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Dimanche après l'Ascension

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Allelúia. Non vos relínquam órphanos : vado, et vénio ad vos, et gaudébit cor vestrum. Allelúia.

Je ne vous laisserai pas orphelins ;
Je m’en vais, mais je reviendrai vers vous,
Et il se réjouira votre cœur. Jean XIV, 18, 28.

C’est évidemment Notre Seigneur qui parle ici du haut du Ciel. En même temps qu’il est le Roi qui siège en Majesté et domine les peuples, il demeure le Maître plein de tendresse qui, quelques heures avant de mourir, appelait ses disciples : mes petits enfants. C’est à nous, qui les continuons, qu’il s’adresse. Il a entendu la plainte si délicate que l’Eglise a fait monter vers lui dans l’Introït : « Je cherche ton visage »… Il répond : « Je ne vous laisserai pas orphelins… »

Ces mots divins, adressés par le Christ à l’Eglise qui cherche son visage, nous arrivent enveloppés d’une sympathie délicate et forte avec ce je ne sais quoi d’indiciblement bon qui fait les paroles consolatrices d’un père, précieuses au-dessus de tout.

Ce sentiment est très net dès les premiers mots. La voix fermement posée sur la note qui précède le quilisma, monte sur non douce et ferme à la fois puis redescend vers la tonique par un pressus qui met sur vos une touche de tendresse extrêmement délicate : non, n’ayez pas peur, je ne vous laisserai pas, vous, je vous aime trop. C’est le thème du réconfort. Non vos.

La mélodie se fait ensuite de plus en plus insistante sur relínquam et par les deux quilismas et par le mouvement de l’arsis, comme si le Christ sentait le besoin d’appuyer fortement sa promesse à cette heure où l’âme se trouve quelque peu déprimée par son départ. Il fait plus. Pour montrer à ses membres qu’il souffre de les voir souffrir, il laisse passer sur le mot órphanos quelque chose de sa propre souffrance. C’est le thème de la tendresse compatissante.

Il est doux et délicat comme un mot de consolation, avec un accent de tristesse, si naturel et si simple sur la cadence en demi-ton, qu’il est émouvant, sur ce mot, par lui-même si triste.

Au début de la seconde phrase, il est repris et développé, fort à propos là encore, sur vádo, le mot du départ. Mais voici le mot du retour promis : vénio. La tristesse s’efface ; une assurance, ferme comme une promesse divine, soulève l’accent tonique allongé par l’épisème horizontal et, dans la détente de l’élan, la mélodie glisse paisible, heureuse vers la tonique. Elle se complaît un instant sur les neumes très liés de la dernière syllabe et, sans s’arrêter, remonte à la dominante avec une grâce aimable qui s’épanouit comme un sourire sur ad vos. Alors, sur gaudébit, le mot qui promet l’éternelle allégresse, la joie se laisse aller, montant et descendant sur les clivis allongées et les climacus, se posant sur les pressus avec une touche de ferveur ; toute en mouvement mais sans éclat, sans bruit, sans exaltation. C’est une joie de contemplation. Le Christ voit le bonheur des siens quand ils seront près de lui et il leur chante son propre bonheur pour le mettre déjà comme un espoir en eux. Car ce n’est qu’un espoir, elle est assurée certes cette réunion, mais d’ici qu’elle soit réalisée, il y a la séparation ; aussi, à la fin de gaudébit, les climacus de vádo reviennent-il amenant avec eux, une fois encore, la cadence du thème de la tendresse compatissante.

A la reprise du chœur, les deux thèmes se joignent, mais celui de la compassion sans la cadence si b – la ce qui en atténue considérablement l’expression.

Le mélange de ces deux sentiments, si délicatement exprimés, fait de cet Allelúia un des plus purs chefs-d’œuvre du répertoire.

Dom Baron

Par le chœur de l’église Sainte Etheldreda de Londres (sainte Æthelthryth, devenue Audrey). Le verset est chanté par une soliste, ce qui est quelque peu paradoxal pour un tel texte, mais comme c’est bien chanté…

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