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Æterne rerum Conditor

Lorsque saint Benoît dans sa Règle fixe l’ordonnancement de l’office divin, il utilise plusieurs fois le seul mot « ambrosianum » pour indiquer l’hymne. On chante « l’ambrosien ». Personne n’aurait alors mis en doute, ni longtemps après, que toutes ces hymnes étaient de saint Ambroise. Bien entendu la critique moderne a enlevé à l’évêque de Milan la paternité de ces poèmes, sauf pour quatre d’entre eux, parce qu’il y a un problème : on a la preuve formelle qu’ils sont de saint Ambroise. Ainsi en est-il de l’hymne des laudes du dimanche, que cite saint Augustin en disant explicitement que c’est de saint Ambroise. Or personne me semble-t-il n’a encore osé mettre en doute la parole de saint Augustin parlant de son père spirituel…

Voici cette hymne, avec la traduction de Lemaistre de Sacy pour les Heures de Port Royal. Il est alternativement proche et loin du texte… Ce qui est curieux est que, alors que le thème conducteur du poème est le chant du coq (on l’appelait « ad galli cantum », au chant du coq), puisque c’est l’heure où l’on chante les laudes, Lemaistre de Sacy dit obstinément « l’oiseau »…

A la fin de la strophe « Hoc nauta… », la traduction suppose qu’on a compris le texte latin : Pierre « devient l’immobile rocher » parce qu’il a lavé sa faute dans les larmes au chant du coq. Quant au premier vers de la traduction de cette strophe, il ne correspond à rien dans le texte (« l’œil du monde » est le soleil que le chant du coq annonce).

Ætérne rerum Cónditor,
Noctem diémque qui régis,
Et témporum das témpora,
Ut álleves fastídium.

Dieu dont l'art conduisant les étoiles errantes
Au vif éclat des jours mêle l'horreur des nuits,
Et par leurs courses différentes
Soulage nos travaux, et charme nos ennuis.

Præco diéi jam sonat,
Noctis profúndæ pérvigil,
Noctúrna lux viántibus
A nocte noctem ségregans.

L'oiseau qui hait la nuit et qui veille en son ombre,
Appelant la clarté, frappe l'air de ses chants.
Et déjà quelque lueur sombre,
Formant un jour sans jour fait entrevoir les champs.

Hoc excitátus Lúcifer
Solvit polum calígine:
Hoc omnis errónum cohors
Viam nocéndi déserit.

L'astre qui du soleil devance la carrière
De l'Olympe obscurci tire le voile épais,
Et chasse en montrant sa lumière
Le timide voleur dans les sombres forêts.

Hoc nauta vires cólligit,
Pontíque mitéscunt freta:
Hoc, ipsa petra Ecclésiæ,
Canénte, culpam díluit.

Au chant de cet oiseau qui prévient l'œil du monde,
La mer calmant ses flots rassure le nocher,
Pierre sort de sa nuit profonde
Et devient pour jamais l'immobile rocher.

Surgámus ergo strénue:
Gallus jacéntes éxcitat,
Et somnoléntos íncrepat,
Gallus negántes árguit.

Loin donc, loin le sommeil dont l'appât nous surmonte,
La voix de cet oiseau condamne nos froideurs;
Sa diligence est notre honte.
Et ses cris redoublés réveillent les pécheurs.

Gallo canénte, spes redit,
Ægris salus refúnditur,
Mucro latrónis cónditur,
Lapsis fides revértitur.

À ce chant l'aquilon retient sa fière haleine,
Le malade en ses maux trouve soulagement
Le voleur fuit, craignant la peine,
Et la mourante foi renaît heureusement.

Jesu, labéntes réspice,
Et nos vidéndo córrige:
Si réspicis, lapsi stabunt,
Fletúque culpa sólvitur.

Ô Jésus, vois du ciel nos chutes lamentables,
Et que ton doux regard guérisse nos langueurs.
C'est ce regard qui nous rend stables
C'est lui qui nous relève et nous lave en nos pleurs.

Tu, lux, refúlge sénsibus,
Mentísque somnum díscute:
Te nostra vox primum sonet,
Et vota solvámus tibi.

Sans toi, divin flambeau, l'âme d'ombre est couverte.
Rayonne dans sa nuit, frappe-la de tes feux,
Que par toi notre bouche ouverte
Ferme ses premiers sons pour te rendre nos vœux.

Deo Patri sit glória,
Eiúsque soli Fílio,
Cum Spíritu Paráclito,
Nunc et per omne sǽculum.
Amen.

Adorons un Dieu seul en trois indivisible,
Père, Fils, Esprit-Saint, d'éternelle grandeur.
Le Père, soleil invisible,
Le Fils, son clair rayon, l'Esprit, leur vive ardeur.

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Commentaires

  • C'est le principe des poètes classiques français jusqu'à ce que Victor Hugo "mette un bonnet rouge au vieux dicti-onnaire" et fasse entrer la vache, le crapaud, l'araignée et le coq en poésie :
    - pas de mots spécialisés (botanique, zoologie, etc) en poésie, donc une périphrase ! (L'oiseau qui...)
    Cela dit saint Ambroise fait la même chose dans sa première strophe (Praeco diei, le héraut du jour) et attend la 4ème strophe pour dire clairement : Gallus !

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