28 mai 2007

Lundi de Pentecôte

Luther n’avait pas eu l’impiété de supprimer l’octave de la Pentecôte. De ce fait, à Leipzig comme dans le reste de la chrétienté, le lundi et le mardi de la Pentecôte étaient fériés, et le peuple chrétien, protestant ou catholique, continuait de méditer sur le grand mystère.

Pourquoi, à Leipzig ? Parce que si Luther avait fait comme Paul VI et ses experts, nous aurions été privés de cinq cantates de Jean-Sébastien Bach. Il en a en effet composé trois pour le lundi de Pentecôte, deux pour le mardi (du moins c’est ce qui nous reste).

Or, en outre, l’une de ces cantates, la BWV 68 pour le « deuxième jour de la Pentecôte » de 1725, est l’une des plus belles.

Le chœur d’entrée, d’une lumineuse sérénité, est composé sur le choral Also hat Gott die Welt geliebt, qui reprend le début du discours de Jésus à Nicodème dans l’évangile du jour : Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique… Dans ce « don » d'amour se récapitule tout le parcours de Jésus-Christ, et toute l’année liturgique, depuis la Nativité jusqu’à la Pentecôte. Et dans sa prière musicale, Bach le montre en faisant allusion à la Nativité de façon très subtile : la mélodie originelle du choral est imperceptible à celui qui n’y fait pas attention, mais elle est soulignée par un cor discret : le cor est l’instrument que Bach utilise pour symboliser l’incarnation.

La Nativité sera ensuite célébrée de façon plus directe dans l’air de basse : Du bist geboren mir zugute : Tu es né pour mon bien, et ce sont tous les bienfaits apportés par le Christ qui sont ici célébrés, affirmés avec autorité, dans leur globalité.

Mais il y a d’abord l’air de soprano, d’une joie aussi spontanée que sans mélange, et qu’accompagne un violoncelle piccolo jubilant : Mon cœur plein de foi, exulte, chante, réjouis-toi, ton Jésus est là… Cet air se termine de façon insolite par un trio hautbois, violon, violoncelle, qui est une merveilleuse dentelle sonore, comme un vitrail d’église de campagne sur lequel joue le soleil de printemps.

Entre les deux airs, le récitatif de basse fait allusion à l’épître du jour : Je suis comme Pierre…

Le chœur final est composé sur une des paroles du Christ à Nicodème : Celui qui croit en lui ne sera pas jugé, mais celui qui ne croira pas en lui est déjà jugé, car il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. C’est une fugue à deux sujets qui s’affrontent (celui qui croit, celui qui ne croit pas), avant de se conclure sereinement sur le premier thème. Cette fugue, où l’orchestre s’enrichit de trois trombones, a une saveur étrangement archaïque par rapport aux deux airs qui ont précédé. On peut y voir une allusion au fait que la Pentecôte de la nouvelle alliance accomplit la Pentecôte de l’ancienne alliance, dans le nom de Jésus qui sauve.

Désolé, mais je préfère ce lundi de Pentecôte luthérien en musique à l’anonyme « lundi de la 8e semaine du temps ordinaire »

Commentaires

Paul VI n'était pas qu'impie, il était aussi sous certains aspects une sorte de génie (Dignitatis Humanae par exemple)

Il est certain que l'incroyable appauvrissement artistique du nouveau calendrier et de la nouvelle messe n'est pas justifiable : il a cru ainsi simplifier pour le peuple, a-t-il bien fait ? Je pense que l'on peut demander la réforme de la réforme par un réenrichissement artistique et un plus grand respect de l'eucharistie.

D'un autre côté on ne pas ne pas remarquer que ceux qui ont gardé l'ancien rite et l'ancien calendrier ne sont pas tous toujours exemplaires, alors que ceux qui ont accepté le nouveau rite ne sont pas criticables, de ce seul fait.

Enfin le prodige eucharistique filmé par Antenne 2 en plein "jour du Seigneur" et en direct, nous invite à croire que la réforme ne peut être condamnée. Il est vrai que c'était le nouveau rite concélébré par de nombreux évêques et prêtres mais que la musique d'accompagnement était, sauf erreur, un chant grégorien chanté en latin.

Écrit par : Denis Merlin | 28 mai 2007

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Monsieur Merlin, votre commentaire n'a aucune structure argumentaire. Vous ne citez que des exceptions pour faire passer l'injustifié (et injustifiable). Le tout devient un condensé de phrases toutes faites et abondamment répétées par toute la frange molle de "sensibilité traditionelle". Une somme d'excuses de la "Réforme liturgique" en quelque sorte. On peut excuser un mal, mais pas un bien.

Oui, supprimer l'octave de la pentecôte est signe d'une impiété liturgique effarante. Ce n'est explicable que par l'incompréhention de ce qu'est la liturgie : avant tout une prière (donc faite pour la gloire de Dieu) et ensuite seulement un moyen d'enseignement des fidèles.
Dire celà n'est pas dire d'un bloc que Paul VI était impie (ce que je ne croie pas d'ailleur).

Ce n'est pas en maquillant la fausse liturgie qu'on la fera redevenir une liturgie pleine et entière. Et le grégorien (qui ne peut être chanté qu'en latin si on ne veut pas obtenir une soupe indigeste) n'est qu'accessoire dans cette problématique.

Écrit par : Vincent | 28 mai 2007

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Oui, cher Yves Daoudal, l’aria pour soprano de la cantate BWV 68 est un grand moment de musique, un petit miracle (comme l’aria pour alto de la cantate BWV 34).
Mais vous surprendrai-je en vous disant que d’autres petits miracles, on en trouve dans le graduel romain, précisément les pièces de ce « lundi de la 8e semaine du temps ordinaire » ?

Si l’on considère encore :
• que les textes que Bach met en musique – comme vous le soulignez clairement – n’ont AUCUN RAPPORT avec le mystère de la Pentecôte ;
• que les catholiques n’ont pas attendu la réforme liturgique qui a suivi le dernier concile pour DESERTER leurs églises le lundi de Pentecôte, comme ils les DESERTENT le lundi de Pâques ;
• que les luthériens ont bazardé leur patrimoine liturgique et spirituel encore plus tôt et plus complètement que les catholiques ;
• que dans les paroisses « conciliaires », on célèbre assez souvent, en ce lundi de Pentecôte, une messe votive du Saint-Esprit,

il me semble que nous autres catholiques sommes quand même pas mal lotis … N’auriez-vous pas cédé au travers dénoncé par nos amis anglais dans leur dicton : « The grass is always greener on the other side of the fence » ? ;-)
Justine RK

[Non seulement je n'ai pas dit que les textes de la cantate 68 n'avaient aucun rapport avec la Pentecôte, mais j'ai souligné qu'elle était composée sur les textes de la messe du jour... Libre à vous de penser que ces textes n'ont aucun rapport avec la Pentecôte, bien sûr. - YD]

Écrit par : Justine Reumare-Kampacent | 28 mai 2007

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Ce matin messe de Paul VI, ornement vert... Bizare le suppression de l'octave. Comme disait le Cardianl Ratzinger, les "fabricants de la liturgie"....
Il faut savoir que paul VI a été boulversé par la suppression de l'octave de la Pentecôte. Mais n'a rien dit, rien imposé aux "experts"....

Écrit par : Antoine | 28 mai 2007

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J'eus aimé une référence à mon ouvrage (avec mon frère Philippe):
GUIDE PRATIQUE DES CANTATES DE BACH
éditions l'Harmattan 2006
seul à proposer enfin un classement chronologique de ces 225 chefs-d'oeuvre
La BWV 68 du 21 mai 1725 y porte le numéro chronologique ZK 125.

Écrit par : Gérard ZWANG | 29 mai 2007

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Vincent, vous me dites que je ne fais que répéter ce que dirait d'autres. Il est possible que cette répétition vienne de ce que la liturgie préconisée par le pape ne peut être un "mal".

Selon moi, il est licite de préférer autre chose (sinon il aurait été impossible de critiquer l'ancienne liturgie... pour arriver à la nouvelle), mais il n'est pas possible de dire que la liturgie de Paul VI est un mal. Il existe un texte du Dentzinger sur la question repris par je ne sais plus qui sur le Forum Catholique, c'est de foi, ou ça découle d'un article de foi sur la valeur de la discipline ecclésiastique.

Quant au chant grégorien lors du prodige en direct devant les caméras de télévision, il était chanté en latin, mais les paroles liturgiques étaient en français. Afin d'en avoir le coeur net, je vous engage à vérifier en cliquant sur le lien. Vous entendrez le chant en latin et puis les paroles concélébrées en français.

Un prodige n'est une preuve que dans la mesure où l'autorité ecclésiastique en traite, mais il est quand même impressionnant, à juste titre, pour les témoins que nous sommes. Surtout quand le prodige est retransmis par la télévision d'Etat peu suspecte de favoriser la religion catholique (c'est le moins que l'on puisse dire).

Je me permets de tirer de cet événement prodigieux une conclusion personnelle que je n'impose à personne (n'ayant aucune compétence pour cela) et sous réserve du jugement de l'Eglise, et donc des autorités, que ce prodige est un élément en faveur de la nouvelle liturgie dignement célébrée, avec même des chants en latin et que personne ne peut condamner ces célébrations ou faire un péché d'y assister.

C'est mon avis personnel que vous pouvez ne pas partager.

Écrit par : Denis Merlin | 30 mai 2007

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