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Marie Reine

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Ridolfo Ghirlandaio, 1483

Déjà on avait cru nécessaire d’inventer une fête du Christ Roi alors que l’Epiphanie l’était très clairement depuis toujours, mais on a cru nécessaire d’inventer aussi une fête de Marie Reine, alors que la royauté de Marie éclate en son Assomption. Deux fêtes qui célèbrent des concepts, quand la liturgie a toujours célébré des événements.

Deux fêtes qui en outre célèbrent ce que les chrétiens célèbrent tous les jours. Pour ce qui est de Marie il suffit de penser au Regina Caeli ou au Salve Regina…

La liturgie de ce jour (qui n'entra pas dans le bréviaire monastique) est donc une fabrication datant de quand j’avais trois ans. Le double alléluia de la messe est pour le moins curieux :

Allelúia, allelúia. Beáta es, Virgo María, quæ sub Cruce Dómini sustinuísti. Allelúia. Nunc cum eo regnas in ætérnum. Allelúia.

Pour le second je trouve une source : le psautier de la Sainte Vierge de saint Bonaventure : le psaume 23 : Domini est terra et plenitudo ejus, tu autem sanctissima mater, cum eo regnas in æternum. Au Seigneur est la terre et toute sa plénitude (vrai début du psaume 23), or toi, très sainte Mère, tu règnes avec lui pour l’éternité.

Mais le premier est fort étrange. Littéralement il ne veut rien dire. On est censé comprendre : Heureuse es-tu, Vierge Marie, qui te tenais debout sous la Croix du Seigneur. Mais sustineo ne veut pas dire se tenir debout. Sus-tineo, c’est tenir par en dessous, soutenir, supporter. C’est un verbe transitif. Soutenir quelque chose ou quelqu’un. Supporter quelque chose. Le seul exemple de « sub Cruce sustinuisti » que je trouve est dans un livre publié en 1700 d’un certain Pius, capucin de Salzbourg, sur les fêtes mariales. Dans le cinquième chapitre sur la fête des sept douleurs, il écrit : O Maria, quis ergo hunc tam immensum dolorem, quem sub cruce sustinuisti, satis penetrabit, et explicabit ? Ô Marie, qui donc pénétrera assez et expliquera cette immense douleur que tu as supportée sous la croix ?

Sustinuisti dolorem : tu as supporté une douleur. Non pas : tu te tenais debout, ce qui s’est toujours dit : « Stabat Mater » (qu’on retrouve d’ailleurs dans un verset des matines de notre fête).

Toutefois cette fête remet à l’honneur une antienne mariale qui fut celle du Magnificat aux vêpres de la Purification et de l’Assomption, et qui n’est restée que dans l’office de la Sainte Vierge le samedi :

Beáta Mater et intácta Virgo, gloriósa Regína mundi, intercéde pro nobis ad Dóminum.

Bienheureuse Mère et Vierge intacte, glorieuse Reine du monde, intercède pour nous auprès du Seigneur.

 

Commentaires

  • Il y a deux mystères glorieux : un pour l'Assomption de la Très Sainte Vierge et un pour son Couronnement, associé il est vrai à la gloire de tous les saints.

  • Pour la peinture, il y a les Assomptions et les Couronnements de la Vierge (Celui de Velasquez est prodigieux) qui ne sont pas la même chose.
    C'est La Créature, au-dessus de toutes les créatures.

  • J'aime beaucoup l'interview de Velasquez par ce con de Thierry Ardisson :
    - Et vous peignez combien de tableau par semaine ?
    - Paaar Seuuumaine ?
    - Euh, par mois ?
    - Par mouahhh ?
    - Par an ?
    https://www.youtube.com/watch?v=mGymSr1-eYA

  • C'est passionnant, parce qu'on peut examiner ça d'un point de vue théologique ou complètement athée, par exemple : Que pourrait enseigner une religion qui voudrait rester rationnelle tout en garantissant à la fois la complémentarité et l'équilibre homme-femme ? C'est un problème dont se désintéresse complètement l'islam, avec les épouses de Mohamed dans une caisse, et qui ne se posait pas à l'époque du judaïsme vétéro-testamentaire, bien que les femmes tiennent une place essentielle dans l'Ancien Testament.
    "Homme et femme il les créa", il faut assurer un équilibre. Si Dieu s'était fait femme, on pouvait totalement exclure l'homme comme individu sexué de la création : non seulement la fille de la déesse n'a pas besoin d'un homme pour s'incarner, mais c'est une femme. L'homme conserve une certaine utilité naturelle pour féconder les femmes ordinaires mais théologiquement on peut s'en passer. Avec un Dieu-homme, c'est complètement différent et la femme qui l'a engendré est naturellement et logiquement au-dessus de toutes les créatures, y compris les anges, la logique étant de placer les saints au-dessous des anges :
    "En vérité je vous le dis, parmi les enfants des femmes, il n'en a pas surgi de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le Royaume des Cieux est plus grand que lui."
    Voilà, la seule Créature que Dieu a placée au-dessus des anges est probablement la Très Sainte Vierge, une femme. Marx et Freud sont écrasés.

  • Concernant le rapport de la ROyauté à la Croix, je trouve chez saint Augustin, s'adressant au Seigneur : "Trônez dans le ciel, vous qui avez été attaché à la croix" (sermon 262 In Ascensione 2, c. 3).

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