Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Il y a 50 ans (21) : l’Ascension

La collecte traditionnelle de la messe de l’Ascension est revenue subrepticement dans la troisième édition du nouveau missel romain, comme pouvant être dite à la place de celle qui seule figurait dans les deux premières éditions. Je ne sais pas qui a obtenu cela, mais c’était forcément quelqu’un de très influent, et qui a su montrer à quel point la nouvelle collecte était mauvaise.

C’est en effet l’une des plus mauvaises qui aient été fabriquées par ceux qui prétendaient « restaurer » la liturgie : tout bonnement, elle ne ressemble même pas à une collecte.

Le texte dont on s’est inspiré n’est d’ailleurs pas une oraison d’un ancien sacramentaire, mais une phrase du premier sermon de saint Léon le Grand sur l’Ascension. Phrase qui figure dans la liturgie traditionnelle, puisque ce sermon est la lecture du deuxième nocturne des matines :

Quia ígitur Christi ascénsio, nostra provéctio est ; et quo præcéssit glória cápitis, eo spes vocátur et córporis : dignis, dilectíssimi, exsultémus gáudiis, et pia gratiárum actióne lætémur.

Puisque l’ascension du Christ est notre propre élévation, et que le corps a l’espérance d’être un jour où l’a précédé son glorieux chef, exultons, mes bien-aimés, en de dignes sentiments de joie, et réjouissons-nous par de pieuses actions de grâces.

Voici ce que les trafiquants liturgiques en ont fait :

Fac nos, omnipotens Deus, sanctis exsultare gaudiis, et pia gratiarum actione laetari, quia Christi Filii tui ascensio est nostra provectio, et quo processit gloria capitis, eo spes vocatur et corporis.

Fais-nous, Dieu tout puissant, exulter avec les saints et te rendre grâce avec piété, car l'ascension du Christ ton Fils est [aussi] notre triomphe, et l'espérance pour le Corps d'être appelé à l'endroit où parvient la gloire de la tête. (Traduction officielle.)

On voit que le texte de saint Léon est inversé. L’exhortation aux fidèle (« exultons ») devient la demande qui est faite à Dieu. En outre, cette demande est faite au début, et le constat du début (« l’Ascension du Christ est notre propre élévation », etc.) est rejeté à la fin, ce qui est contraire aux règles des collectes, qui sont un condensé de ce que la Bible enseigne en la matière. Toutes les grandes prières de la Bible, en effet (en dehors des psaumes qui sont une forme particulière), commencent par un constat, qui peut être très long, souvent en deux parties (la grandeur de Dieu et ce qu’il a fait pour moi et – ou - pour son peuple, ma misère et – ou - celle du peuple), suivi de la demande, de la supplique, qui commence invariablement par « et maintenant, Seigneur ». Ainsi, même quand la collecte commence par le verbe qui expose la demande (c’est le cas pour la collecte traditionnelle de l’Ascension), cette demande n’arrive qu’à la fin, après le bref exposé du mystère du jour.

En réalité, si les novateurs avaient gardé le texte de saint Léon tel qu’il était, l’oraison aurait été plus proche d’une collecte traditionnelle que celle qu’ils ont fabriquée à partir de ce texte. Ce qui est d’ailleurs normal, tant le style de saint Léon est si souvent ciselé comme les collectes.

Et comme si cet attentat ne suffisait pas, ils ont, sans raison visible, ni exprimée, changé « dignis » en « sanctis », et fait des verbes à la première personne du pluriel des infinitifs. Enfin, ils ont ajouté « fac nos », pour que ça ressemble à une prière, et de la belle phrase de saint Léon ils ont fait une prière bancale…

Pour rappel, voici la collecte traditionnelle, qui a toujours été celle de l’Ascension dans les livres romains :

Concéde, quǽsumus, omnípotens Deus : ut, qui hodiérna die Unigénitum tuum, Redemptórem nostrum, ad cælos ascendísse crédimus ; ipsi quoque mente in cæléstibus habitémus.

Fais, nous te le demandons, Dieu tout-puissant, que nous qui croyons que ton Fils unique, notre Rédempteur, est aujourd’hui monté aux cieux, nous habitions aussi nous-mêmes en esprit dans les demeures célestes.

Le sermon de saint Léon est celui qui a ces phrases très fortes : « Et en effet c’était une grande et ineffable cause de joie, qu’en présence de la sainte multitude la nature humaine s’élevait au-dessus de la dignité de toutes les créatures célestes, pour dépasser les ordres angéliques, pour être élevée plus haut que les Archanges, et ne s’arrêter dans ses élévations sublimes que, lorsque reçue dans la demeure du Père éternel, elle serait associée au trône et à la gloire de Celui à la nature duquel elle se trouvait déjà unie en son Fils. »

C’est là que se trouve ensuite la phrase qui a été trafiquée pour en faire une collecte, et le texte se poursuit ainsi : « Car nous n’avons pas seulement été affermis aujourd’hui comme possesseurs du paradis ; mais en la personne du Christ nous avons pénétré au plus haut des cieux ; et nous avons plus obtenu par sa grâce ineffable que nous n’avions perdu par l’envie du diable. En effet, ceux que le venimeux ennemi avait bannis de la félicité de leur première demeure, le Fils de Dieu se les est incorporés (eos sibi concorporatos), et il les a placés à la droite du Père, avec qui étant Dieu, il vit et règne en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen. »

En dehors de la phrase trafiquée, ce sermon a disparu de la liturgie « rénovée ». De même que le sermon de saint Grégoire le Grand qui était une belle explication littérale de l’évangile de ce jour. A la place on a mis un extrait d’un sermon de saint Augustin, qui a peut-être inspiré saint Léon, mais insiste sur… notre condition terrestre…

Il est inutile sans doute d’insister une fois de plus sur le terrible appauvrissement de la néo-liturgie, tellement ratatinée qu’elle a perdu l’essentiel de ses antiennes et de ses répons. Mais ici c’est plus dommageable que pour Pâques, car on a supprimé l’octave de l’Ascension (appelée « temps de l’Ascension » en 1960), et donc dès le lendemain on se retrouve dans le temps pascal. Non seulement on ne pouvait donc pas distiller en ces jours ce qu’on avait supprimé du jour de la fête, mais on interdit aux fidèles de prolonger la méditation sur ce mystère si admirable et plein de sens. Comment a-t-on pu jeter le magnifique deuxième répons des matines, inspiré de l’Ecclésiastique, avec un verset du psaume 18 :

℟. Omnis pulchritudo Domini exaltata est super sidera : species eius in nubibus caeli et nomen ejus in aeternum permanet, alléluia. ℣. A summo cælo egressio ejus, et occursus ejus usque ad summum ejus. (Toute la beauté du Seigneur a été exaltée au-dessus des étoiles, on le voit dans les nuées du ciel, et son nom demeure éternellement, alléluia. Sa sortie est du haut du ciel, et son parcours jusqu’à son sommet.)

Le dimanche après l’Ascension est donc devenu le « 7e dimanche de Pâques ». Paradoxalement, la collecte évoque pourtant un aspect du mystère de l’Ascension. Parce qu’on a pris une ancienne collecte qui figurait dans certains sacramentaires au jour de l’Ascension, et dans certains autres à la vigile (mais jamais au dimanche suivant) – inusitée depuis le XIIe siècle.

La collecte des anciens sacramentaires :

Adesto, domine, supplicationibus nostris, ut sicut humani generis salvatorem consedere tecum in tua majestate confidimus, ita usque ad consummationem saeculi manere nobiscum quemadmodum est pollicitus sentiamus.

Ce qu’ils en ont fait :

Supplicationibus nostris, Domine, adesto propitius, ut, sicut humani generis salvatorem tecum in tua credimus majestate, ita eum usque ad consummationem saeculi manere nobiscum, sicut ipse promisit, sentiamus.

Traduction officielle :

Sois favorable à nos supplications, Seigneur, afin que de même que nous croyons que le Sauveur du genre humain est avec toi dans ta majesté, nous percevions qu’il demeure avec nous jusqu’à la consommation des siècles, comme il nous l’a promis lui-même.

Ici on a un exemple type de la collecte trafiquée pour le plaisir de trafiquer... et d’affaiblir le texte originel. On a enlevé « adesto » du début pour le mettre plus loin, alors que tant d’oraisons traditionnelles commencent par cet « adesto ». On a ajouté « propitius », pourquoi pas. Mais on a retiré « consedere » : le Sauveur ne siège plus, il n’est plus assis avec le Père dans sa majesté. Non seulement on affaiblit l’oraison en supprimant cette image (trop royale ?)... de l'Evangile et du Credo, mais on détruit le rythme « consedere… confidimus ».

*

Les jours qui précèdent l’Ascension sont les Rogations. En 1960 on a permis aux évêques de les célébrer en d’autres temps. En attendant de les supprimer dans le nouveau calendrier. Car il y a longtemps que nous avons une foi adulte qui ne compte plus sur d’antiques superstitions pour avoir de bonnes récoltes. Il convient toujours de se souvenir de cet ahurissant, de ce démoniaque « rapport doctrinal » (sic) des évêques de France, dès 1968 : « Sans doute, et il faut en prendre conscience, un héritage païen venant du fond des âges a-t-il sédimenté l’âme chrétienne dès sa naissance, et les séquelles de cet héritage sont loin d’être totalement disparues, même de notre rituel ; au scandale ou à la risée de l’homme moderne une partie, à vrai dire de plus en plus réduite de notre liturgie continue à demander à Dieu ce que le paysan demande à l’engrais, un salut cosmique qui fait de Dieu le suppléant de nos insuffisances. » Comme le remarquait Jean Madiran, il aurait fallu aussi supprimer le Pater, qui demande à Dieu de nous donner ce pain de chaque jour que nous fournit aujourd’hui « l’engrais »…

Commentaires

  • L'appauvrissement de l'Ascension se marque aussi dans le Catéchisme (que j'aime par ailleurs): une page! et pour le Compendium: un paragraphe... le minimum! alors que c'est un des principaux articles et mystères de la foi. On goûtera les savoureuses pages du Catéchisme de Trente. (Est-ce parce que les "raisons de convenance" appartiennet à une "scolastique" jugée dépassée?)

  • C'est pour cette raison que le catéchisme du concile de Trente (et donc celui dit de St Pie X qui en est un résumé) a été interdit par les évêques français dès la fin du "concile" V2. Il enseignait les vérités de Foi, chose inimaginable pour les novateurs hérétiques.

  • Je sais bien que Madiran a diffusé dans le monde rtradi cette histoire, mais ça ne tient pas. Et le CEC cite un très grand nombre de fois le catéchisme de Trente.
    Il se trouve que les ACtes de Vatican II que j'ai provient d'un tradi. Qui avait souligné avec des points d'exclamation chaque fois qu'une note référait à st Thomas: tant on lui avait dit que le Concile détestait st Thomas...

  • @eric, je parle des évêques français et des catéchismes français post 1970 et Madiran a publié sa correspondance de l'époque (*Histoire du catéchisme, 1955-2005 de Jean Madiran).. Les prêtres dans les diocèses, se référant aux instructions des évêques ont fait dès 1966 la chasse aux catéchistes qui utilisaient encore le catéchisme de St PieX pour les remplacer par les "parcours" et autres "pierres vivantes" qui n'enseignaient plus une foi objective, mais subjective.
    Aucun évêque français n'a démenti l'interdiction, bien réelle. C'est vous qui dites que les propos de Madiran ne tiennent pas, mais vous êtes en dehors de la réalité. Le CEC est justement une réaction du cardinal Ratzinger aux dérives incroyables des catéchismes nationaux (français, allemand, hollandais etc). Et le CEC, bien que meilleur , est bourré d'approximations néfastes.

  • quelle forme aurait pris cette interdiction ?
    j'ai eu largement l'occasion de constater la violence, pour ne pas dire la haine, avec laquelle le clergé de l'époque avait imposé le nouveau rituel de la messe, mais je n'ai aucun souvenir de l'interdiction du catéchisme

  • Théofrède trouverait des réponses à ses questions dans LA NOUVELLE MESSE 50 ANS APRÈS de Louis Salleron (recueil d'articles paru en 2019 aux éd D M Morin) qui ne traite de la messe que pour un tiers des 426 pages.
    Salleron a protesté dans une tribune du quotidien LE MONDE (qui tolérait encore quelques tribunes d'adversaires), le 20 février 1968, contre le Fonds OBLIGATOIRE des catéchismes imposé en 1966-1967 par la Conférence épiscopale présidée par Mgr Lefebvre (le cousin : cardinal archevêque de Bourges). Il raconte que ,s'étant fait crosser alors par l'Episcopat, il a obtenu une entrevue du cardinal archevêque, qui lui avoua au passage qu'il ne lisait pas les communiqués de la CEF qu'il signait...

  • Il y a quarante-cinq ans comme aujourd'hui, pour préparer un enfant à sa première communion, il valait mieux lui faire lire le catéchisme de saint Pie X que le confier à McCarrick.
    Ou à ces laïcs et laïques qui prennent en charge la pastorale en divers lieux. Ils ne savent rien, n'enseignent rien de la doctrine. Antiracisme, œcuménisme, syncrétisme, droit-de-l'hommisme, libéralisme, c'est à quoi se résume pour eux la sublime doctrine catholique. Je me souviens d'avoir confié une fois ma fille de sept ans à une de ces bonnes femmes qui prenaient en charge l'éducation religieuse dans un établissement scolaire "catholique". Ma fille est rentrée de la séance pour nous raconter que Mme Trucmuche lui avait expliqué que l'enfer n'existe pas ! Elle n'y est jamais retourné. Autant confier l'éducation des sourds-muets à des aveugles !

  • Jamais retournée.

  • N'oublions pas que, grâce à Bergog, nos brillants catéchistes ont pu ajouter l'écologisme dans la poubelle qui leur sert à la fois d'âme et de cerveau : le recyclage des ordures ménagères, la collecte des piles usagées et les économies de chasse d'eau font l'objet de préceptes dont le non-respect est considéré comme un obstacle dirimant à toute élévation spirituelle.

  • "un salut cosmique qui fait de Dieu le suppléant de nos insuffisances."
    Plutôt que cosmique, les évêques auraient été plus clairs en parlant de salut matériel ou temporel. Et l'hérésie en eût été plus manifeste. Lorsque Notre Seigneur nous dit de ne pas nous inquiéter des biens temporels, il nous indique quelle doit être la hiérarchie de nos demandes ; il ne nous interdit pas de demander les "bonnes récoltes" ou les biens matériels.
    "L'homme n'est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la bête." Et voilà pourquoi le gouvernement visible de l'Eglise catholique est aujourd'hui entre les mains de bêtes au service de la Bête. On s'occupe donc d'écologie et de réchauffement climatique : le salut des cachalots, du plancton, du corail et des orangs-outangs passe avant celui des âmes créées par Dieu à son image. Et le confinement, c'est super, puisque ça permet aux singes d'envahir les rues de New Delhi ! Ils ne vont pas envahir le Vatican, c'est déjà fait.

Écrire un commentaire

Optionnel