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Il y a 50 ans (10) : Noël

Naguère tout le monde savait, même les incroyants, qu’à Noël il y a une messe de minuit. Cela aussi a été supprimé. Pas officiellement, mais dans les faits, comme tant d’autres choses. On a gardé la même dénomination, « missa in nocte », messe de la nuit, mais avant la révolution liturgique les textes précisaient que cette messe commençait « in media nocte », à minuit, parce que c’était traditionnellement l’heure de la naissance du Sauveur. Il suffit de ne plus le préciser, et « in nocte », c’est n’importe quand. Comme il fait nuit très tôt le 24 décembre, on voit des « messes de la nuit » célébrées à 18h, voire 17h. Ce qui permet bien sûr de réveillonner à une heure bourgeoise, et de ne pas subir les affres de dom Balaguère… Ce que les soi-disant restaurateurs de la liturgie ne vous disent pas, c’est que si l’on voulait restaurer l’heure de la première messe de Noël comme aux premiers siècles il aurait fallu la programmer dans la deuxième partie de la nuit, puisqu’on l’appelait « in galli cantu », au chant du coq, mais bien avant la fin de la nuit puisque la messe suivante était célébrée « in primo mane », à la première lueur du jour. Alors adieu le réveillon…

La messe continua de s’appeler « in galli cantu » dans les missels alors qu’elle avait été depuis longtemps fixée à minuit, pour des raisons symboliques évidentes : c’est au milieu de la plus profonde nuit de l’année que surgit la lumière divine.

La liturgie attend le dimanche dans l’octave pour le souligner, par l’introït de la messe, avec une autre image : celle du Verbe de Dieu qui descend au milieu du plus grand silence :

Dum médium siléntium tenérent ómnia, et nox in suo cursu médium iter háberet, omnípotens Sermo tuus, Dómine, de cælis a regálibus sédibus venit.

Tandis que tout se tenait au milieu du silence, et que la nuit, dans sa course, était au milieu de son chemin, ta parole toute-puissante, Seigneur, vint des cieux, du trône royal.

Ce texte est d’autant plus saisissant que dans le livre de la Sagesse il évoque… l’ange exterminateur qui vient tuer tous les premiers nés de l’Egypte…

Ce stupéfiant introït a été renvoyé par les destructeurs de la liturgie au deuxième dimanche après Noël. Pour ceux qui par hasard continueraient à chanter un « chant d’entrée » qui soit celui des livres officiels. Mais en faisant cela ils savaient qu’en fait même là où ce serait le cas il disparaitrait : le deuxième dimanche après Noël est, dans leur calendrier, celui de la célébration de l’Epiphanie partout où elle n’est pas un jour férié. Ainsi les missels en français ne le donnent même pas.

La parole dont parle cet introït est le Verbe qui se fait homme. A la messe de minuit il nous dit : « Le Seigneur m’a dit : tu es mon fils, aujourd’hui je t’ai engendré ». Dóminus dixit ad me: Fílius meus es tu, ego hódie génui te. L’engendrement du Fils dans le jour éternel devient l’engendrement dans la chair. Telle est la descente du Verbe tout-puissant qui se fait enfant dans la crèche. Ce verset extraordinaire du psaume 2, rendu plus extraordinaire encore par sa sublime mélodie grégorienne, est devenu facultatif dans la néo-« liturgie », c’est-à-dire qu’il a disparu. On l’a remplacé par un chant qui commence par « Tous ensemble ». Sic. Il semble que ce soit la « traduction » de Gaudeamus omnes in Domino… (Chant d’entrée lui-même facultatif, d’ailleurs, puisqu’en fait on chante ce que décide l’« équipe d’animation liturgique ».) Et en prime on supprime la saisissante prophétie christique que constitue ce verset. (On l’a aussi supprimé de ce qui était l’office des matines, où il était la première antienne. On l’a remplacé par « Le Christ nous est né »…)

*

Messe de minuit traditionnelle :

Deus, qui hanc sacratíssimam noctem veri lúminis fecísti illustratióne claréscere : da, quǽsumus ; ut, cujus lucis mystéria in terra cognóvimus, ejus quoque gáudiis in cælo perfruámur.

Néo-messe de la nuit :

Deus, qui hanc sacratissimam noctem veri luminis fecisti illustratione clarescere, da, quaesumus, ut cuius in terra mysteria lucis agnovimus, eius quoque gaudiis perfruamur in caelo.

La collecte de la messe de minuit a subi trois modifications. Deux sont des interversions de mots dont on ne voit pas l’utilité, sinon de montrer qu’il faut tout changer et qu’on connaît mieux l’ordre des mots latins que les Romains. La troisième est un changement qui paraît anodin mais qui ne l’est pas. Le verbe cognovimus est devenu agnovimus. Seul le préfixe change. Mais il y a plus qu’une nuance.

D’abord il convient de souligner qu’on ne trouve « agnovimus » dans aucun ancien manuscrit liturgique (alors que les « restaurateurs » prétendent rétablir la pureté originelle des oraisons).

Mais surtout, agnosco est un verbe plus faible que cognosco. Agnosco, c’est ad-gnosco, c’est percevoir, reconnaître, de l’extérieur. Alors que cognosco, c’est con-gnosco, connaître, par une connaissance intime, intérieure. La nouvelle collecte dit que nous appréhendons le mystère de la lumière, l’ancienne dit qu’en cette très sainte nuit nous le connaissons. Contrairement au monde qui ne l’a pas connu, comme dit le prologue de saint Jean : l’allusion disparaît si l’on utilise agnosco.

Cela dit, pour ce qui est de l’espace francophone, cette analyse est dépourvue de tout intérêt, puisque de toute façon dans la « traduction » française « agnovimus » paraît être rendu par « illuminés ». Sic.

*

A la messe du jour de Noël, on a carrément remplacé la collecte traditionnelle : elle était intolérable pour la « mentalité contemporaine », puisqu’elle parlait de l’esclavage du péché :

Concéde, quǽsumus, omnípotens Deus : ut nos Unigéniti tui nova per carnem Natívitas líberet ; quos sub peccáti iugo vetústa sérvitus tenet. Per eúndem Dóminum.

Nous vous en prions, Dieu tout puissant, que votre Fils éternel, par sa nouvelle naissance en notre chair, vienne nous délivrer de l’ancien esclavage qui nous maintient sous le joug du péché.

La « mentalité contemporaine » ne supporte pas ce langage de vérité, qui fait pourtant prendre pleinement conscience de l’authentique réalité de la « bonne nouvelle ».

On l’a remplacée par la prière d’offertoire du missel traditionnel que dit le prêtre quand il verse une goutte d’eau dans le calice pour la mélanger au vin : « Deus, qui humánae substántiae dignitátem… » (sans la mention de « ce mystère de l’eau et du vin »). C’est assurément une magnifique prière, et ce fut effectivement une collecte de Noël avant saint Grégoire le Grand. Mais quand on célèbre la messe traditionnelle on la dit tous les jours… et même trois fois à Noël… Ce fut un trait de génie (ambrosien, semble-t-il) de lui donner ce rôle à l’offertoire, et une belle décision de saint Pie V de la maintenir (elle ne paraissait pas très répandue dans les missels romains).

Deus, qui humánæ substántiæ dignitátem mirabíliter condidísti, et mirabílius reformásti : da nobis per hújus aquæ et vini mystérium, eius divinitátis esse consórtes, qui humanitátis nostræ fíeri dignátus est párticeps, jesus Christus Fílius tuus Dóminus noster : Qui tecum vivit et regnat in unitáte Spíritus Sancti Deus : per ómnia sǽcula sæculórum. Amen.

O Dieu, Toi qui a admirablement fondé la dignité de la nature humaine et l'a restaurée plus admirablement encore, donne-nous par le mystère de l'eau mêlée au vin de prendre part à la divinité de Celui Qui a daigné partager notre humanité, Jésus Christ, Ton Fils, notre Seigneur. Qui vit et règne avec Toi dans l'unité du Saint Esprit, Dieu dans tous les siècles des siècles. Amen.

Commentaires

  • Merci yves pour ce travail très précis.

    Et malgré les malheurs que vous décrivez je suis certain que vous vivez (dans la fidélité à la Tradition) un beau et saint jour de Noel !

  • Cette "mentalité contemporaine", ne provient-elle pas du dernier concile?

  • A Bethleem, la coq à été remplacé par le muezzin.
    "In galli cantu" est devenu "un muezzini vociferatione", tant le minaret de la mosquée d'Omar est proche. et les haut-parleurs puissants....C'est ce qu'on appelle occuper l'esapce (sonore).

  • Bonjour, c'est la même chose en Egypte, dans la région des monastères coptes. Des dizaines de mosquées les entourent désormais, et les hauts parleurs des mosquées sont accrochés, volontairement, aux murs du monastère. Quelqu'un du groupe avait suggéré de couper les fils des hauts-parleurs pendant la nuit. Mais il paraît que c'est une cause de guerre civile.

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