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Saint Ephrem

Extrait de l’encyclique Principi Apostolorum Petro de Benoît XV, 5 octobre 1920, conférant à saint Ephrem le titre de docteur de l’Eglise et fixant sa fête au 18 juin.

Nous n'avons point à exposer ici en détail la nature et le nombre considérable des œuvres d'un si grand esprit. « II paraît, si l'on en fait le relevé total, qu'il a écrit 300 myriades de vers. » (Sozom., op. cit., 1. Ill, c. xv.) Ses écrits embrassent presque tout l'ensemble de la doctrine de l'Église : il nous est resté de lui des commentaires sur les Saintes Écritures et les mystères de la foi, des homélies sur les devoirs du chrétien et sur la vie intérieure, des traités sur la sainte liturgie, des hymnes pour les fêtes du Sauveur, de la Sainte Vierge Marie et des Saints, pour les solennités des jours de prière et de pénitence et pour les cérémonies funèbres. Tout cet ensemble reflète le rayonnement lumineux d'une âme dont on peut dire à juste titre qu'elle est le flambeau « ardent et luisant » dont parle l'Évangile (Joan, v, 35), puisque, en même temps qu'elle fait rayonner la vérité, elle nous la fait aimer et pratiquer. En outre, saint Jérôme atteste que de son temps on lisait en public, dans les assemblées liturgiques, les écrits de saint Éphrem au même titre que les ouvrages des très saints Pères et Docteurs orthodoxes; il affirme encore que le texte grec établi sur l'original syriaque des œuvres d'Éphrem lui a permis de reconnaître, « même sous le voile de la traduction, un esprit aussi sublime que pénétrant». (S. Hier., De script, eccl. c. cxv.)

Mais s'il faut louer le saint diacre d'Édesse d'avoir tenu à donner pour base à la prédication de la parole divine et à la formation de ses disciples les Saints Livres compris suivant l'esprit de l'Église, il n'acquit pas une moindre gloire dans la musique et la poésie sacrées; il excellait à ce point dans l'une et l'autre qu'on put l'appeler « la cithare de l'Esprit-Saint ». Cet exemple nous montre, Vénérables Frères, les arts auxquels il faut faire appel pour développer chez les fidèles la connaissance des choses saintes. Éphrem vivait parmi des populations au tempérament chaud, particulièrement sensibles aux charmes de la musique et de la poésie, et, dès le IIe siècle de notre ère, les hérétiques avaient très habilement flatté ce goût pour répandre leurs erreurs. Aussi, comme le jeune David tuant le géant Goliath de son propre glaive, Éphrem oppose l'art à l'art, il couvre la doctrine catholique du vêtement de la poésie et de la musique, et il enseigne ensuite avec soin ces mélodies aux vierges et aux enfants pour les rendre peu à peu familières au peuple tout entier. Il arrive par ce moyen non seulement à parfaire la formation des fidèles dans la doctrine chrétienne et à réchauffer et nourrir leur piété par l'esprit de la sainte liturgie, mais encore à barrer avec grand succès la route aux infiltrations de l'hérésie.

Combien ce charme des arts les plus nobles, utilisé par saint Éphrem, releva la dignité des cérémonies sacrées, Théodoret nous l'apprend (Théodoret., 1. IV, c. xxvii). Nous en trouvons une confirmation dans la diffusion, jusque chez les Grecs et les Latins eux-mêmes, de la métrique mise en honneur par notre Saint. De fait, à quel autre auteur attribuer l'antiphonie liturgique avec ses cantiques et ses pompes importée par Chrysostome à Constantinople (Sozom., op. cit., 1. III, c. VIII), par Ambroise à Milan (S. Aug., Confess., 1. IX, c. VII), pour de là passer à l'Italie tout entière? Ce « mode oriental » qui, dans la capitale lombarde, émouvait si vivement Augustin encore catéchumène, et qui, retouché par Grégoire le Grand, constitue l'art parfait que nous connaissons, n'est-ce pas, de l'avis des critiques compétents, à saint Éphrem qu'on le doit pour une part, puisqu'il provient de l'antiphonie syriaque, dont il fut le propagateur?

Rien de surprenant, dès lors, que les Pères de l'Église, tiennent saint Ephrem en si haute estime. Saint Grégoire de Nysse écrit de ses ouvrages : « Parcourant toute l'Écriture, ancien et nouveau Testament, dont il scrute, mieux que personne avant lui, le sens profond, il l'a tout entière interprétée mot pour mot avec le plus grand soin; de la création du monde au dernier livre de la grâce, il a, avec les lumières de l'Esprit-Saint, éclairci de ses commentaires les passages obscurs et difficiles. » (S. Grég. Nyss., op. cit.) Saint Chrysostome dit de son côté : « Le grand Éphrem, éveilleur des âmes endormies, consolateur des affligés, formateur, directeur et réconfort de la jeunesse, miroir des moines, modèle des pénitents, hache et javelot redoutables aux hérétiques, écrin de vertus, temple et reposoir de l'Esprit-Saint. » (S. Joan. Chrys. Orat. de consumm. sœc.) On ne saurait louer plus magnifiquement un homme; Éphrem pourtant avait une si basse opinion de lui-même qu'il se déclarait le dernier de tous et le plus misérable des pécheurs. Dieu, qui « exalte, les humbles », couronne donc aujourd'hui le bienheureux Ephrem de la gloire la plus pure et le propose à notre siècle comme docteur de la sagesse divine et modèle des plus rares vertus. Et, s'il est un moment plus opportun d'exalter ce modèle, c'est bien aujourd'hui, au sortir de la plus cruelle des guerres, à l'heure où un nouvel ordre de choses semble naître pour les nations, en particulier pour les peuples d'Orient. Immense à coup sûr, Vénérables Frères, et pleine de difficultés, est la tâche, qui s'impose à Nous, à vous-mêmes et à toutes les bonnes volontés, de restaurer dans le Christ les derniers vestiges de la civilisation humaine et sociale, de ramener l'humanité dévoyée à Dieu et à la Sainte Église de Dieu; à l'Église catholique, voulons-Nous dire, qui, devant l'écroulement des institutions du passé et le chaos universel produit par les bouleversements politiques, est seule à ne point vaciller et, confiante, regarde en face l'avenir; c'est que seule elle est née immortelle, car elle a pour garant l'oracle de Celui qui a déclaré à saint Pierre : «Sur cette pierre je bâtirai mon Église et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » (Matth. xvi, 18.)

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