18 avril 2008
La vérité
Pour suivre le voyage du pape aux Etats-Unis avant d’avoir les textes de ses discours, on se reportera, comme hier, à e-deo.
Ce qui me frappe est son insistance sur la vérité, et sa façon d’amener son auditoire à prendre au sérieux le fait que la vérité est le Christ.
Son discours aux représentants des autres religions était remarquable de ce point de vue. Benoît XVI commence par se féliciter de la tradition américaine d’entente et de liberté entre les fidèles des diverses religions, ainsi que des programmes de dialogue interreligieux et interculturel, puis il lâche que « le but plus large du dialogue est de découvrir la vérité » sur l’origine et la fin de l’humanité, le bien et le mal. Puis il dit que sur ce « forum du dialogue interreligieux » le christianisme apporte Jésus, « le Logos éternel qui est devenu chair pour réconcilier l’homme avec Dieu et révéler la raison profonde de toutes choses ». Et il ajoute que si nous voulons la paix, « nous devons aussi écouter attentivement la voix de la vérité ». « Notre dialogue ne doit pas s’arrêter à l’identification d’un ensemble commun de valeurs, mais doit continuer jusqu’à trouver leur fondement ultime. Nous n’avons pas de raison d’avoir peur, car la vérité dévoile pour nous la relation essentielle entre le monde et Dieu. Nous sommes capables de percevoir que la paix est un “don céleste“ qui nous presse à conformer l’histoire humaine à l’ordre divin. C’est-là que réside la “vérité de la paix“. »
Dans son discours aux éducateurs catholiques, il proclame d’emblée que « d’abord et avant tout une institution éducative catholique est un lieu où rencontrer le Dieu vivant qui révèle en Jésus-Christ son amour et sa vérité transformante ».
Cette « dynamique entre rencontre personnelle, savoir et témoignage chrétien fait partie de la diaconie de la vérité que l’Église exerce au sein de l’humanité ». « La révélation de Dieu offre à toute génération l’occasion de découvrir la vérité définitive sur sa propre vie et le but de l’histoire. » Et la vérité doit « imprégner chaque dimension de ces institutions », pour que l’Évangile guide l’étudiant comme l’enseignant « vers la vérité objective qui, en transcendant le particulier et le subjectif, pointe vers l’universel et l’absolu qui nous permet de proclamer avec confiance l’espérance qui ne déçoit pas ».
Et bien entendu le pape revient ensuite sur l’articulation entre liberté et vérité :
« La liberté n’est pas un désengagement [opting out]. C’est un engagement choisi [opting in] - une participation à l’Être lui-même. Ainsi la liberté authentique ne peut jamais être atteinte en se détournant de Dieu. Un tel choix manquerait finalement la vérité même dont nous avons besoin pour nous comprendre nous-mêmes. »
Ce qui débouche sur la symphonie foi et raison, vérité et liberté :
« C’est seulement dans la foi que la vérité devient incarnée et que la raison devient vraiment humaine, capable de diriger la volonté suivant la voie de la liberté. »
« La vérité signifie plus que la connaissance : connaître la vérité nous mène à découvrir le bien. La vérité parle à l’individu dans son entièreté, l’invitant à répondre avec son être total. Cette vision optimiste se trouve dans notre foi chrétienne parce que cette foi s’est vue accordée la vision du Logos, la raison créatrice de Dieu, qui en l’Incarnation s’est révélée comme la Bonté elle-même. »
Admirable.
NB. Je vois que tous les textes des discours prononcés jusqu'à maintenant sont aujourd'hui sur le site du Vatican, en anglais, italien et espagnol. Espérons qu'ils soient aussi traduits en français, même si nous ne le méritons pas...
14:56 Publié dans Benoît XVI | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note




























Commentaires
Oui admirable. Merci de nous donner ces textes.
Ecrit par : Antoine | 19 avril 2008
Les apôtres après la Pentecôte ne dialoguent pas mais ils enseignent (on note chez les "augustiniens" cette caractéristique que la troisième personne s'envole, voire que la Vierge Marie "prend sa place").
Daoudal a dû remarquer par ailleurs que dans l'Education nationale aujourd'hui on préfère parler de dialogue (surtout en classe de philosophie) entre le professeur et ses élèves, plutôt que d'enseignement. Avec le "progrès" qu'on sait, indiscutable, lui.
Ce "dialogue" de Benoît XVI se heurte d'emblée au fait que la religion juive est une vérité subjective, c'est-à-dire réservée au peuple juif, et que l'imagination, c'est-à-dire l'objectivation de Dieu - ou de la Vérité - dans cette religion est proscrite. C'est la contradiction de Benoît XVI, qui conçoit la Vérité comme étant objective mais recommande une approche subjective. Pour les apôtres, il s'agissait plutôt de faire briller le phare d'un enseignement pour attirer toutes les embarcations dans LA voie.
Je relève aussi les cas de Bergson et Simone Weil qui se sont convertis en empruntant la voie de l'humanisme et non du dialogue, ou alors intérieur, et qui sont des cas moins équivoques que celui, plus récent, de Mgr Lustiger.
Simone Weil et Bergson qui sont d'ailleurs considérés plus ou moins comme des traîtres par une partie de la communauté juive, comme saint Paul.
C'est ce qui dit ouvertement sur tous les plateaux de télévision le sbire Yann Moix (invité du forum… catholique !) : saint Paul, selon ce crétin ultime, aurait dérobé aux juifs le judaïsme, et Edith Stein, toujours selon ce guignol, serait une propagandiste du judaïsme au sein de la religion catholique.
Des vertus du forum "laïc" et démocratique…
Ecrit par : Lapinos | 19 avril 2008
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