22 juillet 2013

Ceux qui prétendent corriger saint Jean

La ridicule arrogance et les raisonnements infantiles des grands spécialistes de l’exégèse historico-critique devraient être purement et simplement ignorés. Malheureusement leur travail de sape de la foi est repris comme… vérité d’évangile dans presque toute l’édition contemporaine des livres saints. C’est une des raisons pour lesquelles je ne m’intéresse guère aux Bibles en français. Or voici que je découvre par hasard une note de la Bible de Jérusalem, au début de l’évangile de saint Jean, qui est un sommet de la stupidité « historico-critique ».

Je passe sur la rengaine que l’Evangile de saint Jean n’est pas de saint Jean et que l’évangéliste qui signe saint Jean, pour le Prologue, a repris un texte antérieur… Je parle de la note sur les versets 6 à 8 du Prologue, ceux qui parlent de saint Jean Baptiste : « Il y eut un homme envoyé par Dieu, son nom était Jean… » La note de la Bible de Jérusalem affirme tout de go que ces versets ne sont pas à leur place, et que, « primitivement » (sic), ils se trouvaient après le Prologue, juste avant le verset 19, qui donne justement le témoignage de saint Jean Baptiste.

En effet au verset 7 on nous parle du témoignage de saint Jean Baptiste, mais c’est seulement au verset 19 qu’on a ce témoignage, DONC le verset 7 a été déplacé, sans doute par un scribe qui ne maîtrisait pas bien le copier-coller…

Ce qui est grave est que la plupart des lecteurs de la Bible de Jérusalem croient donc qu’en effet les versets 6-8 ont été déplacés par un abruti et qu’il convient de les remettre à leur place…

Les exégètes qui ont inventé cela sont à la fois myopes et insensibles. S’ils étaient un tant soit peu sensibles au mouvement du texte (avant de le décortiquer à la loupe déformante), ils constateraient que l’on part de Dieu pour descendre vers l’homme, puis qu’on remonte de l’homme vers Dieu. Et que dans la descente comme dans la remontée il y a une étape qui est saint Jean Baptiste. Car saint Jean Baptiste n’est pas seulement dans les versets 6-8, il est aussi au verset 15 (et là, la Bible de Jérusalem oublie de nous dire où il faut le mettre…).

Ces deux mentions de saint Jean Baptiste sont là pour souligner que ce Prologue est construit en inclusion. Un peu partout dans les évangiles il y a des inclusions, souvent étonnantes, que l’on peut découvrir quand un verset renvoie à l’évidence à un verset précédent. On remarque alors que les versets intermédiaires sont construits en miroir, autour d’un verset central qui est le plus important.

Ici nous voyons déjà qu’il y a sans doute inclusion, par le mouvement du texte qui part de Dieu pour arriver à l’homme et repart de l’homme pour arriver à Dieu. Les deux mentions de saint Jean Baptiste soulignent l’inclusion et permettent de la compléter (comme les chiffres indiqués dans la grille de sudoku).

Le noyau du Prologue se trouve donc entre les deux mentions de saint Jean Baptiste : les versets 9-14. Et l’on découvre alors que le centre de l’inclusion, donc le centre et sommet du Prologue, n’est pas « Et le Verbe s’est fait chair », puisque c’est le verset 14, mais le pouvoir que nous donne le Verbe fait chair « de devenir fils de Dieu », car tel est le but de l’incarnation (la descente de Dieu en l’homme pour remonter les hommes en Dieu) : c’est le verset 12. Alors on voit que le verset 13 répond au verset 11, le verset 14 aux versets 10 et 9…

Un autre aspect de l’inclusion est qu’on ne revient pas au point de départ tel qu’il était, mais enrichi, ou déplacé pour montrer un nouveau point de vue. Ici, le « Verbe » du premier verset est devenu le « Fils unique-engendré » ; il était « chez Dieu » et il « était Dieu », il est « dans le sein du Père » ; il était « au Principe », il nous l’a « dévoilé », manifesté, raconté.

Prétendre stupidement que les versets 6-8 ne sont pas à leur place, c’est empêcher de découvrir cette structure et cette richesse (dont il y aurait évidemment encore beaucoup, infiniment, à dire).

13:13 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (13)

Commentaires

La meilleure Bible en français est celle de l'abbé Crampon 1923.

Écrit par : amédée | 22 juillet 2013

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Bravo pour cette démonstration. Je suis impressionné.

Vous préconisez donc la Vulgate dans le texte ?
Mais, on a quand même le droit à Fillion, Glaire ou Sacy (janséniste ?) ? ;-)

Écrit par : Quaerere Deum | 22 juillet 2013

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Rassurez-vous, ce n'est pas moi qui ai découvert la structure du Prologue de saint Jean...

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, Saci, Glaire, Vigouroux ou Fillion ne traduisent pas fidèlement la Vulgate. A la moindre difficulté, et même parfois là où il n'y a aucune difficulté, ils traduisent le texte hébreu massorétique.

Quant à la Bible Crampon dont parle Amédée, elle est, comme vous le savez, essentiellement traduite sur le texte massorétique (le texte fabriqué par les rabbins au IXe siècle).

Écrit par : Yves Daoudal | 23 juillet 2013

@ amédée :je confirme.

Écrit par : Snoopy | 23 juillet 2013

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Quelle est la meilleure Bible en français alors selon vous ? Ou du moins la moins pire...

Écrit par : Flocatho | 23 juillet 2013

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Les moins mauvaises sont celles qui sont évoquées par Quaerere Deum. Mais, en dehors du fait qu'elles ont parfois recours au texte hébreu, il y a aussi et surtout qu'elles sont "datées". Ce n'est pas gênant pour Saci, qui est finalement un très beau texte du français classique (donc à lire comme tel), mais pour Glaire-Vigouroux-Fillion c'est un français du XIXe siècle, marqué par des affadissements d'un texte que la bonne société trouverait trop rude, trop cru, si on le traduisait tel qu'il est. Par exemple, aux noces de Cana, Fillion dit: "après qu'on a trop bu". Mais ce n'est pas ce que dit le texte. Le texte, tant grec que latin, dit: après qu'on s'est enivré. Mais "ivre" n'est pas un mot "correct". En réalité, en français d'aujourd'hui, on dirait: "une fois qu'ils sont saouls".
Cela dit, toutes les grandes Bibles en français donnent globalement le sens du texte. C'est seulement dans les détails qu'on peut contester les traductions.
Même si elles ont toutes tendance à "lisser" le texte pour le rendre plus agréable à lire.
Pour les Evangiles je vous conseille la version décapante et passionnante de soeur Jeanne d'Arc.

Écrit par : Yves Daoudal | 23 juillet 2013

Je suis aussi impressionné …
mais si ce n’est vous qui donc a découvert cette structure du Prologue de St Jean ? et ce système de miroir qui fonctionne déjà entre Ancien et Nouveau Testament
se trouve t il à d’autres endroits des Evangiles ?
Je reprends à mon compte la question de Flocatho, à quel saint Livre se fier ?...

Écrit par : bardus | 23 juillet 2013

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Je ne suis pas du tout un spécialiste de l'exégèse, et je ne sais pas qui est le premier (ou qui sont les premiers) à avoir remarqué les inclusions.

Une grande spécialiste des inclusions fut soeur Jeanne d'Arc, qui en met plusieurs en évidence dans sa traduction des évangiles, et qui a écrit un livre entier (ébouriffant) sur les inclusions dans l'épisode des pèlerins d'Emmaüs. Elle avait commencé par écrire un article, que je trouve sur la toile:
http://www.nrt.be/docs/articles/1977/99-1/1090-Un+grand+jeu+d%27inclusion+dans+%C2%ABles+p%C3%A8lerines+d%27Emma%C3%BCs%C2%BB.pdf

Écrit par : Yves Daoudal | 23 juillet 2013

Existe-t-il le début d'une preuve philologique à ce qu'avance la Bible de Jérusalem ? (dans les manuscrits)

Ou est-ce de l'idéologie pure ?

Écrit par : chartreux | 25 juillet 2013

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Il n'y a aucun manuscrit qui aille dans ce sens.

C'est une pure invention de "spécialistes" qui se croient malins...

Écrit par : Yves Daoudal | 27 juillet 2013

Addenda : l'assertion outrée de la Bible de Jérusalem ne se retrouve ni dans les notes de la TOB, ni dans celles d'Osty, ni... dans la Bible de Jérusalem, éditions de 1961 et 1981.

Écrit par : chartreux | 25 juillet 2013

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C'est dans l'édition 2001.

Écrit par : Yves Daoudal | 27 juillet 2013

Cher Monsieur,

Merci d'avoir bien voulu répondre à mes commentaires. La "Bible de Jérusalem", que je ne défends pas spécialement, a suivi les évolutions -- ou les régressions -- de l'ordre dominicain (époque Radcliffe). Du moment qu'elle ne s'appuie pas sur l'abondante tradition manuscrite, la note de l'édition de 2001 est nulle et non avenue. Comme beaucoup de choses, semble-t-il, dans cette édition-là de la BJ (elle avait également été critiquée au point de vue du rapprochement avec les Juifs). Ainsi que vous le dites, c'est de l'invention, comme beaucoup de choses dans le domaine des études bibliques ("source Q", par exemple).

Votre bien dévoué,

Écrit par : chartreux | 27 juillet 2013

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