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Saint Raymond Nonnat

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En 1855, un « ancien marin pêcheur » d’Audierne, Jean-Michel Le Bars, se mit à composer un cantique en l’honneur de saint Raymond Nonnat, une « vie nouvelle de saint Raymond Nonnat, patron de l’église d’Audierne ». En 42 couplets.

Comment le catalan de l’ordre de la merci en est-il venu à être honoré dans ce port de pêche cornouaillais au point de devenir le saint patron de la paroisse ? En fait il a pris la relève de saint Rumon, un saint local qui était aussi le patron de Saint-Jean-Trolimon (tref-Rumon) avant que les Hospitaliers (au XVe siècle) lui donnent le patronage de saint Jean Baptiste.

C’est au XVIIe siècle que saint Rumon a été remplacé par saint Raymond, comme on a vu saint Louran remplacé par saint Laurent dans le Trégor. Il semble qu’il y ait eu à ce moment-là un mouvement (une consigne ?) pour remplacer les saints bretons par de « vrais » saints du calendrier romain. C’est ainsi que dans le cap Sizun l’ermite saint Clet est subitement devenu le troisième pape, faisant de ce lieu le seul endroit au monde où l’on rende un culte au deuxième successeur de saint Pierre au point d’appeler les garçons Clet... (Il y a aussi un Saint-Clet dans le Trégor.)

En Catalogne saint Raymond Nonnat, (« non-né » parce que sa mère était morte quand on le mit au monde) est toujours le saint patron des femmes qui vont accoucher :

Mais ce goigs de Favara ne paraît pas correspondre aux plus courants :

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Commentaires

  • Si je peux me permettre un peu d'humour - comme dirait le petit Macron - voilà un saint tout désigné pour être le futur protecteur de la Catalogne unie, sous la Régence du prince Louis de Bourbon, dans le cadre de la Reconquista .... européenne, sauf si on doit attendre l'avènement de Pharamond de Bourbon-Habsbourg ...

  • la mésaventure de saint Rumon me semble avoir frappé de nombreux saints bretons et donc effectivement avoir résulté d'une consigne
    je suppose que les nombreuses formes qu'a en breton le prénom Yves viennent de cela; saint Yves, qui s'appelait Erwan, a adopté comme pseudonyme ce prénom franc quand il fut étudiant à Paris, et le conserva en français
    il n'est pas le seul dans ce cas : saint Hervé, porteur d'un nom franc lui aussi, portait vraisemblablement en réalité un nom breton assez proche
    j'ai constaté que les prénoms bretons qui subsistaient à l'époque classique étaient en général ceux qui n'avaient pas de saint patron que l'on n'avait donc pas pu remplacer par un saint classique
    je pense par exemple au prénom Prigent, qui était l'un des plus répandus des vrais prénoms bretons rescapés, et qui a disparu au début du XIXième siècle, condamné par le code civil
    il est d'ailleurs amusant de constater que c'est une législation d'origine révolutionnaire qui a fait respecter, dans ce cas et dans d'autres, les prescriptions du concile de Trente
    je suppose qu'auparavant le clergé breton pensait qu'un prénom qui avait été porté par des milliers de chrétiens était bien un prénom chrétien

  • Il est vrai qu'à partir du XIIIème siècle, de nombreux saints bretons ont été remplacés par des saints de l'Eglise universelle plus connus pour diverses raisons (parfois des raisons de dévotions en vogue, ou d'oubli progressif de ces saints par le clergé et les fidèles)
    On peut citer Ronan, souvent remplacé par René, Louan qui est devenu Léon, Tujen changé en Eugène, Alar en Eloi, Kadour en Amadour, Kidou par Guy, Ouen,pour Ewen Péran pour Pierre; Maurice pour Morvan etc.
    Pour ce qui est d'Hervé, la forme primitive encore employée (surtout dans les patronymes) est Houarneau. Le prénom Yves a en breton une multitude de variantes : Erwan, Ervoan, Iwan, Ewan, Eozenn, Youenn ...(Owen en gallois, Yvain dans la littérature arthurienne) Différentes formes dont Yves est devenu une unique transcription via la forme latine Ivo.
    Pour ce qui est des prénoms bretons qui n'ont pas de saint patron , ils sont plutôt rares, à part Prigent, on peut citer Arthur, Morgan ou Bleuenn (qui a été assimilée à sainte Fleur ou Flora) Tristan (quoiqu'il aurait peut-être existé un saint Tristan.)
    A vrai dire jusqu'au XIème siècle, en lisant les prénoms d'aristocrates ou d'ecclésiastiques (on connaît peu de nom de gens du peuple) surtout dans les cartulaires, beaucoup de personnages ne portent pas de
    noms de saints, mais ont souvent des noms très imagés souvent d'origine guerrière, même si certains portent des noms bibliques ,d'apôtres, ou d'origine latine ou germanique.
    Les noms de saints bretons n'ont jamais cessé d'être portés comme prénom principal ou comme second prénom, mais surtout de manière locale quand le culte d'un saint était resté vivace. Ex : sainte Ninnog à Ploemeur, ou Gwignér à Pluvigner. .
    Inversement, les Bretons (du moins à l'usage quotidien qui ne correspond pas forcément aux registres paroissiaux) ont depuis longtemps bretonnisé les noms des saints universels : Uisant, Jojeb, Bertelame, Maheù, Jenovefa, Jakez, Benead, Beurnez, (Bernard) Denez, Charlez, Frañsez, Loeiz, Fulup, Salaün (Salomon), Herri, Samzun, Laorañs,Stevan, Katell...

  • la francisation des prénoms me semble avoir été assez anarchique; un de mes ancêtres dont le vrai prénom était transcrit Yves Marie à Plourin, son pays d'origine, est devenu Jean Marie en s'établissant à Guissény, pourtant dans le même diocèse
    j'ai relevé d'autres prénoms qui n'étaient pas des noms de saint, par exemple Glezran, qui semble avoir été assez courant à Crozon, ou Ourzal, à Plourin; quant à Prigent, j'en ai trouvé partout, ce qui rend sa disparition encore plus curieuse

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