question : qui aurait à l époque commenté cette opposition entre Sacro Sanctum Concilium et le missel réformé ? Un évêque, un journaliste m, un universitaire...ou personne ?

    Et si c est personne pourquoi ? Car la contradiction est énorme tout de même !

  • Article de la Croix pour les trente ans

    https://www-la--croix-com.cdn.ampproject.org/v/s/www.la-croix.com/amp/473822?amp_js_v=a2&_gsa=1&usqp=mq331AQCKAE%3D#aoh=15751781099848&referrer=https%3A%2F%2Fwww.google.com&_tf=Source%C2%A0%3A%20%251%24s&share=https%3A%2F%2Fwww.la-croix.com%2FArchives%2F1999-04-28%2FLe-missel-de-Paul-VI-fete-ses-trente-ans-_NP_-1999-04-28-473822

  • le massacre fut aggravé en France par des traductions ineptes comme celle que vous donnez. Ailleurs, notamment dans les pays de langue anglaise ou allemande, le texte traduit est plus proche du missel romain rénové, ce qui est déjà moins mal.

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