Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Deuxième dimanche de carême

Le somptueux graduel de ce dimanche est l’un des plus anciens, alors qu’a priori on penserait le contraire, et pour deux raisons. La première est qu’il commence de façon tonitruante par ce qui sonne à nos oreilles comme l’accord parfait de fa majeur, et non un mode de plain chant. Or cet accord fa-la-do va rythmer toute la pièce, soit en montant, soit en descendant, et même trois fois de suite en descendant (puis une fois en remontant) sur laborem (motif qu’on trouve dans cinq autres graduels). En outre, il paraît moduler en la mineur sur meum puis en ut majeur sur omnia, avant sa conclusion, bien connue par ailleurs, en réel mode de fa.

La deuxième raison est ce qui décontenançait dom Baron : la mélodie est brillante, lumineuse, joyeuse, alors qu’elle est censée exprimer un texte très sombre et douloureux. Au point que dom Baron demandait qu’on la chante « avec un peu de lenteur et de poids et dans un sentiment de contrition », sinon « elle sonnera faux, parce qu’elle aura sur les mots mêmes de la souffrance quelque chose de satisfait qui reflète le bonheur ».

C’est oublier l’évangile de ce jour : la Transfiguration. C’est la montée vers Jérusalem, vers la Croix. Jésus vient d’annoncer à ses apôtres sa Passion et sa Résurrection. Et il leur donne une image de sa gloire pour qu’ils s’en souviennent pendant la Passion. Nous sommes encore au début du carême, et l’Eglise nous met sous les yeux la Transfiguration pour nous donner le courage de continuer notre montée vers Jérusalem, en nous montrant le but. Le texte du graduel est un texte de carême, et même déjà de la Passion, mais la mélodie est tout en traits de lumière et de joie, elle illumine le texte de part en part comme la lumière surnaturelle qui irradie du Sauveur transfiguré (et du coup elle se met à inventer la future gamme majeure). Cela ne sonne pas faux : c’est un exemple des nombreux paradoxes du christianisme. Alors que le Christ est transfiguré, il parle avec Moïse et Elie, nous dit saint Luc, « de sa sortie qui sera accomplie à Jérusalem » - le mot grec est « exode » - autrement dit de sa Passion. De même, le texte du graduel dit la Passion, mais le chant… le transfigure.

(N.B. Je sais bien que les chants de cette messe ont été composés pour la messe de mercredi dernier. Mais il n’y a pas de hasard, et de toute façon cette messe annonce la Transfiguration, par l’évocation de Moïse, Elie et Jonas.)

Tribulatiónes cordis mei dilatátæ sunt : de necessitátibus meis éripe me, Dómine. ℣. Vide humilitátem meam et labórem meum : et dimítte ómnia peccáta mea.

Les tribulations de mon cœur se sont multipliées ; tirez-moi de mes angoisses. Voyez mon humiliation et ma peine et remettez-moi tous mes péchés.


Commentaires

Écrire un commentaire

Optionnel