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3e dimanche après Pâques

Il y avait quelque sorte d'ambiguïté dans ce discours du Sauveur : « Encore un peu, et vous ne me verrez plus », etc. On pouvait entendre : Dans peu vous cesserez de me voir, car je vais mourir : et dans peu vous me reverrez, car je ressusciterai ; les ombres de la mort ne me peuvent pas retenir, et il faut que je retourne à mon Père. Durant le temps que je serai dans le tombeau, le monde triomphera, et il croira être venu à bout de ses desseins, et vous serez dans la désolation et dans l'oppression, comme un troupeau dispersé. Mais à ma résurrection qui suivra de près, la joie vous sera rendue, et la confusion à vos ennemis. C'est ainsi qu'on pouvait entendre ces prompts passages de la privation à la vue et de la vue à la privation. Mais la suite nous fait voir que Jésus-Christ regarde plus loin : nous cesserons de le voir, non précisément à cause qu'il ira à la mort, mais à cause qu'il montera aux cieux, à la droite de son Père : et nous le reverrons pour ne le plus perdre, lorsqu'il viendra des cieux une seconde fois pour nous y ramener avec lui. Ainsi ce qu'il appelle un peu de temps, c'est tout le temps de la durée de ce siècle, tant à cause que ce temps finit bientôt pour chacun de nous, qu'à cause qu'en le comparant à l'éternité qui doit suivre, c'est moins qu'un moment.

Apprenons donc que selon le langage du Sauveur, qui est celui de la vérité, tout ce qui est temps n'est qu'un point, et moins que rien, et que ce qui dure, ce qui est véritablement, c'est l'éternité qui ne passe jamais. Comptons pour rien tout ce qui passe. Il y a près de dix-sept cents ans depuis l'ascension de Notre-Seigneur ; et tout cela devant Jésus-Christ, « qui est le Père du siècle futur », n'est peut-être qu'une très petite partie de tout le temps qui se trouvera du jour de l'Ascension à la fin du monde, que Jésus-Christ a compté pour rien. Les siècles sont donc moins que rien : mille ans valent moins qu'un jour selon cette mesure. Que serait-ce donc que les souffrances de cette vie, si nous avions de la foi ? Nos sens nous trompent : tout le temps n'est rien : tout ce qui passe n'est rien : accoutumons-nous à juger du temps par la foi. Selon cette règle, qu'est-ce que dix ans, qu'est-ce qu'une année, et un mois, et un jour de peine ? Et cependant cette heure nous paraît si longue. Gens de peu de foi, quand serons-nous chrétiens ? Quand jugerons-nous du temps par rapport à l'éternité ?

Bossuet, méditations sur l’Evangile, II Cène, 26.

Commentaires

  • "Que serait-ce donc que les souffrances de cette vie, si nous avions de la foi ? Nos sens nous trompent : tout le temps n'est rien : tout ce qui passe n'est rien : accoutumons-nous à juger du temps par la foi. Selon cette règle, qu'est-ce que dix ans, qu'est-ce qu'une année, et un mois, et un jour de peine ? Et cependant cette heure nous paraît si longue. Gens de peu de foi, quand serons-nous chrétiens ? Quand jugerons-nous du temps par rapport à l'éternité ?"
    Merci pour cet excellent commentaire, comme tous les autres d'ailleurs. Une bonne façon de commencer ce dimanche.

  • "Que serait-ce donc que les souffrances de cette vie, si nous avions de la foi ?"
    Et si nous n'en avions pas.

  • "Comme les poëtes, il n'avoit point d'heures de travail quoyqu'il travaillast beaucoup tous les jours. La nuit il avoit du feu et de la lumière, un pantalon et une robe de chambre auprès de son lit, et presque touttes les nuits il se levoit seul et travailloit ainsi plusieurs heures. Des gens qui ignoroient cette coustume estoient souvent très surpris qu'il n'estoit pas encore jour chez luy à onze heures du matin et qu'il se levoit bientost après et s'habilloit à la haste pour la messe. C'est qu'il avoit travaillé quelquefois jusqu'à six, sept et huit heures du matin, emporté par son abondance et par sa matière."
    Ebauche de Saint-Simon sur Bossuet : on en apprend de belles, non ?

  • J'ai hérité de mon grand-père toute sa bibliothèque avec l'édition du tricentenaire de Saint-Simon en 24 volumes plus diverses monographies et autres inédits. Je suis en train de lire ou de relire l'année 1715 et j'y apprends en note que selon Madame (la duchesse d'Orléans mère du Régent à cette époque si je ne m'abuse) Louis XIV s'envoyait en un repas "quatre pleines assiettes de soupes diverses, un faisan entier, une perdrix, une grande assiette de salade, deux grandes tranches de jambon, du mouton au jus et à l'ail, une assiette de pâtisserie, et puis encore du fruit et des oeufs durs." C'était un drôle de boulot, d'être roi de France ! Fallait assurer comme Pantagruel...
    En tout cas, je ne sais pas de quand date cet inédit très court sur Bossuet. Je penche pour une œuvre de jeunesse du mémorialiste.

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