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Il y a 50 ans (14) : la Septuagésime

Delenda est Carthago, disait Caton. Abolendum est tempus Septuagesimae, décidèrent les experts. Dès le 15 mars 1965 ils édictèrent :

« Abolendum est tempus Septuagesimae. Non ad vanam archeologiam, sed ut fideles bene videant progressionem anni liturgici et non disturbantur per diversas “anticipationes. »

« Le temps de la Septuagésime doit être aboli. Non par vain archéologisme (sic), mais pour que les fidèles voient bien la progression de l’année liturgique et ne soient pas troublés par diverses “anticipations”. »

Le chef Bugnini écrira ensuite : « L’opinion prévalut qu’il devait y avoir une simplification. Il n’était pas possible de restaurer (sic) le Carême dans toute son importance sans sacrifier la Septuagésime, qui est une extension du Carême. »

Il y avait eu une hésitation, cependant : parce que nos « frères séparés » (en l’occurrence les luthériens, anglicans, épiscopaliens…) n’avaient pas l’intention d’abolir la Septuagésime… Mais au diable l’œcuménisme quand il s’agit de détruire ce temps qui, disait dom Guéranger, « forme une des divisions principales de l'Année liturgique ».

La véritable raison de l’impérieuse nécessité de supprimer la Septuagésime (qui existait déjà au temps de saint Grégoire le Grand) était que ce temps était un temps de pénitence. Et qu’il fallait supprimer l’idée même de pénitence, d’ascèse, de mortification. On ne pouvait quand même pas supprimer le Carême : on supprima néanmoins tout ce qui pouvait faire référence au jeûne. C’était l’essentiel. Et de ce fait la Septuagésime faisait double emploi.

Car la raison d’être de la Septuagésime est de préparer le fidèle à l’épreuve du Carême. Une préparation psychologique, et même physique, est nécessaire, pour affronter les 40 jours de jeûne. Certains critiques de la néo-« liturgie » ont dit que les réformateurs avaient fait fi des mécanismes et des ressorts de la psychologie humaine, que l’Eglise en sa tradition avait su respecter et mettre en œuvre. Mais ce n’est pas le cas. Puisqu’on supprimait la réalité physique et psychologique du Carême, sa préparation n’avait plus aucune raison d’être.

Sur le plan liturgique, c’est le violet de pénitence des ornements, la suppression du Gloria à la messe, et de tous les alléluias. Et à l’épître saint Paul nous prévient que nous allons entreprendre une course de fond, et les coureurs du stade, pour emporter le prix, « se privent de tout ».

Les oraisons de ces dimanches visent également à préparer le fidèle à la pénitence quadragésimale. La collecte de la Septuagésime dit :

Preces populi tui, quaesumus, Domine, clementer exaudi : ut qui
juste pro peccatis nostris affligimur pro tui nominis gloria misericorditer
liberemur.

Les prières de ton peuple, nous te le demandons, Seigneur, exauce-les avec clémence ; afin que, nous qui
très justement pour nos péchés
sommes affligés, pour la gloire de ton nom miséricordieusement
nous soyons  libérés.

Cette traduction littérale permet au non-latiniste de voir la construction en chiasme de la demande, autour du mot central : affligimur : nous sommes affligés. « Pour la gloire de ton nom » répond à « pour nos péchés », et « miséricordieusement », à la fin, répond à « justement », placé au début. La justice veut que nos péchés nous affligent, la miséricorde veut que, pour ta gloire, nous en soyons délivrés.

C’est à l’évidence un chef-d’œuvre de la liturgie latine. Mais il fallait le mettre à la poubelle, parce qu’il n’est pas du tout adapté à la « mentalité contemporaine ». On remarque à cette occasion que dans le néo-missel il n’y a aucune oraison où l’on reconnaisse être affligé par le péché ou par la pénitence.

La suppression de la Septuagésime supprime aussi tout un pan du symbolisme de l’année liturgique.

Le nom exact du dimanche de la Septuagésime est dominica in septuagesima : c’est le dimanche dans la semaine des 70 jours avant Pâques. Il y aura ensuite le dimanche dans les 60 jours, puis le dimanche dans les 50 jours, et le dimanche suivant sera le premier dimanche dans les 40 jours : le premier dimanche de Carême (quadragesima).

Le chiffre 70 fait référence aux 70 ans de la captivité du peuple juif à Babylone. Babylone symbolise le monde dans lequel nous vivons, marqué par le péché, et dans lequel nous sommes en exil. Par opposition à Jérusalem, qui symbolise le monde de la grâce, dans lequel nous introduira le mystère de Pâques. Et le chiffre 7, qui était multiplié par 10 pour indiquer la durée de la malédiction, sera multiplié par lui-même (7 au carré, ce qui indique un changement de plan), après Pâques, pour aboutir à la Pentecôte (mot grec qui signifie cinquantième). Ce sont les 7 semaines entre la sortie d’Egypte et la révélation du Sinaï : 7 x 7 = 49, à quoi s’ajoute le 1 de l’éternité divine du lendemain des 7 semaines.

Les 70 ans de la captivité symbolisent toute l’histoire humaine, les 7 âges de l’humanité selon l’Ecriture : d'Adam à Noé ; de Noé à Abraham ; d’Abraham à Moïse ; de Moïse à David ; de David à la captivité de Babylone ; du retour de la captivité à Jésus-Christ ; de la Résurrection à la fin du temps.

C’est pourquoi à la Septuagésime la liturgie traditionnelle commence à lire la Genèse : la création et la chute. A la Sexagésime le récit en arrive au Déluge. A la Quinquagésime au sacrifice d’Abraham. Toute l’histoire de l’humanité va se dérouler liturgiquement, depuis la fondation du monde jusqu’à l’événement refondateur, le centre de l’histoire, la Résurrection.

Alors les 40 jours de peine vont par retournement devenir 40 jours de joie, jusqu’à l’Ascension.

Commentaires

  • Ne pas faire d'anticipation: la raison pour laquelle on a massacré l'offertoire. Comme si le Christ lui-même n'avait pas anticipé sa mort dans la fraction du pain le jeudi saint.

  • Isaïe ,versets 6-8 du chapitre 58

    "le jeûne que je préfère,n'est-ce pas ceci:
    dénouer les liens provenant de la méchanceté
    détacher les courroies du joug
    renvoyer libres tous ceux qui ployaient ......."

    Le reste n'est que fioritures et extrapolations

  • Justement, ils sont nombreux ceux qui veulent se libérer du joug imposé par la méchanceté de Mgr Bugnini.

  • Isaïe ,versets 6-8 du chapitre 58

    "le jeûne que je préfère,n'est-ce pas ceci:
    dénouer les liens provenant de la méchanceté
    détacher les courroies du joug
    renvoyer libres tous ceux qui ployaient ......."

    Le reste n'est que fioritures et extrapolations

  • Ce n'est pas en répétant un faux argument qu'il devient vrai. Ce n'est pas en faisant semblant de ne pas comprendre ce que disent les prophètes qu'on dit la vérité, surtout quand c'est contraire aux propos du Christ, des apôtres et de toute la tradition patristique, liturgique et magistérielle.

    J'y répondrai dans mon article sur le carême.

  • Les orthodoxes et certains luthériens jeûnent en Carême.

    Les insulter n'est pas conforme à l'esprit d'oecumenisme ...

  • Oui, la réforme avait pour but de supprimer toute notion de pénitence, donc de péché. C'est le péché Originel qui est visé. Et la négation du éché Originel rend incompréhensible l'Incarnation, la Rédemption et la Résurrection. Les novateurs inspirés par Satan, on visé juste et la Révélation est foulée aux pieds par une cohorte d'apostats mitrés ou non.

  • Les "experts". Et la responsabilité des Pères conciliaires ?

  • Il paraît que Paul VI n'était pas favorable à cette suppression.

  • Bruit de chiottes ou propos vérifiables et source disponible?
    Si Paul VI n'était pas favorable, il avait autorité pour s'y opposer.

  • Paul VI était il intimidé par ces fameux experts ?

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