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17e dimanche après la Pentecôte

On lit dans L’Année liturgique :

La belle Antienne de l’Offertoire de ce jour, séparée des Versets qui l’accompagnaient autrefois, ne laisse plus deviner la raison pour laquelle cette place lui fut assignée dès les temps les plus reculés. Nous donnons ici ces Versets à la suite de l’Antienne conservée. Le dernier se termine par la nouvelle de l’arrivée du prince des armées célestes au secours du peuple de Dieu. C’est l’explication désirée, quand on sait, d’autre part, que ce Dimanche ouvre la semaine de la fête du grand Archange sur l’Antiphonaire publié par le Bienheureux Tommasi d’après les manuscrits les plus anciens, et que le Dimanche suivant s’y trouve désigné sous le nom de premier Dimanche après la Saint-Michel (post Sancti Angeli).

On chantait donc ce passage du livre de Daniel parce que le deuxième verset faisait référence à l’archange, en une longue et brillante vocalise qui pour l’essentiel vole au-dessus de la limite supérieure du 4e mode (en fait on est manifestement en 3e mode, ce qui explique qu’on monte jusqu’au mi aigu). L’antienne quant à elle commence par un doux récitatif autour de la tonique mi, puis la prière éclate sur Exaudi, et la lumière qui apparaît alors va s’épanouir dans la phrase suivante sur « Illumina faciem tuam… » : fais briller ta face (qui est déjà en 3e mode, avec la dominante do qu’on retrouve sur propitius - en fait il me semble que le tout est en un 3e mode élargi au do grave, car on ne voit guère de "la" comme dominante).

Oravi Deum meum ego Daniel, dicens : Exaudi, Domine, preces servi tui : illumina faciem tuam super sanctuarium tuum : * et propitius intende populum tuum, * super quem invocatum est nomen tuum, Deus.

℣. I Adhuc me loquente et orante et narrante peccata mea et delicta populi mei Israel * super quem invocatum est nomen tuum, Deus.

℣. II Audivi vocem dicentem mihi : Daniel, intellige verba, quæ loquor tibi, quia ego missus sum ad te. Nam et Michael venit in adjutorium meum. * Et propitius intende populum tuum * super quem invocatum est nomen tuum, Deus.

J'ai prié mon Dieu, moi Daniel, disant : Seigneur, exaucez les prières de votre serviteur : faites briller votre face sur votre sanctuaire, et regardez miséricordieusement ce peuple sur lequel votre Nom a été invoqué, ô Dieu !

℣. I Comme je parlais encore et priais, et disais mes péchés et les fautes d'Israël mon peuple, sur lequel votre Nom a été invoqué, ô Dieu !

℣. II J'entendis une voix qui me disait : Daniel, comprends les paroles que je t'adresse, parce que je suis envoyé vers toi, et voici que Michel même est arrivé à mon secours. Et regardez miséricordieusement ce peuple sur lequel votre Nom a été invoqué, ô Dieu !

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Commentaires

  • Ca n'a pas de lien avec l'article, mais j'ai trouvé ceci qui peut vous intéresser (si je n'enfonce pas une porte ouverte pour virtuose de la toile que vous êtes...)
    http://cigales-eloquentes.over-blog.com/2017/11/st-jerome-oeuvres-completes.html

  • Amusant. J'ai découvert cela il y a quelques jours... Je me demande si c'est par le même processus que vous.
    C'est là que j'ai vu d'abord que le commentaire de Job n'était pas de saint Jérôme.

    http://yvesdaoudal.hautetfort.com/archive/2019/09/13/job-38-36-6175905.html

  • Je cherchais, à cause d'une référence de D. Calmet, les questions hebraïques sur la Genèse. Google m'a donné ce site en premier.
    Je n'avais pas lu votre addendum:merci!

  • Pourriez-vous avoir l'extrême amabilité de mettre ces articles, la veille du dimanche : nous sommes aujourd'hui lundi, je n'ai donc pas pu profiter de ces informations précieuses à la messe d'hier.
    Quoiqu'il en soit, un grand merci pour ces articles toujours enrichissants.

  • Une pièce remarquable et délicate, d'interprétation fort intéressante - merci de la publier (elle figure dans l'« offertoriale triplex » pour les spécialistes).

    L’introduction pose nettement le Mi comme corde modale « sensible », c'est-à-dire une référence autour de laquelle la mélodie s'articule comme des ornements, mais que la mélodie hésite à visiter. Elle ne se repose réellement dessus que sur la dernière syllabe de l’incipit (Oravi) et de l’antienne (Deus), après des repos intermédiaires naturel en fin d'incise (dicens), et un repos plus notable spirituellement sur le « Domine », où la justification n'est pas celle de l'apaisement du repos final (interprétation qu'interdit la construction de la phrase), mais celle de l'apaisement de se sentir entre les mains du Seigneur. Un petit moment d'adoration et d'action de grâce sur une simple note.
    La deuxième corde modale ne se dévoile que progressivement, et n’est jamais très nettement affirmée, dans une zone aigüe où sont assez présents le Sol, le La, le Si et le Do. La signature nette n’apparaît que dans la deuxième partie de l’antienne, les trois premières notes de « Et propitius » faisant un mini-récitatif sur le Sol, qui interdit de comprendre le La comme une corde modale. Cette position modale est confirmée par le passage suivant, « est nomen tuum », qui gravite clairement autour du Sol.
    Toujours vers l’aigu, le Si se présente comme corde modale, mais également « sensible », que la mélodie tend à souligner en creux par des stationnements sur le Do et sur le La, renforçant la présence de ces deux notes : le La est note d’appuis du Do, et ce dernier note d’approche du Si.

    Le squelette modal de la pièce est donc fondamentalement l’accord Mi-Sol-Si, typique du troisième mode. Mais ce squelette est rendu diaphane par les deux cordes Mi et Si, traitées en corde « sensibles » ce qui met en relief leur voisinage.

    Vers le grave, on note un petit récitatif sur le Do grave au début de la reprise du verset « super quem invocatum », note d’appui qui est peut-être la justification du classement de la pièce en quatrième mode, parce que le troisième mode n'a pas de tel appui grave. Mais ce classement en quatrième mode est infirmé par un Si naturel très présent, le Si du quatrième mode étant normalement bémol, en relation avec une corde modale sur le La ou le Sol.

    Ici, la pièce présente quelques bémols, mais dont on peut douter de l'authenticité de ceux-ci, dans la mesure où le Si naturel est par ailleurs une corde modale: même « sensible », la corde devrait être respectée. Le premier bémol, sur la décente mélodique sur « intende » de l'antienne, le deuxième sur le « mei » du premier verset, le troisième sur « adjutorium » dans le second verset, s'appuient au contraire nettement sur le squelette Si-Sol-Mi de la pièce, et n'ont pas de raison de ne pas être naturel. Cette restitution en bémol s'appuie apparemment sur une logique voulant que « lorsque le Si est un ornement du Sol; il est généralement bémol » ; certes, mais cette logique doit s'effacer devant la présence d'une corde modale sur le Si, de ce fait nécessairement un repère chromatique et non un « piem » variable.

    Bien que de structure modale régulière, la pièce a musicalement une tonalité moderne et impertinente par l'occurrence fréquente d'accords par tierces, que ne connaît guère le fond grégorien primitif. On peut souligner par exemple dans le premier verset le « Et narante » en Fa-La-Do, qui ignore superbement les deux cordes modales Sol et Si pour se placer d'emblée sur une logique de « Do sensible » qui hésite à se reposer sur le Si. Ou, de même, dans le second verset, la reprise « Gabriel intellege ». De même, plus loin dans le premier verset, le « peccata mea » ne traite le Si structural qu'en creux, pour se reposer rapidement sur le Sol et le retour au Si-Sol-Mi de « mea ».
    Encore plus impertinente est l’entame du second verset, qui démarre sur une quinte (rarissime en grégorien) Ré-Fa, puis Do, ignorant superbement d'un coup les trois cordes modales du Mi-Sol-Si.

    Merci en tout cas pour cette publication si riche.

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