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Saint Paulin de Nole

Fin d’une lettre de saint Paulin au prêtre de Bordeaux saint Armand qui lui avait écrit de la part de l’évêque saint Delphin (qui avait baptisé Paulin). Après avoir répondu à la demande, il sollicite les prières de son correspondant. On remarquera particulièrement son exégèse du hérisson du psaume 103 ("les hautes montagnes pour les cerfs, les pierres sont le refuge du hérisson"). La traduction, publiée en 1703, est sans doute de Claude Santeul.

Soyez-nous donc favorable auprès de lui, et priez-le que, par sa grâce, nous puissions obtenir le bonheur qu'il nous a préparé, en nous appelant à son service, que nous fassions ce qu'il faut pour gagner le prix céleste auquel il nous invite; et qu'en oubliant ce que nous laissons derrière nous, et nous souvenant que nous avons mis la main de l'esprit à la charrue de la croix, nous ne regardions pas le travail fait, mais ce qui reste à faire, jusqu'à ce que nous soyons arrivés à ces fameuses montagnes, vers lesquelles nous élevons nos yeux, et d'où nous recevrons le secours du Seigneur {psaume 120].

Car les saints sont ces montagnes de Dieu, sur lesquelles nous pourrons nous élever par la pratique continuelle des bonnes œuvres; et si nous marchons constamment dans le chemin de la vérité qui est droit, le Seigneur, qui est le chemin et la vérité {Jn 14,6] donnera de la vitesse à nos pieds, comme à ceux des biches, et il nous mettra en sûreté sur des lieux élevés; car les hautes montagnes sont la retraite des cerfs, et les rochers celle des hérissons [psaume 103].

Nous serons, dis-je, en sûreté, si avec la vitesse des cerfs, nous fuyons le péché, dont Nembroth le chasseur, qui s'est révolté contre Dieu, était la figure [cf. Gen 10,9] et si avec le secours de Jésus Christ, nous tachons de nous élever au plus haut degré de la vertu, selon le règles que nous avons reçues des prophètes, et des apôtres. Ce sont ces grands hommes, qui par l'éminence de leur vertu, sont les vraies montagnes de Dieu; montagnes toujours fécondes en mille bénédictions. Lorsque nous serons élevés sur ces saintes montagnes, nous regarderons avec mépris, comme du haut d'un rocher, la vaine apparence des biens périssables du monde, et nous dirons avec joie : Je vous louerai, Seigneur, car vous m’avez mis au-dessus des atteintes de mes persécuteurs et en état de ne plus craindre leur malice [psaume 29].

Quand, dis-je, nous serons élevés sur la hauteur de ces montagnes par une parfaite humilité de cœur, et que nous y aurons reçu les instructions nécessaires au salut, comme autant de pointes et d’épines propres à nous défendre, nous deviendrons semblables aux hérissons, qui ne craignent ni la main des hommes, ni les gueules des chiens, parce que la nature a couvert leur petit corps d’une peau très dure, et remplie d'aiguillons, qui empêchent qu'on ne les touche. Nous aurons, dit-il, le même avantage, lorsque nous serons armés de la crainte de Dieu, et de l’humilité; et nous trouverons un asile, et une retraite dans la pierre mystique, je veux dire en Jésus Christ, dont les divines paroles nous serviront de défenses, et d’armes contre les démons; elles seront comme des épines qui entourent nos oreilles, et les boucheront pour ne pas ouïr les méchantes langues; et elles nous serviront aussi de dards pour percer les vices dans notre cœur.

C’est ainsi qu’une conduite spirituelle, et éclairée d’une vive foi, nous fera être comme les hérissons, et comme les cerfs. Nous deviendrons des hérissons, si devenant semblables à ces petits animaux, nous nous cachons dans le sein de Jésus Christ, comme dans une pierre de refuge; et si armés de sa paroles et de son Esprit de vérité, nous résistons courageusement au diable, et aux plaisirs du monde. Nous imiterons aussi la vitesse des pieds des cerfs, et la hauteur de leur bois, si nous demeurons fixement dans la voie du Seigneur, sans nous en écarter, et si nous fuyons promptement les occasions du péché et le pernicieux commerce du siècle.

Alors la foi catholique, qui est le chef de notre salut, sera par les bonnes œuvres armée et ornée comme la tête des cerfs, et elle nous mettra en état de résister aux chasseurs nos ennemis. Nous aurons aussi l'avantage d'être couronnés du mérite des actions agréables à Dieu, et nous ferons votre joie, et votre couronne, comme nous avons déjà la gloire d'être vos plantes en Jésus Christ, et votre travail continuel pour Jésus Christ. Car nous ne doutons pas que vous ne priez Dieu tous les jours, qu'il ait la bonté de perfectionner cet heureux changement de la main du Très-Haut, afin que nous puissions dire avec vérité : Mon cœur et ma chair sont affaiblis; mais Dieu qui est la force de mon cœur, me soutient, et il est mon partage pour jamais [psaume 72]. Oui, Dieu deviendra le Dieu de notre cœur, lorsque notre cœur charnel sera détruit, et que nous en aurons un autre qui sera spirituel. Ce sera pour lors que nous pourrons vous dire : Nous sommes votre portion dans la terre des vivants [psaume 141]; et puisque renouvelés au Seigneur dans l’intérieur de notre âme, et vivants d'une vie céleste, selon Jésus Christ, nous aurons déjà pu dire à Dieu même : Vous êtes le Dieu de mon cœur, et mon partage pour jamais [psaume 72].

Commentaires

  • Cher Y.D., Merci pour cette très belle fable du Cerf et du Hérisson (l'action et la contemplation), qui vaut, pour le fond, toutes celles de La Fontaine...
    Nous allons essayer de l'appliquer pendant cette belle journée que Dieu fait.

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