28 janvier 2014

A propos du cardinal Maradiaga

Le site Benoît et moi a traduit deux articles fort intéressants sur la charge du cardinal Rodriguez Maradiaga, chef du « G8 » du pape, contre le « théologien allemand » Mgr Müller, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi.

Le deuxième article remarque :

« Ce pourrait être une revanche pour la façon dont l'administration de Benoît XVI a puni le cardinal Rodriguez quand il était président de Caritas Internationalis. »

J’avais moi-même raconté dans Daoudal Hebdo comment Benoît XVI avait proprement viré la secrétaire générale de Caritas, qui était soutenue par le cardinal Maradiaga, pour redonner à cette organisation un aspect quelque peu… catholique. C'était en 2011.

On trouvera ce texte ci après.


Le Saint-Siège recadre Caritas Internationalis

Acte 1 : le Saint-Siège interdit à Lesley-Ann Knight de se représenter au poste de secrétaire général de Caritas Internationalis. Acte 2 : le Saint-Siège interdit au P. Timothy Radcliffe de prononcer son discours prévu lors de l’assemblée générale de Caritas. Acte 3 : trois cardinaux, et le pape en personne, montent au créneau et mettent les points sur les i. Le moins qu’on puisse dire est que l’on est loin, ici, de l’action vaticanesque feutrée. Benoît XVI a frappé très fort. Vu l’état de décomposition de l’Eglise, il est probable que cela n’aura guère d’effet, au moins dans un premier temps, sur l’action de Caritas, mais, comme dans l’affaire de la messe de saint Pie V, nul ne pourra dire qu’il ne sait pas ce que veut Rome, et les catholiques fidèles voient une fois de plus qu’il y a un pape qui agit dans l’intérêt de la cause du Christ.

Il y a longtemps que les Caritas, qui sont 165 dans le monde, ont (plus ou moins selon les cas) suivi « l’esprit » de Vatican II, et n’ont parfois (ou souvent) plus de catholique que le nom, ayant transformé la charité en humanitarisme, et d’un humanitarisme mâtiné de compromissions et de collaboration avec des organisations gauchistes ou de promotion de la culture de mort, au nom de la lutte contre les injustices…

Caritas internationalis (CI) dépend du conseil pontifical Cor unum, et il y a longtemps aussi que les relations entre CI et le conseil pontifical connaissent des difficultés, particulièrement avec sa secrétaire générale Lesley-Ann Knight. Au point que, en janvier 2010, le cardinal Cordes, président de Cor unum, désigna lui-même un membre de Caritas pour coordonner les efforts de l’Eglise en Haïti après le tremblement de terre, sans même en référer à Lesley-Ann Knight ou à son bureau.

Le cardinal Cordes, prenant sa retraite, a été remplacé par Mgr Robert Sarah, archevêque de Conakry, que Benoît XVI a fait cardinal le 20 novembre dernier.

Le 5 février dernier, des représentants de la Secrétairerie d’Etat ont rencontré le bureau de Caritas, pour confirmer que le Saint-Siège ne voulait plus de Lesley-Ann Knight, et pour en donner les raisons. Le cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga, président de Caritas (et indéfectible soutien de Lesley-Ann Knight) écrivit le même jour aux directeurs des 165 Caritas pour leur expliquer la situation, sans dire les raisons invoquées par la Secrétairerie d’Etat, exprimant l’incompréhension du bureau de CI et indiquant qu’il demandait au Saint-Siège de reconsidérer sa décision. D’autant que Lesley-Ann Knight, ajoutait-il, a déposé sa candidature pour être reconduite au poste de secrétaire générale… Mais le cardinal Bertone, Secrétaire d’Etat, fait sans précédent, écrivit personnellement aux conférences épiscopales pour leur faire part de sa décision, motivée par le fait que Rome veut que CI retrouve son identité catholique.

L’assemblée générale de Caritas (qui fêtait son 60e anniversaire…) s’est ouverte le 22 mai dans un climat quelque peu tendu. Au dernier moment, le Vatican a rejeté une liste d’intervenants, parmi lesquels un dominicain vedette chez les progressistes, le P. Timothy Radcliffe, qui fut maître général de l’ordre de 1992 à 2001. (Il est pour le « débat » dans tous les domaines, surtout ceux qui ne font pas débat dans l’Eglise catholique. Il est aussi est un collègue de Mgr Nourrichard : comme l’évêque d’Evreux, mais depuis bien plus longtemps que lui, il est chanoine… anglican, à la cathédrale de Salisbury.)

Dès la messe d’ouverture, le dimanche, le cardinal Bertone (le « numéro 2 du Vatican », comme disent les gazettes) donnait le ton, disant qu’il espérait qu’il résulte de cette assemblée générale « une relation renouvelée avec les organismes du Saint-Siège », car « les fonctions institutionnelles [de CI] ne sont pas le but le plus important de cette réunion », qui est « surtout l’occasion d’une rencontre plus intense avec le Christ, pour un engagement renouvelé au service de nos frères et sœurs dans l’esprit du Christ » : « L’activité caritative de l’Église, comme celle du Christ, ne peut jamais se limiter à l’assistance aux besoins matériels, quelle qu’en soit l’urgence. Une assistance humanitaire qui ferait abstraction de l’identité chrétienne et adopterait une approche, pour ainsi dire, neutre, qui chercherait à plaire à tout le monde, risquerait de ne pas rendre un service à la hauteur de la pleine dignité de l’homme. » « En résumé, l’Église ne doit pas seulement faire la charité, mais la faire comme le Christ. »

Dans son discours d’ouverture, le cardinal Robert Sarah, président du conseil pontifical Cor Unum, disait de même, après avoir brièvement rappelé l’historique du conseil pontifical : « En ce qui concerne la coordination avec les organismes de charité de l'Église, il faut souligner que notre activité est guidée par le principe du développement intégral de personne humaine. Par conséquent, il ne s’agit pas seulement d'une assistance philanthropique et humanitaire visant à soulager un certain type de détresse, mais aussi et surtout de s'employer à rendre à la personne humaine toute sa dignité d'enfant de Dieu, et à promouvoir une anthropologie qui englobe aussi la dimension religieuse de la personne humaine, à savoir sa rencontre avec Dieu. »

Plus loin, il ajoutait :

 « Je crois qu'il est important de comprendre que nos organismes de charité sont situés dans l'Eglise et non à ses côtés. Une Caritas qui ne serait pas une expression ecclésiale n'aurait pas de sens ou d'existence. L'Église ne peut pas être considérée comme un partenaire des organisations catholiques. Ce sont les organisations qui participent à sa mission. Cela nous donne une responsabilité, une vocation et un engagement particuliers : être au cœur de l’Eglise comme la plus belle et la plus réelle manifestation et expression de son essence, c’est-à-dire de la charité de Dieu. »

Et dans ce discours centré sur l’encyclique Deus caritas est, présentée comme « le document fondamental pour nous », il soulignait :

"Aujourd'hui, chers amis, la tragédie de l'humanité moderne n'est pas le manque de vêtement ni de logement ; la faim la plus tragique et l'angoisse la plus terrible n'est pas le manque de nourriture. Il s’agit bien plus de l'absence de Dieu et de l'absence du véritable amour, l'amour qui nous a été révélé sur la croix. “L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.”

"L’un des signes des temps est la prolifération d’organisations philanthropiques et de structures d’aide humanitaire. Par conséquent, le témoignage de la charité devient de plus en plus important. Il y a un risque de transformer le service de la charité en une fonction de service civil, c’est-à-dire de séparer le travail de la charité de la personne qui agit. Pourtant, dans la mission de l’Eglise, porter témoignage est inséparablement lié à la personne qui témoigne. La mission diaconale de l’Eglise ne peut se limiter à une présentation objective et neutre de son objet. Elle ne prend toute sa signification que lorsque ceux qui s’engagent l’intériorisent, et deviennent l’incarnation de la compassion et de l’Amour de Dieu, de sorte qu’ils doivent devenir la présence visible et émotionnelle, et la proximité paternelle de Dieu pour ceux qui connaissent la maladie, les catastrophes, les épreuves et la mort. Nous ne pouvons pas dissocier la personne qui porte témoignage, de sa mission. C’est pourquoi nous sommes tous personnellement appelés à ne pas faire de la charité une simple « profession », et à être conscients que nous sommes personnellement porteurs d’un cadeau : le trésor du Verbe et de l’Amour de Dieu qui nous transcendent. Telle est la signification du mot témoin : être là pour quelqu’un, et non pour nous-mêmes."

Le lundi, c’était le cardinal Peter Turkson, président du conseil pontifical Justice et Paix (ancien archevêque du Ghana), qui soulignait que le travail de Caritas est « partie intégrante » de l'évangélisation, que la façon dont CI offre ses services doit refléter les valeurs et l'enseignement de Jésus-Christ, et que l’organisation doit suivre « les politiques et les directives du Saint-Siège ». Et de souligner que toutes les activités de CI doivent être « supervisées et guidées » par le Conseil pontifical Cor Unum. (Alors que CI faisait valoir que selon une lettre programme de Jean-Paul II la fonction de Cor unum était de « suivre et accompagner » Caritas, en donnant à ces mots un sens aussi vague que possible.)

Le jeudi, par 14 voix contre 6, le comité exécutif de Caritas Internationalis élisait le Français Michel Roy au poste de secrétaire général de l’organisation. Michel Roy était le « directeur du plaidoyer » à la direction internationale du Secours Catholique (qui est Caritas France). Le cardinal Maradiaga était quant à lui réélu président de Caritas Internationalis pour un second mandat de quatre ans.

Et le lendemain, Benoît XVI recevait les participants et enfonçait le clou :

"Caritas Internationalis a acquis un rôle particulier au cœur de la communauté ecclésiale, et elle a été appelée à partager, en collaboration avec la Hiérarchie ecclésiastique, la mission de l’Église de manifester, à travers la charité vécue, cet amour qui est Dieu lui-même. De cette façon, dans les limites des finalités propres qui lui sont assignées, Caritas Internationalis accomplit au nom de l’Église une œuvre spécifique en faveur du bien commun (Cf. CIC, can. 116 §1).

"Être dans le cœur de l’Église ; être capable, en quelque sorte, de parler et d’agir en son nom, en faveur du bien commun, comporte des responsabilités particulières en termes de vie chrétienne, aussi bien personnelle que communautaire. C’est seulement sur les bases d’un engagement quotidien à accueillir et à vivre pleinement l’amour de Dieu, qu’on peut promouvoir la dignité de chaque être humain en particulier. (…)

"Pour nous chrétiens, Dieu lui-même est la source de la charité, et la charité est entendue non seulement comme une vague philanthropie, mais comme don de soi, même jusqu’au sacrifice de sa propre vie en faveur des autres, à l’imitation de l’exemple de Jésus Christ. L’Église prolonge dans le temps et dans l’espace la mission salvatrice du Christ : elle veut rejoindre tout être humain, mue par le désir que chaque individu parvienne à connaître que rien ne peut nous séparer de l’amour du Christ (Cf. Rm 8, 35).

"Caritas Internationalis est différente des autres agences sociales parce qu’elle est un organisme ecclésial, qui partage la mission de l’Église. (…) Donc, du moment que Caritas Internationalis a un profil universel et est dotée de la personnalité juridique canonique publique, le Saint-Siège a la tâche de suivre son activité et de veiller à ce que, tant son action humanitaire et de charité que le contenu des documents diffusés, soient en pleine syntonie avec le Siège Apostolique et avec le Magistère de l’Église. (…)

"Sans un fondement transcendant, sans une référence à Dieu Créateur, sans la considération de notre destin éternel, nous risquons de devenir la proie d’idéologies nocives. Tout ce que vous dites et faites, le témoignage de votre vie et de vos activités, sont importants et contribuent à promouvoir le bien intégral de la personne humaine. Caritas Internationalis est une organisation à qui incombe le rôle de favoriser la communion entre l’Église universelle et les Églises particulières, de même que la communion entre tous les fidèles dans l’exercice de la charité. En même temps, elle est appelée à offrir sa propre contribution pour porter le message de l’Église dans la vie politique et sociale sur le plan international. Dans la sphère politique – et sur tous les terrains qui touchent directement la vie des pauvres – les fidèles, et spécialement les laïcs, jouissent d’une ample liberté d’action. Personne ne peut, en des matières ouvertes à la libre discussion, prétendre parler « officiellement » au nom du laïcat tout entier ou de tous les catholiques (cf. Conc. Oecum. Vat. II, Gaudium et Spes, nn. 43.88). D’autre part, chaque catholique, et même, en vérité, tout homme, est appelé à agir avec une conscience purifiée et avec un cœur généreux pour promouvoir de manière résolue ces valeurs que j’ai souvent définies comme « non négociables ». Caritas Internationalis est appelée, par conséquent, à œuvrer pour convertir les cœurs à l’ouverture envers tous nos frères et sœurs, afin que chacun, dans le plein respect de sa propre liberté et dans la pleine acceptation de ses propres responsabilités personnelles, puisse agir toujours et partout en faveur du bien commun, offrant généreusement le meilleur de soi au service de ses frères et de ses sœurs, en particulier des plus nécessiteux."

Commentaires

Il semblerait qu'il y ait beaucoup d'offensives sur ce que Benoît XVI a fait de bien. François un anti-Benoït XVI?
Je n'apprécie pas particulièrement Mgr Müller, mais les organismes ex-catholiques comme CI, le CCFD ont depuis longtemps et carrément viré au rouge vif d'un marxisme larmoyant et gluant qui se cache derrière le terme "humanitaire". Avec la complicité active et voyante des épiscopats.

Écrit par : Dauphin | 28 janvier 2014

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j'aime!!

Écrit par : Franç.poulain saivat | 29 janvier 2014

oui, très curieuse affaire et sûrement beaucoup de fric en jeux via les ong qui permettent la diffusion des pilules, des capotes anti sida, etc. qu'elles soient ou non "catholiques".
Dans la même lignée, la dernière déclaration du président du secours catholiqueFrance, donc l'équivalent caritas chez nous http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2014/01/propos-indignes-de-fran%C3%A7ois-soulage.html
Le Pape qui a grand renfort de mots condamne la finance devrait peut-être aussi penser que son prédécesseur n'était pas que mauvais.
C'est terrible.
L'affaire des deux malheureuses colombes attaquées récemment à Rome par un corbeau et par un goéland, hormis le fait que ces bêtes devaient avoir grand faim, compte tenu de la météo, est une illustration emblématique de tous les ennemis de l'Eglise...

Écrit par : c | 28 janvier 2014

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Je remarque que le monde tradi en veut à Mgr Müller pour ses propos envers la FSSPX, ou sa position sur la théorie de la libération. Mais ces propos n'engagent que lui et pas l'Eglise.
En tant que chef de la CDF, son travail ne va pas être facile dans ces conditions et il serait mesquin de lui refuser notre soutien.

Écrit par : Quaerere Deum | 28 janvier 2014

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Les propos et écrits publics d'un évêque engagent ce qu'il représente: la succession apostolique. Un évêque ne peut pas dire n'importe quoi. Il peut exprimer une opinion sur les questions laissées libres de discussion, pas sur les dogmes et définitions de foi. L'escroquerie consiste à nous faire croire qu'un prétendu "magistère vivant" pourrait contredire le magistère antérieur, réputé "mort" ou "périmé". C'est de la subversion pure. Depuis Vatican II, certains évêques et cardinaux se permettent n'importe quel discours hétérodoxe, quitte à le "ré-interpréter de façon orthodoxe" si les réactions se manifestent ou à le relativiser. C'est loin du Si si, no, no de notre Seigneur.

Écrit par : Dauphin | 29 janvier 2014

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