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Un sommet

J’ose à peine recopier l’Annonciation selon saint Luc dans la « traduction » de la TOB, tant elle est fausse et d’une impiété frisant le blasphème :

Le sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth, à une jeune fille accordée en mariage à un homme nommé Joseph, de la famille de David; cette jeune fille s'appelait Marie. L'ange entra auprès d'elle et lui dit: «Sois joyeuse, toi qui as la faveur de Dieu, le Seigneur est avec toi.»

« Une jeune fille »… Ce n’est donc pas seulement le mot hébreu d’Isaïe qu’on refuse de traduire par « vierge », c’est aussi le « parthenos » de l’évangile. Et l’on fait coup double : la Vulgate avait tort, bien sûr, de traduire par « virgo » ; et du coup la traduction d’Isaïe par les Septante elle-même ne signifie pas que la vierge concevra… Puisqu’il n’y a de vierge nulle part…

« Sois joyeuse »… Une note précise qu’ici il ne s’agit pas de la salutation grecque habituelle. Donc la Vulgate avait tort (comme d’habitude) de traduire par « Ave ». Même si le mot grec a toujours le sens de Salut, Bonjour. Avec ici assurément l’arrière-fond de la joie, mais sous-entendu, et en rapport direct avec le mot suivant, qui parle de la grâce : la joie, khara, la grâce, kharis : « Khairé kekharitoméni », l’une des expressions les plus extraordinaires de la Bible.

« Toi qui as la faveur de Dieu »… Voilà ce qui est censé traduire kekharitoméni. Une note affirme que ce mot, dans la Bible, exprime d’abord la faveur du roi. Mais ce n’est pas vrai.

Avoir la faveur du roi, comme traduit la TOB, c’est, dans la Bible, « trouver grâce » (aux yeux du roi, devant le roi). C’est bien le mot « grâce », et non « faveur », le nom « grâce », et non un verbe, et toujours précédé du verbe « trouver » : c’est une expression toute faite qui ne correspond pas du tout à ce que dit l’ange à Marie.

L’ange dit : kekharitoméni. Il suffit de se référer au dictionnaire Bailly pour savoir la vérité. Et le Bailly n’est pas un dictionnaire chrétien, c’est un dictionnaire laïque, universitaire. Le sens du verbe kharitoo, dit-il, c’est : « remplir de la grâce divine ». Que l’on trouve une seule fois à l’actif : Ephésiens 1,6 : Dieu nous gratifie de sa grâce. Et au passif : « être rempli de la grâce divine ». Qu’on ne trouve que deux fois : dans l’évangile de saint Luc, et dans l’Ecclésiastique.

On peut préciser deux choses qui permettent de comprendre la traduction donnée par Bailly :

1- le verbe est au parfait : il indique que l’action a été entièrement accomplie, et pour toujours : donc « être rempli… », complètement, sans que ça puisse changer.

2- Ce passif sans agent est un passif biblique indiquant l’action de Dieu : donc « … de la grâce divine ».

La « traduction » de la TOB est très gravement fautive, mais il y a une note, proprement ahurissante, qui paraît pousser la faute jusqu’à un délire d’impiété :

« Dans la tradition orthodoxe, la traduction la plus courante est : “pleine de grâce”. »

Sic !

En essayant de reconstituer comment on peut en arriver là, je suppose que les "catholiques" et les protestants se sont mis d'accord sur la "traduction" protestante la plus extrémiste, que les orthodoxes ont râlé, et qu’un protestant, pour les calmer, a décidé de mettre cette note. Je n’ose imaginer que ce soit un "catholique"… qui ait complètement oublié que les catholiques disent « Je vous salue Marie pleine de grâce » depuis toujours, et que la haine de la Vulgate (« gratia plena ») détruise la mémoire au point de rejeter sur les seuls orthodoxes la traduction « pleine de grâce »…

*

A propos de l’Ecclésiastique, où se trouve l’unique autre exemple du verbe kharitoo au parfait passif : c’est Sir 18,17. Il est dommage que la version latine – non revue par saint Jérôme - l’ait atténué : « justifié ». Alors que si on lui donne son sens plein, le verset est plus clairement une prophétie christique :

« Voici, est-ce donc que la Parole (en grec Logos, en latin Verbum) n’est pas supérieure à un bon don ? Et les deux sont dans l’homme plein de grâce. »

En Jésus, l’homme plein de grâce, sont en effet le Verbe et le Don.

Vous voulez connaître la traduction de la TOB ? « L’homme charitable joint l’un à l’autre. » Et là, il n’y a pas de note pour vous expliquer pourquoi kekharitoméni est devenu « charitable »…

Commentaires

  • Monsieur Daoudal, bonne et sainte fête de Noël, ainsi qu'à tous vos lecteurs.
    Par ailleurs vos commentaires sur les écrits de la Bible m'étonnent toujours, comment savez-vous « jongler » avec une telle facilité entre le grec et le latin (voir autre) et, par là, être en mesure « d'affronter » ces écritures de la Bible. Je suis toujours en admiration devant pareille capacité. On dirait que cette science vous la tenez de « nature » et non de "connaissance" acquise.
    Est-ce possible ?

  • C'est simplement que je m'intéresse aux mots depuis longtemps et que j'ai aujourd'hui le temps d'aller y voir de plus près. Hélas je ne suis pas doué pour les langues, et tout est donc laborieusement acquis...

  • Bonjour et très joyeux Noël
    Pourriez-vous me conseiller pour l'achat d'une bible, car, grâce à vous, je sais maintenant que toutes ne se valent pas, mais ceci rend difficile le choix à faire.
    Je vous remercie de vos conseils, et plus généralement pour votre blog et toute votre science généreusement donnée.
    C.Monge

  • A mon sens, il n'y a pas actuellement de Bible en français que je puisse conseiller.

    Les moins mauvaises sont la Bible Crampon et la Bible de Jérusalem. La Bible Crampon de 1923, entièrement recomposée pour être lisible, par DFT, en 1989, s'efforce de rester catholique bien que traduisant, pour l'Ancien Testament, le texte massorétique. La Bible de Jérusalem est écrite dans une belle langue, elle est moins catholique que Crampon, et elle a des notes insupportables, mais il y a une édition intéressante, celle qui a des notes dans la marge. Car ces notes donnent de façon concise et souvent remarquable l'interprétation chrétienne des pères de l'Eglise, elles sont ainsi un antidote aux notes qui dans cette édition sont reléguées à la fin de chaque livre.

    Les éditions DFT avaient réédité la Bible Glaire-Vigouroux, qui est ancienne mais qui est la dernière traduction en date de la Vulgate, donc du texte latin traditionnel. Elle est épuisée depuis longtemps et DFT travaille à une réédition. Elle était annoncée pour le mois de juin, puis pour la fin de l'année, mais je ne vois rien venir...

  • Merci infiniment pour votre réponse.
    Je vous renouvelle aussi toute ma gratitude pour votre blog si passionnant.
    Acceptez si vous le voulez bien tous mes vœux pour cette année.
    C.Monge

  • TOB: Traduction Orgueilleuse de la Bible où toutes les lubies des protestants et néo-protestants et leur phobie des textes authentiques est mise en lumière. Et ce sont les tenants de la "sola scriptura" qui ont contribué le plus à la corruption du sens original transmis par la Tradition via l'Eglise et l'assistance du St Esprit.

  • Merci cher Yves et bravo pour ce travail et fourmi aux conclusions terrifiantes mais ô combien nécessaire.

    L'avez vous signalé par lettre à l'equipe de la TOB ? À la CEF ?

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