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14e dimanche après la Pentecôte

Si l’herbe du champ,
qui aujourd’hui est là, et demain jetée au four,
Dieu l’habille ainsi,
combien plus pour vous, minicroyants !

Ainsi sœur Jeanne d’Arc traduit-elle littéralement « oligopistos », et elle a raison, car ce mot n’existe pas en dehors des évangiles, où il est toujours prononcé par le Christ, et vise toujours les apôtres : il ne faut donc pas le traduire par des mots ou des expressions qu’on rencontre ailleurs.

C’est ici la première fois qu’il apparaît. Il est intéressant de noter que c’est dans une des pages les plus charmantes de l’évangile. Pour parler de la foi, Jésus fait goûter la beauté de la création. Il est assis sur la montagne, et il désigne à ses disciples les oiseaux qui volent au-dessus du lac, les fleurs qui émaillent les champs. Les oiseaux ne sèment pas et ne moissonnent pas et n’entassent pas, et pourtant ils mangent, parce que Dieu les nourrit. Les lis ne travaillent pas et ne filent pas, mais ils sont habillés de façon plus splendide que ne l’était Salomon dans toute sa gloire. Cette dernière notation est un cri de louange du Père qui a fait la nature plus belle que tout ce que l’homme peut inventer. Ce Père auquel il faut donc faire une absolue confiance. La leçon sur la foi est délivrée ici dans un cadre idyllique. Toutefois, c’est avec cette étrange précision que l’herbe somptueuse va être jetée au four. Littéralement ça n’a pas de sens : ni à son époque, ni jamais, on n’a récolté des fleurs des champs pour les faire brûler dans un four. Soit Jésus utilisait une expression populaire voulant dire que ces fleurs n’ont aucune valeur marchande, soit il s’agit d’un bref rappel du destin tragique de l’homme, qu’on ne doit pas oublier même en cette belle journée.

On a trouvé sous la plume de Rabbi Eliézer ha-Modaï (Eléazar de Modin) un texte de la Mishna qui ressemble à celui-là. « Celui qui a créé la journée a également créé sa disposition; c'est pourquoi celui qui, tout en ayant suffisamment de nourriture pour la journée, dit: Que vais-je manger demain ? appartient à la catégorie des hommes de peu de foi, comme les Israélites quand ils reçurent la manne. » Cependant l’expression « de peu de foi » est en deux mots hébreux (voulant dire « petits de foi »), et non en un seul. D’autre part ce rabbi fait partie des « Sages » de la première génération après la destruction du Temple, il a donc pu être influencé par l’évangile.

Cela pour souligner qu’on ne trouve nulle part ailleurs une telle expression.

Saint Luc, dans le passage parallèle, reprend « oligopistos ». Jésus va employer ce mot trois autres fois, toujours dans saint Matthieu. Deux fois au cours d’une tempête. D’abord quand les disciples dans la barque le réveillent pour lui dire : « Seigneur, sauve-nous, nous périssons. » Et Jésus montre alors qu’il est le maître de la nature. Puis quand saint Pierre veut marcher sur l’eau et qu’il commence à couler. S’il avait eu la foi il aurait été lui aussi le maître des flots. Oligopistè ! Cette seule fois au vocatif, et c’est saint Pierre, le chef de l’Eglise, celui dont « la foi ne défaillira pas » qui est ainsi traité…

Enfin c’est quand Jésus dit aux apôtres de prendre garde au levain des pharisiens et que les apôtres croient qu’il leur reproche de ne pas avoir emporté de pain : ces minicroyants ne se souviennent déjà plus de la double multiplication des pains (dont la seconde est semble-t-il toute récente). On retrouve ici la configuration du sermon sur la montagne : de même que Dieu nourrit les oiseaux, il nourrit les hommes qui lui font confiance, qui ont foi en lui. Et même les autres, d’ailleurs. Mais seuls ceux qui ont la foi reçoivent la vraie manne, le pain descendu du ciel.

Commentaires

  • Bravo à sr Jeanne d'Arc pour les minicroyants!
    Il y a aussi mt 17.20, oligopistia, cette fois c'est la "minifoi" , toujours des apôtres...

  • Et à notre époque on constate la "microfoi" et peut-être la "nanofoi"

  • Vous avez raison si vous vous référez aux éditions modernes. Mais là comme en tant d'autres endroits on a choisi la version de ce qu'on a décidé être "les meilleurs manuscrits", sans tenir le moindre compte de la tradition. A savoir de ce que disent la Vulgate, le texte byzantin et la Peshitta. Quant à moi, quand ces trois références disent la même chose, ce sont elles que je suis. Or les grands textes traditionnels grec, latin (TOUS les textes latins) et syriaque disent "incrédulité", apisitia.

  • J'ai utilisé ce matin à la messe un vieux Missel Feder (1955) trouvé il y a déjà longtemps dans une basilique (le nom de "Christiane" est inscrit sur la page de garde, je le signale à tout hasard).
    On sait que le jésuite Feder donne dans son Missel des "traductions nouvelles" faites par un groupe de prêtres diocésains et jésuites. Celle du DIES IRAE en octosyllabes à rimes riches a beaucoup vieilli ("Témoin David et la Voyante" pour rimer avec "épouvante" et "cendres fumantes"...). Pour le point qui nous intéresse, la difficulté a été contournée comme suit : "Si Dieu revêt ainsi les fleurs des champs (...) qui seront jetées au feu..."
    Ne peut-on considérer que les fleurs sont des parasites, qui certes ornent le champ et plaisent à l'oeil, mais sont brûlées à part quand on ramasse le foin pour nourrir les bêtes ?

  • Les fleurs sont excellentes pour le bétail et on les laisse dans le foin. Le sens est que les fleurs si belles soient-elles n'ont pas de valeur comme l'être humain.

  • Je crois qu'on n'a jamais cueilli des fleurs avant de faire les foins, ce qui coucherait l'herbe. Et les bêtes savent en général faire le tri...

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