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Il y a 50 ans (15) : le carême (1)

Emmenés par les Français Martimort et Jounel, les membres de la commission chargée de la réforme du calendrier liturgique (coetus 1) votèrent par 14 voix contre 3 et 1 abstention pour la suppression du mercredi des Cendres. La commission chargée des « rites particuliers dans l’année liturgique » (coetus 17) vota à l’unanimité pour la suppression du mercredi des Cendres.

Et pourtant le mercredi des Cendres figure toujours dans la néo-« liturgie ». Est-ce que Paul VI, déjà mécontent, dit-on, de la suppression de la Septuagésime, mit son veto ? La suppression du mercredi des Cendres entrait pourtant pleinement dans la logique de la « réforme liturgique ». Elle répondait à deux des grands faux principes de cette « réforme » : revenir à la « pureté » primitive des rites liturgiques, et les faire correspondre à la mentalité et au mode de vie de l’homme d’aujourd’hui (deux principes du reste contradictoires, mais on n’était pas à ça près…)

En effet, le mercredi des Cendres fut d’abord, au IVe siècle, le premier jour de la pénitence des pécheurs publics, qui recevaient alors un cilice couvert de cendre et se retiraient dans un monastère avant d’être absous le Jeudi saint. Or il n’y a plus de pénitents publics depuis le moyen âge. Ce n’est qu’au XIe siècle qu’on commença à imposer les cendres à tous les fidèles. Or si la liturgie doit revenir à ce qu’elle était avant ce que les « réformateurs » osaient appeler la « déformation grégorienne », à plus forte raison faut-il abolir un rite du XIe siècle.

D’autre part, les quatre jours de jeûne ajoutés pour tout le monde avant le dimanche où commence la liturgie propre du Carême avaient pour but de faire passer le nombre de jours de jeûne de 36 à 40, afin que la pratique coïncide concrètement avec le symbolisme quadragésimal. Mais il y a très longtemps qu’on ne jeûne plus dans l’Eglise latine, et on se moque comme d’une guigne du symbolisme des nombres.

Enfin, il y a longtemps que les fidèles ne vont plus à la messe en semaine. La liturgie « restaurée » et « rénovée » doit donc exclure une cérémonie telle que les Cendres un mercredi.

Comme les « experts » avaient, parmi toutes leurs qualités, celle de se poser des questions qui ne se posent pas, ils s’étaient doctement demandés si, une fois le mercredi des Cendres supprimé, il fallait transférer le rite de bénédiction et d’imposition des Cendres au premier dimanche de Carême. Etrange innovation : cela ne s’était jamais fait, donc, selon leurs propres principes, c’était exclu avant même que la question soit posée.

Quelques lignes du schéma de la commission du calendrier voulant supprimer le mercredi des Cendres résument toute l’affaire du Carême :

« On peut objecter qu’il n’y a plus 40 jours de jeûne si le Carême commence au premier dimanche de Carême (…). A cette difficulté on répond : 1. Le jeûne (au sens strict) est réduit à peu de jours sur presque toute la terre [deux jours dans l’Eglise latine] ; 2. Même le dimanche on doit jeûner des péchés et des vices et exercer la charité envers le prochain. Ainsi peut être inculqué plus facilement le sens le plus authentique et parfait du jeûne. »

Finalement le mercredi des Cendres a été conservé, mais cela n’a pas empêché d’inculquer aux fidèles « le sens le plus authentique et parfait du jeûne », qui est une imposture pure et simple.

Depuis 50 ans l’Eglise enseignante enseigne un mensonge aux derniers catholiques à propos du jeûne. On leur rebat les oreilles avec les propos des prophètes sur le jeûne qu’agrée le Seigneur, qui est de s’abstenir des péchés et de ce qui conduit au péché. Quand un prophète dit que le jeûne que veut Dieu est un jeûne moral, cela ne remplace pas, mais suppose au contraire le jeûne corporel. Nous sommes des êtres corporels. Si nous rejetons le signe corporel, ce qu’il signifie n’est qu’une illusion. Une collecte des Quatre-Temps le dit très clairement :

Præsta, quǽsumus, Dómine, famíliæ tuæ supplicánti : ut, dum a cibis corporálibus se ábstinet, a vítiis quoque mente ieiúnet. Per Dóminum.

Accordez, nous vous le demandons, Seigneur, à votre famille qui vous en supplie, que comme elle se prive corporellement d’aliments elle s’abstienne aussi spirituellement des vices.

Ou la collecte du vendredi après les Cendres :

Inchoáta ieiúnia, quǽsumus, Dómine, benígno favore proséquere : ut observántiam, quam corporáliter exhibémus, méntibus etiam sincéris exercére valeámus.

Les jeûnes commencés, accompagnez-les, Seigneur, de votre faveur bienveillante, afin que l’observance que nous manifestons corporellement nous l’accomplissions aussi dans la sincérité de nos âmes.

C'est en fait un leitmotiv des collectes du Carême évoquant le jeûne ou l'abstinence.

Saint Bède le dit aussi en peu de mots : « Le jeûne, en un sens général, consiste à s’abstenir non seulement des aliments, mais de tous les plaisirs charnels ; bien plus, à se défendre de toute affection au mal. Pareillement, la prière, en un sens général, ne s’entend pas seulement des paroles par lesquelles nous invoquons la clémence divine, mais aussi de tous les actes que nous accomplissons avec la dévotion de la foi pour servir notre Créateur. »

On n’apprend pas à prier sans apprendre d’abord des paroles, on n’apprend pas le jeûne spirituel sans passer par le jeûne corporel.

Jésus lui-même disait aux pharisiens qui paient la dîme sur la menthe et l’aneth et laissent de côté ce qui est le plus important dans la loi : la justice, la miséricorde et la foi : « il fallait faire ces choses-ci, et ne pas omettre celles-là. » Et il y a des démons qui « ne sortent que par la prière et le jeûne ». Et quand Jésus dit que lorsqu’on jeûne il ne faut pas se faire une mine décomposée, cela suppose… qu’on jeûne.

Mais un grand principe est qu’il fallait que la liturgie corresponde à la vie de l’homme contemporain. Donc, comme de fait on ne jeûne plus dans l’Eglise latine depuis très longtemps (y compris dans les monastères, au mépris de toutes les Règles), il fallait supprimer dans la liturgie la mention du jeûne. Ainsi on supprima ou on modifia toutes les oraisons du Carême qui évoquaient le jeûne. Sauf, pour une raison (à ma connaissance) inexpliquée, la collecte du troisième dimanche de Carême (et la collecte et la postcommunion du mercredi des Cendres puisque finalement on le gardait).

Cette suppression presque totale de la mention du jeûne dans la liturgie fut grandement facilitée par un texte ahurissant de Paul VI, la constitution apostolique Paenitemini du 17 février 1966 qui abolissait le jeûne à partir du mercredi des cendres 23 février 1966.

Cette décision est évidemment nulle et non avenue. Aucun pape ne peut abolir le jeûne. « Les jours viendront où l’époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront en ces jours-là. » Tous les pères de l’Eglise ont célébré les bienfaits de l’indispensable jeûne corporel. Ils ont été magistralement résumés dans la Préface qui est chantée à toutes les messes traditionnelles du Carême : Qui corporáli jejúnio vitia cómprimis, mentem élevas, virtútem largíris et prǽmia : toi qui par le jeûne corporel réprimes les vices, élèves les âmes, procures la force et la récompense. (Préface qu’on n’a pas osé supprimer, mais qu’on a reléguée en quatrième position des préfaces de carême, comme une sorte d’émouvant témoin obsolète.)

L’Eglise n’a pas à dissoudre sa discipline dans l’air du temps. Elle ne doit pas adapter sa liturgie à ce que vit l’homme contemporain, mais au contraire elle doit proposer la liturgie authentique qui montre à l’homme de tous les temps ce qu’est la vraie vie chrétienne à laquelle il doit tendre. Garder les multiples mentions du jeûne corporel dans la liturgie du Carême, alors que le jeûne a depuis longtemps disparu dans l’Eglise latine, ce n’est pas de l’hypocrisie, ce n’est pas refuser « le souci de la vérité », comme osait le dire l’expert en chef des oraisons Antoine Dumas, c’est un rappel de ce que l’Eglise veut pour le bien des fidèles qui veulent vraiment vivre de la vie divine.

Commentaires

  • Quel désastre que cette réforme conciliaire !

  • Merci cher monsieur pour votre magistrale démonstration.

    Je laisse à Saint Paul VI le bénéfice de la bonne foi. Il croyait sans doute sincèrement qu'il était utile et possible de simplifier pour revenir aux origines ET en même temps plaire à la mentalité contemporaine.

    Pour revenir au jeûne, je n'ai jamais entendu un défenseur du dialogue inter religieux inviter les musulmans à jeûner tout en mangeant ...

    Mais je signale un problème : n'est il pas conforme à la mentalité contemporaine (et à l'obsession de la diététique ) de jeûner ...par plaisir et dans un but très charnel ???

  • M. Daoudal, vous avez écrit:

    "Depuis 50 ans l’Eglise enseignante enseigne un mensonge aux derniers catholiques à propos du jeûne."

    Vous rendez-vous compte de l'énormité de ce que vous énoncez ? Comment pouvez-vous réciter votre acte de foi et pondre pareil blasphème ?

    De deux choses l'une: soit ce que l'Eglise enseigne est vrai, et alors on s'y conforme, soit c'est un mensonge, et alors ce n'est pas l'Eglise - mais autre chose, se faisant passer pour elle - qui l'enseigne.

    Est, est; non, non.

    « Mon Dieu, je crois fermement toutes les vérités que vous nous avez révélées et que vous nous enseignez par votre Église, parce qu'étant la Vérité même, vous ne pouvez ni vous tromper ni nous tromper. »

    Notre Bon Dieu nous tromperait-il depuis 50 ans ? Nous enseignerait-il un mensonge ?

  • Bravo, vous venez d'inventer l'eau chaude. Ça s'appelle le mystère d'iniquité. Et comme tous les mystères, c'est un vrai casse-tête, pour notre intelligence humaine.

  • Cher Stavrolus, je vous pose la même question qu'à Daoudal, qui fait semblent de ne pas la voir.

    Notre Bon Dieu nous tromperait-il depuis 50 ans ? Nous enseignerait-il un mensonge ?

    Oui, ou non ?

    J'attends avec impatience la réponse de mon Doudou d'amour.

  • J'ignore ce que vous appelez un "doudou d'amour", mais si c'est à moi que vous parlez, c'est inapproprié. Est-ce que je vous appelle "ma grosse louloute", moi ?
    Si vous êtes du sexe mâle, comme votre pseudo le laisse supposer, je vous conseille de sortir un peu le dimanche. Si vous êtes du sexe féminin ou apparenté, merci de garder vos distances.

  • Cher ami, je vous prie bien sincèrement de me pardonner si ma familiarité vous a offensé. Mon Doudou d'amour, c'est Mister Daoudal, que j'estime vraiment beaucoup (et avec qui j'ai pendants une galette complète, un kouign amann et une rasade de cidre, le jour où je débarque à Douarnenez), même s'il est plus têtu qu'une mule rousse, et si, je cite de mémoire, les arguments d'autorité n'en ont aucune sur lui, en bon anarchiste qu'il est.

    Seulement, malgré l'affection que je lui porte, et le paquet de trucs que j'ai appris ou découvert grâce à lui, il écrit publiquement, et parmi ce qu'il écrit, il y a ceci:

    "Depuis 50 ans l’Eglise enseignante enseigne un mensonge aux derniers catholiques à propos du jeûne.".

    Or ça, ça ne se peut pas !

    C'est pourquoi je lui demande, soit de me répondre, soit de corriger cette assertion hérétique et blasphématoire.

    Car il est évident qu'on ne peut se dire catholique et déclarer que l'Eglise nous ment.

    Ne croyez-vous pas ?

    "

  • Il ne s'agit pas de dogme, ici. Et quand je dis "Eglise enseignante", je parle du pape et des évêques, des hommes qui ont ce titre et cette fonction. Si vous croyez que le pape et les évêques ne peuvent pas mentir, vous croyez en un fantasme, et c'est ce fantasme qui vous rend sédévacantiste. L'Eglise des purs a toujours fini en dehors de l'Eglise, depuis Tertullien.

  • Je vous demande pardon, Abenader. Je regrette sincèrement d'avoir cherché à être blessant.
    Cela dit, il y a bien un mystère d'iniquité, dont saint Paul parle dans sa seconde Epître aux Thessaloniciens. Pour ma part, je pense qu'il éclate aujourd'hui, dans la présence contradictoire de deux papes conciliaires, dont le premier, artisan du Concile, est moins mauvais que l'autre, tout en étant, en un sens, son complice. C'est un vrai casse-tête, je vous assure. Et considérer que tous les papes, depuis Jean XXIII, sont des imposteurs, pose une autre question, qui est celle du salut dans l'Eglise officielle. Par exemple, Dieu a accordé à l'archevêque Bergoglio la grâce de deux miracles eucharistiques dans son diocèse...

  • Et le rôle du concile ?

  • Toute cette réforme est issue de l'hérésie et mène à l'hérésie. Il est clair que ces réformateurs ne faisaient pas du travail d’Église........L'archéologisme et le soi-disant retour aux sources avaient été condamnés par Pie XII.

  • je suppose que c'est pour cela que Pie XII n'aurait pas fait faire de fouilles sous Saint Pierre ?

  • @théo Si c'est une boutade, elle est très bonne! Si ce n'est pas une boutade, vous faites la bourrique, vous avez très bien compris qu'il s'agit d'archéologisme liturgique, maladie mentale qui avait atteint entre autres Luther et des théologiens, liturgistes et exégètes ultérieurs ayant perdu la foi à force de traire les mouches.

  • Cher Stavrolus, nulle offense, n'ayez crainte, vous ne m'avez blessé en aucune façon, et même, votre correction fraternelle me montre que je dois user de bien moins de familiarité; un travers à corriger, et je vous remercie de me l'avoir rappelé. Et sachez que je suis totalement d'accord avec vous concernant le mystère d'iniquité dont parle saint Paul. Mais ce casse-tête est résoluble, en partie seulement, si et seulement si on applique consciencieusement les enseignements du Magistère, des saints Pères et Docteurs à la situation ecclésiologique actuelle. Je vous proposerai bien d'en débattre céans, mais le taulier ne serait certainement pas d'accord - ce que je comprends parfaitement. C'est pourquoi, si vous le désirez, on pourrait en parler ailleurs, ou même par mail, Et pour commencer à y voir clair, relisez les premiers paragraphes de Pascendi, et méditez le verset suivant : 1 Jean 2, 19. Que Dieu vous garde cher ami.

    *** *** ***

    Cher M. Daoudal, vous bottez en touche. Que comme vous dites, le pape et les évêques puissent mentir, je laisse ça au jugement de Dieu - personnellement le pape ne m'a jamais menti. Mais dire que "depuis 50 ans l’Eglise enseignante enseigne un mensonge aux derniers catholiques à propos du jeûne", dogme ou pas, c'est une hérésie et un blasphème. Le pape et les évêques, des hommes qui ont ce titre et cette fonction, ne PEUVENT pas enseigner un mensonge. L'Eglise est le fondement et la colonne de la Vérité, et le pape est la règle prochaine de la foi. Dire qu'ils peuvent enseigner des mensonges c'est dire que Dieu peut nous enseigner des mensonges. Ce n'est PAS. possible.

    Je vous propose donc, vu que vous écrivez publiquement, soit d'effacer cette phrase horrible de votre post, soit de la corriger comme ceci: "Depuis 50 ans une fausse église se faisant passer pour la vraie enseigne un mensonge aux derniers catholiques à propos du jeûne."

    Avec tous mes respects, cher M. Daoudal.

  • C'est le problème de la vérité et de l'autorité. La première est supérieure à la seconde, mais ne se conçoit pas sans l'obéissance qu'elle lui doit. L'autorité est sacralisée par le Décalogue qui nous oblige à la respecter, même lorsqu'elle est tyrannique, au moins tant qu'elle ne tyrannise pas la vérité.
    Monseigneur Lefebvre était très attentif à cela. Il n'a jamais imposé son autorité à personne, ni aux sympathisants qui sollicitaient la confirmation sans vouloir adhérer (il donnait le sacrement), ni aux prêtres qu'il avait formés et qui se sont ralliés à la Rome conciliaire (avec sa bénédiction). Si sa Fraternité n'avait pas obtenu l'aval de l'évêque de Fribourg en 1970, on ne sait pas ce qu'il aurait fait, tant il était toujours sur la corde raide.
    Donc, Monseigneur Lefebvre, quoique conscient de se tenir dans la vérité et doutant de la légitimité des papes, était soucieux de ne pas usurper une autorité qui ne lui avait pas été conférée par sa hiérarchie, même si celle-ci était à ses yeux illégitime.
    Quant à moi, ne cultivant guère la vertu de prudence (en particulier s'agissant de Bergoglio, qui me semble un cas extrême) j'ai plutôt à confesser mes excès d'orgueil qu'à donner des leçons d'obéissance. Donc, je ne me permettrai de vous en donner.

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