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Lundi de Pentecôte

La séquence Veni Sancte Spiritus, d’Etienne Langton, archevêque de Canterbury au début du XIIIe siècle, fut choisie pour figurer dans le missel de saint Pie V. On la chante toute la semaine de la Pentecôte. La voici dans la version tonique (comme toujours) des moines de Montserrat, en 1959.


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Veni Sancte Spiritus
Et emitte cælitus
Lucis tuæ radium.

Viens, Saint Esprit, et envoie du ciel un rayon de ta lumière

Veni, pater pauperum,
Veni, dator munerum,
Veni, lumen cordium.

Viens, père des pauvres, viens, donneur de bienfaits, viens, lumière des cœurs.

Consolator optime,
Dulcis hospes animæ,
Dulce refrigerium.

Consolateur excellent, doux hôte de l’âme, douce fraîcheur.

In labore requies,
In æstu temperies,
In fletu solatium.

Dans le labeur le repos, dans la chaleur l’air tempéré, dans les pleurs la consolation.

O lux beatissima,
Reple cordis intima
Tuorum fidelium.

O lumière bienheureuse, remplis l’intime du cœur de tes fidèles.

Sine tuo numine
Nihil est in homine,
Nihil est innoxium.

Sans ta présence il n’y a rien dans l’homme, rien qui soit innocent.

Lava quod est sordidum,
Riga quod est aridum,
Sana quod est saucium.

Lave ce qui est sale, irrigue ce qui est aride, guéris ce qui est blessé.

Flecte quod est rigidum,
Fove quod est frigidum,
Rege quod est devium.

Rends flexible ce qui est rigide, réchauffe ce qui est froid, rends droit ce qui est faussé.

Da tuis fidelibus
In te confidentibus
Sacrum septenarium.

Donne à tes fidèles, à ceux qui mettent leur confiance en toi, le septénaire sacré (les sept dons du Saint-Esprit).

Da virtutis meritum,
Da salutis exitum,
Da perenne gaudium. Amen

Donne le mérite de la vertu, donne l’issue du salut, donne la joie pérenne. Amen.

Veni Sancte Spiritus est le titre d’un motet de Mozart, un bijou qu’il composa à 12 ans. Si l’on fait attention aux paroles on s’aperçoit qu’il ne s’agit pas de la séquence :

Veni, Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium, et tui amoris in eis ignem accende: qui per diversitatem linguarum cunctarum, gentes in unitatem fidei congregasti, alleluia.

Il s’agit d’une antienne médiévale qui ne fut pas retenue dans les livres tridentins. On la trouvait auparavant, souvent pour tierce, ou aux vêpres. On la trouva ensuite dans des livres de piété, accompagnée d’une oraison pour le travail intellectuel. Solesmes la mit dans son Processionale monasticum (1893) comme devant être dite au début des réunions du chapitre général (mais pas le premier jour, où il fallait chanter le Veni creator). On la trouve aussi ici ou là comme chant pour la bénédiction du Saint Sacrement le jour de la Pentecôte. Mais Mozart en a fait un motet pour l’offertoire de la Pentecôte, si l’on en croit l’inscription de sa main en tête de la partition : Offertorium. (Elle a été reprise dans la néo-liturgie comme antienne des premières vêpres.)

Commentaires

  • Merci beaucoup pour cette note. L'interprétation des moines catalans a plus de corps que celle des solesmiensi.

    D'après Henry Spitzmuller (Poésie latine chrétienne du Moyen Age - III-XV° siècle, DDB, 1971), "cette séquence fameuse, dite aussi 'Séquence d'or', a été attribuée à Robert le Pieux, à Hermann Contract, à Innocent III, à Etienne Langton, entre autres, sans plus de fondement ni de preuves pour l'un que pour les autres" (p. 1467).
    Il signale aussi la variante pour "Nihil est in HOMINE", "Nihil est in LUMINE."

    En cherchant l'homélie que donne l'office bénédictin d'avant 1961 au deuxième nocturne de ce jour, je tombe sur votre message suivant : https://archives.leforumcatholique.org/consulte/message.php?arch=2&num=490213
    Est-il toujours d'actualité ? Vos remarques sur la suppression de certaines fêtes et octaves m'en font douter...

  • A l'époque je ne savais pas grand chose (quasiment rien, à vrai dire) des changements de 1960. Peu après j'ai écrit à un moine du Barroux qui m'avait contacté pour tout autre chose, et qui m'a (aisément) convaincu de garder mon bréviaire de 1955...

  • Le bréviaire bénédictin d’avant 1963 est certes bien plus riche que celui édité cette année-là et les ajouts de ce dernier (je pense en particulier aux leçons de la sainte Vierge le samedi) ne sont évidemment pas à la hauteur des appauvrissements. A titre documentaire, je suis néanmoins content d’en avoir un, entre autres parce que les références des textes patristiques sont plus précises : plusieurs sermons précédemment attribués à saint Augustin le sont désormais expressément à saint Césaire d’Arles, par exemple. Une chose surprenante : dans le psaume 13, alors que le bréviaire romain de 1961 a conservé les versets tirés de Romains III, le bréviaire monastique de 1963 les a supprimés…

    Quoi qu’il en soit, à part certaines octaves et vigiles qu’on aurait pu maintenir, les rubriques avaient, me semble-t-il, besoin de simplifications et de remise en valeur du dimanche, et pas seulement les dimanches « verts ». En effet, en 1949, par exemple, la fête des saints Philippe et Jacques eut la préséance sur le dimanche du Bon Pasteur, comme cette année saint Marc l’aurait eue sur le troisième dimanche après Pâques. Toutefois, on aurait pu garder le transfert des fêtes (doubles) de 2e classe en cas d’occurrence, en plus de celles de 1e classe. Cette année, cela aurait donné à sainte Jeanne d’Arc une fête en bonne et due forme le 1er juin...

    Les monastères du Barroux et de la Garde suivent dans l’office et la messe des rubriques qu’on ne trouve nulle part ailleurs. A ma connaissance, le bréviaire monastique de 1963 n’est nulle part suivi tel quel, sauf peut-être chez les bénédictins du diocèse de Fréjus-Toulon dont je ne connais que l’existence.

  • Cette antienne "Veni sancte Spiritus" figure toujours à l'office des prêcheurs. Elle est l'antienne unique sous laquelle sont chantés les trois psaumes (spécificité dominicaine) des premières vêpres de la Pentecôte.

  • Merci pour cette précision. J'avais vu qu'elle se trouvait au moyen âge dans l'office dominicain, mais je n'avais pas trouvé (ni cherché, à vrai dire) la confirmation qu'elle s'y trouve toujours.

    Cela dit, je croyais que les dominicains avaient adopté ou accepté le triste bréviaire de saint Pie X.

  • Vous aviez raison : les dominicains ont adopté la distribution des psaumes (parfois appelée 'Ordo psallendi') telle que Pie X l'a réformée en 1911, tout comme les prémontrés.

    Cela étant, les prêcheurs ont conservé des antiennes propres et des particularités comme ces trois psaumes aux vêpres de Pâques et Pentecôte. Pour les prémontrés, je sais seulement qu'ils ont conservé certaines antiennes des vêpres fériales qui différaient de l'ancien cursus romain, alors que pour les laudes, ils se sont alignés.

  • Merci pour cette précision. Je ne savais pas que les dominicains avaient gardé quelques particularités.

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