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Parce que tout est bon pour se démarquer du pape. Dans l’esprit de Vatican II…

Vini Ganimara, sur son blog Osservatore vaticano, se demandait hier : « “La Vie” roule-t-elle pour la Fédération luthérienne et contre Rome ? »

Avant d’examiner la question on rappellera que La Vie n’est plus depuis longtemps La vie catholique illustrée mais « L’hebdomadaire chrétien d’actualité », et qu’il fait partie du groupe Le Monde. Cela dit, le magazine continue de faire croire qu’il est un magazine catholique, et ses principaux rédacteurs se posent en « catholiques »…

Dans son blog Matinale, sur le site de La Vie, Natalia Trouiller rapportait mercredi les propos virulents de deux responsables luthériens en réponse à « l’annonce par le cardinal Kurt Koch » d’une éventuelle création d’ordinariats pour les luthériens comme ont été créés des ordinariats pour les anglicans, et elle titrait, reprenant une expression du secrétaire de la Fédération luthérienne mondiale : « Ordinariat luthérien : un “mauvais signal” »

L’absence de point d’interrogation dans le titre, et de tout commentaire dans le texte, peut laisser penser en effet que la journaliste de La Vie adopte le point de vue luthérien. D’autant qu’elle ne précise même pas que le propos du président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, qui n’est pas une « annonce », mais une réponse à une question au cours d’une interview, date du 24 octobre. En réalité, ce n’est pas au cardinal Koch que répondent les deux personnalités luthériennes (à moins qu’elles mettent habituellement trois mois à réagir…), mais à Mgr Müller, le préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi. Lequel, au cours d’un entretien dans une librairie pour la promotion d’un livre, aurait évoqué la question et aurait dit que si des luthériens le souhaitaient ce ne serait pas impossible…

Face à cette apparence d’une prise de position de La Vie pour les luthériens, « qu’on nous détrompe, et vite », disait Vini Ganimara.

Le même jour, hier, l’incertitude était dissipée, par un autre journaliste de La Vie, Jean Mercier, qui sur son propre blog prenait fait et cause… pour les dirigeants luthériens et contre l’idée d’un ordinariat. Là c’était clair et net.

Le blog de Jean Mercier s’intitule « Paposcopie, décrypter Benoît XVI », ce qui n’indique pas une franche sympathie pour un pape dont il faudrait « décrypter » les propos comme ceux d’un politicien retors qui cache son jeu.

Et c’est précisément de quoi il s’agit ici. Même si les ordinariats ne sont créés que sur la demande de ceux qui veulent une telle structure, le pape ne devrait pas accéder à ces demandes, car c’est plus dans la ligne de l’uniatisme que dans l’esprit de Vatican II et ça blesse nos frères protestants.

Pour Jean Mercier, les évêques britanniques ont eu raison de tout faire pour empêcher la naissance d’un ordinariat anglican, et les évêques des pays où les luthériens sont nombreux devront s’opposer à ce que de telles structures fleurissent chez eux. Car, selon Jean Mercier, si un protestant veut devenir catholique, il doit accepter l’Eglise catholique comme elle est et se fondre dans l’Eglise, en acceptant toute son évolution. Et il écrit cette chose qui pour moi est atroce : « Si l’on veut devenir catholique, il est sain et saint (…) d’accepter une perte. Non, on ne chantera plus le dimanche ces merveilleux cantiques de la Réforme, non ! Oui, il faudra se contenter des cantiques cathos parfois mièvres des années 80… » Car nous avons détruit la liturgie et nous en sommes fiers, et si des protestants qui ont gardé une liturgie veulent devenir catholiques ils doivent accepter de se fondre dans notre anti-liturgie…

Voilà donc ce qu’on pense à La Vie. Mais c’est ce qu’on pense en général dans les épiscopats européens. (Et c’est très clairement ce que pensait le cardinal Kasper, président du conseil pontifical pour l’unité des chrétiens au moment de la création de l’ordinariat anglican. C’est vraiment le pape qui imposé l’ordinariat que réclamaient les anglicans.) Je trouve intéressant, du reste, que Jean Mercier souligne l’hostilité de l’épiscopat britannique à l’ordinariat, car dans ces milieux-là on jurait que ce n’était pas vrai…

J’en profite pour dire un petit mot personnel sur la question. Vu de France, il est difficile de comprendre qu’il puisse y avoir des ordinariats pour des protestants, car nos protestants sont en majorité calvinistes, donc très loin de ce qui est catholique, et dépourvus d’une quelconque liturgie à conserver, et les luthériens sont aujourd’hui très liés aux calvinistes et influencés par eux. Même s’il y a bien sûr des exceptions, et ici revient le souvenir du merveilleux et très regretté François–Georges Dreyfus, un luthérien plus catholique que beaucoup de catholiques, et plus papiste que la plupart des catholiques (on peut sans doute en dire autant de Pierre Chaunu, mais je ne l’ai pas connu personnellement).

Mais dans les pays nordiques, les « Eglises » luthériennes ont des « évêques » et des « prêtres », et des liturgies dignes de ce nom. Et même, certains des « prêtres » luthériens scandinaves sont effectivement des prêtres, ayant été ordonnés par un évêque schismatique, en général de l’Eglise vieille-catholique. (Je me souviens avoir publié un article précis sur la question, autrefois, dans La Pensée catholique, rédigé par un luthérien qu’on aurait pu qualifier lui aussi de luthéro-catholique comme il y a des anglo-catholiques.) Il n’est donc pas étonnant que de tels luthériens, découvrant ce que les anglicans ont obtenu, puissent demander la même chose.

Il est frappant de constater que des catholiques qui sont contre le centralisme romain et pour la fameuse liberté du peuple de Dieu soient tout à coup contre la diversité. On voit clairement ici la dictature post-conciliaire, pour laquelle les traditionalistes anglicans ou luthériens sont d’abord des traditionalistes, des intégristes qu’il faut traiter comme les intégristes catholiques. Et il faut donc leur interdire leur liturgie, comme Paul VI avait interdit la liturgie catholique traditionnelle, avec des propos qui d’ailleurs rappellent ceux de Jean Mercier.

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