Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Sainte Thérèse et la liturgie

Ce qui ne manque pas de surprendre dans l’emploi du temps du carmel édicté par sainte Thérèse d’Avila pour tous les carmels, est son indifférence pour la liturgie. Que cela fût approuvé par Rome est encore plus étonnant, et montre qu’on était bel et bien passé dans l’ère moderne.

Alors que des religieuses cloîtrées vouées à la prière devraient a priori avoir leurs journées rythmées par la prière… des heures, on constate que la réformatrice du carmel avait bloqué les heures de prime, tierce, sexte et none, récitées à la suite, à 6 heures du matin en été, 7 heures en hiver. Alors que ces offices viennent sanctifier respectivement le lever du jour, le milieu de la matinée, midi, et le milieu de l’après-midi. On disait les vêpres (la prière du soir) après le déjeuner, et l’on disait matines et les laudes à 21 heures. C’est-à-dire qu’avant d’aller se coucher on chantait les hymnes qui célèbrent le lever, qu’au moment où venait la nuit on chantait le jour qui vient, et que tout le symbolisme de ces hymnes, mais aussi des versets, etc. sur la lumière qui vainc les ténèbres, sur notre promptitude à sortir du lit pour célébrer le soleil divin qui chasse les ombres du péché, tout cela était chanté en absolue contradiction avec la vérité cosmique, et cela tous les jours de l’année, toute la vie de la carmélite.

Comment est-ce possible ? C’est que la carmélite n’est pas censée savoir le latin. Elle n’est donc pas censée savoir ce qu’elle dit. Elle n’est pas censée savoir ce que dit la prière de l’Eglise, ce que disent les psaumes inspirés par le Saint-Esprit pour être la prière de l’Eglise.

Sainte Thérèse d’Avila, dira le P. Diego de Yepes, l’un des ses principaux confesseurs et son premier biographe, est « une femme qui jamais n’eut la curiosité d’apprendre un mot de latin ».

Encore demande-t-elle aux postulantes de savoir plus ou moins prononcer le latin. Plus ou moins, car lorsque par exception elle-même veut citer un verset de psaume en latin, ça donne ceci : « quen ad modun desiderad çervus a fontes aguarun » : on aura reconnu le célèbre premier verset du psaume 41 : Quemadmodum desiderat cervus ad fontes aquarum ; ou cela : « letatun sun yn is que dita sun miqui », qui est le début du psaume 121 : Laetatus sum in his quae dicta sunt mihi.

Or c’est un progrès. Car dans la règle de 1247, promulguée par Innocent IV, on lit que les carmélites qui ne savent pas réciter les heures diront 25 Notre Père aux matines, 50 le dimanche, 7 Notre Père aux laudes, etc.

Dans les livres destinés aux carmélites, les bons prêtres leur expliquent ce qu’elles doivent faire pendant l’office. C’est-à-dire à quoi elles doivent penser pendant qu’elles récitent les psaumes et les autres textes de l’office divin, dont les textes de pères de l’Eglise, qui leur resteront à jamais fermés.

On peut lire sur internet un livre, imprimé à Bar-le-Duc en 1739, écrit par un certain abbé d’Hauteserre, muni de la chaleureuse approbation du célèbre abbé de Vence, destiné aux carmélites de Montauban. Les chapitres 11 et 12 concernent l’office divin. L’auteur souligne : « Cette Prière se fait dans une langue qui vous est inconnue. » Au commencement de l’Eglise, poursuit-il, on voit que des fidèles se levaient et priaient avec ferveur en des langues qu’ils ne connaissaient pas. Eh bien les carmélites doivent faire la même chose : « Imitez-les, mes chères sœurs, en quelque sorte, et en récitant l’office dans une langue qui vous est inconnue, entrez, comme les premiers fidèles, dans des transports d’amour, de joie, de reconnaissance ; et malgré l’obscurité des psaumes, vous y trouverez une onction abondante. »

Nulle part le brave abbé ne demande aux carmélites d’apprendre le latin. Cette langue leur est inconnue et doit le rester. Et l’abbé d’Hauteserre d’expliquer aux religieuses quelles « prières mentales » elles doivent élaborer dans leur tête pendant qu’elles récitent l’office. Pendant le premier nocturne des matines, ce sont des « sentiments d’adoration », pendant le deuxième nocturne elles doivent « former des actes de demande et de supplication pour tous (leurs) besoins » et « employer l’intercession des saints », etc. Bref, pendant qu’elles disent les psaumes, elles ne doivent pas essayer de comprendre la prière de l’Eglise, mais inventer leurs petites prières personnelles…

On retrouve la même chose dans le livre qu’on donnait aux novices à Lisieux, celui de la « direction spirituelle » et de « l’oraison mentale selon l’esprit de saint François de Sales ». Il est beaucoup moins prolixe, mais de la même veine :

« Vous pourrez, si vous voulez, vous servir, pendant l'Office, du petit Entretien intérieur sur la Passion, que nous mettons ici, ou de quelque autre, selon votre dévotion, et qui vous aidera le plus à vous recueillir. A Matines, vous pouvez, par exemple, contempler Notre-Seigneur au Jardin des Olives, priant, couvert d'une sueur de sang, et souffrant la plus cruelle agonie. A Laudes, trahi par Judas, lié par les bourreaux, abandonné par les Apôtres. (…) Voilà des sujets bien suffisants pour s'occuper saintement, pendant l'Office. » Sic.

Car ce qui est important, de toute façon, ce n’est pas cet office auquel on ne comprend rien, c’est « l’heure d’oraison » (en fait de méditation) par laquelle on commence la journée. Toujours selon le même manuel, conforme à la règle du carmel :

« Nos Sœurs seront fort soigneuses de bien employer cette heure, comme la plus sainte et la plus utile de la journée ; car c'est dans l'Oraison que l'âme se nourrit et reprend de nouvelles forces ; c'est là qu'elle rallume, tous les matins, le feu spirituel qui doit brûler sans cesse dans le sanctuaire de son cœur ; c'est de là enfin que dépend tout le succès du jour, bon ou mauvais. »

On a bien lu : cette heure est la plus sainte et la plus utile de la journée. Plus sainte et plus utile que l’office divin. Plus sainte et plus utile que la messe elle-même (qui paraît ne « servir » qu’à donner la communion)… Et le manuel est très disert sur cette heure si sainte, avec les trois actes de la préparation, les trois parties de la méditation, les trois parties de la conclusion, et le « bouquet spirituel » final…

Commentaires

  • À partir de quand sont apparus, puis se sont répandus des missels bilingues ? En principe, ils résolvent le problème gravissime d'une liturgie fermée.

    Bien sûr, la traduction suscite inévitablement quelques (légitimes) trépidations. La preuve :
    http://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Vatican/Missel-romain-bisbilles-autour-d-une-traduction-2016-05-26-1200763031

    En bas de cet article, on voit que Rome demande pour le Notre Père une traduction qui renonce enfin au stupéfiant "Ne nous soumets pas à la tentation" (plutôt que "soumet", selon La Croix). Là-dessus :

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Ne_nous_soumets_pas_à_la_tentation

    https://www.scholasaintmaur.net/et-ne-nous-laisse-pas-entrer-en-tentation/

    C'est un cas où le "ne nos inducas in tentationem" de la Vulgate est malheureux.

  • Vous irez le dire au Seigneur...

    La Vulgate donne la traduction littérale du texte grec qui n'a aucune variante.

    Avant la Vulgate certains codex (dont celui de saint Augustin) avaient "ne nos inferas", ce qui est la rigoureuse transcription latine du mot grec (eisphero), mais risque de forcer le sens, car "infero", a priori "porter dans", s'utilise notamment pour dire qu'on jette au feu, ou que les bateaux sont jetés sur la côte...

    Et un catholique ne peut pas juger "malheureux" ce que l'Eglise a toujours fait dire dans sa liturgie au moins 15 fois par jour (sans compter le rosaire), avant que les nains s'avisent qu'elle se trompait et nous trompait.

  • Extrait d'un article de l'abbé Pellabeuf sur le Pater Noster:


    Le problème principal soulevé par la traduction liturgique officielle du Pater en français réside dans la phrase : " Ne nous soumets pas à la tentation. " Il s'agit de rendre " Et ne nos inducas in tentationem. " Tout va donc se jouer sur le sens des mots " tentatio " et " inducere ". La prière du Seigneur a fait l'objet d'une étude extrêmement approfondie de l'abbé Jean Carmignac dont il faudrait tenir compte : c'est son très beau petit livre " A l'écoute du Notre Père " que nous suivons essentiellement ici.

    " Tentatio " a deux sens en dépendance l'un de l'autre, mais finalement assez différents et on ne peut pas résoudre la difficulté sans les distinguer. Le premier sens est " épreuve ", le second est " incitation au mal ". Signalons le commentaire complet de Guillaume Durand de Mende (Le sens spirituel de la liturgie, réédité en 2003 - voir chapitre XLVIII, paragraphe 8).

    Une épreuve signifie une occasion de prouver ou de manifester quelque chose. Ainsi une épreuve sportive permet aux champions de prouver leur force et leur adresse ; on parle des épreuves d'un examen comme d'une occasion de manifester les connaissances et l'intelligence des élèves. Les graves peines ou difficultés de la vie sont appelées épreuves car elles permettent de révèler les qualités de l'âme de ceux qui les subissent. Par rapport à Dieu, une épreuve est une occasion de manifester son amour en résistant au mal qui en est le refus.

    Ainsi Jésus éprouve Saint Pierre : " M'aimes-tu ? " Et toutes les épreuves auxquelles Il permet que nous soyons confrontés sont des variantes de cette question. On fait remarquer que Job en ce sens est éprouvé par Dieu. En fait il faut voir que ce n'est pas Dieu qui tente, mais qui permet l'épreuve. Si l'on invoque le livre de Job dans la présente discussion, on doit toujours se souvenir que la présentation de la tentation y est dépendante de l'espèce de dramaturgie initiale de ce livre : Satan s'y invite à la réunion des Anges et le Seigneur lui adresse la parole. Cette scène n'a pas d'autre fondement théologique que d'introduire le reste de l'action. Mais de soi, seule une lecture fondamentaliste de l'Ecriture Sainte permettrait d'imaginer comme vraisemblable une présence de Satan dans l'assemblée des Anges, d'où il a été exclu, et un dialogue avec Dieu, qu'il abhorre.

    Dans ce premier sens du mot " tentatio ", donc, bien que Dieu permette l'épreuve, il ne la provoque pas directement. Bien au contraire, tout en laissant se développer les causes secondes selon leur cours normal, il intervient pour nous aider à triompher des difficultés. Il ne sert de rien, par conséquent, de demander à Notre Père du Ciel de ne pas nous soumettre à l'épreuve. C'est comme Lui demander de nous exempter de porter notre croix à sa suite, Lui demander de ne plus nous compter parmi ses disciples et ses frères et ses soeurs.

    Reste le sens le plus courant en français contemporain du mot tentation : il s'agit d'une incitation au mal. Il suffit pour s'en persuader de voir l'usage de ce mot dans les publicités. Ces appels aux instincts de base montrent bien le sens immédiat des expressions qu'ils utilisent. La tentation est ainsi perçue comme une incitation à s'attacher totalement à un objet créé, selon un désir qu'on tente de nous inculquer. On rejoint donc la définition même du péché, qui est attachement désordonné à la créature au détriment de la perception de la bonté intrinsèque de celle-ci, simple reflet de la bonté infinie du Créateur.

    C'est pourquoi beaucoup ressentent la phrase " Ne nous soumets pas à la tentation " comme un blasphème, et à des degrés divers selon les personnes, ce sentiment se rencontre dans toutes les couches de la population des fidèles. C'est comme si un enfant demandait à son Père de ne pas le jeter par la fenêtre : quand bien même un père de la terre pourrait faire du mal à son enfant en parfaite connaissance de cause et en toute responsabilité, comment imaginer que Notre Père du Ciel puisse être dans une telle disposition qu'on doive lui demander de ne pas y donner libre cours ?

    Il faut à présent examiner le mot " inducere ". " Ducere " signifie " conduire ", " dux " se traduit par " guide ". Le préfixe " in " ajoute l'idée d'un mouvement vers l'intérieur. Par conséquent " inducere " peut se traduire par " conduire dans ", ce qui est synonyme de " faire entrer ". Le sens est celui d'un causatif. Le causatif est une forme verbale qui exprime qu'on cause une action. Par exemple, quand on fait construire une maison, on ne la construit pas soi-même, mais on est la cause de ce que la maison est construite.

    Remarquons qu'à cette espèce de causatif qu'on pourrait dire actif, s'ajoute une autre espèce, celle du causatif qu'on peut dire passif. Ainsi quand on laisse construire une maison, on n'est pas directement cause de la construction ; simplement on ne fait rien pour s'opposer à la cause de la construction. En tout cas, que le causatif soit actif ou passif, on a besoin en français, la plupart du temps, d'un auxiliaire, faire ou laisser, pour l'exprimer.

    Mais les choses se compliquent encore un peu si l'on considère que dans le Pater on a affaire à un causatif négatif. En effet, " ne pas faire construire " est très différent de " faire ne pas construire ". Dans le premier cas, on est indifférent à la construction ; dans le second cas, on y est opposé. La même remarque peut être faite pour les causatifs passifs. Tout le problème est de savoir si la négation porte sur l'auxiliaire ou le verbe d'action lui-même.

    Car si, en français, on a recours à un auxiliaire pour exprimer la cause, il existe de nombreuses langues où le causatif est marqué non par un auxiliaire, mais par une forme particulière du verbe d'action. C'est le cas dans les langues bantoues par exemple. (Voir aussi annexe sur le Pater en langue bantoue.) C'est le cas aussi dans les langues sémitiques, araméen ou hébreux, dans lesquelles Jésus a enseigné sa prière à ses disciples. Par conséquent il est impossible de traduire convenablement en français cette demande du Pater sans avoir déterminé si la négation doit porter sur l'auxiliaire ou sur le verbe d'action. Les auditeurs du Christ, étant de langue sémitique, étaient habitués dans ces cas à faire les transpositions nécessaires d'après le contexte. Et c'est le contexte de la foi des disciples de Jésus, celle de l'Eglise, qui permet de trancher.

    Les tout premiers traducteurs du Pater en grec faisaient naturellement cette transposition, mais pas ceux à qui était destinés la traduction. D'où sans doute la mise au point de Saint Jacques, dés le début de son épître (I,13) : " Que personne ne dise : ‘Je suis tenté par Dieu.' " Cette phrase s'explique dans le contexte du Notre Père. Très tôt l'Eglise apostolique a eu des groupes de fidèles parlant grec et a traduit pour eux l'oraison dominicale. Mais le grec, pas plus que le latin ou le français, ne connaît de forme causative sans auxiliaire. Il est fort probable que c'est dans la logique d'une traduction hâtive du Pater que certains fidèles hellénisants ont pu imaginer que Dieu nous soumet à la tentation. Toujours est-il que Dieu ne nous tente pas, dans le sens d'une incitation au mal, et qu'il est au moins incongru de Lui demander de ne pas le faire.

    Ajoutons que " inducas " n'est pas à proprement parler un impératif, mais un subjonctif, ce qui est beaucoup moins abrupt. Si on avait voulu en latin une forme impérative, cela aurait donné " noli inducere nos ", littéralement : " ne veux pas nous faire entrer ". La forme au subjonctif est respectueuse de la majesté divine, et peut se rendre par : " Puisses-tu ne pas nous faire entrer en tentation ".

    Enfin, le mot inducere ne peut en aucun cas se traduire par soumettre. Ajoutons que c'est le propre d'une langue liturgique que de mettre entre l'orant et le texte une distance telle que celui-ci peut prendre une valeur particulière. Tandis que dans une langue utilisée aussi pour les autres usages quotidiens, cette distanciation n'est guère possible, d'où le malaise perceptible chez un grand nombre de fidèles de tous âges et de toutes conditions à propos de la traduction de ce passage.

    Il est regrettable qu'au siècle où les progrès de l'exégèse ont permis de résoudre l'énigme de cette demande on en ait fait une formulation si dommageable. Et il est pour le moins surprenant que malgré les demandes instantes et répétées il ait été impossible d'en obtenir la modification, ni même d'entrer sérieusement en discussion. Maintenir le formulation actuelle serait du fondamentalisme et de l'obscurantisme. Le principe de la " veritas latina ", énoncé plus haut, impose une rectification. Comme d'ailleurs celui du recours au texte originel en cas de doute, même s'il s'agit ici d'une rétroversion supposée, car on a fait appel dans le raisonnement non à une conjecture, mais à un fait massif : l'existence d'une forme de causatif dans l'une et l'autre des langues dans lesquelles Notre Seigneur a exprimé sa prière.

  • Si on veut une grande tartine sur le sujet, il y a aussi ma conférence...

    Je ne suis pas d'accord avec l'abbé Pellabeuf sur le subjonctif. A mon avis il n'implique rien. Le latin traduit littéralement le grec, et en latin comme en grec la défense s'exprime par la négation et le subjonctif (théoriquement subjonctif parfait, mais le latin de l'évangile n'est pas celui de Cicéron).

    C'est au contraire mettre "noli" qui l'aurait rendue moins abrupte, car c'est la forme plus "polie" de la défense.

  • je croyais que la grande sainte Thérèse était docteur de l'Eglise

  • J'ai dans ma bibliothèque un missel à l'usage des fidèles de la fin du XIX) siècle dans lequel, au regard de fragments des textes de l'ordinaire, se trouvent toutes sortes de prières et de méditations à dire pendant la messe.
    Ma grand mère (née en 1907), d'une famille éduquée et pieuse, récitait son chapelet pendant la messe...
    Quoiqu'on en dise, ce sont ces générations qui on "tenu". La "participatio actuosa" aux saints Mystères date de St Pie X.

  • Vous confondez la messe et l'office. L'office divin implique la pleine et active et permanente "participation", puisque celui ou celle qui doit dire l'office... dit l'office, récite le bréviaire.

    Si le fidèle se désintéresse de ce qui se passe à l'autel et passe le temps à dire le chapelet, il est bien évident que l'on peut changer la messe, le fidèle ne s'en rendra même pas compte, et il s'en fiche, puisque son chapelet reste le même... Il ne tient rien du tout, puisqu'il est ailleurs.

    Vous raisonnez comme si la liturgie datait de... sainte Thérèse. Pendant très longtemps les fidèles participaient à la liturgie. D'ailleurs ils n'avaient ni livre de prière ni chapelet. Ils allaient même chanter les vêpres.

    Avant saint Pie X il y a eu dom Guéranger, qui a justement voulu que les fidèles retrouvent le contact avec la liturgie. Et son Année liturgique a eu un succès fulgurant - qui a malheureusement échappé à votre grand-mère, quoique née 60 ans plus tard.

  • Ce ton de mépris condescendant pour ce qu'on peut appeler, pour faire vite, la dévotion baroque, fait penser au P. Bouyer (La Vie de la liturgie) et ses émules dans les années 1950: on en a vu les brillants résultats. Comme si la compréhension verbale des paroles de la liturgie était la seule manière d'entrer dans la prière de l'Eglise!
    Je vous rappelle les propositions 79 à 86 de la bulle Unigenitus, qui demandent certes à être remises dans leur contexte mais qui impliquent, au minimum, pour retenir les qualifications les plus faibles, que la pratique universelle de l'Eglise à cette époque ne saurait être condamnée sans témérité.
    (Pa parenthèse, sainte Thérèse et ses sœurs n'étaient pas "insensées", elles n'étaient pas "censées savoir").

  • Au lieu de brandir un argument d'autorité et de me traiter au passage de janséniste (allez carrément jusqu'au piment au vinaigre, ça ne me gêne pas), expliquez-moi comment le fait de dire à 7h de matin un office de l'après-midi, et le soir un office du matin permet de mieux entrer dans la prière de l'Eglise.

    Expliquez-moi aussi comment on peut entrer dans la prière de l'Eglise sans savoir ce qu'elle est.

  • Merci à dom Guéranger, au père Bouyer, et autres de nous avoir aidé à participer spirituellement à la liturgie.
    Nos ancêtres qui vécurent au premier millénaire et affectionnaient d'assister aux offices ne s'y seraient pas retrouvés !

  • L'abbé Haughton écrivait justement que la messe selon le rituel de saint Pie V n'ordonne pas de suivre les prières du prêtre. Il dit même que ceux qui sont à la messe peuvent... dormir.

    Vous avez tort de vous vexer que l'on invoque la bulle Unigenitus. Il ne vous traite pas de janséniste. Il vous rappelle qu'il est possible et licite de réciter le chapelet à la messe. Ce qui est devenu impossible avec la liturgie totalitaire de Paul VI. Cette liturgie est dans la logique du "mouvement liturgique". Il est paradoxal que ce mouvement qui visait à faire aimer la liturgie par le peuple et à le faire participer à la liturgie ait abouti à son massacre. Mais finalement, c'est logique si on veut faire comprendre et faire participer tout le monde, il faut alors faire du tangible, du populaire, du spectaculaire, donc bannir le latin, faire du prêtre un démonstrateur, faire parler, gesticuler, ne pas laisser en paix, ne laisser que peu ou pas de place à la prière individuelle. Ce qui ne semble pas être votre but...

    Il doit y avoir le moyen de concilier les points de vue Calguès et le vôtre.

  • Dans le Notre Père, Fitzmeyer était farouchement contre l'interprétation du verbe faisant appel à un permissif (causatif passif) du substrat araméen :

    https://www.bsw.org/biblica/vol-84-2003/and-lead-us-not-into-temptation/203/article-p271.html

  • C'est faire bon marché des anciennes versions latines qui croyaient bon de préciser : "ne patiaris nos induci in tentationem", et des pères qui employaient la même expression pour expliquer que la demande voulait dire: "ne permets pas que nous soyons conduits dans la tentation".

  • Excusez-moi, mais j'ai une petite question qui n'a pas grand chose à voir avec ce qui précède. Etant donné que le pape est membre d'honneur du Rotary Club de Buesnos-Aires (et qu'il reste à prouver que le Rothary n'a absolument aucun lien avec la Franc-Maçonnerie), je suis en train de me demander si saint Pierre (ou saint Paul) aurait accepté d'en faire partie. Vous avez une réponse? jpsnyers.blogspot.com

  • Finalement quelle est la traduction exacte du Pater ?

  • Est-ce que cela existe, une traduction exacte ?
    le Christ parlait une langue sémitique
    ses paroles ont été transcrites en grec, mais a priori par des gens qui avaient aussi une langue sémitique pour langue maternelle
    on est ensuite passé du grec au latin, ce qui n'est pas forcément gênant : dans l'empire romain, beaucoup de gens étaient bilingues latin-grec, aussi bien dans l'aristocratie que dans le petit peuple des villes
    puis est venue la transition entre un latin pas très classique et une langue moderne, époque de tous les dangers (cf le sens du mot homo au concile de Macon)
    il et quelquefois difficile de passer d'un patois au français officiel, encore plus du français à une autre langue latine, plus encore du français à une autre langue indo-européenne mais non latine et ne parlons pas d'une langue non indo-européenne, comme l'hébreux ou l'araméen
    alors il vaut mieux se référer à la tradition de l'Eglise, mais justement, ici, il y a un problème
    je pense que la meilleure solution serait le maintien de l'usage traditionnel accompagné d'une solide instruction religieuse, mais malheureusement celle-ci fait de plus en plus défaut

  • Le mépris envers la compréhension des Carmélites au temps de la Grande Thérèse, participe du mépris général qu'on avait envers les femmes. On pensait qu'elles "n'avaient pas besoin de comprendre", étant trop sottes pour cela.
    De plus, peu d'entre elles avaient la vocation. On les mettait au couvent parce qu'on n'avait pas réussi à les marier. D'où les débordements de pauvres filles malheureuses.
    Et cependant il y eu de grandes saintes.

  • Note sur la question des missels bilingues, permettant de suivre les offices en latin.

    Au XVème siècle on trouve parfois des livres d'heures avec des passages bilingues latin-français.

    http://www.persee.fr/doc/rht_0073-8204_1964_num_12_1963_1010

    Pour des missels / paroissiens avec le latin et la traduction systématique en français dans une colonne à droite, il faut peut-être attendre le XVIIème siècle ? En tout cas pour le moment je n'ai rien trouvé de plus ancien.

    http://www.bibliothequedusaulchoir.org/French/catalogues/Labarre/Labarre_Missels.pdf

    Voir en particulier l'Office de la semaine sainte de 1645 (semble-t-il), avec traduction française par le traducteur infatigable Michel de Marolles (1600-1681), un temps abbé de Villeloin, que Wikipedia qualifie d'"intellectuel atypique au tempérament voluptueux" qui "fréquentait les milieux du 'libertinage érudit'".

    Cet ouvrage est disponible sur Internet. La page de titre d'une édition postérieure :

    https://bibliomab.files.wordpress.com/2011/07/office_semaine_sainte_martin_1710.jpg

    Il va de soi que ces ouvrages ne s'adressent qu'à une petite minorité de la population, celle qui (1) connaît assez bien le français, celle qui (2) sait lire, (3) a l'envie et le temps de lire, et (4) qui a les moyens d'acheter des livres (même si les ouvrages de piété étaient parmi les modiques).

    Pour (1), en 1806 encore, en prenant la base des frontières actuelles, seuls 58 % parlaient des dialectes d'oïl (pas nécessairement le français de Paris).

    Pour (2), vers 1690, dans une France rurale à 85 %, d'après les signatures au moment du mariage, on etait à 30 % d'alphabétisés (plus ou moins) pour les hommes, 15 % pour les femmes, avec de fortes variations régionales.

  • En partie pour tenir compte de la question posée par Jean Theis (16:39), je reviens, vite, sur "ne nous soumets pas à la tentation".

    N'est-il pas juficieux de distinguer une traduction à visée liturgique et une traduction à lire à loisir, avec notes savantes ?

    Le fidèle qui, de façon répétée, entend et doit dire "ne nous soumets pas à la tentation", et qui ne bénéficie pas d'explications sur le verbe et sur ce qu'est la tentation en question ne risque-t-il pas de se concocter une théologie discutable ?

    Invoquer la tradition et le "ne nos inducas " de la Vulgate sera d'un faible secours en la matière.

  • C'est pourquoi il convient de traduire en français, comme on l'a toujours fait pour la prière des fidèles, "ne nous laissez pas succomber à la tentation", suivant ce que faisaient déjà des traducteurs latins au IIe siècle...

    Cela s'appelle la Tradition. Elle a toujours raison, comme l'Eglise qui en est l'expression et la garante.

  • Puisque nous sommes dans le serpent de mer qu'est la traduction du Pater, voici un site qui donne la liste des traductions en français (c'est la phrase de Daoudal "comme on l'a toujours fait", qui m'a poussé à chercher!):
    https://oratoiredulouvre.fr/prier/Le-Notre-Pere.php#cantor

  • Les horaires des offices monastiques ont varié dans le temps et l'espace et même d'un monastère à un autre dans le même ordre monastique. En Laponie, on aurait du mal à réciter laudes au lever du soleil.
    Et je préfère une dévotion ignorante, mais pieuse et humble, plutôt qu'une dévotion qui comprend tout (de travers), sait le latin, grec, araméen, copte... et pinaille sur chaque syllabe.
    Les fruits de la reforme de St Thérèse sont assez évidents pour ne pas s'offusquer sur des choix circonstanciels que notre époque ne comprend plus.

  • Dans la mesure où j'ose avenrurer une opinion, je suis d'accord avec Yves Daoudal sur "ne nous laisse / laissez pas succomber à la tentation".

    http://www.persee.fr/doc/thlou_0080-2654_1995_num_26_3_2771

  • Le Notre Père dans pas mal de langues :

    https://www.wordproject.org/bibles/resources/our_father/in_many_languages.htm

  • Notre Père à glose explicative incluse pour la sixième demande (du XIIIe siecle) :

    Et ne nos maine mie en temptacion, ce est a dire
    Ne sueffre mie que nos soions mené en temptacion,

  • On trouve en ligne un fac-similé de :
    Le Bréviaire romain suivant la réformation du Saint Concile de Trente [...] mis en françois par Michel de Marolles, abbé de Villeloin, Partie d'hyver. Paris, 1659.

    La traduction du Notre Père (p. 29 dans la visionneuse) est la même que celle de Lemaistre de Sacy (Nouveau Testament, 1667), sauf "notre pain quotidien", où Sacy a "de chaque jour".

    À part des détails infimes ("dans les cieux" / "aux cieux", "en la terre" / "sur la terre"), c'est exactement celle qui avait cours trois siècles plus tard.

    Question. Quelqu'un pourrait-il indiquer des versions antérieures similaires, au XVIIe siècle, et en particulier avec des demandes introduites par "que...", là où le français ne l'avait pas antérieurement ?

  • Encore un post suscitant d'intéressant commentaires...
    ... mais sur un sujet différent de celui du post.
    Quel rapport entre les dérives liturgiques (soyons plus précis: les dérives à l'occasion de la liturgie) et la traduction du Notre Père?
    Des livres liturgiques bilingues qui rendraient d'un coup d'un seul la langue de l'Église accessible à des néophytes?
    Quoiqu'il en coûte de ces livres bilingues, tout fidèle doit savoir un minimum de latin, en sus de son catéchisme.
    Catéchisme qui l'aide d'ailleurs à résoudre cette "difficulté" de la traduction de cette demande du Pater "ne nous soumets pas à la tentation".
    Aussi plutôt que de laisser fidèles et consacrés dans l'ignorance, le clergé aurait dû faire assaut de pédagogie.
    Il est d'ailleurs assez amusant de voir que l'intérêt suscité par contrecoup pour le rite latin dans sa langue propre à l'hégémonie de la néoliturgie ait offert l'occasion de corriger cette dérive liturgique.
    Dans les monastères et séminaires de rite romain d'usage antique que j'ai visités, le latin fait partie intégrante de la formation.
    A la FSPX, ils en sont mêmes venus à faire traduire tous les Psaumes par chacun des séminaristes avant leur diaconat, traduction accompagnée d'une étude correspondante des commentaires patristiques.
    Ainsi, une fois tenu à la liturgie des heures, ils en maîtrisent un minimum le sens, par le texte et par son esprit.
    Idem dans les monastères bénédictins que j'ai vu, toutefois moins exhaustivement.
    De plus, les psaumes sont faciles à traduire, intermédiaires qu'ils sont en difficulté entre les évangiles et les oraisons ou les hymnes (qui sont pour le coup assez cotons).
    Et c'est un homme rétif aux langues étrangères et particulièrement mortes qui vous le dit.

    En bref, 100% d'accord avec Daoudal.
    Sur les dérives dans la pratique liturgique, que jamais le Vatican n'aurait dû laisser prospérer.
    Sur la traduction de la demande du Notre Père dans l'usage traditionnel.
    En précisant encore une fois que cela requiert un travail de formation au latin et un bon catéchisme.
    La base pour un catholique en somme.

    Luc.

  • Addendum

    100% d'accord aussi avec Daoudal sur la participation à la liturgie des heures et à la messe.

    L'office consiste à rendre gloire à Dieu par le chant.
    Il n'est rien d'autre qu'une anticipation de ce que nous ferons au Ciel.
    Il requiert donc de chanter, mais surtout de connaître ces paroles du chant qui sont des prières.
    Nous sommes des êtres intelligents, pas des veaux récitants un coran qu'ils anônent phonétiquement sans comprendre un mot d'arabe.
    Cette prière nous fait connaître et aimer notre Dieu et nous en ignorerions le sens?

    Quant à la messe, elle requiert que nous nous associons à l'offrande du Seigneur, pas que nous en disions les paroles.
    C'est par les seules paroles du Prêtre in personna Christi que le sacrifice est efficace, pas par les nôtres.
    Par contre le Christ ne s'est pas offert en sacrifice pour son salut, mais bien pour le nôtre.
    Participer au sacrifice de la messe, c'est nous offrir avec Lui et Lui présenter nos intentions.
    Ce qui ne veut pas dire qu'il doit ou qu'il peut y avoir ignorance des paroles et de leur sens.
    Mais bien que la messe n'est pas le lieu de son explication, comme c'est devenu le cas souvent dans la néoliturgie, dans ces monitions prévues par le Missel.
    Encore une fois, comme dans mon précédent commentaire, le clergé doit faire assaut de pédagogie, c'est-à-dire enseigner le latin et le catéchisme, un catéchisme incluant une explication de la messe.
    C'est d'ailleurs on ne peut plus traditionnel, puisque seuls les "initiés" i.e. les baptisés donc ceux qui avaient reçus un enseignement de la foi étaient admis aux saints mystères, les néophytes étant partis à la fin du sermon.

    Luc..

  • Quel intérêt à ce "billet" ? s'acharner sur la plus grande mystique, docteur de l’Église, au nom de la vérité des heures, c'est assez affligeant... Le résultat montre bien que Dieu élève à la plus haute sainteté des âmes pures et données, même quand elles suivent les consignes (regrettables) de certains clercs. Ne rien comprendre au latin n'a pas beaucoup d'incidence sur la sainteté. Que les hiérarques l'ignore, c'est un crime. Que les fidèles ne le connaissent pas n'est qu'une vétille. Il suffit de juger l'arbre à ses fruits : les savants mauristes n'ont pas donné beaucoup de saints à l’Église (mais ils lui ont donné des richesses temporelles : éditions soignées des Pères, érudition historique, justification de la doctrine et des pratiques, etc...).
    L'essentiel dans la liturgie des heures, c'est de suivre la volonté de l'Eglise en rendant publiquement un culte à Dieu, ce n'est pas de comprendre l'office (c'est mieux, mais c'est secondaire). C'est d'ailleurs au nom de ces principes que la révolution liturgique a tué la liturgie, en la rendant (prétendument) compréhensible par tous.
    D'habitude je vous lis avec joie, ici, c'est plutôt la consternation...

Les commentaires sont fermés.