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Troisième dimanche de carême

Extóllens vocem * quædam múlier de turba, dixit : Beátus venter qui te portávit, et úbera quæ suxísti. At Iesus ait illi : Quinímmo beáti, qui áudiunt verbum Dei, et custódiunt illud.

Élevant la voix, une femme dans la foule dit : Heureuses les entrailles qui vous ont porté et le sein qui vous a nourri. Mais Jésus lui dit : Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent.

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Voici l’antienne du Magnificat des vêpres de ce jour, qui reprend les derniers mots de l’évangile. On pourra la comparer avec l’antienne de communion de la messe d’hier, à laquelle elle ressemble parce qu’elle dans le même mode 8. Cette antienne de l’office est paradoxalement beaucoup plus longue et plus complexe que l’antienne de la messe, avec plusieurs neumes de trois notes et même un de quatre notes, et un ambitus plus large : sol-mi au lieu de sol-do.

Elle est plus longue parce qu’elle raconte une histoire, et un dialogue. Les épisodes sont clairement marqués par leur ponctuation musicale : deux notes pointées sur la tonique. On remarque l’accent sur Beatus par élargissement et montée de la mélodie, la révérence sur Jesus, et l’insistance sur custodiunt, le mot principal du propos : ce qui compte c’est de garder, mettre en pratique, la parole de Dieu. Mais cela n’infirme en rien le fait qu’est bienheureux le ventre qui a porté Jésus : c’est sur ce mot que se trouve le sommet de la mélodie : ce qu’a porté ce ventre était la Parole de Dieu.

Par les moniales d’Argentan, sous la direction de dom Gajard, en 1970 :


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Commentaires

  • L'enregistrement et la partition différent quelques peu, particulièrement au "quinimo beati".

  • Exact. Et aussi sur custodiunt, et des différences de durée sur venter, beati, Dei... Cette partition est celle du Liber usualis publié par Solesmes en 1961. Manifestement dom Gajard avait sa propre version. Il y a aussi sur internet la version dominicaine, qui est différente, mais autrement...

  • Les latinistes en herbe devraient fréquenter chaque dimanche votre blog. On a ici Quin immo, combien plutôt ! Et cet illi (le datif sg des pronoms est en i) qui fait souvent chuter !
    Ah ! ce "sein qui vous a nourri" ! comme c'est d'une pudeur bien française, presque anglaise ! Au sg,, le sein (sinus), c'est le giron. Le latin est toujours direct : Ubera (neutre pl) quae suxisti, "les mamelles que tu as sucées". Suxi, parfait de sugere. Cicéron dit
    "paene cum lacte nutricis errorem suxisse videamur", "nous semblons tous avoir sucé l'erreur avec le lait de notre nourrice". Ce qui nous ramène à l'humilité, et donc à la piété.

  • Le mot entrailles, qui date de 1120, n'a rien de prude. Je l'ai toujours trouvé violent et presque impropre : étymologiquement, il renvoie aux intestins. Il est vrai que l'anglais womb (utérus) est plus précis, sans être d'une pudeur anglaise. Tant mieux : la soi-disant pudeur anglaise remonte à la Réforme, tandis que l'allemande la précède et est plus authentique. On n'a pas voulu du ventre, en tout cas, peut-être parce qu'il n'a pas bonne presse dans l'Ecriture.

  • Il ne faut pas surestimer la pudeur anglaise post-Henry VIII, sinon on aurait des chocs avec les images de Hogarth, Gillray, Rowlandson, Cruikshank.

  • Je sens les choses comme Stavrolus. Entrailles évoque la tripaille, les boyaux. Mais ce n’est pas mieux avec le latin viscera.

    Le latin venter (qui figure dans le texte cité dans la chronique) ne présente pas ce problème. Il peut être pris pour l’utérus = notamment hébreu rekhem, pluriel rakhamim.

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