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L’Ascension

En cette solennité, frères très chers, il nous faut considérer avant tout que le décret qui nous condamnait a été aujourd’hui abrogé, et abolie la sentence qui nous vouait à la corruption. Car cette même nature à qui il avait été dit : «Tu es terre, et dans la terre tu iras» (Gn 3, 19), est aujourd’hui montée au ciel. C’est en vue de cette élévation de notre chair que le bienheureux Job, parlant du Seigneur d’une manière figurée, le nomme un oiseau. Considérant que le peuple juif ne comprendrait pas le mystère de l’Ascension, Job déclare à propos du manque de foi de ce peuple : «Il n’a pas reconnu la route de l’oiseau.» (Jb 28, 7). C’est à juste titre que le Seigneur a été appelé «oiseau», puisque son corps de chair s’est élancé vers l’éther. Celui qui n’a pas cru à l’Ascension du Seigneur au ciel n’a pas reconnu la route de cet oiseau.

C’est de la fête d’aujourd’hui que le psalmiste affirme : «Ta magnificence s’est élevée au-dessus des cieux.» (Ps 8, 2). Et encore : «Dieu est monté au milieu d’une grande joie, le Seigneur au son de la trompette.» (Ps 47, 6). Et enfin : «Montant sur les hauteurs, il a emmené en captivité notre captivité; il a offert des dons aux hommes.» (Ps 68, 19). Oui, montant sur les hauteurs, il a emmené en captivité notre captivité, puisqu’il a détruit notre corruption par la puissance de son incorruptibilité. Il a également offert des dons aux hommes : ayant envoyé du Ciel l’Esprit, il a accordé à l’un une parole de sagesse, à un autre une parole de science, à un autre le pouvoir d’opérer des miracles, à un autre le don des guérisons, à un autre la diversité des langues, à un autre l’interprétation de la parole (cf. 1 Co 12, 8-10). Il a donc bien offert des dons aux hommes.

C’est aussi de cette glorieuse Ascension que Habacuc a dit : «Le soleil s’est élevé, et la lune s’est maintenue à sa place.» (Ha 3, 11, d’après les Septante). En effet, que désigne le prophète par le terme de soleil, sinon le Seigneur, et par le terme de lune, sinon l’Eglise? Tant que le Seigneur ne s’était pas encore élevé dans les cieux, sa sainte Eglise était paralysée par la crainte des oppositions du monde, tandis qu’après avoir été fortifiée par son Ascension, elle s’est mise à prêcher ouvertement ce qu’elle avait cru en secret. Le soleil s’est donc élevé, et la lune s’est maintenue à sa place, puisque le Seigneur ayant atteint le Ciel, l’autorité de la prédication de sa sainte Eglise s’en est accrue d’autant.

Au sujet encore de l’Ascension, Salomon prête à cette Eglise la parole suivante : «Le voici qui vient, bondissant sur les montagnes et franchissant les collines.» (Ct 2, 8). Considérant les points saillants des grandes œuvres du Seigneur, l’Eglise dit : «Le voici qui vient, bondissant sur les montagnes.» Car le Seigneur, en venant pour nous racheter, a exécuté, si je puis dire, des bonds. Voulez-vous les connaître, ces bonds, frères très chers? Du Ciel il est venu dans un ventre, du ventre dans la crèche, de la crèche sur la croix, de la croix au sépulcre, et du sépulcre il est retourné au Ciel. Voilà les bonds que la Vérité manifestée dans la chair a accomplis en notre faveur, pour nous faire courir à sa suite, car «le Seigneur s’est élancé joyeux comme un géant pour parcourir sa voie» (Ps 19, 6), afin que nous puissions lui dire de tout notre cœur : «Entraîne-nous après toi, et nous courrons à l’odeur de tes parfums.» (Ct 1, 4)

(Saint Grégoire le Grand)

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