19 janvier 2013

On reparle de la « Fondation des œuvres de l’islam »

Le 27 septembre dernier, en inaugurant la grande mosquée de Strasbourg, le ministre de l’Intérieur de la République laïque, Manuel Valls, laissait percer son irritation : il est « temps que l'islam de France prenne pleinement ses responsabilités et s'organise pour traiter avec l'Etat les vrais problèmes », disait-il, déplorant que la Fondation des œuvres de l’islam n’ait « jamais porté ses fruits ».

On voit là le souci de Manuel Valls d’une islamisation républicaine de la France : « traiter avec l’Etat », réactiver la Fondation des œuvres de l’islam.

Ce n’était pas un propos en l’air, mais l’expression publique de l’ultimatum que le ministre lançait ensuite aux organisations islamiques, convoquées en décembre au ministère : si vous ne vous occupez pas de la Fondation, je la dissous.


Un ministre indifférent à la promotion de l’islam aurait laissé mourir cette Fondation qui, en réalité, n’a jamais existé. Il s’agissait de l’invention du ministre de l’Intérieur Villepin qui voulait apporter lui aussi sa contribution à l’islamisation républicaine après le coup d’éclat de son prédécesseur Sarkozy qui avait inventé le CFCM… La Fondation, qui avait pour fonction de contourner la loi de 1905 pour financer l’islam républicain, n’a jamais rien fait. Selon certains, elle n’a jamais reçu qu’un seul don, de Serge Dassault : un million d’euros. Selon d’autres, le don avait été de 2 millions, mais Dassault voyant que son argent ne servait à rien aurait récupéré un des deux millions. Serge Dassault, dont on sait qu’il a financé la mosquée de Corbeil (en tant que personne privée, pas en tant que maire), avait fait mollement démentir ces rumeurs que l’on rapporte aujourd’hui comme des faits.

Quoi qu’il en soit, la Fondation a eu un million d’euros… qui se trouve toujours à la Caisse des dépôts, moins 50.000 € qui ont été une subvention pour le fonctionnement du CFCM, une fois, en 2008… Une subvention de la Fondation, présidée par Dalil Boubakeur, au CFCM, présidé par Dalil Boubakeur. Cela, c’était au temps où Sarkozy avait décidé que le chef de l’islam de France était le recteur de la Grande Mosquée de Paris. Mais ensuite les choses se sont gâtées. Au fil des élections et des scissions, non seulement Boubakeur n’est plus le président du CFCM, mais sa fédération de la Grande Mosquée en est partie, et l’UOIF est également partie… Si bien que le CFCM est désormais la chose (inerte) du RMF, le « Rassemblement des musulmans de France », organisation marocaine dissidente de la FNMF (fédération nationale des musulmans de France, également marocaine). Or le RMF, qui n’existait pas au moment de la création de la Fondation des œuvres de l’islam, ne fait pas partie de la direction de la Fondation, laquelle n’a pas été renouvelée depuis sa création et est donc toujours dirigée par D         alil Boubakeur…

Suite à l’ultimatum du ministre, les représentants du vieux bureau se sont réunis, et ils ont publié un communiqué disant qu’ils ont « affirmé leur volonté de relancer ensemble, avec détermination et dans le consensus, leur institution » et qu’ils « s’engagent très rapidement à mettre en œuvre un programme de soutien à la construction et à la réhabilitation de lieux de culte musulman en France ». Et ils vont renouveler le bureau, pour éviter que le Conseil d’Etat leur retire le statut d’« utilité publique »..

Parce qu’il faut sauver la pompe à fric, au cas où un jour elle fonctionnerait.

Le problème, c’est que la Fondation ne peut fonctionner qu’en lien avec le CFCM, et que c’est impossible tant que l’une est dirigée par la Grande Mosquée de Paris et la FNMF, qui ne participent plus à l’autre, laquelle est dirigée par une scission de la FNFM.

L’autre problème, c’est qu’il n’y aura aucun financement de la Fondation via les monarchies du Golfe, et singulièrement de l’Arabie saoudite, tant qu’elle sera dirigée par Dalil Boubakeur, considéré à Ryad comme un valet de la république laïque.

De toute façon, ni le CFCM ni la Fondation ne servent à quoi que ce soit. Chaque organisation islamique se débrouille très bien pour trouver des financements de son côté, et des arrangements divers et variés avec les municipalités, y compris des financements directs puisque toute mosquée a une partie « culturelle »… C’est pourquoi la Fondation a toujours été une coquille vide, et il est peu probable que le volontarisme de Manuel Valls soit plus efficace que celui de Dominique de Villepin : non, il n’y a pas, et il n’y aura pas, d’« islam de France » inféodé à la République…

(Saphirnews, La Croix)

Commentaires

Merci pour cet exposé. En réalité, les relativistes qui méprisent la raison sont depuis longtemps favorables à la chariah. Ils ne sont donc laïcistes que pour la galerie et dans la mesure où cela restreint la liberté religieuse des catholiques français. Le laïcisme est donc pour beaucoup de laïcistes (en tous cas pour les chefs) qu'un pieu mensonge contre la liberté et contre la raison. A cet égard l'étude du sénatus-consulte de 1865 est fort intéressant. C'est lui qui a introduit la chariah dans le droit français. Mais personne ne le dit. Le clergé catholique de l'époque à ma connaissance non plus. Il a béni ou du moins ignoré cette horrible attentat contre l'ordre public.

Or l'Etat doit assurer le bien commun. "Il revient à l’Etat de le défendre et d’assurer la cohésion, l’unité et l’organisation de la société de sorte que le bien commun soit réalisé avec la contribution de tous les citoyens, et rende accessibles à chacun les biens nécessaires — matériels, culturels, moraux et spirituels — à une existence vraiment humaine." (Mgr Mamberti) Sans doute, le clergé français de l'époque (enfin dans son élite intellectuelle) ne dénonçait-il pas ce texte pour des raisons que nous ne connaissons pas. Ne nous empressons pas de condamner.

Mais comme l'Etat, donc la législation doit contribuer au bien commun en favorisant la coopération de tous à l'attribution à chacun des biens matériels, culturels, moraux et spirituels... On peut se demander en quoi la chariah contribue à cette mission de l'Etat.

Le cardinal Lavigerie prêcha le ralliement, qui, s'il était nécessaire moralement, aurait dû être assorti de la dénonciation de la présence, au cœur de la législation, de cette terrible injustice. La situation actuelle n'est qu'une suite de ce que nous vivons depuis 1865. C'est aussi ce qui explique, peut-être, en grande partie, la stérilité de l'œuvre du cardinal.

N'oublions pas non plus que c'est la Chambre "bleu horizon" (la droite nationaliste) qui vota et fit financer au début des années 20 du XXe siècle, par l'Etat français, la construction de la mosquée de Paris, avec l'approbation du traditionaliste (et homosexuel) maréchal Lyautey, mais où Edouard Herriot se "distingua" aussi alors qu'il était un apôtre de la séparation des églises et de l'Etat. Ce fut au prix du viol de la liberté religieuse des Français et d'un vol dans les caisses de l'Etat et d'un reniement des principes laïcistes proclamé moins de 20 ans plus tôt par les mêmes personnages ! Oui par les mêmes Herriot et autres laïcistes. Cela préparait la défaite de 1940 et annonçait notre situation. Mais tout cela est cohérent historiquement et pas si nouveau.

La France catholique a aussi un courant "abbé Meslier" (1664 -1729). L'abbé Meslier était un théoricien communiste athée qui exerça sa vie durant la charge de curé de campagne catholique, sans avoir jamais attiré l'attention de son évêque, du moins l'histoire ne la pas retenu, si ce fait a eu lieu... Ses deux meilleurs amis étaient prêtres. On peut se demander s'ils n'étaient pas au courant, un peu, un petit peu, tout de même de la curieuse "doctrine" de leur confrère qui usait de ses moments de loisir pour mettre par écrit tout le mal qu'il pensait de Jésus et de son Eglise, du mariage etc. Ce fut un des premiers, pour ne pas dire le premier théoricien communiste athée dont Marx a dû, au moins en partie, s'inspirer. Car l'œuvre de l'abbé Meslier fut publiée après sa mort (il se laissa mourir de faim, refusant de manger).

Qu'on est loin de l'histoire que l'on raconte à droite, comme à gauche et combien les "traditionalistes" sont éloignés de la vérité historique ! Nil novi su sole.

Écrit par : Denis Merlin | 19 janvier 2013

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